‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 168 sur 338 · LE SYSTÈME DES ABTICLES FONDAMENTAUX COMME · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DES ABTICLES FONDAMENTAUX COMME

moyen d'union. — Celui qui le premier formula, quoique d'une façon un peu vague, le système des articles fondamentaux, fut un catholique flamand, Georges Cassander (1513-1566). Humaniste distingué, grand admirateur d'Érasme, ami de plusieurs protestants, esprit fin et tolérant, mais peu versé dans les matières théologiques, il crut bien faire en travaillant à réunir les protestants et les catholiques sur une base nouvelle. Ceux-là, dit-il, appartiennent à la vraie Eglise qui admettent les points fondamentaux de la doctrine des apôtres, contenue dans le symbole, et ne se séparent pas de la communion des autres Églises. Appliquant son principe aux orientaux aussi bien qu'aux occidentaux, il en concluait que les communions romaine, évangélique et grecque pouvaient former une seule et même Eglise, et ouvrait ainsi la voie à la théorie anglicane des trois branches de l'Église catholique. Ce système déplut à la fois aux catholiques et aux protestants : Jean llesselius et Josse Ravesteyn, professeurs à Louvain, réfutèrent leur compatriote, et son ouvrage, De officie pii ac publiese tranquillitatis vere amantis viri, fut misa l'Index ; deson côté, Calvin attaqua vigoureusement cet opuscule, parce qu'il reconnaissait l'autorité de la tradition, de telle sorte que cette tentative échoua complètement. Ajoutons que Cassander se rétracta et mourut en catholique. Voir de Schrevel, Histoire du séminaire de BruQet, Bruges, [895, p. 263, où se trouve une très intéressante étude sur Cassander, t. I, Irç partie.

D'un autre côté, les protestants, sentirent bientôt le lusoin de l'union : unis pour attaquer l'Église, ils s'étaient vite divisés enti u I arlstad s'était violemment séparé de Luther, 1rs anabaptistes s'étaient révoltés contre son autorité, Zwingle el Calvin avaient rejeté sa doctrine sur les sacrements; les anglicans faisaient un mélange confia de luthéranisme et de calvinisme; ei les Bociniens - ipaienl l'édifice chrétien par la base, en niant les doj me fondamentaux de lu trinité, de l'incarn.ilion et île l,i

rédempl Le e prits modérés comprirent que c'étail

l.i puni- le protestantisme une source de faiblesse; mai

les tentatives de rapprochement entre Luther et Zwingle, entre le luthérien Andreae et le calviniste Théodore de Bèze n'aboutirent qu'à constater des différences absolument irréductibles. C'est alors que germa en certains esprits l'idée de points fondamentaux, sur lesquels luthériens et réformés pussent s'entendre, tout en conservant leurs doctrines particulières.

Le premier qui, en Allemagne, fit des efforts vraiment sincères pour amener l'union sur cette base, fut Georges Calixte (1586-1656), professeur de théologie à l'université d'Ilelmstadt. Ses relations avec des calvinistes tolérants, comme Casaubon, et des catholiques instruits, particulièrement Becan et de Thou, avaient élargi ses vues. Dans ses ouvrages intitulés Disputationes XV de prxcipuis chnstianse religionis capilibus et Desiderium et stt<dium concordix ecclesiasticœ, il maintient que les doctrines fondamentales du christianisme, c'est-à-dire les principes élémentaires d'où découlent toutes les autres vérités, ont été conservées intactes par les trois grandes communions luthérienne, calviniste et romaine; que les articles, communément reçus par les Pères des cinq premiers siècles, méritent croyance aussi bien que ceux qui sont contenus dans l'Écriture ; que les communions chrétiennes qui croient ces vérités doivent, au lieu de s'anathématiser mutuellement, entrer au plus tôt en relations amicales pour préparer une union durable. Ce système, qu'on appela syncrétisme, souleva une tempête dans le monde luthérien : Calixte fut accusé d'hérésie, d'apostasie, de crypto-calvinisme, de papisme et même d'athéisme. Son plus fougueux adversaire, Calov (1612-1686), luthérien intransigeant, publia contre lui de nombreux ouvrages, entre autres Digressio de nova theologia Ilelmstadio-Regiomontanislarum syncrelistarum, 1651;f/armonia Calixtino-hseretica, 1655; Historia syncrctislica, 1682; par ses vigoureuses dénonciations il empêcha toute union; non seulement luthériens et réformés continuèrent de s'anathématiser cordialement, mais les luthériens eux-mêmes se divisèrent en deux camps, les uns soutenant et les autres attaquant les vues syncrétistes de Calixte.

Plus tard, un réformé de Genève, Jean-Alphonse Turretin (1674-1737), s'efforça d'amener de meilleures relations entre son parti et les luthériens. En 1729, il publia son Nubes testiitm pro moderato et pacifico de rebits thcologicis judicio el inslituenda inter protestantes concordia, où se trouve une dissertation sur les articles fondamentaux, qu'il définit ceux dont la connaissance et l'acceptation sont nécessaires pourobtenir la grâce de Dieu et assurer son salut. Il pressa ses coreligionnaires de former une union sur la base de ces articles, en laissant de côté ceux qui n'étaient point fondamentaux. Mais les esprits n'étaient point mûrs pour une union de ce genre, et ce projet n'eut pas de suite.

En Angleterre, Cranmer avait conçu, dès le xvi* siècle, le dessein d'unir ensemble toutes les communions protestantes, etinvité à cet effet Mélanchlhon, Calvin et Bullinger à se réunir à Londres, pour déterminer les points fondamentaux sur lesquels on pourrait s'entendre. Les troubles politiques firent échouer ce projet. Plus tard, sous Cromwell, en 1653, le parlement nomma un comité chargé de rédiger une liste des articles fondamentaux que tous les protestants d'Angleterre seraient forcés d'accepter. Baxter, président du comité, proposa comme base d'union l'acceptation du symbole des apôtres, de l'oraison dominicale et des dix commandements. Mais on regarda ce programme comme trop large, parce qu'il pouvait être signé non seulement par les luthériens et les réformés, mais encore par les dissidents, les sociniens et les papistes, qu'on voulait exclure de l'Église anglicane. Un autre, plus précis, fut rédigé par Owen et proposé par Goodwin; on \ déclarait, contre les papistes, que l'Écriture esl la seule règle de toi. et que la justiiicafion se lot par la loi el non par les œuvres; contre

ARTICLES FONDAMENTAUX SYSTK.ME DES

iciniens, on Insistait mit la divinité de Jésus-Christ,

la rédemption el la ri surrei ti le la chair; contre les

quakers, on proclamait la n lu baptême réel poui

aération el le Balut.

Vers la lin du xn Bièi le, en 1695, un philosophi lèbre, Locke, publia son '

christianity traduit en français et publié dans les Démonstration» <■' angéliques, de Higne, t. tv, col. "2 il il réduit Les articles loiicl.niK-nt.iiix à deux : croire <jin- .1 #" -. 1 1 -~ est le Messie, el par conséquent accepter ni dot trinc i-tscs commandements. Des formules aussi vagues favorisaient le latitudinarisme, auquel ne portaient que trop les idées rationalistes du temps, aussi Waterland (1683-1 740) se crut o 1 . 1 i ^ • '■ de réagir contre cette tendance il de préciser davantage la notion des articles fondament.uix dans Bon Discourte of fundamentalt. D'après lui. on doit regarder connue fondamentaui les articles qui sont tellement essentiels à la religion chrétienne que, sans eux, elle ne pourrait subsister. Or on doit regarder comme tels tous ceux qui font partie du Testament onde l'alliance entre Dieu et l'homme : 1" l'existence de Dieu, auteur de celte alliance, créateur, conservateur el j verneur du monde, père de Jésus-Christ; •!■• la liberté et la responsabilité de l'homme, sujet de cette alliance: !i l'autorité divine de l'Écriture sainte, qui est pour ainsi dire la charte de l'alliance; i° la croyance au Christ qui est le médiateur de la nouvelle alliance; 5° le repentir et la sainteté de vie, comme conditions de l'alliance; 6° li - sacrements qui sont les movens par lesquels la grâce de celte alliance nous est communiquée; 7° enfin la sanction de l'alliance, c'est-à-dire la croyance à la vie future, à la résurrection, au jugement, au ciel et à l'enfer. Assurément ce système est plus clair et plus complet que ce qui avait paru jusqu'alors. Mais il fut loin de rallier Ions les esprits, et au XIX' siècle il fallut chercher une base un peu plus large. L'Alliance évangélique (voir ce mot. col. 890) crut l'avoir trouvée dans les neuf articles quenousavons énumérés plus haut, col. 891; la branche française se \it obligée de l'élargir encore et, malgn tout, les divisions n'ont pas cessé'. Tout dernièrement, en janvier 1899, un certain nombre de sectes anglaises, les baptistes, les congrégationalistes, les méthodistes, les presbytériens et les chrétiens de la Bible ont adopté un catéchisme commun qui résume, en cinquante-deux réponses, les articles acceptés par ces différentes communions; mais ce catéchisme a rencontré plus de contradicteurs que d'approbateurs : plusieurs le trouvent trop complet et trop explicite sur des points qui ne sont pas essentiels, et d'autres le considèrent connue trop vague et trop incomplet : le moyen de concilier des vues si contradictoires!

//. LES ARTICLE* FONDAMENTAUX ET L'UNITÉ I<F. I.'É- GLISB. — Ce ne fut pas seulement le désir de l'union qui lit inventer aux protestants les articles fondamentaux, ce fut aussi le besoin de défendre leur position contre les attaques des polémistes catholiques. Ceux i i en effet ne tardèrent pas ;'i dire à leurs adversaires :

« Vous prétendez être la véritable Église; mais d'où venezvous; où étiez-vous il y a vingt ans? » A celle question embarrassante Luther et ses premiers disciples répondirent par la théorie de l'Église invisible, qui contient d.ins son sein tous les vrai- croyants. Mais si l'Église est invisible, répliquèrent les catholiques, comment la rei onnaltre? Est-ce que chacun n'a pas le droit de se regarder comme un vrai croyant? Pour résoudre cette difficulté, plusieurs réformés, Burtout en France, se rejetèrent sur le système des articles fondamentaux, que Jurieu, son principal défenseur, expose surtout dans deux ouvrages : Le vrai système <lc l'Église, 1686, et le Traité de limite de l'Église et des points fondamentaux, 1688. Jurieu admet qu'il y a une Eglise vi-ible, qui- cette Eglise est universelle et permanente, mais il ajoute : i [lest faux que cette i glise soil une certaine

c tunion distincte de I

visible durant immunions, qui, malgré leui anathèmes qu elles ont mutuellemi □ contn les auti i -. ont tou, ; rin-

cipali / que

■-..lit il. .m i il suflit de ci

pour appai tenir à II D premier ouw

jurieu n'en avait donné- qu'une par Nicole, qui écrivit contre lui. en !»•'. le traili l'unité île l'Egh expliquer plus

clairement : Premièrement non- avertissons que. I.- points fondamentaux, nous entendons cert cipes généraux de la religion chrétienne, dont La distincte et la créance sont nécessaires pour ■

et poui être appelé chrétien, lie ce genre sont qu'il > a un Dieu, qu'il est seul, qu'il faut l'adorer seul, qu'il

me parole de Dieu dans laquelle il s'est révélé, et qu'il faut recevoir comme un livre divin; que ce livre il Lui qui s'appelle la Bible; que Jésus-Chri>t ■ Messie, qu'il est lil> éternel de Dieu, qu'il a rachethommes par sa mort; et autres sembl points non fondamentaux, nous entendons les c quenci ^. qui coulent de ces principes, soit que c- (l'une manière immédiate, ou à la faveur de quel autres propositions que la rai-on humaine et la lui. naturelle fournissent : nous comprenons aussi soupoints non fondamentaux les explications plus distinctes de ces principes, que donnent les savants et les théologiens; nous entendons enfin certaines autres qui n'ont point de liaison nécessaire avec ces princ qui sont pourtant des vérités de religion il qui peuvent faire des articles de la créance des chrétiens, i Truite de l'umlé de l'Église et des points fondamentaux, 1688. p. 493. 196. Comme on lui demandait à quoi on peut reconnaître ces articles, il répond qu'ils sont fondamentaux de leur nature. Après avoir remarqu. les catholiques eux-mêmes admettent des points fondamentaux sous le nom de véril

site- de moyen.il ajoute, p. ôlti: i le demande en second lieu qui est-ce qui a mis cette différence enti ceptes nécessaires de nécessité de moven et les au' Est-ce l'Église ou Dieu 'Ces articles !

site de moven ne sont-ils pas tels de leur nature? » Puis sentant que cette réponse n'est pas suffisante, il veut donner un critérium pour reconnaître c> et il invoque tour à tour I ntimeet le

consentement de tous les chrétiens. Ainsi donc, d'après Jurieu, il > a bien une Eglise perpétuellement visi il suflit. pour en faire partie, de croire les points f mentaux. Les uovatiens, les quartodécimans, les d listes, les epecs schismatiques, les albigeois, les vaudois

et autres sectes hérétiques du Ulème -• nie. bien .;

communiées par Home, n'avaient pas cesse d'appartenir à la véritable Kglise; tandis que les ariens et les socinii-ns en avaient été justement exclus, parce qu'il- : t.iient les articles fondamentaux de la trinité et de l'incarnation. Les luthériens, les réformés et raêm catholiques, malgré leurs erreurs, faisaient donc partie de la même Église visible, puisque les uns et les autres continuaient de croire les vérités essentielles.

Pour étayer son système, Jurieu lit appel à l'Écriture et aux Pères. Sans doute il fut obligé d'avouer qu Bible ne parle pas explicitement de cette distinction > litre articles fondamentaux et non fondamentaux; mai-. ajoute-t-il, elle la suppose dans plusieurs endroits. 1prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament sur l'universalité du royaume de Dieu ne peuvent avoir di r.n-oiinable à moins qu'on ne renferme toutes chrétiennes dans retendue de l'Église. D'ailleurs n'est-il pas dit dans l'Évangile que l'Églisi est un champ ou l'ivraie se mêle au bon grain, et n'en faut-il pas conclure que les son. tés errantes i. ssairemenl

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de l'Église? En outre saint Paul déclare, I Cor., m, 10-1 1, que personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, et qui est le Christ Jésus. Or ce fondement, ce n'est pas la personne de Jésus, mais sa doctrine fondamentale. Aussi nous voyons les apôtres tolérer les judaïsants, malgré leurs hérésies, parce que celles-ci n'étaient point fondamentales. Et d'ailleurs les docteurs scolastiques ne font-ils pas la distinction entre les vérités nécessaires de nécessité de moyen et celles qui ne le sont pas? ce qui n'est au fond que le système des articles fondamentaux.

Ce système fut réfuté avec force et érudition par Nicole, De l'unité de V Église, 1687; mais surtout par Bossuet dans son Histoire des variations, 1G88. Partant de ce principe, admis alors par Jurieu et son école, que la vérité ne change pas, il montra que, dès les premiers jours de la Réforme, le changement était devenu son état chronique, que ses docteurs n'avaient jamais pu s'accorder les uns avec les autres, ni souvent avec eux-mêmes; que les confessions de foi avaient été plus d'une fois modifiées sur des points essentiels; que des vérités, universellement admises par les premiers chrétiens, étaient rejetées par les protestants, et que par conséquent ceuxci ne pouvaient se rattacher à l'Église primitive. Cette rigoureuse attaque fut un coup de foudre pour Jurieu; il fut obligé de changer de tactique et de revenir sur ses concessions, en déclarant que les variations ne sont pas un signe d'erreur et que le christianisme n'en a jamais été exempt. C'était renoncer à la théorie de l'Église visible; c'était ouvrir la porte à tous les abus du latitudinarisme. Les sociniens et les libéraux en profitèrent pour répandre leurs erreurs : n'avaient-ils pas le droit, eux aussi, de modifier les doctrines primitives? De plus, parmi les orthodoxes eux-mêmes, l'esprit de critique et de négation se développa, et l'on fut obligé de réduire de plus en plus le nombre des points fondamentaux. Bientôt même on renonça complètement à cette théorie, on déclara que l'unité de croyance n'était pas nécessaire; dans un Essai sur l'alliance évangélique universelle, F. Vidal propose d'assembler dans une même alliance tous les chrétiens qui, « unis dans l'amour appliqué à Dieu créateur, aux hommes frères et à Jésus-Christ sauveur, demeurent libres de formuler leur foi comme ils l'entendent. » Voir P. Martin, De l'avenir du protestantisme, Paris, 1869, p. 27i. Du reste, un grand nombre de protestants libéraux ont pris une attitude plus franche et plu-; radicale : Notre-Seigneur a prêché une doctrine, mais n'a pas institué d'Église : chacun est donc libre d'enti min' et de pratiquer l'Évangile comme il le veut. Ainsi plus d'Église, plus d'unité', plus de dogme, rien que l'individualisme absolu : c'est la conclusion historique il logique des systèmes que nous venons d'étudier.

11. Réfutation. — Ce simple exposé historique est déjà une réfutation du système des articles fondamentaux : car il montre clairement qu'il a échoué dans le double but qu'il s'était proposé. Mais de plus ce système est : 1° contraire à l'unité de l'Eglise telle qu'elle a été instituée par Notre-Seigneur ; 2° irréalisable en pratique, parce qu'il est impossible, en dehors d'une autorité infaillible^ déterminer quels sont ces articles fondamentaux.

/. CB SYSTÈMB EST CONTRAIRE A L'UNITÉ DK l'ÉGLISB. — Qll il v ni parmi le- VC.nl s n ■ I : "■ des ai h:, les plus

importants, et par là même plus fondamentaux qued'auî'esl ce que tout le monde concède; ainsi par exemple I'- dogme de l'incarnation esl en soi beaucoup plus Dtiel que le fail delà naissance de Jésus à Bethléhem, lairement révélé cependant dans l'Évangile. Mais la question esl de savoir si, tout en niant un article de foi moins important, quoique réellement défini, on peut rtenir à I Église. Et, pour préciser davantage, il ne ignorants qui rejettent une vérité, parce qu'ils ne savent pas qu'elle est révélée, tout en

étant disposés à croire toulcs les vérités définies : ceuxlà ne cessent pas d'appartenir à l'Eglise. Mais il s'agit de ces sectes, qui sciemment rejettent un dogme de foi défini par l'Église, sous prétexte qu'il n'est pas fondamental : est-ce qu'elles continuent d'appartenir à l'Église de Jésus-Christ? Remarquons aussi que c'est là une question non de possibilité, mais de fait : Notre-Seigneur a-t-il, en fait, constitué son Église de telle sorte qu'on puisse en être membre tout en rejetant un article de foi défini par elle? Interrogeons l'Écriture et l'histoire.

1° Ecriture sainte. — Jurieu avoue que nulle part la Bible ne fait cette distinction entre articles fondamentaux et non fondamentaux, mais il prétend qu'elle se trouve implicitement contenue dans la parabole de l'ivraie et du bon grain. Matth., XIII, 24-30. L'interprétation commune, même parmi les protestants (cf. Goebel, The parables of Jésus, trad. par Banks, Edimbourg, 1883, p. 57 sq.), c'est qu'il s'agit ici des justes et des pécheurs qui vivent cote à côte dans la même Église. Mais quand même il serait ici question de différentes sectes enseignant des doctrines contradictoires, l'argument se retournerait contre Jurieu : car l'ivraie est semée par l'ennemi de Dieu et elle est destinée au feu, c'est-à-dire aux châtiments éternels; donc ces sectes hérétiques ont pour auteur le démon et conduisent à l'enfer.

En vain s'appuie-t-il sur le texte de saint Paul, I Cor., m, 10-11. L'apôtre y enseigne sans doute que Jésus-Chri-t est le fondement de l'Église, la pierre angulaire, comme il est appelé ailleurs, Eph., il, 20, et qu'il est par là même le centre de la prédication évangélique. S'ensuitil qu'il faille rejeter le reste? Est-ce qu'un édifice, même avec un solide fondement, est complet et peut subsister sans murailles et sans toit ?

L'argument tiré des prophéties ne le sert pas davantage : sans doute elles représentent l'Eglise comme devant avoir une certaine universalité morale (voir Catholicité); mais en même temps comme un royaume où régnent la paix et l'union, et non pas comme un amas de sectes qui s'anathématisent les unes les autres. La seule conclusion à en tirer, la conclusion qu'en fait en ont tirée saint Augustin et les autres Pères contre les hérétiques de leur temps, ainsi que l'avoue Jurieu, c'est que la vraie Église est cette société chrétienne qui joint l'unité à la catholicité.

Nous trouvons en effet dans l'Écriture une série de textes montrant clairement que l'unité de l'Eglise est telle qu'elle exclut toute division, même sur les articles de foi non fondamentaux. Dans ses paraboles, Notre- Seigneur compare l'Eglise à un royaume, Matth., xiu, 2i, 31,33; Luc, xin, 18, etc. ; et il ajoute que « tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et toute ville ou maison qui estdivisée contre elle-même ne pourra subsister ». Matth., xii, 25. N'est-ce pas là condamnera l'avance une Église, qui n'est qu'un amas de sectes se querellant les unes avec les autres ? Ailleurs, c'est un bercail, où les brebis paissent tranquillement sous la houlette du même pasteur, Joa., x, 6-16 ; ce pasteur a sans doute d'autres brebis, qui ne sont pas de celte bergerie ; mais quand il veut les faire siennes, il prend la peine d'aller les chercher el de les amener au bercail, où elles écouteront sa voix; car il n'y a qu'une seule bergerie et un seul pasteur. En d'autres termes, les hérétiques appartiennent au pasteur suprême, qui les a rachetés au prix de son sang, mais ils ne deviennent membres de l'Église que lorsqu'ils ont été ramenés, par une sincère conversion, dans l'unique bercail.

Jésus-Christ proclame celte unité absolue plus explicitement encore, lorsque, la veille de sa mort, il adi à son Père cette touchante prière : Ut omîtes unum sint, sicut in, Pater, in me, et ego in te, ut el ipsi in nobis unum tint; ut credal tnundus quia in me misisti, Joa.. xvn, 21. Il s'agit ici de l'unité visible, puisqu'elle doit être une des marques de la divinité du christianisme;

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de l'unité de foi aussi bien que de l'union des eo car elle doil se rapprocher, autant <jh<- possible, de cette parfaite unité de nature qui existe entre les trois pi rsonnes divines. Est-ce là l'unité qui règrn entre des ,-! tes, qui, tout en admettant conjointement un certain nombre d'articles fondamentaux, se combattent acharnement les unes les autres?

Au reste, NFotre-Seigneur, pour sauvegarder cette unité de foi, enverra à ses apôtres l'Esprit de vérité, qui leur enseignera toutes choses, et leur rappellera tout ce que le Maître leur a enseigné, Joa., xiv, 26j xvi, 12, 13 : IUe vos docebit o.v.v/.t, et suggerel vobis ousia qtuecumque dixero vobis..., docebit vos OMNBM veritatem. Or les apôtres devront à leur tour enseigner toute la doctrine du Mailre et l'imposer à leurs disciples : Etoiles ergo doceteomnes gentes... docentes eos serrare omnia i/uxcumque mandavi vobis. Matth., xxvm, 19-20. Il ne s'agit donc pas de taire un choix, mais de tout accepter. (>u\ qui croiront l'universalité de cette doctrine seront sauvés: ceux qui la rejetteront, seront damnés: Qui crediderit et bapHzatus fuerit, salvus erit;qui vero non crediderit, condemnabitur. Marc, xvi, 16.

Telles furent, en effet, la conviction et la manière d'agir des apôtres. Saint Paul ne se contente pas d'enseigner que l'Église est une d'une unité organique, semblable à celle du corps humain, I Cor., xn, 12-27 ; il explique ailleurs, Eph., iv, 4-17, cette comparaison, en déclarant clairement qu'elle implique l'unité de foi. Et ici il nous sera bien permis d'emprunter l'admirable commentaire que fait dece passage Léon XIII dans son encyclique Salis Cognitum,2â juin 1896. L'apôtre exhorte d'abord les Éphésiens à conserver avec un grand soin l'harmonie des cœurs : « Appliquez-vous à conserver l'unité d'esprit par le lien de la paix ; » et comme les cœurs ne peuvent être pleinement unis par la charité, si les esprits ne sont point d'accord dans la foi, il veut qu'il n'y ait chez tous qu'une même foi. » Et il veut une unité si parfaite, qu'elle exclue tout danger d'erreur : « afin que nous ne soyons plus comme de petits enfants qui flottent, ni emportés çà et là à tout vent de doctrine, par la méchanceté des hommes, par l'astuce qui entraine dans le piège de l'erreur. » Et il enseigne que cette règle doit être observée, non point pour un temps, mais « jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité de la foi, à la mesure de l'âge de la plénitude du Christ ». Mais où Jésus-Christ a-t-il mis le principe qui doit établir cette unité et le secours qui doit la conserver'.' Le voici : « Il a établi les uns apôtres..., d'autres, pasteurs et docteurs, pour la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ, i Assurément, cette unité si parfaite, cetle unité d'esprit et de cœur, qui ne connaît aucunement les fluctuations de l'erreur, et qui est assurée par l'obéissance aux pasteurs légitimes, est incompatible avec ces divisions intestines et ces querelles sans cesse renaissantes qui régnent entre protestants, même quand ilont réussi à s'entendre sur un certain nombre de points fondamentaux.

Aussi, dés (pie s'élèvent des schismes dans les églises chrétiennes, l'apôtre, profondément centriste, supplie ses chers disciples, au nom de Jésus-Christ, de les c\ iter soigneusement : Obsecroautem vos, fratres, pertu li, mini nostri Jesu Chrisli, utipsum dicalit omîtes, ci non tint m vobis 8chismata ; sitis autetn perfecti in cihIcih sensu ci m eadem sententia. I Cor., t, lu. Quand les supplications ne suffisaient pas. il a recours

aux menaces, aux analhemes : Scil liccl uns. uni

angélus de cœlo evangelizet vobis prmterquam «/m../ evangelizavimus vobis, anathema sil. Gai., i. 8. Lors donc que Jurieu vient nous parler de la tolérance des ipôtres par rapport aux judalsants, il oublie le lan sévère de saint Paul dans l'Épltre aux Galates ; il oublie surtout la distinction importante entre ces judalsants qui se contentaient de pratiquer la loi de Moïse, sans

I imposer aui autres, et ceux qui enseignaient que i

loi était obligatoire pour ton», ci même pour li

fi-- premiers, coupables seulement d'un attai hemei '.

pi atiques anciennes, sont V conds, coupabli e, bien que ce ne soit pas

Iles que les protestants regardent comme fondamentales, Sont traités avec une juste rigueur et condamna - par le premier concile de Jérusalem, Act., xv, 1-21 ; et saint Paul n jamais de les comba

avec un.- indomptable énergie. Plus tard, lorsque Hyménée et Philète attaquent la résurrection des a

I Tim.. 1. 19-20; Il Tim., il, 17 — un de ces points que la plupart de- protestants ne regardent pas comme fondamentaux — il déclare que leur erreur est aussi malfaisante qu'un cancer, qu'ils ont fait naufrage dans I

et qu'il les livreà Satan, c'est-à-dire les excommunie, i intolérance de l'apôtre par rapport aux hén santés apparaît si clairement dans tout le cours de sa vie, que les protestants n'ont pu s'empêcher d remarquer. Voir en particulier Conybeare et Hov. T/te Life, limes und travels <>( Si Paul. New-York, 1869, c. xm, p. Ml-456; W. Lock, dans l'ouvrage intitulé Lux mundi, publié sous la direction de G. Gore, .New-York, 1890, p. 317.

Saint Pierre, le chef du collège apostolique, saint I l'apôtre de la charité, saint Jude, le frère de saint Jacques, ne se montrent pas moins sévères à l'égard des faux docteurs et des hérétiques de leur temps: i dénoncent avec vigueur, les menacent des supp éternels de l'enfer, et défendent aux fidèles de communiquer avec eux et de les saluer. Ces textes sont tellement clairs et énergiques qu'il suffit d'y renvoyer les lecteurs. II Pet., n en entier; I Joa.,iv, 1-6; II Joa., 7-11; Jude, i-19.

2° Histoire et tradition.— L'histoire nous montre que cette haine contre l'hérésie fut partagée par les disciples des apôtres, les Pères et les docteurs. Comme les protestants l'accordent généralement pour les auteurs qui ont écrit à partir du IV siècle, il nous suffira de signaler quelques témoignages appartenant aux trois miers. Ils sont si clairs que l'historien protestant Schaff, llisimij of the Christian Church, 6' ('dit.. New-York, 1892. t. n, p. 168-175, reconnaît que, d'après anténicéens, l'Eglise est une d'une unité visible, nique et indestructible, fondée sur l'autorité épiscopale, que toute erreur s'écartant de la doctrine catholique doit éire condamnée comme une abominable hérésie, et que toute désobéissance en matière de foi doit être regardée comme un schisme. Et, en effet, saint Ignace, dans ses lettres, insiste constamment sur cette unité visible de l'Eglise, qui ne peut se maintenir que par la soumission aux évéques légitimes. Il déclare aux Ephésiens, c. v, Punk, Opéra Palrum apostolicorum, Tubinf 1887. t. i. p. 177. qu'ils doivent être unis à leur évéque, comme à Jésus-Christ lui-même, et comme Jésus-Christ est uni au Père; résister à l'évéque

II écrit arrx Magnésiens, c. vu. Punk, op. cit., p. 197, qu'ils ne doivent pas se laisser séduire par les trines étrangères, particulièrement par les judalsants. Aux Tralliens, c. vu, Punk, op. cit., p. 209, il dit clairement que celui qui n'obéit pas à l'évéqui peut avoir une conscience pure; et aux Philadelpbiens. C. III, Punk, p. 227. que ceux qui se s. parent de

l'Église ne s,,nt pas les héritiers du royaume de Dieu Qu'aurait-il dit de ces protestants, qui, tout en conservant les dogmes fondamentaux de l'Église, se sont i nenient séparés de leurs évéques légitimi

Saint [renée est encore plus explicite; dan- son /

contre les incestes, dont le titre seul indique manil ment sa pensée, il déclare que là où est l'Église, là se trouve I Esprit de Dieu, et que quiconque s se -parc de la source de la grâce : il ajoute que les hérétiques, précisément parce qu ils ment quelque vérité de

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foi, flottent ;'i tout vent de doctrine; ils bâtissent non sur le roc, niais sur le sable. Contra hœreses, m, 24, P. G., t. vu, col. 966,967. Aussi rapporte-t-il avec complaisance que saint Jean, ayant rencontré Cérintbe dans un bain public, se retira aussitôt de peur que la maison ne s'écroulât ; et que saint Polycarpe, s'étant trouvé avec l'hérétique Marcion, le dénonça comme le premier-né de Satan. Cont. hseres., m, 3, P. G., t. vu, col. 853.

Origène, dont l'esprit était pourtant si larg«, n'est guère plus tendre à l'égard des hérétiques. C'est à lui que remonte la fameuse formule : Extra Ecclesiam nemo salvatur, In Josue, homil. m, c. v, P. G., t. xn, col. 841 , 842 ; et, comme le fait remarquer le protestant Schaff, op. cit., p. 169-170, il s'agit bien ici de l'Église visible, car les Pères de cette période, même les alexandrins, n'en connaissent point d'autre.

Les Pères latins n'ont pas parlé avec moins de force. Dans son livre De prsescriplionibus adversus hsereticos, P. L., t. ir, col. 12-74, Tertullien déclare nettement que toute hérésie conduit à la mort éternelle, col. 13, précisément parce qu'elle sépare ceux qui l'embrassent de l'unité de l'Église, col. 17 ; que les hérétiques se damnent par le seul fait qu'ils font un choix entre les vérités révélées, col. 18; qu'ils ne sont plus chrétiens et qu'il ne faut pas discuter avec eux, col. 29; que le moyen de reconnaître la véritable doctrine, c'est de voir si elle est enseignée par les Églises apostoliques, et surtout par l'Église romaine, col. 33, 49; qu'enfin l'unité de doctrine est une marque de vérité, de même que les variations sont un signe d'erreur, col. 40, 41.

Le langage de saint Cyprien. dans son traité De unitate Ecclesise,P. L., t. iv, col. 495-520, est encore plus clair et plus énergique. Il ne reconnaît d'autre Église que celle qui a été fondée sur saint Pierre, col. 498-500, et aflirme que quiconque se sépare de cette Église ne peut pas plus faire son salut que ceux qui étaient en dehors de l'arche ne purent échapper au déluge : Quisquis ab Ecclesia segregatus, adultérée jungitur, a promissis Ecclesix separatur : nec perveniet ad Christi pr,vmia,qui relinquit Ecclesiam Christi... Habere jam non potest Dcum patrem, qui Ecclesiam non habet matrem. Si potuit evadere quisquam qui extra arcam Nue fuit, et qui extra Ecclesiam foris fuerit, evadit. col. 503. Et qu'on le remarque bien, il écrit contre les novatiens, qui ne niaient aucun des dogmes considérés comme fondamentaux par les protestants. Pour plus de détails, voir Nicole, De l'unité de l'Église, p. 80 sq.

Du reste, la conduite du concile de Nicée à l'égard des mélétiens et des cathares ou novatiens nous est une preuve encore plus authentique de la façon dont on concevait l'unité de l'Église au début du iv« siècle. Le concile suppose en effet que ceux qui avaient fait schisme avec Mélétius, de même que les novatiens, sont en dehors de l'Église, puisqu'il leur permet d'y rentrer sous certaines conditions; et cependant ni les uns ni les autres n'avaient nié un seul article fondamental. De plus, il exige que les Catnares « promettent par écrit de se conformer aux enseignements de l'Église catholique, c'est-à-dire de communiquer avec ceux qui se sont mariés en deuxièmes ivec ceux qui ont faibli dans la persécution, mais qui font pénitence de leurs fautes; ils seront donc tenus à suivre dans toutes ses parties l'enseignement de l'Église catholique ». Can. 8, dans Hefele, Histoire des ^es, Paris, 1907, t. i, p. 576.

Ainsi donc, d'après l'Écriture et la tradition, l'Église ■ i< J< sus-Christ n'est pas un amas de sectes divisées entre elles, mais un corps visible et organique, dont font partit ceux qui professent la même foi, d'où sont rejetés ceux qui nient uni' des doctrines apostoliques, enseignées par irité infaillible, ci où les hérétiques ne peuvent rentrer qu'en promettant de croire toutes les vérités enseignées par l'Église catholique. N'est-ce pas là une condamnation anticipée du système des articles fondamentaux'.'

//. IMPOSSIBILITÉ DE DÉTERMINER CES POINTS FONDA- MENTAUX. — 11 est une autre raison qui condamne ce système, c'est l'impossibilité de trouver une règle, en dehors de l'autorité infaillible de l'Église, pour déterminer ces articles fondamentaux. Depuis plus de trois siècles les protestants cherchent cette règle; ils ne l'ont pas encore trouvée, et chaque effort nouveau ne fait que multiplier les controverses et les divisions; c'est donc une tâche vraiment impossible. Pour le mieux comprendre, passons brièvement en revue les différentes règles qui ont été proposées.

Est-ce l'Ecriture qui déterminera ces points fondamentaux? Tous avouent qu'elle n'en parle pas explicitement; ce qui est déjà une forte présomption contre ce système; car enfin si cette distinction entre articles fondamentaux et non fondamentaux est absolument essentielle, ne devrait-elle pas se trouver clairement dans ce que les protestants considèrent comme l'unique règle de foi? Voyons du moins si elle n'y est pas contenue implicitement. Accepterons-nous comme fondamental tout ce qui est clairement enseigné dans la Bible, et comme non fondamental ce qui ne l'est que d'une façon obscure? Plusieurs l'ont prétendu, mais le protestant Waterland fait remarquer avec raison, dans l'ouvrage que nous avons cité, qu'il n'en peut être ainsi; car il y a certainement des vérités non fondamentales, par exemple, des faits historiques ou même quelques points de dogme ou de morale, qui sont très clairement exprimées dans la Bible, tandis que certaines vérités fondamentales ne le sont pas si clairement. Nous pourrions ajouter que ce qui est clair pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Jurieu. et Waterland ont vu nettement dans la sainte Écriture les dogmes de la trinité, de l'incarnation, de la divinité de Notre-Seigneur et de la rédemption; les sociniens, les unitaires et bon nombre de ceux qui s'appellent libéraux prétendent y voir, avec non moins de certitude, qu'ils n'y sont pas enseignés. En dehors d'une autorité vivante et infaillible, qui donc tranchera le débat?

Aussi une autre règle a été proposée, c'est le symbole des apôtres. Mais, comme le dit encore Waterland, ce symbole, pas plus que la Bible, ne détermine quels sont les points fondamentaux. Il ne contient rien sur le canon et l'autorité divine des Écritures — points absolument essentiels — rien sur le culte et les devoirs pratiques. D'un autre côté il parle clairement de la sépulture de Notre-Seigneur, que les protestants ne regardent point comme un article fondamental, et de la conception virginale de Jésus, que plusieurs rejettent.

Sera-ce le consentement universel des chrétiens qui réglera ces points fondamentaux? Mais comment le connaître? Que faut-il entendre par chrétiens? Faut-il y comprendre les ariens, les macédoniens, les pélagiens, les nestoriens? Mais alors il ne restera d'articles fondamentaux que ceux qui n'ont jamais été niés, c'est-à-dire un très petit nombre, et encore ce petit nombre ne comprendra pas ceux qui sont véritablement importants, puisque les plus essentiels ont été attaqués. Dira-t-on qu'il ne faut pas tenir compte du jugement de ces grandes sectes hérétiques? Mais alors, de quel droit les exclut-on, plutôt que les diinali-.tes, les vaudois et les albigeois? D'ailleurs si l'on n'admet pas l'autorité infaillible de la tradition, à quoi bon recourir au consentement universel de chrétiens aussi faillibles que nous le sommes nousmêmes?

Restent les critères intrinsèques : on regardera comme Fondamentaux les articles qui en soi sont plus essentiels, el ont une liaison plus intime avec le fondement du christianisme. Mais ici la même difficulté se présente. Qui nous dira quels sonl ces dogmes plus essentiels, ceux sans quoi le christianisme ne peut subsister? Les

prolestants orthodoxes nous répondront que ce sont la divinité de Jésus-Christ, la trinité, l'incarnation, la rédemption, la justification par la foi et les peines étei-

ARTICLES FONDAMENTAUX SYSTÈME DES

WKI.IN

Délies. M. lis lis Burinions, le* unitaire* el les libérant regardent ces m< rrn comme di - i rreun fonda-

mentale*. L'Alliance évangélique elle-mêmi i

sujet (voir col lujourd'hui il sérail diffi-

cile de trouver une seule réunion importante de* diff< rentes s, ci, -s on l'on pûl sur la divinité de

Nu lie -Sei ii. -ii i- et I éternité des peines. Encore une fuis. en dehors d'une autorité infaillible, qui tranchera la difficult Jurieu el îles protestants de notre siècle parlent

bien du goût et (l'une sorte île *■ nltntcnt intérieur qui nous permet de sentir ce qu'il y m d'essentiel dans le christianisme. Mais qui ne sait que les ;,,ùts varient avec les individus, et que par conséquent un tel système ne

peut amener qu'un morcellement des sectes à l'infini ?

Il est donc impossible de déterminer, sans une autorité suprême et infaillible, quels sont les articles fondamentaux; impossible d'arriver à l'union, même en réduisant le nombre de ces articles. Aussi voit-on se dessiner de plus en plus, dans le protestantisme, un double courant : l'un vers Rome, le centre de l'unité; l'autre, malheureusement plus important, vers le rationalisme, écueil fatal où viennent éebouer les sectes qui refusent d'accepter l'autorité instituée par Jésus-Cbrist.

I. Pour l'exposé historique et doctrinal : G. Cassander, De officio pii ac publicœ tranquillitatis vere amantis viri, in hoc religionis dissidio, publié en 1051 et inséré dans ses Opéra, Paris, 1016, p. 780-797; Id., Modesties et Placidus, défense il l'ouvrage précédent contre les attaques de Calvin, dans ses Opéra, p. 798-879; Id., De articulis religionis inter catholicos et protestantes controversis consultatif), dans ses Opéra, p. 892; Nie. Hunnius, De fundamentali dissensu doctrinal lutheranx el calvinianx, Wittemberg, 1626; G. Calixte, De prxcipuis christianx religionis capitibus, Hclmstadt, 1613; Id., Desiderium et studium concordise ecclesiaslicœ ; W. G ass, Calixt und der Synkretismus, Breslau, 1846; J. A. Turretin, Xttbcs testium pro moderato et pacifico de rébus theologicis judicio et instituenda inter protestantes concordia, 1729; M' Clintock et Strong, Cyclopsedia of biblical and tlieological literature, New-York, 1870, t. m, au mot Fundamentals; Locke, Essay on the reasonabless of christianity, 1695, traduit en fiançais dans les Démonstrat. évang. de Migne, t. iv. col. 241 si[.; D. Waterland, A discourse «/ fundamentals, -dans ses œuvres, Oxford, 1856, t. v, p. 73-104; Jurieu, Le vrai système de l'Église, Dordrecht, 1086; Id., Traité de l'unité de l'Église et des points fondamentaux, Rotterdam, 1688; Alfred Rébelliau, Dossuet historien du protestantisme, Paris. 1892, p. 312-314, 501-595 et passim ; P. .Martin, De l'avenir du protestantisme et du catholicisme, Paris, 1869, p. 207-281 et passim; E. D. Morris, Ecclesiology, New-York, 1886, p. 151-162; J. Bovon, Dogmatique chrétienne, Lausanne, 1896, t. n, p. 313- 341; E. Naville, Le témoignage du Christ et l'unité du monde chrétien, Genève, 1893.

II. Pour la ukfutation de ce système : J. Hesselius, De officio i>ii et christianx pacis vere amantis viri, exurgente dut vigente hxresi, Anvers, 1506; Josse Ravesteyn. 0 (dteru in scholis theologicis ab eodem authore habita, in qua démonstrat portum tutum ne fXdum, in quo acquiescerê i>ossint ]>ii hommes..., Louvain, 1567; Nicole, De l'unité de l'Église, OU réfutation du nouveau système de M. Jurieu. Piiris, 1729; Bossuet, Histoire des variations, spécialement 1. XIV et XV; Id., Avertissements aux protestants sur les lettres du ministre Jurieu; lîayie, Janua Ctelorum reserata cunctis religiniibus a celcbri admodum domno Petro Jurieu; Régnier,

tatus de Ecclesia Christi, dan* Mlgne, Theolog. cursus pletus, 1838, t. iv, p. 252-297; P. Murray, IV, de Ecclesia Christi, Dublin, 1808, t. i, p. i Brugère, De Ecclesia

Christi, 2- . •dit., Paris, 1878, |>. 291-297: card. Maxzella, lie religions et Ecclesia, Rome, 1880, d. 639467; card. Segna, De Ec-

Christi constitutions et regimme. Rome, 1900, p. 185-

169 . et en général les traités de l'Église, a la question de l'unité.

A. Tamji BRI v.

ARTOTYRITES. Secte d'illuminés, affiliée au montanisme comme celle des priscilliens, des quintilliens et des pépusiens el cantonnée en Phrygie. Chei tou disciples de Montan la femme jouait un rôle considérable, Eve était considérée comme l'émancipatrice par excellence, car, la première, elle avait goûté au fruit de

Philippe étaient proelaun féminin, s, en honneur <!•■ u - le moiit.,11 ou Quintille, on ne savait laq .

pendanl son sommeil, !

'. Ii> puis lora Pépuse devint un lii .-t un

a titre de p< lerinage, en attendant qu'elle fût le th de la di ■ ente de la Jéi le. Hotnn

femmes y accouraient dan* I espoir de participer à leur tour aux communications divines. Mais les femme* jouissaient du privilège de la prophétie; el! même admises dans |., hiérarchie. » titre de prêt' ques; et parfo nions, s, pt vj

armées de flambeaux, habillée- de blanc, rendaient des oracles, et se livrant à des accès de fureur excitaient les assistant* à la pénitence.

Parmi c les artotyrites avaient une manière

a eux de célébrer b - -. ils ne se servaient, en

effet, que de pain et de fromage, -x-^r,:. ruptfcï d'où leui nom et leur caractéristique. Illuminisme et folie, c'e-l le lot, remarque saint Épiphane, de tous ceux qui lâchent l'ancre de la vérité, àrpeups rîfi xkifieiai.

s. Êpiphani . lier., xi.ix. P. G., t. xli. coL 881 ; S. Au,.- H;cr., xviu, l>. L., t. xi. 11. 0 1. SI.

G. Bareii.i.k.

ARVAI Georges, jésuite hongrois, né- en 1097, mort le 5 juillet 17Ô9. Il a publié sous le titre de Doctrina moralis un abrégé de théologie morale. 1"

Hurler, Nomenclator literarius, In-] ruck. 1892, t. u, col

Y. Oblet.

ASCARGORTA (Jeand". religieux de l'ordre de saint François, a édité de* Leçons de théologie mystique (en espagnol;, in-8°, Grenade. 1712: lnttructio nom concionatorit, in-8°, Grenade. 1716: Manuale confi riorum ad mentent sublilis doctoris, 3e édit.. Madrid. 1721. Voir col. 2064.

Hurler, Nomenclator literarius, In-rruck, t. 11.

E. Mancenot.

ASCELIN. moine do Bec. était né a Poitiers, coi, il résulte d'une lettre de Bérenger au moine Richard, P. L., t. CL, col. 69. Il entra au monastère sous le gouvernement du B. Hellouin à peu près a la même époque que Lanfranc. Il assista, en 1050, à la conférence qui eut lieu à Brionne, à l'instigation du duc de Normandie. Guillaume le Bâtard, entre plusieurs religieux du Bec et l'hérétique Bérenger au sUjLt de l'euchar - Bérenger ne répondit pas à ses contradicteurs et ne : lit aucune concession. Il écrivit, peu après, au moine Ascelin pour relever quelques circonstan - con-

férence. Ascelin répliqua à cette lettre. Sa réponse, ferme et précise, a été éditée par Lue d'Achery dans les 1. ajoutées à la vie de Lanfranc, publiée en tète des au del'archevèque de Cantorbéry, Paris. 1618, P. L.. t. ci. col. 67-68; par du Boulay, Historia universitatis paiisiensis, Paris. 1665, t. 1". p. 430-531: et par Lab!

il. Concilia. Paris, 1671, t. IX. col. 1057-1059. Il > affirme sa croyance inébranlable à la présence n du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie et il l'appuie sur le témoignage évident de l'Écriture bien interpn il croit aussi à la réalité du sacrifice de la messe, sacrifice qui n'est pas contraire aux raisons naturelles, puisqu'il est mystiquement accompli sur l'autel parla toutepuissancede Bien, aussi véritablement que l'incarnai du Verbe dans le sein de Marie: c'est l'enseignement

. vangélistes, des apôtres et des docteurs, auquel il exhorte bérenger à revenir. Il rectifie la propos, que Bérenger prétendait avoir été émise à la confén • de Drionne par Guillaume, moine du bec. et qu'il d, 1 rail condamnable el sacrilège . Guillaume aurait dit omnem hominem in Pascha debere ad • mi-

11 accedere ; quant \senlentiam sacrilega «tique judicari debere t. Mais il ,i\.iit dit

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