I. Causes des apologies. — 'A«< aine > ue
fense. justification ». ce qui suppose une attaque, une accusation. Les apologies fuient, en effet, pi au if siècle par les suspicions et les imputations dont le christianisme fut l'objet. La nte de dé-
fendre la foi et de la justifier suscita les apolor
Or l'opposition vint d'abord du judaïsme. Ce n était plus, comme du temps des apôtres, le parti judalsant qui cherchait, en acceptant la loi. a imposer le joug de la loi avec toutes ses conséquences et à faire des chrétiens autant de Juifs ; c'était un parti juif, ennemi conciliable du christianisme, qu'il accusait d'avoir fausse lidée du Messie conquérant, restaurateur de l'autonomie nationale et capable d'assurer la prépondérance juive sur le monde. Sous l'impulsion d'un patriotisme exaspéré, ce parti, au fond plus politique que religieux, ne voulait pas convenir que si quelqu'un avait défiguré l'idée messianique, c'était lui. Rien ne put lui ouvrir les veux ni abattre sa farouche intransigeance, ni la ruine de Jérusalem en 70, ni la perte de sa nationalité et sa dispersion définitive sous Hadrien. L ne aussi lamentable situation n'était, aux yeux des chrétiens, que le juste châtiment de la conduite des Juifs envers Jésus et la réalisation desanciennes prophéties. Justin, Dutt.,16, P G t vi col. 51(9-512 ; Octovtus, 33./'. L. t. m. col. 342- 3i3; Tertullien, Apolog., 26. P. L.. t. I, col. 438. [Dans tout cet article les citations des apologistes grecs sont tirées du tome VI de la P. G., sauf indication contraire.) Sur le terrain doctrinal, les Juifs reprochaient aux chrétiens d'avoir déserté la loi de Moïse « t de prendre Jésus de Nazaretb pour le vrai Messie. M. us ils ne s. n tinrent pas là : ils répandirent et firent propager par des émissaires les bruits les plus infamants et les plus calomnieux contra les chrétiens. Justin, Ihal.. col 512 ; ils prêtèrent même à Jésus l'enseignement crimes contre nature. Dial., 108. col. 728 J ils profilèrent de toutes les occasions pour dénoncer et livrer les chrétiens, quand ils ne les persécutèrent pas din ment. Justin, Apol., I, M, 36; DioL, 16, 122. 131. 33, col. 376. 385, 512. 760, 780, 785. Ils portent ainsi, dans l'histoire, leur part de responsabilité dans les persécutions \l.,is l'opposition déborda bientôt dans l'empire romain, gagna tous les rangs de l'échelle sociale, depuis les masses populaires jusqu'aux esprits cultivés et aux détenteurs du pouvoir, et déchaîna les persécul
le peuple, plus crédule et superstitieux que jamais.
toujours attaché à ses divinités faciles et commod prêt a en augmenter le nombre, toujourprèa des jongleurs et des devins, avide d'initiations, consultant lea oracles, pratiquant tous les n'.
rendre aui empereurs les honneurs divins de 1 apo-
APOLOGISTES (LES PÈRES
théose. Or les chrétiens n'étaient pas seulement un reproche vivant contre ses débordements, par l'austérité et la pureté de leurs mœurs. Ne fréquentant pas les temples, s'abstenant de prendre part aux sacrifices et aux festins sacrés, fuyant les jeux de l'amphithéâtre et du cirque et les représentations théâtrales, complètement étrangers aux réjouissances et aux fêtes publiques, menant une vie retirée, sans temple ou autel connu, sans Dieu à forme sensible ou concrète, ayant pourtant des réunions, des agapes, des rites, des sacrifices, avec des mots de passe et des signes de reconnaissance, entourés de mystère et fermés à l'indiscrétion des profanes, ils ne pouvaient passer que pour des ennemis déguisés. Aussi l'imagination populaire se donna-t-elle libre carrière ; elle ne s'en tint pas à des contes ineptes ou à d'innocentes caricatures, elle soupçonna vite sous ces dehors de la charité, dans ces réunions nocturnes, dans ces rites et ces repas, des abominations et des horreurs ; elle colporta les accusations d'athéisme, d'infanticide, d'anthropophagie, d'inceste ; elle murmura les mots de Thyeste et d'Œdipe ; finalement elle traita les chrétiens d'ennemis des dieux et du genre humain, les rendit responsables de toutes les calamités publiques, et, le fanatisme aidant, les dénonça, les fit poursuivre, de sorte que les chrétiens furent toujours à la merci delà moindre effervescence populaire.
Toutefois le peuple, malgré ses soupçons et ses calomnies, n'aurait pas été le danger le plus sérieux s'il n'avait trouvé dans le pouvoir un écho et des complaisances et n'avait fourni un prétexte ou un semblant de légalité aux poursuites. Les chrétiens, d'abord confondus avec les juifs et englobés dans le même mépris, furent rendus exclusivement responsables de l'incendie de Rome et condamnés par Néron. Persécutés de nouveau par Domitien, ils ne bénéficièrent pas de la tolérance accordée au judaïsme. Trajan n'annula pas la législation de ses prédécesseurs : si deferanlur et arguanlur, puniendi sunt. Il y apporta du moins certains tempéraments ; car il défendit à la police de rechercher les chrétiens et aux magistrats de tenir compte des dénonciations anonymes; il exigea le droit commun dans les poursuites: pas de libellas sine auctore; un accusateur ictoneus, menacé, faute de preuve, de l'infamie, conséquence de la calumnia. Ce fut ce rcscrit de Trajan à Pline qui eut force de loi pendant tout le IIe siècle jusqu'à l'édit de Septime Sévère, en 202. Malgré ces précautions restrictives, la porte n'en resta pas moins ouverte à la délation ; toute facilité fut laissée à des magistrats zélés ou peu scrupuleux de frapper les chrétiens, tout en appliquant la loi dans les conditions visées par le rescrit. Du reste, en dehors d'une accusation, régulièrement introduite ou habilement provoquée, la populace en délire se chargeait de forcer la main aux magistra I s. H ad rien, dans son rescrit àMinuciusFundanus, et Antonin, dans ses rescrits à plusieurs villes de la Grèce, eurent beau interdire de se prêter à de pareilles injonctions, la foule n'en continua pas moins de réclamer et d'obtenir des victimes. L'Etat ne fait pas œuvre de théologien, ne s'occupe pas des droits de la vérité ou de la conscience; il traite la religion comme un instrument de règne; gardien jaloux de sa constitution politico-religieuse, il surveille les cultes étrangers, les tolère ou les repousse au gré de son caprice ou de ses intérêts; mais, en fait, vis-à-vis des chrétiens il ne désarme pas el procède sommairement : il écrit avec du sang le livre des persécutions.
Mais entre le peuple et le pouvoir, que pensa la classe des lettrés, l'élite intellectuelle'.' Elle manqua de libéralisme, de tenue et de justice. Aux débuta elle n'afficha que du dédain. Juvénal risque à peine une vague allusion aux chrétiens. Tacite, Annal., xv, 14, et Suétone, In Claud., 25; in Ncron., 16, n'onl à leur égard qu'un mot méprisant. Pline, Epist., x, 07, réprouve t leur
détestable superstition » et ne condamne que leur obstination à se dire chrétiens. Parmi les philosophes, il en est, comme Plutarque, Maxime de Tyr et Apulée qui ne parlent jamais d'eux; d'autres les traitent d'esprits faibles, de songes creux, de fanatiques, indignes de fixer l'attention du sage ; d'autres ne voient en eux que des cardeurs de laine, des tailleurs de cuir, des foulons, dos artisans, des va-nu-pieds, des déclassés, des hunriliores. Dans leur fierté aristocratique ils se garderaient bien de se commettre avec une tourbe aussi dénuée de culture intellectuelle et de science, aussi étrangère aux nobles spéculations de la Grèce et de Rome. S'ils se taisent sur la grandeur de leur morale et la dignité de leur vie, ils déversent le ridicule sur les dogmes de leur foi, se moquent de leur Dieu crucifié, venu si tard et impuissant à les protéger, de leur croyance à la résurrection et d'une religion qui n'est bonne tout au plus que pour les femmes et les enfants, les ignorants et les esclaves, les âmes viles et dégradées, en un mot, pour la lie du peuple. Et quand ils les entendent trancher en docteurs, malgré leur défaut de culture, les délicats problèmes de la philosophie et de la religion, ils traitent cette assurance de prétention impertinente et saugrenue. Et quand ils les voient inébranlables dans leur foi devant les menaces, les tortures et la mort, ils s'en trouvent choqués jusqu'au scandale. Épictète, Arrien, Dissert, sur Épictèle, îv, 7, Lucien, De morte Peregrini, 13, Marc-Aurèle, Pensées, xi, 3, Galien, De pals, diff., 1,44; m, 3, Aelius Aristide, Orat., XLVI, qualifient d'insolente opiniâtreté, de folle manie et de bravade cette altitude courageuse en face de la mort sanglante. Aucun de ces esprits ne comprend rien à une religion qui n'aspire à rien moins qu'à devenir la religion universelle sans distinction de races, de nationalités et de classes. Aussi le mépris faitil bientôt place au dépit, à la colère, à l'hostilité, et une guerre de plume commence. C'est Fronton, Oclavius, 9,31,1e maître d'éloquence de Marc-Aurèle, qui ramasse dans l'égout les calomnies populaires. C'est Lucien, De morte Peregrini, 13, le satirique impitoyable, qui raille ces entêtés de fanatisme; c'est Celse, Origène, Cont. Cels., 1, 12, P- G., t. xi, col. 677 et passim, plus profond que Fronton et moins ironique que Lucien, qui, dédaignant les accusations courantes, puise ses armes dans l'Écriture et dresse le fameux bilan d'objections destiné à défrayer pour des siècles la polémique antichrétienne.
Devant cette opposition du judaïsme intransigeant, du fanatisme populaire, de la législation impériale el de l'opinion des lettrés, les chrétiens, toujours attaqués dans leur foi et menacés dans leur vie, durent se défendre. Ce n'était pas facile ni sans danger; l'entreprise n'en fut pas moins tentée et poursuivie sans coneci l préalable, sans direction officielle, au gré des circonstances, sous toutes les formes. Elle éclata d'abord a Athènes et en Asie pour se répercuter ensuite à Hume el en Afrique. Dès le règne d'Hadrien, puis sous Antonin, surtout sous Marc-Aurèle, durant la plus grande partie du IF siècle, des chrétiens courageux prirent la défense de leur loi et de leurs frères opprimés. Laïques, piètres ou évèques, quelques-uns restés inconnus, d'autres devenus célèbres, entrèrent en lice sans timidité et sans arrogance, respectueux dans la forme, niais inébranlables quant au fond. Sortis, quelques-uns d'un milieu juif, anciens philosophes pour la plupart, tous lettrés, tous convertis, ils étaient à même de défendre leur foi en connaissance de cause. Le cadre était tout tracé. Avec les Juifs, ils n'avaient qu'à prendre l'Écriture ; avec les
païens, ils n'avaient qu .ï montrer ce qu'ils croyaient, ce qu'ils pratiquaient, ce qu'ils étaient : des calomniés, des
innocents, des victimes. De là des conférences privées
ou des discussions publiques , des écrits sous forme
d'adresse, de requête ou de supplique; des appels aux empereurs, au sénat, aux magistrats, aux nations, aux
APOLOGISTES LES PÈRES
(Jrecs ou aux Romains ; des traitéi particuliers. Nom
m m plus loin les argumenta mi-- en valeur contre
l,i thèse des Juifs, les calomnies de la foule, la tyrannie
du pouvoir et l'o] ' des lettrés.
II. LES PI RE8 AT. : OC1STI 8 El LEURS SI VBES. — La liste dea apologistei du il* siècle s'ouvre par les noms de Quadrat el d'Aristide; elle contient ceui d'Ariston <l<' Pella, de sain) Justin, de Tatien, d'Hermiaa, de Milliades, de Bainl Apollinaire, évéque d'Hiérapolis, de saint Athénagore, de Baint Théophile, évéque d'Antioche, et de saint Méliton, évéque de Sardes, parmi lea grecs; ceux de Minucius Félix et de Tertullien, parmi les lalins; elle (livrait renfermer également celui de saint [renée, à cause de son llso; "EXVqvac ou Ilep't fa(0rr)U.i)C, vaut, par Eusèbe, //. E., v, 26, P. G., t. xx, col. 509, et sigmalé à tort par saint Jérôme comme un double ouvrage, De vir. M., 35, P. E., t. xxm, col. 083, actuellement perdu; et celui de saint Apollonius qui, sous Commode, a présenté au sénat une substantielle apologie. Eusèbe, //. E., v, 21, P. G., t. xx, col. 488. Mais il sera question de saint Irénée ailleurs; quant à la défense purement orale d'Apollonius, découverte par Conybeare dans le recueil arménien publié en 1874 par les méchitaristes de Venise, Apollonius' apology, Londres, 1394, ce n'est pas à proprement parler une apologie au sens où nous le prenons ici, mais plutôt un document à laisser parmi les Actes des martyrs. Texte grec dans les Analecta bollancUana, t. xiv, 1893. Cf. Th. Klette, Der I'roccss und die Acta S. Apollonii, dans Texte und Vntersucliungen, t. xv, fasc. 2, Leipzig, 1897. Voir col. 1508.
Quadrat, un Athénien peut-être, très vraisemblablement missionnaire, Eusèbe, H. E., ni, 37; v, 17, P. G., t. xx, col. 292, 473, fut le premier apologiste. Voyant que « des mal intentionnés cherchaient à nuire aux chrétiens », il présenta à lladrien.de passage à Athènes, en 125-126, une apologie du christianisme pour venger l.nnocence des fidèles et prouver la divinité de la religion; nous ne la possédons pas. Eusèbe, qui l'a lue, vante l'orthodoxie de sa doctrine et sa fidélité à l'ens ignement apostolique. H. E., IV, 3, P. G., t. xx, col. 308; Otto. Corpus apolog., t. ix, p. 333.
Aristide, philosophe d'Athènes, s'adressa vers 139, non pas à Hadrien, comme l'ont cru Eusèbe, H. E., iv, 3, P. G., t. xx, col. 308, et Jérôme, De vir. ill.. 20, P. L., t. xxm, col. 610, mais à Antonin le Pieux, 138-161, comme le porte la suscriplion de la version syriaque, trouvée par Rendel Marris, en 1889, The apology of Aristide*, 1 91; de Rossi, Bullet. diarch. christ., 1891; Harnack, Die Apologie des Aristides, Leipzig, 1893; Bardenhewer, Patrologie, Fribourg-en-lirisgau, 1894, p. 85-87. Aristide montre que la vraie notion de Dieu ne se trouve ni chez les barbares, ni chez les Grecs, ni chez les Juifs, mais chez les chrétiens. Ceux-ci, par la dignité de leur vie, la pureté de leurs mœurs et leurs vertus, prouvent la supériorité du christianisme; étant les seuls à posséder la vérité, ils ont le droit de renseigner librement. Voir Aristide.
On aimerait à croire que la voix de Quadrat et d'Aristide fut entendue et que leur intervention inspira les rescrits d'Hadrien et d'Antonin, Mais, outre la difficulté des dates, l'esprit léger de l'ami d'Antinous et l'indolente bonhomie d'Antonin empêchent de prendre cette hypothèse pour l'expression de la réalité. Apres comme avant leurs resents, le sang des chrétiens fui répandu.
Vers 150, Justin s'adressa à Antonin le Pieux, à ses ('..ux fils adoptifo, Marc-Aurèle et Lucius Verus, au s nat et à tout le peuple romain. Il pouvait se Qatter d'être favorablement accueilli. Fort de sa conscience, il 1 .rie sans crainte el avec fierté, demande que l'on juge les chrétiens avec la raison, après un examen exact et minutieux, sans se laisser entraîner par des préjugés ou par le désir de plaire à une foule superstitieuse, sous
l'impulsion d'un emportement aveugle ou l'influence de bruits calomnieux. Âpol., i.2, col. 389. Fort ■■
1 1 té- politique. H parle en patriote et en Romain, montrant dans les chrétiens des sujet- fidèles, el dan- le
christianisme une force efficace pour empêcher crimes et maintenir l'ordre dans la société. Apol., i col. 341. Fort de sa culture hellénique, il parh philosophe a des philosophes; il est loin de méconnaître les gloires de la philosophie, mais il sait par ience quelle est son impuissance et il présente le christianisme comme une philosophie nouvelle, comme lu seule philosophie, expression complète et définitive de la raison. Or une telle doctrine ne saurait être le réceptacle des infamies qu'on reproche aux chrétiens ni la source d'une morale flétrissante pour la nature humaine. Que des abominations se passent ailleurs, il veut l'ignorer, il constate du moins qu'on n'en poui pas les auteurs. Apol., I. 26, col. 309. Et sachant ce qui se passe parmi les chrétiens, il se permet d'entrouvrir la porte du mystère eucharistique : tout y est digne de respect. Et des lors il s'étonne qu'on ne punisse chez les chrétiens que leur nom; il proteste contre ce qu'il regarde comme une monstruosité juridique, comme un attentat à la droite raison et à l'équité naturelle. Au nom de la liberté de conscience, il réclame la tolérance, le droit de vivre, le droit commun.
Ce fut en vain, les calomnies continuèrent de plus belle; des bas fonds populaires elles envahirent la classe des philosophes: des délateurs obtinrent de nouvelles condamnations et la tragédie sanglante alla se répétant. C'est un drame domestique qui mit de nouveau la plume à la main de Justin, en lfiO, et lui fit rédiger sa seconde apologie, dans "l'espoir d'obtenir l'amél tion d'une situation intolérable en elle-même et i plètement en opposition avec les principes libéraux du gouvernement. Ici encore, il est fidèle à sa grande conception du christianisme, expression de la raison même de Dieu, et seule philosophie en possession de la vérité totale ; il écarte en passant cette objection : pourquoi vous plaindre quand on vous tue? La mort, comblant vos vœux et vous mettant plus tôt en possession du bonheur, autant vaudrait recourir au suicide; et cette autre : si Dieu est pour vous, pourquoi vous laisse-t-il opprimer? Il flétrit de nouveau les calomnies, auxquelles il serait si facile d'échapper en colorant comme les païens d'un motif religieux toutes les abominations reprochées aux chrétiens. Les chrétiens défendent la vérité; puissent les hommes se rendre dignes de la connaître ! Et puissiez-vons vous-mêmes, en princes sincèrement pieux et en philosophes, ne prendre conseil que de vos véritables intérêts et porter une sentence équitable ! Apol., n. 13. col. 169.
Entre ces deux apologies se place le Dialogue avec Tryphon. Saint Justin y combat les préjugés de certains juifs en faveur du mosaîsme et en haine de la foi; il y prouve surtout la divinité de Jésus-Christ par lidentitication du Jésus de l'Évangile avec le Messie de l'Ancien Testament et la réalisation des prophéties, entre autrrs celles qui concernent la vocation des gentils et rétablissement du christianisme.
M.ns déjà, avant loi, Ariston de Telia avait aborde ce côté de la question juive dans son 'IaoovocMrt llar:<ry.ov ivTt/oMï rapl Xpioroî, Origène, Cont. Cett., n
P. G., t XI, COl. 1116; Eusèbe.//. E.. iv. <;./'. G.,\ XX,
col. 313; Otto. Corpus apolog., t. iv. p. 349, et prouve, a laide de l'Écriture, que fis prophéties concernant le Christ se trouvent vérifiées en Jésus. Voir AlilsTON DE
Pi I I A.
Apres Justin, son disciple Tatien inaugure, av.. .W •,; -v.; 1 >V'i;. M genre d'apologétique bien différent de celui de son maître. Laissant de côté b les calomnies populaires, il s'en prend uniquement à l'hellénisme, qu'il traite avec un parti pus et une
APOLOGISTES (LES PÈRES
absence de mesure injustes. Il ne lui reconnaît aucun mérite; il l'accuse de s'être mis à la remorque des démons, ces voleurs de la divinité; d'avoir emprunté aux barbares tout ce qu'il a de bon, non sans l'avoir gâté; d'avoir abusé de tout, de l'éloquence, de la poésie et de la philosophie. Par suite il le déclare irrecevable dans ses attaques contre le christianisme, dont les Livres sacrés sont plus anciens que toutes les productions littéraires de la Grèce. P. G., t. vi, col. 803 sq.
Cetle ironie mordante, sarcastique, impitoyable, se retrouve sous la plume d'Hermias qui, dans son AcaiT-jp^ô; Twv k'!;io çiXoaôçaiv, P. G., t. VI, col. 1176 sq., cherche à justifier ce texte de saint Paul : La sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. I Cor., m, 19. Il souligne en conséquence les contradictions des philosophes, l'inanité de leurs efforts, leur stérilité. Son apologie n'est qu'un persiflage et semble une gageure beaucoup plus faite pour aliéner les esprits que pour les rapprocher.
En 163, Justin, grâce à la dénonciation du cynique Crescens ; vers 165, Thraséas d'Euménie et Sagaris de Laodicée moururent martyrs. Les apologies, on le voit, étaient loin de triompher. D'autre part, sous le règne de Marc-Aurèle, toutes sortes de calamités afiligèrent l'empire. Certains illuminés chrétiens n'y virent qu'une juste punition de Dieu et le prodrome de la fin du monde : d'où, un redoublement d'idées eschatologiques et de rêves millénaires. Les païens, au contraire, en conçurent une plus vive irritation et rendirent les chrétiens responsables de tous ces maux. Plus que jamais les apologistes durent réfuter ces calomnieuses accusations et justifier la cause chrétienne.
Miltiades, l'avocat des Églises, comme l'appelle Tertullien, Adv. valent., 5, P. L., t. n, col. 5i8, fut alors l'un des plus actifs défenseurs de la foi soit contre les grecs, soit contre les juifs, soit auprès du pouvoir. Malheureusement il ne reste rien de son IIpô; "EXXr,voc;, de son IIpô; 'Iou8afov;,de son apologie Ilpbç to-jç "Apyovraç. Eusèbe, H. E., v, 17, P. G., t. xx, col. 476; Jérôme, De vir. ill., 39, P. L., t. xxm, col. 687; Otto, Corpus apolog., t. ix, p. 364 sq.
Non moins actif, Apollinaire d'Hiérapolis composa contre les grecs un IIpô; "EXXr|va;, et probablement contre les juifs son flep\ à).r,0sia{. Après 172, il adressa une apologie à Marc-Aurèle, npb; 'A vram'vov ûîtspTriirrewi;. Eusèbe, H. E., iv, 27, P. G., t. xx, col. 397; Jérôme, De vir. ill., 26, P. L., t. xxm, col. 678; Otto, Corpus apolog., t. ix, p. 486 sq. Tout est perdu. Voir col. 1504.
Il nous reste, du moins, la Ilpeirëeca itepi Xpc<7Tiavâ>v du philosophe athénien Athénagore, adressée en 177 à Marc-Aurèle et à son fils Commode. Justice y est faite, une fois de plus, des fausses imputations dont on accable les chrétiens : ni athéisme, ni crime de Thyeste ou d'Œdipe; il faut se garder des délateurs, sycophantes à esprit étroit et sectaire, de mœurs corrompues; quant aux chrétiens, ils professent pour les représentants du pouvoir les sentiments les plus respectueux; ils prient en particulier pour la transmission de père en fils delà couronne impériale et ne demandent pour prix de leur Obéissance que la tranquillité. L'hérédité du pouvoir, voilà un argument nouveau et d'ordre politique qui marque, chez les apologistes, une évolution caractéristique (Lui- le sens d'un rapprochement possible vers l'empire. Voir Athénagore.
Cette évolution semble complète avec Méliton de Sardes; car, à en juger par les fragments que nous a conservi s l usèbe de son llpoç 'Avtwvévov (JtgXtëtov, MélitOD, s'il n'a pas clairement vu la possibilité d'un ird entre l'empire et le christianisme, s'il n'a pas eu pleine conscience de ce qu'une telle entente pouvait avoir de fécond pour l'avenir du monde, l'a du moins entrevue : ses considérations sur la marche parallèle et providentielle de l'empire et «le l'Église, Eusèbe, //. E., '•. P. G., t. xx, col. 392-396; Houlh, licliq. sacr.,
t. I, p. 113 sq. ; Otto, Corpus apolog., t. IX, p. 410 sq.," sont d'un politique avisé et forment le prélude de la grande idée réalisée par Constantin.
Théophile d'Antioche, par ses trois livres à Autolycus, rédigés après la mort de Marc-Aurèle, à la fin de 180 et au commencement de 181, nous fait connaître quelquesunes des objections qui retenaient loin du christianisme un païen lettré, imbu de la philosophie de son temps et victime de préjugés : les calomnies populaires, l'impossibilité de croire à un Dieu invisible et d'admettre la résurrection, la nouveauté du christianisme; objections déjà réfutées. Mais Théophile, en y revenant, insiste surtout sur l'importance capitale de l'Ecriture, où se trouvent l'histoire du monde et de l'humanité et le vrai code de la vie morale. Converti par la lecture des Livres saints, il en conseille l'étude à son ami et l'assure qu'il y trouvera la vérité. Ad Autol., m, 30, col. 1168.
Tous ces apologistes de langue grecque nous ont fait connaître les accusations portées contre le christianisme pendant le IIe siècle et les arguments qu'ils leur opposèrent. Il était réservé aux apologistes de langue latine de recueillir toutes ces réponses éparses, de les condenser et de leur donner une vigueur nouvelle, dans deux écrits, qui sont deux chefs-d'œuvre, YOclavius de Minucius Félix, à Borne, VApologelicus de Tertullien, à Carthage.
L'Octavius fera toujours le charme des lettrés par ses qualités littéraires. Bien que rappelant la manière de Platon et de Cicéron, il est moins un dialogue qu'un débat dans le genre de ceux du barreau. C'est le païen Cécilius, écho des jurisconsultes et des esprits cultivés de Borne, qui prononce un réquisitoire contre le christianisme. Il plaide la cause du scepticisme. Du moment que tout est incertain ou douteux, l'homme ne saurait s'élever au-dessus des choses humaines et s'occuper avec quelque chance de certitude des questions divines; dès lors des illettrés, tels que les chrétiens, sont mal venus à trancher en docteurs des problèmes, comme l'existence de Dieu, la providence ou la résurrection, vainement abordés et laissés insolubles par les plus grands représentants de la philosophie. Mais comme, d'autre part, au point de vue religieux, politique et social, il faut une religion, le parti le plus sage est de s'en tenir à la foi des ancêtres, comme à la plus sûre garantie de la vérité, et de suivre la religion de son pays; d'autant plus que Borne, en particulier, doit sa grandeur et la maîtrise du monde à son culte envers les dieux; arrière donc les chrétiens, gens de basse extraction, sans la moindre culture, dogmatiseurs impertinents, chargés de tous les crimes! La suprême sagesse consiste à ne point s'inquiéter de ce qui nous dépasse, à confesser son ignorance et à s'en tenir à ce qui est. Comme on le voit, Cécilius ne répudie aucune des accusations portées contre le christianisme; au nom du scepticisme il déclare la vérité inaccessible; mais, se plaçant à un point de vue exclusivement romain, il fait de la religion nationale la source de la grandeur de Borne. Le débat s'est élargi en même temps que précisé. Aussi Octavius, en présentant la défense du christianisme, ne se contente-t-il pas de montrer que l'homme a la raison pour chercher et atteindre la vérité, il s'attache surtout à détruire la double thèse de la fidélité à la religion nationale et de la grandeur de Home due a son sentiment religieux. Puis il décharge les clin liens de tout ce que l'ironie dédaigneuse et injuste «le Cécilius leur reproche; car ils sont de beaucoup supérieurs aux païens, sages par le enMir et non par l'habit, ne disant pas. mais faisant, de grandes choses et possédant avec joie la réalité de ce que les philosophes ont inutilement cherché. Donc cohibeatur super slilio, impietas expietur, vera religio sewetur. Octavius, 38, P.L., t. m, col. 357.
Tertullien, dans son Apologclicus, œuvre magistrale
APOLOGISTES [LES PÊB
,i rentable acte public, adressé en 197 au» roagi de l'empire, reprend lea argumenta de ses devam et Us marque de son empn inte indélébile. Toutes les contre les chrétiens par l'imaginalu„, ,|„ peuple, l.s râbles des poètes, la raison des phiphes ou la politiqui d Etat, il les
te d'une main ferme, toujours av< c une logique impitoyable, Bouvenl avec des railleries mordantes el d'immortelles invectives, au nom du bon sens de la nature humaine, de la vérité, de l'égalité, de la liberté et du droit commun. Mais c'est surtout a la législation impériale qu'il s'en prend; il démontre, en jurisconsulte consommé, l'illégalité de la procédure, la n truosité de la sentence, l'iniquité de la loi touchant les chivtiens.il fait bonne justice des imputations récentes. telles que le mépris des divinités nationales et des empereurs, l'indifférence ou l'inutilité de leur vie, la cause des calamités publiques et le complot envers la sécurité de l'État. Et après avoir esquissé à grands traits le magnifique tableau de la vie chrétienne, il termine par ces mots d'une ironie qui n'est pas sans iierté : Boni présides... cruciale, t or quête, damnate, atterite nos : probalio est enim innocentiez nostrse iniquitas vestra... Plures efficimur quoties metimur a vobis : semen est sanguis christianorum. Apolog.,50, P. L., 1. 1, col. 534, 535. Aucune autre œuvre ne pouvait mieux couronner le siècle des apologistes; et c'est à elle qu'on doit toujours recourir, comme à la source la plus complète, pour avoir l'idée exacte de ce que la défense du christianisme a suscité d'arguments, dès le début, en faveur de la cause chrétienne
Le.- œuvres des Pères apologistes ont été réunies en des recueils distincts Jt forment un Corpus apologetarum. F. Morel rassembla le premier les œuvres de saint Justin, d Athénapore. de Théophile, de Tatien et d'Hermias, Paris, 1615. D. Prudence Maran en fit un second recueil, in-fol., Paris, 1742, reproduit par A. Galland, dans sa Bibliotheea veterum Patrum,.., Venise, 1765-17*1 et 1788, et par Migne.avec les Conjecturas et emendotiones de 11. Nolte, P. G., t. vi. Paris, 1857. Les apologistes latins sont dans Migne, P. L.,l. I-IIl. Otto, Corpus apologctarum. 9 in-8*, Iéna, 1847-1872. MM. von Gelhhardt et Harnack s'étaient proposé de donner une édition critique des oeuvres de tous les Pères apologistes. Il n'a paru que Tatiani oratio ad Grsecos, par les soins d'E. Schwartz (Texte und Untersuch., t. iv. fasc. 1", Lei] zip. 18*8), d'après les manuscrits Marcian. 3i3. Mutin. III, et Paris. 1Ti: Athenagoras libellas pro christiania, Oratio de résurrections cadaverum, par le même, ibid., t. îv, fasc.2, Leipzig, 1891, d'après les manuscrits Paris, 451 et Paris. 430 et que Die Apologie des Aristides, Recension u»d Rekonstruktion des Textes, par Hennecke, ibid., t. iv, fasc. 3, Leipzig, 1893. La suite a été abandonnée.
III. Les apologistes et le JUDAÏSME. — D'après le Dialogue de saint Justin, 10, col. 496, les Juifs reprochaient aux chrétiens d'avoir abandonné la Loi et de renier le Dieu d'Abraham pour adorer un crucifié; c'est-à-dire d'être des apostats, de ruiner le dogme de l'unité divine et de réintroduire le polythéisme : imputations graves sur lesquelles il fallait faire pleine lu-
mière.
Le dogme de l'unité divine, observe Justin, n'est nullement compromis. Car il n'y a qu'un Dieu, le Dieu d'Abraham, et c'est aussi le Dieu des chrétiens. Dial., 11, col. W~. M. lis ils sont plusieurs en Dieu, Dial.. .V.. coi. 596, puisque celui qui est apparu à Abraham, lUnl.. &6, col. 597, à Jacob, /'«</., 58, col. 608, a Moïse. Dial., 59, eol. 612, est distinct de Dieu le Père.
Quant a la Loi. la question est de savoir si elle existe encore ou si elle a été remplacée, si la justice vient d'elle ou de la foi. si les Juifs sont toujours le peuple choisi. Four répondre il n'y a qu'à consulter II criture et l'histoire. Or i Écriture enseigne «pie la Loi devait être abrogée, et l'histoire qu'elle a été réellement abrogée. Certaines de ses prescriptions, celles qui concernent la circoncision, Dial., 16, col. 509, le choix des mets, Dial, 20, col. 517, l'observation du sabbat, Dial. ,91, col. 580, lea
oblations et les ucrifl I 19, S
nient qu i Moïse ou a Abraham, n onl i U impo BU, juiû q, de lu duret, de leur cœur
empêcher de tomber dans l'oubli de Dieu ou lidolati sont essentiellement temporaires, et quelqu l'état actuel du judaïsme, d'un accomplissement m riellement impossible. En fait, tout cela a pris On
rist, né de la vierge, Dial., 13, col. 588; la loi Moïse a été abrogée par la loi nouvelle, i ment remplacé' par le Nouveau. Dca!., 11. a
b -us-Christ qui est cette loi.
veau. Dial., ibid., col. 500. De plus les Juifs ont d'attribuer a leur loi une efficacité quelle n'a pas : la justice n'est pas dans les observances. Dial., 14. col mais dans la conversion du cœur, octroyée par Jésus au baptême. La vraie circoncision n'existe que dai. christianisme, Dial., 24, 144, « ^ «•"' '
que dans le Christ. Dial., 20. col. 532; la vraie justice ne vient que par le Christ. Dial., 28, U. col. 536,57a. La loi est donc désormais inutile à quiconque croit en Jésus- Christ. Dial., 30. col. 537. Lea luits s'abusent en mettant leur confiance dans leur titre d'enfants d'Abraham. Dial., 25, 140, col. 529, 796. Car l'Israël nouveau, vrai, spirituel la race authentique d'Abraham, d'Isaac. de lacoh de Juda, ce sont actuellement les chrétiens. Dial ,11, 119, 120, 135. col. 500, 752, 753 Di-
version des gentils et le délaissement desJkull[%,'&^" ment prédits par les prophètes. Dial., J?»t llf. JU. col. 728. 744, 777. sont un fait accompli. Dial., 11U. col 729.Désorrnais les chrétiens, annoncés par Zachane. Dial., 115, 116, col. 744, 744, sont les vrais enfants de Dieu,' Dial. , 424, col. 765, et remplacent les Juifs.
Une telle argumentation suppose que Jésus est Dieu, que son œuvre est l'œuvre de Dieu, mais cest ce dont ne voulaient pas convenir les Juifs. Car. d'après eus. le Christ n'a pas paru: ou. s'il est né. il reste inconnu de tous et sans prestige, puisque Elie ne l'a pas oint et ne la pas manifesté. Dial., 8. col. 193. En tout cas Jésus n'est pas le Christ : un homme efïacé, humilie, maltraité, crucifié comme lui, ne saurait élre le N attendu. Dial., 32, col. 51*.
Élie n'a pas paru, c'est vrai, mais il ne doit paraître qu'au second avènement du Christ. Car .1 y a deux nements du Christ, qu'il importe de ne pas confondre : le premier dans l'humiliation, la souffrance et la mort ionoininieuse de la croix, et c'est celui qui a eu heu. Dial 3" col. 5U; le second, dans la gloire et cest celui 'qui n'aura lieu qu'à la fin des temps ; l'un el l'autre prédits par les prophètes. Dial, Si. a, i licol 545 589 732. Le précurseur du premier avènement n'est pas Élie, mais Jean. Dial., 19. col. 581, selon ia prophétie d'Isale. Dial, 50, col. 585. Et Jean est venu. Dial 51 col. 588. 11 s'agit donc de relever dans 1 Ecriture toutes les prophéties relatives au Christ promis et de voir si Jésus de Nazareth les a réalisées dans leur plénitude. Or, à réunir les traits mal 1 > , i-
lure qui ont trait au Christ, soit dans le passé soit dans son rôle futur, en particulier en condensant ce que renferment les diverses prophéties de Jacoh.deMoise.de David d'Isaïe, de .1er, mie. de Daniel, de Micb.ee, de Zacharie, on constate que le Christ est la puissance rationnelle de Dieu, engendré avant le temps de ta substance du Père,appelé par l'Esprit-Saint tantôt gloiredn Seianeur, tantôt Fils Ange. Dieu, seigneur ou
Verbe Dtol., 64, col. 613; distinct du Père selon tes Proverbes vm, 21 sq., el le Fadamus hontimtm, G , -y, Dial 02. col. 017; l'auteur des théophanias ciennes. Dial., 120. col. 769. l rist qui i
s'incarner, Dioi.,63, col. 620, naître dune ner) [sate Dial., 68, 78,84,eol. 628 ■■ bien m*
luife regardent l'incarnation comme une chose incroyable^ impossible, Dial., 68, col. 632, et qu ils testent le test I teipiet, Dial., .Les.
APOLOGISTES (LES PÈRES
c'est lui qui devait être envoyé dans le monde comme engendré de la substance du Père, Dial., 128, col. 773, pour souffrir le supplice de la croix, Dial., 89, col. 689, se faire malédiction, Dial., 94, 95, col. 700, 701; mourir, puis ressusciter le troisième jour. Dial., 100, 10C, 107, 108, col. 709, 721-725.
Or l'ensemble de ces prédictions ne saurait s'appliquer, comme le prétendent les Juifs, à tel ou tel personnage de l'Ancien Testament, ni à Ezéchias, car il n'a pas été honoré du sacerdoce, Dial., 33, 77, 83, col. 5i5, 656, 672, ni à Salomon, car il n'a pas étendu sa puissance au monde entier et n'a pas reçu l'hommage des gentils, Dial., 34, col. 548; mais il s'applique pleinement, dans tous ses traits caractéristiques et dans ses moindres détails, à Jésus de Nazareth et rien qu'à lui. Dial., 78, 84, 100, 102-107, 126-129, col. 657, 673, 709, 713-725, 768-777. D'où il suit que Jésus est le Christ annoncé par les prophètes, Dial., 48, col. 580, et qu'il est le vrai Christ de Dieu. Dial., 140, col. 800.
Tel est, dans ses lignes principales, le célèbre argument tiré de l'accomplissement des prophéties pour prouver la divinité de Jésus-Christ et de son œuvre : il restera classique. Il nous permet de constater quels étaient les principes d'exégèse en usage chez les Juifs contre le christianisme. Saint Justin accuse certains Juifs de mauvaise foi, Dial., 68, col. 632 sq. ; ils ergotent sur des points de détail, n'acceptent pas les Septante, Dial., 71, col. 641, et se permettent des retranchements au texte sacré, en particulier à Esdras et à Jérémie, Dial. 72, col. 615, surtout celui de ànb toû Çû^ou du psaume xcv. Dial., 73, col. 645. Voir Aristonde Pella.
IV. Les apologistes et le polythéisme. — Quand parut le christianisme, tout était dieu, excepté Dieu; le polythéisme, déification de la nature, de l'homme, des animaux ou des choses insensibles, était un fait universel. Il fallait, au nom de l'histoire, en dévoiler les origines suspectes; au nom de la raison, le condamner comme une aberration de l'esprit; au nom de la morale, le flétrir comme une dépravation du cœur. Les apologistes ne ('étudièrent pas avec une méthode rigoureuse; au lieu d'insister, pour expliquer son origine ou ses succès, sur la chute originelle, l'affaiblissement de la raison et la concupiscence, ils n'y virent que l'action des démons. Sans chercher à se rendre compte de la déviation et de la corruption progressive de l'idée de Dieu, de la filiation logique ou de la succession chronologique des diverses phases du polythéisme, ils ne se posèrent pas la question de savoir si le culte des démons avait précédé le naturalisme des Pélasges et si, par une dégradation continue, on était passé à l'anthropomorphisme des Hellènes avant d'aboutir à l'idolâtrie proprement dite. Quelques-uns font bien allusion au culte de la nature ou au naturalisme panthéistique, Athénagore, Légat., 22, col. 936; Hermias, Irris., 3-9, col. 1172- 1177; Tertullien, Ad nat., il, 1, P. L., t. I, col. 587; mais presque tous, allant au plus pressé et dominés par les circonstances, combattent le polythéisme sous la forme de l'anthropolàtrie et de l'idolâtrie; Tertullien, en particulier, au nom de la raison, de la conscience et de l'histoire. Apolog., 10, P. L., t. i, col. 327 sq.
Une de leurs thèses est celle-ci : les dieux du paganisme n'ont été que des hommes. Justin, Apol., I, 9, col. 340; Alhénagore, Légat., 18, 19, 28, 29, col. 925, 9211. 953, 957; Théophile, Ad Autol., i, 19; il, 2, col. 1037, 1018; Oclavius, 23, P. L., t. m, col. 310; Terlullien, Apolog., 10, P. L., t. i, col. 328. On connaît le lieu de leur naissance et de leur sépulture; Tertullien, Apolog., 10; et d'après Lvhémère, l'époque de I' m- vie et la nature de leurs occupations. Oclavius, 21, /' L., t. ni, col. 300. Pourquoi donc ont-ils été vénérés comme des dieux? A cause des services qu'ils ont rendus, m Ion Prodicus, Oclavius, 21; à cause de leurs tceplionnels, selon d'autres, Tertullien, Apolog.,
11, P. L., t. i, col. 335; mais c'est plutôt à cause de leurs vices. Athénagore, Légat., 30, col. 957; Théophile, Ad Autol., m, 3, 8, col. 1125, 1133. De tels dieux n'ont aucun droit à siéger dans le ciel ; leur place est au fond du Tartare, dans le lieu des supplices, où sont justement punis ceux qui leur ressemblent; la justice humaine, en condamnant les criminels, condamne par là même le ciel païen. Mieux vaudrait l'apothéose des grands scélérats : elle honorerait dignement les dieux. Tertullien, Apolog., 11, P. L., t. i, col. 335. Même en admettant que ces dieux ont été des hommes vertueux et sans reproche, combien, dans l'enfer, qui leur sont de beaucoup supérieurs! On n'a pas consacré leur dignité. Ibid., col. 337. En réalité, les dieux païens n'ont été que des êtres absurdes, Athénagore, Légat., 20, col. 929; passionnés et immoraux', Justin, Apol., il, 14, col. 468; Tatien, Orat., 21, 25, col. 853, 861 ; Athénagore, Légat., 21, col. 933; Théophile, Ad Autol, i, 9; III, 3, 8, col. 1037, 1125, 1133; infâmes, souillés de tous les crimes et souillant le ciel par le débordement de leurs mœurs et le scandale de leurs aventures, le transformant en un théâtre de dépravation, en une école d'immoralité. Ces dieux sont la déification des vices de l'homme pour excuser et légitimer la perversité humaine. Oclavius, 22, P. L., t. m, col. 308. Une telle théologie aboutissant à une telle morale révolte la raison et outrage la divinité. Justin, Apol., I, 9, col. 340.
Après l'anthropolàtrie, l'idolâtrie. La foule, par besoin de symbolisme, s'adonnait au culte des idoles, images ou statues. D'abord représentation sensible et concrète des dieux; puis, identifiée avec les dieux, l'idole finit par supplanter la divinité et resta le seul dieu. Or c'était là de la matière façonnée de main d'homme, Oclavius, 23, P. L., t. m, col. 310; parfois vile ou ordinaire, Justin, Apol., I, 9, col. 310; Tertullien, Apolog., 13, P. L., t. I, col. 339; parfois objet de rebut ou consacrée à des usages profanes, également insensible aux insultes et aux outrages comme aux honneurs, Théophile, Ad Autol., il, 2, col. 1018; Tertullien, Apolog., 13, P. L., t. I, col. 312; souvent traitée par l'homme avec irrévérence, impiété ou sacrilège; tels les dieux lares, familièrement considérés comme des serviteurs domestiques, ou même les dieux publics soumis aux exigences du fisc, payant l'impôt et vendus aux enchères, Tertullien, Apolog., 13, P. L., t. I, col. 315; et de nulle efficacité. Athénagore, Légat., 18, col. 925. Ce qui n'empêchait pas la foule de les consulter, de croire à leurs oracles souvent trompeurs, Oclavius, 26, P. L., t. m, col. 320; de leur prêter un pouvoir surnaturel, Athénagore, Légat., 21-27, col. 918-953; oracles et prodiges que certains païens attribuaient aux esprits intermédiaires entre les dieux et l'homme. Oclavius, 27, P. L., t. m, col. 324.
Dans le culte de ces dieux et de ces idoles les apologistes n'hésitèrent pas à voir l'intervention du démon. Justin, Apol., I, 9, col. 310; Tatien, Oral., 17, col. 841; Alhénagore, Légat., 24-27, col. 948-953; Tertullien, Apolog., 23, P. L., t. i, col. 414. En effet, le démon, jaloux de l'homme, ne poursuit qu'un but : le pervertir, le détacher de Dieu et se l'asservir, Tatien, Orat., 16, 17, 18, col. 840, 841, 848; en un mot, le perdre. Tertullien, Apolog., 22, /'. L., t. i, col. 407. Pour mieux > réussir, les démons usaient de tous les subterfuges, de songes et de prestiges, Justin, Apol., I, 14, col. 348; cherchant à contrefaire Dieu, à se faire passer pour Dieu, Octavius, 27, P. L., t. m, col. 324; amuUmtur divinitatem dum furantur divinationeni, Tertullien, Apolog., 22, P. L., t. I, col. 408; vrais voleurs de la divinité, '/ r.Tta'i 0£Ôtï)îo;. Tatien, Orat., 12, col. 832. Ile là, sous leur inspiration, l'invention des fables, Justin, Apol., i. .M. (il : /*m/.,70, col. 408, 420, 640; et, chez les poètes et les historiens, Théophile, Ad Autol., II, S. col. 1061, 1 habile mélange de la vérité et de la fiction pour don-
APOLOGISTES (LES PÈRES
ner une apparence «péclense an mensonge, '
2g /- i t m. col. 322; l'altération et la corruption de la vérité pour l'accréditer adroitement chi i ,comme ils l'avaient accréditée aupn - desEgypl par |, et par l( - faui propliètea aupn - de«
Juifs du temps d'Oie, Justin, Dial., 69, col. 636, 637; de là l'institution des BacriQces Banglanta, Athénagore, y <gat 20, col. 952; de là l'origine des hérésies. Justin, i, 25, 56, col. 368, M3. Bref, aux yeux des apologistes, le démon était tout à la fois le créateur du paganisme et son plus ferme soutien, l'inspirateur des orai les, l'auteur des prestiges, pour substituer son culte à celui du vrai Dieu, Octaviu», 27, P. L., t. m, col. 324; latien, Orat., 12, col. 832; sa haine du christianisme lui lit inventer les calomnies contre les chrétiens et déchaîner les persécutions. Justin, Apol., I, 5, 57; ii, 1, 10, col. 336, 413, 444, 461; Oclavius, 27, P. L., t. m, col. 327.
A l'erreur polythéiste et idolâtrique les apologistes opposent la vraie notion de Dieu, Aristide, Ap»l., 1; sa spiritualité, Tatien, Orat., 4, col. 813; sa distinction d'avec les créatures, Athénagore, Légat., 15, col. 920; surtout son unité. Tatien, Orat., 5, col. 813; athénagore, Légat., 4, col. 897; Théophile, Ad Autol., ni, 9, col. 1133; Tertullien, Apulog., 17, P. L., t. i, col. 375. Dieu, invisible aux yeux, mais sensible au cœur, ne peut pas être exprimé, mais peut être connu par ses œuvres, Théophile, Ad Autol. , 1,2-4, col. 1025- 1029; par la beauté du monde, l'harmonie du corps humain, l'ordre d'une maison, on peut conclure à son existence et à sa providence, Oclavius, 17-19, P. L., t. m, col. 281-296; Tatien, Orat., 5, col. 817.
A l'immoralité païenne, ils opposent la pureté de la morale évangéliqùe, du culte et des mœurs des chrétiens, .lustin, Apol., I, 13-16, 29, col. 3i5-352, 373. Les chrétiens, en effet, ne fréquentent ni les temples, ni l'amphithéâtre, ni le cirque; ils s'abtiennent de prendre part aux sacritices, aux repas sacrés, aux pompes du siècle, parce que partout y règne l'idolâtrie; loin de commettre l'infanticide ou l'anthropophagie, ils poussent le respect de la vie jusqu'à condamner l'avortement et l'exposition des enfants, jusqu'à s'interdire de voir tuer ; pas d'incestes parmi eux, car ils regardent comme coupable la moindre pensée impure, sachant que Dieu est témoin de ce qui se passe même dans le domaine intime de la conscience. Ils pratiquent toutes les vertus, l'obéissance, la douceur, la charité, le pardon des injures, la patience dans l'épreuve, le courage dans les persécutions, l'héroïsme devant le martyre. Ils préfèrent la mort à l'apostasie, Tatien, Orat., 4," col. 813; donnent leur vie pour la vérité, Athénagore, Légat., 3, col. 897; sont sans haine contre leurs bourreaux. Justin, Apol., I, 56, col. 413. Voir le tableau admirable de la vie chrétienne: Justin, Apol., i, 65-67; n, 12, col. 120-429, 464; Athénagore, Légat., 31-35, col. 901-969; Théophile, Ad Autol., in, 41-44, col. 1136-1140; Octaviu», 3537, P. L., t. m, col. 349 sq.; Tertullien, Apolog., 39, P. L., t. i, col. 468 sq.
Enfin au rôle des démons ils opposent le pouvoir extraordinaire, mais bien constaté, des chrétiens sur le démon lui-même, la crainte qu'ils lui inspirent, les aveux qu'ils lui arrachent. Théophile, Ad Aulol., il. 8, col. 1064. D'un signe, d'un mut. ils le mettent en fuite, Justin, Apol., n, 6, 8, col. 156, 157 ; Dial., 30, col. 510; Octaviu», 27, 28. /'. L., t. m, cl. 324-329; Tertullien. Apolog., 23. /'. /... t. l. col. 115; et cela par la puissance de Dieu, Tatien, Or.it., 10. Col. 841; parle
, L du Christ, Justin, Dial., 121. col. 757; parle nom
du vrai Dieu. Théophile. A, l Aulol., 11. S. Cul. 1084.
Et c'est ainsi que, sous la plume des apologistes,
l'unité de Dieu au point de vue de la doctrine, la perfection chrétiennean point de vue île la morale. .1 le pouvoir extraordinaire des chrétiens sur les d. nions
■ont, contre h- polythéisme, autant de prou divinité du christianisme.