Thurot, De l'organisation de
ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE
dans l'université de Paris au moyen âge, Paris, 1850, p. 71, n. 5; C. Douais, Essai sur l'organisation des études dans l'ordre des frères prêcheurs, Paris, 188i, p. 62 sq. — L'inlluence d'Aristote fut donc minime dans la période patristique ; si elle fut plus considérable pendant les premiers siècles du moyen âge, elle eut alors un caractère purement logique.
En dialectique, Aristote est le maître incontesté, reconnu même par les commentateurs platoniciens. En métaphysique, règne un mélange bizarre et souvent contradictoire d'idées platoniciennes et de théories aristotéliciennes. Platon fournit, par exemple, le principe de causalité, la doctrine des idées, et d'Aristote on tient la division des quatre causes, les données sur la substance, la nature, la personne, les catégories. En cosmologie, le stoïcisme fait accepter par les uns sa théorie du fatum, concurremment avec la thèse platonicienne de l'âme du monde et l'affirmation aristotélicienne de l'individualité de toute substance naturelle contenue dans l'univers. En psychologie, la scolastique relève plus particulièrement de saint Augustin et de Platon, sans ignorer toutefois la définition aristotélicienne de l'âme, « entéléchie du corps. » A la théologie naturelle Aristote fournit la notion du premier moteur, Platon celles du démiurge et du Bien suprême, Pythagore celles de l'ordre et du nombre. La scolastique est alors un creuset où des matériaux disparates sont en fusion, gardant leurs différences originelles et, sans lien ni subordination mutuelle possibles, mènent laborieusement à la belle synthèse du xni' siècle. Cf. M. deWulf, Histoire de la philosophie médiévale, Louvain, 1900, 1. III, n. 177, p 163.
Aussi, bien que, grâce surtout à YIntroduction de Porphyre, le problème de fond des universaux fût déjà agité avec passion ; bien que la question de méthode concernant l'opportunité de l'application de la dialectique à l'interprétation des dogmes fût vivement discutée, il n'en est pas moins vrai que, dans la période qui va jusqu'à la fin du XIIe siècle, la scolastique est encore trop peu développée, et la connaissance d'Aristote trop incomplète pour que les attaques contre l'aristotélisme de la scolastique concernent cette époque. Cf. Mandonnet, Siger de Brabaut et l'averroïsme latin auxiw siècle, Fribourg, 1899, c. i, p. xxvi, xxvn; A. Mignon, Les origines de la scolastique et Hugues de Saint-Victor, Paris, s. d., t. r, p. 35 sq.
3° Au XIIF siècle. — C'est au xill' siècle que la scolastique, d'une part, prit un essor merveilleux avec des uénics tels gu'Albert le Grand et saint Thomas et que, d'autre part, les œuvres d'Aristote oubliées dans les siècles précédents, entrèrent par des traductions diverses dans le courant scientifique. Des versions arabes, d'abord, pais bientôt des versions gréco-latines, mettent à la portée de tout le monde savant d'Occident les traités du Stagyrite. Avec A. Jourdain, op. cit. p. 33, « on peut assigner l'année 1220 ou 1225 comme l'époque où la philosophie péripatéticienne commença à être employée dans nos école?, soit quille nous vint des Arabes, soit qu'elle fût un résultat des rapports ouverts entre Constanlinont. » La condamnation de 1210 prouve même que la Physique el la Métaphysique étaient en circulation avant cette année. C'est donc au xnr siècle particulièrement, époque où la scolastique jeta tout son éclat et où elle eut a sa disposition l'ensembl œuvres d'Aristote, qu'il faut se reporter pour résoudre le problème de l'aristotélisme.