‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 209 sur 338 · V. Autres erreurs connexes · texte numérisé non relu

V. Autres erreurs connexes

I. Diverses acceptions de l'athéisme. — Le mot atliéisme prête à des sens multiples. Tout d'abord, l'a privatif, un de ses éléments étymologiques, donne lieu, par sa double valeur significative, à deux premiers genres d'athéisme : l'un, négatif, ou, pour mieux dire, précisif, absence totale d'idées sur Dieu, plutôt agnosticisme qu'athéisme proprement dit; l'autre, positif et formel, négation catégorique de l'existence d'un Etre suprême. C'est dans cette dernière acception que s'entend l'athéisme, au sens ordinaire du mot, pour se décomposer, à son tour, sous l'analyse philosophique, en deux autres espèces bien tranchées. Il y a l'athéisme théorique ou négation de Dieu restreinte au champ de la spéculation, puis il y a l'athéisme pratique, même aégation étendue au domaine des résolutions actives et appliquée avec logique au détail de la vie. Car si notre intelligence peut, par des essais de démonstration rationnelle, rejeter Dieu de l'univers, lui refuser une place dans la série des choses vraies, il est malheureusement encore plus facile à notre volonté d'opérer cet ostracisme dans sa zone d'influence, et de bannir le divin de nos pensées, de nos sentiments et de notre vie tout entière. On a décrit l'athéisme pratiquée un certain état d'àme qui fait qu'on vit en réalité dans cette sphère qui limite notre activité- humaine comme si Dieu n'existai) pas ». P. Didon, Carême de Marseille, 187."), Conférence sur l'athéisme pratique. Dans ce déplorable système de vie, on ne pense pas à Dieu, sinon à de rares intervalles; on ne l'aime pas, on l'écarté de sa mémoire comme un souvenir importun, comme un fantôme d'imagination

arriérée; on ne tient surtout aucun compte de sa loi, on

la regarde comme un joug stupide et insupportable et

on se rit de ses sanctions, de son ciel et de son enfer,

■ i es pênes el d'- ses récompenses. <>n reconnaît aisédans ces tendances systématiques a exclure de l'ùme toute influence divine et à murer l'existence

ATHÉISME El ERREURS CONNEXES. NOTK

humaine dans des intérêts matériels el gi que

l'usage courant nomme) à quelques vai iantes près, indifférence religieuse, neutralité confessionnelle, libre penou bien encore irréligion, impiété, incrédulité. Voir Lamennais, E$$ai sur l'indifférence en matière de religion, t. i. c. i, n. Ces divers états de conscience pratique reposent tous Bur le même axiome fortdamental : .1^ i -- --• <n -. comme s'il ny avait point de Dieu. Sur ce même principe, le rationalisme contemporain s'est efforcé de construire on nouveau système de morale. Ces) sur les ruines du dogme et «les croyances religieuses, dit-il, que doit s'élever la règle de vie capable de s'imposer nécessairement à tous les hommes et de faire l'union des esprits el des cœurs dans un même idéal. Le peu de succès et de progrès des scieno b morales et Bociales vient de leur solidarité avec des hypothèses et des spéculations qui divisent les esprits et échappent à tout contrôle et à toute vérification scientifique. Par conséquent, les libérer de cette servitude, leur donner l'autonomie, les asseoir sur des bases scientifiques, ce sera les ranger, du même coup, parmi les sciences exactes et leur en faire partager les avant d'évidence et de faveur universelle. Hel avenir assurément. On se rendra alors aux prescriptions de morale comme on obéit aux lois de la pesanteur ou de l'affinité. S'obstiner, au contraire, à faire de l'éthique un corollaire de la théologie ou de la métaphysique, c'est la vouer à l'impuissance et à la stérilité, a La supposition de l'existence de Dieu, déclare Taine, est incapable de produire une morale naturelle. » Taine, Philosophes classiques du \ixe siècle, 3* édit., Paris. 18(>8. p. -iT'.t. Donc, nécessité de laïciser la morale et de couper ses attaches avec la théodicée. .Mêmes principes et mêmes procédés en matière politique. L'unité nationale, la paix, la concorde, la mutualité, la prospérité d'un pays exigent, au dire des juristes modernes, que la constitution et les lois d'un Etat aient un fondement étranger i tout système religieux, à toute conception théologique proprement dite. Dès lors, on efface Dieu du code, des constitutions civiles, des monuments publics, des cérémonies et des harangues officielles, et, par-dessus tout, de l'enseignement des écoles de l'Etat : tout cela au nom de ce qu'on appelle athéisme d'État. Une même maxime. un même programme dans la vie intellectuelle et dans la vie sociale, dans la morale et les règles de gouvernement : Se passer de Dieu, le reconduire à ses frontières. dit (".ointe, en le remerciant de ses services provisoires. D'où part ce mol d'ordre universel'.' Evidemment des écoles philosophiques qui nient ou révoquent en doute l'existence de Dieu. L'athéisme pratique naît de l'athéisme théorique. « Tout sort des doctrines : les mœurs, la littérature, les constitutions, les lois, la félicité des Etats et leurs désastres, la civilisation, la barbarie. » Lamennais, loc. cit. On aura donc saisi l'athéisme dans sa racine-mère, quand on aura fait l'examen des doctrines philosophiques plus ou inoins en rupture avec la théologie et spécialement avec la théologie calholiqu sera le plan de cette étude.

H. Rapports de l'athéisme avec la thëoi ogii catholique. — A première vue, l'athéisme semble rentrer de préférence dans le cadre des questions philosophiques, qui sont comme la préface obligée de la théologie, a peine lui accorde-t-on l'espace de quelques lignes, dans la plupart des cours théologiques. Hais les négations toujours plus audacieuses et plus radicales «lu rationalisme obligent actuellement les théologiens i se porter en avant de leurs frontières naturelles, pour défendre l'idée de Dieu en péril. Indépendamment des

nécessités d'une lutte qui donne, de plus en plus, B la

théologie une forme apologétique, l'existence de Dieu

n es) pas seulement un domine de la raison naturelle,

c esl encore un dogme de foi puisqu'elle nous est présentée, par le magistère de l'Église, comme un article

de la révélation, et, de ce chef, elle appartient de au domaine théologique. Cette vérité était formait tête du sj ml. oie des apôtre» el ell

ile du Vatican. Elle ouvre la jérii des déclarations oatiques que I I glise v a pi sur Dieu.

• in lit, en tête de la constitution Dei Filitu, < -ion solennelle : l.a sainte apostolique, romaine, croit ■ • qu'il y a un

Dieu i/'d et vivant, Créât igneurdu

la terre, tout-puissant, La conséquence directe oV paroles, remarque M. Vacant, c'est que l'exi Dieu est un dogme de foi catholique. ! \logiquet

sur les constitutions </" com ile <lu Vatican, Paris, '. t. 1. p. 165. Et cela sans rien préjuger sur la controverse avant trait a la compossibilité d'actes de foi et de démonstrations philosophiques sur une même réi Donner droil de cité à I athéisme dan- une œuvre théologique n e-.t pas sortir de cette stricte neutralité, s'harmoniser avec les intentions d'un concile qui, par la teneur de ses définitions el de ses anathèmes, tend a viser et i mettre à découvert les fallacb :10ns

du rationalisme.

III. NÉCESSITÉ DE DISTINGUER L'ATHÉISME !>!> ADIRES erreurs. — A part de rares exceptions, le qualifii 1 athée fait horreur dans le mond.- savant, et 01 généralement à s'en défendre. On sc. plaint iron, ment de ceux 1 par : lesquels on est panlhi

matérialiste, athée sans le savoir ». Renan, Et d'histoire religieuse, préface.

On repousse une épithète si souverainement injurieuse et teintée de calomnie; on n'a pas assez de mépris pour les procédés vulgaires d une polémique qui fait entrer, de gré- ou de force, ses adversaires dans les catégories tranchées de croyant ou d'athée. « Jadis, dit très bien M. Vacherot, l'athéisme était la calomnie de tous les docteurs en théologie contre les philosophes qui n'acceptaient pas sans réserve le Dieu de leurs Eglises. » Renan, Dialogues et fragments philosophiques, Paris, 1876, p. 3I7. Parfois, sans doute, dans les ardeurs de l.i lutte des idées, cette accusation a été- prodiguée au delà de toute mesure, ("liez les peuples anciens, il suffisait, pour en être atteint, de ne point | ri stupides

et si ridicules qu'elles pussent être, les opinions dominantes, les croyances officielles d'une époque à 1 de la divinité. Les chrétiens furent autrefois qualifiés d'txOeoi d'une manière absolue. Avant eux. ceux qui. dans la Grèce païenne, furent les premiers apôtres d'un Dieu unique, pur esprit, législateur suprême et providence du monde, subirent la même injustice. An. ix échappe, par l.i fuite, aux suites d'une accusation qui, plus tard, fera mourir Socrate et forcera Platon à ahriti 1 ses conceptions théologiques sous le manteau de la mythologie. Plus près de nous, on a taxé- d'athéisme des penseurs tels que Descartes, Malebrancbe. Locke, liant et nombre d'autres philosophes, qui ne pouvaient assurément en être suspectés, puisque, dans leurs , il- ont détendu l'existence de la divinité'. Désireux d'éviter semblables exagérations, tout en maintenant le droit d'appeler chaque chose par son nom, nous marquerons, d'après des règles équitables et logiques, la ligne de démarcation qui sépare les vrais athées de ceux qui ne

le sont pas.

I Ne doivent pas figurer dans l'athéisme les philosophes qui ont eu sur la nature divine el sur ses attnbutS des théories fausses OU incomplètes. .Limais le polythéisme, malgré sis grossièn s erreurs théologiques, n'a passé pour synonyme d'athéisme.

•J A mettre également i l'abri de ce reproche l'absence d niées définies et précises sur la divinité, et n

grossir, avec le principe contraire, le nombre des peuples -ans croyance, comme l'a fait le naturaliste anglais John Lubbock. DtQualreîsges, L'espèce kumaiimt, Il édit, Paris, 1892, p. 352.

ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. NOTIONS

3° Semblable immunité pour l'auteur d'une doctrine dont les conclusions ne détruisent point directement et immédiatement la notion de Dieu, encore que, par des déductions logiques, on puisse démontrer qu'elles la mettent en péril. La note spécifique d'un système se prend rigoureusement à la dernière conclusion que lui donne son auteur. Sans cela, on risquerait de rencontrer, parmi les tenants de l'athéisme, ceux-là même qui en ont été les plus redoutables adversaires, en commençant par Anaxagore, Platon, Aristote, etc. Prenons un exemple. La psychologie sensualiste de Locke conduit logiquement à nier Dieu ; cependant, il faut bien se garder de dire que Locke est athée; il ne l'est pas; il l'est si peu que, dans son Essay concerning human understanding ; il enseigne et prouve l'existence de Dieu. Le vrai nom de ce système est sensualisme. Il reste toutefois permis à la critique philosophique de montrer comment l'athéisme peut en sortir par une conséquence légilime, mais lointaine, en tout cas, énergiquement repoussée par l'auteur.

4° Mais si une doctrine est manifestement incompatible avec l'idée de Dieu, si sa conclusion est directement la négation équivalente du minimum de notion absolument requis pour formuler avec quelque vérité ce jugement : Dieu existe, alors son nom propre, dai>s le dictionnaire, doit être athéisme. Le lui imposer, c'est le droit, c'est le devoir de la plus impartiale critique; c'est tout simplement mettre la chose dans son casier, c'est caractériser la vraie physionomie d'un système. Le principal est donc de fixer les éléments essentiels qui, dans toute théodicée, sont strictement exigés pour constituer l'idée de Dieu dans ses traits les plus généraux.

IV. Le matérialisme, forme de l'athéisme scientifique. — Si loin qu'on remonte dans l'histoire de la philosophie et des religions, la formule sur laquelle tombent d'accord les doctrines théologiques les plus diverses, c'est que Dieu est l'auteur du monde, sa cause première, le principe de toute existence. Les autres conceptions viennent se greffer et se grouper autour de ce nucleus idéologique. Ici, c'est une puissance qui produit, là une intelligence qui dispose, ailleurs une bonté qui perfectionne toutes choses, partout et toujours, une cause supérieure dont dépend l'univers. Et ainsi, le problème de l'origine du monde amène fatalement tout système philosophique qui le tente à se prononcer pour ou contre Dieu. C'est la croix de chemin où l'on se partage, le symbole sur lequel on se compte. Il faut rejeter la nécessité d'une telle alternative sur la nature même d'une question qui ne peut se résoudre, à travers les explications les plus compliquées, qu'en l'une ou l'autre de ces conclusions : 1° ou bien le monde s'explique par ses propres lois, se développe par le jeu fatal de ses propres forces; il est sa cause à lui-même : c'est l'athéisme formel ; 2° ou bien le monde ne s'explique que par l'intervention d'une cause supérieure, distincte de la série des phénomènes cosmiques; c'est le théisme. Pour juger, sur ce point, de la couleur d'une théorie philosophique, il n> aura qu'à mettre ses solutions en regard de ces deux réponses, c.r diagnostic deviendra plus évident encore par son application. Choions, parmi tous les systèmes, celui du matérialisme, sous sa forme la plus récente, la plus scientifique el la

plus courageuse, tel qu'il se trouve développé' dans les

ouvrages de ses chefs, Moleschott et Bûchner. Sorti en

droite ligne (les sciences phisiques, chimiques et pli\-

siologiques, il se présente sous le patronage exclusif de la science expi rimentale el veul fonder une philosophie de la nature destinée à remplacer toutes les formes de religion. Quatre livres forment l'évangile de ces doc innés radicales : 1° la Circulation de la vie [Kreiêlauf des Lebene), traduit par le hr Ci/elles : dissertation! physiologiques de Moleschott visant à établir l'unité el

l'éternité de la substance dans la variété des changements de forme; 2° Force et matière (Kraft und Stoff), par Louis Bùchner: exposé de l'axiome générateur du système : sans matière point de force, sans force point de matière; 3° Science et nature (Wissen und Natur), du même auteur, traduit par Delondre, Paris, 1866 : critique de plusieurs travaux scientifiques en vue de la philosophie de la nature; 4° Leçons sur l'homme, par Cari Vogt, Paris, 1865 : application des dogmes matérialistes à l'étude de l'homme par l'étude comparée des cerveaux humains. A l'aide de ces divers écrits, on peut codifier leurs explications sur l'origine du monde, et offrir le type par excellence de l'athéisme scientifique contemporain.

1" axiome: Sans matière, point de force; sansforre, point de matière. Car, sans la force, la matière rentrerait à l'instant dans un néant sans forme. Sans la matière, la force, réduite à elle-même, se dissiperait dans l'abstraction pure. La force est une simple propriété de la matière, inintelligible en dehors d'elle et sans elle. Elle n'est pas un dieu qui pousse la matière du dehors, elle n'est pas non plus une essence des choses séparables de la substance; elle est une propriété liée, de toute éternité, à la matière et inséparable d'elle.

2e axiome : La matière est éternelle. On le prouve par son indestructibilité. L'atome est inattaquable. Ce qui ne peut pas être anéanti ne peut pas être créé. Donc la matière est éternelle. L'effort de la preuve porte sur l'indestructibilité de l'atome. On la base sur cette proposition célèbre qui a la force d'une loi scientifique: Rien ne se perd, rien ne se crée. Il n'y a dans le monde aucune action créatrice, ni destructrice : tout n'est qu'une vaste métamorphose nous montrant, sous la variation incessante des figures et des combinaisons, la même masse persistante. En ce qui concerne la matière, l'expérience le prouve par l'équation constante des éléments et des produits. Même phénomène pour la force. Variable dans ses manifestations, elle ne l'est pas dans son intensité qui est toujours, quant à la somme de ses effets, égale à ellemême. Toutes les forces de la nature se ramènent au même principe et se transforment d'après les règles de la mécanique. La chaleur, la lumière, l'électricité, ne sont que divers modes de mouvement. Biichner, en 1857, interprétait dans ce sens les travaux d'Ilelmholtz, sur l'action réciproque des forces de la nature (de Faraday, Discours à l'Institut royal de Londres, On tlie conservation of tlie force), et les résumait dans cette expression : immortalité de la force (voir Science et nature, t. I, p. 63), et, par suite, immortalité" de la matière. Sur la conservation de l'énergie et les causes possibles de sa déperdition, C. de Freycinet, Essais sur la philosophie des sciences, Paris, 1896, p. '2ô'.t.

3e axiome : Nécessité des lois de la nature. Elle découle des principes posés. Les lois étant les rapports mécaniques entre les forces, elles doivent être sur le même pied de nécessité. D'où l'on peut induire, dit Moleschott, combien il est antiscientifique de considérer le gouvernement de l'univers comme le cours d'un ordre réglé et déterminé d'avance par un esprit qui gouvernerait du dehors, tout en poursuivant la tâche pénible,

impossible même, de s'accorder avec des lois immuables. Un dilemme, devenu fameux, leur sert d'argument final. Ou ce son! les lois immuables de la nature qui gouvernent, ou c'est la volonté divine; il faut choisir. Si la

volonté' divine gouverne, les lois sont superflues; si, au contraire, ce sont les lois, elles gouvernent immuablement, c'est-à-dire qu'elles excluent toute intervention d'une cause étrangère. Or, tout nous atteste l'existence des lois immuables. Donc l'idée de Dieu est la plus

inutile des chimères, à moins d'admettre un Dieu purement honoraire, dont on pourrait dire ce qu'on «lisait du roi constitutionnel : il règne el ne gouverne Pour l'honneur de Dieu, autant dire qu'il n'existe pa .

21 or,

ATIII ISME II ERREURS CONNEXES. NOTK

Tout lear système, nir l'origine du nde, se condense

donc en cm pointi l" L histoire du a

se ramène tout entière a l'action des forces Datnrelles :

Le principe fondamental de l'école soi-disant matérialiste, ou, pour mieui dire, naturaliste, réside dani l'origine naturelle [Natàrlichkeit] de luus les phénomènes terrestres, dans le passé el dans le présent, et dans leur Indépendance d'influences extra-naturelles exerçant une

action arbitraire. Bûchner, Scien I nature, t. u, p. :t.

■j Ces forces naturelles elles-mêmes sont réduites, par la physique, à n'être que des modes variables du mount, de la force inhérente à la matière. 3° La matière est indestructible et éternelle : elle existe donc par ellemême, par elle seule, sans aucun principe Intérieur ni extérieur, immanent ou transcendant. Il est clair dés lors, que le monde se suflil a lui-même quant à son existence, à son organisation et à sa conservation et qu'il n'a nul besoin d'un principe hypercosmique. Voilà l'athéisme scientifique, sans phrases et sans réticences, l'athéisme complet, conséquent, radical, tel qu'il a été signé et imprimé, en Allemagne, par l'extrême gauche hégélienne, Moleschottet Buchner, Cari Vogtet Virchow. Leurs disciples français se tiennent, en général, dans la région des applications et de la spécialité. L'idée générale du système doit se chercher chez les maîtres allemands comme à sa vraie source. Gralry, Les sophistes et la critique, Paris, 1864-, p. 71. Concluons avec le P. de Ravignan : « Un fait doit être remarqué, c'est que tout système athée est comme nécessairement matérialiste. L'œil s'arrête à la matière, il ne voit plus qu'elle; et l'homme, fasciné par les sens et par les choses sensibles, fait dire à son cu'ur : « 11 n'y a point « de Dieu. » Dixit in corde : non est Deus. Tel est l'athéisme, un matérialisme grossier. » Conférences de Notre-Dame de Paris, ixe confér., La notion de Dieu, Paris, 1860, p. 232.

V. Autres erreurs connexes. — La thèse matéri iliste, avec son athéisme brutal, sans illusion et sans rêve, répugne trop ouvertement aux grands instincts religieux de l'humanité pour se faire accepter de tous et exercer un prestige doctrinal qui soit durable. Elle peut momentanément séduire les esprits appliqués aux méthodes expérimentales et aux sciences exactes, mais par ses formules raides et froides, elle s'aliène toute une catégorie intellectuelle et de beaucoup la plus puissante en nombre, celle qui aime l'enthousiasme littéraire, les purs et nobles sentiments, la vive spontanéité des passions et des vertus, les brillantes productions Imaginatives. Bref, l'athéisme se ferme l'entrée de bon nombre d'intelligences qui, d'autre part, ne peuvent se résoudre a la création ex nihilo. Qu'arrive-t-il alors'.' Un cherche des compromis, des solutions moyennes entre ces situations tranchées de spiritualisme et de matérialisme, sans prendre garde que, sur les problèmes d'origine, il ne peut y avoir que deux réponses véritables, et qu'en se butant contre la création, on revient logiquement a la négation de Dieu. Il s'en suit (pie ces systèmes intermédiaires ne sont au fond que des variétés, des nuances d'athéisme, c'est-à-dire une négation de Dieu adoucie, veloutée, mystérieuse, d'autanl plus à craindre qu'ainsi voilée el atténuée, elle s'insinue sans effort dans les esprits et dans les cœurs.

/. PANTHÉISME. — Un trouvera étrange il apparenter deux doctrines d'apparence si diverse : l'une, qui met Dieu partout au risque de sacrifier la nature; l'autre qui le bannit du monde comme une hypothèse ridicule. Mais force sera de se ranger a cet avis, après un rapide

croquis du panthéisme, dans son idée générale, an poinl où viennent aboutir ses innombrables rameaux. Dans son essence, le panthéisme, c'esl l'unité, c'esl la réduction du fini et de l'infini, de la nature et de Dieu a

1 unité- absolue. Le mot panthéisme l'indique suffisamment, Son but est d'expliquer la coexistence du fini

el de l'infini, du contingent et du néa ".'tire, du parfait el (h- l'imparfait, Lâche excessivement difficile. U i traste des deux existe) grand el 1 1 «prit liun

est -i faible et si exclusif, qu'il est ai-é de COmDfl I

résoudre la question en supprimant un des deux terne • le panthéisme. Il

résout h- problème en présentant l«- lini et l'infini ooi

les deux faces d'une seule et mené Dieu et

la nature ne sont pas deux êtres, mai- I .lie unique d sa double face; ici. l'unité qui se multiplie; là. la multiplicité qui se rattache a l'unité. L'être vrai ni-' dan- le lini ou l'infini, il est leur éternelle et indivicoexistence. Voila le panthéisme : 7i5v repr mille formes du fini, titii, la notion de l'infini. \ les formules, le fond reste le même : identité de Dieu et (lu monde. Rapprochons maintenant de ce dof fondamental la thèse matérialiste : 1 On nie.de partit d'autre, la distinction de deux ordres de réalités, de deux mondes, qui seraient, d'un côté, le monde métaphysique des causes premières, de la p

absolue, monde invisible, intangible, incorporel, et de l'autre, le monde étendu, palpable et visi mines et des substances sensibles. 2« Panth matérialistes nient la transcendance de la cause; pour les uns comme pour les autres, le inonde est profondément un dans sa substance et dans son principe; le monde porte en soi sa raison d'être. Ils affirment, une foi égale, l'unité de la nature, l'éternité et la n cessité du monde. Mais là s'arrête l'accord. Tandis que le matérialiste s'en tient à cette rigide unité, le panthéiste, tourmenté- par le <1< sir de donner à Dieu une apparence de réalité, s'enfonce dans un dédale de concepts abstraits, de postulats, de distinctions nuaf sans

pouvoir réussir à voiler l'évidente contradiction à laquelle il doit nécessairement s,, heurter : 1° ou bien, en effet, pour payer tribut à l'expérience et conserver au monde sa réalité, il appauvrit l'existence divine et la réduit à n'être plus qu'une idée, une idole métaphysique, une pure abstraction. Inévitablement, sur la pente de l'unité physique, verse au matérialisme et se rend, à bon droit, suspect d'athéisme; 2» ou bien, par un procédé contraire, voulant se faire à tout pris un Dieu réel et vivant, il réduit à rien l'existence choses visibles en faisant tout rentrer en Dieu par 1 émanation, les métaphores et les ligures poétiques; I I gination achève le reste; tout se perd dans un i. vaporeux où sombre l'idée d'un Dieu distinct et sonnel. Nous voila revenus à l'athéisme par un chemin loul opposé', par celui du mysticisme et (le la ré I Le panthéisme se présente donc comme une doctrineinclinant, par une double pente, à la négation de Dieu. Mais comme elle maintient une distinction au moins idéale entre Dieu et le monde, on ne peut la mettre totalement sur un pied d'égalité avec le matérialisme; Toutefois, il faut noter avec soin l'affinité logique des deux systèmes. Pour marquer plus nettement les deux versants du panthéisme, on a appliqué à chacun d'eux une étiquette spéciale : celui qui sacrifie Dieu à la nature. c'est le panthéisme matérialiste, naturaliste, athée . celui qui.au contraire, sacrifie la nature à Dieu, c est le panthéisme spiritualiste, mystique, un théisme 1'. de Ravignan, Conférence» de Notre-Dame, w confér., La notion île !• . Paris, 1800, p 235. L'influence de ces vagues et brillantes doctrines ne vient de buis exposés techniques, uniquement accessibl quelques rares inities, mais des ouvres des poêles et

des romanciers contemporains qui. par la déification de la nature, l'abus de la couleur et de l'image, effacent de plus en plus la ligne qui doit à i imais nettement séparer

Dieu de la Créature. C'est par ces productions littéraires

que le panthéisme s'insinue dans les esprits et dans les Cœurs, qu'il les vide du véritable divin et qu'il les achemine, par des routes lleunes. a la négation de DÏCU.

ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. NOTIONS

//. POSITIVISME. — En principe, ce système n'est ni déisme ni athéisme, du moins athéisme théorique, n'ayant point de réponse sur l'origine des choses; sa spécialité est même de ne vouloir point en avoir et de railler indistinctement ceux qui posent semblable problème et s'amusent à lui chercher une solution. A ses yeux, l'athée, aussi bien que le déiste, n'est point encore un esprit vraiment émancipé, c'est, toujours à sa manière, un théologien, un dogmatisant qui a un système du monde. Semblables luttes lui paraissent des combats fantasliques, bons pour les intelligences arriérées qui s'attardent dans les stages inférieurs de la pensée humaine. Car, pour le positivisme, l'esprit humain passe successivement par trois états théoriques différents : l'état théologique, ou fictif; l'état métaphysique, ou abstrait; l'état scientifique, ou positif. Comte décrit ainsi celte loi du développement total de l'intelligence humaine, qui contient en substance tout le système positiviste. Dans l'état théologique, l'esprit humain, dirigeant ses recherches vers la nature intime des êtres, vers les causes finales de tous les elfels qui le frappent, en un mot, vers les connaissances absolues, se représente les phénomènes comme produits par l'action directe et continue d'agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l'intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l'univers. Dans l'état métaphysique, qui n'est au fond qu'une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde et conçues comme capables d'engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés. Enfin, dans l'état positif, l'esprit humain reconnaissant l'impossibilité d'obtenir des notions absolues, renonce à chercher l'origine et la destination de l'univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s'attacher uniquement à découvrir, par l'usage bien combiné du raisonnement et de l'observation, leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude. Auguste Comte, Cours de philosophie positive, Paris, 1892, t. I, p. 3 sq. Le premier caractère propre de la philosophie positive est donc précisément de regarder comme nécessairement interdits à la raison humaine tous les sublimes mystères des causes primordiales et finales que la philosophie théologique, disent-ils, explique, au contraire, avec une si admirable facilité, jusque dans ses moindres détails. L'école positive ne se contente pas de confiner ses adeptes dans l'étude des phénomènes et des causes, elle leur demande de si' séparer radicalement de la théologie et de la métaphysique, de déclarer les causes premières absolument inconnaissables et d'observer à leur égard une attitude de neutralité rigoureuse, à égale distance de toute négation et de toute affirmation. Voilà l'idéal : mais il est difficile de s'y maintenir. En fait, c'est un équilibre ble maîtres et disciples, cédant à la tendance commune, s,, dressent, eux aussi, un système du monde, et toujours, dans le sens de la négation matérialiste et athée, Comte n'échappe pas lui-même à cette fatalité, Après avoir, dans la première moitié' de sa carrière, répudié toute connivence avec l'athéisme, il y glisse manifestement sur la fin de sa vie, lorsqu'il essaie d'établir une religion sans Dieu, sans âme et sans immortalité. Quoique plus stable dans sa sévère orthodoxie, Littré ne réussit pas à se renfermer complètement dans l'indifférence. A maintes reprises, on le voit prêter son concours et son haut patronage aux pamphlel du matérialisme contre le spiritualisme.

Dans son édition du Dictionnaire <it> médecine de n, il s'exprime sur l'âme, sur la vie, sur l'organisation, iur la matière, dans des termes qui ne diffèrent

en rien de r>\w qu'emploient les matérialistes. Ailleurs. dans un livre où l'auteur se déclare franchement mil

rialiste, Matérialisme et spiritualisme, par M. Leblais, Paris, 1861, Littré déclare, dans la préface, soutenir ceque le livre soutient, et combattre ce qu'il combat. C'est ainsi qu'on entend, en pratique, la neutralité et le parfait désintéressement. Personne ne s'y trompe. « En regard des courants spiritualistes de l'époque, écrit Biichner, Science et nature, t. i, p. 2i, on peut considérer la philosophie positive comme étant athée, matérialiste et sensualiste. Ce que l'on désigne, à l'époque actuelle, sous le nom de Dieu, de Créateur, de Providence, d'Éternel, etc., ne représente, suivant la philosophie positive, que des figures de théologie métaphysique, des artifices de logique, des hypothèses qui. à l'origine, pouvaient bien être nécessaires. Ce qui doit remplacer le Dieu d'autrefois, c'est actuellement l'humanité, ou, à un point de vue général, l'amour de l'humanité. Diis exstinctis, Deoijue, successit humahitas. » Formulaire significatif montrant à merveille la notable déviation qu'ont effectuée, sous la poussée logique de l'esprit, ceux qui avaient voulu se mettre à l'écart de toute doctrine métaphysique et religieuse. Le dernier mot de leur dogmatisme, car ils sont eux aussi des dogmatisants, c'est le pur athéisme, et un athéisme d'autant plus dangereux qu'il se dissimule derrière une neutralité illusoire et qu'il se donne pour le credo officiel de tous les savants.

///. SENSUALISME. — A cause de l'étroite corrélation de nos facultés avec leur objet, les systèmes psychologiques peuvent avoir avec la négation de Dieu une affinité compromettante. Le sensualisme en fait foi par son histoire, aussi bien que par l'analyse de ses doctrines. On sait la part qui lui revient dans la genèse des écoles sceptiques, matérialistes et athées du XVIIIe siècle. L'histoire de cette évolution aurait pu se lire d'avance dans l'examen des erreurs qui sont à son point d'origine. En ramenant toutes nos idées les plus simples comme les plus complexes à des combinaisons de pures sensations, en les faisant rentrer de gré ou de force dans le monde des impressions sensibles, et, par conséquent, dans le monde matériel, le sensualisme préparait inconsciemment dans ses trois écoles les éléments logiques d'une guerre à l'idée de Dieu.

Le sensualisme objectif estima que si tout notre savoir se réduisait à la sensation, nous ne connaissions que les choses matérielles, et, qu'en conséquence, hors de la matière, il n'y avait plus rien, puisque les corps sont les seuls objets que nos sens puissent atteindre. C'était donner dans le matérialisme et, par là, dans l'athéisme. Les partisans les plus résolus ne reculèrent pas au point ouïe raisonnement les avait conduits; d'autres, plus timides, essayèrent de se soustraire, par l'inconséquence, à celte marche en avant.

Le sensualisme subjectif devait, en définitive, se heurter au même écueil, mais par une voie un peu plus détournée. Pour proportionner la faculté à son acte, il se vit obligé de confondre l'intelligence avec les sens et de rabaisser la nature humaine au niveau d'une nature sensible. Mais condamner notre plus haute activité' à n'élaborer que des sensations, c'est-à-dire une connaissance fugitive, mobile, variable à l'infini, et surtout sujet le à l'erreur, était ouvrir aux Ames la porte du scepticisme, du doute universel, et, finalement, de l'athéisme. Quand on fait planer l'incertitude sur les choses les plus évidentes, la notion de Dieu est la première qu'on abandonne à la négation. Le sensualisme moral ou épicurien arrive d'un trait a ce résultat. Si notre un dit-il, est tout entière renfermée dans les sens, la sensation est seule appelée à juger entre le bien et le mal, les émotions des sens sont le vrai et unique erilenum de moralité; le bien, C'est le plaisir, le mal, c'est la douleur. ( )n vogue a pleines voiles dans les eauxd'Épicure, de Démocrite et de leurs voluptueux disciples. Le principe suprême de la vie est la jouissance physique :

ATHÉISME ET l RR1 (JRS CONNEXES. HISTOIRE

i.'i le bul de l'existence humaine. Révélation, n M gion, église, piété, vertu, vit éternelle, tout ce qui dépend de ces idées, la distinction du bien et du nul, de l> vertu et iln vice, tout disparaît. Le mouvement est donné : les encyclopédistes peuvent venir el faire I 'application de ces doctrines «i:m- toutee les branches do -avoir humain.

(in trouvera à l'article Diei la réfutation de l'athéisme et des erreurs connexes, ainsi que la question de savoir s'il peul j avoir des hommes véritablement ath<

A consulter : Pritiue, Dissertatio de atheismo in te ftedo et hunumo generi noxio, Leipzig, l( i - ki . Stultil

irrationabilitos atheismi, Magdebourg, 1096; Grapiu»,A»i atheiemus necessarie ducat ad corruptionem morutn, Itostock, 1697; Abiclit, De damno atheismi in Republica, Leipzig, 1703; Buddeus, Thésaurus de athéisme- el superstitions, li'-na, 1777; MûUer, Atheismus devUstus, Hambourg, 1672; Heideni Briefe iiber die Gotteslaùgnunge, Leipzig, 1796; Franck, Dictionnaire des sciences philosophiques, art. Athéisme, I 187,"); Jaugey, Diction, apologétique, art. Athéisme, P 1891; Dupanloup, L'athéisme et le péril sonal. Paris. 18GU; Caro, L'idée de Dieu, Paris, 1878; Amédéede Margerie, Études sur Dieu, 2 in- 12, Paris, 18IS. M* Klie Mérie, Murale et aUiéisme contemporain, Paris, 1875 ; Guthlin, Les doctrines positivistes en France, Paris, 1873, p. 863sq.; Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau, 1888, t. n, art. Gotteslaùgnung; Diderot et d'Alembert, Dictionnaire encyclopédique, Livourne, 1770, t. I, art. Athéisme; Perrone, Praelectiones théologies!, TrOCtatus de Deo, part. I, c. i; H. Klee, Histoire des dogmes chrétiens, trad. Mabire, Paris, 1848, t. i, p. 170; A. I-'arges et Barbedette, Cours de philosophie scolastique, Paris, 1898. t. n, p. 297.

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