‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 3)Chapitre 288 sur 338 · DICT. DE THÉOL. CATHOL · texte numérisé non relu

DICT. DE THÉOL. CATHOL

Ou bien la liberté du dissentiment reste dans la volonté, ou elle est anéantie : si la liberté persiste, avec plein pouvoir de résister, comment Dieu saurait-il avec une infaillibilité métaphysique qu'elle consentira? Si la liberté est anéantie, où est le mérite? — c) Enfin cette théorie est essentiellement incomplète. Tout au plus expliquerait-elle la prévision certaine du consentement futur de l'âme, quand Dieu donnerait à ses appels UNE telle intensité. Mais elle n'explique point l'autre partie du problème, la prévision des fautes chez ceux qui reçoivent une grâce ordinaire. Comment Dieu peul-il savoir ce qu'ils feront avec cette grâce ? Voici Pierre et Judas : Pierre est converti, dit-on, parce que la grâce est si forte que moralement il ne pourra pas résister. Mais Judas, que fera-t-il? La grâce de Jésus qui l'invite ne crée pas pour lui une nécessité morale de consentement : mais elle est au moins suffisante, elle lui donne le pouvoir complet, même relativement à la passion présente, de se convertir à l'appel de son Sauveur. Comment Dieu peut-il savoir avant l'événement ce que résoudra Judas? Il faut donc conclure : Ou bien on avouera que Dieu ne peut le savoir, et la providence est anéantie ; ou bien on niera qu'il y ait dans tout fidèle une grâce véritablement suffisante, et c'est le jansénisme ; ou du moins on dira que, dès qu'il n'y a pas nécessité morale du bien, il y a nécessité morale du péché, c'està-dire une incitation tellement forte qu'il y a certitude morale de la chute, et alors c'est au fond la théorie norisienne des degrés qui reparaît. Après avoir affirmé la nécessité morale des actes de vertu, on en arrive à proclamer la nécessité morale des péchés.

2° Critique particulière des divers systèmes. — L'application des raisons générales se fait d'elle-même, que la nécessité morale provienne du degré de grâce plus intense que la concupiscence (Massoulié), ou du choix de la e,râce en harmonie avec les dispositions de l'âme (Jos. de Vila), ou de la multitude et de la succession des diverses grâces (Thomassin). Seulement, tandis que les premiers systèmes semblent supprimer la liberté, ce dernier compromettrait la sûreté de la 'providence par des tâtonnements indignes d'elle. Qu'on en juge par cette explication de Thomassin, op. cit., t. iv, part. II, n. 5, p. 1V2 : lllud indubitatum mihi est, si quam in partem de/lectere voluntates nostras visum Deo sit, rorabeo posse iccuMULARiingeriqueincitamenta, tôt, exadverso, repagvla orjici, ut difficiclime dissektiat voluntas; ideoque si iisdem machinis SjEPICULE miieteii n, tandem CERTissiMB veniat in deditionem.

Quant â l'explication de Tournely et de saint Alphonse, on doit sans nul doute accorder que la prière est un grand moyen d'obtenir la grâce et de vaincre les tentations, et tel est le sens des maximes augustiniennes adoptées par l'Église. Mais la théorie surajoutée â celle maxime ne parail poinl aider â la conciliation de la grâce et de la liberté. On a «lit qu'elle réunit toutes les difficultés du molinisme dans sa première assertion, â

celles de la prédétermination thomiste (ou de l"augustinianisme strict) dans la seconde. Il semblerait même qu'elle les augmente notablement, en se privant des explications de l'un el l'autre système. C'est ce qui

explique le silence de bon nombre de théologiens. Puisqu'en ce moment la discussion esl reprise avec plus d'insistance, nous devons exposer brièvement les difiicultés que présente ce système, pour que le lecteur puisse juger. En des matières si délicates on ne doil point s'étonner que de grands maîtres el de grands saints soient d'un avis différent: l'autorité du célèbre docteur de l'Église sainl Alphonse de Liguori esl certes

d'un grand poids ime dans le dogme; elle ne peul

cependant trancher une question dans laquelle d'autres saints docteurs, comme sainl François de Sales, ont pré ■ féré une autre solution.

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