‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 83 sur 536 · ABS. DES PECH. CH. LES COPTES — CHEZ LES PROTEST · texte numérisé non relu

ABS. DES PECH. CH. LES COPTES — CHEZ LES PROTEST

drez, ils leur seront retenus; » maintenant donc, notre Maître, par vos saints apôtres vous avez daigné accorder à ceux qui se succèdent dans le travail du sacerdoce, au sein de votre sainte Église, la faculté de remettre les péchés sur la terre, de lier et de délier tous les liens de l'iniquité ; maintenant encore, nous prions et supplions votre bonté, ô vous qui aimez les hommes! en faveur de [vos serviteurs] (votre serviteur) [mes Pères et mes Frères et mon infirmité qui inclinons nos tètes] (qui incline sa tète) en présence de votre sainte Gloire ; octroyez-[leur] (lui) [et octroyez-nous] votre miséricorde et déliez tous les liens de [nos] (ses) péchés, [que nous ayons] (qu'il ail) péché contre vous sciemment, insciemment, ou par crainte, en parole, en action ou par faiblesse. Vous, le Maître, qui connaissez la faiblesse des hommes, en Dieu bon et qui aime les hommes, açcordcz-[nous] (lui) la rémission de [nos] (ses) péchés.

Bénédiction. — [Le prêtre se signe. Bénissez-nous ; il signe les ministres : purifiez-nous ; libérez-nous ; (7 signe la foule : libérez tout votre peuple ; il fait mémento de qui il veut et acliéve : remplissez-nous de votre crainte, et dirigez-nous dans votre bonne sainte volonté, parce que vous êtes notre Dieu, et la gloire, l'honneur et la puissance vous conviennent avec votre bon Père et le Saint-Esprit vivilicateur et consubstantiel avec vous maintenant, etc. Il dit en dernier lieu : Que tes serviteurs qui officient aujourd'hui. Il les nomme et les signe tour à tour par rang de dignité, puis se signe de nouveau lui-même et dit : et mon Infirmité soient absous.] (Qu'il soit absous) par la bouche de la Très Sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, [et par la bouche de la seule et sainte Eglise catholique et apostolique ; et par la bouche des douze apôtres ; et par la bouche de l'interprète divin, Marc, apôtre, évangéliste et martyr, de l'apostolique saint Athanase,et de Jean Chrysostome ; et de saint Cyrille, et de saint Grégoire et de saint Basile; et par la bouche des trois cenf dix-huit Pères qui se réunirent à Nicée, et des cent cinquante de Constantinople; et des deux cents d'Éphèse et des six cent trente de Chalcédoine ; et par la bouche de notre Père honoré l'archevêque abba N. et de son auxiliaire l'évêque abha N.] et par la bouche de ma Petitesse. Car béni et glorieux est votre saint nom le Père et le Fils et le Saint- Esprit maintenant, etc. Amen.

Bien de plus naturel que cette formule soit déprécatoire ; il serait même surprenant qu'il en fût autrement vu l'antique tradition que représente la liturgie copte. — Mais il n'y a aucun doute que, précédée de la confession auriculaire et détaillée, elle ne soit considérée par les coptes, schismatiques ou uniates, comme opérant la rémission des péchés.

Je ne sais pourquoi le P. du Bernât compare la bénédiction au Passio Domini, etc., car il n'y a aucun rapport entre ces deux prières sinon que l'une et l'autre suivent immédiatement la formule de l'absolution. Quant à ce qu'il ajoute à propos des paroles échangées, quand le pénitent va se retirer : « J'ai péché... Soyez absous de tous vos péchés, » cela est assez douteux. En tous cas la teneur des paroles que le prêtre prononcerait alors est également déprécatoire. Mais, de plus, on peut dire que, comme Denzinger le suppose, Rilus Orientalium, t. i, p. 101, 102, ces mots ne sont qu'un résumé de la formule de Yabsolulion au Fils, qui les contient. En tous cas, ils ne sont qu'accessoires aux yeux des coptes eux-mêmes, puisque Tuki ne les a pas incorporés dans son 'AxoXou6t'a.

Il n'est pas étonnant, d'ailleurs, que le cérémonial de la pénitence ne se trouve pas dans les rituels coptes composés indépendamment de l'Eglise latine. Les Orientaux, et, dans l'espèce, les coptes n'ont point la manière méthodique de procéder que nous avons maintenant. Pour eux, le rituel ne devait contenir que ce qui n'appartenait naturellement à aucun autre livre liturgique ;

il devait donc exclure non seulement l'eucharistie, mais aussi la pénitence qui est la préparation à la réception de l'eucharistie et qui, comme ce sacrement, fait réellement partie du missel. C'est pour cela que j'ai ajouté", plus haut, aux paroles du P. du Bernât les mots : [qui va communier]. Le lecteur fera bien de consulter l'article Confession.

Denzinger, à qui cette observation semble avoir échappé, s'est donné beaucoup de mal pour retrouver le vrai rite copte de la pénitence. Il a cru l'avoir découvert dans le traité manuscrit de Benaudot sur la pénitence. Nous ne nous attarderons pas à réfuter des arguments, que le lecteur trouvera dans son ouvrage, t. i, p. 434 sq. Disons brièvement : 1° que Benaudot lui-même croyait que le rite en question appartenait à l'Église syrienne, non à l'Eglise copte ; 2° que la bénédiction de ce même rite précède, au lieu de suivre, l'absolution comme le dit le P. du Bernât; 3° il serait improbable que ce rite, s'il eût été copte, ne se trouvât dans aucun des nombreux manuscrits coptes ou arabes de provenance égyptienne.

Denzinger, Hitus Orientalium, etc., WurzbourR, 1863, t. I, p. 100, 102, 434, 439; du Bernât, Lettre au P. Fleuriau, dans les Lettres édifiantes [Paris, 1780], t. iv, p. 457 sq. ; Renaudot, Collectio lituryiarum orientalium, Francfort, 1847, t. I, p. 3, 181, 182; Brightman, Liturgies Eastern an-i Western, Oxford, 1896, t. i, p. 148; J. B. Vcllev\us, Appendix ad seriem patriarchalem, n. 218, dans tes Acta sanctorum des bollandistes, t. vu, du mois de juin.

H. HyVERNAT.

XII. ABSOLUTION chez les protestants. — I. Doctrine de Luther. II. Doctrine de Mélanchthon et des Églises luthériennes. Confession d'Augsbourg. III. Formules d'absolution et manière de procéder suivant les luthériens. IV. Zwingle et Calvin; Églises réformées.

A lire les attaques de Luther et des luthériens contre la confession et l'absolution catholiques, contre la torture des consciences et la tyrannie du pape et des prêtres, on se figure qu'ils ne voyaient en tout cela qu'invention humaine (ou satanique). Quand, au contraire, ils quittent la polémique pour dire leurs idées ou confesser leur foi, ils sont si près des catholiques qu'il faut un œil exercé pour voir les différences.

I. Doctrine de Luther, — Luther en rejetant toute grâce sanctifiante, et tout autre moyen de justification que la foi détruisait, en fait, tous les sacrements. Dès lors, il ne saurait être question chez lui d'absolution proprement sacramentelle. Il garda cependant la confession privée, en vue surtout, dit-il (article de Smalkalde, 3, 8, Mùller, ouvrage cité à la bibliographie, col. 221), de l'absolution et insista beaucoup sur cette absolution, reprochant sans cesse aux catholiques d'avoir réduit le sacrement de pénitence à la seule énumération des péchés. Textes dans Pfisterer, Luthers Lettre von der Beichle, Stuttgart, 1857, p 72 sq.

Quant à cette confession (sans détail des péchés) et à cette absolution, tantôt il en fait un sacrement, tantôt il leur en refuse le titre et n'y voit qu'un simple retour au baptême. Pfisterer, p. 7. En tout cas, l'absolution ne devrait être, dans sa doctrine, qu'une déclaration du pardon divin porté au pécheur, destinée tout au plus à exciter en lui la foi que ses péchés lui sont remis par Jésus-Christ, une annonce particulière de la parole évangélique de rémission. Il admet donc deux sortes d'absolutions, l'absolution publique et l'absolution privée. Les deux ont même contenu, la parole évangélique de rémission, prêchée à tous, ou dite à chacun en particulier; toutes deux sont également efficaces (ou si l'on veut inefficaces comme absolutions, car elles ne remettent rien), pourvu qu'on les reçoive avec foi (c'està-dire avec la confiance absolue du pardon). L'absolution privée n'est donc pas indispensable; mais elle est très utile, presque nécessaire parfois pour éveiller la foi

ABSOLUTION DES PÉCHÉS CHEZ LES PROTESTANTS

confiante et pour s'approprier en toute assurance la grande absolution donnée par le Christ, sans compter l.i multiple utilité de la confession privée par laquelle on s'y dispose (ou plutôt on s'y expose en lui offrant matière). Pfisterer, p. 73-77. Cf. Herzog, Realencykloi idie, art. Beichte, t. n, p. 536. On voit du même coup comment Luther a pu ne voir dans la pénitence qu'un retour au baptê Le baptême étant l'application personnelle de la rémission générale l'aile par le Christ, il Suffisait di' se le rappeler, d'y aviver sa fui — et l'absolution ('•tait un moyen pour cela, sans autre effel du reste, puisque l'homme était juste tant qu'il s'appropriail par la foi la justice du Christ. Et c'est bien ainsi que Luther l'entendit tout d'abord. Mais, comme le montre ilarnack, Dogmengeschichte, t. ni, p. 733 sq., il n'osa pas aller jusqu'au bout de ses idées. Bientôt même, effrayé des conséquences qu'on tirait de ses principes, il reprit peu à peu beaucoup des « éléments catholiques » qu'il avait rejetés, si bien que souvent il parle comme les catholiques — tout en leur prêtant, pour les combattre, des doctrines qu'ils n'ont jamais tenues. Il en revinl ainsi à insister sur le pouvoir qu'a l'Église de lier cl de délier, d'ouvrir et de fermer le ciel. Pfisterer, p. 69. C'est avec ces réserves qu'on peut admettre ce que dit Pfisterer, p. V, que « Luther sur la confession a toujours, dans presque tous les points essentiels, enseigné la même doctrine ».

L'absolution n'est donc pas seulement, continue Pfisterer, résumant la doctrine du maître, un souhait vide et sans force, c'est, en même temps qu'une annonce, une offre et une communication de la grâce de Dieu. Ce que les hommes délient sur la terre, au nom et par le commandement du Christ, est aussitôt et immédiatement délié dans le ciel. Les hommes ne sont que les instruments par lesquels le Seigneur, qui leur a mis la parole a la bouche, nous parle lui-même et nous absout. De là vient — et Luther ici insiste sur l'avantage de sa doctrine comparée à la doctrine catholique — que la parole d'absolution est infaillible el certaine : « les clefs, selon Luther, ne sauraient errer » — quitte d'ailleurs à reconnaître que les impénitents et les infidèles rejettent par leur faute le don de la grâce qui leur est offerte el par là se rendent plus coupables et se condamnent eux-mêmes. Pfisterer, p. 82 sq.

On concilie tout cela comme on peut, en disant que le repentir est indispensable, il est vrai, mais comme i présupposé nécessaire d'uni' loi vraie el vivante ». non comme disposition a la justification; et l'on maintient que la loi seule justifie en s'approprianl le pardon annoncé par la bonne nouvelle de l'absolution; quant a l'efficacité infaillible et absolue de l'absolution, on l'explique par un pouvoir mystérieux attachée la parole, pouvoir d'éveiller dans le cœur la foi, étouffée par le péché, cl de fortifier contre les tentations de défiance; pouvoir qui d'ailleurs s'exerce el se lait sentir avec une force spéciale dans l'absolution privée. Dès lors tout chrétien a toujours droit à l'absolution, et c'esl un crime de la refuser a qui la demande. L'absolution n'es! donc pas, a proprement parler, un jugement, une sentence judiciaire, c'esl une annonce évangélique, c'esl une offre de grâce, qui pour être reçue n'exige que la foi el qui a lr pouvoir d'exciter cette foi. On voit le rapport étroit, l'identité pratique, qui- met Luther entre la prédication évangélique el l'absolution. Pfisterer, p. 89 sq.

De la aussi la nécessité de l'absolution (au moins gé-

i ii ■ i pour li' salut, analogue, ou plutôl identique, à la nécessité de la prédication pour la loi. Pfisterer,

p. ne. 106.

Il semblerait, d'après cela, que h' pouvoir des clefs ne soii qu'un pouvoir de délier dont impropre que soit I" moi pour marquer cette annonce évangélique do pardon, c'esl à elle que Luther applique les textes de

l'Écriture sur ce sujet). Il faut pourtant expliquer aussi le pouvoir de lier. Luther le fait en disant que l'absolution — au for interne, le seul dont nous ayons à nous occuper — quand elle ne trouve pas la foi dans l'âme (ce qui supposa qu'elle ne l'y éveille pas infailliblement),

i i ni plutôl une parole de condamnation. Cf. Pfisterer, p. 1(17 sq., qui reconnaît, p. 113, que sur ce point la pensée de Luther n'est ni claire, ni conséquente.

Ce pouvoir d'annoncer le pardon divin, Luther le met dans la communauté des croyants; tout le monde peut l'exercer, el nul n'a le droit de refuser l'absolution à qui \ieut à lui se confesser pécheur et lui demander de l'absoudre. D'où que vienne l'absolution, fût-ce d'une femme, d'un enfant, où el de quelque façon qu'elle soit prononcée, en route, aux champs, sérieusement ou par jeu, vous êtes ahsous pourvu que vous vous croviez absous. Ainsi parlait Luther dans les commencements 'voir les propositions condamnées par Léon X dans I )ei i/.i nuer. Enchiridion, n. 636, 637), el il n'a jamais cessé', à l'occasion, de parler ainsi. Pfisterer, p. 129 sq. Il exige cependant que l'absolution se donne au nom du Christ et en vertu de son commandement. Realencyklopâdie, Inc. cil., p. 537. Plus tard même, il a insisté sur l'institution (il a dil parfois institution divine) d'un ministère public auquel il faut recourir, sauf le cas de nécessité : de sorte que l'exercice officiel el public du pouvoir des clefs est réservé à des ministres choisis de l'Église, et établis par Dieu même pour succéder aux apôtres. Pfisterer, p. 149 sq. On voit connue tout cela -ont le catholicisme, et Ilarnack, p. 750, a raison

Bossuet l'a va il déjà montré, Hist. des variât. ,1. III, n.23, S>. 26. 29, 47), de retrouver là « un doublet du sacrement de pénitence des catholiques, sauf pourtant l'obligation de la confession auriculaire el de la satisfaction ». Mais il a raison aussi de noter — et ici encore Bossuet l'avait précédé — que toute cette nouvelle théorie de la pénitence et de l'absolution ramène, bon gré mal gré, sous d'autres noms et quelque peu défigurés, l'opus operatum, le concours de l'homme à sa justification, la distinction du baptême et de la pénitence, la nécessité de la charité et des bonnes œuvres, toutes ces vieilleries catholiques si décriées.

IL Doctrine de Mélanciithon et des Églises luthériennes. Confession d'Augsbourg. — Mélanchthon n'est guère que l'écho du maître. Comme lui, il commença par nier que la pénitence eût rien d'un sacrement, et par insister sur la justification par la foi seule. Cf. Môhler, Symbolique, Besançon, 1836, t. i, p. 31 i sq.

Puis, il en vint peu à peu à recevoir les idées des catholiques, tout en leur prêtant, lui aussi, pour justifier les dissentiments, des opinions qu'ils n'ont jamais tenues. Il faut citer les articles de la confession d'Augsbourg, puisqu'elle est devenue le symbole officiel (dont luit peu se soucient, il est vrai), non seulement des luthériens, mais de presque toutes les Kylises réformées. Voici l'article 11 : Depœnitentia docent quod lapsisposl baptisma eontingere possit remissio peccatorum... Et quod Ecclesia talibus redeuntibus ad psenitentiam inipertire absolutionem débeat. On ajoute que la pénitence ou conversion de l'impie consiste en deux choses : la contrition, que l'on décrit comme les terreurs de la conscience, les remords, etc., el la foi, qui vienl « nous délivrer de ces terreurs et consoler la conscience ». I h' celle foi esi en rapport étroit avec l'absolution : altéra

/.rr / .s pœnitentise) est fides </t<;r concipitur ex Evangelio seu àbsolutione. L'absolution \ est donc regardée, d'après Luther, comme la transmission de la rémission des péchés annoncée par l'Évangile. Laissant les choses dans ce vague, on condamne « ceux qui n'enseignent pas que la rémission des péchés se fasse gratis par la loi, eu vue i\\> Christ; mais qui prétendent que la rémission des péchés a lieu pour la dignité de la cun-

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trition, de la charité ou d'autres œuvres et qui veulent que la conscience doute si dans la pénitence elle reçoit la rémission des péchés ». Millier, p. il. Les catholiques, on le voit, sont en droit de ne pas se reconnaître sous ces paroles équivoques et sous ces insinuations mêlées de faux.

Dans la seconde partie (De abusibus), à l'article De confessione, Mûller, p. 53, on s'explique plus au long. .\pres les ritournelles ordinaires sur « les ténèbre? amoncelées par les théologiens et les canonistes », sur « l'horrible torture des consciences par la nécessité d'énumérer les péchés », on ajoute : Unie arliculo maxime studuerunt nostri lucem afferre. Docemus necessariam contrilionem, (mais comme condition, non comme méritoire)... Puis voici la foi, h. e. fiducia miscricordise promissse... Hanc fidem concipiunt animi ex Evangelio. Item ex absolutiorte (considérée, on le voit, comme application de la promesse et du pardon évangéliques) quse Evangelium annuniiat et applicat perterrefactis conscientiis. Ideoque docent nostri retinenclam esse in Ecclesiis privatam absolutionem, et ejus dignitatem et poteslatem clavium veris et amplissimis laudibus ornant, quod videlicet potestas clavium administret Evangelium non solum in génère omnibus, sed eliam privatim singttlis, sicut Christus inquit : Lucratus eris fratrem, etc. Et quod coci illiEvangelii, quod ministerio Ecclesise nobii in absolut mue administratur, credendum sit tanquam voci de cselo sonanli. Cette absolution, Mélanchthon n'a pas craint, en maint endroit, de l'appeler sacramentelle, quoique d'ailleurs, il faut le reconnaître avec Chemnitz, Examen, cité plus bas, p. 175, il ne l'explique pas pleinement au sens catholique. On voit que la confession d'Augsbourg insiste sur l'absolution privée, comme moyen de s'approprier et de s'appliquer la parole évangélique. Voir encore l'article 12 : Docent quod absolatio privata in Ecclesiis retinenda sit. Millier, p. 41. C'était aussi, nous l'avons vu, la pensée de Luther.

Même doctrine dans la confession des Églises de Saxe olferte au concile de Trente en 1551 — sauf qu'on semble y demander expressément la confession distinct: des péchés, Syntagma (cité à la fin de notre article). p. 50; dans celle du Wurtemberg, offerte à Trente en 1552, Syntagma, p. 111; dans celle de Bohême, art. 5, 11, 13, Syntagma, p. 191, qui insiste sur le pouvoir des clefs dans l'Église, qui reconnaît à l'absolution privée du prêtre la force de tranquilliser les consciences, et de les mettre in spe cerla salulis ac fuie; et qui ajoute énergiquement : (Tarn) credat virtnte clavium remitti peccata, quam si a pressente Domino absolutionem acciperet, cum sacerdos Domini officium gerat, et ab eo hanc aulhoritatem traditam habeat.Joa., XX, 21-23. On voit combien peu de retouches il faudrait pour rendre cette doctrine catholique, et comment, pour parler avec Bossuet, op. cit., 1. III, n. i8, « il n'y resterait presque plus de difficulté sans les fausses idées de nos adversaires. » Avant de quitter les luthériens, un mot des formules d'absolution et du mode d'application.

III. Formules d'absolution et manière de procéder. — Voici, d'après l'opuscule de Luther annexé au Petit Catéchisme dans le Livre de~ concorde, commenl les choses doivent se passer, Miiller, p. 363 : « Révérend cher Monsieur, dit le pénitent, veuillez, je vous en prie, entendre ma confession et me dire l'absolution pour l'amour de Dieu. » Suit la confession. Alors le confesseur : « Dieu te soit propice et fortifie ta foi. Amen. » (N'est-ce pas un souvenir de notre Misereatur... Indulgentiam :') Puis il demande au pénitent : « Crois-tu que ma rémission est la rémission de Dieu ? — Oui, répond le pénitent, — Qu'il te soit fait comme tu crois. Et moi, sur l'ordre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je te remets tes péchés, au nom de Dieu le Père, le Fils et le Saint-

Esprit. » C'est, on le voit, l'absolution catholique. A côté de cette formule immédiate, il est un autre type plus répandu, celui d'une absolution médiate, consistant simplement à annoncer l'absolution divine. La liturgie de Nuremberg, 1533, indique deux formules du second type : « Le Dieu tout-puissant a eu pitié de toi, et par les mérites de... Notre-Seigneur Jésus-Christ... te pardonne tous tes péchés, et moi comme ministre appelé (beruffner) de l'Église chrétienne, par l'ordre de Notre- Seigneur Jésus-Christ, je l'annonce ce pardon de tous tes péchés. Au nom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit. Amen. Va en paix, et qu'il te soit fait comme tu crois. » Hering (cité1 à la lin de notre article), p. 189. — La seconde : « Dieu te remet tes péchés, et moi, par l'ordre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au nom de la sainte Eglise, je ie déclare libre, franc, absous de tous tes péchés. Au nom du Père... Amen. Va et ne pèche plus, mais améliore-toi sans cesse. Dieu l'y aide. Amen. » Tbid. — On voit que la seconde formule ajoute une invitation aux bonnes œuvres. — Celle de Poméranie, I.Vi'\ unit les deux hpes : « Dieu te suit favorable (gnâdig) et te remette tous tes péchés. Et moi son ministre et le ministre de son Église, sur la parole du Christ disant : « A qui vous aurez remis les péchés, ils lui seront « remis, ti je te déclare absous et je t'absous de tous tes péchés. Au nom du Père... Amen. » Ibid. — De plus, on voit ici la mention du pouvoir des clefs. Ailleurs on indique la condition de la foi. Ibid., p. 190 sq. Ailleurs on ajoute le rit de l'imposition des mains. D'autres formules enfin distinguent nue double absolution, icibas sur terre, et là-haut dans le ciel. Ainsi celle de Waldeck, 1556 : « Je t'annonce le pardon de tous tes péchés, au nom de Jésus, et en vertu des clefs données à la communauté' de Dieu, je t'absous ici sur terre, afin que tu sois aussi absous dans le ciel. Le Seigneur a ôté tes péchés, et ta foi t'a sauvé. ■» Ibid., p. 193.

On aura remarqué que ces formules sont au singulier et supposent une certaine confession particulière. Luther v tenait beaucoup. Malgré tout, la confession et l'absolution générales prévalurent... sans arriver cependant à supprimer complètement la confession et l'absolution particulière. Voir l'article Confession chez les protestants. Les formules d'absolution générale sont ordinairement déclaratives. Voici le procédé dans la liturgie de Mecklembourg, 1552. Au commencement de la messe, confession, au nom de tous, par le prêtre : « Moi -pauvre pécheur, je confesse devant toi, ô Dieu tout-puissant... que j'ai péché... Mais j'ai recours à ta miséricorde infinie... Seigneur, sois-moi propice, à moi pauvre pécheur. » L'autre ministre dit une prière pour den 1er grâce. Puis le prêtre prononce celte absolution : « Le Dieu tout-puissant et miséricordieux a eu pitié de nous, nous remet vraiment tous nos pèches, en vue de son Fils Jésus.:, et a donné pouvoir de devenir Fils de Dieu à tous ceux qui croient en lui... > lbuL, p. 192.

La confession et l'absolution sont partout rattachées à la Cène; et les offices de la Cène font tous une part à la confession et à l'absolution générales. Voici l'ordre indiqué par VAgende pour l'Église évangélique dans les pays prussiens. Ibid., p. 211. La veille de la communion, ou le jour même, avant la liturgie, après le discours de confession (Beichtrede), confession générale: « Dieu tout-puissant, Père miséricordieux, moi pauvre malheureux pécheur, etc. » Puis le ministre : « Si c'est votre volonté sérieuse, et si vous avez le ferme et sincère propos d'amender votre vie pécheresse, répondez : Oui. » L'assemblée : « Oui. » Le ministre : « Sur votre confession, j'annonce à tous ceux qui de cœur se repentenl de leurs fautes, et qui se confient avec une foi véritable aux mérites de J.-C, en vertu de mon office, comme ministre appelé- et ordonné' de la Parole, la grâce de Dieu et la rémission de vos péchés, au nom du l'ère, etc. S'il y a

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parmi nous des personnes qui pressées par quelque inquiétude de conscience peuvent avoir besoin d'avis spécial et de consolation de notre part, nous sommes prêts, en vertu de notre office et selon nos forces, à les leur accorder. » On voit, et la rubrique l'indique expressément, qu'une place est réservée à la confession et à l'absolution particulières. L'auguste auteur de cette liturgie, le roi Frédéric-Guillaume III, aurait voulu davantagè encore, quelque chose en pratique comme la confession obligatoire. Hering, p. 308.

Dans l'Agende d'Anhalt, même procédé à peu près, mais avec plus de développement dans les questions sur la confession. Après quelques préparatifs, le ministre : << Ceux qui avec une vraie pénitence reviennent à Dieu, doivent maintenant pour la consolation de leurs consciences recevoir l'absolution de leurs péchés. Mais ceux qui vivent sciemment dans le péché et qui n'ont pas le sérieux propos de s'amender, je les avise et les avertis sérieusement de ne pas attirer par leur hypocrisie la colère de Dieu et son jugement sur leur âme. Dieu vous donne à tous son Saint-Esprit pour vous convertir sérieusement par J.-C. Levez-vous et répondez du fond du cœur à mes questions devant le Dieu saint et qui sait tout. » Suit la belle scène des questions et des réponses comme quelques-uns se rappellent encore l'avoir vue aux offices des soldats allemands durant l'invasion : « Confessez-vous que vous avez en plusieurs façons péché contre Dieu et bien mérité ses châtiments? El regrettez-vous de cœur ces péchés? Répondez : Oui. — Réponse: Oui. — Croyez-vous et confessez-vous que le Dieu tout-puissant, pour l'amour de J.-C. veut vous être propice et vous pardonner vos péchés? Répondez encore : Oui. — Réponse : Oui. — Voulez-vous aussi renoncer à vos péchés et par l'aide du Saint-Esprit amender votre vie? Dites encore une fois : Oui. — Réponse : Oui. » Puis verset et prières à genoux. Enfin absolution, à peu près comme ci-dessus. Hering, p. 212. Cérémonie toute semblable pour la communion des malades. Hering, p. 213. Ces absolutions déclarativesou médiates ne sont pas, on le voit, l'absolution catholique; et il faut avouer qu'elles répondent mieux au sens premier de Luther. D'autre part, Luther, au moins dans sa seconde manière, a fort insisté sur l'absolution indicative (les Allemands disent exhibitive), laquelle évidemment est plus conforme aux mots de l'Évangile : ceux dont vous aurez remis les péchés, ilv leur seront remis, etc. Toutes, du reste, supposent des conditions de repentir et de ferme propos, qu'on essaie subtilement de nous montrer comme conciliables avec la doctrine de la justification par la foi seule; mais comment nier qu'elles nous mènent bien loin du radicalisme primitif: « Croyez, et c'est assez; » loin aussi de Luther (première façon) sur un autre point encore, car l'idée du pouvoir d'absoudre donné- à tous s'est complètement perdue. On sait, du reste, comment, pour des raisons qui n'ont rien de doctrinal, les propres pasteurs prirent de plus en plus le monopole de l'absolution privée, tandis que dans l'Église catholique la tendance a toujours été dans le sens de la liberté pour le choix des confesseurs. Cf. Lea, ouvrage cité plus bas, p. 517, et Realencyklopâdie, t. n, p. 539.

IV. Zwingle et Calvin ; Églises réformées. — Zwingle et Calvin n'ont jamais eu les incertitudes et les hésitations de Luther ou de Mélanchthon sur le sacrement de pénitence. Cependant eux non plus n'ont pus su se défaire pleinement des idées d'une intervention humaine dans le pardon des péchés. Zwingle, dès 1523, déclarai! que Dieu seul remet les péchés, et que c'est une idolâtrie d'attendre le pardon d'une créature (toujours l'idée catholique défigurée!) La confession à un prêtre ou ;'i un voisin ne saurait être que pour direction. Mais Zwingle ajoute que refuser à un pénitenl la rémission d'un seul péché, c'est agir en délégué du diable, non

de Dieu. Il est vrai que, dans sa confession de 1536, il n'y a plus aucune concession sur ce point au sacerdotalisme. Cf. Lea, p. 519. Toute rémission vient du Christ et s'obtient uniquement par la foi à la rémission du Christ, et par l'appel à Dieu par le Christ. Nul homme, dit Zwingle, ne sait la foi d'un autre, et ainsi toute absolution de l'homme par l'homme est chose futile. Textes dans Niemeyer, ouvrage cité plus bas, p. 55. Zwingle, en ce point, était plus conséquent que Luther.

Calvin fut moins radical. Lui aussi reconnaît que nul homme ne saurait absoudre, et que nul ne sait la foi d'un autre. Mais, selon lui, les ministres, comme témoins et garants, donnent plus d'assurance à la conscience du pécheur, et c'est en ce sens que l'on dit qu'ils remettent les péchés et donnent l'absolution. Pour la certitude de l'absolution, Calvin a été plus conséquent que Luther. Comme le pardon divin est conditionnel, et dépend de la pénitence et de la foi, comme, d'autre part, on ne peut savoir si ces conditions sont réalisées, l'absolution doit être conditionnelle dans la forme, et ainsi elle ne s'égare jamais. Calvin n'y attache d'ailleurs aucune idée sacramentelle. Il regarde la confession privée comme prescrite par saint Jacques, v, 16, mais on la fait à qui l'on veut. Pourtant, avec ses tendances autoritaires, il ne pouvait que pousser à s'adresser aux ministres. La liturgie calviniste n'a pas de formule d'absolution : Calvin en 1561 exprimait son regret de n'avoir osé en prescrire une. Il semble pourtant avoir essayé. Cf. Lichtenberger, Encyclopédie, art. Culte, t. m, p. 529. Car l'édition de Strasbourg publiée par lui, Forme des prières, indiquait celle-ci, après la confession générale (ou Exhortation) et les paroles de consolation : « Un chascun de vous se recognoisse vraiment pécheur, s'humiliant devant Dieu, et croye que le Père céleste luy veut être propice en Jésus-Christ. A tous ceux qui en ceste manière se repentent et cherchent Jésus-Christ pour leur salut, je dénonce l'absolution des péchés être faicte au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen. » Cette absolution n'est pas restée. Il faut avouer, du reste, que cette foi de chacun « que le Père céleste lui veut être propice » s'accorde difficilement avec les doctrines calvinistes de la réprobation positive antécédente.

La Confession helvétique de 1566, qui mitigé à la fois Calvin, Zwingle et Luther, insiste, c. xiv, sur la suffisance de la confession à Dieu seul : Credimus autem hanc confessionem ingenuam quœ soli Deo fit vel privatim inter Deum et peccalorcm, vel palam in Templo, ubi generalis illa peccatorum confessio reeltatur, sufficere, nec necessarium esse adremissionem peccatorum consequendam ut quis peccata sua confitealur sacerdoti susurrando in aures ipsius, ut vicissim et impositione manuum ejus audiat ab ipso absolutionem.Syntagma, p. 23-24. Du reste, on ne désapprouve pas (non impivbamus) le recours « au ministre ou à quelque frère docte en la loi de Dieu », pour lui demander en particulier conseil, lumière et consolation. D'absolution, pas un mot. Le pouvoir des clefs est ramené à la prédication. Rite itaque -et efficaciler minislri absolvunt dum Evangelium Chrisli et in hoc remissionem peccatorum prsedicant... Nec putamus absolutionem hanc efficaciorem fieri per hoc quod in aurem alicui axt super caput alicujus singulariter immurmurant. Ibid. Ils en veulent, on le voit, à l'absolution privée. Mais en quoi consiste l'efficacité de cette absolution générale (puisqu'il faut appeler absolution cette prédication de l'Évangile pour trouver une place au pouvoir des clefs, qu'il faut bien reconnaître dans l'Écriture)? A exciter la foi et le repentir. D'ailleurs, c. xvm,on accorde un certain pouvoir au ministre, comme au portier ou à l'économe dans une maison : Dominus ratum habet quod finit, ipsumque

minislri sui fœtum Ut sitnni mil ;rslimari ali/ue agnosci. Synt., p. 39-40. C'était déjà à peu près la doctrine de la Confession de Bâle, en 1536; mais avec une

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