I. QRIGINB DIVINE DU L'ÉGLISE. — Réalité historique
APOLOGÉTIQUE (OBJET
et expérimentale, l'Église est-elle un fait surnaturel? Son existence et sa durée demeurent-elles inexplicables par les forces naturelles, les tendances sociales, l'évolution humaine des idées religieuses? L'apologiste rappelle et commente les paroles du Sauveur, qui imposent une autorité hiérarchique et vivante à la multitude des fidèles; il montre, par des documents historiques, sa durée ininterrompue et sa forme essentielle, identique depuis les temps apostoliques, malgré les bouleversements des nations, les persécutions des adversaires et les défaillances de ses membres. Cette société apparaît comme une extension de la personne même du Fils de Dieu fait homme, comme le corps dont il est la tète, possédant tous les moyens de salut, et absolument originale dans son essence et dans sa fin, par sa doctrine qui n'a rien de commun avec celle des écoles philosophiques, par ses lois qui n'ont pas pour objet l'acquisition ou la protection des biens temporels et matériels, par son organisme qui n'est pas civil ou politique, mais exclusivement religieux. Elle est proprement et uniquement le royaume de Dieu, si souvent annoncé et promis dans l'Évangile.
//. propriétés de l'église. — On peut, avec M. Didiot, les ramener à trois : 1° caractère social; 2° perpétuité; 3° infaillibilité. — 1° Elle ne se compose pas de croyants dispersés; elle n'est pas une multitude confuse et amorphe, mais un organisme avec des parties spécifiques, des fonctions précises, un sacerdoce, un gouvernement, un chef suprême. — 2° Par son institution, son but, elle doit durer autant que le monde, les causes de transformations ou de ruine qui menacent les sociétés humaines soumises aux vicissitudes du temps ne sauraient changer sa constitution ou menacer son existence garantie par les promeses et l'assistance divines. —3° Indéfectible, elle doit être infaillible, car elle ne peut tromper ses adhérents, en matière de dogme ou de morale religieuses; elle ne serait plus guide de la croyance et de la conduite si elle était sujette à l'erreur; et comme ce privilège serait vain et inefficace s'il était réservé seulement à l'épiscopat tout entier dont le concert peut être invisible et la réunion empêchée, Jésus l'a accordé, en des circonstances que les théologiens doivent déterminer, à son vicaire, le souverain pontife.
///. caractères de l'église. — Au point de vue apologétique, les notes de l'unité, de la sainteté, de la catholicité et de l'apostolicité tiennent la première place : elles sont les signes distinctifs qui permettent de reconnaître, parmi toutes celles qui prétendent à ce titre, la véritable Église de Jésus-Christ. Il faudra donc mettre en lumière cette unité qui résulte du fondement unique et divin sur lequel elle repose; mais, parce qu'il demeure invisible, il devra apparaître concret et tangible dans la personne de Pierre, et de ses successeurs, pasteurs, docteurs et rois de la société spirituelle. Et puisque celle-ci a pour mission d'appliquer et pour ainsi dire de continuer la rédemption, elle se montrera sainte par la pureté de son enseignement, l'amour de Dieu et des hommes, ses procédés de gouvernement et de propagande, son désir de perfection, la vie et la mort de son fondateur, la merveilleuse floraison d'héroïsme dont elle a donné le spectacle, sa bienfaisante influence sur les mœurs [de l'humanité. Puisque Dieu veut le salut de tous les hommes, que le salut a pour conditions essentielles la foi et la grâce, l'Église sera catholique, embrassant toutes les nations et tous les siècles, mais proprement universelle dans l'espace, dans l'étendue, dans l'application au genre humain tout entier. Sans doute, la résistance des hommes, qui sont libres et détournés par de si nombreux el si puissants obstacles, restreint le fait de cette universalité, mais elle se manifeste par une force d'expansion illimitée et indéfinie, manifestée de toutes les manières et a toutes les époques par l'Église romaine. Enfin, pour qu'elle ait le droit de se déclarer
surnaturelle et d'origine divine, il faut qu'elle se révèle comme apostolique, c'est-à-dire identique à ce pusillus grex que le Sauveur des hommes a réuni autour de lui pour faire la conquête de l'univers. Si son but avait été altéré, sa constitution déformée ou renouvelée, son action modifiée, elle ne serait plus elle-même. Pourtant l'apologiste doit montrer que cette immutabilité essentielle s'accorde avec une évolution inévitable et une adaptation indispensable aux diverses civilisations humaines. La conclusion sera celle-ci : un chrétien doit être catholique.
Il est aisé de voir que toutes les questions qui concernent l'Église n'appartiennent pas à la théologie fondamentale. Celle-ci pose des principes dont l'application constitue une science complexe et très étendue sous le nom de droit canon. La légitimité du pouvoir législatif établie, l'apologiste cède la parole aux moralistes et aux canonistes qui énumèrent, classent, interprètent les lois édictées par l'autorité ecclésiastique et qui règlent les droits, les devoirs, les privilèges des membres de l'Église, en vue de leur fin surnaturelle et de leur nature spirituelle.
III. Lieuxthéologiques. — Un c catholique, avons-nous dit, reçoit, par le ministère de l'Église, les règles de sa croyance et de sa conduite ». Cette affirmation, nettement déduite des considérations qui précèdent, suffirait à un catholique pour croire et pour agir; mais un théologien ne peut aborder l'étude du dogme ou de la morale s'il ignore les sources où il devra puiser les vérités dont l'enchaînement constitue la science sacrée. Le traité des lieux théologiques sera donc le complément indispensable des deux autres. Il fut souvent remanié et en divers sens depuis le livre célèbre de Melchior Cano. On peut dire qu'il existait déjà, en certains ouvrages, par exemple le traité De verbo Dei scriplo et non scripto, du cardinal Bellarmin, et même virtuellement dans les écrits des Pères tels que le traité De doctrina chrisliana, de saint Augustin. Il n'est point sans intérêt de rappeler que le P. Perrone faisait rentrer dans ce traité le De Ecclesia Christi, qui est la règle immédiate, prochaine et souveraine de la foi, et donc, le principal lieu théologique. Les lieux éloignés (remoti) seront l'Ecriture et la tradition; sous le nom de lieux surnaturels, la plupart des auteurs les étudient et certains donnent, avec quelque raison, la première place à la tradition qui suffirait à la rigueur pour transmettre aux hommes la doctrine enseignée par l'Église dans tous les temps et dans tous les lieux. Ils insistent sur les caractères d'universalité et d'antiquité qui en font la valeur, ils l'examinent sous les formes orale, écrite ou monumentale qu'elle revêt. Ils la montrent formulée dans les constitutions des souverains pontifes et des conciles, les symboles et les professions de foi, exprimée par les rites, les prières et les fêtes, conservée dans les écrits des Pères et des docteurs, les actes des martyrs et les systèmes des hérétiques qui la citent pour la combattre. L'épigraphie, l'archéologie, la numismatique la retrouvent dans les édifices sacrés, les inscriptions, peintures, sculptures, médailles, etc.
L'Écriture sainte, qui comprend les livres écrits sous l'inspiration de Dieu, devra être envisagée par l'apologiste, mais d'une façon large et générale. Quelques notions claires et très exactes sur le canon et l'autorité des livres sacrés, l'inspiration considérée dans sa nature et son étendue, les règles d'interprétation, les diverses versions qui les ont mis à la portée des fidèles suffisent amplement. Les questions de détail sont du ressort de l'exégèse.
Les théologiens d'autrefois joignaient à ces sources ce qu'ils nommaient loci mixti et natwralet : vérités philosophiques, principes de droit public, faits psychologiques ou d'expérience externe. On voit tout de suite quel riche trésor est offert au théologien et de quels matériaux éprouvés et précieux il dispose pour élever son édifice.
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odant, il avec raison, les auteurs moderne» insistent Bar le- rapporta de la raison el de la foi. Ces considérations, si opportunes en an temps de scepticisme et de rationalisme, sont devenues plus aisées depuis l< concile du Vatican où rurent tracées les limites, définis les (l«. niaiiics, assignés 1rs droits, établies les relations de la Bcienee et de la croyance. C'est la même intellij «[ni raisonne et qui croit; il est inévitable et obligatoire qu'elle se demande ce que la foi lui apporte de nouveau, ce qu'elle eiige d'elle, comment elle conciliera les principe- qui lui sont propres avec les enseignements qui lui viennent d'ailleurs. Il est aussi dangereux d'anéantir la raison en lui refusant toute puissance que de l'exalter en la poussant à la révolte.
Nous avons déjà précisé le rôle de la raison avant l'acte de f<>i et dans l'examen des motifs de crédibilité, mais l'apologiste qui a du, pour rendre la croyance possible, débarrasser l'intelligence des préjugés panthéistes, matérialistes et déterministes, l'épurera des rêveries du faux mysticisme que certains s'obstinent à confondre avec elle. Il considérera aussi l'œuvre propre de la raison dont la marche peut être parallèle et même convergente avec celle de la foi, jamais opposée. Puisque le christianisme ne demande jamais une adhésion aveugle et ne propose jamais un dogme contradictoire, la foi n'éteint pas la lumière naturelle de la raison ; bien plus, elle encourage ses ellorts, elle aide à son progrès dans la culture des sciences de la pensée et de la nature. Enlin, les services qu'elle reçoit, la raison droite et saine les rend à la foi; car outre que celle-ci suppose comme des conditions indispensables l'histoire et la critique, sciences rationnelles, la doctrine révélée ne revêt un appareil scientifique et n'acquiert que par son alliance avec la raison, l'ampleur et la fécondité de la science théologique. La théologie fondamentale peut laisser maintenant le champ libre à la dogmatique; son oeuvre est terminée.
IV. Apologétique négative. — Si l'apologétique positive est constituée en un corps solide de doctrine, l'apologétique négative ou défensive, ou polémique, ne peut être aussi exactement déterminée. Elle est aussi générale, aussi variée que l'attaque. Nous avons essayé de la définir, au début de cet article, nous y revenons pour déterminer son objet. Il nous semble qu'on peut le réduire aux points indiqués dans un programme élaboré, après de longues réflexions, par M. Duilhé de Saint-Projet. On nous saura gré de le transcrire ici : « Plan d'études apologétiques. 1. Définition et divisions. —2. L'apologétique et l'exégèse. Critique biblique. — S. L'apologétique et les sciences philosophiques. Foi et raison. L'apologétique en face du rationalisme, du positivisme, du monisme matérialiste. — 4. L'apologétique et les sciences naturelles. Problème cosmologique. Problème biologique. Problème anthropologique. — 5. L'apologétique et les sciences historiques. Histoire des religions, transcendance du christianisme. Action sociale et civilisatrice de l'Eglise. — 6. Histoire et transformations de l'apologétique dans la suite des siècles, t Quelques pages aux pieds d'un crucifix, Toulouse, 1897. La division de l'apologétique défensive repose sur la nature même de l'homme, être raisonnable, matériel et social. La foi, en pénétrant dans son intelligence, y trouve les spéculations de sa pensée, les résultats de son expérience sensible, les souvenirs de son évolution historique. Il faut qu'il y ait accord entre tous ces éléments pour qu'il jouisse de la i paix intellectuelle ». Il dépend du monde extérieur dans lequel son corps lui assigne un rang el qui lui fournit la matière de ses connaissances sensibles, condition de toute pensée, il est relié dans le temps et dans l'espace aux groupes humains, que l'on appelle des ract s OU des nation-; enlin, il n'exerce et ne développe B8
raison que par l'enchaînement des vérités qui découlent tics premiers principes, suivant les lois logiques qui
s'imposent à son psprit : science, histoire. philo«ophie, il m esl pas une objl
modernes qui ne ressortissenl inte trilo-
Duilhé de Saint-Projet, op. cit., p 302. Il est évident que celte triple apologétique ne sera jamais défi-
: hs arguments qui suffisent a réfuter l'erreur
Ile devront être modifiés et complétés pour tenir
tête à la nouvelle forme que l erreur revêtira demain. Le
kantisme, l'idéalisme, le ; ne, le monisme, le
socialisme ont introduit des idées nouvelles auxipe les théologiens d'autrefois n'ont pas songé et qui fournissent a la compréhension, a l'analyse, à la critique un domaine inexploré jusqu'ici. Naturellement, avant dfl combattre et de condamner, il faudra distinguer ce qui est \rai, ce qui peut être admis, ce qui doit être rej hs certitudes, les opinions, les erreurs, travail très délicat, auquel il faut apporter un esprit juste, I ouvert, délié, impartial, et par- it une âme sin-
cère et bienveillante. I i nres, dans leurs pr j
si rapide- et -i merveilleux, suggèrent des points de vue inattendus et peuvent susciter des difficultés auxquelles les apologistes d'autrefois n'araient pas à répondre. La première condition pour les résoudre M-ra de les examiner avec i sérieux, confiance et mesun de M. de Lapparent au Congrès de Munich. 1901 I
ux consiste à les exposer telles qu'elles sont, et donc à les comprendre d'abord pour exprimer nette' ce qu'elles peuvent avoir de spécieux, en distinguant les faits des hypothèses et les lois certaine- des théories provisoires; la confiance est justifiée et sera inébranlable si nous sommes des chrétiens convaincus, yiulla inter fidem el raïionem veca d'usensio este patest. Concile du Vatican, const. De fide.c. iv. 11 ne peut donc exister qu'un désaccord apparent entre affirmations téméraires ou non fondées des savants et des propositions trop absolues des théologiens. La mesure sera observée si nous prenons soin d. pas identifier le dogme avec des opinions humaines, des systèmes théologiques, des commentaires exég. tique-, quels que soient le génie, la science ou l'autorité de leurs auteurs. Il y aurait un réel danger, surtout à vouloir chercher d'une manière générale dans la Bible l'expression des données de la science, à chercher, par exemple, dans la Genèse la confirmation de la cosmogonie de Laplaceou du transformisme de Darwin. Lorsque les vérités scientifiques sont aussi des vérités religii (telles que la création ou l'unité de l'espèce humaine . il est possible que la Cible le- exprime, mais ordinairement il n'en est pas ainsi.
La révélation n'a point pour lin les progrès de la physique ou de l'astronomie, et, d'autre part, à vouloir trouver des confirmations de la foi en bèmes
scientifiques, on s'expose à la soutenir par de fr.. appuis, qui ne lui sont pas nécessaires et dont la chute peut l'affaiblir, non sans doute en elle-même, pu ■ sa solidité n'en dépend pas, mais dans l'esprit de ceux qui la croient ruinée avec les contreforts qui semblaient la fortifier. La tâche essentielle de l'apologiste en matière, c'est : 1° l'affirmation nette des vérités cort. par l'énoncé clair et bref des propositions dogmatiques et des conclusions incontestables de la science. S 1 sition ib's doctrine- probables, mais libres, de la théologie ou (le la métaphysique et des hypothèses plausibles, ou des théories provisoires dos savants; 3» la réfutation directe des erreurs en montrant que les ternes absolument opposés a la foi -ont inadmissibles, et que la rai-on. l'expérience ou la science les repo:: aussi bien que la religion, parce qu'ils sont contraires aux faits Constatés et SUS lois certaines, on tout au moins dénués de preuves et construits a priori par des esprits téméraires et inconsidérés. Entre les certitudi s, harmonie; entre les opinions, il y a liberté; enti vérités et les erreurs, il y a conflit nécessaire et victoire
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décisive des unes sur les autres. Inutile d'ajouter que ces règles qui concernent l'apologétique scientifique conviennent à l'apologétique historique. Nous ne perdrons jamais de vue le mot si connu et souvent répété : Non indiget Ecclesia mendacio nostro. Droiture éclatante, bonne foi, loyauté, si ces qualités sont trop souvent absentes dans les discussions, il ne faut pas que ce soit du côté des catholiques. Aucun événement historique ne pourra ruiner un dogme chrétien tel que la primauté de saint Pierre ou l'infaillibilité du pape; l'impartiale histoire n'admettra jamais que le christianisme soit une déchéance de notre espèce et ne se soit pas montré bienfaisant pour l'humanité. Si le devoir de l'apologiste est de réduire à néant les calomnies inspirées par une haine aveugle, il s'embarrassera peu des discussions sur la vie privée des Borgia, la révocation de ledit de Nantes ou les origines de telle église des Gaules ou d'Espagne — non certes que ce genre de questions soit négligeable. 11 est intéressant de rechercher à cet égard la vérité, il serait avantageux de la découvrir, mais c'est l'affaire de l'historien, et l'apologiste, qui est avant tout un théologien, doit résister à la tentation d'imposer aux autres ce qui reste libre, ce qui n'est pas certain; il ne suspectera pas des intentions qu'il est plus honnête, plus charitable, plus habile de supposer droites et saines; il ne condamnera pas ceux qui résolvent autrement que lui des questions que l'Église n'a pas tranchées et qui restent livrées aux disputes des hommes.
On peut consulter les ouvrages indiqués à la fin de l'article précédent.