II. ARIANISME. réaction anti-nicéenne
[. origine de La r< ai lion. II. Coalition eu» ntre
|es cnefa nicéens el pour la réhabilitation des ariens, III. Mort de Constantin; Constance protecteur des antins. IV. Synode d'Antioche iti encœniis; substitution des formules scripturaires au symbole de Ni V 1. 1 (rient el 1 1 Iccidenl en présence ; Sardique et Philippopolis, VI. Persécution ouverte; l'arianisme en Occident. VII. Fractionnement du parti anti-nicéen. Mil. Anarchie doctrinale; symboles contre symboles. IX. Le credo impérial; Rimini et Séleucie. X. La suprématie homéenne.
1. Origine de la réaction anti-niceenne. — Rien de plus étrange que l'histoire du symbole de Nicée. Plus de trois cents évoques, presque tous orientaux, l'ont sigrn ., i unanimité ou à peu près; moins de cinq ans plus tard, la lutte était recommencée. Faut-il dire, avec certains auteurs protestants, que la victoire avait été trop | rapide, qu'elle avait été plutôt une surprise qu'une con- i quête solide, qu'elle n'était préparée ni pour le fond ni pour la forme, et que là se trouve l'explication de la réaction anti-nicéenne qui suivit bientôt? Non; ce sont la des assertions qu'on ne peut justifier, si l'on prend la définition de Nicée sur le terrain scripturaire et traditionnel OÙ les Pères se maintinrent, si l'on J voit la condamnation de l'erreur fondamentale d'Arius sur le Verbe créature, tiré du néant, d'une tout autre essence que le l'ère. En ce point la conquête fut solide, et jamais l'opposition ne reprit dans ses symboles communs la position de l'arianisme primitif; nous la verrons, au contraire, renouveler souvent Pana thème nicéen. -Mais la controverse arienne avait soulevé des questions complexes, philosophiques ou même théologiques, qui u'étaient pas résolues ou ne l'étaient pas expressément par la définition de Nicée. Cette définition même, en proclamant tout à la fois l'unité de Dieu et la consub- Stantialité des personnes divines, posait un grave problème où l'opposition trouverait un aliment. Le résultat définitif sera d'amener l'Église, à travers des vicissitudes pénibles, a la pleine conscience de sa foi et à un développement plus complet de la doctrine trinitaire.
Deux circonstances générales expliquent l'origine de la réaction anti-nicéenne. La première est un revirement qui se produisit dans la politique religieuse de Constantin. Celui-ci ne persévéra pas dans l'opposition énergique qu'il avait d'abord l'aile aux ariens; après trois ans de bannissement, Eusèbe et Théognis revinrent de l'exil et reprirent possession de leurs sieue-. Philostorge, n. 7. /'. <;., t. i.xv.col. i70; Socrate. i. 15, et Sozomène, 11. lii. /'. <;., t. i.xvn, col. 11(1, 97V. Arius fut aussi gracié;
quand el de quelle manière, c'est un point obscur.
D après Sociale ci Sozomène, l'hérésiarque aurait obtenu !,• premier son rappel ; encouragés par la. les deux évéques bannis auraient envoyé à leurs principaux collègues d'Orient une sorte d'apologie, uevavoftn [■■■■ ,„, ,1-, sollicitaient leurretour. Mais cet écril même contient plusieurs assertions assez difficiles a concilier pour
qu un grand nombre de critiques croient devoir en ne r
l,, valeur. Aussi admet-on plus communément qu'Eusèbe ei Théognis obtinrent d'abord leur -race el leur réhabilitation c plètejpuis il- B'employèrent avec leurs amis
i obtenir celle d'Arius. A. de Broglie, I
l'empire romain <<" '* «i ' '"' de
Constantin, lin du chap. v.
, aemenl qui se pas-;, dans l'automne «le '■'■-' ne ini peut-être pas -an- influence sur ce retour de- ariens exilés. I.a consécration de la nouvelle Hélénopolis(Drépane en BithynieJ lut marquée par de grandes fêtes en
I honneur de Lucien d'Anti '"me martyr.
, profil la popularil
culte pour intén ■•' des a,K
discipli - de Lucien ! c est un fait que les ariens avaient leur bagiologieel qu'en particul i ploitaieot habi-
lement la nu moire du martyr d'Antioche. Cwai Studiet of arianiam, 8" êdiL, Londres. 1900, p. 188, noi. :î. N1j' Batiflbl, Etude d'hagiographie arierme. La pdstien de dans le Compte
rendu du congre» teientiflque international des caiholique», 1891, n« sert., p. 181480. Une autre influence, plus certaine, intervint au su|et d Arius. celle de la princesse C.oiislatitia. so-ur de Constantin. Rulin. i. 11, /'. /.., t. xxi. col. 482, 4#3. Elle avait auprès d'elle un prêtre dévoué aux ariens et qui sut habilement travailler en leur faveur. Visitée sur son lit de mort par son frère, intia lui recommanda vivement ce prêtre et laissa même entendre que l'empereur sexposait à la colère divine en molestant des hommes justes et vertueux. Surpris, puis ébranlé. Constantin écrivit à Arius une lettre autographe, pour l'inviter a venir rendre compte de sa foi. La lettre est datée du 27 novembre; lannée 330, bien que vraisemblable, reste incertaine. Le fait important, c'est qu'alors ou plus tard, avant le concile de Tyr, Arius et son compagnon Luzoius. ex-diacre d Alexandrie, présentèrent à lempereur la profession de foi suivante : us crovons en un seul Dieu. Père tout-puissant Et en le Seigneur Jésus-Christ, son fils, le Verbe Dieu provenu de lui avant tous les siècles, il a.: i tmv rôv otuôvuv yevEvr.uévov, par qui tout a été fait dans le ciel et sur la terre; qui est descendu et s'est fait chair, trotpxb>6évvit... Si nous ne croyons pas cela et si nous n'admettons pas véritablement le Père, le Fils et leSaintl.sprit. ainsi que l'enseignent l'Eglise catholique entière et les Ecritures, auxquelles nous adhérons en tout, Dieu soit notre juge. » Socrate, I, 25, 26, P. G., t. lxvii, col. liS-loO.
I peut-être cette profession de foi d'Arius et d'Euzoius qu'on a prise pour une adhésion au symbole de N mais il est facile de voir qu'à côté d'une orthodoxi surface, il v a manque absolu de précision sur les points délicats. Constantin ne comprit-il pas ce qu'il y avait d'équivoque dans cette formule; ou. sous l'influence des Eusèbe et autres evéques de même nuance, revint-il a son idée première d'unité religieuses tout prix? 11 avait voulu lu paix dans l'Église, et il la voyait de nouveau troublée, En Egypte, les m. b tiens, quelque temps soumis, reprenaient leur attitude schismatique à l'égard du patriarche d'Alexandrie. Malgré 'es pi I la
défense expresse du concile de Nicée, îlélèce leur chef se donnait en mourant pour successeur Jean Arcaph. un - principaux partisans. En Orient aussi, les disputes religieuses avaient recommencé. Constantin doutat-il de l'œuvre faite a Nicée, ou fut-il simplement trou En fait, il changea d'attitude a légard des ariens, et ce revire ni contribua pour sa part a l'origine de la réaction anti-nicéenne.
L'autre circonstance générale qui explique cette réaction, ce fut la conduite des évêques orientaux qui avaient été vaincus au concile de Nicee. On peut dire qu'Eut ,1e Césarée posa les germes de la discorde dans sa lettre d'explication a ses dioo sains. En la lisant, on est frappé ,le l'affectation avec laquelle leveqne met partout en avant l'intervention de lempereur. mais surtout de la
poil-, vague, plutôt négativeque positive, qu'il attribue -oii a l'anathème, soit aux expressions les plus car ristiques du symbole nicéen, n. 5-H, /'• (•■. ' v^ col. 1510-1543. Ainsi, l'expression sx -t,; avautt -o:-> Hïtv,; signifie simplement que le Fils li ru du
mois v;vvri,;v:i. OÙ KOIT)6tVctt, indiquent que le l'il- n'est pas une créature semblable a Celles qui ont été faites par bu. mais qu'il est d'une meilleure sub-
staneeque toute- les '""*
ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICÉENNE
par Eusèbe surtout par amour de la paix, veut dire que le Fils est en tout semblable au Père seul qui l'a engendré. Si Eusèbe a souscrit à l'anathéme portant sur les propositions i\ oùx ov-rtov, etc., c'est qu'elles ne sont pas scripturaires ; en particulier, il lui a paru juste de réprouver l'expression rcpiv YevvïjO^vai o-jxr|V, parce que, de l'avis de tous, le Fils de Dieu a existé « avant son incarnation ». En un mot, Eusèbe n'avait adhéré au symbole de Nicée qu'après avoir reconnu en toute sincérité que le sens revenait à ce qu'il avait lui-même professé dans son exposition de la foi.
Saint Athanase remarque que, dans cette apologie, Eusèbe en prit à sa guise, <L; rfiélrfutv àusXoi'r'aaTO. De synodis, 13, P. G., t. xxvi, col. 704. Le terme est modéré ; car, ramener le symbole de Nicée à celui de Césarée, n'était-ce pas détruire l'œuvre de précision et de détermination voulue par les Pères du premier concile œcuménique ; et n'était-ce pas aussi se réserver le droit d'écarter le mot ôpioo-jo-to; qu'on ne trouve pas dans la sainte Écriture? Il n'est donc pas étonnant qu'Eustathe d'Antioche ait accusé l'évèque de Césarée d'altérer la foi de Nicée; Eusèbe riposta par une contre-attaque de sabellianisme. Socrate, i, 23 ; Sozomène, n, 18, P. G,, t. lxxvii, col. 144, 982. La querelle s'étendit, et les accusations continuèrent à se croiser sur le point précis de l'ôfAooûdio; : « Ceux qui rejetaient ce mot croyaient que les autres introduisaient par là le sentiment de Sabellius et de Montan, et les traitaient d'impies, comme niant l'existence du Fils de Dieu; au contraire, ceux qui s'attachaient à rôfj.oo-J<rco;, croyant que les autres voulaient introduire la pluralité des dieux, en avaient autant d'aversion que si l'on avait voulu rétablir le paganisme. » Ainsi parle Socrate, qui appelle cette première lutte un combat dans la nuit, vux-ro^cr/ia.
Il y avait pourtant là tout autre chose qu'un simple malentendu. Au fond, c'était la grave question de l'unité numérique de la substance divine qui était en jeu. L'ôuoo-Jtrioç nicéen entraînait directement la consubstantialité du Père et du Fils, mais cette consubstantialité devait en même temps s'allier à l'unité de Dieu proclamée par les Pères du concile en tète de leur symbole. Dans les réponses faites aux scrupules d'Eusèbe de Césarée, ils avaient écarté de la génération comme de la substance divine toute idée de division, de séparation, de composition; c'était dire équivalemment que la génération du Fils ne se fait ni par une production ni par une multiplication de substance, mais par la simple communication ou co-possession d'une seule et même substance. Il fallait donc passer à l'unité numérique, incompatible avec les idées eusébiennes. Mais on doit
i reconnaître qu'à côté de la question de fond il v en avait une autre, moins importante, la question de terminologie. Dans l'anathéme nicéen, les termes ovaia et \in6<nuan sont pris comme synonymes; la chose se Comprend aisément si, avec les latins, on traduit ces termes par ceux d'essence et de substance, en 1rs oppo-
i la notion de personne. Mais il n'en ('lait pas de rnéme pour tous les Orientaux ; du moins, beaucoup d'entre eus ne paraissaient pas distinguer suffisamment <lr la personne l'ouata et Viitôtxamt entendues de l'esle la substance. Voir Th. de Régnon, <)/'■ cit., I II, c. in ; Newman, The Arums, àppen-
dix, oote l. Pour ceux-là, L'ou.ooûffto( nicéen, énonçant I unité ou la communauté d'oûafo ou bmfaxaaiç, parais-
par le rail même porter atteinte à la trinité des pei onnes divines, c'est-à-dire à leur existence et è leur distinction réelle, hou, contre les nicéens, l'accusation
ibelliai ■. accentui e plus fortement encore après
Marcel d ^ncyre aura i mé la Trinité u.(av !jk6-
-tït. / rpiitpoecoitov. Eusi be, De eccles. theol.,m, 6, P. G., t. xxiv, col. 1016. lie longues années de discussion ■ ni que la U i minologie s'étanl enfin Oxée ôtés, I équivoque disparai
Ainsi se forma le parti eusébien, al jist' EJtIocov, parti d'opposition au symbole de Nicée. Sans formule précise au début, il réunit divers groupes de mécontents qui, pendant toute une phase de la controverse, n'auront guère de commun que leur hostilité à l'égard de l'âjioo-juio; : lucianistes ayant à leur (été Eusèbe de Nicoinédie; origénistes subordinations avec Eusèbe de Césarée pour représentant; d'autres encore qui paraissent réellement n'avoir vu dans le terme discuté qu'une expression équivoque, et par là même dangereuse ou inopportune.
II. Coalition eusébienne contre les chefs nicéens et pour la réhabilitation des ariens. — L'attaque contre la foi de Nicée ne fut ni directe, ni franche; Eusèbe de Nicomédie commença par un mouvement tournant, où il poursuivit parallèlement deux buts : renverser les chefs du parti nicéen, et réhabiliter pleinement Arius avec ses partisans. Saint Alexandre était mort le 18 avril 326 ou, plus probablement, le 17 avril 328; le 7 juin suivant, Athanase montait sur le siège patriarcal d'Alexandrie. Cette élection d'un redoutable adversaire ne pouvait que déplaire extrêmement aux eusébiens; ils essayèrent de l'incriminer, en prétextant la jeunesse de l'élu et la pression exercée par le peuple sur les électeurs, mais la tentative fut infructueuse. Epist. heort., Chronicon, P. G., t. xxvi, col. 1352; Socrate, i, 23, P. G., t. lxvii, col. lil.
Les eusébiens furent plus heureux dans une campagne entreprise contre l'évèque d'Antioche, celui que sa piété et son éloquence avaient fait appeler le grand Eustathe. Un synode, réuni par eux dans cette ville vers la tin de 330, dans des circonstances qui ne font pas honneur à Eusèbe de Nicomédie, prononça la déposition du saint sur des raisons imparfaitement connues : prétendu sabellianisme, d'après les uns; d'après les autres, imputation calomnieuse d'immoralité, ou d'irrévérence envers l'impératrice Hélène, mère de Constantin. Cette déposition occasionna un soulèvement du peuple qui aimait Eustathe; l'empereur irrité bannit celui-ci en Thrace, où il mourut, vraisemblablement vers l'an 337, d'autres le faisant vivre jusque vers 300. Antioche resta désormais en proie aux divisions religieuses; les eustathiens, représentant le parti de Nicée, ne reconnurent aucun des évêques, eusébiens ou ariens, qui se succédèrenl sur le siège patriarcal, et tinrent des assemblées particulières. Théodorel, i, 20, 21, P. G., t. lxxxii, col. 9G6-
D'autres évoques furent déposés, soit dans des conciles, soit sur un simple' ordre de l'empereur, et sous dos prétextes divers. Tels, Eutrope d'Andrinople, Euphration de lialanée, Kymace de Paltus et son homonyme de Taradus, Asclépas de Gaza, Cyrus de Béroé en Syrie, Diodore, évéque en Asie Mineure, Domnionde Sirmium et Kellanique de Tripolis. On remplaça ces évéques par des ariens, ou du moins par des personnages qui ne leur étaient pas contraires. S. Athanase, Hist.arian., 5, /'. G., i. xxv, col. 700. Fait «'gaiement significatif, dans un long ('dit rédigé vers l'an 331 contre divers hérétiques, pour interdire leurs assemblées, le nom d'Arius et des ariens n'est plus prononcé. Eusèbe, Vila Constantini, m, 64, 65, /'. G., t. xx, col. IliO, Il il.
Une lutte autrement importante s'engageait à la même époque. Forl du sucées obtenu auprès de l'empereur par Arius cl Euzoius, Eusèbe de Nicomédie écrivit a saint Athanase pour lui demander de rendre aux ariens sa communion; les messagers devaient, en cas de refus, faire entendre des menaces. L'évèque d'Alexandrie ayanl répondu qu'il ne pouvait accueillir des hérésiarques, excommuniés par un concile oecuménique, Eusèbe obtint de i empereur qu'il lui enjoignit, sous peine de déposition ei d'exil, d'accorder sa communion a quiconque la demanderait; mais athanase écrivit à l'empereur cl it à lui faire aci ns. Apologia contra
ABIANISME, l;l. ACTION ANTI-NICÉENNE
arian M 60, P. C.,t ixv, col. 356,357, Si Constantin n'alla paa |>l us loin, il conçu) apparemment dèi Ion le i. exécuté plus i.ikI. de soumettre l'affaire à une réunion d'évéques. Eusebe ne- se tint paa pour battu, illiance défensive et offensive, conclue avec les m létiens, mortels ennemis du patriarche, lui mettait entre les mains un instrument de combat, malhonnête, mais efficace, Alors commença cette Bérie d'accusations arbitraires, d'imputations purement calomnieuses ou étrangement exagérées, qui tendaient à transformer Athanase aux yeux prévenus de l'empereur en un homme entêté, arrogant, autoritaire et tyranniqué dans son gouvernement, séditieux, en un mol, un brouillon dont la présence était un perpétuel obstacle à la paix religieuse. Voir A.'iian kSE (Saint). Vers la fin de 331, le patriarche dut se rendre à Nicomédie, où il fut retenu pendant quelque temps dans une sorte de captivité, comme nous l'apprend sa quatrième lettre pascale, écrite pour l'année 332, n. 5, P. G., t. xxvi, col. 1371). Mais il se justifia si pleinement que Constantin vit en lui un a homme de Dieu » et le renvoya en Egypte avec une lettre très louangeuse. Apol., 61, 62, P. G., t. xxv, col. 359-362. Bientôt les mélétiens inventent une nouvelle accusation, l'assassinat prétendu d'Arsène, évéque d'Hypsélé; à preuve, une main coupée qu ils exhibaient triomphalement. Le censeur Dalmatius d'Antioche, neveu de Constantin, fut chargé d'instruire l'affaire, qui tomba d'ellemême, quand on eut constaté' qu'Arsène était encore vivant. Apol., 65-70. Les eusébiens voulurent profiter ae l'occasion et firent convoquer Athanase à un synode de Césarée, en 334; mais le saint refusa d'y comparaître, ne voyant dans celte réunion qu'une cabale de ses ennemis.
La revanche ne se fit pas attendre. Constantin avait formé le projet desolenniser ses tricennalia en assistant avec un grand nombre d'évéques à la consécration de la nouvelle église du Saint-Sépulcre qu'il avait fait bâtir à Jérusalem. Et les eusébiens d'insinuer habilement : « Combien plus imposante serait cette cérémonie, si auparavant on rétablissait l'union parmi les évêques, surtout si l'on pouvait mettre fin aux différends qui troublent les églises d'Egypte. » Constantin était crédule et facile à influencer, au rapport même de son panégyriste, Vila Constantini, iv, 5i, P. G., t. xx, col. 1205; il se laissa gagner à relie idée et, sur sa convocation, un synode se réunit à Tyr, de juillet à septembre 335. Athanase reçut l'ordre formel de s'y rendre et partit d'Alexandrie le 11 juillet, emmenant avec lui, pour contre-balancer autant que possible l'influence des eusébiens, une cinquantaine de ses suffragants. En dehors de ces derniers, le synode comptait environ soixante évêques, d'après Socrate; ce qui donnerait un total d'environ cent dix membres, chiffre jugé trop faible parGwatkin, Studiei ofarianism, 2e édit., Londres, '1900, p. 89. Dans la majorité, on distinguait les deux Eusebe, Théognis de Nicée, Maris de Ghalcédoine, Patrophile de Scythopolis, Théodore dl Irraclée, Macédonius de Mopsueste, Georges de Laodicée, et deux anciens élèves d'Arius qui apparaissent alors sur la scène où ils joueront un rôle important, Valens de Mursa en Mésie, et L'rsace de Singidunum (aujourd'hui Belgrade] en Pannonie. A part les Egyptiens, quelques évêques seulement étaient favorables à saint Athanase, on voulaient du moins qu'on procédât en forme et avec impartialité. Eusebe de Césarée présida, suivant l'affirmation formelle de saint Epiphane. Hasr., i.xviu. 8, /' G . t. xi il, col. 195, et de Philostorge, il, II. /'. G., t. ix\. col. 474; le comte Denis el Archélaûs, gouverneur de Palestine, représentaient l'empereur. Les eusébiens se pesèrent en juges, et les mélétiens en accusateurs; presque toutes les anciennes charges turent renouvelées, actes de tyrannii i piscopale à l'égard des préires mélétiens, assassinat d'Arsène, affaire d'Ischyras chez lequel Uacaire, prêtre de saint Athanase, aurait brisé un calice,
Intel et fait brûler les Livr l'our se justifier du meurtre prétendu di \r
■ccuw n'eut qu'à le bire comparaître en j Une réfutation au-si péremptoire n'étant pas pi
. la majorité eusébienne du concib profita pour décider l'envoi en I gyptu d ui d'enquête, composée dé membres b--: • |ue
d'Alexandrie ; il suffit de nommer Thi ognis, Mans. Théodore. Macédonius, Ursaceet V aprondflt en Egypte par le préfet Philagrius, un apostat, donna lieu à une protestation du clergé alexandrin OOBtN procédés visiblement entachés d'illégalité. De leur i les évêques égyptiens présents à Tyr protestèrent, le 7 septi min . auprès du concile et du comte Denis contre la composition de la commission d'enq D'autres membres du synode, comme Alexandre de Thessalonique, Maxime de Jérusalem et Marcel d'Ancyre, manifestèrent leur désapprobation de la conduite tenue a l'égard d'Athanase. Celui-ci, voyant dans les eusébiens un parti pris arrêté-, se retira, espérant ainsi empéclrer, ou du moins infirmer leur sentence. Mais ils le condamnèrent, d'abord par défaut; puis, quand la commission eut donné ses actes, probablement après le transfert du synode de Tyr à Jérusalem, la sentence fut confin. Voir A. deDroglie. op. cit., t. il, p. 339. not-- 2. Athanase fut déposé, et défense lui fut faite de rentrer dans Alexandrie. En revanche, l'évêque mélétien Jean Arcaph et ses partisans furent admis à la communion ecclésiastique et réintégrés dans leurs anciennes charges, comme ayant été' injustement persécutés ; lschyras fut nommé évéque du petit bien qu'il possédait dans la Maréotide. Apulog. contr. arian., 72-KJ, P. G., t. xxv. col. 378 sq.
Le triomphe des eusébiens se compléta au synode de Jérusalem, qui se tint aussitôt après celui de Tyr, la dédicace du Saint- Sépulcre ayant eu lieu le 17 septembre, d'après Nicéphore Calliste, vin, 30, P. G., t. cxlvi, col. 118. Interrogés par l'empereur au sujet de la profession de foi émise précédemment par Arius. les évêques la déclarèrent suffisante et orthodoxe; en conséquence, ils admirent à la communion ecclésiastique Arius et ses partisans. "Apeiov «al to.; t-.v i\,t<I>. De synodis, 22, P. G., t. xxvi. col. 720. Notification fut faite de ces actes aux alexandrins et à tout le c: catholique par une lettre synodale. Ibid., 21. col. 718. On allait commencer contre Marcel d'Ancyre un proci s de doctrine, quand un ordre impérial convoqua subitement les évêques à Constantinople. Apolog. COHtr. arian., 8)i. P. (.'., t. xxv. col. 403403. Athanase qui, de Tyr, s'était rendu dans celte ville où il arriva le 30 octobre, avait sollicité' de l'empereur, dans une audience obtenue le 7 novembre, d'être confronté avec ses accusateurs. Epitt. heort., Citron., P. G , t. xxvi. col. 1353. Ceux-ci se gardèrent bien de laisser partir pour Constantinople tous le^ évêques qui avaient assisté au synode de Jérusalem; seuls les chefs s'y rendirent avec un groupe choisi.
Pour surpendre Athanase et l'empereur, les eusébiens changèrent alors de tactique; abandonnant ou lais du moins à l'arrière-plan les charges portées à Tyr contre le saint, ils prétendirent qu'il avait menacé d'arrêter le transport annuel des blés d'Alexandrie à Constantinople et d'affamer ainsi la ville impériale. .4; contr. arian., 9, /'. (.'.. t. xxv, 265 L gation
opposée par le patriarche è cette insigne calomnie ■ sans effet; sans lui permettre de se justifier, Constantin l'exila dans les Gaules, à Trêves. La date du 7 novembre liXi. donnée par la Chronique qui sert de pr face aux Lettres festales de saint Athan être corrigée en celle du ."> février 386. Sievers, At><anasii vita acrphaLi. dans la Zcilschrift fiir die I. riache Théologie, 1868, t. xxxviii, p. 98; Gwatkin, Studie$, p. I W. « »n "e sait au juste quel fut le vrai motifde
la détermination subite de l'empereur. Crut-il a l'accu-
ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICEENNE
salion, comme le pense Théodoret;jugea-t-il qu'il arriverait ainsi plus facilement à rétablir la paix dans l'Église, comme l'estiment, non sans vraisemblance, Socrate et Sozomène; ou voulut-il seulement arracher le saint à ses ennemis, comme l'insinuent Constantin le jeune dans une lettre aux alexandrins et Athanase lui-même, Apol. contr. arian., 87, 88, P. G., t. xxv, col. 406, 407? Toujours est-il que Constantin ne permit pas aux eusébiens de remplacer saint Athanase sur le siège patriarcal d'Alexandrie.
Les eusébiens enregistrèrent un autre succès dans les premiers mois de 336. La procédure contre Marcel d Ancyre fut reprise dans un synode de Constantinople. Cet ardent nicéen avait composé contre Astérius un livre de combat où il malmenait, en même temps que ce sophiste, les principaux personnages du parti, les deux Eusèbe et Paulin de Tyr. On ne connaît ce livre que par la réfutalion qu'en a faite et les extraits qu'en a donnés Eusèbe de Césarée dans ses deux ouvrages, l'un polémique, Contra Marcellum, l'autre apologétique, De ecclesiastica theotogia, P. G., t. xxiv, col. 707 sq. A en juger par ces documents, voici quelle aurait été la doctrine de Marcel : le Logos est de soi la raison inhérente à Dieu qui n'a pu être engendré, mais il a quitté le sein de la divinité en vertu d'une énergie active, SpaarixT) ÈvépyEta, pour accomplir l'œuvre de la création et de la rédemption; c'est en se faisant homme qu'il est devenu « fils »; après l'accomplissement de son œuvre, il retournera dans le Père, pour s'y reposer comme dans le principe, et alors cessera le règne du Christ. I Cor., xv, 28. Ainsi, le Logos ne serait « fils » et ne subsisterait comme personne distincte, que d'une manière transitoire. Voir de Montfaucon, Diatriba de causa Marcelli Ancyrani, P. G., t. XVIH, col. 1278 sq. ; Th. Zahn, Marcellus vonAncijra, Gotha, 1867. La procédure aboutit à la proscription du livre et à la déposition de l'évêque, mais la manière superficielle dont l'examen fut mené et les protestations de Marcel contre l'interprétation donnée à sa doctrine feront de cette affaire un long sujet de discorde entre l'Orient et l'Occident. Quoi qu'il en soit de la question de droit, l'issue de cette affaire était en fait un succès pour les eusébiens, car ils ne manquèrent pas de voir et d'affirmer une étroite connexion entre l'ô|Aooij<no; nicéen que soutenait Marcel et son sabellianisme, réel ou supposé.
Eusèbe de Nicomédie n'avait plus qu'un pas à faire g pour couronner cette série de triomphes, réintégrer solennellement Arius dans la communion ecclésiastique. Après le synode de Jérusalem, l'hérésiarque était allé à Alexandrie; peut-être ses amis nourrissaient-ils le secret espoir de le faire monter sur le siège patriarcal. Mais les alexandrins, attachés à saint Athanase et vivement irrités de sa déposition, ne cachèrent pas leurs sentiments hostiles à l'égard de l'hérétique et commencèrent à se soulever. Arius fut alors mandé à Constantinople, soit que l'empereur eût à lui demander compte de son retour en Egypte, soil qu'Eusèbe de Nicomédie voulût profiter de la circonstance pour consommer la réhabilitation solennelle de son protégea Constantinople même, sous les yeux de Constantin. Interrogé de nouveau par celui-ci, Arius affirma par serment qu'il tenait la foi catholique, et ce serait alors que l'empereur aurait prononcé ces paroles : • Si ta foi est véritablement orthodoxe, tu as eu raison de prêter serment; si elle est impie, Dieu te juge pour Ion serment. » Les eusébiens mirent en mesure d exécuter leur projet; mais ils trouvèrent un advei aire décidé dans le vieil évéque de
la ville impériale. Co te ils lui exprimaient leur ferme
résolution d'accomplir leur dessein de force le lendemain dimanche, sainf Alexandre eut recours à Dieu el lui demanda, ou de le retirer de ce monde, ou de ne pas permettre m1" on héritage tut touillé par la préii e «le i hérétique, Le soir de ce même samedi, Arius
traversait la ville escorté d'une suite nombreuse, quand, près du forum de Constantin, un besoin subit le contraignit à chercher un endroit écarté; bientôt on l'y trouvait mort dans des circonstances qui ont permis aux anciens historiens de lui appliquer les paroles de la sainte Écriture relatives au traître Judas : Diffusa sunt viscera ejus. Act., i, 18. Tel est, en substance, le récit que nous a laissé saint Athanase, d'abord d'une façon succincte dans la lettre Ad episcopos sEgypti et Libyse, écrite en 356, puis en détail dans la lettre à Sérapion, De morte Arii, composée en 358 sur les renseignements du prêtre Macaire, présent à Constantinople à l'époque des événements. P. G., t. xxv, col. 580, 581, 685-690.
Ce récit se retrouve, avec certaines divergences dedétail, chez Rufin et Socrate; Sozomène et Théodoret ont cité saint Athanase. Sans sortir du IVe siècle, lesallusions à la mort terrible de l'hérésiarque apparaissent plusieurs fois. S. Épiphane, Hœr., lxviii, 6, P. G., t. xlii, col. 194; Faustin et Marcellin, Libellus precum, 3, P. L., t. xin, col. 85; S. Ambroise, De flde, 1. 1, c. xix, P. L., t. xvi, col. 557; S. Grégoire de Nazianze, Orat., xxv, 8, P. G., t. xxxv, col. 1210. Pour les discussions ou travaux de détail auquel le récit de saint Athanase a donné lieu, voir Chr. W. F. Walch, Entwurf einer vollstàndigen Historié der Kctzereien..., IIe part., p. 500-510; U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge, Bio-bibliographie, an mot Arianisme. A remarquer, parmi les travaux que cite ce dernier auteur, la Dissertatio du bollandiste Janning De anno quo Arius hœresiarcha, quo S. Alexander, ep. Constant., S. Pauli decessor, obierint, § I— I il, Acta sanctorum , t. vi junii, Anvers, 1715, p. 71-75; on y verra que saint Alexandre vivait encore, comme Arius lui-même, en 336, contrairement à l'opinion soutenue par Henri Valois, dans ses notes sur Socrate, 1. II, c. I, n,. P. G., t. lxviii, col. 1643 sq., et reprise dernièrement par Seeck, Unlersucliungen, p. 29-31.
La mort d'Arius ne passa pas inaperçue, mais on l'interpréta de diverses façons. Sozomène, u, 29, P. G., t. lxvii, col. 1020. Saint Athanase nous apprend que beaucoup d'ariens ouvrirent les yeux, et que Constantin fut sérieusement impressionné. De morte Arii, 4; Hist. arian., 51, P. G., t. xxv, col. 690, 754. Néanmoins, l'empereur ne changea pas sa politique ecclésiastique. Les suppliques que lui adressèrent les alexandrins, et même saint Antoine, le célèbre patriarche de la vie monastique, n'obtinrent pas le retour d'Athanase; seulement l'évêque mélétien Jean Arcaph, qui par ses vues ambitieuses demeurait un brandon de discorde, fut banni à son tour. Sozomène, il, 31, P. G., t. lxvii, col. 1025. Le parti nicéen fit une nouvelle perte à la mort de saint Alexandre de Constantinople, survenue vers la fin d'août 336, en l'absence de l'empereur. Il y ead compétition entre les orthodoxes et les ariens; ces derniers voulaient nommer le prêtre Macédonius, homme adroit et intrigant, qui bientôt se rendra tristement célèbre, mais les orthodoxes, encore en majorité, choisirent Paul, prêtre pieux et savant, qui fut sacré dans l'église d'Irène. Quand Constantin revint,' Eusèbe de Nicomédie réussit à le prévenir contre le nouvel élu, qui fut exilé dans le l'ont vers la fin de l'année. S. Athanase, Hist. arian., 7, P. G., t. xxv, col. 701.
Ainsi la coalition euséhienne avait, dans cette première phase de la lutte, réalisé un double but; elle avait réhabilité les ariens au concile de Tyr, et renversé successivement les principaux chefs du parti nicéen, saint Eustathe, saint Athanase, Marcel d'Ancyre et Paul de Constantinople.
ni. Mort de Constantin ; Constance protecteur des
ANTI-NICÉENS. — Le 22 mai 337, l'empereur Constantin mourut à Nicomédie, après avoir reçu le baptême des mains d'Eusèbe, évéque de cette ville. Ce fait et sa conduite pendant les huit dernières années de son i