I. Accu l'aristotélisme exagéré et dangereux
ontre la scolastique. II. Diverses époques. III. I écol IV. La servilité de la Bcolastîque eu tare de totélisme. Y. La falsification de la pensée d'Aristote faveur des traductions et des commentaires arabes. VI. i ion de la méthode «les sciences ration-
nelles et du dogme lui-même. VII. Condamnations ecclésiastiques portées contre l'aristotélisme. Y11I. L'icono-
graphie de l'aristotélisme chrétien. IX. L'aristotélisme de la Renaissance.
I. Accusations d'aristotélisme exagéré et dangereux portées contre la scolastique. — On a souvent et dans tous les temps, reproché à la scolastique sa servilité à l'égard de la philosophie d'Aristote. Les accusateurs sont nombreux et variées sont les formes de l'accusation. Les principaux griefs sont les suivants: 1° D'après les uns, la scolastique a eu le tort de se mettre â la remorque d'Aristote en toutes ses théories, sans discernement et sans mesure. « Le principe des péripatéticiens est, avant tout, de se soumettre à l'autorité d'Aristote, c'est-à-dire de jurer par sa parole, en sorte que s'il avait dit que l'homme est un âne et que le bœuf a parlé, il faudrait nécessairement y ajouter une foi pleine et entière. De même que les pythagoriciens, lorsqu'ils voulaient prouver quelque chose avaient coutume de dire : auTo; é'<pa, lui, c'est-à-dire Pythagore, l'a dit; ainsi lorsque les péripatéticiens entreprennent de démontrer quelque chose, ils ne savent que répéter ceci : Aristote a dit, et ils donnent à cette preuve plus d'autorité et de valeur qu'à toutes les raisons et à tous les arguments du monde entier. » Marius Nizolius, Antibarbarus seu de veris principiis et vera ralione philosophandi, Francfort, 1674, 1. I, c. il. Cf. Louis Vives, De causis corruptarum artium, Naples, 176i, 1. V, p. 161. Aristote était un « dictateur », Bacon, De augmentas scientiaruni, Amsterdam, 168i, 1. I, p. xxxiv, que l'on suivait avec entraînement et par emballement plutôt que par similitude de pensée, ut sequacitas sit potins et coitio quam consensus. Bacon, Novum Organon, aphorism. 77. Les scolastiques étaient le servum pecus d'Aristote, Nizolius, op. cit., 1. I, c. i; victimes d'une véritable àptuTOTEXoiJ.avià. Brucker, Historia critica philos., Leipzig, 1767, period. II, part. II, 1. II, c. m, sect. m.
2° D'autres plus modérés veulent bien reconnaître qu'en matière dogmatique l'École a donné à la foi la préférence sur Aristote; mais ils ajoutent qu'en dehors du dogme, elle affirme la suprématie absolue du philosophe païen. « Saint Thomas en psychologie comme en tout autre matière ne s'éloigne pas des leçons de celui qu'il appelle le Philosophe par excellence, à moins qu'il ne soit absolument impossible de le faire accorder avec les dogmes de la foi. s De Rémusat, Le P. Ventura et la philosophie, Milan, 18i3, trad. ital., p. 49.
3° Au grief de servilité s'ajoute celui de falsification. Les scolastiques à l'origine ont mal compris Aristote. « Tous les scolastiques s'épuisent en vastes commentaires sur la doctrine péripatéticienne, mais ignorent son véritable esprit. » DeGérando, Histoire comparée des systèmes de philosophie, Paris. 1805, 1. 1, p. 252. c Les Arabes et les scolastiques n'ont lait qu'adopter les idées d'Aristote. sans les développer davantage... et souvent ils les comprennent mal ou les défigurent même. » Michelel, Examen critique de la métaphysique d'Aristote, Paris, 1836, p. 25i. La principale cause de cette falsification est dans l'origine arabe des sources auxquelles la scolastique alla nourrir son aristotélisme. i Les ouvrages des philosophes arabes et la manière dont les œuvres d'Aristote parvinrent d'abord au monde chrétien exercèrent une influence décisive sur le caractère que prit la philosophie scolastique. » iMunk, Dictionnaire des sciences philosophiques de Franck, Paris, I8li, art. Arabes. Aussi on se plaint que les célèbres docteurs du moyen âge aient pour la plupart « abandonne ia tradition scientifique en se servant delà philosophie gréco-arabe, c'està-dire de l'Aristote des Sarrasins et des Califes, comme
de leur Seul et presque unique SUCCeSSeur t. Giobirli,
dutione allô studio délia filosofia. Naples, 1846,
t. Il, p. 37. Un dit de saint Thomas qu1 o il fut un homme du passé; il marche aveuglément sur les pas d'Aristote et des Arabes surtout •> . Ilousselot. Etudes sur lu philo-
tophiedans le moyen Ige, Taris, 1810 18i2, t. m, p. 12,
A.RISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE
4° Aprèi la falsification d'Aristote la perverrion de la méthode de» sciences rationnelle», i n effet, si le* lastiques onl invoqué en toute question l'autorité d'Aristote et n'onl philosophé que conformémenl aux paroles «lu Stagyrite, c'est la méthode de la f"i substituée i celle de I dé d'autorité remplai anl
celui «lu raisonnement; c'esl la ruine de la philosophie rationnelle, Aussi i l'esprit nies philosophes de H ■ fut tellement préoccupé de ces théories (d'Aristote) qu'il leur fut impossible d'arriver à la connaissance «les vrais principes, el en se servant de ces principes erronés (do péripatétisme), en les développant et en déduisant les conséquences, ils s'éloignèrent toujours de plus en plus du droit sentier de la vérité el de la sagesse ». Descartes, Principia philosophiez, Amsterdam, 1644. Ajoutons à cela que l'aristotélisme a engendré « une paresse et une inertie incroyables, une paresse qui, répandue partout, a fait regarder comme une chose plus facile et plus douce, de voir par les yeux des autres, de croire sur la fui des autres, et de ne rien scruter par sa propre pen- L. Vives, De causis corruptarum artium, 1. V, p. ICI.
5° Le dogme lui-même aurait été perverti à la faveur de l'aristotélisme, Sans parler de la théorie des protestants et des jansénistes qui, en affirmant la nullité de la raison humaine foncièrement viciée par le péché originel, étaient conduits à condamner comme un empoisonnement l'introduction, dans la théologie, des considérations philosophiques et rationnelles, cf. SalvatoreTalamo, L'aristotélisme de la scolaslique, 2* édit., trad. franc., Paris, 1876, Ire part., c. i, § 1, p. 23 sq., citons Brucker, qui, dans son Histoire critique de la philosophie, dit de saint Thomas qu' « un amour immodéré pour la philosophie péripatéticienne hallucina tellement l'esprit de cet homme, que. pris d'un respect superstitieux pour le philosophe, il ajouta par ses ouvrages de nouvelles blessures à celles fine la théologie avait déjà souffertes d'une fausse philosophie, de telle sorte que la doctrine sacrée devint non seulement tout à fait philosophique, mais encore profane et même païenne ». Op. cit., period. II, part. II, 1. II, c. III, sect. h. Citons encore Gûnther qui accuse les scolastiques d'avoir, par leur aristolélisrne servile, amené la théologie au semi-panthéisme, et un « autre qui a osé affirmer que l'aristotélisme des docteurs scolastiques, tels que saint Thomas, saint Bonaventure et les autres, a ouvert la voie à ce rationalisme ignorant el dangereux qui cause aujourd'hui tant de perturbations dans l'ordre scientifique aussi bien que dans l'ordre religieux ». Dans Salvatore Talamo, ihi<L, s 5, p. iti, 17.
C" L'aristotélisme, si l'on en croit ses détracteurs, est enlîn coupable de rébellion envers l'autorité ecclésiastique. « Il fallait que le crédit d'Aristote fût bien solidement établi, puisqu'il résista à une foule de bulles et de décrets ecclésiastiques qui le fulminèrent tour à tour. L'étude de ses écrits souvent suspendue ne se réveilla
qu'avec plus d'ardeur, et triompha enfin îles anathè s
au point que saint Thomas lui-même y puisa presque toute sa philosophie. » De Gérando, op. cit., p. 252.
Nous allons examiner ce qu'il faut penser de chacune île ces accusations.
II. Diverses époques. — Avant de répondre aux accusations précédentes el pour mettre la question an point, il est ihdispensable, tout d'almnl. de distinguer les temps el les écoles. Par rapport aux temps, l'aristotélisme peul être envisagé A l'époque des Pères, dans le haul moyen âge, c'est-à-dire du vi*an ui* siècle, et en lin au xin« siècle qui marque l'apogée de la scolastiqne. i Au temps des Pères de l'Église. Les Pèr<
naissaient Aristide comme ils connaissaient Platon. Le néo-platonisme leur parlait de ces deux philosophies ; mais renseignement des Pères ne constitue pas une philosophie une. un tout organique el complètement systématisé: on v rencontre des vues stoïciennes ou aca-
démiques, des théories juives ou orii i aristotéliciennes ou platoniciennes. On ne saurait i
Itre une prédominance du péripatétismi autre- philosophies. Saint Augustin estimait ' Platon, mais celui-ci plus que celui-là de qui ildintis ingenii el eloquii, l'Iatom guident pu, De civitate h.-i. VIII, xn. /'. L., t. xu Cf. Launoy, De varia i . m acwi '.
''us,, Op I ne, \~'i-i. t. iv, p. 175 sq. — di s Péri -. à côté de. néo-platoniciens lesqui . s'adonnaient pas exclusivement a l'étude de Platon, mais encore dans Ylsagnge de Porphyre prenaient contact avec les Catégories d'Aristote, on trouve l'autorité de celui-ci invoquée par les artémonites, Eusébe, // v. 28, I'. <;., t. xx. col. 515; Théodoret, Grsecar. a/]ecuralio, v. /'. G., t. i.xxxni. col. 939 ; par les ariens. Les ennemis de la Trinité s'en prennent à ce dogme au moyen d'arguties, de sophismes emprui à la philosophie du Lycée. Saint Cyrille d'Alexandrie s élevé avec véhémence contre ces hérétiques « qui ont toujours le nom d'Aristote a la bouche et tirent beaucoup plus de gloire de sa doctrine que de la corr sance des saintt-s Ecritures ». Qui nihil aimd quant Aristotelem ructant, et illius potins discijilina quant de Scripturarum cognitione sese jactitant. Tht rus, assertio xi. /'. G., t. i.xxv, col. 147. Cf. Fessier. Institutiones patrologist, édit. B. Jungmann, s >■'!. h,-pruck, 1890, t. I, p. 370. Les nestoriens eux-mêmes s'adonnèrent a l'étude de la philosophie péripatéticienne; ils traduisirent en syriaque la plupart des textes d'Aristote, au Ve siècle. K. Henan, De philosophia peripatetica apud Syros, Paris, 1832, p. 3. Au vi« siècle, la même tâche fut reprise par les monophysites, particulièrement dans les deux écoles de Resaina et de Kinnesrin ou Chalcis. Le plus célèbre d'entre eux est Jean Philopon, le commentateur renommé d'Aristote. Cf. Korget. Dans quelle mesure les philosopltes arabes continuateurs des philosophes grecs ont-ils contribué au progrés de la philosophie scolastique t Rapport lu au troisième congrès scientifique international des catholiques, Compte rendu, ni'section, Bruxelles, 1895, p. 233; Carra deVauv, Aviccnne, Paris, 1900. p. 37; R. Duval. La littérature syriaque, Paris. 1899, p. 253-363.
2° Du yp au xir siècle. — Dans le haut m la philosophie aristotélicienne gagne en influence, « n profondeur si l'on veut, mais elle perd en (tendue, c'est-à-dire qu'un grand nombre des ouvrages d'Aristote sont oubliés. Ceux qui restent cependant exercent une véritable direction sur les esprits. Au début de cette période, Boèce traduit la plupart et les plus importants des écrits d'Aristote ; mais ces traductions se perdent bientôt en grande partie et. jusqu'au commencement du xii' siècle, on ne possédait de Boèce que ses traductions des Catégories et de l' Interprétation. Si on y ajoute la traduction du commentaire de {'Introduction de Porphyre, le bilan des ressources aristotéliciennes sera complet. Au milieu du III" siècle, d'antres traductions de
ipparurent, on en fit de nouvelles, et quand
sonna le Mil' siècle, le monde savant latin
outre les Catégories e\ V Interprétation, qui composaient
la i logique ancienne », les Analytiques premi,
• I piques et les Sophismes qui constituaient la i logique nouvelle ». C'était tout VOrganon d'Aristote. Cf. C. Prantl, Geschichte der Logik in Abendla Leipzig, 1855, 1870, t. n. p. I - -in. Ouvrage*
inédits d'Abélard, Paris, 1836, p. i m sq. ; Fragments de philosophie du moyen âge, Paris, 1855, p. 56 sq. ; Jourdain, Recherches critiques sur l'âge et l'origine îles traductions la; l " . 1 1 - . 1 -