I. DU CONCILE DE NlCÉE A CELUI DE VAGHARCHAPAT
(325-491). — La tradition nationale, enregistrée par Agathange, § 169, dans Langlois, Collection des historiens, t. i, p. 190, et par Moïse de Khoren, 1. II, c. xc, dans Langlois, op. vit., t. n, p. 129, fixe en 325 le premier concile d'Arménie. En revenant de Nicée, Aristakès aurait apporti1 dans son pays les canons de la grande assemblée, et saint Grégoire, encore vivant, les aurait fait adopter de son clergé et de son peuple dans une réunion plénicre tenue à Vagharchapat, après y avoir ajouté lui-même des canons particuliers. Ce n'est là qu'une belle légende. Au rapport du véridique Korioun, aphie de Mesrob, dans Langlois, op. cit., t. n, p. 10, c'est seulement au ve siècle que Ghévond, Eznik et Korioun lui-même introduisirent en Arménie les canons de Nicée el d'Éphèse, ri l'on s'étonne de voir des auteurs réceDts comme ArSak Ter-Mikélian, Die armenische Kirche, p. 28, il connu'" .1.-1!. Asgian, Lu e l'Arianismo, dans le Bessarione, t vi 9), p. 522-528, répéter encore les fausses assertions, du pseudo-Agalhange el du pseudo-Moïse. Quant aux
[ions de Grégoire, donl Korioun ne dit mot, elli datent sans doute du temps de Sakak, vers 365. II. Gelzer, // infunge der arm. Kirche,p. 151. Du reste, Vagharchapat n'a aucun titre a jouer au IVe siècle Je rôle de
capitale religieuse; ce rôle appartient à Aehtichat, dans Ja province du Taron, au sud de l'Arménie. H. Gelzer, op. cit., p. 117 sq. Non moins problématique le concile de 339, sous Verlhanès; les neuf canons que certains ailleurs lui attribuent proviennent d'une tardive falsification. Voir le résumé de ces canons dans J. Issaverdens, History of the armenian Church, in-16, Venise, 1875, p. 45, et les canons eux-mêmes traduits en latin par Arsène Angiarakian, dans Angelo Mai, Scriplorum velcrum nova collcctio, in-4°, Rome, 1838, t. x, p. 270 sq.
Le premier synode vraiment authentique est celui d'Achtichat, tenu vers 365, sous Nersès le Grand. Fauslus, 1. IV, c. iv, dans Langlois, t. i, p. 239. Une nouvelle organisation ecclésiastique, copiée sur celle de Césarée, y fut établie, un symbole de la foi promulgué, et les canons apostoliques rendus obligatoires pour tous. Les coutumes déjà en vigueur à Césarée touchant le mariage et le jeûne furent introduites parle patriarche réformateur; les hospices, les hôpitaux, toutes les œuvres charitables inconnues jusque-là en Arménie furent créées, et des écoles, où l'on enseignait le grec et le syriaque, ouvertes à la jeunesse. Le monachisme reçut lui aussi une forte impulsion. Faustus, 1. IV, c. iv; 1. V, c. xxxi; Gelzer, op. cit., p. 151-153. On aimerait à posséder dans toute leur teneur ces règles disciplinaires de l'Arménie chrétienne à son berceau ; malheureusement, les historiens ontmieuxaimé les vanter que les faire connaître en détail. Les canons que le recueil de Mai allribue à Nersès ne paraissent pas authentiques, op. cit., p. 312 sq.
Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur la législation canonique du lils de Nersès, saint Sahak le Grand (390-439). Nous avons de lui un recueil de règles disciplinaires traduites en latin dans A. Mai, op. cit., p.276sq., el dans A. Balgy, Historia doctrines cathotiese inter Armenos, in-8», Vienne, 1878, p. 203-207, et en anglais par F. C. Conybearc, The armenian canons of St. Sakak calholicos of Armenia, dans The american journal oftheology, t. n (1898), p. 828-818. J. Issaverdens en a donné le sommaire, History of the armenian Church, p. 73-70. Elles ont pour but de régler la conduite des clercs et des moines, l'économie du culte divin, l'observance des fêtes, les agapes et les repas funèbres. D'après l'opinion généralement reçue, Sakak aurait promulguécesloisauconcilede Vagharchapat) 426). La tradition nationale attribue au même catholicos une grande influence sur les décisions du concile d'Éphèse (431) : j'ai dit plus haut que rien n'est moins fondé. Comme les Arméniens n'eurent aucune part à celle assemblée, il est probable que le concile d'Achtichat, réuni, dit-on, en 432 dans le but de promulger solennellement les décisions d'Éphèse, est une pure fiction. L'unique synode tenu en Arménie dans l'affaire du nestorianisine parait être celui de 435, à l'issue duquel on envoya une députation au patriarche Proclus pour lui demander qui avait raison, de Théodore de Mopsueste ou d'Acace de Mélitène, de Diodore de Tarse ou de Rabulas d'Édesse. Voyez ci-dessus, col. 1895, les indications bibliographiques sur cette ambassade; ajoutez-y Cl. Galano, Conciliatio Ecclesia armenae cum iomona, in-fol. , Rome, 1690, t. i, p. 08-74. Certains canons attribués à Elisée el à Isaac se trouvent dans A. Mai, op. cit., p. 312.
Au lieu de mener au dehors la campagne contre l'hérésie, l'Arménie devait songer à l'extirper de son propre sein. A cetle époque, elle se trouvait menacée dans son existence même par des sectes sans nombre, issues du messalianisme. l'ourse faire une idée de celte déplorable situation, on n'a qu'à lire les vingl cai du concile de Chahapivan (447), donl la plupart, et en particulier le H", le 19" cl le 20», sonl précisément dil contre lesadept locales. Texte des cai
me fausse date dans A. Mai, up. cit., p. 293; cf.
Karapet Ter Mkrtlschian, Die Paulikianerim byzantin.
ARMÉNIE. CONCILES
A- reiche, in-8-, Leip«g. «K». P '- ';' ^"£™
autre ennemi plus redoutabl • ;»•;'•
oemn les évêques arméniens réunis a AcAl«c/»«w SSÏÏrent la 7lus vigoureuse résisUnce. L'historien de
cette™ ureuseé ae, Elisée Vartapet nou, . ~j.
serve la lettre courageuse adressée s par les Pères du Seau roi de Perse pour lui signifier leur refus de
naces.C'esi I. beau mon, ■.,. ,-.,.«:jl.
la traduction italienne dans J. ùpgeltotfc, Ehseo, Zricoar o,in-8<>, Venise, 1840, ,,. :;.,-.,!. 1;. t.-.!...--
,., dans Unglols, Collectiondes historiens, t. u, p. ui- ',:„; uneaStre lettre synodale fui envoyée, croelqnes semaines après, à l'empereur Théodçse.Langloist pSè Cetteassembléede 449-450esl la dernière de Arménie libre; l'année suivante, aumoment du concile de Scédolne le pays succombait sous les coups de Je "Son 1 ne se relèvera, en 484, sous le cathoheos E Mantagouni, que pour tomber au.«itot après dan. Je monoîhïsisme. Voir les canons de ce cathohoos dans
celle-ci du moins, avant la chute dans l hérésie, .1 î eut une teuable tentative de relèvement, opérée par un concil nat.onal tenu en iS8 a ^//e.^^n,,,, fc h «g** du pays, sous la présidence du roi Vaçhatan le I un» ï rarehevêque Choup'haghichov (C houp ,., ,,ch Choup'haghichou). Nous avons encore les actes de cette assemblée, précieux document qui devra figurer désormais' Ls collections des conciles o.se Kag^nkatonatzi ou d'Outi, Histoire des Aghovam;l. Lc^m, traduction allemande dans Agop Manandian £, ,. r. wraVbanischen Geschiehle, in-8«, Leipzig, 1897, p. 44- 48- trad. latine dans A. Mai, op. Cit., p. «5.
h |,"r CONCILE DE YaGHARCMAPAT A CELUI DE IvAR.N OT
Théodosiopolis (491-633).-L'histoirede 1 Armen.e chrétienne au V siècle se ferme sur un grave événement Es un concile généra, tenu à Vagharchapat en 491 sous 1, présidence du cathoheos Papken ,^-..2i Ar m"niens Géorgiens et Agbovans condamnent solennel- EmenUe concile de Chalcédolne et adoptent le rnonon(. alors dominant dans le monde oriental, grâce a ïpTuï des empereurs Zenon (474^1 et Anastase (Wl-5 S,. Mois- Kaghankatouatzi, op. «t.,1. I. e. xlvii, ■an le «-tholicos, c. XV. Cf. Arsak Ter M, el,.,,,. op. S 47. Désormais, durant plusieurs siècles, toutes Rassemblées conciliaires de l'Arménie reviendront sur StoXsion de 491, pour l'approuver, la rejeter ou Siauer, le plus souvent pour la maintenir quand Se Mantenue, elle l'est par le premier concile de Tvin Vrôvin-. réuni en 525 ou 527, l'un des plus impor- S de l'histoire. Ces. à ce concile, dit-on, que la c-
lu triSn, et les deux fêtes de Noël et de l'Epiphanie S/es^o anvier. Voir Hefele, Histoire des. «maie, -, , trad. Leclercq, Paris, 1909, t. m, p. 1077 ou les uCnte-hu,. canons de cette assemblée son, résumes d'après Tchamtchian, Hisiotre d'Arménie, . n. p. B7, 5-2? A Balgy, op. cit., p. 19; la traduction des ca- £» dan fAgMaiTop. cit., p. 270-272 sq. Du reste nen St moins précis que la chronologie de ces conciles de ^n Julien de deux, il peut fort bien n'y en^avou- eu Sun seul, celui de 552, par lequel fut. nstituée la ,nou- Sle ère arménienne. E. Dulaurier, Rechejrhes sur la r,!l logie arménie ■. in-K Pans W p-JJ!
IMO. n-16 Venise, 1880. En 596, nouvelle condamnation d^Tchalcédoniens par un autre concile de U.n. s,,... IcathoUcos Abraham; au .<...Ni.re.ie. »-.,...! .....n- se trouï£ cSe fois, le chef religieux des Géorgiens, Kynon
coupable d'avoir rejeté le monophys.s Voir ci-dessus
col.1897.et A. Balgy.op. cit., p.20. Non moins curieux ce
svnode de616, ou l'on voit le roi de Pei H.
ec les théologiens couronnés ,,,,,,, her à sa foconla questiondeii deui nature- dan Christ. No.r li dans ler-Mikélian, op. i
IH |,| | .,n, il,. DE KARIN A CBLI I 01 UllRAk . ii, cuit nu moment que la ■ monophysites et dyophyaites allait être définitive rétablie. Ce fut quand Héraclius, victorieux des P< i convoquaGrecs e1 Arménien- au concile d oec-
dosiopolis, aujourd'hui Erzerou.n), vers l'an 633. La esl incertaine; Galano, op. cit., t. i, P- ,85'f u.v» J" Hefele op. cit., § 289, trad. Leclercq, t. in,p.ffi8, !«"• t „, p. 334-335, adopte l'année 622; Tchamtchian
fère 627 ou 629, Huit • >'■"■! -
mani, qui a écrit sur ce concile toute une disserta Bibliotheea juris orientais, t. rv, p. «; t. %. v- *» sq., descend jusqu'en 632; enfin G -n. qu a
essayé récemment de fixer la chronologie du mono thélisme, place en 633 l'assemblée de Kann. Du Eni hungsgeschichte des Uonothel h xhren (j
Um geprûft und dargesteUt, in-8», Leipzig, c. I»; cf. Zz.ZeUschrift, t. ix (1900), p. 545, el L r-M.kel.an, „,, cii , p. 61-66. Quoi qu'U en soit, lunion y fut proclamée la formule, qui as été crucifié pou. '»»e
,lu tr.sa.ion. et les ,leux fêtes de Noël e, ll.p.phan.e ! a deux jours différente. Ces deux derniers points sont, il Stvrai, nés par Tchamtchian, mais d'autres auteurs continuent de les affirmer. A. Balgy, op. «t., p. i» m parait qu'on aurait même obligé les Arméniens a D un peu d'eau au vin dans la célébration de la ir.esse.Cf. Giovanni de Serpos, Compendio ttorteo, ^enlse. 1-», t. ii, p. 364-371.
Rien, du reste, ne fut éphémère comme cette ut En6i5, un concile de Tvin rejette a grand fracas résie des Chalcédoniens, A. Mai. op. ai., p. 310 sq., qu'un autre concile de Tvin. celui de 652, tient cependant pour légitime. Sur ce dernier voir le ^««"gsant passage de Sébéos dans Ter-Mikélian,op.rU.,p.»- 70 Giovanni de Serpos en fixe la date en 618, op. ai., t n p 372 et indique pour 650 un autre synode, celui de Manazkert, dont .1 cherche d'ailleurs a rejeter ■ la responsabilité sur un cathoheos autre que Jean Otzne ta. Ibid P 375-382. Toutefois, il est bien difficile, en rapprochant les données des historiens, de ne point attribuer à Jean Otznétzi la convocation du svnode de Manazkert; seulement, au heu de la fixer en 650, ces. n 719qu'.l faut en reporter la date. 1 er-M.K. Iian oP. r.f.. p 73-7 i L'un des prédécesseurs de Jean. Isaac III (677-703), passe pour être l'auteur des réponses i inse- Pées a la su. te des canons de .lean le Stvlite. dans A. Mai,
'Vu'cone.le de 710. tenu a Mana/kert d'après la pl«F"t des chroniqueurs, a Tvin selon quelques auteurs, nous avons trente-deux canons, preeedesdu discours svnçdalda cathoheos .lean Otznétzi. Voir le discours dans .i.-i, aucher. Domini Johannis Otniensis opéra, var9>, Venise, 1834 p S-5T. et les canons, i&id., p. 57-77 (arm.-l..t .. le ne 'a, s pourquoi Ter-Mikéllan, après avoir identifie le synode de 719 avec celui de Manazkert, ajoute que les décisions de ce svnode sont restées inédites, op. cf.. d 74 \p.vs l'édition de J.-B.Aucher, on les trouve repro- LtesdansMai,op.cit.,p.302sq.,etdansA.BaJg2,op.ca:, n 208-216. Chose digne de remarque, on rencootredanseei documents une mention expresse du sacrement de I extrtme-onction el une justification de la formule <?... crucifixm espronobù. Lesécrivains catholiques ont vivement reproche cette justification au cathol.es .l.an.s, louable sur tant d'autres points. Galano.op. r.t.,1 i. p a03; A. Balgy, op. eU., p. » G. de Serpos déclare au contraire n'3 rien trouver de répréhensible, op. c,t o 333397 Voir aussi Ter-Mkrttschian, Die Pouiifti : , 71 sq., pour la pari prise par ce concile contre les
ARMENIE. CONCILES
sectes indigènes. Il est bon de rappeler à cette place que Jean Otznétzi est le premier compilateur du corpus juris de l'Église arménienne; tous les canons des Pères et des conciles antérieurs au vme siècle furent réunis par lui en un seul volume, qu'il déposa aux archives patriarcales, après avoir mis en tète une préface, publier par J.-B. Aucber, Johannis Ozniensis opéra, p. 250- 253. Giovanni de Serpos parle d'un deuxième concile tenu sous Jean Otznétzi dans la ville de Tvin, en 726, contre les julianites, op. cit., p. 431 ; comme cet auteur ne cite aucun témoignage à l'appui de son dire, il est bien probable que ce concile ne fait qu'un avec celui de 719. Voir pourtant Ter-Mkrttschian, Die Paulikianer, p. 73, qui admet l'existence du concile de 726.
Prés d'un demi-siècle après, se tint vers 770, le synode de Partav, où furent promulgués vingt-quatre canons, dont le dernier a pour objet de fixer ceux des livres de l'Ancien Testament que les Arméniens regardent comme authentiques; lesautres règlentdiversdétailsdediscipline ecclésiastique. J. Issaverdens en donne le sommaire, Hislory uf tlie armenianChurch, p. 124-127. C'est à lui que j'emprunte la date de 767; G. de Serpos, op. cit., p. 432, marque 768. L'une ne vaut peut-être pas mieux que l'autre. On s'accorde à dire que ce synode eut lieu sous Sion Pavonelzi ; or, d'après de récentes recherches, ce .catholicos aurait occupé le siège de l'Illuminateur de 770 à 778. Et comme certains chroniqueurs relatent l'assemblée de Partav sous la première année du pontificat de Sion, on serait sans doute bien près de la vérité en plaçant cette assemblée en 770. Voir dans A. Mai, op. cit., p. 307 sq.,la traduction des canons de ce synode.