D1VINA
c) C'est au Verbe, à la personne divine, non à l'humanité, qu'il attribue cette humilité. Dieu sans doute ne peut s'humilier dans sa nature divine: mais Dieu consentant à s'unir à une nature créée, voilà la grande leçon de l'humilité! Dieu seul pouvait être le maître de cette vertu. Via humilitatis hujus aliunde manat, a Chris to vend : Hœc via ab illo est qui, CUM esset altus, HUMiLis venu... Quiil aliud docuit nisi liane humilitatem? non immerilo ait: ego sum via... In hac ergo humilitate propinquamur ail Deum. Enarr. in Ps. xxxi, a. 18, P. L., t. xxxvi, col. 270. Ainsi la leçon de l'humilité, Augustin l'exalte moins dans la vie et la passion du Sauveur, que dans le fait primordial de l'incarnation, décrétée et réalisée par le Verbe. Quel mot profond que celui où il montre le Christ vainqueur parce qu'en lui Dieu est humblement uni à l'humanité: qui vieil, ri homo erat et Deus; et ideo sic viril natus ex Virgine, quia Deus humiliter, non quomodo alios
'os, regebat illum hominem, sed gerebat. De Triu.. I Mil, c. xvin, n. 23, P. L., t. xlii, col. 1033. Cl. In Ps. \m, n. Il, /'. L., i. xxxvi, col. 114; In Ps. xvm, n. 15, col. 163; Epist., cev, ad Consentium, n. Il, P. L., t. XXXIII, col. 946; De pecc. orig., c. xl, n. 46, P. L., t. xi. iv, col. io'.i.
Conclusion. — Un résumé précis de la théorie augusliniennede la rédemption nous es) fourni dans VEnchi-
«jC.cviii. Harnack le commente, Lehrbuch, i. m, p. 191, comme l'expression de son système. Que le lecteur juge: Cum genus humanum peccata longe sepai nt a Deo, per média torem, qui soins sine pec-
natus est, vixit, occisus est, reconciliari nos oportebai Deo usque ad carnis resurreclioneni in vitani (voilà le but premier de l'incarnation, réparation el réconciliation avec Dieu); ut humana superbia
PER HUMILITATEM DEl arquerel u r nr sanaretur cl ilemonStraretur limai ni quani lange a Deo recesseral...
l'incarnation : œuvre morale du Christ humble, œuvre capitale, mais après la réconciliation: celle-ci étanl affirmée, il n'\ a plus d'apparence i naliste et abailardienne, comme le croil Harnack); et Vnigenito suscipiente formant servi, qute nihil unie
meruerat, fons grati.e PANDERETrn (résultat de l'œuvre rédemptrice: ce n'est pas seulement le pardon, la délivrance, mais la sanctification par une grâce comparée à celle de l'incarnation); et carnis eliam resurrectio redemptis promissa in ipso redemplore prœmonstrarclur (rôle de la résurrection, garantie du triomphe futur que nous assure la réconciliation par le Christ); et per eamdem naluram quam se decepisse lœlabalur, diabolos vinceretur (la délivrance du démon représentée comme une victoire sur lui, remportée par la nature humaine, et comme une conséquence de la réconciliation avec Dieu: de rançon payée au démon, pas un mot).
4. La Mère du Christ d'après saint Augustin. — La théologie de la Mère de Dieu était en plein épanouissement au ive siècle. C'était la suite du développement de la christologie. Par le même principe qui élevait l'humanité du Christ à un rang divin, la mère de qui Dieu avait voulu naître devenait en toute vérité ©sorô/.oc (expression déjà employée par Athanase et Grégoire de Nazianze) et ce titre à son tour enfermait d'ineffables privilèges. Augustin, de l'aveu des critiques protestants, cl. Harnack, Lehrb. der Dogmengesch., t. m, p. 217, loin d'arrêter cet élan, contribua puissamment à l'accélérer. Signalons quelques traits principaux :
a) Le rôle incomparable de la Mère de Dieu dans le plan divin, est mis en relief par le grand docteur. Il ne se contente pas d'affirmer, avant le concile d'Éphèse, la maternité divine: natus est Deus ex fernina, dit-il. De Trin., 1. VIII, c. v, n. 7, P. L., t. xlii, col. 952. Cf. De Gen. ad litl. lib. imperf., c. i, n. 4, P. L., t. xxxiv, col. 221 ; Serm., clxxxvi, n.l, P.L., t. xxxvin, col. 999. Il en cherche la raison profonde et affirme que Dieu a voulu l'enfantement du Sauveur par Marie précisément afin qu'elle concourût à la délivrance de l'humanité. Adam et Eve l'ont perdue; Jésus et Marie la sauveront. Ainsi la coopération de Marie à la rédemption n'est pas seulement une conséquence de sa maternité, elle est l'intention première de Dieu. Il ne s'agit pas seulement d'honorer les deux sexes, dit-il dans le De agone christ., c. xxii, n. 24, P. L., (.XL, col. 1103, il y a là un mystère plus profond: Hucaccedii magnum sacramentum, ut quoniam per feminam mors nobis aeciderat, vita nobis per feminam nasceretur ; de même, ajoutet— il» il lallait que le démon fût vaincu par les deux sexes.
b) La virginité perpétuelle de Marie, même in partu, est très résolument défendue contre Jovinien. Epist., cxxxvn, ad Votus., n. 8, P. L., t. xxxm, col. 519; ciaii, ad Evodium, n. 6, col. 707; Op. imp. cuit, .lui., 1. IV, n. 122, P. L., t. xlv, col. 1418 (Julien et Augustin sont d'accord sur ce point). Dans les sermons pour Noël il célèbre celte merveille. Serm., clxxxvi, n. 1, /'. L., I. xxxvm, col. 999 : Cnnci/iiens virgo, pariens virgo..., virgo perpétua. Quid miraris heec, o homo? Il aime à attribuer à la foi de Marie l'accomplissement de ces merveilles. Serm., ccxv, n. 4, ibid., col, loTi : credendo peperit.
c) La préservation de tout péché (au moins personnel) est affirmée comme un admirable privilège dû à la dignité incomparable de Marie. De nat. et grat., c. xxxvi, n. 1% P. L., t. xi. iv, col. 267 : Exce\ la iiaquc sancia Virgine Maria, de qua propter bonoi
llmilM nullam pl'OI'SUS, cum de peccatis nijilur. hnberi vola quicsl inuem : mule cuim sdmus quai ci plus
gratis collatum fuerit ad oincendum omni ex parte peccatum, qux concipere ac parère vbrvit, quem constat nullum habuisse peccatum. Il raul remarquer que sainl Augustin vient de ranger parmi les pécheurs les justes les plus célèbres de l'Ancien testament, Abel, Enoch, Abrahi Élie,... saint Joseph lui même. Harnack a fort bien compris l'importance d'un si grand privilège, surtout appuyé sur de tels motifs, « Augustin,
Ai (.1 STIN SAINT)
dit-il, a il énergiquemenl proclamé la culpabilité de toul homme, m< me des saints, que cette > u eption i n laveur de Marie a i onti ibué à lui donni r un rang à part entre L Christ et les chrétiens; et, pour exprimer la capaciU d Marie, Augustin emploie li
expressions que poui Jésus Lehrbuch dei Dogmengesch., i m, p. 217. Ce prin< ipe ne doit pas être oublié i question sui> ante.
d) L'immaculée conception a-t-elle été affirmée par sainl Augustin 'D'après I Opus imper) . cont. Jul.,\.\\ , n. 122, /'• /••■ i. xxv, col. 1418, il est certain que Julien crut le confondre en lui objectant que par sa théorie du péché originel, il condamnait la Vierge mère à être esclave du démon. Voici la réponse intégrale du saint docteur : Non Iranscribimus diabolo Mariant conditione nascendi, sed ideo quia ipsa conditio solvitur gratin renascendi. Nombre de catholiques, comme Schwane, Dogmengeschichte, t. n. p. 691, trad. tranç., t. III, p. loi, et certains protesta uls, cuinine Sclialt, voir col. 2324, ont vu la une affirmation du grand privilège. D'autres avec le P. Odilo Rottmanner, Historisches Jahrb., 1898, p. 89."), ne croient pas le texte concluant. Harnack, op. cit., p. 217, dit qu'il ne suffit pas pour affirmer avec certitude. Pour conclure, comparons les deux seules interprétations possibles de ce texte : a. La première : « Non, nous ne soumettons pas Marie au démon par la loi de la naissance, et cela, parce que la grâce de la régénération l'a préservée de cette triste loi. » Ce sens admis. Marie n'a jamais été esclave du démon, l'objection de Julien tombe à terre; il y a accord parfait avec la protestation citée plus haut dont les termes sont si universels : « des qu'il s'agit de péché, je ne veux plus qu'il soit question de la Mère du Sauveur. » — b. Deuxième interprétation : e Nous ne soumettons pas Marie' au démon, parce que, née dans le péché par la loi générale de toute naissance, elle en a été délivrée parla grâce de la régénération. » L'immaculée conception disparaît, mais en même temps que de difficultés! 1° Au lieu d'une réponse à Julien, c'est un aveu et une défaite : on lui accorde tout, la mère de Dieu a été esclave du démon. 2° Elle est mise absolument au même rang que tous les autres hommes dont le péché originel a été effacé ; il n'y a même pas une indication sur le moment de sa justification : que devient ce rang à part, à côté au Christ, si justement signalé par Harnack, dans la doctrine d'Augustin?3° Bien plus, on prête au grand docteur une contradiction dans la même phrase : les mois non transcribimus nient toute servitude du démon, et aussitôt après on l'accorde. Augustin dirait à la lettre : a nous ne soumettons pas Marie au démon, et cela parce qu'elle est réellement son esclave en naissant, mais plus tard elle est i nérée. s Au lecteur de décider si cette interprétation est vraisemblable. D'autre part, il faut reconnaître que. dan-- le même ouvrage, 1. VI, n. ±2. ibid., col. 1535, Augustin semble n'excepter que Jésus-Christ. Mais, >i on approfondit mieux ce texte, Augustin y traite uniquement de la transmission de droit du péché originel, transmission qui affecte tous ceux qui descendent d'Adam par génération naturelle, et en ce sens Jésus- Christ est seul exempt. Marie n'est pas exempte de droit, elle est exceptée en l'ail, en vertu même de la rédemption de celui qui est exempt de droit.
i. LE srSTl )//; m: s \im ,w i,i -//a si n LA GRACE i i WBMl w DIVIH DE LA LIBERTÉ. — Itanscelle question capitale nous distinguerons, pour plus de clarté', les poinl> suivants : [• les deux interprétations o éea t\u système de saint Augustin; 2 développement historique de sa pensée, avant Pelage; '■'< le syste péiagien ; 1° vue d'ensemble dis dogmes défendus contre Pelage; ■"> le système augustinien dans ses trow principes fondamentaux; 6° application du système à lu ductnue du péché originel; > application
a la prédestinât! tiniennes en oppo-
apparente am c le aysu nu 1 Intei , e
part di l U' n et de l'homme dans le salut, i accoi d de la grâce et de la lil i ontredit
la partie principale de l d< i ■ .'que d'Hip-
pone; c'est celle ou -a pei fois la plus
personnelle, la plus puissante >t la pli /«
e. puisqu il a b- pi grandes théories de la chute, di I de la lil i
et (pie de pi US il a donné-, pour b - Conci
cation profonde, vraiment a lui, don! on n.- trouve pas trace chez ses pn di o issi le ne
a-l-il été ordinairement réservé pour désigner, non toute la doctrine d'Augustin, mai- -on système de la grâce; — In />/"•■ puissante, car. de l'aveu de tous, i lui surtout qui a assuré le triomphe de- la lilx i b- manichéens, et de b, grâce contre b'- pi doctrine, pour une grande part, a meUement
adoptée par I Eglise, et on '•ait que les canon- du concile d'Orange sont littéralement emprunta écrits; — la plus conte U m! Paul.
dont il développe l'enseignement, il a été -ornent allégué, souvent incompris; ami- et ennemi- .nt exploité
sa doctrine dan- les -eus les plus divei ulrer
ici dans le détail des interprétations qui en ont données (voir Adgdstinisme) , trois laits méritent d'être signalés.
Dans bai- le- temps les adversaires de la liberté, prédestinatiens, wicleffistes, calvinistes etjansénisti sont réclamés d'Augustin.
Les théologiens catholiques ont. il est vrai, généralement reconnu qu'Augustin sauvegarde les droit- de 1.1 liberté; mais ils se -ont étrangement divisés sur la nature de cette liberté et SUT 1 explication de l'action di\ ine d'après Augustin.
lie nos jours, on doit l'avouer, chez de nombreux critiques de tous les partis, domine l'interprétation sévère qui l'ait d'Augustin le théoricien d'un déterminisme divin fatal à la liberté'. Richard Simon avait déjà
é, dans son Histoire critique du S. T., de montrer dan- Augustin un novateur en
rupture ouverte avec I en-euiiement traditionnel intro-
duisanl des dogmes nouveaux inconciliable! liberté. Son récent historien, 11. Margival, est encore plu- sévère. Dans la /é i ue d'histoire et de littérature religieuses, t. i\ 1899), p. 117. il montre Augustin victime du pessimisme métaphysique, puisé inconsciemment dans les doctrines manichéennes : « Jamais la conception orientale de /u ru - •!" l'éternité du
mal n'aura mi plus zélé défenseur que cet évêq Il n'opposera rien en somme au stoïcisme chrétien du moine breton Pelage que les explications d'un cœur fragile, l'histoire de ses intimes et inévitables défaites. »
l.e -av.int bénédictin dom Odilo Rottmanner. Der Uinismus, p. 29, conclut ainsi une pénétrante analyse de la doctrine d'Augustin sur la grâce : chez saint Augustin dans la doctrine de la prédestination, il \ a désaccord entre la théorie et la pratique : la dou de la pratique est restée inaltérable, les seruiei prouvent: la théorie, d'abord inolten-ive. s'est > nuelleineiit développée dans le sens d'une rigueur et dune action irrésistible de Dieu sur la liberté. D'ailleurs, cette variété' incessante empêchi trouver chez lui un système complet et dont b soient logiquement enchaînées.
Les critiques prolestants contemporains, mène plu- sincères admirateurs d'Augustin, sont impitoyabli s.
Tandis que les anciens réformateurs se réclamaient de lui pour nier le libre arbitre, leurs successeurs déclarent les défenseurs de la liberté contre lui
Histoire des dogmes ch I n-. 180-. t. i,
AUGUSTIN (SAINT
p. 207-213. Loofs, Dogmengeschichte, 3" édit., Halle, 1893, p. 237, 244, lui attribue une prédestination et une grâce irrésistibles en opposition avec la liberté, avec saint Jérôme, avec le catholicisme vulgaire qui ne put s'y habituer et ne se déclara augustinien qu'en adoptant en fait le semipélagianisme. Harnack voit dans la théorie augustinienne de la grâce de « nombreuses contradictions » et des « restes de manichéisme ». Précis ■d'histoire des dogmes, trad. franc., p. 287; Lehrbuch der Dog)tiengeschichte, 1897, t. m, p. 202, 203. Comme Loofs et beaucoup d'autres, il a été trompé par cette fausse idée d'une grâce irrésistible.
Or, une étude purement objective des textes, mais de tous les textes, spécialement de la dernière époque, •considérés dans leur liaison et dans le sens indiqué par Augustin lui-même (ce qui est la vraie méthode historisque), amène à une conclusion absolument différente. Il ne s'agit pas de pallier les exagérations et les erreurs d'un Père — lui-même en a rétracté un bon nombre et il en est d'autres que nous signalerons; il s'agit de trouver sa vraie pensée, son vrai système complet et logique, tel qu'il l'a compris.
Malgré des exagérations trop réelles sur certains points, malgré des difficultés qui expliquent, mène sans parti pris, les dissentiments, nous croyons les textes assez clairs et les critiques assez impartiaux pour proposer une revision de jugements trop sévères. Et nous affirmons sans hésiter : 1. que saint Augustin s'est formé un vrai système parfaitement enchaîné, sans contradictions, et dont le fond n'a pas varie'' depuis son épiscopat, à en juger par ses derniers ouvrages; 1. que dans ce système la liberté humaine fut jusqu'au dernier jour très nettement affirmée tandis que jamais on n'y trouve une impulsion irrésistible et nécessitante.
2'- Développement historique de la pensée d'Augustin sur lu grâce. — 1. Origine du problème. — A. 11 est bien antérieur pour Augustin aux premières In tics pélagiennes de 412 : c'est là un fait aujourd'hui incontesté. A mesure qu'Augustin condamnait le manichéisme et résolvait le problème du mal par le rôle qu'y joue la liberté humaine, surgissait pour lui le problème <lu bien sous son triple aspect philosophique, théologique et spécialement paulinien.
a) Le philosophe habitué à chercher en tout l'action de Dieu dut se demander comment se conciliaient deux souverainetés, celle du gouvernement divin et celle de la liberté de l'homme. La prescience divine, que les philosophes anciens avaient niée pour sauvegarder la liberté, ne l'inquiétait pas : puisque Dieu sait que je ferai librement telle action, la vérification de cette science, loin de détruire l'indépendance de mon acte, l'exige infailliblement. La prescience n'agit pas plus sur l'avenir que la mémoire sur le passé. De civil. Dei, 1. V, c. ix, n. 4, P. L., t. xi.i. col. 148-152; De libero arb., 1. III, c. iniv, n. 7, P. L., t. xxxii, col. 1275- 127(1; lu Joa., tr. 1,111. n. I, /'. L., t. xxxv, col. 177(5. Ce n'est pas même le concours de l'action divine avec l'activité' créée qui le préoccupe le plus ordinairement. Pelage niera ce concours, comme toute intervention divine; mai céiié- du problème ne sera touché que très indirectement. C' qui fixe l'attention d'Augustin, c'esl le rôle
Spécial de Dieu dans la vie morale : vertu, sainteté', tout
est-il dû à la seule liberté humaine? (tu si on en
lie l'origine en Dieu, que devient la liberté?
Pour le théologien, la révélation compliquait le
problème en afflrmanl une influence mystérieuse el
continuelle du Christ dans le chrétien : Sine nie ni/ni
polcsiis facere. Joa., w, 5. La question d'une
surnaturelle venait s'ajouter à relie de la providence.
c) Mais ledog paulinien de ta prédestination divine
i mi, mie d'une même
argile le potier lait des v.isrs d'honneur I t des i;ik,.v
d'ignominie, ajoutait celte autre question : comment
la liberté n'est-elle pas anéantie par la chute d'Adam et parla prédestination gratuite de Dieu'.'
Voilà l'aspect de la question pour Augustin dès le début de son apostolat, et il ébauchait déjà une réponse dans son E.rpositio gttarumdam propositionum ex Epist. ad Rom., prop. 55, 60, 61, 62, P. L., t. xxxv, col. 2076-2080; Lib. lxxxiii qusest., q. lxvi, /'. L., t. XL, col. 71.
B. Erreurs sur les causes de la théorie augustinienne. D'après certains protestants Augustin aurait été poussé à ses théories sévères de la prédestination et de la grâce par sa conception du rôle essentiel de V Eglise. Baur, Die christliche Kirche von Anfang..., 1859, p. 143; Dorner, Augustinus, p. 257; llolt/mann, Historicité Zeitschrift de Sybel, 1879, p. 132. La théorie du péché originel, donnant au baptême et à l'Église qui le confère une importance toute nouvelle, lui permettait d'enrégimenter les jeunes générations, et, dit Grandgeorge, Saint Augustin et le néoplatonisme, p. 136, « cette considération influa beaucoup sur l'esprit de saint Augustin et le poussa également à la théorie de la prédestination. »
C'est là une vue entièrement erronée, comme l'ont prouvé Loofs, Realencyclopâdie, 3" édit, art. Augustinus, t. n, p. 278, et Beuter, August. Studien, p. 46. Celui-ci établit que les théories de l'Église et de la grâce sont chez Augustin deux chapitres indépendants l'un de l'autre, et que jamais il ne se prévalut de la doctrine du péché originel pour appuyer ses théories sur l'Eglise. Ses nombreux écrits n'offrent pas trace de cette préoccupation.
2. Diverses pliases de la pensée augustinienne et erreurs de la première période. — A. En aucune queslion l'étude des œuvres d'Augustin dans l'ordre chronologique n'est aussi importante qu'ici. Déjà de son temps les semipélagiens opposaient ses premiers écrits aux derniers; et saint Augustin leur répondait : « C'est vrai, j'ai mieux vu, j'ai corrigé ; puisque vous me lisez, pourquoi ne progressez- vous pas avec moi'.' >> Cf. De prxdest. sanct., c. iv, n. 8, P. L., t. xi.iv, col. 966.
B. Mais il faut se garder d'exagérer, comme faisaient les jansénistes soutenant qu'Augustin écrivant le De spirilu et liltera (412) était encore pélagien. Même avant son épiscopat dès 393, Augustin formulait dans le De div. qusest. LXXXIII, q. lxvi, n. 5, P. L., t. XL, col. 71, les grandes thèses du péché originel, exquo in paradiso nalura nostra peccavit; de la masse de perdition : on mes una massa luti facti sumus, quod est massa peccati, et de la prédestination gratuite. Seulement jusqu'à son épiscopat il n'avait pas compris comment la première bonne disposition de la volonté, par exemple la foi, doit venir de Dieu; et il attribue à la liberté' seule cet initium sululis. An fond tout le semipélagianisme (non le pélagianisme. comme prétendait Jansénius) pouvait entrer par là. Cette erreur unique avait inspiré diverses formules qu'il a lui-même corrigées plus lard. Telles sont les suivantes : a) La vocation à la foi est un don gratuit de Dieu; mais l'acceptation de la foi est le fait de la liberté seule. I.ib. LXXXIII
qusest., q. lxvi, n. '■'<. /'. /.., t. m., col. 71. Cf. Retract., II, c. xxvi, 16, /'. /.., I. xxxii, col 628. — in Dans la masse de l'humanité déchue, dieu aperçoit des différences qui justifient les grâces diverses accordées aux uns ou aux autres. ïbid., n. i. — c) Deus nnu miseretur, nisi >■<>h/nia* prsecessurit. Tbid., n. 5, col. 76. Plus tard il dira que tout bon désir est déjà une miséricorde de Dieu.
— d) La grâce de la Vocation n'était alors pour lui que
li prédication extérieure; il oubliait ['appel intime au
fond du cœur qui sait se (aire accepter infailliblement.
Cf. De prmdest. sanct., c. m. n. 7, /'. /.., t. xi., col. '.Mil.
— <•) Croire et vouloir viennent de nous seuls; opérer
le bien est le don de la grâce. ExpOSitiO i/uiirinmlam
ilionum ex Epist. ml Hum., prop, "é>. 60, 61, /'. L., t. xxw, col. 1076-2080. Cf. Retract., 1. I, c. xxui,
AUGUSTIN (SAINT
/'• /... t. xxzii, col 621, - / De même il i
'l'"' !•' /'" met ili [ui justifie. Exp
prop. 00, i.-'. i i qui Bjoutenl :
talions, I. I. c. kiiii, n. '.. pourvu que la foi elle-m< me
Boil proclama e don rfi Dieu.
•'•• ''•" ';,'; ; Importance du /■ ■ i Simplit ianum.
1 "• ; | il importe de dissiper . onsiste a
prolonger indéfiniment les hésitations d'Augustin. 1 "' par les arguments des pélagiens, il n aurait rri i le champ de la liberté; el vers la lin de sa m.- seulemenl il aurait formulé cette prédestination absolue qui l'anéantit. C'esl une erreur. Si la prédestination détruil !.. liberté, c'est dès :;'.i7 qu'Augustin ■' nié celle ci; car dès le débul même de son épiscopat (quinze ans avant la controverse pélagienne) il .. formulé m. ii système dans une fameuse consultation, qui n'a été tii assez étudiée ni assez comprise. Siraplicianus, successeur d'Ambroise sur I.- siège de Milan, entré autres questions posées à son ancien disciple Augustin, l'interrogé sur le chapitre i.\ de l'Épttre auz Romains. La réponse, Dr div. qusest. ad Sitnplicianum, I. [, q. n, /'. /.., i. xi., col. 104-147, constitue par sa précision, sa plénitude, sa clarté el surtout /-«/• l'explication rationnelle qu'il ajoute au dogme, la véritable clef <iu système augustinien On doit I,. relire si on veut saisir le fond de la pensée ri la portée do formules continuellement employées, mais dont le sens n'esl guère indiqué qu'ici. Cette assertion étonnera. En voici les preuves :
A. Augustin lui-même dans ses dernières années, et avec une insistance trop peu remarquée, renvoie ses adversaires a ce livre. Dans les Retract., I. 11. c. i, /'. /.., t. xxxii, col. 629, loin de rien modifier, il affirme que ses recherches furent couronnées par le triomphe de la grâce, iit cujus quœstionis solutione laboratum est quidem pro I ibero arbitrio voluntatis humanx . sed \iui dei gratia. Dans le De donc- perseveranlix (en i-io'-i-J'.i . c. \.\i. n. 55, 1'. I.., t. xi.v, col. 1027, il affirme que là, anlequam pelagiana hseresis appareret, il a enseigné la vraie doctrine de la grâce et de la prédestination. D'aprèsle De prxdestinatione sanct. (en 129), c. rv, n. 8, /'. /.., t. xi, iv, col. 9GG, c'est là seulement que les semipélagiens auraient pu trouver la solution du grand problème: « Qu'on leur envoie donc ces livres, i dit-il : /// >enissent islam qusestionem secundum verilalem Scriplurarum in I" libro... ci Simpliciai forte eosnon noverint ;quodsi ita est, facile ui noverint. El cette solution, il l'ose attribuer à uni' illumination divine : Quam milii Deus m hoc quœslione solvenda,
iul epiSCOpum Si m j,l nui ,, ,i n, . s n ni il 1.1 i , scrilirrrm , REV1 l.AVIT. Qu'on adoucisse tant qu'on voudra la i
de celte révélation, si on songe qu'Augustin parle ainsi à la lin de sa vie, dans s,. s ouvrages 1<> plus prédestinatiens. il n'esi poinl permis de ne pas tenir grand compti de cette consultation.
B. Du reste, des critiques très pénétrants ont s.ii-i l'importance de ce livre, bien qu'ils ne semblent pas en avoir compris toute la doctrine. D'après Loofs, Realencyclopâdie, 3« édit., t. n. p. 279-280, on peut av» citations de cette seule Quœst. n ml Simplicianum reproduire toute la doctrine spécifiquement augustinii une sur la grâce telle qu'elle fui défendue plus tard contre les pélagiens et les semipélagiens. I t ce travail de synthèse, Loof l'a ébauché dans son article. Reuter, Augustinische Slttdien, p. 10, dit que nulle part on n.' surprend mieux, dans |e travail même de sa formation. i stème augustinien de la grâce et de la prédestination lies ce temps-là .tait dessiné tout le schéma de la ide forme que sa doctrine allait revêtir.
Parmi les écrivains catholiques contemporains, l'abbi 'I urmel, Revue d'h\ Hoire ri ■!•• littt
p. ■' 92, et l'ai !■• Jules Martin. Saint .\ ,
\ partir de 397, dit M. Marin, la p riode de la conn din . di llniti
imparaison des I , conviction. Il
n'est p.,- exact que les formules , s plus dures soient
l- di nu. re p riodi I - pi d< stii nulle part un. lorme plut
""/''"■."• '-• 13. A i surplusie
1'" ' v' mple -m le tort des i niant-. M Turmel oi que e. n lines formules adou e iThut. n de Un ndanl qu'il n'j a pas |j, u ,|,. reCourir i
lutlon depui- .;<.!'.
■ • Le système pélagien. - Il faut le connaître si on veut comprendre la théorie el I.. terminologie d'Augustin. Or. si les erreurs parti nnues
ivenl être dével , , i
'"•i- d'où elles -ont issues el le fond n. con-
troverse pél igienne I- sont moins.