Abraxas, d'après Montfaucon, ibid., pi. cxlviii
peut lire de la même manière dans les deux sens, tels que celui-ci : AëXavaOavaiêa ; et des phrases suivies, mais dont le sens ne se laisse guère deviner ou n'est qu'à moitié accessible.
Indépendamment des inscriptions, ces pierres renferment aussi très souvent des figures bizarres, des personnages symboliques, composés d'éléments étrangers les uns aux autres et réunis dans un dessein caché. Ainsi l'Abraxas à tête rayonnante de coq, avec les bras et le buste d'un homme, les jambes formées par deux serpents, un bouclier d'une main, un fouet de l'autre. L'Abraxas soleil, à figure humaine, radiée, sur un char. L'Abraxas avec le serpent tantôt droit, tantôt se mordant la queue.
L'Abraxas avec l'escarbot ou scarabée, le disque du soleil, le croissant de la lune, des étoiles.
L'Abraxas monstrueux, etc.
Telles sont ces pierres énigmaliqueset curieuses. Dès qu'elles lurent connues, le monde savant chercha à les lire, à les comprendre, à les expliquer. Depuis Saumaise, Kircher, Macarius, en passant par Chifllet, Gorlœus, Mafféi, De Montfaucon, et tant d'autres, jusqu'à Bellerman (1820), Matter (1826), Kopp (1829), Stickel (1848), du xvie siècle jusqu'à nos jours, chacun a cherché et proposé une explication. Mais outre qu'on a eu le tort de prendre souvent pour basilidiennes des pierres qui appartenaient à toute autre secte d'Asie, de Grèce, d'Egypte, on n'a hasardé la plupart du temps que des explications insuffisantes, invraisemblables ou fausses. Matter est peut-être celui qui a serré le problème de plus près, mais le problème est loin d'être résolu. Sans doute il est des rapprochements qui s'imposent, qu'on ne saurait nier, et qui sont la preuve manifeste du syncrétisme en usage parmi les gnostiques; mais qu'il reste encore de points inconnus, de lectures indéchiffrables, d'interprétations difficiles! Tant qu'une découverte probante ne vieii-
6. — Abraxas, revers, d'après Montfaucon, ibid., pi. cxLVir,fig. 1.
ABRAXAS, NOM DE PIERRES BASILIDIENNES — ABREU (D';
dra pas nous donner la clef de tous ces mystères, nous ne pourrons soulever qu'un coin du voile sans atteindre la réalité totale.
Incontestablement l'étroite parenté de la gnose basilidienne avec les systèmes solaires et astronomiques, te judaïsme et la religion égyptienne ne saurait être niée. Elle saute aux yeux, en quelque sorte, dans la réunion, sur une même pierre, des divers symboles qui appartiennent à d'autres manifestations religieuses que la Gnose. Ces tètes rayonnantes d'homme, de coq, de lion, de serpent, le char et ses coursiers, le fouet, Mithras font penser au culte du soleil; le disque solaire, le croissant de la lune, Sirius, les sept planètes, certains signes du Zodiaque manifestent l'influence astronomique; le scarabée, l'Isis, l'Anubis ne sont-ils pas égyptiens? Et les mois d'origine juive: Iao, Sabaoth, Adonai, Gabriel, etc., n'indiquent-ils pas une relation avec le judaïsme? Noms, images, symboles, inscriptions, le tout mêlé, cela nous parait étrange et cache des rapports intimes qui nous échappent, il est vrai, mais qui avaient un sens pour les initiés de la Gnose. Évidemment il y a là le produit d'un enseignement ésotérique, des signes cabalistiques inaccessibles aux profanes, des allusions aux rites et aux croyances mystérieuses de la secte, des symboles de la délivrance de l'âme du pneumatique, de son ascension jusqu'au plérome, tout un langage secret d'initiés. Aussi.
7. — Abraxas, d'après Matter, Histoire du guosticisme, pi. iv, flg. 7.
jusqu'à plus ample informé, ne peut-on se livrer qu'à des hypothèses sans se (latter, malgré leur vraisemblance. d'avoir atteint la vérité complète; les sources font malheureusement défaut. Il est bon de remarquer toutefois l'absence, sur ces Abraxas, de toute allusion chrétienne, ce qui prouve combien, au fond, le gnosticisme était moins, comme le prétendaient ses partisans, une restauration du christianisme par l'exaltation de la science qu'un véritable escamotage, qu'une volatilisation de la religion révélée, sous l'éclat des images et d'un appareil pseudo-scientifique.
Ce que l'on peut dire sans crainte d'erreur, c'est que ces Abraxas, ces pierres basilidiennes, comme tant d'autres semblables que l'on retrouve chaque jour en Asie. en Egypte, à Carthage et ailleurs, étaient des amulettes, drs talismans, portés par des dévols pour se rendre telle ou telle divinité gnostique favorable,, conjurer l'esprit du mal, se préserver des maladies. Les seules inscriptions lisibles ne permettent pas d'en douter. Nous n'en citerons que quelques exemples, empruntés soit à Montfaucon, soit à Matter, ouvrages cités à la bibliographie.
1. Sur une pierre basilidienne on lit, d'un côté : Iau>, AôpaTa?, IxSaajô, etc., et de l'autre : « Donnez-moi la giàce et la victoire puisque j'ai prononcé voire nom Caché et ineffable » (voir lig. 6). — 2. Autre pierre. D'un côté on trouve Harpocrate, assis sur une Heur de lotus, la tête radiée, la main armée du fouet, et autour la lune, Sirius, un cynocéphale, avec ces mots : Eiç '/e-j; impair?), un seul Jupiter Sérapisj de l'autre côté, une inscription de dix lignes, les six premières illisibles, les trois dernières donnant celle lecture : AfipaaaS Soj /apiv AXeÇ«v8p...,
Abraxas, donne la grâce à Alexandre. — 3. Au revers d'un autre Abraxas, on voit le symbole mithriaque du lion et du taureau; à l'endroit, un pneumatique, debout, le corps, les bras, les jambes recouvertes de lettres, où l'on distingue les sept voyelles plusieurs fois répétées,