‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 18 sur 338 · V. APOLOGÉTIQUE, XVIII- siècle. — 1. Angleterre · texte numérisé non relu

V. APOLOGÉTIQUE, XVIII- siècle. — 1. Angleterre

IL Allemagne. 111. Italie. IV. Espagne. V. France.

I. Angleterre. — Le mouvement que nous avons suivi à la lin du xvir siècle se continua au xvme. Aussi bien, il était naturel que, féconde en adversaires du christianisme, l'ancienne île des Saints, malgré les ravages opérés dans ses croyances depuis le schisme d'Henri VIII 1 1 d'Elisabeth, vit naître des défenseurs. De fait, ils furent légion, très inégaux par le talent, l'inlluence et la portée de leurs œuvres, mais d'intention droite et de courageuse altitude. Citons, parmi eux, Xathaniel Lardner (1(384-1708), dont les ouvrages ne forment pas moins de onze volumes in-8°; les principaux furent: Crédibilité of tlie Gospel History, 1727-1743, où il essaya de confirmer les faits rapportés dans le Nouveau Testament, par le témoignage des auteurs contemporains, entreprise qu'il était malaisé' de mener à bonne fin. Son Essai sur le récit de Moite touchant la création et la chute de l'homme, 1703, el sa Défense des miracles peuvent encore être lus avec intérêt. Bien meilleur écrivain, en possession d'une universelle notoriété et | i [ii< - de la gloire, Joseph Addison (1672-1719) joignit à vis articles du Speclator et à ses tragédies une Défense de lu religion chrétienne (traduite par Correvon, Lausanne, 1757), dont il ne put terminer que la première partie, mais qui montre la sincérité et l'intégrité de sa foi.

Ce n'étaient pas seulement des prédicateurs comme naguère Tillotson (1794), Traité de la règle delà foi, ou Stillinglleet, The Rule of faiih, Londres, 1665 1699; Origines tacra, Londres, 1GG2. qui entrèrent dans la

lice; on y vit des hommes de lettres et des membres du Parlement.

Ênumérons quelques-uns des ouvrages le- plus estimés qui se rapportent i celte époque A short and easy met/ioii with the deists, Londres, 1699, par Leslie, fils de l'évêque protestant de Clogher [17-Jl . les discours,

Practical sermons, Londres. 1700, OU l'on remarque surtout une discussion juridique très bien conduite de

la résurrection de Jésus-Chriat, par Sherlok; le même sujet inspira lord Georges Littelton (1709-1773), qui le ■ i dune forme littéraire agréable, dans son ouvrage intitulé: I.XI Sermons, Londres, 1680. Warburlon, évéque de Glocesler 1 101)8- 177'.';, lit preuve dune

érudition solide dan'; Jhe divine légat, n s/ M

monstrated, Londres), 17.';7, trad. franc, dans M Démonst, évang., t. ix. col. 246. Joseph Butler (Il 17.--J insista -ur l accord de la religion et de la nature The anatogy of religion natural <" t, io

Xhe constitution and course of nature, Londres, 17:.' théologien Jérémie Seed ,-1747 écrivit deux diacoui V Excellence intrinsèque de V Écriture sainte, 2 voL, 1750; trad. franc, dans Migne, //• / t ix,

col. 689-712. Il y veut démontrer par le contenu i de la révélation l'inspiration des saintes Êcritm

Un homme politique qui fut ministre, JenningS 1785), publia An endeavour to prove by reason the Christian religion, Londres, 1774. qui décèle des vues originales et s'appuie sur quelques faits simples et quelques propositions claires. Mais l'ouvrage classique, cialement dirigé contre Tindal, Dodwel, liolie. l'école des déistes anglais, est celui de Jean Leland (1091- 17(»0i. The advantage and nwssity of the Christian révélation, 2 in-4 , Londres, 1772, traduit sous le nom de Démonstration évangélique; auquel se joir dans l'estime de ses compatriotes: The reasunableness of the chnstiau révélation, Londres 1739, par lànson.

C'est au xviii* siècle et a l'Angleterre qu'appartiennent encore Ditton (1675-1715) : l.a Religion montrée par la résurrection 1712;

traduit par La Chapelle, Paris. 1729, Migne, Démonst. évang., t. vin, col. 293-563; l'importance, les conséquences, les caractères, la démonstration de ce miracle y sont développés; —G. Fumet 1 1643-1715 : Défense de la religion tant naturelle que révélée, 6 in-12. La Haye. 1738- 17iV, qui commence par l'existence et les attribut- de Dieu, pour aboutir, après avoir exposé la création et la chute de l'homme, au mystère de la rédemption ; — Paley (1743-1805i: A view of the évidences of christianity, Londres, 1791: trad. franc, dans Migne, Démonst. évang., t. xiv, col. 675-905, où il s'appuie sur la confession et la sincérité des témoins héroïques du Christ; — Butler | I710-1773: : Letters on the history of the Popes, traduit sous le titre : La gloire romaine défendue contre les attaques du protestantisme. Migne, Démonst. éva t. xii, col. 202-385. qui oppose le catholicisme anglais, ses dogmes et ses bienfaits, à la religion d'Henri VIII et d'Elisabeth. Il n'est pas besoin d'ajouter que l'auteur est catholique. La plupart de ses compatriotes appartenaient à l'Eglise anglicane, mais le protestantisme n'avait pas encore évolué vers la libre-pensée, ou du moins, a l'encontre des audaces irréligieuses de l'écoli nombreuse en Angleterre, de nombreux champions naient avec fermeté au dogme fondamental de la divinité- de Jésus-Christ

IL Allemagne. — Fn Allemagne, après Leibnitz, la lutte contre le rationalisme et le naturalisme fut vif rru sèment menée par le mathématicien Euler 1 1707-17Ï dans ses Lettres ii une princesse d'Allemagne (qu'il ne faut pas lire dans l'édition altérée par Condorcet, i dans celle qu'a publiée Couru* I Démonst. évang., t. xi. p. 761-834, et dans La révélation divine vengée des reproches des libre» ptmm (édit. allemande. 1717'. trad. franc, dans Migne. .

nionst. étang., t. xi. 0, et par le physiolof

Haller (1708-1777), Briefe ûber einige Einvurfet lebender Freueister wider die Offenbarung, Berne,

177*. I.ilienlhal né en 1717, professeur de t! Koenigsberg opposaau di isme : Versuch ciner genauern y.citschaitng der heil. Schrift. Kœnigsberg, 17504'

16 vol., œuvre considérable, et où les objed sentées contre l'Écriture sainte sont développées et réfutées. Le Prussien Lésa (1736-1797), professeur i G lingue, mêle du mysticisme el - I

sa Beweis der WahrheU der christ. Religion, Gœttinf I7.vs L'aumônier du duc de Brunswick, Guillaume Jérusalem (1707-1789), donna Betrachtungm ûber dit vor-

APOLOGÉTIQUE (XVIII0 SIÈCLE

nehmsten Warheiten der Religion, Berlin, 1773-1779. Enfin Kleuker entreprit Neue Prùfung und Erklàrung der vorzâglichsten Beweise fur die Wahrheit des Chrislenthums, Riga, 1787-1794. On pense bien que tous ces ouvrages présentent de nombreuses ressemblances; les derniers venus imitent et copient leurs prédécesseurs.

Les apologistes que nous venons de mentionner sont des protestants. Faudra-t-il ranger parmi les catholiques Benoit Stattler (1728-1797), successivement bénédictin, jésuite, curé, dont la Demonstratio cat/iolica, 1775, fut mise à l'Index et qui refusa de se rétracter '? Au contraire l'abbé de Saint-Biaise, Martin Gerbert (1720-1793), se montra aussi exemplaire par sa vertu qu'éminent par sa ■science. Son livre Demonstratio verœ religionis et Ecclesim, 1760, est un bon traité de théologie fondamentale. C'est ici le moment de remarquer que l'introduction à la théologie est désormais constituée. Stattler, avant le livre qui fit scandale, avait déjà publié la Demonstratio evangelica, 1770; le P. Neubauer, S. J., Vera religio vindicata adversus omnis generis incredulos, 1771 ; Beda Mayer, O. S. B., Vertheidigung der natùrliclien, christlichen und katholischen Religion, Augsbourg, 1787- 4789, et plusieurs autres se proposèrent le même but et suivirent la même marche. C'est à défendre la Bible que se voua spécialement le jésuite Laurent Veith (f 1796). Migne, Script, sac. cursus compl.,t iv, Paris, 1837, a réédité, son ouvrage : Scriptura saa'a contra incredulos propugnata , Augsbourg, 1780-1797. Ce n'est pas seulement un excellent résumé de tout ce que l'impiété du xvine siècle a ramassé contre l'Ancien et le Nouveau Testament; c'est encore une réfutation, qui a nécessairement vieilli en quelques parties, mais dont l'ensemble demeure excellent.

Trois jésuites jouirent dans leur pays et dans leur temps d'une réputation légitime. Ils se nommaient : Sigismond Storchenau (1751-1797). Die Philosophie der Religion, 7 in-8°, Augsbourg, 1755-1781; Zugaben zvr Philosophie der Religion, 5 in-8", ibid., 1785-1788; — Hermann Goldhagen (1718-1794), Introduclio in S. Scripturam, 3 in-8°, Mayence, 1765, qui examine au mo\en de la philologie les points spécialement controversés et allégués contre la révélation par les déistes el lis incrédules; — J. Antoine Weissenbach (1734-1801), Die kùrzeste und leichleste Art einen Freigeist umzuscha/Jen,Yl;\\e, 1779. — Jordan Simon, de l'ordre de Saint-Augustin (1719-1776), qui écrivit contre Voltaire €t Rousseau une Justification de la foi catholique, 1772, avait composé un important ouvrage : Der entlarvte Freigeist ans Grunden der Religion und Vernunfl, Bamberg, 1772. — Louis Sandbicliler (1751-1820), religieux de l'ordre de Saint-Augustin, comme le précédent, publia à Londres, 1785, Philosophische und kritische Untersuchungen uber das alte Testament und dessein Gottlichkeit. Knlin, on doit à un Polonais, membre des Écoles pies, Stanislas Konarski (1700-1773) : De religione honestorum hominum contra impias deislarum ojiinationes, in-4°, Varsovie, 1769. On voit par ce rapide exposé que les catholiques allemands ne négligèrent pas les questions apologétiques j s'ils furent plus nombreux que leurs coreligionnaires anglais, c'est que leur pa\s n'était pas tout entier infeste'' par l'hérésie et que leur foi y était plus libre.

III. Italie. — Il fallait que les « libertins » se fussent insinués en Italie, des le xvir siècle, pour que le célèbre prédicateur Segncri (1624-1604) ait voulu diriger contre on volume lie-, populaire : // increu'ulo sema scuza, 1690. li' i fundamenti délia religione e deî fronti délia impiela, >ie Valsecchi, Padoue, 1765; Le» fondement» de i" religion; l<< religion démontrée, de I a oni, 1818; /." religione demostrata <■ difusa, Home, 1800-1805; Le» caractt re» divin* du christianisme, de Noghera, 1719-1784, sont une contribution très appréciable

à l'apologétique chrétienne. Cependant il faut faire une place particulière à Gotti, de l'ordre de Saint-Dominique (1664-1742), auquel tous les auteurs venus après lui firent de larges emprunts. Il publia en 16 volumes, à Bologne, 1727-1734, une Theologia scolastico-dogmalica, mais il nous appartient surtout par l'ouvrage édité de 1735 à 1710, et dont le titre indique l'objet : Veritas religionis chrislianse et librorum quibus innititur contra atheos, pohjtheos,idololalras,Mahometanos et Judaos demonslrata; il avait réfuté déjà le protestantisme dans son livre contre le Hollandais Le Clerc, De eligenda inter dissentientes christianos sententia, 1734.

Nous pouvons encore compter, en Italie, parmi les apologistes, Vincent Moniglia (1686-1767), Dissertazione contra i materialisti ed ait ri increduli, 2 in-8", Padoue, 1750. La forme italienne de l'incrédulité fut souvent sensuelle, elfet sans doute de race et de climat. Moniglia, comme Valsecchi et Fassini, était dominicain. Ce dernier (1738-1787) publia De apostolica origine Evangeliorum Ecclesise catholicse..., Livourne, 1775. Son but était la réfutation des erreurs de Fréret auquel s'attacha aussi, pour le combattre, Nicolas Spedalieri (1741-1795), Analisi dell'esame crilico del cristianesimo di Fréret, in-4°, Rome, 1774. On prêtait à cet érudit, dont l'esprit fut détestable, la paternité d'ouvrages anonymes donl les auteurs réels étaient d'Holbach ou Naigeon. Le père Fazzoni (1720-1775) écrivit Disserlatio theolog'ica de miraculis adversus Spino:an}, 1755, et le frère mineur Costa, un traité De religione adversus incredulos, 2 in-4°, Bologne, 1788. Au jésuite Nicolai (1706-1784) nous sommes redevables des Ragionamenli sopra la religione, 8 in-8°, Venise, 1770, et à Landi, de Turin, un livre au litre suggestif : Ragione, religione, Turin, 1786. L'indication du sujet, en ces deux mots brefs, est plus claire que l'interminable titre de l'ouvrage composé vers la même époque par le P. Emmanuel, capucin, de la famille des Prinsecco : Dissertazioni in forma di dialoghi intorno a vari dogmi cattolici per dimostrare la loro verita contro li cosidelti spirili forti e specialmente i seguaci degli errori di Voltaire. 3 vol., Rome, 1785. Du reste, le livre est bon.

Le vigoureux champion des doctrines ultramontaines, Alphonse Mazzarelli (1749-1813), publia une réfutation de J.-J. Rousseau, Il buon uso délia logica, 2 in-8", Rome, 1821, contre le livre sur L'éducation qui résume le déisme du philosophe genevois. L'évêque de Sainte- Agathe des Goths, Alphonse de Liguori ( 1696-1787), effrayé par la diffusion si prompte et si pernicieuse des doctrines nouvelles, interrompit ses œuvres de théologie morale et de zèle apostolique pour écrire, vers la même époque, son livre : Verita délia fede fatla évidente per li contrasegni délia sita credibilita, Naples, 1762, marchant ainsi sur les traces d'Ansaldi qui avait traité Délia nécessita e verita délia religione naturale e rivclala, Venise, 1755. Nous devons ajouter à ces auteurs, Palmieri qui avait édité Analisi ragionata de' sistemi e de' fondametiti dell'ateismo e dell' incredulita, 7 in-8°, Gènes, 1811, et Vincent Bolgeni (1733-1811) qui écrivit surtout des ouvrages sur le Saint-Siège, l'infaillibilité du pape et ses droits, mais qui publia L'economia délia fede rristiana, in-8", Brescia, 1790. Cet ouvrage contient une analyse de la foi catholique dirigée surtout contre les opinions opposées aux doctrines de la Compagnie de Jésus, à laquelle appartint l'auteur, et qu'il quitta lorsqu'elle fut supprimée. Assez audacieux, très vif, il fut parfois condamné, souvent combattu, toujours discuté', mais il se montra docile aux enseignements de l'Église qu'il défendit contre les jansénistes italiens.

Cet ouvrage rappelait l'apologie adressée vingt ans plus loi : Sermone apologetico, per l<< giovenlu italiana contro !<■ accuse contenute i» ><"<» libro intitolato : l)i<lla neccetsita «■ <ri nta <i<ilu religione naturale e rivelala, in-l", Lacques, 1750. L'auteur était le religieux célei im

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Duonafedi' (1716-4704), philosophe distingué, mats imbu ' des doctrine! sensualistei de Condillac dont l'influence était considérable el pernicieuse.nonseulementenFrance, mais au delà des Alpes.

Un dis premiers, non par la date, mais par le mérite, parmi les api li iliens du ivni1 siècle, remarquable par le talent el l'esprit philosophique fut le cardinal Gerdil (1718-1802), qui fut pendant soixante ans L'infatigable champion de l'Église. On lui doit les : œuvres apologétiques suivantes : Dite, délia existenza ,1, Dio e délia immaterialita délie nature intelligenti, Turin, 1717, où il réfute les cireurs de Locke; Tntroduzione allô studio délia religione, Turin, 1755; Brève es- J posiiume de' caratteri délia vera religione, Turin. 1707. Irad. franc;, dans Migne, Démonst. évang., t. xi, col. 239- 370, et le Saggio d'instruzione teologica, Turin. 1 7.">f). qui témoigne d'une large compréhension et d'une iludc attentive des dangers, des besoins spirituels et des aspirations intellectuelles de son temps.

IV. Espagne. — On ne peut guère parler d'apologétique espagnole au xvnr» siècle; sans doute parce que l'inquisition opposant une rigoureuse barrière à l'incrédulité, le besoin de la défense se fit moins sentir que dans les autres contrées. Florez appartient à l'histoire. Les noms de Naxera, Martinez, Valcareel sont des noms de philosophes plutôt que d'apologistes. A peine si l'on peut décerner ce titre au bénédictin Feijoo (1701-1764), dont le Teatro eritico universal sopra los errores communes, 8 in-8°, Madrid, 1726-1739, est un répertoire qui renferme de tout, des exagérations, des inexactitudes, mais aussi du bon sens dans la réfutation des opinions fausses de son temps. Son compatriote Laurent Hervas (1735-1809), delà Compagnie de Jésus, écrivit, en italien, L'idea dell' universo, 22 in-i°, Césène, 1778-1792, véritable encyclopédie où l'on trouve, parmi un amas de notions scientifiques el autres, la réfutation de plusieurs systèmes irréligieux. Enfin, vers la même époque, le Portugais Almeida (1722- 1803) dirigeait contre les encyclopédistes les Becreacado filosophico, Lisbonne, 1751, traduites en français sous le titre d'Harmonie de la raison et de la révélation ou Réponses philosophiques aux arguments des incrédules, 2 in-12, Paris, 1822.

V. Franck. — C'est une opinion assez générale que les apologistes français furent inférieurs à leur tâche. Ains- formulée, l'appréciation est injuste. Car, si l'on ne conteste ni l'ardeur ni le zèle des innombrables soldats qui se lancèrent dans la mêlée, il faut reconnaître, avec la bravoure, des qualités solides de résistance. Il n'est guère d'objection qu'ils aient laissée sans réponse, et leur bon sens, leur érudition, leur clarté, sont de remarquables avantages dont ils furent presque tous excellemment doués. On ne leur pourrait guère reprocher que la complaisance des uns pour Condillac, des autres pour Descartes. Mais que pouvaient leurs efforts honnêtes contre l'esprit, la verve, la vogue d'adversaires qui se nommaient Voltaire, J.-J, Rousseau. Diderot, et combattaient avec l'éclat du talent, dirigeant contre le christianisme l'ironie, la sensibilité, la passion, dans un style prompt et vif, ou ému, ou fougueux, dont les apologistes ne possédaient pas les secrets? lit puis, celte lourde machine de l'Encyclopédie les accablait de son poids, et les apparences chrétiennes de certains articles favorisaient la diffusion des erreurs dont elle regorge. D'autre part, à l'objection présentée dans une s.iillie ou une boutade. qui, lancée comme une flèche, d'une main exerce, allait droit au but el se fixait dans l'esprit, il fallait opposer des ouvrages compliqués et savants au-dessus desquels elle passait.

/. PBBAtlÊRM MOITIÉ ut: xvtll' SIÈCLE. — Les jansénistes continuèrent les traditions de leurs devanciers. Par la méthode el la délicatesse de son style, Duguet 1619 17;;:; est un bon écrivain. Les règles pour l'intelligence des saintes Écritures, in-12, Paris, 17lo.

mté dm principe» de la foi chrétienne, Paris, 3 vol., 1730. dans Itigne, Détn

ni obtenu de justi •il garde contre I esprit se< taire de l auteur. Il en faudra dire autant d'Ellies Du Pin, le théoricien du gallicaiii-inc 1 1657-1733), et de son Traité de ta doctrine < tienne orthodoxe, dan» Migne, Démontt. évang., t w, col. 947-1272; de Jaquelot i 1667-1706 . pasteur protestant, probe et modéré pourtant, mais très dillus dans écrits ; Conformité de la foi avec la raison, in-8*, Amsterdam, 1705. dan- Migne, Démonst. évang., t. vu, col. 9-157; Traité de ftswjrirnfiim du YitttiT et dm Nouveau Testament, Rotterdam, 1715, et de Saurin. collègue (1677-4730), le plus éloquent des orateurs protestants fiançais, dont le M sur divers lestes de l'Écriture sainte, 9 in-8", La Haye, 1708-1732, sont parfois de véritables apologies, tels ceux qui ont pour titres : La suffisance de la révélation, ses avantages, la divinité de Jésus-Christ, etc., dans Migne, Démonst. évang., t. ix, col. 9-112. Les jésuites Tournemine (1661-1739), Baltus (1647-1743) et lierruyer (1681-1756) sont très souvent cités par leurs contemporains. Le premier écrivit une lettre Sur l'mmiatériatité de iârne et les sources de l'incrédulité , 1735 Migne. Démonst. évang., t. IX, col. 583-591); De la liberté de penser sur la religion, 1736. Le second s'était déjà rendu célèbre par la Réfutation de l'histoire des oracles de Fontenelle, 1708, et il dirigea, contre les théories ev Richard Simon, La défense des prophéties, 1737. Enfin le troisième fut l'auteur discuté et condamne de I Histoire du peuple de Dieu (1681-1758); il fut désavoué par ses confrères, mais s'il est paradoxal et parfois erroné, trop léger pour le grave sujet qu'il aborde, il se montre personnel, ingénieux, et son livre est d'agréable lecture.

L'un des plus estimables, parmi les apologistes français du xviii' siècle, fut certainement Claude-François lloutteville (1688-1742), religieux de l'Oratoire et membre de l'Académie, auquel on a justement reproché une définition naturaliste du miracle, dont l'ouvrage fut. du reste, antérieur aux attaques des Philosophes, mais demeure un des traités les plus sérieux sur La ; de la religion chrétienne prouvée }wr les fait*. 1722. Il est complété par une Dissertation sur les faux principes et les divers systèmes des incrédules, et pr d'un Discours historique et critique sur la méthode des principaux auteurs qui ont écrit pour et Contre le christianisme. Ce discours, que l'on peut lire en tête de l'édition corrigée du principal ouvrage, 17 io. — et aussi édit. Migne, Paris, 1873, — contient des vues personnelles sur le développement de la défense religieuse; elles sont dignes d'attention et d'intérêt, et 1 auteur ne mérite qu'en partie les reproches que Desfontaines adresse à son style qu'il accuse d'être prétentieux et manier.

On pourrait sans trop de peine relever Lien des choses inutiles dans l'Exposition despn ■ plus

sensibles de la véritable religion (dans Migne. Démonst. évang.. t. IX, col. 114-249) du jésuite Muflier (1661- 17371. L'élégance trop symétrique du président d A seau (1688-1751) n'empêche pas ses Lettres sur Dieu el la religion, dans Migne, Démonst, évang., t. vin. col. 705-836. de renfermer d'utiles et graves consi.. lions qui font ressortir particulièrement l'influence morale du christianisme. Mais aux magistral .renl de-, poètes; l'un était d'Église : Pohgnac; le second portait le nom illustre de Racine. — C'est en latin que le cardinal Melchior de Polignac (1661-1741) composa VAnti-Lucrèce, Paris, 171."). 2 in-80, souvent traduit en français, dans Migne, Démonst. évang., t. vni, col. 91381268.

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APOLOGÉTIQUE (XVIIIe SIÈCLE)

C'est ainsi que Voltaire, dans le Temple du goût, loue ce poème, remarquable certes, mais ne justifiant pas cependant ces hyperboles élogieuses. L'auteur y réfute le matérialisme du Dénatura reruni, et parfois ses vers ne sont pas indignes d'être comparés à ceux de son adversaire, mais il s'y montre entiché de cartésianisme. Après avoir montré dans l'orgueil et la volupté les sources de l'irréligion, l'auteur réfute successivement l'idolâtrie, l'athéisme, le matérialisme, le spinozisme, le déisme, le pyrrhonisme, ''hérésie, la corruption de l'esprit et des mœurs, et conclut par le triomphe de la foi. Ce poème ne fit pas oublier La religion, in-12, Paris, 1742, et La grâce, 1720. Si ce dernier ouvrage est imprégné de jansénisme, le premier est aussi remarquable par le talent que par les idées : Dieu, l'âme, la rédempt on, les mystères sont les sujets de vers un peu froids, mais harmonieux et d'assez précise doctrine. Leur auteur, Louis Racine (1692-1763), qui se nommait modestement « fils inconnu d'un glorieux père », mérite une place parmi les apologistes et parmi les poètes. Migne, Démonst. évang., t. vin, col. 11-109, 110-150.

//. seconde moitié du xv il i' siècle. — Si le titre d'apologiste ne convient guère à ces poètes que par occasion, il faut le décerner sans réserve à Sylvestre Bergier (1718- 1790), qui le mérita par le nombre, l'opportunité, la valeur de ses ouvrages. Il suivit attentivement le mouvement philosophique de son siècle et ne laissa passer, sans y répondre, aucune des attaques importantes subies par le christianisme. Contre Rousseau, il écrivit Le déisme réfuté par lui-même, 2 in-12, Paris, 1765; contre Voltaire, La certitude des preuves du christianisme, 2 in-12, Paris, 17C8, et dans Migne, Démonst. évang., t. xi, col. 11-198; contre Boulanger, Y Apologie de la religion chrétienne, 2 in-12, Paris, 1769; contre d'Holbach, L'examen du matérialisme, 2 in-12, Paris, 1771. Voltaire ayant répondu, avec sa légèreté et son esprit ordinaires, dans les Conseils raisonnables à un théologien, Bergier répliqua victorieusement (1772). Migne, Démonst. évang., t. xi, col. 99-234. D'allure moins polémique, le Traité historique et dogmatique de la vraie religion, il in-12, Paris, 1780, a largement été mis à contribution par les auteurs de théologie fondamentale. Raisonnement serré, preuves précises, variété des points de vue, cet ouvrage se recommande par divers mérites que l'on retrouve dans le Dictionnaire théologique, Paris, 1789, 3 in-4". Il faut pourtant regretter dans ce dernier travail du savant théologien ses inexactitudes et certaines complaisances pour les théories des philosophes qu'il avait pourtant combattus. Le grand public préféra à ses lourdes machines de guerre les Lettres de quelques juifs portugais, allemands et polonais, à M. de Voltaire, in-8", Paris, 1769, où le chanoine Guénée (1717-1803) eut l'habili té de mettre les rieurs de son côté en empruntant à son adversaire son esprit incisif, son stvle alerte, son ton dégagé. Ses réponses aux objections du philosophe de Ferney sont excellentes; elles portèrent, et Voltaire, touché au vif, avouait : « Le secrétaire juif, nommé Guénée, n'est pas sans esprit et sans connaissances; mais il

• I malin co ie un singe; il mord jusqu'au sang en

f.iis.int semblant de baiser la main. » Lettre clxxiii

à d'Alembert. 8 décembre 1776, Œuvres, Paris, 1781-,

t. i.xix, p. 289. Guénée avait compris qu'il fallait avant

tout se faire lire en piquant la curiosité d'un public fri-

1 1 qu'il fallait délimiter son sujet pour éviter les

igations ennuyeuses trop fréquentes chez la plupart

ipologistes de ce temps.

La manière de Jean-Baptiste Bullet (1699-1770) est plus érudite; le titre même de ses livres en indique l'objet et ta méthode : Histoire de l'établissement du christianisme tiré des si'iils auteurs juifs et païens, Lyon, 1769, Migne. Démonst. évang., t. XII, col. 383-513, et critiques aux difficultés sur divers endroits des Livres saints, Besancon, 1773. Inutile du faire remar-

quer que ces ouvrages ont vieilli : cela était inévitable, mais tout n'est certes pas à dédaigner dans cette tentative. L'académicien Beauzée (1717-1789) écrivit des articles philosophiques dans Y Encyclopédie, mais on lui doit aussi une Exposition abrégée des preuves historiques de la religion, dans Migne, Démonst. évang., t. x, col. 1171-1264, écrite d'un style correct et disert. Plus directement, un évêque du Puy, Lefranc de Pompignan (1715- 179i), s'en prit aux incrédules, et c'est pour les persuader de leurs erreurs, en même temps que pour prémunir les fidèles contre leur pernicieuse contagion, qu'il écrivit les Questions diverses sur l'incrédulité, l'incrédulité convaincue par des prophéties, 3 in-12, Paris, 1759; La religion vengée de l'incrédulité par l'incrédulité ellemême, 1772, dans Migne, Démonst. évang., t. xn, col. 651-790. Il devint plus tard archevêque de Vienne et président de l'Assemblée nationale et ministre. Il eut pour émule Adrien Lamourette (1742-1794), qui devint un instant célèbre, lorsqu'il proposa, en la nuit du 4 août 1789, la réconciliation des partis connue sous le nom de baiser Lamourette, et, qui, après avoir été évêque constitutionnel du Rhône, porta sa tète sur l'échafaud. Il nous a laissé deux livres écrits avant son apostasie, Pensées sur la philosophie de l'incrédulité, 1786, et Pensées sur la philosophie de la foi, 1789, qui se complètent l'un l'autre. Son contemporain, Claude-François Nonnotte (1711-1793), servit de cible à Arouet, mais celui-ci n'en est pas moins atteint par les Erreurs de Voltaire, Avignon, 1762, où il est plusieurs fois convaincu d'ignorance et de mensonge. Ce même jésuite devait traiter la question religieuse plus directement et avec plus d'ampleur dans le Dictionnaire philosophique de la religion où l'on établit tous les points de la doctrine attaqués par les incrédules, 4 in-12, Avignon, 1772. Son confrère Xavier de Feller(1735- 1802) écrivit le Catéchisme philosophique, Paris, 1842, œuvre d'un esprit net, exprimant avec force et simplicité une pensée droite et présentant avec clarté les préambules rationnels de la foi. Il ne jouit pas cependant auprès de ses contemporains d'une réputation comparable à celle de Para du Phanjas, S. J. (1721-1797), qu'il déclare être « sans exemple pour l'élévation de la pensée, la perfection de la méthode et la clarté du style ». Les principes de la saine philosophie conciliés avec ceux de la religion, 2 vol., Paris, 1774, dans Migne, Démonst. évang., t. x, col. 1-431, qui attirèrent à leur auteur de tels éloges, sont aujourd'hui bien oubliés. On lirait plutôt les Recherches philosophiques sur les preuves du christianisme, in-8°, Genève, 1770, du protestant Charles Bonnet, naturaliste très distingué. Mais ses idées sur le miracle, que sa définition (sinon son intention) range parmi les phénomènes naturels, et ses rêveries sur les existences successives de l'homme après la tombe, altèrent singulièrement ce qu'il peut y avoir de solide dans son ouvrage. Un autre savant, son compatriote, J. -André Deluc, 1727-1817, se voua à la défense religieuse. Dans ses Lettres sur le christianisme adressées au pasteur Teller, de Berlin, dans Migne, Démonst. évang., t. xn, col. 945-1087, et sur l'Essence de la doctrine de Jésus-Christ , écrites à WollT, ibid., col. 1087-1150, mieux encore dans ses Observations sur les savants incrédules et sur quelques-uns de leurs écrits, ibid., col. 791-945, il montre qu'il n'était pas seulement un physicien distingué, mais encore un croyant. Pourtant on a dû reconnaître en ses écrits des traces de socinianisme. Serait-on injuste en adressant le reproche de prolixité à A. Duhamel (f 1769) dont on a Quatre lettres d'un philosophe à un docteur de Sorbonne, sur les explications de M. de liuflon, in-12, Strasbourg, 1751, et les Lettres flamandes ou histoire des variations et contradictions de la prétendue religion naturelle, Lille, 1752, dans Migne, Démonst. évang., t. XII, col. 9-132, et à Claude Roussel (|- 1764), curé de Saint- Germain, auteur des Principes de religion OU Préservatif contre l'incrédulité, Paris, 1751, 1753. Il faut bien

APOLOGÉTIQUE XVIII* SIÈCLE

garder de prendre à la lettre li 'chante êpigramme de

Voltaire contre l'abbë rrublel 1697-1"

Il compilait, corn] liait, compilait

Au [ ■ mme avait

i. '■ -| nt d'autrui par nipj lémi

Le i bonho ■ i qui avail bâillé en lisant La Rem

agaçait Voltaire par lea Pensées sur l'incrédulité, in-8 Cette, 17:i7, dont la justesse gênait Bes desseins impies, Leso i\ ragea deGauchat,abbédes prémontrés 1 1709-1779 eurent le même résultat : Lettres critique» ou analyse et réfutation de divers écrits modernes contre la retigion, 19 in-12, l'aiis, 1753-1763, et Harmonie géuérale du christianisme et de la raison, 4 in-12, Paris, 1768. Sur le magistère de l'Église et les rapports de la foi et de la raison, on peut consulter utilement François Picard, docteur de Sorbonne, qui ne signa pas ses livres : Vérités sensibles de la religion, Traité des moyens de reconnaître la vérité dans l'Eglise, 1 759, et qui avait déjà pris rang parmi les défenseurs de la saine doctrine par La raison soumise à l'autorité de la foi, Paris, 1742.

Le résultat de ces efforts et de ces travaux, ce fut la constitution définitive du traité' De revelalione que nous trouverons désormais en tète des Institutiones theologicœ. Ses grandes lignes sont tracées et définitives, la méthode formulée, les matériaux réunis et coordonnés dans le livre de Joseph llooke, Irlandais de naissance mais Français d'adoption (1716-1796), professeur en Sorbonne (1764- 1791). Il est intitulé Religionis naturalis et revelalx principia, 3 in-8", Paris, 1752. Destiné aux théologiens de profession, il laissait le champ libre aux œuvres moins didactiques de La Luzerne et de Duvoisin. Le premier, évêque de Langres et cardinal (1738-1821), a pris un rang distingué parmi les écrivains religieux par son Instruction pastorale sur l'excellence de la religion, Langres, 1786, dans Migne, De'monst. évang., t. xm, col. 895-1082; le second, grand-vicaire de Laon, qui mourut évêque et conseiller d'État (1744-1813), publia des ouvrages bien documentés sur l'Ecriture sainte : Autorité des livres du Nouveau Testament, in-12, Paris, 1775. Autorité des livres de Moïse, in-12, Paris, 1778, dans Migne. Démonst. évang., t. xm, col. 763-891. Etienne-Antoine Boulogne (174-7-1825) travaillait à la même œuvre, il ne devait être élevé à l'épiscopat que sous l'Empire, mais son œuvre appartient en partie à l'époque de la Révolution, car ses Annales religieuses, publiées avec la collaboration de Sicard et de Jauflret, parurent en 1796 et se continuèrent par des Fragments et des Méla)iges où étaient vaillamment défendus les droits de la religion et de l'Église. L'auteur combattait avec courage le schisme des prêtres assermentés. On peut croire que ces ouvrages eurent et heureux résultats, préservèrent la foi d'un grand nombre, et contribuèrent peut-être à ramènera la foi des esprits tels que le littérateur La Harpe [1739-1803) .d'abord ami et presque complice des philosophes, critique éminent pour son époque, mais auteur d'ouvrages licencieux, qui, non content de se convertir, en ses dernières années, se rangea courageusement, par son Apologie de la religion, dans Migne, Démonst. évang., t. Xlll, col. 177-652, parmi les apôtres du christianisme.

l'n docteur en Sorbonne. Claude Yvon (1714-1790),

montre aans ses Lettres à Rousseau, in-8". Amsterdam, 1790, qu'il partageait, en partie, les préjugés desécrivains qu'il prétendait réfuter. Bien plus efficace est le Prèservatif pour les fidèles contre lessophismes ci les impiétés des incrédules, 2 in-12, l'an--. 1764, par le bénédictin ilom Deforis (1732-1794) qui connaissait à merveille les questions qu'il traitait et les revêtait d'un st\le sobre et clair. — C'est aux panthéistes et aux naturalistes que Laurent de François 1 1698-1782) s'en pi it avec Buccès

dans les l'icuies de la religion de .lésus-t'.hi ist contre

Us spinoziste» et les dattes, 4 in 12, Paris, 1751. I d

i uré du dia. ae de Sarlat, Guillaume de lïalleville II 1764?), avait abordé un sujet analogw dani La religion naturelle et la religion révélée état

de la vraie philosophie et île ' >ret,

5 in-12, 1756-175*. l'n auteur ascétique estimé, le P, Millet, s. .1. (1696-1771), démontra la nécessité nv de la révélation, en deux volumes qui ont pour titre : uffitance de la religion naturelle ; ■ w les

■ tenues dans les lu, I dure M

Liège, 1770. l'n dominicain, Gabriel Fabricy (f 1lit ouvre d'exégète en examinant / primitifs

de la révélation ou considérations critiques sur la pureté et l'intégrité du texte original ts de

i i.--, [en Testament, 2 in-12. Home, 1772.

i n autre frère prêcheur, Thomas Laberthonie (1708- 1794), sur un plan plus large, essaya une démonstration plus complète : Défense de la religion cl, retienne a hs incrédules et les juifs. 3 in-12. 1787. synthèse propositions classiques qui constituent ce que noupelons le traité De vera religione. C'est l'accord de la science et de la croyance que cherchait à établir Anne de Forbin (1718-4780), dont les connaissances mathtiques étaient remarquables, par son ouvraf I de la foi et de la raison dans la manière 1er le système physique du monde ■ juer les d cents mystères de la religion, i in-12. Cologne. 1757. On sait que semblables tentatives présentent certains dangers en axant l'air de rendre la foi solidaire de telle ou telle explication mécanique de l'univers, mais le but n'en est pas moins louable. Très digne déloges fut aussi l'intention de Hubert Hayer (1708-1780) qui poursuivit l'incrédulité sous tous les déguisements qu'elle revêtait, dans les 21 volumes de La religion . îblication périodique ( 1757-1761), et qui dévoilant La charlatanerie des incrédules, in-12. 1780, insista sur L'utilité temporelle de la religion chrétienne, in-12. 1774.

Aux simples, le P. Joseph de Menoux, S. J. (1695- 1766), donnait un antidote aux erreurs de son temps, dans L'incrédulité combattue par le simple bon sens, Nancy, 1760, et il rappelait à la raison les ennemis de la foi par son Défi général à l'incrédulité. ou notions plu. • phigues des vérités fondamentales de la religion, in-8", Avignon, 1758. Les Méritoires philosophiques ou l'adepte du philosophisme ramené à la religion catholique bi ni un ouvrage estimable, 2 in-8», 1777-1778. dan- Il Démonst, évang., t. xi. col. 589-758. du à Louis Cnlluii (1726-1789), et aussi V Essai sur la religion chrétienne et sur le système des philosoplics modernes, par un ancien militaire retiré, in-12, Paris, 177u. Cet ancien militaire » était Joseph de Laulahnier, évêque partibus. 1718-1788. Car l'épiscopat ne pouvait se désintéresser du combat qui se livrait pour Jésus-Christ La lutte avait été, en eilet. vaillamment conduite par Christophe de Beaumont (1703-1781), archevêque de Paris, pieux et courageux prélat qui fut abreuvé d'outrages et de calomnies, surtout après la publication de son Mandement portant condamnation d'un livre gui a pour titr, l'esprit. Mais Bon attitude, son influence et sa direction contribuèrent plus encore que cette lettre pastorale à rendre efficace la défense religieuse. Plusieurs di collègues dans l'épiscopat le secondèrent avec DOW

même ceux dont l'orthodoxie fut entamée par le jansénisme et le gallicanisme. Tel cet archevêque de Lyon, Antoine de Montant (1713-1788),à qui nous devons* une Instruction pastorale sur les I ,'incrcduî.

les fondements delà religion, i n - 1 ' . Taris. 1776. mais

aussi des Institutiones theologicse, 6 in-12. 1782. qui

rtagèrent, avec la Theologia dogmatica et moralis

de Bailly, les faveurs des séminaires et exercèrent pon-

dant trop longtemps une fâcheuse influence sur l'éducation intellectuelle du cierge de Franc, Ces livres durent

leur- succès, malgré les propositions • ;u'ils

contenaient, aux qualités d ordre et de méthode que l'on

APOLOGÉTIQUE (XVIIIe SIÈCLE) — (XIXe SIÈCLE)

ibU.

remarque dans le Traclatus de vcra religione, de Builly (1730-1808). Nous ne pouvons omettre, parmi les auteurs auxquels leurs œuvres acquirent encore une certaine notoriété, Louis Joly (1712-1782) qui, dans ses Remarques critiques sur le dictionnaire de Bayle, in-fol., Dijon, 1748, nous a laissé un utile correctif de ce dangereux recueil ; ni le P. Antoine Guénard (1726-1806) qui fixa si nettement et si finement, dans le Discours sur l'esprit pliilosopliique, in-4°, Paris, 1755, « les caractères qui le distinguent et les bornes qu'il ne doit jamais franchir; » ni Barruel (1741-1820) qui, dans les Lettres provinciales philosophiques, 5 in-12, 1781, prit sa revanche, contre les encyclopédistes, de l'immortel et inique pamphlet de Pascal contre sa Compagnie, ni surtout le chanoine Gérard (1737-1813), plus célèbre que tous les autres par ce roman où l'on vit une confession et une autobiographie, et qui était destiné, dans l'intention de son auteur, à venger le christianisme en montrant les excès où conduit fatalement l'incrédulité : Le comte de Vaimont ou les égarements de la raison, 5 in-8°, Paris, 1801. Cette période se termine par le nom d'un bon prêtre, modeste, énergique, d'esprit élevé et de noble caractère qui emprunta aux philosophes les éléments d'un plaidoyer en faveur du catholicisme. S'il ne peut se défendre de quelques préjugés ecclésiastiques de son temps, l'abbé Émery (1782-1811) fit oeuvre utile en publiant : L'esprit de Leibnitz, ou recueil de pensées choisies sur la religion, la morale, l'histoire et la philosophie, 2 in-12, 1772 ; Le christianisme de F. Bacon, in-12, 1799, et les Pensées de Descaries, in-8°, Paris, 1811.

En somme, l'année catholique compta au xvme siècle ungrandnoinbredecombattantsauxquels ne manquèrent ni le courage ni la science, mais ils livrèrent plus d'escarmouches que de batailles, leurs armes trop souvent vieillies ne portèrent pas, et s'ils ne furent pas entamés dans leurs positions, ils n'obtinrent que de rares victoires indiscutées et définitives ; en un mot, l'apologétique fut abondante et généralement médiocre.

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