‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 193 sur 338 · ASSISTANCE DU SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

ASSISTANCE DU SAINT-ESPRIT

sur tous les membres de l'Église et sur l'Église ellemême. J. Corluy, Commentarius in Evangeliwai S. Joannis, 2* écrit., Gand, 1880, p. 347-351, 355-356, 374-375; Id., Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1884, t. i,p. 25-31 ;T"illion, Évangile selonS. Jean, Paris, 1887, p. 284-285, 305-306; Id., La sainte Bible, Paris, 1901, t. vu, p. 563-564, 572; J. Knabenbauer, Comment, in Ev. sec. Joa., Paris, 1898, p. 439, 471-473. Quoi qu'il ■en soit, on admet plus généralement qu'au moins la promesse d'envoyer le Saint-Esprit aux apôtres, ut maneat in seternum, Joa., xiv, 16, s'étend à l'Église jusqu'à la fin des temps. L'expression in seternum, rapproebée de Mat th., xxviii, 20, signifie que le Saint-Esprit est promis aux apôtres en raison de leur mission d'enseigner l'évangile jusqu'à la consommation des siècles et qu'il sera donné à leurs successeurs dans le suprême magistère. P.ilmieri, Tractatus de romano pontifice, 2e édit., Prato, 1891, p. 187-189; Schanz, Commentai* i'tber das Evangclium des heiligen Johannes, Tubingue, 1885, p. 480.

2. D'ailleurs, l'infaillibilité de l'Église repose sur d'autres témoignages scripturaires que ceux qui contiennent la promesse directe de l'assistance du Saint-Esprit. Saint Paul n'a-t-il pas écrit à Timotbée que l'Eglise du Dieu vivant est la maison de Dieu, la colonne et le fondement de la vérité? I Tim., ni, 15. Des assurances d'indéfectiliilité n'ont-elles pas été expressément données par Jésus à Pierre, le fondement de l'Église? Mattb., xvi, 18. Or l'infaillibilité de l'Église a toujours été attribuée à l'assistance continue et perpétuelle du Saint-Esprit sur l'Eglise entière et ses cbefs suprêmes. L'existence de la cause résulte donc de la constatation de l'effet. Cette preuve de l'assistance du Saint-Esprit, que nous ne faisons qu'indiquer ici, sera complétée par la démonstration de l'infaillibilité de l'Église, du pape et des conciles.

2° Tradition. — 1. Si les Pères, qui ont commenté l'Evangile de saint Jean, n'ont pas appliqué à l'Église entière la promesse que Jésus avait faite à ses apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit, d'autres écrivains ecclésiastiques de l'antiquité ont donné cette interprétation et ont étendu à l'Eglise l'assistance du Saint-Esprit, assurée aux apôtres. Ainsi Tertullien, De prxscripl., 28, P. L., t. n, col. 47, pour prouver que l'Église a transmis la vérité sans erreur, rappelle que le Saint- Esprit est son guide dans la vérité et que le Christ l'a envoyé, après lavoir demandé au Père, pour qu'il soit le docteur de la vérité. Saint Irénée, Cont. hxr., m, 11, n. 8, /'. G., t. vu, col. 880, affirme que le Verbe incarné ri)V 8«opeiv ToCi âyîo-j llvev|AaTo; et; nâtrav èléiteii.J/î vr-i ->v, ryy.iT.6ZM-/ r,u.à; ra;; èa-jTo-j itrépuÇiv. Plus loin, ibid., ni, 17, n. 2, 3, col. 930, il ajoute : Et Dominas pollicilus est mittere se raracletum, qui nos aplaret Deo,... quem ipsum iterum dédit Ecclesiœ, in omnem terram mittens de cwAis Paracletum. Saint Pacien, Epis t., i, n. ;>, P. L., t. xin, col. 1054. dit de même: Multos >i"s Spiritus Sanctus edocuit, quem paracletum apostolis et magistrum Deus misit e cmlis. Saint llilaire de Poitiers, In l's. r.v.vi, n. 7, /'. /,., t. IX, col. 689, écrit dans le même sens : Sumus nunc quidem coruolati, quia Dominusait:Mittet vobis etalium consolatorem Dana un des sermons attribués à saint Augustin, Si'du.. ci.xxxn, n. 2, /'. L., t. xxxix, col. 2088, le Saint-Esprit qui est descendu sur les apôtres,

est présenté comme nonjatn visitator subitus, sed pet petuus consolator et habitator mternus. Au jour de la Pentecôte, les fidèles l'ont reçu pour leur propre sanctification, innis l<s apôtres en ont été illuminés pour re- Déter sur le monde entier les rayons du soleil de la vérité. Plus tard, des commentateurs du quatrième Êvan L-ile appliquèrent a l'Église la promesse de Jésus-Chrisl d'en i apôtres l'Espril Sainl pour qu'il demeure

toujours avec eux, Joa., xiv, 16. même apn s leur mort

et pour l'éternité. Selon Rupert, par exemple, Comment, in Joa., 1. XI, P. L., t. clxix, col. 704, le Saint-Esprit ne manquera jamais à l'Église ; il apportera la consolation à tous les croyants, col. 709-710; il ne cessera pas de procéder, jusqu'à la fin des siècles, pour dédier et illuminer l'Église qui est la maison de Dieu, col. 732.

2. Les Pères ont affirmé de différentes manières que le Saint-Esprit habitait dans l'Église, l'instruisait et la dirigeait. Tertullien, De baptismo, 6, P. L., t. I, col. 1206, a dit que « là où sont le Père, le Fils et le Saint- Esprit, là est l'Église qui est le corps des trois ». Saint [renée, Cont. hœr., ni, 2i', P. G., t. vu. col. 966, assure que notre foi, celle que l'Eglise nous donne, vient du Saint-Esprit, comme un don excellent placé dans un vase précieux, don toujours jeune et rajeunissant le vase lui-même dans lequel il est déposé. « Où est l'Église, là est l'Esprit de Dieu; et là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Église et toute grâce ; or l'Esprit est vérité. » Les hérétiques sont tout à fait étrangers à la vertu de l'Esprit. Ibid., n, 31, n. 3, col. 825. Saint Augustin, Serm., cci. xvn, 4, P. L.,t. xxxvm, col. 1231, enseigne que « ce que l'âme est au corps de l'homme, le Saint-Esprit l'est au corps de Jésus-Christ, qui est l'Eglise. Le Saint- Esprit fait dans l'Église ce que l'âme fait dans tous les membres d'un corps », et il en conclut qu'il faut rester attaché à l'Église, si on veut croire par l'Esprit. Saint Grégoire le Grand, Exposit. in Ps. V psenilentise, P. L., t. i.xxix, col. 602, présente la même doctrine. On pourrail rapporter ici tous les témoignages patristiques qui sont favorables à l'infaillibilité de l'Église, du pape et des conciles. Ils attestent ou supposent le secours divin par lequel l'Église et ses chefs suprêmes sont infaillibles, l'assistance du Saint-Esprit, cause efficace de l'infaillibilité doctrinale.

3. Le concile du Vatican a énoncé comme une vérité certaine l'assistance divine que Jésus-Christ a promise à son Église et qu'il lui accordera jusqu'à la fin du monde : Dei Filius et gencris liumani redemptor Dominas noster Jésus Christus, ad Palrem cselestem rediturus, cum Ecclesia sua in terris militante, omnibus diebus usque ad consummationem sœculi futurum se esse promisit. Quare dilectx sponsx prœsto esse, assistere docenli, operanli benedicere, periclitanli opem ferre ...nullo unquam temporc deslitit. Constit. de fide, proœm., dans la Collectio Laccncis, Fribourg-en- Brisgau, 1892, t. vu, col. 2i8. Ce début de la constitution s'appuie surtout sur Mattb., xxviii, 20; il affirme l'assistance continue et perpétuelle que Jésus-Christ accorde à son Eglise. Cette assistance étant une œuvre ad extra est commune aux trois personnes de la sainte Trinité et peut être attribuée à chacune d'elles. Ordinairement, on l'attribue au Saint-Esprit par appropriation. Dans le premier schéma De Ecclesia Chris ti, qui fut soumis aux l'eres du concile du Vatican, l'infaillibilité du magistère de l'Église était fondée non seulement sur Mattb., xxviii, 20, mais encore sur la promesse de Jésus-Christ, d'envoyer le Saint-Esprit à ses apôtres : Et iisdem [apostolis] promisit Christus veritatis suie Spiritum, qui mancret cum eis in mternum, in eis esset eosque omnem veritatem doceret, c. ix, dans la Collectio Lacencis, t. vu, col. 570.

11. NATURE. — Il est important de bien préciser en quoi consiste l'assistance par laquelle le Saint-Esprit veille sur l'jiglise et sur son magistère et l'empêche d'errer

dans la foi. Bien des difficultés, soulevées contre elle, sont nées des idées fausses qu'on avait sur sa nature.

1° Si on excepte les apôtres qui, par un privilège personnel, ont reçu du Saint-Esprit des révélations nouvelles, en vue de compléter l'économie du salut, voir col. H>.">7, l'Église et son magistère suprême, une fois la révélation close à la mort du dernier survivant des apôtres, n ont plus eu di' manifestations de nouvelles vérités rentrant dans le dépôt de la révélation. L'assis-

2127 ASSISTANCE Dl S. ESPRIT — ASSOMPTION DE I. \ SAINTE VIERGE

tance du Sainl i ipril sur l'Église pour I empêcher d'ern i il comporte donc pas de révélations. Elle • 1 1 1 ï « re mérnc de l'inspiration, qui a été accordée aus écrivains pour rédiger les Livret saints, Tandis que l'inspiration exerçait une influence positive sur les facultét des auteurs inspin - pour qu il- naissent par écrit la i" divine qui leur était Buggérée, l'assistance n'est qu'un i. qui écarte l'erreur de l'enseignement ecclésiastique officie] el ordinaire et empêche le magist< re suprême de l'Église de prendre une direction contraire à celle que Jésus-Christ lui a tracée. I ian^ le schéma déjà cité, on proposait de laire déclarer par le concile du Vatican dotem infallibilitalis, quœ tanquam pe petua Ecclesix Chris ti prœrogativa revelata est, quoique neccum inspirationis churismate confundi débet, neque eo spectat ut Ecclesia novis revelalioi ditescat, collatam ad Iwc esse ut verbum Dei, sur \d scriptum sive traditum vit, in universali Christi Ecclesia integrum et a quavis novilaiis inimulationisque corruptela immune asseratur et custodiatur. Jbid., Collectio Lacencis, t. vu, col. 570. Cf. les notes ajoutées, col. ~>'.i^. La même doctrine est expressément affirmée et approuvée par le concile au sujet du magistère infaillible du pontife romain : Neque enim Pétri successoribus Spiritus Hanctus promissus rst, ut eo révélante novam doctrinam patefacerent, sed ut eo assistente traditam per apostolos revelationem seu fidei depositum sancte custodirent et fideliter exportèrent. Const. Pastnf feternus, c. iv, Collectio Lacencis, t. vu. col. 186. L'assistance du Saint-Esprit est donc seulement l'effet de la providence spéciale de Dieu sur son Église pour y conserver, expliquer el défendre de toute atteinte le dépôt de la révélation confié aux apôtres.

2" Par suite, cette assistance n'enlève pas la liberté îles docteurs infaillibles de l'Église; elle suppose et exige leur activité. Son nom lui-même l'indique : le Saint-Esprit assiste l'Église pour l'empêcher d'errer. Il faut donc qu'elle recoure aux moyens ordinaires, recherches, études, discussions et délibérations, qui écarteront l'erreur de son enseignement. L'Esprit-Saint favorise cette activité par ses grâces actuelles et il veille pour qu'elle ne dévie en rien du droit chemin de la vérité révélée. Les souverains pontifes dans leurs définitions doctrinales ont employé les secours, que la divine providence leur fournissait. Const. Pastor astemus, c. iv. Collectio Lacencis, t. vu, col. 486. Voir les observations de l'évêque de Brixen, rapporteur, col. 100-401.

III. Effet, objet et sujets. — L'assistance du Saint- Esprit produisant l'infaillibilité doctrinale de l'Eglise, elle a le même objet et les mêmes sujets que celte infaillibilité. Voir INFAILLIBILITÉ.

Manning, Lu mission temporelle du Suint-Esprit, trad. Gon-

d n. Paris, 1867, c. i, p. 53-112; Hazzella, De religione el

ecclesia, 2e «Mit., Rome, 1880, p. <>i >3-<KH) ; Palmieri, Tractatus

de romano pontiflce, 2* édit., Home, 18SM, p. 172-175. 187 189,

'; A. Tanquerey, De oera religione, de Ecclesia, 3* édit.,

T nai, p. 321-327, :î;fJ-:j:i'i, 472-473; A. Vacant, Éludes sur Ui

constitution Pastor seternus, dans Le prêtre, t. vu, p. 1358- 1361; t. vin, p. 331-332.

!.. Mangenot.

2 ASSISTANCE PUBLIQUE. Voir Aumône.

ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE

I. Préliminaires. 11. Histoire de la doctrine. 111. Ses i i ■ es. IV. Pourrait-elle être l'objet d'une définition dogmatique?

l. Préliminaires. — Le mot assompHon désigne d'ordinaire, dans le langage chrétien, deux faits distincts en réalité, mais logiquement inséparables, s Bavoir la résurrection de la sainte Vierge, quelque temps âpre- sa

i ,t, etsa translation en corps el en 'une au séjour des

bienheureux. Quelquefois même <>n emploie cette expi ion pour désigner l'ensemble des phénomènes qui

constituent, en quelque sorte, l'eschatologie mariai alors "n | compn nd aussi la pi rtiedu m- -

total, c'est-à-dire la mort de la sainte Vierge, appel cause di son caractère transitoire.,/ sommeil, ■

ou encore pautatio, i epos, 1 1 l du temps à I éternité. La fête de l'Assomption étail souvent désignée par ces différents nom- dans l'antiquité chrétienne; mais peu a peu, et de bonne heure, le mot nption I emporta sur b - autres, el fat réservé pour marquer I entrée au ciel, en corps et en âme, de la '• de Dieu. Comme l'indique le sens passil du mot lastumi, astumptui . il signifie que la sainte Vierj levée

au ciel par la toute-puissance divine, tandis que .! Christ, au joui- de l'ascension, j est monté par sa propre puissai

L'assomption proprement dite de Marie étant indépendante, en soi, de sa mort, puisque l'une aurait pu avoir lieu sans l'autre, nous n'avons pasà établir expressément ce dernier fait. Il nous suffira de dire qu'il est consigné, en général, dans les mêmes textes que l'assomption, comme on le verra plus bas. On ne saurait donc le révoquer en doute, malgré les hésitations ou même les négations de quelques rares théologiens. Saint Épip! au IVe siècle, n osait se prononcer, ni pour, ni conti-. //;/'/-., i.xxvui. /'. G., t. xi. il. col. 7Pi : mais cette i tation isolée ne tire pas à conséquence, et elle s'explique du reste par les préoccupations polémiques du saint docteur. Voir Baronius, Hist. eccl., an. 48, n. 11. M ii' ot XIV. Commentarius de D. S. Jes« Christi Matrisque ejus festis, part. II. n. xcviu sq.. De assumpt. Au xvue siècle, quelques auteurs, cités par le franciscain Macedo, De clavibus Pétri. Rome. 1600. t. i. 1. IV, De peccat. orig., sect. ni. affirmèrent nettement que la sainte Vierge n'était pas morte, sous prétexte qu'elle n'avait pas contracte le péché originel. Voir l'exposé et la réfutation de cette erreur dans Cotti, Veritas religionis christianse, Home. 1737, Lrv, c. w..De morte Deiparse, p. 328. Cette opinion, reprise et longuement développée au XIX* siècle par un théologien de Gênes, Dominique Amaldi, dans -on ouvrage Super transitu B. M. V. Deiparse expertis omni lobe culpse originalis dubia proposita, Gênes, bs7'.<. . -t mani ment contraire a la tradition patristique. à I ment commun des théologiens et a la liturgie catholique. Voir les textes cités plus bas pour établir le fait de l'assomption. Les mêmes raisons providentielles qui demandaient la mort du Christ réclamaient aussi, proportion gardée, celle de sa Mère, bien qu'elle lût exempte du péché originel. Devanl ressembler à son divin Fils, il ne convenait pas qu'elle reçût le don de l'immortalité comme Adam et Eve. Mais, pas plus que celle de Jésus-Christ, la mort de Marie n'a . té le salaire du péché, car l'une et l'autre ont été préservées de la corruption.

Si la mort et l'assomption de la sainte Vierge méritent, comme nous le prouverons, la cro\ance des fidèles, en ne saurait en dire autant des circonstances qui les ont accompagnées. Il est impossible de préciser le lieu et la date de la mort de la sainte Vierge et de son assomptûa au ciel. Ce serait a Kphese. d'après une opinion ; à Jérusalem, suivant une autre. La première s'appuie surtout sur la lettre synodale du concile d'Éphi dans

laquelle les Pires désignent ainsi la ville qui les réunit : l.vja 6 OsoÀôyo; 'Iwivvr,;. /.as r, Oeotoxo; HapOtvo; T)

Mapi'ct, i où le théologien Jean et la sainte Vii Marie, mère de Dieu. I I.abbe. Concil., t. III, col. 573. Le concile, dit-on, n'a pu faire allusion qu'au lieu de leur sépulture. Mais cette explication est rejetée par la plupart de- critiques, qui l'ont remarquer combien la pi est vague el obscure, probablement même incomplète. Il faut lui ajouter un verbe, pour obtenir un s n- r.ii- -onnahle. et il est plus naturel de suppléer un mol qui désigne une église dédire à Marie et a saint Jean. I u

ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE

tout cas, ce n'est pas ce texte obscur et isolé qui peut créer non seulement une certitude, mais même une probabilité solide. Voir dans Le Camus, Les sept églises de l'Apocalypse, Paris, 1896, p. 131 sq., une discussion serrée qui conclut, d'après l'inspection du texte et des lieux, au rejet de la prétendue tradition éphésienne. — L'opinion actuellement la plus commune veut que la sainte Vierge soit morte et montée au ciel à Jérusalem. Elle s'appuie principalement sur des témoignages des VIe, VIIe, vme siècles. Voir plus bas. Cf. Nirschl, Das Grab lier heiligenJungfrau Maria, Mayence, 1896. Pour être un peu tardifs, ces témoignages ne sont pas dépourvus de valeur. Ils en auraient encore davantage, s'ils émanaient d'écrivains dont le sens critique n'aurait eu aucune défaillance dans la question. Malheureusement, plusieurs d'entre eux ont puisé à des sources suspectes des détails visiblement légendaires sur la mort et l'assomption de Marie. Ce n'est d'ailleurs pas le lieu d'exposer ces légendes. On en trouvera un bon résumé dans Le llir, Éludes bibliques, Paris, 1869, t. il, p. 148-185, avec une étude sur leur origine, leur valeur et leur développement littéraire. Voiraussi Th. Zahn, Die Dormitio sanclse Virginis, dans la Neue kirchl. Zeitschrift, t. x, fasc. 5. Cf. Revue biblique, 1899, t. vm, p. 141-144, 593-600. Trois de ces textes ont été publiés par Tiscbendorf, Apocalypses apocryplise, Leipzig, 1866, p. 94-136. Voir Migne, Dictionnaire des apocryphes, Paris, 1858, t. il, col. 503- 542. D'autres apocryphes, relatifs au trépas et à l'assomption de Marie, ont été édités depuis. Sur leur groupement voir Bonnet, Bemerkungcn i'tber die àllesten Schriflen von der Himmelfahrt Maria, dans la Zeitschrift fur wisscnschaftliche Théologie, 1880, p. 222-

La date de l'assomption est encore moins certaine que le lieu où elle s'est accomplie. Baronius lui assigne l'année 18, mais il a soin de nous dire « qu'il n'attache à cette date aucune importance et qu'elle est à ses yeux purement hypothétique. Dans cette hypothèse, la sainte Vierge était âgée de soixante-neuf ans environ, lorsqu'elle monta au ciel. D'autres Pères pensent qu'elle avait de soixante-douze à soixante-quinze ans. Mais, nous le répétons, il est impossible d'appuyer un calcul quelconque sur un fondement certain ». Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. i, col. 1136.

Ilàtons-nous d'ajouter que cette incertitude relative où nous sommes sur les circonstances de l'assomption, n'atteint en aucune manière le fait lui-même, malgré l'extrême pénurie des documents pour les premiers siècles et les quelques hésitations postérieures dont nous allons

parler.

II. HISTOIRE de la. doctrine. - C'est seulement dans la seconde moitié du VIe siècle qu'on trouve les premiers documents historiques attestant la croyance à l'assomption corporelle (le la sainte Vierge. Il y a bien, dans les siècles antérieurs, un certain nombre d'apocryphes qui la mentionnent, ou plutôt la racontent avec de longs détails. Mai-; il est difficile de discerner les éléments historiques que ces écrits légendaires peuvent contenir; et ce n'est pas sans raison (pie la tradition ecclésiastique, prise dans son ensemble, les a tenus à l'écart, et que l'un d'entre eui spécialement, le plus célèbre de ton-. Liber traruitus [assumplionis] sanctw. Mariw,P. G.,t.v, col. 1233 sq., tut condamné par le décret dit de saint (élise. Voir Gela.se. Non seulement ces apocryphes ne sont pas le fondement sur lequel s'appuie la doctrine Catholique de I .i somption, mais ils inspiraient en général une telle défiance, que certains auteurs ecclésiastiques, craignant de paraître l< ur emprunter la substance même authentique des faits qui > sont contenus, tombèrent dans un autre excès regrettable, en préférant se taire ,,11 confesser leur ignorance sur la réalité même du mystère. Heureu fut l'exception, et une excep

tion tardive, (pu n'apparaît qu'à la lin du vin* se

plus de cent ans après l'épanouissement du culte de l'assomption et de la croyance traditionnelle.

En effet, dès le VIIe siècle au moins, l'Eglise presque tout entière, en Orient et en Occident, célébrait la fêle de l'Assomption. A Rome, le pape Sergius (687-707) ordonnait une procession solennelle le jour de la fête : Constituit ut diebus Adnuntiationis Domini, Dormi noms et Nativitatis sanct.r. Dei genetricis semperque Virginis Mariœ... letania exeat a sancto Hadriano et ad sanctam Mariant popidus occurat. Liber pontificalis, P. L., t. cxxvm, col. 898; édit. Duchesne, t. i, p. 376. Et remarquons que cette fête n'est pas présentée dans le Liber comme d'institution récente, ce qui permet de croire qu'elle existait depuis quelque temps, peut-être même dès le pontificat de saint Grégoire le Grand. En Gaule, nous savons qu'on célébrait une fête solennelle, précédée d'une vigile, en l'honneur de la Vierge, vers le milieu du mois de janvier; et Grégoire de Tours, qui nous fournit ce renseignement, dit assez clairement qu'il s'agissait de l'Assomption : Maria vero gloriosa genilrix Chrisli...angelicis choris canentibus, in paradisum, Domino prœcedente, translata est... Ifajvs festivitas sacra mediante mense undecimo celebratur... Adveniente auteni hac festivitate, ego ad celebrandas vigilias accessi. De gloria martyr., Mirac.,\. I,c. ix, P. L.,t.LXXi, col. 713. L'ensemble du passage ne peut convenir qu'à l'assomption corporelle de la sainte Vierge. En Orient, l'historien Nicéphore Calliste nous apprend que l'empereur Maurice (582-602), contemporain et ami de saint Grégoire le Grand, ordonna de célébrer solennellement celte fête le 15 août, H. E., 1. XVII, c. xxvm, P. G., t. cxlvii, col. 292; « ce qui n'empêche pas, dit avec raison Tillemont, qu'on en fit dès auparavant quelque solennité. » Mémoires, etc., Paris, 1693, t. i, Notes sur la sainte Vierge, n. 18, p. 476. Cf. Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2e édit., Paris, 1877, p. 318. On a signalé récemment l'existence à Antioche d'une fête de la sainte Vierge qu'on célébrait, paraît-il, dès la lin du IVe siècle, plus de cinquante ans avant le concile d'Ephèse. Voir Ant. Baumslark, dans la Rômische Quartalschrifl, 1897, p. 55-56. Cette fête était intitulée Mvr,|j.Y| tïjç àyi'a; Oeoxdxou y.a'i à£ntap0£vou Mapia;, « mémoire de la sainte et toujours vierge Marie, Mère de Dieu. » Tout porte à croire que celte fête rappelait le souvenir de la mort de Marie. S'il était démontré qu'elle avait également pour objet l'assomption corporelle, nous aurions là une attestation précieuse, et d'une très haute antiquité, en faveur de cette doctrine. Malheureusement, il parait difficile de faire celle démonstration. Autre chose, en effet, est l'existence d'un simple anniversaire, analogue, en soi, à celui des martyrs et des saints en général, et autre chose, l'existence d'une fête comme la Dormilio, dont le sens traditionnel, parfaitement établi, implique la croyance à l'assomption proprement dite.

L'influence de la littérature apocryphe se fit sentir, par voie de réaction, en Occident, vers la fin du vin8 siècle, ou au commencement du ix". On vit circuler, sous le nom de saint Jérôme, un écrit intitulé Epistolaad Paulam et Eustochium, dont l'auteur met le public en garde contre les assertions de l'ouvrage apocryphe Dr transitu Virginis : ni- forte si venerit in m anus rentras illud apocryphum, dubia pro certis recipiatis. Et il ajoute : Il;rr iddrco dùcerim, quia multi nostrorum dubitant utrum assumpta fuerit simul cum corpore, an abierit relicto corpore. Quomodo autrui, vel quo tempo re, mu a quibus personis sanctissimum corpus ejus indeablatum fuerii ici ubi transpositum, utrumne resurrexerit, ui'sitiin-. /'./.., t. xxx, col. 122,

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