‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 84 sur 536 · ABS. DES PÉG. CHEZ LES PROT. - CHEZ LES ANGLIC · texte numérisé non relu

ABS. DES PÉG. CHEZ LES PROT. - CHEZ LES ANGLIC

insistance particulière à réduire le rôle du ministre : VirtuWm et efficaciam omnem Domino, ministerium ministris... adscribamus... Nam hanc efficaciam nulli omnino créatures alligari. Syntagma, p. 69.

Ce sont ces idées mitigées qu'on trouve dans la plupart des sectes réformées et elles influencèrent jusqu'aux Églises luthériennes d'Allemagne pour faire substituer en maint endroit, malgré la résistance des pasteurs, l'absolution générale à l'absolution privée.

Ainsi Y Église restait malgré le premier Luther, entre l'homme et Dieu; mais elle restait, contre ^intention du second Luther, sans action vivifiante sur l'individu... et tout se réduisait le plus souvent à des formules vides, laissant les âmes ouvertes au rationalisme, jusqu'à ce que de temps en temps l'excès du mal suscitât des hommes pleins de désirs pieux et de vie religieuse, un Spener en Allemagne, un Wesley en Angleterre, pour souffler un moment le feu dans les âmes — un feu destiné lui aussi à languir ou à s'éteindre, en attendant des hommes nouveaux qui le rallumassent, un Spurgeon, un Georges Mûller, un général Booth.

I. Œuvres des réformateurs. — 1° Luther est revenu sans cesse sur la question : ce qu'il en dit remplirait un volume; Pfisterer, Steitz, Kœstlin (v. ci-dessous; ont recueilli le principal. Il en traite ex professo dans : Sermo de pxnitentia (1518), Œuvres, édit. de Weimar, in-4° (Luthers Werke) en cours de publication depuis 1883, 1. 1, p. 319; édit. Walch, Luthers Scimmliche Schriflen, Halle, 1740-1753, t. x, p. 1475; Kurze Unterweisung wie rnan beichten soll (1519), Weimar, t. u, p. 57, retouché et redonné en 1520, sous le titre Confitendi ratio, t. VI, p. 154; édit. Walch, t. x, p. 2649; cf. t. xix, p. 984; Ein Sermon von dem Sacrament der Busse (1518), Weimar, t. Il, p. 714; Walch, t. x, p. 1482; De caplivitate babylonica, surtout au ch. De pxnitentia (1520); Weimar, t. VI, p. 497, surtont p. 501, 543 sq.; Von der Beichte, ob der Papst Macht habe zu gebieten (1521); Weimar, t. vin, p. 138; von der Beichte und dem. Sacrament (1524), édit. Walch, t. xi, p. 80-2; Wie man dieeinfalligen solllehren beichten, à la fin du Petit Catéchisme dans le Livre de concorde, Muller, ci-dessous, p. 363 sq.; Von der Beichte (1529), édit. Walch., t. x, p. 2640; Cf. Muller, ci-dessous Append. i, n.3;Von den Schlùsse'n (1530J), Walch, t. xix,p.H44.

— 2°PourMélanchton, outre l&Confession d' Augsbourg elVApologia, ci-dessous, il suffit d'indiquer les Loci theologici, passim, dans le Corpus reformatorurn (Brunswick), t. xxi-XXIl. — 3° Calvin, Institution, surtout c. ix, xvi, xix; Catéchisme, au passage Des sacrements. J'ai travaillé sur l'édition latine de 1553; mais il y a une édition nouvelle, Brunswick, 1863 sq. — 4° Zwingle, Expositio christianse fidei, c.xi, dans Niemeyer, ci-dessous. — 5° Chemnitz, Examen concilii Tridentini, surtout au ch. De pxnitentia, 2 p. (édition de Francfort, 1586, t. il, p. 173 sq.) ; on peut aussi indiquer ses Loci theologici, passim.

II. Confessions de foi. — 1° Églises luthériennes. — Articles de Schwabach (1529), a. 11, et de Torgau, a. 5 (au t. xxvi du Corpus reformatorurn). — Confession d' Augsbourg (œuvre de Mélanchthon, 1530), I" part., a. 11, 12, 13; cf. a. 20; II- partie, au titre De confessione. U y faut joindre VApologia, du même.

Les deux pièces ont été reçues (mais non sans compromis) par l'ensemble des Églises protestantes. On sait que les éditions différent; mais ces différences sont sans importance pour nous. — Articles de Smalkalde (œuvre de Luther, 1538), IIP part, a. 8.

— Voir aussi les articles De sacramentis et De pxnitentia, dans les confessions des Églises de Saxe (1551), du Wurtemberg (1552), de Bohème (1558), lesquelles d'ailleurs ne diffèrent pas notablement de la Confession d'Augsbourg (sauf pourtant çà et là une teinte calviniste ou réformée). Les Libri visitatorii (Corpus reform., t. xxvi) s'occupent aussi de la confession, mais au point de vue pratique.

La Confession d'Augsbourg et les articles de Smalkalde ont été insérés dans le Livre de concorde (1580); les autres confessions se trouvent dans le Corpus et Syntagma Confessionum fidei publié à Genève en 1054, et auquel Bossuet renvoie dans l'Histoire des variations. J. T. Muller a donné, en latin et en allemand, Stuttgart, 1848 (je cite la 4' édit. Giitersloh, 1876; la 10" a paru, ibid., en 1890) sous le titre: Die symbolische Bïicher der euangelisch-lutherisclvn Kirche (Libri symbolici, etc.), une excellente édition du Livre de concorde lequel comprend, comme on sait, la Confession d'Augsbourg, VApologia, les articles de Smalkalde, le Petit Catéchisme de Luther (avec l'Opuscule sur la confession des simples), le Grand Catéchisme et la Formula concordix; il y a joint en appendice, entre autres choses, la

Brevis admonitio ad confessionem, et les Articuli visitatorii de 1592.

2° Églises réformées. — En première ligne vient la Confession des Églises suisses, rédigée par Bullinger, et acceptée définitivement en 1566, c. xiv, xix. C'est la Confessio helvelica poster ior (rééditée à Lausanne, 1834, en français) ; comparer celle de 1536, ou Helvelica prior, a. 15, 16, 19. Ajoutons colle que les Églises calvinistes de France adressèrent à Charles IX en 1561. — Toutes se trouvent dans le Syntagma de 1654. On cite souvent d'après la collection de Niemeyer : Coltectio confessionum in ecclesiis reformalis publicatarum, Leipzig, 1840. Enfin signalons le Catéchisme dit de Heidelberg (1503, édition française à Drefft, 1700), où du reste il y a peu de chose sur notre question.

III. Ouvrages généraux. — A ces documents fondamentaux se rattache toute une littérature île théologie polémique, exégétique, historique, comparative (voir dans l'Encyclopédie de Lichtenberger, art. Symbole, Symbolique, les titres des ouvrages de Planck, Marheineke, Winer, Schenkl, Bodemann, etc.). Signalons r.œhm, Confessionnelle Lehrgegensàtze, Hildesheim, 1886 ; et, pour Luther en particulier, Luthers Théologie de Kôstlin, Stuttgart, 1863 (il y a un ouvrage de Theod. Harnack sous le même titre). Sur l'ensemble, rien de mieux encore que l'Histoire des variations de Bossuet (qui, par malheur, insiste assez peu sur la pénitence et l'absolution, 1. I, n. 8 sq. ; 1. III, n. 21-24, 38-40, 46-47), et que la Symbolique de Mœhler (traduction française, Besançon, 1826), qui donne avec citations, une excellente vue de notre sujet(voir surtout les §16, 22,29-33, 68,82,91, 94). - Parmi les historiens du dogme, il faut citer Ad. Harnack, Dogmengeschichte, Fribourg-en-Brisgau, t. m, 1890, 1. III, c. iv (vues pénétrantes, mais un pen subjectives parfois) ; et son rival catholique Schwane, même titre, même lieu, même date, t. iv, IV" part., c. m (un peu court sur notre question). C. H. Lea, A history of auricular confession, Londres, 1896, n'a que quelques pages pour les protestants, t. I, p. 515 sq. — Parmi les ouvrages protestants de théologie dogmatique, on peut indiquer Schmid, Dogmatik, § 53, Anmerk. 5, 7' édit., Giitersloh, 1893; et Heppe, Dogmatik, 1867, t. ni, p. 250. — Les documents catholiques relèvent surtout les points opposés à la doctrine catholique : Propositions de Luther condamnées par Léon X le 16 mai 1520 (Enchiridion de Denzinger, n. 629-038); articles recueillis dans les écrits des hérétiques pour les Pères du concile de Trente : sur la justification (Theiner, Acta concilii Tridentini, Agram,1874, t. I, p. 162), sur les sacrements (ibid., p. 383), sur le sacrement de pénitence (ibid., p. 531). Enfin les définitions et les anathèmes du concile de Trente font connaître, parantithèse, la doctrine protestante (sess. VI, VII, XIV). — Les théologiens oucontroversistes catholiques n'exposent le plus souvent que pour réfuter. On trouve pourtant d'utiles renseignements dans Bellarmin, Coccius, Tapper, etc., aussi dans Pighius et dans Catharin.Schanz dans son Traité des sacrements (Die Lehre der heiligen Sacramenten) Fribourg-en-Brisgau, 1893, est beaucoup plus développé et excellent. Voir surtout § 4; § 9, p. 141 sq. ; S 38, p. 530 sq. ; S 41, p. 557 sq. — On ne peut négliger non plus les liturgies protestantes ou réformées. Je m'en tiens à H. Hering, Hiilfsbuch zur Einfùhrung in das liturgische Studium, Wittemberg, 1888 : on y trouve les pièces nécessaires avec renvois aux recueils de Richter, Jacoby, Daniel, etc. — Parmi les dictionnaires, il faut citer surtout la Rcalencyklopàdie fur protestantische Théologie de Herzog, 3' édit., t. u, art. Beichte ; t. III, art. Busse, et 2" édit., t. xm, art. Schliisselgeivalt. Il y a peu de chose dans Fuhrmann, Handwbrterbuch der christlichen Pteligions-und Kicliengeschichte, Halle, 1826, art. Beichte; dans Lichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, art. Culte et Pénitence ,dans le Kirchenlexiko?i de Wetzer et Welle, 2e édit., art. Busse. Rien de net non plus dans Migne, Dictionnaire du protestantisme, art. Pénitence.

IV. Ouvrages spéciaux. — Ackermann, Die Beichte, Hambourg et Gotha, 1853; Steitz, Die Privat-Beichte und die Privât-Absolution der luth. Kirche, Francfort, 1854; Kliefoth, Liturgisclie Abhandlungen,t.u, Die Beichte und Absolution,Sch\\erin,18ô6; Pfisterer, Luthers Lehre von der Beichte, Stuttgart, 1857, (collection de textes groupés autour de certaines propositions); Abrens, Das Ami der Schlùssel, Hanovre, 1864; Lipsius, Luthers Lehre von der Busse, Brunswick, 1892; Sieffert Dieneues'.en theolog. Forschungen iïber Busse und Glaube, Berlin, 1890. On peut indiquer encore un article de la Zeitschrift fur Protestantism us und Kirche, 1865, t m; les études de Zezschwitz et de Scheele, dansle Handbuchder theolog. Wissenschaftende Zockler, 1884, t. m, p. 528; t. Il, p. 444; enfin quelques détails intéressants dans la Cwiltà calolica, 18" déc. 1897, p. 682 sq. (mais sur la pratique).

J Bainvf.l.

XIII. ABSOLUTION chez les anglicans. — I. Textes oHiciels. II. Doctrine des théologiens anglicans. III. Déclaration officielle du primat d'Angleterre.

ABSOLUTION DES PÉCHÉS CHEZ LES ANGLICANS

T.f< sortes dissidentes d'Angleterre rejettenl nettemenl le sacrement de pénitence, et n'uni pas d'absolution proprement dite. Même chose, ou peul s'en faut, pour la Kirk d'Ecosse, pour l'Eglise protestante d'Irlande, et, jusqu'à ces derniers temps, pour l'Église épiscopalienne d'Amérique. Nous u'avons donc à nous occuper que de 1 Église anglicane proprement dite.

1. Tf.xtks officiels. — La pensée de l'Église anglicane sur l'absolution doit se chercher avant tout dans les documents officiels. Ces documents son! de trois sortes : liturgiques, dogmatiques, canoniques. La liturgie officielle, consignée dans le Livre de la prière commune {The Book of eu, h mon Prayer, couramment le Prayer-Book), emploie trois formules d'absolution, la première dans l'office du matin et dans celui du soir, la seconde dans l'office de la Cène ou communion, la troisième dans la cérémonie de la visite des malades. Je donne ces formules d'après la traduction imprimée à Jersey. .Mais comme cette traduction est parfois « adoucie « par égard pour les calvinistes, je le ferai remarquer à l'occasion.

L'office du matin débute par des sentences scripturaires, invitations au repentir, demandes de pardon. aveux qu'on est pécheur; suit une exhortation à l'humble confession de ses fautes, puis une « confession générale que lout'le mondedoil dire à genoux après le ministre . Aussitôt après vient une absolution « qui se doit prononcer par le prêtre seul e1 debout, le peuple demeurant à genoux ». La voici : « Le Dieu tout-puissant, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui ne désire pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se convertisse de son iniquité et qu'il vive, qui aussi a donné pouvoir et commandement à ses ministres de déclarer et de prononcer à son peuple pénitent l'absolution et la rémission de ses péchés, pardonne à ions ceux qui se repentent en vérité, et qui croient sans feinte à son saint Evangile, et il les absout tous. (Test pourquoi prions-le qu'il lui plaise de nous donner une vraie repentance e1 son Saint-Esprit, afin que le culte que nous lui rendons lui soit agréable et que tonte notre vie soit pure et sainte à l'avenir; tellement que nous parvenions enfin à sa gloire éternelle, par Jésus-Christ Notre-Seigneur. » Le peuple doit répondre : « Amen. » Même chose a l'office du soir, lequel, comme celui du malin, devrait, d'après la rubrique, avoir lieu l mis les jours de l'année.

A l'office de la communion, il y a également confession générale et absolution. La confession est faite par

un di'S ministres, << au nom de tous ceux qui se pro-

poseni de participer à la sainte communion, ions t'i mi a genoux. » Apres la confession, le prêtre (ou l'évoque, s'il est présent) se love et, tourné vers le peuple, prononce coite aliMiluiii.n : 6 Le Dieu tout-puissant, noire Père céleste, qui par -a grande miséricorde a promis la rémission des péchés a tous ceux qui se convertissent a lui avec une véritable l'"i ei une sérieuse repentance, veuille avoir pitié de mus ,■ vous pardonner tous vos péchés ri mus en délivrer : vous soutenir et vous affermir en toul bien et vous conduire a la vie éternelle : par Jésus-Chrisl Notre-Seigneur. Amen. » Telle est la seconde absolution.

.Mais à côté de celte absolution générale répondanl à la confession générale, il y a place, avant la communion, pour une absolution particulière répondanl à une confession particulière. En effet, la première exhortation pour annoncer la communion prochaine se termine ainsi : « Et parce qu'il ne faut pas que personne

, une ;i la sainie connu u n ion sans ■ pleine confiance

en la miséricorde de Dieu ei sans :onscience tranquille, s'il y a quelqu'un de vous qui ne puisse [l'anglais ajoute : par ce moyen, c'rsl-ii-ili rr pur le moyen iln seul repentir) luellre son espril en repos, el qui ail encore besoin de consolation ou de conseil, qu'il s'adresse à moi ou à quelque autre ministre de la parole de Dieu, qui ail la prudence et les lumières nécessaires;

alin (pie. lui découvrant son mal, il reçoive, par le ministère de la parole de Dieu, l'assurance de l'absolution de ses péchés (anglais .-et qu'il découvre son mal, open lus grief, alin de recevoir par le ministère de la sainte parole de Dieu lr bienfait de l'absolution), avec les conseils spirituels qui peuvenl apaiser sa conscience et le délivrer de toutes sortes de doutes et de scrupules (anglais : en même temps que conseil et avis spirituel pour l'apaisement de sa conscience et pour ne laisser lieu à aucun scrupule ni inquiétude : ici ce tic sont pas seulement les conseils qui doivent apaiser In conscience, c'est encore et surtout la confession privée, arec solution). » Si quelqu'un veul profiter de l'invitation, quelle formule d'absolution faut-il employer'.' Le Prayer- Book de loi!* indiquait celle de la visite des malades. Celle indication l'ut supprimée dans le Prayer-Book de 1552 ei n'a jias été rétablie. Mais, en fait, c'est celle qu'emploient les clergymen qui reçoivent la confession privée. La voici telle que la donne le cérémonial de la visite îles malades : « En cas. dit la rubrique, (pie la conscience du malade lui reproche quelque chose d'impi "tant, il sera exhorté' ici à faire une confession détaile (anglais ; spécial, de ses péchés. Et après celle confession, le prêtre lui donnera l'absolution, s'il la lui demande avec humilité cl avec instance, de la manière suivante : « Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a laissé à son Eglise lu puissance d'absoudre tous les pécheurs qui se repentent et qui croient en lui véritablement veuille te pardonner 1rs offenses par sa grande miséricorde; cl pur sou autorité qui m'est commise, je t'absous de Unis 1rs péchés. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Le pénitent répond : « Amen. » — On le voit, c'est, pour l'essentiel, notre formule de l'absolution sacramentelle.

De ces trois formules, la première est déclarative, la seconde est moitié' déclarative, moitié déprécative (comme beaucoup des oraisons de l'Église), la troisième est indicative. Les deux premières, par leur place dans la liturgie et par leur caractère, ressemblent beaucoup aux absolutions des offices catholiques, auxquelles elles succédaient : mais, sous l'influence visible des réformateurs du continent, elles ont pris un rôle beaucoup plus important : elles devaient, en effet, tenir lieu, pour l'ordinaire, de l'absolution sacramentelle, comme la confession générale qui les précède devait tenir lieu de la confession privée. Nul doute, par conséquent, qui l'église anglicane ne prétendit y l'aire usage du pouvoir des clefs, tel qu'elle le revendique dans la première et dans la troisième formule. Quant à la troisième formule ei à la confession privée qui précède, ce n'est qu'une concession aux vieilles idées, un compromis avec les arriérés que ne rassuraient pas pleinement les nouvelles fai ons de pardonner les péchés. On se tromperait donc en y cherchant une pensée dogmatique.

Reste a savoir quelle valeur les auteurs du Prayer- Book attachaient aux deux absolutions qu'ils voulaient usuelles. Ils ne l'ont pas dit ; mais tout indique qu'ils pensaient à .cet égard comme les réformateurs e\w continent : et l.ea. .1 laslnrij Of itiirirnlar ciiiifrssiim in llir latin Church, Londres, 1890, p. 521, a raison de dire : « La phraséologie quelque peu vague (de la première absolution) semble avoir été choisie avec soin pour

faire enlelidre... (pie le prêtre ne fait que inanifeslei

le pardon accorde par Dieu, o 11 est vrai qu'à l'ordination noir le Prayer-Book) le prêtre reçoit, dans les termes évangéliques, le pouvoir de remettre et de n tenir les péchés. Mais, sur ce pouvoir, l'Église d'Angleterre s'est expliquée nettemenl dans le sens anticatholique. Parmi les 39 articles de 15G2, qui « contiennent la vraie doctrine de l'Église anglicane » et que toul le mil' doil prendre e dans le sens littéral et grammatical », le 25* ne reconnaît que deux sacrements institué:; par Jésus-Christ, le baptême et la cène du Seigneur.

ABSOLUTION DES PECHES CHEZ LES ANGLICANS

Les cinq autres « ne doivent pas être tenus pour sacrements de l'Évangile » ni ne sont des sacrements au sens de « signes efticaces de la grâce ». Même doctrine à peu près clans le « Catéchisme ou Instruction que toute personne doit apprendre avant d'être amenée à l'évêque pour être confirmée ». [Les 30 articles et le Catéchisme se trouvent dans le Prayer-Book.] Même doctrine encore, sauf légères différences, dans le second livre des Homélies, Homélie IX (The Honiilies, Cambridge, 1850, p. 356). Enfin, l'évêque Jewell, longtemps regardé comme le théologien officiel de l'Eglise anglicane, dans son Apologia, publiée en 1562, l'année des 39 articles, ramenait le pouvoir des clefs à deux choses : prêcher l'Évangile et le pardon des péchés, chasser de l'Église les pécheurs scandaleux et y recevoir les repentants.

Les documents canoniques nous mènent aux mêmes conclusions. Dans la Rcformatio legum, la notion de la grâce sacramentelle et de Yopus operaliim est si atténuée que la définition du sacrement se dislingue peu ou point de la définition luthérienne ou calviniste mitigée. Voir le titre De hseresibus, c. xvn, et le titre De sacramenlis, c. i. A ce dernier endroit, il est dit expressément qu'il n'y a que deux sacrements, le baptême et l'eucharistie : et au même titre, c. ix, on parle de la ■visite dés malades, mais sans la moindre allusion à la confession et à l'absolution privée du Prayer-Book. Enfin au titre De divinis of/iciis, c. vu, il est question de visite au ministre la veille de la communion, d'examen de conscience, et même d'absolution en cas de besoin (et si plene se ministro probaverit, crimine, si opus fuerit, solvatur). Mais il est difficile de voir là autre chose que la confession et l'absolution luthériennes.

Tels sont les textes officiels, du inoins les textes constitutifs et fondamentaux. Quelques points en ressortent nettement. La confession privée n'est pas nécessaire pour le pardon des péchés; elle est permise cependant, et l'absolution privée, malgré le terrain perdu à chaque révision du Prayer-Book, a fini par s'y maintenir, cantonnée en un petit coin. (Quant à savoir si, pour avoir droit à cette absolution, la confession intégrale est nécessaire, voir l'article Confession chez les anglicans.) Il faut admettre ensuite que les auteurs du Prayer-Book prétendaient remplacer par les confessions et absolulions générales des prières quotidiennes et de la communion, la confession et l'absolution privées. Ce point a été nié par quelques rares anglicans, par Maskell notamment, mais pour des raisons de logique et de dogme qui ne sauraient prévaloir contre les faits. Enfin, quelle que fut la pensée des auteurs du Prayer-Book, les documents dogmatiques et canoniques sont nets pour dénier à l'absolution toute efficacité proprement sacramentelle, et quelques textes obscurs ne sauraient prévaloir contre des affirmations formelles et répétées.

II. Doctrine des théologiens anglicans. — La doctrine des théologiens anglicans sur l'absolution et sur le sens des formules du Prayer-Book est des plus variées. Maskell, en 1849, émanerait six interprétations différentes et en ajoutait lui-même une septième. Les uns attribuent même efficacité aux trois formules, soit pour les faire toutes les trois purement déclaratives, soit pour leur attribuer .à toutes une certaine efficacité salutaire et une certaine puissance de conférer (to convey) la grâce; d'autres les distinguent diversement, faisant, par exemple, de la première une déclaration juridique (authentique, mais ministérielle) de pardon; de la seconde, une prière officielle et toujours exaucée; de la troisième, une vraie absolution efficace, soit des péchés (quand on admet le sacrement de pénitence), soit des censures et peines ecclésiastiques (quand on rejette le sacrement de pénitence). Sur cette question, comme sur tant d'autres, beaucoup — et ceux-là ont le véritable esprit de l'Église anglicane — préfèrent

D1CT. DE THÊOL. CATIIOL.

un certain vague à des notions trop précises. Plusieurs parmi eux parlent couramment de grâce conférée ou de sacrement de pénitence, qui ne voient guère dans la grâce que la bienveillance divine, et qui rejetteraient sans hésiter Yopus operatum de la doctrine catholique. Il ne faut pas non plus leur demander des idées coordonnées en un système qui se tienne. « Inconséquence logique (inconsistency), » est une des remarques qu'on trouve le plus fréquemment sous leur plume quand ils se jugent les uns les autres. Ajoutons — et c'est encore un trait bien anglican — qu'ils sont souvent moins préoccupés du fond des choses et de la logique, que de l'effet pratique. Combien, par exemple, sous les Stuarts, ont parlé de la troisième absolution tout comme', les catholiques, uniquement pour montrer que 1 Eglise anglicane, en fait d'absolution, n'avait rien à envier à l'Église romaine ! Voir dans Maskell, An inquiry upon the Doctrine of the Church of England upon Absolution, Londres, 1849, c. il, les textes d'Overall, p. 12, 13; de Sparrow, p. 19, 20, etc. En somme, sur ce point comme sur tant d'autres, les théologiens anglicans se divisent en deux grands groupes, d'après les deux tendances qui ont toujours existé dans l'Église anglicane (tendance low Church ou basse Eglise, comme qui dirait protestante ; tendance high Church ou haute Église, traditionnelle et, en un sens, catholique). Les uns, ne voyant dans le ministre qu'un porte-parole, ont pour eux les Articles, les Homélies (ix6 et XIX"), l'esprit même des réformateurs; les autres, admettant à peu près les idées catholiques sur la grâce, sur les sacrements et sur l'efficacité de l'absolution, ont pour eux, avec quelques mots du Prayer-Book et, si l'on veut, quelques textes obscurs du Catéchisme, de la IX" Homélie, du titre De divinis of/iciis, c. vu, la tradition catholique, à laquelle ils croient pouvoir faire appel, et les textes évangéliques sur le pouvoir de remettre les péchés. L'idée protestante, souvent dissimulée, aux temps d'Elisabeth et dis Stuarts, sous des expressions quasi orthodoxes, régna presque seule depuis la révolution de 1688 jusqu'au mouvement d'Oxford (lancé entre 1833 et 1S4-0), et deux fois au moins dans notre siècle l'Église officielle s'est prononcée en sa faveur — dans Y Assemblée (Convocation) de 1873 et dans le second synode pan-anglican (second Lambelh Conférence) en 1877 — et a nettement rejeté le sacrement de pénitence. Liddon, The life of Pusey, Londres, 1897, t. iv, p. 263; cf. p. 311.

Malgré tout, l'idée high Church a fait son chemin avec Pusey, Mackonochie, Forbes, Carter, etc. Pusey ne s'est jamais nettement prononcé sur la valeur des deux premières absolutions: parfois, il semble accepter l'idée des vieux théologiens anglicans, dellookerpar exemple, qu'en pensant, au moment de la confession générale, à ses péchés particuliers, on les soumet suffisamment aux clefs de l'Église etonen obtient ainsi le pardon ; ailleurs, il se contente de dire que la confession privée et l'absolution ne sont pas nécessaires; mais toujours il a maintenu l'efficacité sacramentelle de l'absolution privée. Voir son sermon sur YEntière absolution du pénitent, Oxford, 1846, sa Lettre à l'évêque de Londres en 1851, p. 19 sq., sa déclaration de 1873 en réponse à l'acte officiel des évê pies, laquelle fut signée par les membres les plus marquants du parti high Church. Liddon, The life of Pusey, t. iv, p. 266 sq.

Maskell, en 1849, nia vigoureusement la valeur sacramentelle des deux premières absolutions, et montra que la confession particulière était une condition nécessaire pour l'absolution sacramentelle; mais ses arguments débordent les positions anglicanes et mènenl à Rome. Il tient pourtant pour l'anglicanisme et revendique vivement la liberté de la confession : il ne croit pas encore le sacrement de pénitence nécessaire, ni re ni voto; mais si le pécheur veut être délié par les clefs de l'Église et recevoir l'absolution sacramentelle, il

ABSOLUTION DES PECHES CHEZ LES ANGLICANS

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doit se confesser et ne rien cacher. De nos jours, lion nombre de high-churchmen regardent comme obligatoires re aul voto la confession et l'absolution. En pratique, cependant, ils doivent en rabattre, sous peine d'être par trop en opposition avec l'Église anglicane : aussi ni l'évèque Forbes, ni Blunt, ni Staley ne concluent à la confession obligatoire de tous les péchés mortels, bien qu'ils posent des principes qui mènent à cette conclusion.

III. Déclaration officielle du primat d'Angleterre. — Les choses en étaient là depuis une vingtaine d'années, quand, en 1898, un réveil de l'esprit protestant ramena l'attention sur la question (dénonciations dans le Times contre les ritualistes : sir William Harcourl; attaques et violences dans les meetings et jusque dans les temples : Kensit et les siens). Pour remédier, dans la mesure du possible, au malaise et aux inquiétudes jetées dans les esprils par des discussions plus vives que jamais sur l'eucharistie, sur la pénitence et la confession, etc., l'archevêque de Cantorbéry, primat d'Angleterre (Dr Temple), dans sa visite quadriennale, octobre '1898, a donné, dans sa :< charge » ou discours pastoral, une série de déclarations officielles sur les doctrines de l'Église anglicane touchant les points les plus controversés. Ce document est d'une importance capitale : avec (ou après) une décision de la Convocation ou assemblée générale du clergé, c'est ce que l'Église d'Angleterre, comme Église, peut avoir de plus autorisé, de plus semblable à une définition ex cathedra. Or voici ce qu'il dit de l'absolution, texte dans The Guardian, 19 octobre 1898, p. 1630. Après avoir insisté sur les inconvénients de la confession, le primat reconnaît que certains ne peuvent guère s'en passer, et il ajoute : « L'Eglise d'Anglet \rre, sur ce point comme sur tant d'autres, est pour la liberté. En premier lieu, elle maintient que lerecours à la confession doit toujours être pleinement volontaire. Aucune contrainte, directe ou indirecte, n'est jamais permise. Nul prêtre n'a le droit d'exiger la confession comme condition pour être présenté à la confirmation ou admis à la sainte communion. Prétendre à ce pouvoir est une usurpation à repousser par tous les moyens. Si quelqu'un désire se confesser, la permission de le juin- est reconnue dans le Prayer-Book, et, si le besoin s'en [ait fortement sentir, non seulement reconnue mais encouragée (je laisse à la phrase française le laisser-aller de l'anglais). Il est requis que tout homme venant à la suinte communion soiten paixaveesa conscience, et s'il est inquiet (perplexed) et ne peut I couver la paix requise, il est encouragé ù venir chercher conseil près du ministre de Dieu. » Suivent quelques applications. Le primat continue : « Dans des cas comme ceux-ci, le fidèle est engagé à venir au ministre deDieu, pour qu'il lui soit dit ce qu'il doit faire, et, s'il en a levain, puer qu'il lui soit assuré, autant qu'un homme peut l'assurer, que Dieu lui pardonne smi péché. Celle assurance est comme la décision d'une cour inférieure, elle peut être réformée (overruled) dans une cour supérieure : néanmoins elle est valable dans sa sphère (as far as it goes); on peut s'y jier et agir en conséquence dans la circonstance présente (pour aller communier). La même règle générale

s'applique au cas de maladie sérieuse. On doit exhorter le malade, s'il seul sa conscience troublée pur quelque sujet grave, à faire une confession spécialedeses péchés, et ordre csl donné de prononcer l'absolution s'il la désire de cœur et humblement. Dans ce cas connue

dons l'antre, la eoufessmu esl présenter vomnie dépendant lis ui.ide to dépend) du trouble de la conscience. L'initiative appartient à l'homme; il doit se confesser (lie is tO COnfess) S'il est troublé, et recevoir l'absolution s'il en seul lebesmu. «Apres quelques mots sur la différence entre eelte eon l'e-sioli volontaire et la confession Obligatoire, le prélat passe au second point : (i Comme

l'Église d'Angleterre ne force jamais à la confession

ni ne permetd'y forcer, de même encore elle ne donne

au ministre aucun pouvoir d'exiger que le pendent

confesse autre chose que ce qui l'inquiète ou le trouble. Il n'a aucun droit de demander la confession intégrale de toutes les fautes; et s'il le fait, il le fait sans y être autorisé par l'Église dont il est le ministre (ol'licer). Il n'y a évidemment aucun moyeu de le contraindre et rester dans les limites de son droit strict. Mais le pénitent peut se proléger contre l'usurpation en consultant un ministre auquel il peut se fier. Il n'est tenu de se confesser à aucun ministre déterminé, ni de dire à tierce personne quelconque i/uel ministre il a consulté. Cette parfaite liberté dans l'usage de la confession est la caractéristique île l'Eglise d'Angleterre sur ce point, et je n'ai pas le moindre doute que la grande masse du clergé anglais ne suive la ligne que j'ai indiquée. :: De cette déclaration trois points se dégagent nettement : 1° nulle obligation de se confesser; 2° nulle obligation de tout dire, quand on se confesse, pour avoir droit à l'absolution ; 3" liberté absolue pour le choix du confesseur. Il faut remarquer que le second point tranche net contre une opinion courante depuis Pusey parmi les ritualistes et les high-churchmen. D'autres questions sont laissées dans l'ombre, celle-ci tout d'abord : l'absolution a-t-elle ou non un caractère sacramentel, et quel est son effet? « Sa Grâce » lui attribue d'abord un effet pratique et légal : vous ne pouviez aller communier dans votre état de trouble, vous le pouvez sur l'assurance du ministre. Y a-t-il davantage? Oui, semble dire le primat, et il donne l'exemple d'un jugement en première instance; mais cette comparaison, qui probablement plaira au gros bon sens pratique, laisse intacte la question du sacrement; ou plutôt elle semble la trancher tacitement en ramenant le tout à une affaire de for extérieur; l'Église vous dit: vous pouvez aller de l'avant, vous êtes en règle (avec la loi, sinon avec saint Paul et avec Dieu). Tout, dans la décision, semble impliquer la négation de tout effet proprement sacramentel. Autre question : jusqu'où le ministre est-il jugé, et peut-il refuser de « prononcer» l'absolution? Un ou deux mots iraient à faire conclure que le ministre est tenu d'absoudre. .Mais comme le prélat reproche à l'absolution catholique de tranquilliser les consciences à tort et à travers, on peut se demander s'il regarderait comme anglicane une doctrine qui prêterait autant et plus au même reproche. La question de juridiction n'est pas touchée, bien que l'action du ministre soit regardée comme une action juridique. 11 semble supposé que l'Église d'Angleterre, en ordonnant ses ministres, leur donne par là même commission pour absoudre (en son nom) tous ceux cpii s'adresseront à eux. Enfin il reste douteux jusqu'où le Prayer-Book oblige à s'adresser au ministre, dans le cas où l'on ne peut se tranquilliser autrement. La déclaration parle de « permission », d' « exhortation », d' «encouragement »; elle insiste sur la liberté absolue. Mais elle dit aussi qu'il faut se confesser en cas de trouble, et recevoir l'absolution si l'on en senl le besoin (lie is to confess if he is troubled'and to receive absolution if he feels tbe need of il); elle parle de confession « sous la pression de la perplexité », elle la montre « dépendant du trouble de la conscience ». Le primat semble donc admettre en certains cas une obligation morale, d'après le Pruijer- Book ; la liberté qu'il revendique n'est pas absolue et pour tous les cas; elle s'oppose seulement, d'un côté, à toute loi pénale, de l'autre, à l'obligation de confesser toutes les fautes graves. Dernière remarque. L'archevêque regarde connue évident qu'il ne saurait y avoir de sanction légale contre les contrevenants, contre ceux qui enseigneraient la nécessité de la confession. Il s revient

en finissant: » Aucun moyeu Côerdtif ne serait de mise eu pareille matière; tout ee qu'on peut, c'est de voudiimuer toute tentative contre la liberté' chrétienne de qui ne voudtait pas aller à confesse. En un tel sujet,

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