L. Petit
ARIANISME, grande hérésie du iv« siècle qui niait directement la co-éternité, la consubstantialité et la divinité proprement dite du Verbe; par le fait même se trouvait faussée la vraie notion des principaux mystères de la religion chrétienne, la trinité, l'incarnation et la rédemption. Né en Egypte, l'arianisme crée dans l'empire romain une crise religieuse de près d'un siècle. Vaincu sur ce théâtre, il trouve un refuge chez les peuples germaniques qui envahissent l'empire romain. Éteint complètement vers la fin du vu* siècle, il reparait après la Réforme chez des individus ou des sectes protestantes. Toute la matière se ramènera à ces quatre chefs : I. Période originaire de l'arianisme, jusqu'à la condamnation de cette hérésie au concile de Nicée. II. Réaction antinicéenne, aboutissant au triomphe temporaire de certaines formes plus ou moins adoucies de la doctrine arienne. III. Décadence et chute de l'arianisme dans l'empire romain. IV. L'arianisme chez les peuples germaniques et dans les temps modernes.
I. ARIANISME (Périodfi originaire de I"), 318-325. — I. L'hérésiarque. II. Propagation de l'hérésie; les deux Eusèbe. III. Doctrine d'Arius. IV. L'opposition catholique. V. Le concile œcuménique de Nicée. VI. Le symbole de Nicée, réu,oo-j<no;- VU. Les suites immédiates du concile de Nicée.
I. L'hérésiarque. — L'arianisme tire son origine et son nom d'Arius, né en Libye dans la seconde moitié du m* siècle. S. Épiphane, Hxr., i.xix. 1. P. G., Lxlii, col. 202. Il est vrai qu'au rapport de Photius, le fondateur de l'arianis est appelé alexandrin par Philostorge, Epitome historiée sacrée, P. G., t. i.xv. col. 460; mais rien ne prouve que cet écrivain ait indiqué par là le lieu d'origine, et non pas la patrie adoptive de l'hérésiarque. Du reste, on a peu de détails sur les antécédents d'Arius. Le titre de conlucianiste que nous le verrons donner a Eusèbe de Nicoméilie, sa communauté d'idées et d'intérêts avec d'autres personnages de la même école, permettent de conclure qu'il fut. lui aussi, disciple du prêtre Lucien d'Antioche, mort martyr i Nicomédie, vers l'an 811. Quand l'histoire signale Arius. il nous apparat! comme naturalisé à Alexandrie, ou sa conduite témoigne d'un esprit remuant et quelque peu frondeur. Il se rallia d'abord BU parti des meh liens.
puis l'abandonna et, vers 308, fut ordonné' diacre par ï'évéque Pierre; mais celui-ci avant pris certaines mesures disciplinaires à l'égard des mélétiens, Arius les désapprouva et créa même tant d'embarras à l'évèque que celui-ci dut l'excommunier. Sozomène, //. /■"., i, 15, r. G., t. lxvh, col. 906. Apres le glorieux martyre de saint Pierre d'Alexandrie, survenu le 25 novembre 310, Anus se réconcilia avec son successeur. Aehillas, et re-
çut I ordination sacerdotale. liientôt après, il fut tête d une ■ r lise paroie siale import t chargé en outre d'expliquer b L'arien Philostorge raconte qu'après la mort d'Achill en juin 311, Arius détermina l'élection du dre en reportant sur lui les voix qui vou
r en sa faveur; d'autres, au contraire, accu- Arius d'avoir brigué la dignité éj
une de l'an tion dé.ue. Théodoret, U. E., i, I, P. G., t. lixxii, col. 88T.
Rien dans le récit des historiens ne permet (!• saisir un désaccord apparent entre Alexandre et An but du nouvel épiscopat; le prêtre de Baucale nous apparaît plutôt comme un homme bien posé et cap d exerci r une grande influence, (irand et âgé déjà, pour que saint Épiphane puisse lui doi l'épithète de vieillard, i véptov, d'un extérieur grave et de mœurs austères, instruit et dialecticien habile, il avait le talent de s'insinuer dans les esprits par une parole douce et persuasive. Ln revanche, une lettre attribuée à l'empereur Constantin, et que nous retrouverons plus tard, le dépeint sous des couleurs extrêmement sombres et contient même des insinuations défavor. à sa moralité; mais on ne saurait faire fond sur les amplifications oratoires d'un document bizarre en soi et d'une authenticité douteuse. Ce que les histo; signalent presque unanimement chez Al une
certaine dose de vanité orgueilleuse et de dissimulation jointe à une astuce consoim
Saint Lpiphane parle de rivalités et de divergents d'opinion entre les divers prêtres d'Alexandrie, op. cit.. in. 2, P. G., t. xlii. cul. 206: Philostorge rattache même à un fait de ce genre l'origine de la lutte doctrinale entre Arius et saint Alexandre, op. cit., I, ». P. G., t. liv, col. 462-163. L'orage éclata entre 318 et 320. La vraie cause doit en être cherchée dans des conceptions théologiques opposées, quelle qu'ait été l'occasion prochaine, point sur lequel les récits ne concordent pas. Dans la lettre commune qu'il écrivit à saint Alexandre et à II. siarque, pour les inviter à la paix, l'empereur Constantin suppose qu'il y eut de la part de lévèque une question imprudente, et de la part d'Arius une réponse téméraire, au sujet d'un passage des saintes Écritures. Lusèbe, Yita Conttantini, u. 69. P. G., t. xx D'après Socrate. Alexandre parlant dans une assen de son clergé sur le mystère de la trinile. aurait vivement insisté sur l'unité dans la trinité. ii TpisSi u.ivjôj; Arius serait parti de là pour taxer de sabellianisme la doctrine de l'évèque. D'après Sozomène. dont le I plus précis se retrouve en substance dans saint phane, Arius aurait commencé de lui-même à répandre rieurs, mais dans des entretiens particuliers. Il soutenait que si le 1\ re a eng( ndré le Fils, l'être de ce dernier a eu un commencement, qu'il fut donc un temps où il n'était pas. et que par conséquent il a été h néant; c'était refuser au Verbe l'éternité, et faire d une créature. Averti, et même pressé d'intervenir, saint Alexandre, bon et paisible de caractère, aurait d'abord charitablement admonesté son prêtre t' lui
bure entendre raison par la douceur. La révolte om d'Arius n'aurait eu lieu qu'après que l'évèque eu: position, en affirmant l'unité substantielle i parfaite du Père et du IiN.
- données ne sont pas absolument contradicto il quelques-unes surtout pourraient s.
phases des premières réunions synodales où l'évi d'Alexandrie, s, m- se prononcer d'abord lui discuter par son clergé les problèmi S Arius, puis m- prononça finalement contre Ce dernier et lui défendit d'ei - nuis. Anus ne tint
pas compte de la défense; bientôt il compta para partisans des diacres et des prêtres, et même deux
ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L'
ques de la province d'Alexandrie, Second de Ptolémaïde et Théonas de Marmarique. Alors le patriarche lit un second pas, plus imporlant que le premier; il réunit, vraisemblablement en 320, un synode où se trouvèrent plus de cent évêques de l'Egypte et de la Libye. Les actes de cette assemblée ne nous sont pas parvenus ; on sait seulement qu'Arius y fut anathématisé avec ses partisans, le* deux évoques Second et Théonas, les cinq prêtres Achillas, Aithales, Carpones, un autre Arius et Sarmates, enfin les six diacres Euzoius, Lucius, Julien, Menas, Helladius et Gaius.
II. Propagation de l'hérésie, les deux Eusèbe. — Le débat, loin de finir, prit de plus grandes proportions. Arius chercha des appuis au dehors; il écrivit à son ancien condisciple Eusèbe, ce « conlucianiste » qui du siège épiscopal de Béryte était passé à celui de Nicomédie, une lettre où l'astuce se mêle à l'habileté. Après avoir exposé sur un ton satirique la doctrine de ses adversaires, Arius présente la conduite de saint Alexandre comme la condamnation d'un certain nombre d'évêques, tels qu'Eusèbe de Césarée, Théodote de Laodicée, Paulin de Tyr, Athanase d'Anazarbe, Grégoire de Béryte et Aétius de Lydda. Trois évêques seulement échapperaient à la condamnation, Philogone d'Antioche. Hellanicus de Tripolis et Macaire de Jérusalem. Arius résume enfin sa doctrine et conclut : « Nous sommes persécutés pour avoir dit : Le Fils a un commencement, et Dieu est sans commencement. Nous sommes persécutés pour avoir dit encore : Le Fils est tiré du néant. » S. Épiphane, Hser., lxix, P. G., t. xlii, col. 210-211. Eusèbe répondit : « Tu penses bien; prie pour que tous pensent comme toi : car il est évident que ce qui a été fait, tô 7teTTO'.r,ijivov, n'était point avant d'avoir été fait. Ce qui se fait, tb yevotiEvov, commence d'être. » S. Athanase, De synodis, 17, P. G., t. xxvi, col. 712. C'était un immense appoint pour l'hérésiarque que cette adhésion. Prélat ambitieux, influent à la cour, surtout auprès de Constantia, sœur de l'empereur Constantin et femme de son collègue Licinius, apparenté même à la famille impériale et n'ayant guère son pareil en fait d'habileté et de savoir-faire politique, Eusèbe de Nicomédie sera en réalité le chef militant du parti arien. Sans tarder, il écrivit de tous côtés aux évêques pour leur recommander Arius et ses partisans. On peut juger tout à la fois de son prosélytisme ardent et de ses idées nettement ariennes par sa lettre à Paulin de Tyr, qui se trouve dans Théodoret, 1,5, P. G., t. lxxxii, col. 91 i.
Dans cette lettre, Févêque de Nicomédie se sert, pour exciter le zèle de Paulin, de l'exemple d'Eusèbe de Césarée. Le célèbre historien de l'Église s'était, en effet, déclaré en faveur d'Anus, et s'il fallait juger de sa foi par deux lettres qui se trouvent citées dans les actes du second concile œcuménique de Nicée, on aurait peine a séparer sa cause de celle de Farianisme proprement dit. Dans l'une, adressée à saint Alexandre, il cherche ;t démontrer que l'évêque d'Alexandrie a dépeint la doctrine uienne sous de trop sombres couleurs: dans l'autre, adressée à Euphration, évèque de Balanéc, il nie la co-éternité du Fils, el affirme en outre qu'il est inférieur au Père el qu'il est Dieu, mais non pas le \rai Dieu. P. /.., t. c:\xix, col. 429-430. Mais ces iffisent pas à donner une idée te de la doctrine d'Eusèbe de Césarée qui, en cordant i d'Arius sur plusieurs points, s'en
dl --in' d'autres, comme la suite de celte contrôla voir, 11 e pas moins \ rai que sa protection, s'ajouta ni a celle de l'autre Eusèbe, doublai) la force du parti arien.
inl Alexandre rompril qu'il fallait lutter sur le mémi
terrain el contre-balancer l'influence des deux Eusèbe
auprès des autres évêques. Il convoqua une nouvelle
mblée du clergé alexandrin et maréotique, el lit
souscrire à ton- les membres présents une- lettre en-
cyclique, destinée à renseigner sur le véritable état des choses tous ses collègues dans l'épiscopat. P. G..t.xvm, col. 571 sq. Il y explique la naissance de l'hérésie et sa diffusion, donne le nom des hérétiques et prémunit les évêques contre les intrigues des ariens et de leurs protecteurs, Eusèbe de Nicomédie en particulier. Le pape saint Sylvestre reçut communication de ces actes. Arius et ses partisans, se sentant soutenus, n'en continuèrent pas moins à faire du prosélytisme dans Alexandrie, entraînant dans leur hérésie un grand nombre de vierges consacrées à Dieu et déconcertant les simples fidèles par leurs discours captieux. Si le document conservé1 dans les œuvres de saint Alexandre sous le titre de Depositio Arii est authentique, deux prêtres, Charès et Pistus, et quatre nouveaux diacres se seraient joints vers cette époque au parti des révoltés. P. G-, t. XVIII, col. 581. Dès lors aussi le diacre Athanase, secrétaire et conseiller intime de l'évêque Alexandre, mérita d'encourir la haine des Tlriens, comme il nous l'apprend lui-même. Apolog. contr. arian.,6,P. G., t. xxv, col.257.
Arius dut pourtant quitter Alexandrie; vers 321, il se rendit en Palestine et en Bithynie auprès des évêques qui le protégeaient. Son séjour à Nicomédie fut marqué par deux actes importants; sur le conseil de l'évêque Eusèbe, il écrivit à saint Alexandre une lettre polie où il lui soumettait, en son nom et au nom de ses partisans, une sorte de symbole dont il sera question plus loin; puis il composa son principal ouvrage, intitulé- ©âXeia ou le Banquet. Le peu qui nous en reste ne permet pas de se faire une idée bien nette de cet écrit; Arius parait y avoir exposé sa doctrine, partie en prose et partie en vers. Le genre aurait été imité d'un poète égyptien nommé Sotade, mal famé pour son esprit elléminé et son caractère dissolu. Voir Fialon, Saint Athanase, Etude littéraire, Paris, 1877, p. (33 sq. ; Loofs, art. Arianismus, dans Realencyklopâdie fur protestantische Théologie und Kirche, 3" ('dit., sous la direction du D'' Albert llauck, Leipzig, 1896 sq., t. Il, p. 12-13. En choisissant ce genre de composition, Arius voulait populariser sa doctrine; c'est dans la même intention qu'il fit des chants pour les marins, les menuisiers, les voyageurs et autres classes d'hommes. On lui fait trop d'honneur, quand on l'appelle le père de la musique religieuse dans l'Église chrétienne; saint Athanase parle tout autrement de la Thalie el des chants ariens.
En même temps, les partisans de l'hérésiarque répandaient sa doctrine dans l'Asie Mineure et la Syrie. Un rhéteur de Cappadoce, nommé Astérius, se distinguail entre tous par son activité; parcourant les églises, ce « sophiste à plusieurs têtes » y lisait publiquement un écrit, cruvTxyu.àTiov, où il avait systématisé la nouvelle hérésie. S. Athanase, De synodis, 18, P. G., t. xxvi, col. 713. De leur coté, les évêques gagnés à la même cause agissaient efficacement, Sozomène parle d'un synode tenu en Bithynie, qui adressa une encyclique à tous les évêques, pour leur demander de recevoir les ariens à
leur communion et de s'interposer en leur faveur auprès d'Alexandre. Dans un autre synode, que réunirent en Palestine Eusèbe de Césarée, Paulin de Tyr et Patrophile de Scythopolis, on recommanda bien au chef de la nouvelle secte et à ses partisans de faire tous leurs efforts pour obtenir de leur évèque leur réhabilitation, mais en même temps on les autorisa a reprendre leurs fonctions cléricales a Alexandrie el a lenir îles réunions ■ Lois leurs é-lises. C'était légaliser un schisme religieux dans celle ville. Mais commenl expliquer une pareille conduite? Dans une étude récente, lies sug tive mais souvenl hardie el par trop subjective, on .* soupçonné l'influence d'Eusèbe de Nicomédie se servant de Con tantia el 'le Licinius, pour imposer à sainl Alex. nuire la réhabilitation ou du moins la tolérance d'Arius el de ses partisans. Otto Seeck, Vntersuchungen tur Gcschichle des Nicânischen Kontil», dans la Zeit-
ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L
tehrift fur Kirchengachichle, 1896, t. svn, p. 340 sq. Ani^i s'expliquerait cette parole de saint Jérôme ; i l'our pouvoir tromper le monde, Arius commi oça par tromper la sœur de l'empereui ,axxin,n. k, P. L.,
t. xxii, roi. 1153. Ce qui eal certain, c'est que, dans une lettre attribuée a Constantin, i lie à Eusèbe de
-. omédie sa connivence avec Liciniusdans la persécution exercée contre les* vrais évéques». Théodoret,l,19, P G., t. i. xxxii, col. 961; Gélase de Cyzique, Historia concil . i. 10, /'. C, t. i.xxxv, col. 1220.
Quoi qu'il en soit de la cause prochaine un état de choses violent se reflète dans une seconde lettre de sainl Alexandre, adressée à son homonyme de Byzance. /'. <;., t. xviii, col. 5't7 sq. L'évèque d'Alexandrie expose surtout et réfute les erreurs régnantes; mais, au début et à la fin de sa lettre, il signale les continuelles réunions des ariens dans leurs « cavernes de voleurs • ; il parle du prosélytisme cauteleux et pernicieux qu'ils exercent, surtout auprès des femmes; il se plaint des séditions et des persécutions qu'ils suscitent chaque jour contre lui. de leurs intrigues auprès des évéques pour se faire admettre dans l'Église, des affaires que par l'entremise de femmes gagnées à leur cause ils lui suscitent auprès des autorités civiles. En terminant, saint Alexandre supplie ses collègues de ne pas admettre d'ariens dans la communion de l'Église, mais d'agir comme tant d'évéques d'Egypte, de Libye, de Syrie et autres pays, qui lui ont adressé par écrit leur déclaration contre l'arianisme, et ont signé son xôuo;, probablem?nt YEpistola encyclica, dont il a été déjà question. Des lettres semblables, ou des exemplaires de la même lettre, furent envoyés de tous cotés; saint Épiphane nous apprend qu'en un seul mois il en fut expédié plus de soixante-dix.
Arius était-il rentré dans Alexandrie, quand le patriarche écrivit sa seconde lettre? On ne saurait l'affirmer, mais ce retour se fit certainement avant le concile de Nicée, soit de la manière signalée plus haut, soit à l'occasion de la guerre entre Licinius et Constantin. Il n'est pas étonnant qu'en de telles circonstances la lutte soit devenue plus vive et la division entre chrétiens plus accentuée, surtout dans la capitale de l'Egypte; les choses en vinrent à un tel point que les païens s'en moquaient publiquement sur leurs théâtres. Aussi, après sa victoire définitive sur Licinius à Chrysopolis, en septembre 323, Constantin, qui voulait faire de l'unité religieuse un appui de son empire, songea tout d'abord à rétablir la paix en Egypte. 11 écrivit à l'évèque Alexandre et au prêtre Arius une lettre commune, résumée par Socrate, I, 7, P. G., t. lxvii, col. 55-60, et donnée en entier par Eusèbe de Césarée, Yita Constantin}, il, 64-72, P. G., t. xx, col. 1037 sq.; quelques critiques se demandent toutefois, et non sans vraisemblance, si Eusèbe n'aurait pas paraphrasé le texte primitif d'une manière pleinement conforme à ses propres sentiments. L'empereur parle dans cette lettre, non en théologien, mais en politique, désolé de voir la paix troublée pour ce qu'il regarde comme des questions de second ordre, des problèmes purement spéculatifs qu'il n'aurait pas fallu soulever et où la diversité des avis ne saurait nuire à l'unité de la foi ; il engage donc les deux adversaires à laisser de côté leurs vaines querelles et à se réconcilier. Osius, le grand évêque de Cordoue, fut chargé de porter celle lettre à Alexandrie et de s'occuper en même temps des autres points de controverse qui séparaient les chrétiens d'Egypte, époque de la célébration de la Pftque, schisme des mélétiena et du prêtre Colluthus. On n'a que des renseignements incomplets sur la manière dont Osius accomplit son mandat; mais il ne réussit pas à ramener les ariens ni à calmer li s esprits de plus en plus échauffés; il y eut même des statues de l'empereur rem ersées. l'.aronius. TUlemonl el autres historiens placent à celte époque une lettre de
Htm a Anus et aui fait mention, lln-r., i.xix. 9 P. G., 21
que rappoi de Cyziqui - op < <i., m. P. G .
t. i. xxxv. col. 1344 sq. D'autres his cet écrit une date postérieure, ou n<- voient d lettre' violent.- et bizarre qu un document apocryphe ou du moins douteux. Enfin, le calme ne revenant pas, l'empereur eut recours à un remède [dus général et plus efficace; il décida la réunion d'un < nique à Nicée en Bithynii saint
Alexandre, nous dit saint Épiphane, Hier., LXVIII
t. xi. il. col. 189; ce qui n'exclut ni la lion ni l'intermédiaire d Osius. ex sacerdol um tententia, dit Hiilin. Mais, avant de raconter les actes de l'illiu assemblée, il est nécessaire d'indiquer plus n et de mettre en regard les deux doctrines qui allaient s v trouver aux prises, celle d Arius et celle d'Alexandre, son grand antagoniste.
111. DOCTRINE d'Arids. — Les sources primiti incomplètes en soi, mais suffisantes pour exposer la doctrine d'Arius d'après Arius lui-même, sont : les deux lettres de l'hérésiarque, adresséesà Eusèbe de Nïcomédie et a saint Alexandre; [mis les fragments de la Hi'/eia qui nous ont été conservés par saint Athanase, dans ses Discours contre les ariens et autres OU débris on peut joindre le peu qui re des
premiers partisans d'Arius, les deux lettres d Eusèbe de Nicomédie à l'hérésiarque et à Paulin de T\r, ainsi que des extraits d'Astériuset de quelques autres personn rapportés par saint Athanase, De $ynodi$, 17-19. /'. G., t. xxvi, col. 711 sq. Enfin les deux lettres de saint Alexandre elles écrits de saint Athanase confirment résultats donnés par l'étude de ces divers documents. Il ne semble pas qu'Arius séparât dans sa pensée l'affirmation doctrinale et son interprétation philosophique; on peut cependant remarquer que les documents où l'affirmation doctrinale est au premier plan ont quelque chose de plus indéterminé, d'équivoque parfois, tandis qu'il n'en est plus de même des documents où domine l'explication rationnelle ou interprétation philosophique. Aussi ceux-ci complètent ceux-là. en donnant à la doctrine d'Arius toute sa signification et toute sa portée.
i. Notion fondamentale de Firftrtiinç. —Entête delà profession de foi présentée à saint Alexandre par Arius, De tynodu, H), P. G., t. xxvi, col. 708, se trouve une notion fondamentale, commune du reste à tous les disciples de Lucien d'Anlioche : « Nous reconnai>sons un seul Dieu, seul àrfiwTjro;, seul éternel, seul ï.»?-/o;. seul vrai Dieu..., le Dieu de la loi. des prophètes et du Nouveau Testament, qui a engendré son lils avant le temps «t les siècles. • Il est facile de soupçonner, par cette seule phrase, que. pour Arius, le l'ère seul vrai Dieu s'oppose comme «y£vvt)toç au Fils YSwqric, et c est en effet ce qu'il dit expressément dans la Thalie, De tynodit, 15, P. G.,t. xxvi. col. 706: « Nous appelons Dieu àv£vvr,7o;, par opposition à celui qui par natun vsvvt)t<Sc; nous l'appelons a,otp/o;, par opposition à celui qui est « devenu » dans le temps. » Ajoutons que, pour Arius. le terme d'i- twr to; exprime même ou du moins une propriété essentielle de la divinité suprême, et nous aurons la base de tous ces raisonnements dialectiques <'iï l'on prouvait que le Pils d'une nature différente du Père et qu il n'es* pas Dieu comme lui, puisqu'il n'< i*»e.
Il y a dan- cette argumentation une équivoque rasai
réelle que -rave dans ses cona quences, équivoque que saint Athanase et les autres Pères de I Église ne manqueront pas de relever. Ce terme d'àviwirn< est. en effet, susceptible d une double signification : celle d incréé, par opposition à ce qui est créé, el celle d'inengendre. par opposition à quelqu'un d'engendré, pareillement, le ternie d'avapyo; peut signifier mrncemenl », par opposition à ce qui commence d être, ou
ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L'
« sans principe », par opposition à quelqu'un qui procède d'un autre. Th. de Rognon, Études de théologie positive sur la sainte Trinité, IIIe série, Paris, 1898, étude XVI. Dans la pensée d'Arius, à^éwriToç et yevvrjTo; s'opposaient nécessairement sous le rapport d'incréé et de créé, parce qu'il tenait pour synonymes les termes d'engendré et de créé. De là cette idée familière aux ariens : il n'y a pas deux àYÉvvïjTot, c'est-àdire deux incréés ou deux principes, pas plus qu'il n'y a deux infinis ou deux dieux.
2. Notion arienne de la génération. — Si Arius identifiait les termes engendré et créé, c'est que, pour lui, toute génération, et non pas seulement la génération humaine, emportait essentiellement l'idée de commencement ou de production contingente. Aussi, dans sa lettre à saint Alexandre, rejette-t-il expressément toute conception de la génération du Fils qui ne serait pas celle d'une simple production, se séparant en cela non seulement des émanatistes gnostiques, mais même de ceux qui, voyant dans le Père et le Fils des termes corrélatifs, maintenaient leur co-éternité et leur unité substantielle : « Le Fils n'est point une émission, comme l'enseignait Valentin; ni, comme le voulait Manès, une partie consubstantielle; ni Fils et Père tout ensemble, comme l'a dit Sabellius, divisant la monade; ni, selon Hiéracas, une lampe allumée à une lampe, ou un flambeau partagé en deux. Il n'est pas vrai non plus qu'après avoir été d'abord, il ait été ensuite engendré ou créé Fils... Engendré hors du temps par son Père, créé et fondé avant tous les siècles, le Fils n'était pas avant d'être engendré; mais il a été engendré hors du temps et avant toutes choses, seul par le Père seul. Il n'a pas l'être en même temps que le Père, comme le prétendent ceux qui s'en tiennent à l'idée de relation, introduisant ainsi deux principes incréés... Prendre ces expressions : Je vous ai engendré de mon sein, Je suis sorti de mon Père, dans le sens que certains leur donnent, comme si elles marquaient une partie consubstantielle du Père ou une sorte d'émission, ce serait faire du Père un être composé, divisible et muable, en d'autres termes, un corps; ce serait assujettir le Dieu incorporel à toutes les conséquences de la nature corporelle. » Pourquoi Arius, énonçant ici tant de conceptions diverses, ne parle-t-il pas de celle-ci : génération du Fils par communication que lui fait le Père de sa propre nature, possédée en quelque sorte par indivis ? Alors, les propriétés d'ordre personnel ou hypostatique, oy£vvy)to; et y&vvy)t<5<; dans le sens d'inengendré et d'ercgendré, sont en dehors des propriétés d'ordre absolu ou essentiel, àYÉvvYfto; et yewt)t6<; dans le sens d'mcre'e et de créé. La réponse suit de ce qui précède; c'est cette conception môme qu'Arius et ses partisans n'ont pas su comprendre ou n'ont pas voulu admettre, en partie par réaction contre le sabellianisme qui aboutissait à la fusion des personnes, en partie par suite de leur théorie philosophique sur l'origine et la raison d'être du Fils.
3. Le Logos-démiurge. — On trouve dans le philosophe juif alexandrin Philon une conception du Logos ou Verbe divin dont l'inlluence fut prépondérante dans
■ le l'hérésie arienne. C'est la conception du Logos-démiurge, rattachée au livre des Proverbes, vm, 22. où la Sagesse dit d'elle-même, suivant la version des Septante : KJpio; èV.TtTÉ \>.t àpy.v 68fiiv«ÙToO,« Le Seigneiirm'acre'eecommc le commencement de ses œuvres. « Plutôt supposée qu'exprimée dans la profession de foi d'Arius, cette théorie est, au contraire, très nettement formulée dans la Thalie, Oral, i contr. arian., h, P. G., t. xxvi, col. '21 : '< Dieu n'a pas toujours été l'ère... Il était d'abord seul, le Logos et la Sagesse n'étaient pas encore. Ensuite, Dieu voulant nous créer fit d'abord un certain être qu'il nomma Logos, Sagesse et Fils, afin de nous cner par lui. Il y a donc deux sagesses : l'une est la propre sagesse de Dieu et lui est co-existante;
quant au Fils, il a été fait dans cette sagesse et, parce qu'il en participe, il est appelé, mais de nom seulement, Sagesse et Logos. La Sagesse a existé par la sagesse, en vertu de la volonté libre du Dieu sage. De même, il y a en Dieu un autre Logos que le Fils, m;.is comme le Fils participe à ce Logos, il est appelé à son tour, par faveur, Logos et Fils. » Saint Athanase ajoute qu'on trouve dans les autres écrits des ariens la vraie conception de leur hérésie, lorsqu'on y lit « qu'il y a diverses sortes de puissances. Il y a l'unique et naturelle puissance de Dieu, qui lui est propre et qui est éternelle; quant au Christ, il n'est pas la véritable puissance de Dieu, mais une des autres puissances parmi lesquelles l'Écriture nomme la sauterelle et la chenille ». Toutefois, comme puissance de Dieu, le Logos précède et dépasse incomparablement toutes les autres: seul il a été créé immédiatement par le Dieu suprême, avant tous les temps et les siècles; sa relation aux autres créatures est celle de créateur, tandis que, par rapport au Père, il est lui-même créature, mais aussi instrument de création et de gouvernement. Pourquoi ce Logos-démiurge mis ainsi entre Dieu et le monde? Comme les gnostiques, comme Philon, les ariens invoquaient la trop grande distance, la trop grande disproportion qu'il y a entre le Dieu suprême et les simples créatures; une action immédiate est impossible. Orat. u contr. arian., 24, P. G., t. xxvi, col. 200; De décret. Nicœni synodi, 8, P. G., t. xxv, col. 438.
4. Nature du Fils. — La conséquence de toute cetle doctrine, d'après Arius lui-même, c'est que le Fils n'est nullement égal ni consubstanliel au Père, oùSè yâp âuTiv i'<roç, à)X où8s ôjj.oo-jaio; oeù-rôi, De synodis,\5, P. G., t. xxvi, col. 708; considéré dans sa nature et dans ses propriétés, il est entièrement dissemblable d'avec le Père, àvduoioç xatà nâvia xrjç toû 7tatpb; o'Jtfia; xoù (StdT-rçToç. Orat. i contr. arian., 6, P. G., t. xxvi, col. 24. Aussi n'est-il appelé Dieu, dans ces mêmes passages, que par dénomination, par adoption ou dans un sens relatif; pareillement, « il n'est pas Fils de Dieu par nature et dans la propriété du terme, mais seulement par dénomination et par adoption, comme la créature. » De sententia Dionysii, 23, P. G., t. xxv, col. 513. Par son office, toutefois, et par son exaltation, le Fils constitue en quelque sorte une catégorie à part au sommet de l'échelle des créatures, comme Arius l'explique dans sa lettre à saint Alexandre : « Dieu l'a fait immuable et inaltérable; sa créature parfaite, mais non comme toute autre créature; sa progéniture, mais non comme toute autre progéniture... Le Père, en le créant, l'a associé à sa gloire. » Mais il faut rapprocher de ces paroles un passage de la Thalie, où l'hérésiarque dit du Verbe : « Il est de nature changeante et muable; il use de son libre arbitre comme il veut, et, s'il reste bon, c'est parce qu'il le veut. Seulement Dieu, ayant prévu qu'il serait bon, lui a donné d'avance la gloire qu'il a méritée plus tard par sa vertu; c'est à ces œuvres, connues d'avance par son Père, qu'il doit d'être ce qu'il est en naissant. » Orat. 1 contr. arian., 5, P. G., t. xxvi, col. 21. Quand Arius appelle le Fils immuable et inaltérable, arpe^Tov y.al àva),),oid)Tov, on peut donc soupçonner qu'il a en vue une immutabilité, non pas essentielle, mais de fait. La connaissance imparfaite du l'ère par le Fils était une dei nié re conséquence de la doctrine arienne : « Le Père est invisible pour le Fils; il ne contemple ni ne connaît complètement et exactement le Père. Ce qu'il voit et ce qu'il connaît, il le connaît dans la proportion de ses forces, comme nous aussi pouvons le connaître dans la proportion de nos forces. Le I ils ne connaît même pas pleinement sa propre nature. » Oral. I contr. arian., ti, /', C. t. xxvi, col. 24.
5. Trinité arienne. — « Il y a donc trois hypostases,» "Qo-re Tptîc e'itiv 0noTTcÎ7Eic, disait Arius dans sa lettre à saint Alexandre. Mais, qu'entcndait-il par ce terme
A.RIANISME PÉRIODE ORIGINAIRE DE L'
d'il,/) [instances, el des substances non '
seulement distinctes el séparées, mais difféi leur nature; par conséquent, Bans unité numériqu même spécifique, s., doctrine él lit, en i DTet, complétée et précisi e il. m- la Thalie; il 5 disait que les substau ai ovulai, iln Père, du I ils et 'lu Saint-Esprit -ont entièrement différentes les unes des autres, étrangères l'une à l'autre, sans rapporl 1 une avec l autre. En un mot, ils sont tous les trois, soit pour la substance, soit pour la irloire. absolument et infiniment dissemblables, àvluotot r.-j'i-y.' a///,/'.>. ti:; -i ovidiai; xal 5<J;ai; e-.T-.v i- Sneipov. Orat.l contr.arian.,6. Si l'on rapproche cette assertion decette autre, que le Fils seul a été créé immédiatement par le Père, et que tout le reste a été créé par le Fils, force estde conclure avec les ariens que le Saint-Esprit est une créature du Fils. S. Athanase, Epist., i, ad Serap., 2, P. G., t. xxvi, col. 53-2; S. F.piphane, Hser., i \i\, 18. 5G, P. c,., t. xi.ii, col. 2-2(1. 290. Le Saint-Esprit est au Fils ce (pie celui-ci est au Père, le premier et le plus grand de ses ouvrages; il est l'interprète et l'émissaire du Logos créateur et conservateur, comme celui-ci est le ministre et le serviteur du Père. Par conséquent, la Trinité arienne n'est pas une Trinité immanente, soit que l'on considère la divinité, soit que l'on compare les personnes entre elles : la monade divine reste toujours seule et enfermée dans sa gloire inaccessible; la seconde personne est en dehors de la première, et la troisième est en dehors de la seconde. De plus, la Trinité arienne est une Trinité' dont la ligne de perfection va en s'inclinant. une Trinité décroissante : au sommet, le seul vrai Dieu, clos dans son aséité et son immuable simplicité, sans rapport immédiat avec le monde; au-dessous, mais à une distance incommensurable, le Fils, le Logosdémiurge, créature parfaite du Père, mais ne reflétant sa gloire que dans la puissance créatrice et conservatrice qu'il possède comme instrument; plus bas encore, beaucoup plus bas, le Saint-Esprit, l'œuvre la plus parlaite du Fils, mais ne réfléchissant à son tour qu'un ravon diminué de sa gloire. C'est ce qui a fait dire à saint Grégoire de Nazian/.e, dans son panégyrique de saint Athanase : « La divinité se trouva circonscrite dans la personne du Père; le Fils et le Saint-F^sprit furent exclus de la sphère de la nature divine. On ne voulut plus honorer la trinité que sous le nom de société, et bientôt même, on infirma, par des restrictions, ce titre d'associés. » Orat., xxi, 13, P. G., t. xxxv, col. 1096. Un motif de ce genre guida sans doute Arius, s'il est vrai que dès le début de son hérésie il ait changé, pour le culte de ses partisans, la forme habituelle de l.i doxologie trinitaire en celle-ci : « Gloire au Père par le Fils, dans le Saint-Esprit. » Théodoret. Hssret. fabulavum compend., iv, 1, P. G., t. i.xxxui. col. ili.
6. Christologie arienne. — Graves étaient les conséquences de l'arianisme en ce qui concerne l'incarnation et la rédemption. La personne du Christ n'était plus uni' personne vraiment divine, puisque le Logos incarné dans la plénitude des temps n'était pas lui-même vrai Dieu. Dès lors, son œuvre rédemptrice changeait complètement d'aspect; au lieu d'être théandrique, l'action et l'influence du Christ n'était plus que d'ordre moral el plus ou moins humaine. Cn autre résultat fut d'amener les ariens à ne reconnaître dans le Christ qu'un i -ans l'uni' humaine, ï4ruX0V s>&\ut ou -V-j/v-, ï^oyoc; ils prétendaient sauvegarder ainsi l'unité de personne que l.i présence simultanée de deux esprits finis, le Loi l'âme humaine, aurait compromise. Grâce à cette suppression, ils pouvaient encore attribuer directement au s la connaissance limitée el les affections de tristesse, de joie, et autres du même genre. Des témoij positifs prêtent celte doctrine, Boit aux arien-- en rai, soit nommément à leur fondateur. Contr. Apollin., i. 15; ri, 8, P. S.', t. xxvi, col. 1121. 1136, 1137; Théodoret, Uaret. fabul., iv, I. P. C, t. lxxxui,
U4; c- Êp -mi.
di i nier Père doni doc-
trine comme un point commui
/'. G., t. xi. in. col '■', - Le Christ d< >it ainsi un être particulier, i rent de l'Homme-Dieu, puisqu'il n'était ni vrai vrai homme, s. Athanase, Epist. ad Adelph., 1. P G ,
t. xxvi. col. 1073.