I.-. Theologia mor. et cont. s -.'1111. t
p. 188-195. — e. L'indécision d'Augustin . jus-
qu'à la lin de sa vie, et il est inexact qu'en H8, dai lettre exc, n. 18. /'. L.. t. xxxm. col. 863, il ait ■ damné absolument le génératianisme. Se- pai formelles dans cette même lettre, n. 2. 1. 11-16.21; puis dans les ouvrages postérieurs, vers 120, /' orig., I. I. c. xvi. n. 26. /'. / . t. xuv, col. audeo docere quod nescio; I. IV, c. 11. n. 2. col StitJl ausus aliquid tle/imre. «/uni faleor nie ncsi ire. I 11 a écrivait dans les Retrait., I. I. c. 1, n.
AUGUSTIN (SAINT
t. xxxn, col. 687 : Nec tvnc sciebam, nec adhuc sein. Cf. 1. II, c. XLV, CVI. Enfin, le même aveu d'incertitude est réitéré dans son dernier ouvrage, Op. imperf. cont. JuL, 1. H, c. clxviii, P. L., t. xuv, col. 1219 : Me nescire confiteor. Mais on peut dire avec Bellarmin, De amiss. grat., 1. IV, c. xi, que vers la fin, seule la difficulté du péché originel l'empêchait d'adhérer à la création des âmes.
3° L'incarnation et l'œuvre du Christ. — 1. Importance de la clirislologie d'Augustin. — a) En dehors de la lettre cxxxvn à Volusien, Augustin n'a pas écrit de traité spécial sur l'incarnation. Mais dans tous ses grands ouvrages, dans le De civitate et le De Trinitate, dans les commentaires sur saint Jean et sur les Psaumes, dans l'Enchiridion, le De agone cltristiano, les Sermones et spécialement dans les explications du symhole, Jésus- Christ apparaît au centre de sa théologie, de la religion et de l'histoire de l'humanité. Sans doute on peut trouver quelque exagération dans la remarque de Harnack, que « cette contemplation du Christ était un élément nouveau et qu'Augustin a été le premier à le réintroduire après Paul et Ignace ». Lchrbuch der Dogmengesch., 3e édit., t. m, p. 117; Précis de l'hist. des dogmes, p. 269. Mais dans le fond cette observation marque exactement un coté de la pensée du docteur d'Hippone : dés sa conversion, Jésus-Christ a été le point d'orientation de son àme; et. Confcss., 1. VII, c. xvm, P. L., t. xxxn, col. 745, voir col. 2268: il le présente sans cesse comme la vérité, la vie, l'unique voie vers Dieu, De civil., I. IX, c. xv, P. L., t. xli, col. 268; 1. X, c. xxxn, n. 1, col. 312, il l'appelle universdlis animée liherandse via ; bien plus, le Christ qui est la voie, est aussi pour lui le terme, la patrie, Deus Christus pathià est quo inius : homo Cltristus via est qua imus, Serin., cxxiv, n. 3, P. L., t. xxxvm, col. 685; il pense à lui toutes les fois qu'il parle de révélation et d'autorité, et les développements qui semltlen! être de la philosophie pure, sont chez lui, très souvent intluencés et pénétrés de la pensée de Jésus-Christ. Nul n'a mis plus constamment en relief ce qu'il écrivait à Laurentius : Certum propriumque fidei calliolicse fundamentum, Christus est, Enchir., c. v, P. L., t. xi., col. 233, et en ce sens, on peut dire avec Loofs, Leitfade», etc., p. 221, qu'il a formé la théologie et la piété occidentale à donner à la personne de Jésus-Christ la place qui lui convient. L'idée dominante de la Cité de Dieu (Reuter l'a bien remarqué, Augustinische Studien, p. 80) consiste à montrer le Christ au centre du monde, et la religion du Christ ne commençant pas avec l'Évangile, mais dominant tous les siècles, passés et futurs : res ipsa quse nunc christiana religio nuncupatur, erat apud anliquos, nec defuit ab inilio generis ftumani, etc. Retract., 1. I, c. xm, n. 3, P. L., t. xxxn, col. 603; cf. De civil., 1. XVIII, c. xi.vn, P. L., t. xi. I, col. 609; Enchir., c. cxviii, P. L., t. XL, col. 287.
h\ La doctrine christologique de saint Augustin a moins varié avec le progrès de l'âge que sa doctrine de la e. Le protestant Scheel conclut ainsi une patiente étude historique de la christologie d'Augustin, Die Anschauung Augustin' s ûber Christi Person und Werk, in S1. Tubingue, 1901', p. 391. Malgré certaines hésitations du début, voir col. 2322, « la christologie esquissée par Augustin jusqu'en 391 est le germe de sa christologie postérieure. »
. L'influence de cette doctrine sur les successeurs de
i [ue d'Hippone sera suffisamment indiquée par ce
lait, 'i'"' 'a fameuse lettre du pape saint Léon le Grand à Flavien (13 juin iiit) s'inspire non seulement dis pensées, mais des tormules mêmes du De Trinitate. Dorner, Auguttinut, p. 105-106, tait une intéressante comparaison de cette Epis t., xxvin, P. L., t. liv, col. 775 sq., avec les 1. 1 et II De Trinitate.
2. La personne du Christ. — Sur aucun point de la révélationa la doctrine d'Augustin n'est plus claire, plus
constante, plus logiquement enchaînée. Sur aucun point aussi, les critiques protestants n'ont fait des efforts plus malheureux pour l'arracher à l'orthodoxie, et le rejeter tantôt dans le docétisme, tantôt dans le nestorianisme. Il faut lire les hésitations, les aveux et enfin les conclusions inattendues de Harnack, Lehrbuch der Dogniengesch., 3e édit., t. m, p. 119-120. Sous prétexte que, d'après Augustin, la Trinité entière a opéré l'incarnation, ce Père n'a pu admettre que le Verbe ait avec l'humanité du Christ une union plus intime que les autres personnes; et, parce qu'il a constamment affirmé contre Apollinaire l'existence de l'âme dans le Christ, Harnack en conclut qu'avec cette âme, considérée comme personne humaine, Augustin a construit l'Homme-Dieu : la personne humaine a reçu le Verbe en elle-même, et l'âme, milieu où il a été reçu, est le centre de l'Homme- Dieu.
Ainsi le Verbe ne s'est point fait chair, mais il s'est uni par la grâce avec l'âme de Jésus. Avec plus de clarté, le même critique disait, t. Il, p. 339 : D'après l'évoque d'Hippone, « on peut concevoir l'habitation de la divinité en Jésus-Christ, par analogie à sa présence dans le juste comme dans un temple, bien qu'il soutienne avec fermeté que le Verbe s'est fait chair. » Telle est aussi la doctrine de Dorner, d'après Scheel, qui, lui, se rallie franchement, avec Feuerlein, à l'interprétation catholique d'Augustin donnée par Schwane. Scheel, op. cit., p. 225. Il suffira de parcourir les principales thèses du grand docteur, pour voir la fausseté évidente de toute autre explication.
A. L'ensemble du dogme a été expliqué avec une netteté qui ne permet point le doute : Homo verus, Deus verus, Deus et liomo totus Cltristus : Hoc est catholica l'aies. Qui negat Deum Christum, photinianus est; qui negat hominem Christum, manichéens est; qui confitetur Deum œqualem Palri Christum et liomincm verum... catholicus est. Serni., xcn, n. 3, P. L., t. xxxvm, col. 573. Cf. Enchir., c. xxxvi, col. 250 : Christus una persona, Deus et homo, etc.
B. Le Fils de l'homme. — a) C'est en expliquant ce titre de Jésus-Christ, qu'Augustin affirme la réalité de la nature humaine du Christ. De cons. Evang., 1. II, c. i, n. 2, P. L., t. xxxiv, col. 1071. Dans le De agone c/irisliano, il combat successivement : les docètes qui lui refusent un corps réel, c. xvn, n. 20, P. L., t. xl, col. 300; les apollinaristes rigides qui lui refusent une âme, c. xxi, n. 23, col. 302; cf. erreur d'Alypius à Milan, Confess., 1. VII, c. xix, P. L., t. xxxn, col. 746; les apollinaristes mitigés qui lui accordaient une âme principe de vie, mais sans intelligence, eum negant habuisse quod est optimum in homine, c. xix, n. 21, col. 301. Cf. Epist., clxxxvii, n. 4, P. L., t. xxxm, col. 833; Serni., lxvii, n. 7, P. L., t. xxxvm, col. 436.
b) Avec la nature humaine, le Verbe a pris les infirmités de la chair qui sont exemptes de péché; il était passible et mortel, comme nous tous. De pecc. mer. et rem., I. II, c. xxix, n. 48, /'. L., t, xi.iv, col. 180. D'autre part, l'union personnelle avec le Verbe, grâce ineffable, type de la grâce d'adoption que le Christ nous méritera, fit rejaillir sur cette humanité d'admirables privilèges : exclusion de tout péché originel, parce que le Christ, dit-il, a été conçu sans concupiscence, Euehirid.,c. xxxiv, xli, P. L.,t. XL, col. 249, 252; De Trin., I. XIII, c. xvm, P. L., t. xi.ii, col. 1032; — sainteté absolue qui le préserve de toute faute personnelle, mémo la plus légèri . Enchirid., c. xxxvi,P. L., t. xl. col. 250; De Trin., loc. cit.; De eorr, et grat., c. xi, n. 30, /'. L., t. xi.iv, col. 93V : Neque metuendum erat, ne... per liberum voluntatis pcccarct arbitrium, cum... natura honiinit a Deo itasuscepta, nullum in se nwtum malœ voluntatis admilteret. Comment Dorner, qui cite ce texte. Auguttinut, p. 103, a-t-il pu en conclure que le saint docteur nie la liberté du Christ.' 11 l'affirme
AUGUSTIN (SAINT
an contraire et là et ailleurs, par cxenii tanct., v. x\, m. 30, P L.,\. ii.iv, col. '.i<s- ■ aui ideo "< illo non iih.m voluntat erat, ac non tanto niagi* eral, i/iiaii in magit tervire peccato non poteralf En particulier il revendique pour lui la pleine liberté de ion aacriflee Bur la croix, De h in., I. IV, c. un, n. 16, P. L., t. m. m, col. 858 : non eam [i m nia i item i <'- ternit im itus, ted '. quando voluit, quomodo voluit.
Cf. Semi., cui, n. 9; Zn /oo., tr. C\IX, n. G, P. A., t. ww, col. 1962.
c) Deux autres privilèges de l'humanité du Clirist sont signalés : sa vie intellectuelle' était à l'abri de toutes nos ignorances, et, même entant, il fut préservé de l'inconscience naturelle à cet âge, De pecc. mer., 1. II. c. xxx, n. 18, /'. /.., t. xi.iv, col. 180; dans sa vie sensible se développaient les affections humaines, mais admirablement soumises à l'empire de sa volonté, et il apparaît dans la passion non animi infirmitate, sed potestate turbalus. In Joa., tr. LX, n. 5, P. L., t. xx.w. col. 1799 (voir tout ce sermon).
C. Le Fils de Dieu. — Douter de la pensée d'Augustin sur la divinité de Jésus-Christ entendue dans le sens le plus strict, est impossible. Il n'y a pas même ici l'obscurité de certains textes comme pour la Trinité. On peut dire que les assertions de Ilarnack sont expressément réfutées : — a) Augustin n'est pas resté photinien, puisqu'il raconte lui-même et réfute ses anciennes erreurs. Confess., 1. VII, c. xix, P. L., t. xxxn, col. 746. Cf. col. 2322. — h) C'est du Christ considéré dans sa personne divine, qu'il affirme l'égalité absolue avec son Père, Serm., clxxxiii, n. 5, /'. L., t. xxxvin, col. 990 : arianus qui non confitetur sequalem, non confitetur Filittm; si non confitetur filium, non confitetur Christum, et contre les eunomiens, n. 6, ibid., qui negat similem (Patri), negat Christum. Cf. Cont. serm. arian., c. xxxvi, n. 3i, P. L., t. xlii, col. 707, nos tanquam opprobrio novi nominis homousianos voeant, etc. — c) Il a repoussé en propres termes et fort souvent l'interprétation nestorienne de sa doctrine, donnée par Harnack, c'est-à-dire l'union purement morale du Verbe avec le Christ, l'inbabitation par la grâce. Dès 396, dans le De agone christ., il proteste deux fois contre cette erreur : N'écoutons pas ceux qui dans le Christ ne veulent voir qu'un homme et un saint, hominem dicunt, sed itajustum ut dignus sit appellari films Dei, c. xvn, n. 19, P. L., t. xl, col. 300; les autres saints reçoivent le don de la sagesse, le Christ a reçu la personne même du Verbe, non soluni beneficium (sapientite) habet, sed etium personam gerit. Ibid., n. 22, col. 302. En 426, sous l'inspiration d'Augustin, le moine gaulois Leporius, voir col. 22KB, rétracte celte conception nestorienne, quatre ou cinq ans avant le concile d'Éphèse, dans le Libellus cmemlationis. Cf. Mansi, t. iv, col. 581-519; Hahn, Bibliothek der Symbole, etc., 3eédil., § 214, p. 299. — d) De même, l'adoptianisme, conséquence du nestorianisme, a été à l'avance exclu par saint Augustin. Les Pères de Francfort invoquèrent à bon droit son autorité, par exemple, /" Joa., tr. VII, n.4, P. L., t. xxxv, col. 1139 : Oportebat ergo nt ille baptizaret, qui est Filins Dei Unicus, non adop- TATUS; adoptati filii ministri sunt Unici. Et dans le LU bellus de Leporius, llabn, op. cit., p. 301, on lit de même : credamua Unicum Filium Dei, non adopttvi m. sed proprium,... aecundum earnem fuisse perpessum. Cf. Serm., clxxxiii, n. 5, /'. L., t. xxxvin, col. 990.
D. L'union du Verbe ci Je l'humanité est partout expliquée en parfaite harmonie avec saint Cyrille d'Alexandrie, et aucune divergence n'a pu être signalée.
a) C'est une union de deux natures en une seule personne. Augustin emploie parfoia la formule traditionnelle en Occident depuis Tertullien, in Christo du»
su ni quideni substantif, ted una persona, S*ft»i.,< six,
n. 3, /'. /.., t. xxxvin, col. 727; ci. lu Joa., tr. LXXVI1I,
n. 8, P. I. . t xxxv. col. 1836 : agnoscamus gemiuam tubitantiam Christi, utrumque a
lus. Mu- plus souvent au mot tubsi lise, il lubstitue le mol plus i Reuter, Augustinische Studien, p. 220, un peut tr rtion de Dornei qu'Augustin a initie premier en Occident celte formule « deux i une personne , il est certain qu'il a toujoii' hautement non pas seulement l'unité t deux
personnes in Jésus-Christ, mus l'unicité absolue d'une personne en deux natures: Ha... medialor apparuU, ut in unitate personœ coputans utramque naturam, Epitt., cxxxvu, ad Volus., n. 9, P. L., t. xxmii, col. 519.
li) Cette personne unique est celle de \ sistant de toute éternité en sa nature divine, a voulu dans le temps subsister dans la nature humaine du Christ, en se l'appropriant par une communication de sa personnalité' : Chris lus in unitatem PERS numente invisibili Dei forma, accepil visibilem hotntnis formam. Cont. Maxim, arian. ep., I. I, c. xix, P. L., t. xi.ii, col. 757. (Juoi qu'en ait dit Dorner et, après lui. Scheel lui-même, op. cit., p. 226, il est dent que Chris tus ici (comme très ordinairement Augustin est l'équivalent de Verbum ou di I le Verbe qui a uni à sa personne l'humanité du C! Cf. De corr. et grat., c. XI, n. 30. P. L., t. xliv, col. 934 : Deus naturam nostram, ul est animant ralionalem camemque hominis Christi suscepit...utip*e [homo) et verbum... una persona esset. C'e-t d une formule, familière à Augustin, de représenter tantôt la nature humaine portant en soi la personne du V< Sapienlise (le Verbe) personam gerit. et plus souvent la personne du Verbe portant la nature humaine : Fdium Dei dicimus passum in liomine quetn portabat. De agone christ., c. xxai, n. 25, /'. L., t. xl. col. 301; cf. Lib. i.xxxiii quxst., q. lxv : hominem quem Sapientia gestabat.
c) L'humanité du Christ n'était donc pas une personne quand le Verbe se l'est unie, et c'est pour établir ce point (en même temps que la gratuité de l'union qu'Augustin insiste sur ce fait que cette humanité n'a jamais existi'- hors du Verbe, De Trin., 1. XIII, c. xvu. i- P. L., t. xi. n. col. 1031 : ex quo l, illo est et Deus; Op. imper f. cont. Jul., I. I. c. i. xxxvin, P. L., I. xi.v, col. 1 137: dans le Christ. 1/ .101-
quam ita fuit homo ut non esset unigenit nus;
Cont. serm. art, m., c. VIII, /'. L., t. XLII, col ' 38 sic assumptus est ut prius creatus imeretur
sed ut ipsa assumptione crearetur.
E. La distinction des deux natures reste intacte après l'union. Les protestants reconnaissent qu'Augustin n été sur ce point moins aflirmatif que les saints Athanase et Ambroise.
ni En général les formules d'Augustin excluent toute pénétration d'une nature dans l'autre. De Trin.. 1. 1, c. vu, n. 11. /'./... t. xiii. col. 829: neque enim illo ceptione alterum eorum m alterum conversuni atque mutalum est; nec divinilas quippein creaturam tata est. ut desisteret esse divinilas; ne,- creatura m divinitatem, ut desisteret esse creatura.
La lettre CCXIX, n. I. /'. /.., t. xxxiii. col. 991, nous apprend que Leporius avait nié l'incarnation pour sauver l'immutabilité divine. Aussi le Libellus etnendalionis accentue-t-il ce point: absit ita credere ut confia quodam génère duos naluras in unam arbilrcmur re~ dactas esse substanliam. Hujusmodi enim connu partis utriusque corruptio est. Scheel. op. cit., p 1S»>. a réuni une foule de textes qui excluent toute 0 mutatio, conversio, confusio du divin et de l'hun Il tant en conclure que le mot mi.vtui, condamné- p Libellus et assez fréquemment employé par Augustin, cf, Epis t., 1 xxxvii, n. 1 i (mijrtura l'
AUGUSTIN (SAINT
indique seulement l'intime pénétration, non des natures, mais de la personne divine dans la nature humaine, pour se l'approprier.
b) La divinité du Verbe ne subit donc aucun changement, aucune diminution : (Deus)mutabilem creaturam incommutabili majestate suscepit, De agone christ., c. x, n. 12, P. L., t. xl, col. 297; Homo Verbo accessit, non Verbum in hominem commutabiliter accessit. Epist., CLxrx, n. 7, P. L., t. xxxm, col. 745. Vainement Reuter, Augustinische Studien, p. 212, a voulu trouver chez le saint docteur des traces de la xpOvLt; protestante d'une renonciation partielle du Verbe à l'usage de ses attributs divins. D'autres protestants.Feuerlein, Scheel, op. cit., p. 50, lui ont répondu qu'il ne pouvait être question à son sujet ni de xévbxriç ni de xp'J4"î, tant il est clair dans l'explication de Yexinanivit de saint Paul : Quomodo exinanivit? Sumendo quod non erat, non perdendo quod erat... Cum esset Deus, homo apparuit. Serm., xcir, n. 3, P. L.,\. xxxvm, col. 573.
c) La nature humaine de son côté reste nature créée, limitée dans le temps, l'espace, l'activité. Aussi Augustin explique-t-il constamment de l'humanité du Christ le Pater major me est. Enchirid., c. xxxv, P. L., t. XL, col. 250; Z)e Trin., 1. I, c. vu, n. 11, P. L., t. XLII, col. 828. Il estétrangequeles luthériens citentencore Augustin en faveur de leur eutychianisme inconséquent qui donne à l'humanité du Christ ubiquité et préexistence à sa conception. Scheel, op. cit., p. 266-267, prétend que le Liber cont. serm. arian. attribue à l'humanité la toute-puissance: or il s'agit uniquement du pouvoir de juger au dernier jour, op. cit., c. xi, P. L., t. xl, col. 691 , et là même est exclue toute préexistence du Christ comme homme, quod esse cœpit in tempore.
V. La perpétuité de l'union hyposlatiquc a-t-elle été niée par Augustin? D'après Dorner, Auguslinus, p. 101, et, après lui, Scheel, op. cit., p. 268, Augustin aurait cru que l'incarnation ayant un but temporaire, prendrait fin avec le jugement dernier, sous prétexte qu'au De Trin., 1. I, c. x, n. 21, P. L., t. xlii, col. 835, on lit: Jam non interpellabit pro nobis, tradito regno Deo et Palri. Comme si la fin des intercessions marquait la fin de son règne dans le ciel! Précisément, dans ce même passage, il repousse l'opinion étrange de certains, que l'humanité serait alors absorbée dans la divinité, n. 15, col. 829, et il ajoute: nec arbitremur Christum traditurum regnum Deo et Pain, ut adimat sibi, n. 10, col. 830.
G. Les lois du langage théologique fondé sur l'unité de personne (communicatio idiomatum) ont été non seulement observées, mais très exactement formulées par saint Augustin: Hanc unitalem personse Christi, sic ex natura ulraque conslantcm, divina scilicetatque humana, ut quselibet earum vocabulum etiam altcri impertiat, <-t divina humanœ, et humana divina, beatus ostendit Apostolus. Cont. serm. arian., c. VIII, /'. L., t. xlii, col. 688. En vertu de cette unité, on dit que le l'ils de l'homme est descendu du ciel, et que le Fils de Dieu a été crucifié, ci Filius Dei dicitur crucifixus. D'après Harnack, Dogmengesch., t. n, p. 339, les expressions caro Dei,ounatusi\i fcinina Deus, seraient très rares chez Augustin. D'abord le nombre importe peu. Mais les expressions équivalentes abondent, comme Verbi caro, /». Joa., tr. CX, n. 5, P. L., t. xxxv, col. 1923 (Scheel, p. 2(>r>); Augustin n'hésite pas à rér cent fois que Dieu est mort, par ex., Epist., clxix, n. 8, /'. /,., t. xxxm, col. 7i(i; Serm., cxxx, n. i. /'. L., t. xxxvm, col. 728; c.c.x, ibid., col. 1969; spécialement c.r.xiv, n. 7, col. 1069 : Vila et Immortalis in cru.ee moreretur. Enarr. in l's. cit. n. ii, P. L., t. XXXVII, col. 1321; Enarr. in l's. CXLVll, n. 18, col. 1925, etc.
II. Les formules parfois moins exactes d'Augustin ne créent point de difficultés, si on les examine avec lis
développements qui les entourent. Ou bien elles ont été rétractées, comme le Homo doniinicus, Relract., 1. I, c. xix, n. 8, P. L., t. xxxii, col. 616: cum sit utique Dominus,etc. Ou bien elles sont expliquées; ainsi, très souvent Augustin semble dire que le Verbe s'est uni un homme (donc une personne) : susceptus est homo, est-il dit plusieurs fois dans le sermon ccxiv, n. 6, P. L., t. xxxvm, col. 1069. Mais (Scheel l'a très bien remarqué, op. cit., p. 100) le mot concret homo est pris par Augustin pour l'humanité concrète et singulière que le Verbe s'unit, et Augustin le dit lui-même : cum enini sit totus Filius Dei unicus D. N. J . Christus Verbum et homo, alque, ut expressius dicam, Verbum, anima et caro... Ibid., n. 6. Cr. De Trin., 1. IV, c. xxi, n. 31, P. L., t. xlii, col. 910. Ailleurs, si on lit avec attention ses explications, on s'aperçoit que ses inexactitudes mêmes sont inspirées par le sens profond du dogme, mais envisagé sous un aspect spécial. Ainsi il compare l'humanité du Christ à un vêlement ; indutus est homine, dit-il, Lib. de div. qusest. Lxxxur, q. lxxiii, P. L., t. xl, col. 85. et passim, formule dont abusera Abélard dans un sens nestorien, voir col. 47, 414; mais Augustin nous dit luimême que l'expression indutus est doit être entendue d'une union, non pas accidentelle et extérieure, mais substantielle et intime ; elle signifie seulement que l'humanité n'a point modifié le Verbe, pas plus que le vêtement ne modifie celui qui le revêt: quanquam illa susceplio ineffabiliter susceptum suscipienli copulaverit, sed quantum verba humana rébus ineffabilibus coaptari possunt, ne mulatus intelligatur Deus. Ibid., col. 85. De même la comparaison de l'union hypostatique avec l'union de l'âme et du corps, souvent employée, par exemple Serm., clxxxvi, n. 1, P. L., t. xxxvm, col. 999, a pour but d'affirmer l'union réelle et non morale seulement, entre le Verbe et l'humanité, idem Deus qui homo,... non confusione natursc, sed unitate personse. Mais tandis que l'àme et le corps sont des parties de l'homme qu'ils constituent, le Verbe tout entier est Dieu, tout entier il est homme: accedit homo Deo, et fit una persona, ut non sit semi-deus, (fuasi parte Dei liens, et parle hominis homo, sed totus Deus et totus homo. Serm., ccxcin, n. 7, P. L., t. xxxvm, col. 1332.
3. L'œuvre du Christ Sauveur. — A. Le problème. — Dans l'interprétation de la théorie d'Augustin sur la rédemption, il est facile de constater combien la doctrine du salut est intimement liée à la doctrine du Sauveur : de la sotérologie dépend la sotériologie. Abélard n'ayant cru trouver chez Augustin qu'un Christ purement homme, moralement uni par la grâce à la divinité, ne vit aussi dans la rédemption que l'inlluence de ses leçons et de ses exemples. Tous les théologiens catholiques, au contraire, ayant reconnu dans ses écrits le véritable Homme-Dieu, y trouvent également le dogme catholique du salut, c'est-à-dire Yexpialion de nos péchés sur la croix par une victime innocente substituée à l'humanité coupable. Jusqu'à ces derniers temps, calvinistes ri luthériens, croyant à la divinité du Christ, admettaient la même interprétation. Mais depuis que la divinité de Jésus-Christ a été battue en brèche, les nouveaux nestoriens sont revenus à la rédemption morale d'Abélard, et bon nombre de critiques ont osé attribuer à Augustin leur conception rationaliste. On ne parle plus d'expiation, et la substitution fait place à la solidarité de la famille humaine; le Christ, dil-on, est bien mort pour nous, •j-rràp r,|j.(ôv, puisque ses exemples de vertu nous sont salutaires; mais il n'a point souflert àvtl r,|J.'i)v, à notre place. Ou bien, si l'on avoue qu'Augustin a parlé de rédemption, on la ridiculise, en prétendant qu'il a entendu par là une rançon payée, non à Dieu, mais au démon pour nous délivrer de son esclavage.
A. Harnack s'est gardé de ces excès : il reconnaît que chez Augustin « Jésus nous est représenté comme io
\i GUS1 IN SAINT
médiateur, la victime ■ i le prêtre i n duquel
noua sommet rachi téi p\ réi oni ilii avi i la divinité, i bien que sa mort, comme le prêche l I glise, est le sûr fondement de notri rédemption. Prêt u de l'hitt dogmes, p. 270. Haie il essaie d'annihiler cet aveu en prêta ni è \u . ustin ces troii | ■ la réconcilia-
tion avec Dieu est bien moins importante que le rachat du démon; b la leçon d'humilité donnée par le Christ coup ' e rachat, el constitue la véritable œuvre du Christ; c) d'ailleurs Augustin n'attribue - ;i cette rédemption « i ii«- des (Mets négatifs (pardon des péchés, etc.) et non une justification positive. Karnack, /.. hrbuch der Dogmengesch., 3" édit., t. m, p. 118-425, 190-192.
Le docteur A. Gottschick, Augtutin's Anschauimg von der Erloser-Wirkungen Christi, dans Zeitschrift fur Theol. und Kirche, 1901, p. 97-213, a combattu ces fausses interprétations; connue Seeberg, Lehrbuch der Dogmeng., 1895, t. i, p. 30i, il reconnaît dans les écrits de s;iint Augustin la vraie rédemption expiatoir ajoutant que cette conception ne lui semble point au— i clin-tienne que le pense Seeberg.
B. Solution du problème. — La doctrine sotériologique d'Augustin n'est point obscure : nous nous bornerons à la caractériser par l'examen de sa pensée sur ces quatre points : a) le médiateur; b) le sacrifice, acte principal de sa médiation; c) la délivrance du démon qui en est la conséquence ; d) l'action morale du Christ.
i" question : En quel sens suint Augustin attribuet-il l<> rôle de médiateur à V humanité du Christ? — On est d'abord étonné de cette assertion inspirée par I Tim., Il, 5, sur laquelle le grand docteur revient souvent. Dans les Cou fessions, 1. X. c. xliii, n. 68, P. /.., t. xxxii, col. 808, il dit : lu quantum homo, m tantum mediator; in quantum autem Verbum, non médius, guia sequalis Deo ; et par suite, ajoute-t-il ailleurs, il est également éloigné de nous : non per hoc mediator est, quod sequalis est Patri;per hoc etiim, quantum Pater, tantum et ipse distat a nabis : et quomodo erit medietas, ubi cadem ipsa distantia est"? De pecc. orig., c. xxvm, n. 33, P. L., t. xi.iv, col. 402. Cf. De civit., 1. IX, c. xv, P. L., t. xli, col. 269; Enarr. in Ps.cm, n. 8, P. L., t. xxxvi, col. 138i : Christus mediator inter Imminent et Deum, non qua Iléus, sed qua homo, etc. Serm., ccxciii. n. 7, /'. 1.., t. xx.wm. col. 1331. A cause de cette insistance, Scheel, op. cit., p. 318-319, reproche à Augustin de sacrifier le rôle du Verbe : Le médiateur ne doit-il pas être l'Homme-Dieu, pour se trouver entre les deux extrêmes? Il le faut suis doute, el Augustin l'entend bien ainsi. Deux observations éclaireront sa pensée.
a) D'abord ce n'est point la personne du Verbe, mais la nature divine qu'il veut exclure du rôle de médiateur. Comme le mot Christus désigne la personne du Verbe subsistant en deux natures absolument indépendantes l'une de l'autre, il se demande quelle est celle des deux, humaine ou divine, qui peut et doit poser les actes de satisfaction et d'expiation : or il est évident que ces actes ne sont point du ressort de la nature divine. Mais la nature humaine à son tour n'agit point sans être comme informée par la personne du Verbe. C'est donc bien l'Ilomme-Dieu qui apaise le l'ère et nous sauve. Telle est la pensée exacte du saint docteur : Keque per ipsum liberaremur unum mediatorem... wsj bssbt ri mi s. Enchir., c. cvm, P. /-., t. xi., col. 233. Ce rôle du Verbe et de l'humanité dans la rédemption est admirablement expliqué dans le sermon cxxvn. n. 9. /'. /.., t. xxxvni. col. 710 : De suc Filius lia, de nostro filius hominis. Quod minus est, a nobis accepit; ni od ni <
EST, NOBIS DEDIT. Sam et mortuus est e.r illo quùd filius homini est, mm tecundum illud quod Filius Dei. Muni lu- est TAMBti Ju.u s Dli, sedseuundutn carnem
miiiiii i s( ,/.,/) tecundum Vt
ut, de nottro mortuus est; quod viviu VIVIMI g.
kutre observation Augustin a conçu l'œuvn do m' diati ur m, u- mi doubli ipaisi i I ii<
de I humanité, convertir le coeur de I homme de 1 1 de Dieu, voila son double rôle. Or il \ .i une n profonde qui distingue i • - deus missions du ' première, apaiser Dieu. sera rouvre de i Hoxme-B du juste par excellence (l'expression Homo-L chir., c. i \ni. semble i tre spéciale à Augustin, <l Barnack, Lehrbuch, t. m. p. 191). Convertir l'hon sera l'œuvre de DiEU-homme : c'est l'amour de Dieu al I incarnation descendant jusqu'à nous, ju-
etirde notre nature, qui nous gagnera par le taele de cet anéantissement, non de l'humanité qi ineffablement exaltée, mais du Verbe dans l'humanité. (les deux points de vue sont essentiels pour i prendre la doctrine d'Augustin. Dans le De Tri I. IV, c. n, n. 4. P. i... t. xi ii. col. 889, il dit : Iniquorum et superborum una mun isecis Ji-n,
et BU m ut AS Ds/.Le sang de l'homme juste voilà pour l'expiation; l'humilité (l'abaissement de Dieu dans l'humanité), voilà pour convertir notre orgueil.
2* question: La rédemption est-elle, d'après Augustin, un sacrifice expiatoire offert par le Christ à son Père, en vertu d'une substitution? — La réponse < claire, si constamment formulée dans toutes les œuvres du saint docteur, que certains s'étonneront d'une question motivée par de récentes critiques. Pour Augustin comme pour toute l'Église chrétienne jusqu'à ces derniers temps, le premier acte — et le principal — de la médiation du Christ, c'est l'expiation de nos p. et notre réconciliation avec Dieu par le sacrifice du calvaire, selon Eph., v, 2, tradidit semetij vobis oblationeni et liostiam Deo. Ci. Serm., CLII, n. 9, P. L., t. xxxviii, col. 82i.
a) Trois principes sont supposés par Augustin à la base de ce dogme fondamental : a. la conception du péché, non pas seulement comme une imperlection morale du pécheur, mais surtout comme une lésion du droit divin, une offense de Dieu et un oui i majesté; — b. la théorie de la satisfaction due à Dieu, théorie développée surtout dans la doctrine de la pénitence dont elle est le fondement ; — c. le principe de la substitution (satisfactio vicariat en vertu de laquelle le Christ s'offre el est accepté par ->'i> Père comme vietime des péchés de l'humanité entière dont il obtient ainsi le pardon. Tout cela, Augustin l'affirme en bloc, sans une analyse distincte, mais avec une netteté qui ne permet pas le doute : Suscepit Christus sine > suppliiium NOSTM v, ut inde solveret reatum SOSTHVM, et finiret supplicium sostrvm. Cont. Faust, n
I XIV, c. iv. /'. L., t. xi.ii. col. 297. 11 adresse les terribles reproches de l'Apôtre à ceux qui ne voient dois la croix qu'une œuvre morale : animalis homo... percipit... quid gratix credentibus crus conj Christi : et putat hoc illa cruce actum esse tantum modo, ut nobis... imitandum prszberetur exemptant. Tn Toa., tr. XCVIII, n. 3, /'. /... t. xxxv, col. 18
Cf. tr. I.W1X. n. 2. col. lî
b) Les sources scripturaires de ce dogme se trouvent pour Augustin : a. Dans les paroles de Jésus a la Cène : El ideo .' hic est. ait, sanguis meus, qui pro multis effundetur in remissionem peccalortim. De ;>< mer., I. Il, c. \x\. n. 19, /'. /.., t. xi iv, col. 180-181. -
II Dans les l pitres de saint Paul, b- prédicateurde la a ;iinsi, dans l 'Fnchirid.. c. XI. I, n. 13. /'. /... t
col. 253, expliquant II Cor., v, 20, il écrit : Eum </'" non noverat peccatum, id est Christ um, pro n
catiim fecit hoc est, SACRIFICIUN PRO PECCATIS, per rccmuiliari valeremus. — c. C'était pour lui l'échc prophéties antiques. Dans tout le c. xxxi, Dt i
AUGUSTIN (SAINT
Evang., n. 48, il applique au Christ Is., lii-liv, surtout Vulneratus est propter peccata nos Ira... livore ejus sanati sumus, P. L., t. XXXiv, col. 1065. Cf. InPs. lxviii, n. 9, 10, col. 8i8-8i9, qux non rapui, tune exsolvebam , et Augustin ajoute : fuit delictorum susceplor, sed non commissor. In Ps. xuv, n. 7, ibid., col. 498; In Ps. xxxi, n. 18, ibid., col. 270. — d. Il y voyait la réalisation de la grande figure de l'agneau pascal, avec saint Pau), I Cor., v, 7. Cf. De doct. christ., 1. II, c. xu, n. 62, P. L., t. xxxiv, col. 64; Enarr. in Ps. xxxix, n. 13, P. L., t. xxxvi, col. 443.
Après des affirmations si nettes et qui vont encore se multiplier en se précisant, il est inconcevable que certains critiques aient pu attribuer à saint Anselme l'origine de cette idée rédemptrice. Depuis les articles de Cremer dans Studien and Kritik., 1880, p. 7 sq., et l'assentiment donné à sa thèse par Ritschl et son école, il a été de mode de prétendre que la théorie anselmienne de la satisfaction était inspirée par les principes du droit germain. Les meilleurs critiques protestants, les plus étrangers aux préoccupations dogmatiques comme Loofs, Leilfaden, etc., 3e édit., p. 273, Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., t. m, p. 357, ont montré tout ce qu'il y a d'étrange dans une assertion qui donne la coutume germaine du Wehrgeld pour origine à une croyance longuement étudiée par saint Augustin et même formulée par les Pères antérieurs, comme Tertullien et Cyprien. Bien plus, Harnack n'hésite pas à affirmer que, même avant saint Paul, le christianisme le plus ancien était basé sur le sacrifice expiatoire du Christ mourant. Cl. Harnack, Das Wesen des Chrislentum, 1900, 9e conf., p. 98-10-2; ir.id. franc., Paris, 1902, p. 163-174.
c) L'acte rédempteur du Christ c'est la mort sur la croix; elle est, pour Augustin : a. Un véritable sacrifice : morte sua quippe uno verisximo sacrificio pro nobis oblato, quidquid culparum erat,... purgavit, abolevit, exlinxit. De Trin., 1. IV, c. xm, n. 17, P. L., t. xlii, col. S99; cf. c. xiv, n, 19, col. 901, les quatre éléments de ce sacrifice. — b. Le sacrifice unique figuré par tous les sacrifices anciens, In Ps. lxxiv, n. 12, P. L., t. xxxvi, col. 955: lu omnibus Mis generibus sacrificiorum intelligitur illud unum sacrificium et unica vidima in Dominus. — c. Sacrifice perpétué dans le sacrifice de l'autel qui est offert dans le monde entier selon la prophétie de Malachie; cf. De civil., 1. X, c. xx, P. L., t. xu, col. 298, où il est dit aussi : huic sumnio veroque sacrificio cuncta sacrificia falsa cesser tint. —d. Sacrifice consistant essentiellement dans la mort du Christ, décrétée par son Père. Mais nulle part on ne trouve, chez Augustin, trace des exagérations de la scolastique protestante, 'l après laquelle Jésus en croix aurait été vraiiii' 'lit maudit par son l'ère, et aurait souffert les tourments mêmes île l'enfer. Gretillat, Dogmatique, t. iv, p. 298, dit avec raison que ces excès ont rendu odieuse la théorie de l'expiation.
./, I.,' rôle multiple de Jésus dans ce sacrifice est déterminé par le giand docteur : a. Tantôt il apparaît comme prêtre et sacrificateur : le péché est effacé per unicitm saa ificium mediatoris veri sacerdotis. De (lot. I IX. c. xiv, n. 25, /'. L., t. xxxiv, col. 119. — /•. I antôt il est à la fois la victime et le prêtre, parce que lui-même qui offre sa vie et livre son corps aux tourments, Cf. De Trinit., loc. ai., col. 901 ; De civit., I. \, e. xx, /'. L., t. xu, col. 288:Ipse afférent, ipse >■/ oblai précisément la liberté de cette oblation
par lui-même qui Ir.insiorrne en sacrifice la mort inpar les bourreaux : le Christ a été immolé parce qu'il l'a voulu Serm., ii n. n. 9, /'. L., t. xxxvm, col. 821: Et perrexil "-' passioneni morlis, mortem m, m,,, necessitatis sed arbitrii, et il renvoie à Eph., v, 2. - c. Tantôt Augustin le montre victorieux it triomphateur, Confess., I. X. c. xi.in, /'. /.., t. xxxii,
Col. 808 : VU lue ri , ni, ,im, il nlcn VlClOr quia ncliiiia, DICT. I.L llll.ol.. CATilOL.
et ideo sacerdos quia sacrificium, faciens tibi nos de servis filios. — d. Enfin il le représente au ciel intercesseur pour nous, comme le grand-prêtre, dans le Saint des saints. Cont. epist. Parmen., 1. II, c. vu, Vin, P. L., t. mil, col. 59.
e) Les fruits de la satisfaction du Christ sont sans doute d'abord le pardon des péchés, Cont. Faust., 1. XIX, c. vi, P. L., t. xlii, col. 352, le pardon de tous les péchés, même de ceux commis après le baptême (ce que nie Scheel, op. cit., p. 313) : Sanguis ... delcvit oui nia peccata nocenlium, prelium tanlum dalum redemit omnes captivas... In I's. CXXIX, n. 2, P. L., t. xxxvii, col. 1697. Mais saint Augustin exprime avec non moins d'insistance et sous mille iormes les dons positifs de la réconciliation avec Dieu. C'est une grâce analogue à celle de Jésus-Christ qui nous est assurée. De pecc. mer., c. xxvi, n. 39, P. L., t. xliv, col. 131. C'est l'incorporation au Christ dont tous les croyants deviennent les membres: per êjus sanguinem . . . Chrisli corpori copulanlur. InJoa., tr. LUI, n. 6, P. L.,\. xxxv, col. 1772; cf. Serm., cxliv, n. 2, P. L., t. xxxvm, col. 188. C'est l'adoption divine jusque-là empêchée par nos fautes : illevenit Unigenitus solvere peccata, quibus implicabamur ne adoptaret nos... In Joa., tr. II, n. 13, P. L., t. xxxv, col. 1394. Et dans le Serm., cxcn, n. 1, P. L., t. xxxvm, col. 1012, il dit avec plus d'énergie encore : Deos faclurus, qui homines erant, liouio foetus est qui Deus erat. Comment Harnack a-t-il pu parler de réconciliation purement négative?
/') L'étendue de la rédemption du Christ, d'après Augustin, est universelle et ne souffre pas d'exception : Sanguis innocens fusus delevit omnia peccata nocenliinn, prelium lantum dation ralentit omnes captivos... In Ps. cxxix, n. 2, P. L., t. xxxvn, col. 1697. Ainsi : a. Tous les péchés sont expiés, même ceux commis après le baptême, qui, d'après Scheel, op. cit., p. 313, ne seraient point compris dans la rédemption. — b. Tous les captifs sont rachetés, même les enfants qui meurent sans recevoir le baptême. Augustin l'affirme expressément. Cont. .lui., 1. III, c. xxv, n. 58, P. L., t. xuv, Col. 732. Il faut même remarquer l'argumentation d'Augustin qui ferme toute échappatoire aux jansénistes. Au 1. VI Cont. Jul., c iv, n. 8, ibid., col. 825, et dans VOp. imperf. cont. Jul., 1. II, n. 175, ibid., col. 1217, il raisonne ainsi : Jésus-Christ est mort pour tous sans exception, donc tous sans exception sont pécheurs : mu ucs itaque morlui sunl in peccatis, NEMINE trorsus EXCEPTO, et pro omnibus mortuis vivus morluus est unus. De civit., 1. XX, c. vi, P. L., t. xu, col. 665. Voilà la pensée des dernières années d'Augustin. On sera donc bien forcé, quand il restreindra aux élus les effets de la rédemption, de l'entendre des grâces efficaces qui ne sont pas données à tous. Les sermons de saint Augustin ne peuvent laisser aucun doute; après le H. P. O. Rottmanner, Scheel l'a remarqué, op. cil., p. 155. Serwi., cccxliv, n. 4, P. L., t. xxxix, col. 1515 : Sanguis Domini tui, SI vis, datus est pro te, si NOLUERIS c.iKe, non est datus pro te... Une est magnum quia semel cl pro OMNinrjS dédit. Sanguis Christi volculi estsalus, nolenli supplicium. Serm., ccxcii, n. 4, P. L., t. xxxvm, col. 1322 : APOSTOLICA et vera sententia
EST, Ql'IA ChRISTUS Sai.VATOR OMNIUM HOMINUM. Cf.
.l.-li. Faure, ad cap. xlvii Enchir.; Stentrup, De Verbo incarnato, Soteriologia, th. xxxm, t. i, p. 387-416. Voir plus loin la doctrine de la grâce. — Huant aux ailles, Augustin eût craint de favoriser la croyance origéniste au salut final des démons, s'il ne les laissait en dehors de la rédemption. 11 signale seulement, Enchirul., C. l.Xl-ixn, /'. L., t. XI., col. 260-261, que la mort du Christ a réuni hommes justes et bons anges en une même cil''' de Dieu, dans laquelle les élus remplaceront
les ailles déchUS.
3e question : Saint Augustin a-t-il iu dans la rc-
AUGUSTIN (SAINT
dcnipticm une rançon payée au démon, non à / <»n le lui a reproché, ainsi qu .1 d autn Pèi 1 omme si lu démon avait acquis, par le péché, le droil de lenir en esclavage l humanité, en sorte que le sang «lu Christ, au lieu il 1 ■' Dieu, aurait été le pi i \ payé au
ption odii use, inspii
ntal, que s. uni Grégoire de Nazianze, Ovat., il, P. ii., 1. xxxvi, col. 654, stigmatisait déjà comme injurieuse à Dieu. Mais, quoi qu'il en soit tirs autres I
il vrai qu Augustin ait compris ainsi la rédemption? Sans doute, lui aussi, il décrit l'esclavage du démon, à qui les hommes se sont vendus, vendcre te potu<
redimere n"n potuerunt; il affirme que le sang du Christ a été le prix de nuire radial; il parle de tendu au démon sur la croix : le corps du Christ a été l'appât sur lequel il s'est précipité, etc. Cf. Serm ., cci.xi 11, n. I, /'. L., t. xxxviii, col. 1210; cxxxiv. c. V, 11. 0, col. 745. .Mais si l'on examine le sens de ces imagi est absolument ('vident que cette mise en scène n'est qu'une façon de dramatiser la défaite dudémon et notre délivrance : la doctrine d'Augustin non seulement est étrangère à la grossière conception d'une rançon payée au démon, niais elle peut donner la clef des expressions employées par certains Pères. Voici quelques preuves :
a) Jamais Augustin n'a exprimé la pensée que le Christ ait traité avec le démon, qu'il soit médiateur entre l'homme et le démon, ni que son sang ait été Oflert au démon. Il ne connaît qu'une seule médiation, entre les hommes et son Père; cf. Enchirid., c. cvm. /'. /.., t. xl, col. 282; De prsedest. sanct., c. xxx, n. 15. /'. L., I. xi. iv, col. 981; une seule rédemption proprement dite, celle qui nous rachète de la colère de Dieu : Omnis natura humana juslificari et redimi ab ira Dei justissima, hoc ex/ a vindicta, nullo modo potest nisi per fidem ac sacramentum sanguinis Christi. De nat. et grat., c. 11. n. 2, P. A., t. xi.iv, col. 119. L'expiation des péchés par le sacrifice offert A SON Pkre est pour le docteur d'Hippone l'idée centrale de la rédemption et du christianisme, comme l'ont démontré les textes cilés plus haut. Prétendre avec Harnack que cette réconciliation avec Dieu n'apparaît qu'au second rang, c'est absolument dénaturer les faits.
b) Bien plus, noire délivrance du démon est présentée partout comme la pure conséquence de l'expi
et de la réconciliation avec Dieu, non comme le résultat d'une rançon payée au démon. Ce principe est d'une importance capitale. Loin de mettre en première ligne je ne sais quel trafic avec le démon, partout Augustin montre que celui-ci a été vaincu précisément1 pane que Dieu a reçu satisfaction et a pardonné. De civil., I. X. c. xxu, P. L., t. xli, col. 300 : vincitur (dsemon)., mediatorem Dei ci hominum Chris tum Jesum, quem, fada peccatorum purgatione, RECONCILiami r 1)i. o. Non enim nisi peccatis homines separantur a Deo. Cf. De Trin., 1. IV, c. xm, n. 17, /'. /.., t. xi.ii. col. 899; De peccat. mer., I. II, c. xxx. 11. 9. /'. /... t. xuv, col. 180; In Joa., tr. LUI, n. (i. /'. L., t. xxxv. col. 1771-1772; Serm., CCCLZIU, n. 2, P. L., t. XXXIX,
col. 1635.
c) l.a théorie de saint Augustin sur la défaite du démon exclut positivement toute idée de rançon. On trouve cette théorie développée au I. XIII De Trinit., c. xn, n. 16, /'. /.., t. xi.ii. eol. 1026 : tout est à lit
à peser, en particulier les principes suivants : a. Le démon n'avait aucun droil sur nous : ce qu'on appelle ainsi n'est qu'une permissif,! ,/c Dieu de châtier les pécheurs : il était bourreau, non le maître. — (V Donc aucune rançon n'était due : mais la rémission des péchés par Dieu entraînait notre liberté' : Ni ergo comniissio peccatorun\j par iram Dei instant, hominem subdidit diabolo, profecto remssio peccatorum per reconcilialionem Un benignam eruil hominem a diabolo. Lie. cil., n. I(i, col. lo.ij. — < . Ce pardon pouvail
être gratuit sar. n : il convenait mieux <\
justice divine lut sali
empire par- mite de -on injusti plan de la
ne m I pi nr II
le m eu, I, ,,-, ,,, ■ ,| , -t puni et
-on empire sur tes neti igitur juslilia,
qua i n tus est diab de parler
de rançon; bien différente t-t la i /ustitia Jesu Christi f Et quomoà Ouia
cum in eo nihit morte dignum <<
lumen. Et Utii/uejuSlum i si »t (I, b ■■ ,ebat,
liberi dimittantur... Ibid., n. 18, cl. In>7-102cette explication revient . inem
innocenlis, jussus est recedere a nocenlibu i \\x. n. 2. /'. L., t. xxxviii, col. 7.' quem
debebas, redde ■/<<<"/ tenebas. S \iv. n. 0.
col. 7'tô. El au sermon CXXX, n. 2. col. 72''>. avec plus d énergie encore.il dit du démon ■luit
sanguine,,, istum fundi ■ eo quod fudil tanguinem non débitons, reddere débitons, llle quippe ■ ■ suum ad hoc
fudil, m PECCATA KOSTRA DELERET... IsU tcnm
captivorum. Venil ille, alligavit /i
lu suse. Le rôle du démon est donc uniquement celui d'un vaincu et d'un châtié. C'est en ce sens que la croix a été pour lui un pi. . pula tua erat ;
unde Ixtatus es, inde captus es. Serm., cxxxiv, n. Ci, ibid., cul. 7iô.
.Mais Augustin affirme que Jésus nous a racheté démon! — Oui. mais il dit aussi que Jésus nous a rachetés de l'esclavage du péché, Serm., xxx. n. I. ibiil., col. 188, rachetés de l'enfer. Serm., cccxuv, : col. loi,"), rachetés de la mort. De nat. el grat., c. I n. 26, P. L., t. xliv, col. 260. Prétendra-t-on qu'il a payé une rançon au péché, a la mort et à l'enfer?
■'/ question : En quoi consiste, d'après saint Augustin, l'œuvre morale du Christ? — Après le pardon dis humilies par Dieu, le médiateur devait remporter uneseconde victoire, ramener à Pieu les cours des nom De tous les Pères, sans contredit, nul n'a déw avec autant d'insistance qu'Augustin ce côté moral de l'incarnation. C'est même là un cachet tout personnel de sa doctrine : sa thèse sur l'humilité de / l'incarnation est une de ses plus prolondes conception-. Les théologiens catholiques ont lai-se aux ascètes la méditation de cet aspect de l'o uvre du Christ chez saint Augustin. Les critiques protestants, au contraire, surtuiit dans ces dernier-; temps (plusii ioute par-
ée que la théorie de l'expiation leur souriait moins, mais plusieurs aussi qui veulent la conserur) ont
Mir avec éclat la grande thèse augu-tinienne du îtus /luiiiilis. Cf. Harnack. Lehrbuch der Dogmengesch., :! édit., t. m. p. 122: Scheel, op
5-440. Il suffira ici de préciser la pensée du docleur- d'Hippone.
o) Dons le plan divin, Vhuntilité est la !• damciilule de l'incarnation. Partant, même dans ouvra-< -s les plu- théoriques. Augustin réunit le double but de ee mystère, l'expiation offerte au Père cél. et l'humilité réhabilitée par les insondables abaii ments du Verbe fait homme. C'est le trait de la personne de Jésus-Christ qui a fait sur son âme comme sur saint Paul, l'apôtre de l'erinantrif, la plus protonde imj sien. Harnack revient sans cesse sur celte idée, et. pour lui, le Christus hnmilis est le centre de la christoî du docteur d'Hippone. Sans doute pour Augustin Pin nation esl h- grand témoignage de l'amour de I pour nous. Voir surtout lie catech. rud., c. iv. n /'■ /... t. xi. col. 314-315. Mai- cet amour lui-nu amener. i nos cœurs à aimer l'humilité de Pieu. i|ui, manifestée par de tels anéantissements, bris orgueil. » L'image idéale de é (leur, dit le célèbre critique, voilà ce qui a subj;.
AUGUSTIN (SAINT
Augustin : l'orgueil c'est le péché, l'humilité est la source et la lorce de tout bien. Dans les abaissements du Cbrist, il puisa ce sentiment nouveau qu'il a implanté dans l'Eglise, le culte de l'humilité. Cf. Lehrbuch der Dogmengesch., t. m, p. 122; Précis de l'hist. des dogmes, p. 270. Telle est bien l'impression que laisse ce texte du 1. VIII De Triait., c. V, n. 7, P. L., t. XLII, col. 952, où l'humilité est présentée comme le grand mystère sauveur : Hoc enim prodest credere, et firnvum atque inconcussum corde retinere, humilitatem qua natus est Deux ex fernina et a mortalihus per imitas contumelias perductus ad mortem, summum essf. medi- CAMENTUM, quo superbiœ nostrse sanaretur tumor, et ALTUM SACRAMENTIM quo pcccali vinculum solverclur.
b) C'est précisément par l'humilité que Jésus est pour nous la voie. Dans les Confessions il raconte comment lui fut révélé, à lui qui ne voyait encore dans le Christ qu'un homme incomparable, le rôle de Jésus, voie des âmes, mais voie par l'humilité: non enin tenebam Jesum, humii.is humilem, nec cujus rei magistra esset ejits infirmitas, noveram: Verbum enim luum... œdificavit sibi humilem domum de linio nostro (la nature humaine), per quam subdendos deprimeret a seipsis, et ad se Irajiceret sanans tumorem et nutriens amorem. L. VII, c. xvin, n. 24, P. L., t. xxxn, col. 745; cf. c. xix-xx. Un peu plus loin, il s'écrie, parlant de son orgueil passé: Vbi erat Ula sedificans carilas a fundamento humilitatis i/nod est Christus Jésus? n. 26, col. 747. Tel est le thème ordinaire de ses discours de Noël : Doclrinam lantse humilitatis agnosce... Tantum te pressit humana superbia ut te non posset nisi humilitas sublevare