II. IIONNÈTLTÉ DE L'ATTRITION. — /. EXPOSÉ DE LA
question. — 1° Nous devons établir que la contrition i: îparfaite ou attrition est en soi bonne et utile au salut. Nous limiterons notre discussion à l'attrition qui vient de la crainte, ex metu gehennx et pœnarum, pour deux raisons : 1° cette forme d'altrition a été plus particulièrement attaquée par les adversaires de la doctrine catholique; 2° quand nous aurons démontré le caractère honnête du repentir issu de la crainte, il sera prouvé a fortiori que la contrition produite par la honte du péché est moralement bonne, car, tout le monde en convient, ce second motif d'attrilion est d'un ordre plus élevé que le premier.
2° La crainte d'offenser Dieu à cause du châtiment est généralement appelée par les théologiens « crainte servile », car il semble que ce soit le propre de l'esclave d'obéir par peur du châtiment. On lui oppose la « crainte filiale », celle du fils qui accomplit la volonté de son père par affection et reconnaissance.
La crainte servilepeut avoir deux formes. Ou bien, la peur ri u châtiment existe sans la détestation du péché, de telle sorte que la disposition du pécheur pourrait se traduire par cette formule : o ,1e pécherais s'il n'y avait pas d'enfer, » Cette sorte de crainte mêlée d'une affection positive au mal est qualifiée par les moralistes de « servilement servile », serviliter servilis. Ou bien, la crainte du châtiment renferme la détestation du péché, et partant, la résolution ferme de s'en abstenir. Ce second sentiment se traduit : « .le hais le péché parce qu'il mérite l'enfer; g et li :s moralistes l'appellent crainte « simplement servile », eimpliciter servilis.
Or, il est bien entendu que la crainte servilement servile renfermant une affection au péché est moralement mauvaise, et ne peul à aucun titre être le motif d'une attrition surnaturelle. Nous oe nous occupons que de la crainte simplement servile. C'est de celle-ci que nous voulons démontrer qu'elle esl honnête el louable et que l'attrition qui en nall est bonne ci utile au salut.
//. //,'/(/ 1 n — Luther enseignait que la contrition de bonie el de crainte empêche le péché extérieur mai non le péché interne, qu'elle fait de l'homme un hypocrite et par conséquent le rend plus coupable, La ''>■ propo ition condamnée par Léon X, bulle A < . /' min»,
16 mai 1520, est en ce sens : Contritio qux paratur per discussionem , collalionem et deleslalionem peccatorum, qua quis recogitat annos suos in amaritudine animx sux.ponderando peccatorum gravilatem,nndtitudinem, fœditatem, amissionem xternx beatitudinis, ac xternx damnationis acquisilionem, hxc contritio facit hypocrilam, imo magis peccatorem. Denzinger, Enchiridion, Wurzbourg, 1895, n. 630, p. 175. Cette proposition est extraite du 2e sermon sur la Pénitence. L'hérésiarque soutient la même doctrine dans son livre De la captivité de Babylone et dans la défense des articles condamnés par Léon X. Cf. Palmieri, De pxn., p. 282-284.
Baius distingue deux amours : l'un de charité, bon et méritoire, l'autre de cupidité, mauvais et coupable, entre lesquels il n'y a pas de milieu. D'où l'attrition est mauvaise parce qu'elle ne procède pas de la charité mais de la cupidité. Une proposition qui résume cette théorie fut condamnée par Pie V, bulle A'.r omnibus afflictionibus, 1er octobre 1567 : 38. Omnis amor crealurse rationalis aut vitiosa est cupiditas, qua mundus diligitur, qux a Joanne prohibetur, aut laudabilis illa charitas, qua per Spiritum Sanctum in corde diffusa Deus amatur. Denzinger, op. cit., n. 918, p. 245.
Jansénius renouvelle et développe l'erreur de Bains dans son Auguslinus, De gratta C/iristi Salvatoris, l.V, c. xxi-xxxv, Rouen, 1652, t. m, p. 231-252. Il enseigne en résumé : 1° que la crainte de l'enfer sans la charité est mauvaise, c. xxii-xxiii; 2° que cette crainte vient d'une source vicieuse, l'amour de soi, c. xxiv; 3° que le repentir qui en résulte n'est pas libre, car les actes inspirés par la crainte sont involonlaires et sans mérite, c. xxix. Pour ces motifs il conclut qu'il faut réprouver la doctrine des théologiens scolastiques, enseignant que la crainte de l'enfer est le motif d'une véritable contrition, c. xxxin : Répugnât magnopere Augustino doctrina, qua docetur dolorcm peccati propler gehennx metum, seu attritionem quorumdam scholaslicorum, excludere posse omnem peccandi voluntatem et conlinere propositum bonx vitx, seu servandi lotam legent Dei. Op. cit., p. 247.
Les disciples de Jansénius acceptèrent absolument les vues du maître. Nous relevons les propositions suivantes parmi celles qui furent condamnées par Alexandre VIII, 7 décembre 1(590 : 7. Omnis Itumana aclio deliberata est Dei dilectio vel mundi : si Dei, cliarilas Palris est ; si mundi, concupisccnlia carnis, hoc est, mala est. — 14. Timor gehennx non est super naluralis. — d5. Attritio, quxgehennx et pœnarum metu concivitur, sine dilectione benevolentix Dei propter se, non est bonus motus ac supernal uralis . Denzinger, op. cit., n. 1164, 1171, 1172, p. 275-276.
La doctrine de Qhiesnel reste la même. Propositions condamnées par Clément X, bulle Unigeuitus, 8 septembre 1713 : 44. Non sunl nisi duo amor es, unde onines volitiones et acliones nostrx nascuntur : amor Dei qui omnia agit propter Deum,quemque Deus remuneralur, et amor, quo nos ipsos ac minuliim diligimus, qui, quod ad Deum référendum est non refert et propter hoc vpsvm fit malus. — 61. Timornonnisi manum cohibet, cor duti'm tamdiu percuta adducitur, quamdiu ab amore jusiitix non ducitur. — 62. Qui a malo non, abstinet nisi timoré pœn.82, illud committit in corde
suo. ei jam est reus coram Dca. Denzinger, op. cit., n. 1259, 1276, 1277, p. 284-286.
Enfin le synode de l'isloic (1786) reprend encore celle
thèse, tant de loi- condamnée, des deux amours opposés de charité el de cupidité, entraînant connue conséquence la réprobation de l'attrition. Parmi les s."> propositions de cette assemblée, qui furent condamnées par Pie VI, bulle Auctorem fidei,28 août 1794,1a 23" et la 2 rapportent au double amour : de duplici amore; la 25* à la crainte servile : île timoré servili. Denzinger, op. ni , n. 1386, 13S7, 13SS, p. 316 31 7.
AI I l'.ITlON
fil. DOCTRiifB CÂTnoirQnB. — La doctrine catholique
esl formulée el définie parle concile de Trente, wss. \ I, De juttificatione, c, vi, el can XIV, De ;■
tentia, c, rv, el can. 5.
VI, c. vi " ...Dum 1 1
lui', ad o nsidi randam I ■
Deum sibi propter i !bi Istum propitiura fore...
Can. x. — Si quia dixerit
tee metum, per quem ad
misericordiam Del de peccatis
dolendo conhigimus, vel a pec-
cato abstinemus, |
aul i eccatoi es pejores facere, anattiema ait.
SESS. XIV, c. IV. De COntritione.
...lUam vero contritionem imnii, quae attritio dicitur, quoniam vel ex turpitudinis peccati consideratione, vel ex gehennae el pœnarum metucommuniter concipitur, si voluntau-iii peccandi excludat, cum spe venise, déclarât non solum non facere hominem hypocritam et magis peccatorem, verum etiam donum Dei esse, et Spiritus Sancti impulsum, non adhuc quidem inhabitantis, sed tantum moventis,quo paenitens adjutus, viam sibi ad justitiara parât.
Can. r>. — Si quis dixerit eam contritionem, qiue paratur per discussionem, collectionem et detestationem peccatorum, qua quis recogitat annos suos in amaritudine anim;e suae, ponderando peccatorum suorum gravitatem, multitudinem, feeditatem, amissionem seternae beatitudinis, et aeternae damnationis incursum, cum proposito melioris vita non esse verum et utilem doloren
irare ad gratiam, sed facere hominem hypocritam, et magis peccatorem ; demum illam esse dolorem coactum.et nmi liberum ac voluntarium, anathema sit.
Manière de se préparer à lu justification.
Lee pécheura,se reconnals-
-;< n t coupables, paaaeot de la
ce dh ine qui
utilement ébranlée, à la
la misé] Icorde
divineet s < <■ ■ i ance,
confiants que Dieu leur n ra
• pour l'amour de Christ..
Si quelqu'un dit que la crainte de L'enfer par Laquelle m courons à ladivina miséricorde dans la douleur de nos ou nous nous abstenons «lu péché, ost coupable et rend les pécheurs encore pires, qu'il soit anathème.
De in contrition.
...Quanta cette contrition imparfaite ipie l'on nomme attrilii n. parce qu'elle nait ordinairement ou de la considération de la laideur du pèche?, ou de la crainte «lu châtiment et des [ eines, si unie à l e pardon, elle ex<iut la volonté de pécher, le saint concile déclare non seulement qu'elle ne rend pas 1 homme hypocrite et plus grand pécheur, mais enci re qu'elle est un don de Dieu et une Impulsion du Saint-Esprit, qui n'habite pas encore, il est vrai, dans l'homme pénitent, mais seulement le meut et l'aide ainsi à préparer sa voie vers la justice.
Si quelqu'un dit que la contrition qui est produite par la discussion, l'examen et la détestation des péchés, quand quelqu'un, repassant les années de sa vie dans l'amertume .le son coeur, considère la griève té, la multitude et la honte (Jese~ fautes, le bonheur éternel perdu, la damnation éternelle encourue, et se prop' mener une vie meilleure:
qu'une telle contrition donc n'est pas une vraie et utile douleur et ne prépare pas a la
mais qu'elle M nd l'homme hypocrite et plus grand pécheur, enfin, que c'est une douleur forcée, ni libre, ni volontaire, qu'il s..it anathème.
IV. PRBUVES DE LA DOrTMSE. — i. Autorité de la sainte Ecriture. — 1" C'est une pensée fréquemment répétée dans l'Ancien Testament, dans les livres sapientiaux surtout, que la crainte île Dieu est utile | qu'elle garde du péché; sainte, parce qu'elle inspire les lionnes œuvres. Nous lisons dans l'Ecclésiastique, n, 20- 22: « Ceux qui craignent le Seigneur prépareront leurs cœurs el sanctifieront leurs âmes en sa présence. Ceui qui craignent le Seigneur garderont ses commandements^! ils auront patience jusqu'à ce qu'il jette lis yeux sur eux, en disant: Si nous ne faisons pénitence, c'esl dans les mains du Seigneur que nous tomberons el non dans celles des hommes, i Cf. Bccli., i, 13, 27-29;
ll.'l, 14-19; l'rov., i, 7; xiv. 27. — Le ps:, I,, liste considi re la crainte comme une grâce el il la demande à Dieu, l\s. CX.VIU, 1-0: o transpercez mes chairs par votre
craint.-, car j'ai pour (h- vos jugemi
enfin, font souvent appel a la justice divine pour amener à i • sipiscence les peuples et les individus coup..' Dana le Nouveau Testament, sainl Jean-Ba| t'adresse en ces tonnes aux pharisiens el aux aadda-
Mattli.. xiii, 7-12: « Raei" de vipères, qui • fait comprendre que vous aviez à fuir devant la < qui vient? Faites donc de dignes fruits de péniten ne v„u- rassurez pas en vous-mêmes en disant: Nous avons Abraham pour père... Déjà la cognée est à la racine des arbres. Tout arbre qui ne port pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu... Celui qui vient moi est plus puissant que moi. Il a le van dans la main el il nettoiera son aire. Il rassemblera le froment dans son grenier, el il brûlera les pailles dans le feu qui ne s'éteint jamais. Le précurseur, à l'exemple des prophètes anciens, veut donc amener par la crainte ses interlocuteurs au repentir.
Jésus-Christ parle dans le même sens: i Ne craignez pas, dit-il à ses apôtres, ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l'âme; craignez plutôt relui qui peut perdre l'âme et le corps dan- la géhenne. • Mattli.. x.28. l'n autre jour, il dit et répète avec insistance a qui l'entourent: i Si vous ne faites pénitence, voue rirez tous, t Luc, xiii, 5, 7. Ainsi Dieu lui-même fait le prédicateur de h pénitence qui nait de la crainte. Comment peut-on soutenir après cela qu'elle soit mauvaise?
2. Enseignement des Pères de l'Eglise. — Clél d'Alexandrie explique dans le second livre des S mates, c. vi. P. (',., t. vin. col. 966, que la craint, avec la foi et l'espérance, urne des dispositions préparatoires pour le salut, r.y,; irbvrqpfav veOoiç, et fait ensuite de ce sentiment salutaire une apologie qui débute ainsi : « Ceux qui disent du mal de la crainte attaquent la loi, el des lors que leurs attaques sont contre la loi, il est clair qu'elles atteignent aussi le législateur qu: Dieu. » Ibid., c. vil, col. 967-971.
Saint Basile enseigne dans une homélie sur la pénitence. Hom., vu. /'. (.'., t. XXXI. col. 1789. qu'il y a plusieurs remèdes pour l'âme après le péché, et il recommande, entre autres, la crainte des jugements de Iiieu: « Réfléchissez combien sont effrayants les enseignements de l'Écriture sur l'éternel jugement... Pensez à votre dernier jour, etc.
Saint Ambroise, commentant le verset 120 du psaume cxvill. Confige timoré tuo caiih Serm., rv, n. H7. /'. /... t. xv. col. 1423, compai crainte aux clous qui attachèrent le corps de Jésus à la croix, el déclare que cette crainte qui crucilie nos chairs est nécessaire pour garder la charité dans nos cœurs: Nisi igitur af/igantur cruci lise carnes, et configantur claris a timicre Dei nostri. non permanebit in lus Spiritus Dei.
Saint Jean Chrysostome, Hom., xv. Ad pop.Antioch., n. I, 2, /'. '»'.. t. xi ix, col. 151 sq., insiste longuement sur cette pensée que la crainte des coups de la fortune est une garantie de fidélité au devoir, et répondant, semlile-t-il, à quelque précurseur du jansénisme, il fait cette simple mais décisive remarque: I Si la crainte n'était chose bonne, Jésus-Chrisl n'aurait point prononcé de -i nombreux el si longs discours où il parle de la peine et du supplice a venir. • Ibid., col. 156.
Saint Jérôme écrit dans son Commentaire sur le pix>phète Ualachie, c. i. (>. P. /... t. \\v. col. Ili'ir!: « « sidérons que le lils et le serviteur sont distingués dans la sainte Écriture, non par une nécessite de nature, maisen raison de leur volonté. Celui qui a reçu l'esprit d'adoption esl (ail lils de Dieu; celui qui a reçu l'esprit
de servitude dans la crainte est fait serviteur. Dieu veut certainement tout d'abord que nous que nous fassions le bien par amour: mais si nous ne nous élevons pas jusque-là, il veut du moins que nous
ATTRITION
soyons ses serviteurs et que nous nous écartions du mal par crainte de ses châtiments... Le serviteur honore aussi son maître, mais pas avec la charité du lils pour son père... Et parce que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, Eccli., i, 16, nous pouvons nous élever de la crainte des serviteurs à la gloire des fils. »
Saint Augustin, dont se réclament si fort les jansénistes, n'est pas en désaccord avec les autres Pères sur le point que nous étudions. Il importe toutefois, pour comprendre certains passages de ses œuvres, de ne pas perdre de vue la distinction que nous avons faite entre les deux espèces de crainte servile. L'une est coupable parce qu'elle suppose l'affection au péché, et saint Augustin la condamne à bon droit. L'autre est honnête, puisqu'elle exclut l'affection au mal, et celle-ci reçoit les encouragements du saint docteur. Dans un de ses sermons, Serm., CLXI, c. vm, 8, P. L., t. xxxvm, col. 882, il interroge le voluptueux et lui demande pourquoi il s'arrête sur la pente du péché: « Vous me répondrez: Parce que je crains l'enfer; je crains le supplice du feu éternel ; je crains le jugement de Dieu : je crains la société du démon qui me tourmenterait et avec qui je brûlerais. Eh bien quoi? Vous dirai-je: votre crainte est mauvaise, votre crainte est vaine ? Je ne l'ose, puisque le Seigneur lui-même nous suggère la crainte et nous dit : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ensuite ne peuvent plus rien ; mais craignez celui qui a le pouvoir de perdre le corps et l'âme dans la géhenne du feu; je vous le dis: craignez celui-là. Luc, XII, 4, 5. Lors donc que le Seigneur nous suggère la crainte avec insistance, redoublant la menace, puisqu'il répète le mot, dirai-je, moi, que votre crainte est mauvaise? Non pas. Craignez en effet; vous n'avez pas de crainte plus légitime; il n'y a rien que vous deviez craindre davantage. »
3. Arguments de raison. — 1° On doit dire d'un acte qui exclut à la fois la volonté de pécher et L'affection au péché qu'il est moralement bon. Or, la crainte des châtiments de Dieu exclut évidemment la volonté de pécher, car pécher serait précisément mériter ces châtiments. D'autre part, nous n'admettons, par définition, comme motif d'attrition que la crainte qui exclut l'affection au péché. Donc l'attrition qui naît de la crainte comme nous l'entendons est bonne et honnête.
2° D'un autre coté, il faut remarquer que dans un acte de crainte, quel qu'il soit, il y a nécessairement aspiration vers un bien, en même temps que répulsion à ird du mal opposé à ce bien. La moralité' de l'acte résulte du caractère de l'objet vers lequel la volonté aspire et dont elle redoute la perte. Or, dans l'attrition qui nait de la crainte de l'enfer, l'objet des aspirations de la volonté est le ciel, béatitude éternelle et destinée suprême de l'homme, objet éminemment bon, honnête
el désirable. Donc, un tel acte ne peut être mauvais.
v. RÉPONSE AUX OBJBCTIONS. — I" L'objection capitale opposée à notre thèse peu) être présentée sons cette forme : Ni la détestation du péché, ni la crainte de l'enfer oe sonl choses mauvaises, en soi, mais il est mauvais de détester le péché à cause de l'enfer, d'obéir à Dieu a cause du châtiment qui frappe la désobéissance, car, agir ainsi, c'e t : ubordonnerDieuà soi-même, Dieu i la ( i ordre el péché. — Nous
répondons : L'acte d'attrition, tel que nous l'avons d fini n'est pa la subordination de Dieu à la créature, mais, au contraire, le mouvement initial par lequel le pécheur, renonçant a la créature, se reporte vers Dieu. Le pécheur i rainl i enfer et veul j échapper. En conséqnenee.i] liiii et déteste le péché qui v conduit. Mais, ter le péché, toul péché, i airement vou-
loir I opposé, c'esl à-dire ce que Dieu \ ■ ut, tout ce que Dieu veut , vouloir en particulii r l'ob ervation d< commandement : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu
LICT. DL' llll. m.. CATHOL.
de tout votre cœur. Et ainsi le pécheur est rétabli dans l'ordre, dans la voie qui le conduit à Dieu, sa fin dernière.
On insiste : Mais ce pécheur déteste l'enfer plus que son péché. — La supposition est gratuite. Le pécheur craint l'enfer et, par suite, le péché qui y conduit. De quel droit dit-on que l'une des deux craintes est plus grande que l'autre? Ce qui est vrai, en tait, c'est que les pénitents ne font pas la comparaison entre ces deux craintes. En tout cas, il ne faut pas perdre de vue l'hypothèse dans laquelle nous avons placé notre discussion : Nous n'admettons pas qu'un pénitent dise : « Je pécherais s'il n'y avait pas d'enfer; » car alors il y aurait affection au péché, et ce serait la crainte servilement servile. Cf. Suarez, De psenitentia, disp. V, sect. n, n. 8, 9, Opéra omnia, Paris, 1806, t. xxn, p. 105-106.
2° Les jansénistes ont objecté aussi quelques textes scripturaires, dont les deux suivants qui peuvent être considérés comme résumant toute la difficulté :
I Joa., iv, 18 : Timor non est in charitate, sed perfecta charitas foras mittit timorem, quoniam timor pœnam habet. Si la charité exclut la crainte, comment la crainte peut-elle ('Ire considérée comme un bien surnaturel et un don de Dieu ? — Réponse : 1° On pourrait soutenir qu'il s'agit dans ce texte de la crainte servilement servile qui est, en effet, égoïste et mauvaise et que la charité exclut certainement. 2° En admettant qu'il soit question de la crainte honnête que nous défendons, on peut dire encore que la charité parfaite l'exclut, comme ce qui est plus partait exclut ce qui l'est moins, comme la vision béatifiqueau ciel exclut la foi et l'espérance qui, pourtant, sont ici-bas des vertus et des dons de Dieu. Cf. P. Drach, Épîtres catholiques, Paris, 1879, p. 195-196.
I Cor., xiii, 'A : Si charitatem an» hàbuero..., nihil mihiprodest. L'attrition étant, par définition, étrangère à la charité, ne serl dune de rien. — Le texte de saint Paul signifie (pie, sans la charité, rien ne sert comme mérite pour le ciel. Nous sommes d'accord (pie l'attrition par elle-même ne justifie pas. Mais elle est bonne et utile comme disposition préparatoire à la justification, et la parole de l'apôtre n'a rien de contraire à cette affirmation. C'est, d'ailleurs, renseignement formel du concile de Trente, sess. XIV, c. iv : Et quamvis [attritio] sina sacramento pa-nilentiiv per se ad justificationem perducerepeccatorem nequeat, tamen eum ad Dei gratiam in sacramento psenitentia impetrandam disponit, Cf. Wirceburgenses, Theol. dogm.,polem.,etc., Or sacrant, pxn., n. 152-157, Paris, 1854, t. v, p. 115-150: IL Cornely, Comment, in S. Pauli priorem epist. ad Corinthios, Paris, 1890, p. 393.