PHILOSOPHIE
selon les pays. En France, où le positivisme et le- « scientisme » étaient florissants, les disciples de saint Thomas tinrent à montrer qu'eux aussi connaissaient l'expérience; leurs essais furent teintés d'empirisme et présentèrent trop la pensée comme une puissance à peu près passive. Plus tard, en Italie, où l'hégémonie de la « philosophie de l'Esprit » (Bcnedetto Croce) et de 1' « idéalisme actuel » (Giovanni Gentile) semblait absolue, les néoscolastiques tinrent naturellement à posséder l'universel concret et à ce que leur philosophie pénétrât le devenir historique. Le renouveau de l'idéalisme a amené plus récemment les néoscolastiques de tous pays à se demander s'ils devaient faire précéder leur philosophie d'une critique de la connaissance; les livres profonds, et en quelques points contestables, du P: Maréchal furent le produit de cette réflexion. Louvain, Paris, Milan se lancèrent dans les voies de la psychologie expérimentale et y firent de très bon travail. Enfin, on se rendit compte que, pour repenser personnellement et totalement saint Thomas, il est indispensable d'abord de l'avoir compris pleinement en lui-même, tel qu'il fut en son temps. De là, l'œuvre vraiment immense entreprise, et qui ne va à rien de moins qu'à une résurrection de la pensée du Moyen Age; il y aurait là à citer des multitudes de noms illustres, Hertling, Baumker, Grabmann, Gilson, Michalski, de Wulf, et toute une pléiade de dominicains et de jésuites, sans compter des franciscains (en particulier, ceux de Quaracchi).
Le courant que Léon Xlfl a commencé à faire couler est devenu aujourd'hui un fleuve immense et puissant. Des décisions récentes de l'Église ont de nouveau insisté pour que saint Thomas d'Aquin soit le guide de l'enseignement catholique : en particulier, les universités et les séminaires doivent proposer une théologie et une philosophie dirigées par les principes thomistes. Mais la fécondité de ces principes est justement en train de se manifester dans beaucoup d'autres domaines et de justifier ainsi la faveur que leur donnent les papes. Le droit et la philosophie du droit (Georges Renard), le droit international (Le Fur, le P. Delos), la sociologie (mouvement des Semaines sociales en France, Italie, etc.), la poétique (le P. de la Brière) ont produit des doctrines nouvelles fort intéressantes et dont la justesse est due à ce qu'elles sont inspirées par les principes thomistes. Les noms cités ici sont mis au hasard, nous pourrions donner de longues listes de savants authentiques qui ont saint Thomas pour maître.
Cependant, le triomphe du thomisme suscite deux difficultés que dissimulent aujourd'hui des compromis personnels, la docilité, la politesse et la charité, mais qui n'en sont pas moins réelles. De grandes sociétés religieuses ont, en fait, leurs doctrines théologiques et philosophiques, et ces doctrines ne cadrent qu'en partie avec le thomisme; elles tiennent à ces doctrines, qui ont pour auteurs des maîtres illustres, et qui sont la gloire de l'Église. Devront-elles les abandonner? D'autre part, si la philosophie de saint Thomas est formulée en thèses que tous doivent accepter parce que ce sont les thèses maîtresses de saint Thomas, la philosophie, qui est essentiellement démonstration rationnelle, est remplacée par l'autorité; elle cesse d'exister. La philosophie ne peut pas consister en autre chose qu'à prouver ce qui est vrai; tout autre procédé la supprime.
Sur le premier point, les papes ont fait comprendre que les grands ordres religieux ont à maintenir leurs traditions doctrinales, comme les Églises très anciennes ont à garder leurs liturgies. L'Église entend n'enterrer pour toujours aucun de ses trésors. Il semble déjà que l'accord tendj à se réaliser entre traditions différentes. Par exemple, certains jésuites abandonnent telles
théories élaborées par quelques-uns de leurs Pères du XVIe siècle et adhèrent non seulement à l'essentiel du thomisme mais à peu près au thomisme entier. Par contre, une renaissance de l'augustinisme, assez sensible en Allemagne et en France, a lieu sans inquiéter le thomisme. Saint Bonaventure est goûté comme il doit l'être par toute âme chrétienne. Accord et diversité sont possibles si l'intelligence et la charité régnent vraiment.
La difficulté est peut-être plus grande en ce qui concerne la définition du thomisme essentiel. Certains auraient voulu que fussent imposées à l'acceptation dj tous « les xxiv thèses • censées essentielles. Leur argument était que l'Église impose l'enseignement du thomisme, et qu'on ne peut enseigner le thomisme si l'on n'enseigne ce que saint Thomas a tenu pour le fond de sa pensée. A quoi l'on répondait que, si la philosophie devient affaire d'autorité, elle n'existe plus, et qu'ainsi est anéantie l'œuvre même de saint Thomas, la fondation d'une philosophie distincte de la théologie.
Il nous semble que la conciliation se fera de la même manière qu'entre l'esprit critique et les directives du magistère ecclésiastique. Nul doute que l'Église n'ait le droit de déterminer certaines vérités historiques. Nul doute que l'historien n'ait le droit d'user de la critique et le devoir de s'arrêter devant certaines barrières dogmatiques qui indiquent risque d'erreur. En pratique, pourtant, des conflits auront encore lieu, et, remarque M. Rivière dans son Histoire du modernisme, ce sera surtout une question de tact, de réserve, d'humilité, dé charité. Nous en dirons de même en ce qui concerne les xxiv thèses thomistes. Les philosophes catholiques tiennent, à la fois, à suivre les principes essentiels de saint Thomas et à n'accepter jamais une thèse en philosophie qu'en raison de sa vérité intrinsèque. Saint Thomas leur a donné l'exemple, et par sa fidélité respectueuse envers les Pères, et par la rigueur intraitable de son intellectualisme.
Nous ne voulons pas fournir une bibliographie scientifique, ce qui serait évidemment infini. Nous voulons seulement donner quelques indications pratiques pour une première étude.
Introductions à la philosophie : nous recommandons celle de E. Baudin, Introduction à la philosophie, Paris, 1927, et celle de M. Jacques Maritain, Éléments de philosophie, t. i. Introduction générale, Paris, 1920.
Pour une première initiation à la philosophie scolastique : Sertillanges, Les principales thèses de la philosophie thomiste, dans la Bibliothèque des sciences religieuses, Paris; du même, La philosophie de saint Thomas d'Aquin, 1910; du même, La morale de saint Thomas, Paris, 1916; Etienne Gilson, Le thomisme, Paris, 1927.
Sur les rapports entre la philosophie antique et la religion : Pinard de la Boullaye, La science des religions, t. i, Paris, 1922; divers articles du P. Lagrange publiés dans la Revue thomiste, à partir de mai 1926 ; le premier a pour titre : Platon théologien.
Le lecteur trouvera les indications bibliographiques concernant les grands philosophes chrétiens, s tint Augustin, etc., aux articles qui leur sont consacrés dans ce Dictionnùire.
Pour une première initiation à la philosophie du Moyen Age : Gilson. La philosophie du Moyen Age, 2 vol. in-12, Paris, 1922; Maurice de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, Louvain et Paris, 1912, nombreuses éditions à partir de 1912.
Sur Descartes : Henri Gouhier, La pensée religieuse de Descartes, Paris, 192 l; du même, La philosophie de Malebranche et son expérience religieuse, ibid., 1926.
Sur Kant et les philosophies de la religion en Allemagne au xixe siècle : Gaston Rabeau, Introduction à l'élude de la théologie, 1926, I" partie, c. v.
Sur le mouvement moderniste : J. Rivière, Le modernisme dans l'Église, élude d'histoire contemporaine, Paris,
G. Rabeau.
PHILOSTORGE
PHILOSTORGE. — I. Vie. II. Son Histoire ecclésiastique; texte et doctrines. III. Appréciation.
I. Vu;. — Philostorge naquit, vers l'année 370, en Cappadoce Seconde, non loin de l'antique Nazianze, dans une bourgade du nom de Borissos, qui a été identifiée avec le village moderne de Sorsovu. Sur cette identification, voir la note d'Henri Grégoire dans la Byzantinische Zeitschrift, t. xix, p. 61 ; sur la date de la naissance de Philostorge, voir Batilïol, Quœstiones Philostorgianœ, Paris, 1891, p. 7, et Bidez, édition de Philostorge, dans le Corpus de Berlin, p. cvi.
Sa mère, Eulampios, était la fille du prêtre homoousien Anysios : ayant épousé un anoméen décidé, nommé CarUrios, elle se convertit à sa foi et parvint à entraîner avec elle son père, ses quatre frères ainsi que toute sa famille. Philostorge, Histor. eccl., ix, 9; Bidez, p. 119, 19 sq. ; P. G., t. lxv, col. 576. Agé de vingt ans, à l'occasion d'un voyage à Constantinople, Philostorge visita Eunomius dans sa retraite forcée de Dakora. Durant toute sa vie, il conserva fidèlement le vif sentiment d'admiration et d'affection que le vieux lutteur lui avait inspiré à cette occasion. Histor. eccl., x, 6; Bidez, p. 128, 10 sq.; P. G., col. 588.
Nous ignorons si Philostorge se fixa à Constantinople, mais, comme il se montre très exactement renseigné sur ce qui se passa dans cette ville, en particulier dans la colonie anoméenne, il a dû y séjourner assez longtemps. Il se pourrait qu'il ait été du nombre des anoméens qui, au dire de Synésius, auraient exercé une certaine influence à la cour de Théodose II, vers l'an 410. Voir le début de la lettre v de Synésius, P. G., t. lxvi, col. 1341 ; Batilïol, Quœst. Philost., p. 8.
Philostorge fit sans doute un pèlerinage aux Lieux saints, car il visita Panéas. Histor. ceci., vu, 3; Bidez, p. 79; P. G., col. 537 sq. Il passa vraisemblablement par Antioche, car sa pittoresque et vivante description de Daphné et de ses bosquets de cyprès semble bien provenir de réminiscence de choses vues. Histur. eccl., vu, 8; Bidez, p. 86 sq. Il est douteux qu'il ait visité Alexandrie. Bidez, p. cix. Quoique bien au courant des controverses théologiques de son temps, Philostorge ne paraît pas avoir été clerc; du reste, nous ne possédons aucun renseignement sur la profession qu'il a pu exercer.
Il mourut après 425, l'avènement de Valentinien III étant le dernier fait relaté par lui dans son Histoire.
II. Son « Histoire ecclésiastique ». — 1° Le texte. — Nous tenons de Philostorge lui-même qu'il composa un éloge (t) y.ù> iiov) d'Eunomius, ainsi qu'une apologie du christianisme contre les attaques de Porphyre. Histor. eccl., m, 21, et x, 10; Bidez, p. 49, 1 et p. 130, 11 ; P. G., col. 509 et 592. Son Histoire ecclésiastique fait suite à celle d'Eusèbe de Césarée. Livisée en deux tomes de six livres chacun, elle nous conduit des débuts de la controverse arienne à l'année 425. Photius, Bibliolheca, cod. 40, P. G., t. cm, col. 72 sq. Les premières lettres de chacun des douze livres formaient l'acrostiche de <l>'.XoaTÔpYi.o:;. Voir l'épigramme de l'Anlhologia Palalina, ix, 193-194; Bidez, p. 1.
Le texte de cette Histoire est perdu. Photius, qui en découvrit un exemplaire, probablement dans la bibliothèque patriarcale de Constantinople, en a donné un compte rendu sommaire et une brève appréciation dans le codex 40 de sa Bibliotheca. Il en fit aussi un second résumé assez étendu qui, parfois, serre le texte de Philostorge d'assez près et qui en donne quelques extraits assez considérables. Ce second d.pouiIK ment de Photius, dont la tradition manuscrite est indépendante de celle de la Bibliotheca, nous a été conservé dans un certain nombre de manuscrits sous le titre : Ex. tûv -y.v.~/;rlai'j.<3-:v/.ôn iaTopicôv
<I)'.XoaTOp-:lO'j È7ttTOU,T] 7.770 Ç<DV% ÔtOTÊOU 777TS'.7 7,/ Vj.
L'archétype de ces manuscrits est le Baroccianus 142 d'Oxford, qui date du xive siècle. Sur la tradition manuscrite de VEpitome de Philostorge par Photius, voir le mémoire de Batiffol dans la Rômische Quartalschrijt, t. iv, 1890, p. 134 sq.; les Quœst. Philost., p. 33 sq.; Jeep, Zur L'eberlieferung des Philostorgius, dans Texte und U ntersuchungen de Harnack, nouv. sér., t. u, fasc. 3 b, p. 20 sq.
En suivant une piste indiquée par Tillemont, BatilTol a reconnu un nombre assez considérable de fragments de Philostorge dans la Passion d'Artémius, martyrisé sous Julien l'Apostat, laquelle a pour auteur un certain Jean de Bhodes. Voir le mémoire de Batiffol dans la Rômische Quartalschrijt, t. m, 1889, p. 253 sq. Mais, tandis que les fragments repérés dans VArtemii passio ne. concernent que l'histoire profane, le Dictionnaire de Suidas, surtout dans les notices qu'il consacre à des ariens de marque comme Démophile, Auxence de Mopsueste et Léonce de Tripoli, nous a conservé un certain nombre de renseignements qui proviennent de Philostorge par des intermédiaires. Bidez, p. lxviii sq.
D'autres fragments de notre historien anoméen ont été reconnus par Pio Franchi de Cavalieri, dans une vie inédite de l'empereur Constantin, qui se trouve dans le Codex Angelicus gr. 22, lequel date du xie siècle.
Au 1. V de son Thésaurus orthodoxie fidei, Nicétas Acominatos a conservé cinq extraits de V Histoire de Philostorge.
Enfin, il semble que des données philostorgiennes soient parvenues aux historiens byzantins Zonaras et Cédrénus, par le canal de ce que les critiques ont appelé « la source jumelle ». Voir le mémoire de Patzig, Ueber einige Quellen des Zonaras, dans Byzant. Zeitschrift, t. vi, 1897, p. 332 sq.; Bidez, p. en sq. Tous ces fragments se trouvent dans l'édition de Philostorge que Bidez a publiée en 1913 dans le Corpus de Berlin. Les éditions antérieures ne les donnent pas au complet.
2° Les doctrines. — Photius dit de l'Histoire de Philostorge qu'elle n'est qu'un éloge, £Yx"tJ-lov> des hérétiques et un réquisitoire, ^ôyoç xod xarrçyopîa, contre les orthodoxes. Photius, Bibl., codex 40, P. G., t. cm, col. 72. C'est que Philostorge est un anoméen convaincu; il est persuadé qu' « Aétius et Eunomius seuls ont remis en évidence les dogmes de la piété, qui avaient été enfouis dans la suite des temps ». Loc. cit. Arius lui-même n'échappe pas à sa critique. Il lui reproche d'avoir enseigné que Dieu est inconnaissable et insaisissable par les hommes et par le Fils. Histor. eccl.. il, 3; Bidez, p. 14; P. G., t. lxv, col. 465. Il lui objecte qu'en n'attribuant à l'homme qu'une connaissance imparfaite de Dieu, proportionnée à sa capacité intellectuelle, et en niant que Dieu soit substance ou hypostase, il est fatalement amené à ne voir en Dieu qu'un être composé. Histor. eccl., x, 2; Bidez, p. 126; P. G., col. 584. II fait le même reproche aux conciles de Rimini et de Constantinople et il les blâme d'avoir affirmé que la génération du Fils est mystérieuse. Loc. cit.
Il assimile aux homoousiens tous ceux qui enseignent que le fils est semblable (Ô[j.oloç) au Père soit par sa connaissance des choses futures, soit par sa nature, soit par sa puissance créatrice, et il est très dur pour tous les théologiens du « juste milieu », en particulier pour Acace de Césarée, Eudoxe et Démophile. Il va même jusqu'à leur reprocher d'être tombés dans la simonie et l'impudicité. Histor. eccl., x, 3; Bidez, p. 127; P. G., col. 585.
C'est surtout la doctrine de la similitude du Fils au Père selon l'essence, ôjxo'.o^ y.7.7' oûpÊav qu'il abhorre. Il la traite de blasphématoire. Histor. ceci., vi, 1 ; Bidez, p. 70, 1 8 ; P. G., col. 533. Il n'admet pas que le Fils puisse être appelé l'image incommutable de la substance du
i'IULOSTOUGK
PHIL0T1IEK KOKKINOS
Père, àirapâXXaxToç e'.xwv TÎjç tou Jl^rpôç o'jaîaç. ///s/»/-. eccl.,11, 15; Bidez, p. 25, 25; P. G'., col. 477. Toutefois, il ne veut pas admettre que le Fils soit dissemblable (iv6u.oi.oc) au Père. Il rappelle que, devant l'empereur Constance, Aétius a protesté que le Fils est incommutablement semblable au Père àTrapaXXâxTtoç 8u.0i.0C; et qu'Eunomius a enseigné la similitude du Fils au Père selon les Écritures 8u,oioç xaxà ràç ypacpàç. Histor. ml., vi, 1 ; Bidez, p. 70, 17; P. G., col. 533. Luimême professe que le Fils est très semblable au Père, mais dans la mesure où il convient qu'il le soit, par rapport au Père qui a engendré sans passion, ô[i.oi.ÔTaTOv xocrà xoùç u,ovOY£vet ©soi irpoç tov àr.'Mûç Y£Y£vv'')><0Ta LTaTÉpa Tipoa/)xovTaç Aoyouç. Loc. cit. Il ne semble pas avoir fait d'objection au terme éxEpoouaioç, c'est-àdire d'une substance différente, pour formuler les rapports du Père au Fils.
Philostorge croyait à la réalité du corps du Christ, car il reproche à Uémophile d'avoir dit que le corps du Christ disparaît dans sa divinité, comme un peu de lait jeté dans la mer. Histor. eccl.. ix, 14; Bidez, p. 121 ; P. G., col. 580.
Quant au Saint-Esprit, Philostorge, avec Aétius et Eunomius, en fait un serviteur du Fils. Histor. eccl., vi, 2; Bidez, n. 71, 8; P. G., col. 533. .
Avec Eunoi.nus, il nie la perpétuelle virginité de Marie; il admet l'existence de relations conjugales entre elle et saint Joseph, après la naissance du Sauveur. Loc. cit.
Il nous apprend que ses coreligionnaires ne reconnaissaient pas la validité du baptême conféré par les orthodoxes et qu'ils baptisaient par une seule immersion « en la mort du Seigneur », elç tov Oocvoctov toû Kuplou. Histor. eccl., x, 4; Bidez, p. 127, 15; P. G., col. 585.
Philostorge vénère les reliques. Voir tout le 1. VII, où il relate les profanations de reliques perpétrées sous Julien l'Apostat. Il admet aussi qu'on honore les images, mais non qu'on les vénère, aé6ew xctl TCpoax'jvetv. Histor. eccl., vu, 3; Bidez, p. 78, 16; P. G., col. 540.
Batiffol a constaté des préoccupations apocalyptiques chez Philostorge. Queest. Philost., p. 12. En effet, notre historien voit dans le mariage de Placidie avec le roi wisigoth Ataulf l'accomplissement de la prophétie de Daniel, n, 33 et 41 sq. Histor. ceci., xu, 4; P. G., col. 609. Les guerres, pestes et tremblements de terre si fréquents au début du ve siècle sont pour lui des effets de la colère divine, clairement annoncés au monde par la comète en forme de glaive qui parut en 389 et par l'éclipsé de soleil qui eut lieu sous Théodose II. Histor. eccl., xi, 7, et xu, 8; Bidez, p. 137 et 146; P. G., col. 601 et 616. Aussi, traite-t-il de fables les explications naturelles des tremblements de terre proposées par les naturalistes grecs Histor. ceci., xu, 9; Bidez, p. 147, 4; P. G., col. 617. Dans le même ordre d'idées, il reproche au célèbre médecin Posidonius d'expliquer les maladies mentales par des raisons physiologiques, au lieu de voir leur raison d'être dans l'influence des démons. Histor. eccl., vin, 10; Bidez, p. 111, 12; P. G., col. 565.
Toutefois, il ne semble pas avoir fixé un terme pour la fin du monde. S'il l'avait fait, Photius ne se serait pas privé de nous le dire.
III. Appréciation. — Toute l'histoire de Philostorge gravite autour de deux personnages, Aétius et Eunomius. Elle donne des détails très précieux sur leur formation théologique, ainsi que sur leur activité dans la controverse et dans la fondation de l'Église anoméenne. Aussi, c'est avec le retour d'exil d'Aétius, sous Julien l'Apostat, que Philostorge termine le ier tome de son histoire, et il consacre le ne exclusivement à l'histoire de l'Église anoméenne, au point
qu'un personnage important de l'Église orthodoxe, comme Jean Chrysostome, est complètement passé sous silence.
Philostorge semble avoir eu d'excellentes sources à sa disposition. Il connaît les écrits des Cappadociens et ceux d'Apollinaire. Il parle de lettres de Constantin, de Constance, d'Euzoius; il semble avoir eu sous les yeux une collection de lettres d'Eunomius. Il a dû consulter des actes conciliaires, en particulier ceux des conciles d'Antioche, de Constantinople, de Lampsaque et de Rimini. Il a puisé des renseignements précieux dans les écrits d'ariens notoires comme Astérius, Théophile l'Indien, Ulfilas (ces deux derniers, missionnaires ariens), ainsi que dans la continuation qu'un arien anonyme fit à l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée. Enfin, il a dû connaître certains textes hagiographiques concernant des célébrités ariennes, comme le martyr Lucien, Agapet de Synnade, Théophile l'Indien et Ulfilas. Malheureusement, le texte de Philostorge étant perdu, il ne nous est pas possible de savoir si notre auteur a consulté directement ces sources ou s'il n'en a eu qu'une connaissance de deuxième ou de troisième main. Sur la question des sources de Philostorge, voir Bidez, p. cxxxiv sq.. et Batiffol, Un historien anonyme arien du IVe siècle, dans Romische Quartalschrift, t. ix, p. 57 sq.
Depuis Photius, tous ceux qui se sont occupés de Philostorge lui ont reproché sa partialité. Bidez estime cette inculpation excessive, parce que, Aétius et Eunomius mis à part, Philostorge a dit du mal de tous ceux dont il parle, et parce qu'il reconnaît la haute valeur intellectuelle de Basile de Césarée et de Grégoire de Nazianze, auxquels du reste il préfère Apollinaire. Histur. eccl., vin, 11; Bidez, p. 111; P. G., col. 565.
Contentons-nous de dire que Philostorge donne la version anoméenne de l'histoire de l'Église pour le siècle qui suivit le concile de Nicée, et que la perte de cette version, présentée par un homme de valeur, est très regrettable pour la critique historique.
Au dire de Photius, le style de Philostorge est élégant; il recherche les locutions poétiques, mais sans exagération et non sans grâce; ses métaphores sont parfois trop hardies; sa prolixité laisse parfois au lecteur une impression de lassitude. Photius, Bibl., cod. 40, P. G., t. cm, col. 72 sq.
L'édition princeps parut à Genève, en 1649, chez Jean Chouet, par les soins de Gothofredus. Trente ans plus tard, Henri Valois en publia une seconde à Paris. Cette édition fut reproduite par Reading, à Cambridge, en 1720, et passa dans la Patrologie grecque de Migne. Aucune de ces éditions ne donne les fragments au complet. L'édition critique et complète, par Bidez, dans le Corpus de Berlin, Leipzig, 1913.
G. Fritz.
PHILOTHÉE KOKKINOS, deux fois patriarche de Constantinople (nov. 1353-nov. 1354, oct. 1364-fin 1376), polygraphe byzantin et théologien du palamisme, mort en 1379. I. Vie. II. Œuvres.
I. Vie. — Les seuls renseignements que nous ayons sur Philothée avant son patriarcat se réduisent à quelques données éparses dont voici l'enchaînement très probable. Il naquit aux confins des xmexive siècles, à Thessalonique même, ainsi qu'il nous l'apprend dans le prologue de la Vie (inédite) de son compatriote Germain l'Athonite. Ses parents étaient de race juive, circonstance humiliante que ses adversaires exploitèrent avec complaisance. Le patronyme Kôxxtvoç étant d'une espèce très courante (sobriquet que ses contemporains ont bien pu lui appliquer à cause de la couleur rousse de sa chevelure), il paraît sans lien de parenté avec des homonymes signalés dès la fin du XIIIe siècle (par exemple en 1285, Échos d'Orient, t. xxvi, 1927, p. 149), au premier rang des
PHI LOTI IKK KOKKINOS. VIK
officiers de la Grande-Église. L'enfant, désireux et capable d'apprendre, était sans ressource. Il se mit bien, sur place, à l'école d'un célèbre rhéteur, Thomas Magistros, l'un des précurseurs de la philologie critique, du reste, aussi peu théologien que beau discoureur: mais il dut payer les leçons de son maître en remplissant auprès de lui le modeste rôle de cuisinier. Cf. G. Mercati. Xotizie ed altri appunti, etc., p. 248, 249. Soit que celui-ci mourût (avant 1330), soit qu'il se crût assez de lettres, l'étudiant partit pour le Sinaï où il se fit moine, pour passer sans beaucoup tarder à la Grande Laure du Mont-Athos. Un esprit aussi cultivé émergea vite dans un milieu où on l'était si peu; c'est pourquoi lorsque, en 1340, Grégoire Palamas, menacé d'un procès devant la curie patriarcale, vint demander l'investiture de ses confrères athonites, c'est à Philothée, encore simple religieux, que revint l'honneur de rédiger le mémoire doctrinal qui, signé par les plus hautes autorités locales, décida de l'attitude de la Sainte Montagne en faveur de l'hésychasme (voir ci-dessous). Le rédacteur de cette pièce décisive ne pouvait que connaître une fortune rapide à une époque où l'État comme l'Église subissaient la tutelle des moines. Élu bientôt higoumène ou abbé de Lavra, il fut promu, en mai 1347, par le patriarche Isidore, lui-même nouvellement nommé, au siège d'Héraclée de Thrace. Ses six années d'épiscopat se passèrent surtout dans la capitale voisine, au milieu d'intrigues et de discussions passionnées. Il n'était point à son poste lorsque, en 1352, les Génois mirent à sac son évêché, mais sut prodiguer à ses fidèles, captifs ou dispersés, consolations et ressources. L'usurpateur Jean Cantacuzène, dont il s'était montré le partisan sans scrupule, l'appela à la tête de l'Église de Constantinople après en avoir éloigné Calliste qui se refusait à couronner son fils Mathieu. Son intronisation eut lieu fin novembre 1353 et non 1354, ainsi qu'on l'écrit communément. Texte décisif dans Nsoç 'EXÀYjvopiv-/j(jia>v, t. vu, 1910, p. 143, n. 64, et t. xiv, 1917, p. 403. Cf. G. Mercati, op. cit., p. 249, n. 2. Dans ces conditions, son pontificat devait cesser avec le règne de son protecteur (nov. 1354). Son abdication, que ce dernier nous dépeint dans son Histoire comme volontaire (cf. Cantacuzène, Historiamm, 1. IV, c. l, P. G., t. cuv, col. 368 D), fut en réalité accompagnée du cortège accoutumé d'anathèmes et d'excommunications. Bien plus, accusé du crime de lèse-majesté pour avoir abandonné la cause légitime des Paléologues, il connut, malgré une vive résistance, la déposition et la prison. La disgrâce ne devait toutefois pas être sans retour, s'il est vrai que le prélat déchu, d'ailleurs très bien vu de l'impératrice, fille de Cantacuzène, put remonter sur son siège d'Héraclée. Cf. 'Ava-roXixoç 'Aot/;p, t. xxx. 1890-1891, p. 84. En 1363, lors de la vacance du siège œcuménique, la réhabilitation était complète; les bons offices de Démétrius Cydonès, une de ses futures victimes, lui ayant valu la faveur du souverain dont il avait jadis méconnu les droits, il fut réélu en février et reprit, en octobre 1364, la tête de l'Église byzantine, poste qu'il sut garder douze années durant (1364-1376). C'est pendant cette dernière période de son existence que ce caractère audacieux donna, à l 'encontre de la quasi totalité de ses prédécesseurs, ministres serviles de la couronne, la mesure de son esprit téméraire et novateur dans les trois graves affaires auxquelles apparurent liées le salut ou la perte de l'empire : l'union des Églises, le péril turc et la crise hésychaste.
1° Philothée et l'hésychasme. — L'attitude de Philothée dans la querelle palamite a déjà été suffisamment retracée à l'article Palamite (Controverse), col. 1792, 1793 et passim : nous nous bornerons à donner ici quelques précisions. Au fond, abstraction faite de l'acte,
d'une portée exceptionnelle, qui devait la terminer. la reprise de cette fameuse affaire présente surtout un caractère épisodique. celui d'une querelle à deux. L'empereur Jean V, né d'une mère latine et gagné au catholicisme, se désintéressa toujours de doctrines qui axaient failli lui coûter son trône; jugeant que l'union à l'intérieur importait seule à l'État déchiré par une longue guerre civile, il accepta cependant de collaborer avec le palamisme triomphant. Il ne mit qu'une condition au retour de Philothée sur le trône œcuménique, à savoir qu'aucune représaille ne serait exercée par lui contre les tenants de l'orthodoxie traditionnelle. La promesse faite fut violée à la première occasion, lorsqu'il parut que l'absence du souverain, prisonnier des Bulgares, au retour d'un voyage en Hongrie (1365), allait se prolonger. Le patriarche, mortifié de ce que Prochore Cydonès, une des lumières de l'Athos, n'avait pas soutenu sa cause lors de sa déposition en 1354, résolut de se venger d'une aussi méprisante conduite. L'higoumène de Lavra et le clan de ses partisans eurent mandat d'épier les moindres démarches de la victime à laquelle, néanmoins, on ne put imputer qu'un seul délit : celui de ne pas faire ouvertement profession d'hésychasme. C'en fut assez pour que des lettres d'accusation pussent être adressées demandant sa mise en jugement. L'inculpé se mit alors à étudier de près une doctrine qui lui était jusque-là restée étrangère et la trouva si futile qu'il en entreprit aussitôt une réfutation systématique d'après la méthode thomiste la plus authentique. Le travail fini fut envoyé, à titre de décharge, au patriarche que l'auteur pensait, en toute bonne foi, étranger à de tels enfantillages. Le chef de l'Église simula une enquête en règle pour mieux perdre le prévenu. Mais le frère de celui-ci, Démétrius, ministre tout-puissant de Jean V, vint à connaître les dessous de l'affaire; persuadé que l'agitation politique allait renaître à l'occasion du procès entrevu et porter à l'État le plus grave préjudice, il proposa au souverain d'écarter Philothée, d'ailleurs hostile à tout rapprochement avec l'Occident. Ce dessein fut vite connu et le bruit se répandit que le nouveau candidat du gouvernement à la tête de l'Église, n'était autre que Prochore lui-même. Il n'en fallut pas davantage pour que le patriarche résolût de perdre son rival éventuel; il l'attira dans un véritable guet-apens, devant un tribunal qui le somma de souscrire séance tenante, sans discussion, une profession de foi qu'il réprouvait. L'inculpé dut s'éloigner de force en refusant de comparaître à nouveau et commença aussitôt, avec son frère, une campagne d'écrits qui toutefois ne pouvait prévenir l'inévitable : un copieux tome, fruit de longs débats conciliaires, porta contre Prochore la double sentence d'excommunication et de dégradation (avril 1368). Non content d'abattre ainsi son adversaire, Philothée crut consacrer l'apothéose de l'hésychasme en canonisant son fondateur, auquel une place de choix fut assignée dans le calendrier, sans préjudice d'autres honneurs liturgiques. Cf. art. Palamas, col. 1742. Ce coup d'audace fut pleinement servi par une double circonstance : la mort presque simultanée de Prochore et la carence du souverain. Le patriarche, débarrassé de son compétiteur, garda sa place, Jean V Paléologue n'osant la lui enlever tant la doctrine qu'il personnifiait semblait avoir pénétré l'Église byzantine. Aucune mesure cependant n'eût été plus opportune au moment où le Saint-Siège exigeait des gages tangibles. En s'y refusant, l'État, prêt à consommer l'union des Églises pour obtenir l'aide de l'Occident, se ménagea un adversaire résolu de sa politique.
2° L'union avec Rome et le péril turc. — Le retour de Philothée au patriarcat coïncida avec une aggravation subite de la situation internationale. Maître d'Andri-
PHILOTHÉE KOKKINOS. VIE
nople depuis 1361, Mourad Ier achevait, en cfTct, ses préparatifs en vue d'isoler Constantinople par la conquête de la Serbie et de la Bulgarie. Les deux pays menacés avaient donné l'alerte à l'Europe qui armait quoique avec hésitation et dans le plus grand désordre. Or, cette croisade, qui s'organisait en dehors d'elle, parut à Byzance aussi dangereuse que l'ennemi que l'on entendait combattre. Sous le coup de la nécessité, Jean V résolut de s'aboucher avec le pape dans l'espoir de s'assurer le contrôle des opérations militaires en y mettant le prix si souvent exigé : l'union des Églises. Philothée, comme ses trois collègues orientaux d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, admettait, certes, la nécessité d'une entente entre chrétiens pour arrêter les progrès foudroyants de l'islamisme; plus vivement que, ceux-ci, il sentait même que seule la restauration de l'unité religieuse pouvait être la garantie efficace d'une action commune. Aussi, quand le basileus déclara vouloir se rapprocher de Borne, accepta-t-il d'emblée cette éventualité. Mais il prétendait prescrire la voie à suivre : on convoquerait en Orient un concile œcuménique, où Grecs et Latins discuteraient sur un pied d'égalité toutes les questions pendantes entre eux. Le polémiste, auquel de récentes querelles doctrinales avaient paru assurer quelque succès, n'avait pas de peine à croire que la subtilité byzantine aurait facilement raison de la lourde dialectique des Occidentaux. Et, comme les légats pontificaux, venus aux nouvelles, lui affirmaient — il le crut du moins — que tous les Latins, pape en tête, feraient amende honorable, si leur doctrine n'était pas trouvée conforme aux Écritures, il en vint à souhaiter ardemment une rencontre qui devait assurer le triomphe éclatant de l'orthodoxie. A l'issue d'un synode général (1367), auquel prirent part les envoyés du pape et les patriarches de Jérusalem et d'Alexandrie, il communiqua d'urgence à tous les chefs d'Église absents, avec ses ambitieuses espérances, l'ordre d'avoir à conduire au plus vite à Constantinople leurs suffragants au grand complet, car il importait d'en imposer aux délégués occidentaux par le nombre et l'unanimité dans la réclamation. Malheureusement, la déception vint vite interrompre ces trop confiants apprêts. En effet, l'empereur venait enfin de se décider à la suprême démarche : aller à Borne même abjurer le schisme. Une ambassade mixte, composée de fonctionnaires et de prélats, porta dès lors simultanément à Urbain V la décision de l'empereur et les vœux de l'Église. Or, dans sa réponse, le souverain pontife, glissant sur le sujet du concile à tenir, insista fortement pour que le haut clergé, surtout le patriarche, accompagnât son souverain en Italie et prêtât comme lui serment au Saint-Siège. En outre, l'envoyé pontifical avait mission expresse de faire comprendre de vive voix que la curie n'accepterait jamais de remettre en discussion ce que, forte de son magistère suprême, elle avait défini. Ce mécompte s'aggrava bientôt d'une inquiétude. A la faveur des tractations qui orientaient définitivement l'État et son chef vers Borne, s'était formé à Byzance un parti puissant de catholiques dont les principaux membres comptaient au nombre des ministres ou des conseillers du basileus. Or, il advint que l'exemple tombé de haut gagna rapidement les milieux ecclésiastiques. Aigri et inquiet, Philothée, qui avait d'abord fermé les yeux, décida des représailles immédiates. Impuissant contre la volonté de Jean V parti faire obédience entre les mains du pape, il commença par purger, à coup de dépositions et d'anathèmes, son Église des clercs plus ou moins inféodés au latinisme, puis il eut soin de travailler le peuple pour que celui-ci rejetât toutes les obligations contractées au loin, sans lui, par le souverain. L'enjeu des négociations destinées à sauver l'empire ne pouvait être,
en effet, que la liberté de l'Église nationale. Or, si la raison d'État semblait imposer ce sacrifice, rien ne pouvait coûter davantage aux ambitions du patriarche en un temps où sa diplomatie connaissait, au delà des frontières, d'incontestables triomphes. En mars 1368. déjà, le despote Jean Ougliécha, obéissant à une dure nécessité, supprimait le patriarcat serbe et reconnaissait, lui et son peuple, la juridiction suprême de Constantinople. Plus que cette soumission inconditionnée, les avances que lui faisaient le roi catholique de Pologne, au sujet de la Volhynie lithuanienne, et le plein dévouement du grand-duc de Bussie, recevant de lui et ses évêques et ses ordres, persuadèrent Philothée qu'il pouvait, lui aussi, prétendre au magistère universel et, comme chef spirituel, jouer un rôle international pour la défense de la chrétienté. Personne, sinon Michel Cérulaire, n'a, de fait, affirmé aver tant de force et de netteté la suprématie du siège œcuménique sur tous les autres. Cf. quelques témoignages dans M. Jugie, Theologia dogmalica christianorum orientalium, t. iv, 1931, p. 429. En aucun temps non plus, les circonstances n'avaient paru seconder si efficacement ses desseins politiques. Au projet impérial de sacrifier l'indépendance de son Église à une pro messe de secours aléatoire, l'ambitieux prélat opposa le plan, déjà esquissé par son prédécesseur, Calliste, de sauver l'orthodoxie par une coalition de forces exclusivement orthodoxes; il comptait unir la Serbie, la Bulgarie et le jeune mais puissant duché de Moscou dans une campagne décisive. Le prince Ougliécha. entrant complètement dans ses vues, faisait offrir à Jean V Paléologue, avec tout l'argent nécessaire — ce dont les Grecs avaient le plus besoin — une proposition d'offensive commune contre l'envahisseur, au moment précis où ce dernier adressait de son côté à Byzance une sorte d'ultimatum en réclamant Gallipoli, la clé des Dardanelles, dont le sultan avait besoin pour faire venir plus sûrement ses renforts d'Asie en Europe. Pris entre l'angoisse de voir écraser ses alliés naturels et la crainte de représailles de la part des Turcs, s'ils venaient à l'emporter malgré l'aide fournie, le faible empereur ne sut que décider. Fait apparemment singulier, Je grand avocat du parti de l'alliance chrétienne fut en cette circonstance critique le chef même du catholicisme byzantin, Démétrius Cydonès, dont les discours prononcés alors sont justement célèbres et ont fait penser à Démosthène. Aux yeux de l'orateur, la collaboration des forces gréco-slaves apparaissait comme un prélude nécessaire de la grande croisade qu'organisait le pape. Quelle attitude eut alors Philothée devant ce qui pouvait lui sembler une exploitation de son idée par un tiers dans un sens directement contraire à ses intérêts? On l'ignore. Mais il est étrange, qu'en raison même des sentiments profondément antiturcs du prélat, le bullaire du grand chartophylacat soit resté muet à cet égard. Il s'opéra en tout cas à Byzance un revirement auquel on ne sait s'il demeura étranger; la majorité força le gouvernement à donner satisfaction à Mourad Ier qui promettait la paix moyennant une forteresse et un traité de vasselage. Les Serbes abandonnés à eux-mêmes furent écrasés à la bataille de la Maritza (1371). Le rêve panorthodoxe s'évanouit ainsi sous le coup d'une catastrophe qui, par contre, rendait à l'intervention de l'Occident toute sa tragique importance. Philothée se consola de ses déboires en s'opposant plus que jamais, partout, aux influences latines. Un large mouvement de conversion, officiellement toléré et secondé très efficacement par le zèle des dominicains de Péra. préparait insensiblement la foule à l'union effective dont les papes attendaient la réalisation en vertu des accords de 1369. Pendant qu'une ambassade pontificale reprenait contact avec la cour, en octobre 1374.
PHILOTHEE KOKK1NOS. ŒUVRES
et que Grégoire XI multipliait en Europe ses démarches pour l'organisation d'une expédition militaire, le patriarche déchaîna contre les catholiques byzantins et leurs sympathisants une vraie persécution, avec accompagnement de confiscations, d'expulsions et autres sévices. Son animosité antilatine grandit d'ailleurs encore devant la concurrence que Rome commençait à lui faire dans des régions traditionnellement rattachées à Constantinople : en Moldavie, dans la Serbie déchiquetée, en Volhynie et jusqu'à Kiev. La réaction qu'il provoqua fut assez grave pour ébranler la confiance du Saint-Siège dans les promesses régulièrement ajournées du basileus. Lorsque, affaibli par l'âge, Philothée dut démissionner, en 1376, le pape n'en subordonnait pas moins, en raison de la gravité exceptionnelle de la situation dans le Proche-Orient, la question religieuse à l'octroi de l'aide escomptée contre les Turcs. Il est certain cependant que les nouvelles régulièrement fournies à la curie sur l'attitude hostile et l'orientation nettement hérétique du haut clergé grec causa en Occident bien des hésitations quand il eût fallu agir d'urgence, sinon d'enthousiasme. Malgré la vive sympathie qu'avait éveillée en faveur des Grecs la venue de Jean V en Occident, l'hostilité ouvertement affichée du clergé byzantin fit que les appels d'Urbain V et de Grégoire XI furent peu ou point écoutés même de ceux qui étaient le plus intéressés à défendre l'empire.
D'après une donnée incontrôlable, répétée par divers auteurs grecs, Philothée aurait survécu trois ans à sa seconde abdication. Le détail est sans doute emprunté à la vie athonite (voir la bibliographie) et on ne saurait y contredire à priori. Ce qui, par contre, est certain, c'est que, dès qu'il fut mort, la Grande-Église ne tarda pas à canoniser le personnage, défenseur des dogmes palamites. Ni le synaxaire de Constantinople, ni les menées plus étendus n'ont, à la vérité, gardé sa mémoire, mais son nom bénéficie encore chaque année, au Synodicon du premier dimanche de carême, des acclamations réservées aux grands confesseurs de l'orthodoxie byzantine.
II. Œuvres. — Le seul catalogue qui en ait paru a été dressé par Fabricius, Bibliotheca grœca, t. xi, p. 513-518 (reproduit dans P. G., t. cliv, col. 711- 718). Malheureusement, cette compilation, d'ailleurs très détaillée, confond avec les ouvrages authentiques nombre d'apocryphes dus à des homonymes et plusieurs traités imaginaires. Nous distinguerons dans le dossier littéraire de Philothée six catégories de productions : polémiques, hagiographiques, homilétiques et exégétiques, canoniques, poétiques, et diverse (correspondance, discours de circonstances).
1° Œuvres polémiques. — Elles concernent toutes l'hésychasme. Ce sont : 1. Quinze aniirrhétiques contre Nicéphore Grégoras : tlpoç Ta a'jyypaçÉvTa T*? çiXoaôçcp rpr,vopà xaTa ~.z toû kpoô tt,ç 'ExxX^cîaç TÔ(i.o'j xal Cetaç ÈvEpyEtaç xal Osonroioù yàptToç xal 8r, xal "t,ç ôpa6EÎcr(ç èv 0a6ojpîco 'jTxpçvôJç OsocpavEÎaç -re xal 8e6T»)Tcç. Inc. : 'ESs^âi^v rà y.a6' r.jxcâv xe xal -r,ç £>jce6e'1ocç. Cet écrit, le plus considérable et le plus important de la série, a été édité par Dosithée de Jérusalem dans son Tô^oç 'Ayiitrfi, 1698, p. 1-239, reproduit dans P. G., t. cli, col. 773-1186 (sans traduction en regard). Contrairement à ce que pourrait faire croire l'état de certains manuscrits, ce bloc de quinze livres comprend deux parties de date et d'origine diverses. Les trois derniers (P. G., /oc. cit., col. 1139-1186), c'est-à-dire, les deux discours et l'épilogue, donnés comme distincts par l'imprimé, sont les plus anciens. Ils furent composés pour réfuter les déclarations orales de Grégoras, rapportées à l'auteur par deux hauts personnages, alors que les dix livres lancés par le rhéteur contre le tome de 1351 (voir ci-
dessous) n'étaient pas encore venus à sa connaissance. L'édition en est très défectueuse; non seulement le prologue propre fait défaut, mais le dernier de ces discours a de graves lacunes que rien parfois ne signale. Cf. G. Mercati, Nolizie ed altri appunti, p. 243-245. Les douze premiers livres, composés en 1353-1354, à la prière de l'empereur Jean Cantacuzène, sont une réfutation méthodique de l'écrit précité de Grégoras. Un second prologue dont Philothée les avait fait précéder, omis par Dosithée, est connu par Boivin qui n'en a toutefois donné qu'une partie, cf. P. G., t. cxlviii, col. 71; la fin du texte (dans G. Mercati, op. cit., p. 243) nous apprend que l'auteur lui-même réunit dans une rédaction définitive les deux parties ci-dessus décrites dans l'ordre où elles ont été imprimées. Les recensions antérieures ne furent pas pour cela retirées de la circulation, comme en témoignent certains codices où les deux groupes d'écrits sont conservés isolément.
2. Quatorze chapitres contre l'hérésie d'Acindynus et de Barlaam. Ta XEçàXaia (18) ttjç alpÉascoç 'Axiv- 8ùvou xal BapXaàpt xal tôjv ô[i.G(ppôv<ov aÙTOÏç TsOévxa [xèv ojç aÙTol auvEYpâdiavTo, zt^zïfi\c, 8s àvaTpE7v6|i.sva rapà toù aû-oû TCarpiap^ou. Inédit, entre autres, dans le Coislin gr. 101, fol. 249 sq. et le Hieros. bibl. patriarc. 276, fol. 215 v° sq. (plusieurs autres copies à l'Athos et à Patmos).
3. Deux discours dogmatiques contre Acindynos au sujet de la lumière thaborique. Aôyoï. 8oyjj.aTixol 7tp6ç te tôv 'AxtvSuvov xal tô [xépoç aÛToû aoyypacpÉvTEç, 8ià toû 'HpaxXsîaç (8ià toû x'joîo'j Marcian.) OiXo0sou xal aTTOCTTaXévTEç rcapà twv àyiopsiTaiv sic KcovcjTavtiv&ûttoXlv, xaTa frîjva îavouàpiov tîjç t8' tv8., aÛToû toû 'AxtvSûvou xtvTjaavToç èxetvouç 8ià tûv olxEitov auyypafJt.^t.âTwv. L lÏEpï toù èv Tto Qa6a>plco SsaTioTt.xGÛ' çcotÔç xal Tzzpi Ostaç èvspYslaç Tipàç toùç àvTiXsyovTaç à7roXoyr)Tixcç a'. Inc. : Kal rcaXai [xèv 6 ttjç àXï)0EÎa<; Xôyoç. — 2. IlEpl 0ei.6t7)toç xal Geîo'j 90JTOÇ xal 7rv£Ufi.aTix(ôv ôpâoEwv xal T7)Ç Espâç tcôv teXeicoç izpoozxr/r^ àTroXoyrjTtxèç Ç>'. Inc. : FIspl (jièv 87) toÛtcov Ixavàx;. Inédit dans le Marcian. gr. 582, les Mosquens. 236 et 257. Ce traité fut rédigé, d'après la suscription, vers janvier 1346 et porté aussitôt à Byzance. Comme l'insinue d'ailleurs la variante du codex vénitien, l'auteur ne devait pas encore être évêque, quand il composa l'écrit. Celui-ci servit une seconde fois, lorsque les hagiorites, empêchés de se rendre en corps au concile palamite de 1351, y dépu tèrent plusieurs des leurs, porteurs de ces discours « composés par le métropolite d'Héraclée Philothée alors qu'il demeurait encore parmi eux ». Le texte qui nous rapporte le fait (P. G., t. cli, col. 757 CD), où l'on a voulu voir à tort une allusion au tome hagiorite (cf. Mercati, Notizie, p. 246) donne nettement ce double opuscule comme antérieur à l'épiscopat (oûç auvEypâif'^To èxeï eti TtapapiEvcùv pxT'aÙTcôv). Sur les écrits d'Acindynus auxquels il y est répondu, voir ici t. xi, col. 1803.
4. Lettre dogmatique à Pétriotès : Toi nETpiGirfl, ôti o>G7tEp eÏç Oeôç 7] 'Ayîa Tpiâç, gutco xal u.i<y. r) Oecttjç, xal Txspl Osîaç ivspyEÎaç. Inc. : X0èç xal TCpÔTpiTa [Loi ~\.c, tcôv auvY)6cûv. Le destinataire de cet opuscule était barlaamite, le même sans doute que Manuel Pétriotès, officier influent du patriarcat dès 1365. Cf. G. Mercati, Notizie, p. 242, n. 1, où l'orthographe du nom est fautive. Inédit dans les Paris, gr. 1276, fol. 32 sq. ; Coislin 101, fol. 237 sq. ; Vindobon. theol. gr. 201, fol. 70-87, etc.
5. Plusieurs autres documents de caractère officiel sont également l'œuvre personnelle de Philothée et montrent le rôle prépondérant qu'il joua au sein du palamisme avant d'être patriarche. On lui doit : une recension palamite de la profession de foi imposée aux
l'IULOTIIÉE KOKK1NOS. ŒUVRES
évêques avant leur ordination. liUc n'est plus en usage. Cf. l'article Palamite (Controverse), col. 1792, 1810.-
6. Le fameux lome hagiorite, la vraie charte de l'hésychasme naissant. Inc. : Ta |jièv àp-ûwç xocOcoijuXt)- (xéva. Édité d'abord par Nicodèmc dans sa Philocalia, Venise, 1782, p. 1009-1013, reproduit dans P. G., t. CL, col. 1225-1230. La rédaction de cette pièce doit se placer vers 1339-1340 et ne saurait en aucune manière être attribuée à l'alamas, pour qui elle fut toutefois rédigée et qui la présenta pour sa défense au synode de 1341. Cf. G. Mercati, op. cit., p. 245. Ainsi que nous le remarquons ci-dessus, le dernier argument invoqué en faveur de la restitution de l'opuscule à Philothée, est inopérant, sans que le doute soit pour cela permis. Voir aussi Échos d'Orient, t. xxx, 1931, p. 407, 408.
7. Tome synodique, rédigé et signé en août 135 1, deux mois après- la tenue du concile auquel il se réfère. Inc. : Outs ttjv xarà ttjç 'ExxX7)a[ocç, édité dans P. G., t. cli, col. 717-763: le texte, reproduit de Dosithée, T&fxoç 'AyaTrrjç, Bucarest, 1698, est des plus insuffisants, particulièrement en ce qui concerne les signatures finales. Cf. Échos d'Orient, t. xxx, 1931, p. 417. Notons cependant que la paternité de cette décision synodale ne revient pas exclusivement à Philothée car, au dire de Jean Cyparissiotès, seul à soulever la question, Nil Cabasilas y aurait aussi collaboré. P. G., t. clii, col. 677 D; cf. G. Mercati, toc. cit., p. 8.
8. Tome synodique d'avril 1368, contre Prochore Cydonès. Inc. : OùSèv t/jç ÔTCpTjçavîaç )(£Îpov, P. G., t. cli, col. 693-716, d'après la même source grecque, p. 93-114 ( Proie gomenaj. Cf. Mercati, op. cit., p. 8, 51.
9. Les anathématismes et acclamations insérés en 1352 au Synodicon du dimanche de l'Orthodoxie et répétés chaque année depuis, sans interruption, dans toutes les églises de l'ancienne obédience byzantine. Texte dans les diverses éditions du Triodion; contenu dogmatique résumé par le P. Jugie ici même, art. Palamite (Controverse), col. 1794, 1795. On doit observer toutefois que l'attribution de la pièce à Philothée ne repose que sur le témoignage d'une suscription de manuscrit, le Monacens. gr. 505. fol. 2 v°. Cf. ibid., col. 1792; G. Mercati, op. cit., p. 55-61, qui, à l'occasion des anathématismes dirigés contre les deux frères Cydonès, a touché le problème, n'en souille mot.
2° Œuvres hagiographiques. -- Nous comprenons sous cette dénomination un nombre assez élevé d'éloges ou de vies de saints, ainsi que des offices ou acolouthies composés tant par goût — l'auteur fut moine — que par vindicte littéraire, afin de les substituer aux productions de Grégoras dont lui et son prédécesseur avaient interdit la lecture dans les églises durant la liturgie. La plupart des écrits de cette catégorie se rencontrent dans l'excellent Marcian. gr. 582 (xive s.) de 422 feuillets, qui, avec son prologue liminaire, a tous les dehors d'un recueil authentique. Cependant, il en est d'autres conservés ailleurs, le tout célébrant soit des personnages vénérés par tout chrétien, soit des héros propres à l'orthodoxie byzantine. Ce sont :
1. Vie de saint Anysia de Thessalonique. Inc. : Oôàèv àpsTTJç Tiu,iâ>Tspov. Éd. C. Triantafillis, SuXXoyï) éXXtjvixwv àvexSôxcov, t. i, Venise, 1874, p. 99-114 (et non 144 comme l'indique la Biblioth. hag. grwca, n. 146).
2. Éloge des apôtres. Inc. : "ESei. u,èv wç àXYjOwç. Inédit dans le Marcian. gr. 58?, le Vatopedin. 640, fol. 148-194 (du xive siècle), etc.
3. Éloge de saint Démétrius. Inc. : Aï)(X-!fjTpioç -/jfiïv toû te ouXXoycu. Inédit dans le Vindob. theol. gr. 101, fol. 1-20 v°; le Vatic. gr. 809, fol. 187 V-210.
4. Vie de sainte Fébronia (Biblioth. hag. grœca, n. 659). Inc. : Tupxvvixôv ti xai fitaiov. Inédit dans le Marcian. gr. 582, le Mosquens. 257, etc.
5. Vie de saint Germain V Hagiorite (dans le monde, Georges Maroulès), mort vers 1335 à 84 ans. Inc. : ' AXXà reûç àv Ttç tô xaG'rnjiâç, Inédit dans le Marcian. gr. 582, fol. 186-213 v°. Écrit d'une importance toute spéciale pour l'histoire du monachisme au temps des premiers Paléologues.
6. Vie et office de Grégoire l'alamas (Bibl. hagr. gr., n. 718; L. Petit, Bibliographie des acolouthies grecques, Bruxelles, 1926, p. 101-102). Le nécessaire a été dit à l'article Palamas, col. 1735, 1712. 1775, 1793, sur ces deux écrits, les plus importants du dossier.
7. Éloge des trois hiérarques (Basile, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome). Inc. : Toùç SiSanxàXouç r)jj.à>v s7raivéaco|i.EV, dans P. G., t. cliv, col. 768-820. Cf. Bibl. hag. gr., n. 748.
8. Vie du patriarche Isidore (mai 1347-déc. 1349). Inc. : Tatâcopov Se apa. Éd. A. Papadopoulos-Kérameus, Vie de deux patriarches œcuméniques du XIVe siècle, SS. Athanase I" et Isidore I", Saint-Pétersbourg, 1905, p. 52-149. Cf. Bibl. hag. gr., n. 962.
9. Éloge de Sicodème le Jeune, moine du couvent de Philocallès. Inc. : 'AXXà tîç ocv 7rapaSpà|ji.oi. tô> Xoyaj. Inédit dans YAthon. 6078, n. 8 (Panteleimon 57 1).'
10. Vie de saint Onuphre. Inc. : Taïç twv àvSpciv àptaToiç, donné comme anonyme par la Bibl. hag. gr., n. 1380. Inédit, entre autres, dans le Marcian. 582 et le Mosquens. 257, fol. 249-273.
11. Passion de saint Phocas. Inc. : Eî Se xai. to'jç Xaji.7rpotjç. Inédit dans le Marcian. gr. 582, le Parisin. gr. 1185 A, fol. 131 v°-139, le Mosquens. 257, fol. 109-
12. Vie de saint Sabas le Jeune, moine athonite mort en 1349. Inc. : 2x6aç 6 0aupiâoi.oç ûnodeaiç. Éd. A. Papadopoulos-Kérameus, 'AvâXsxTa tspoctoXujjlitix^ç OTaxuoXoytaç, t. v, p. 190-359. Cf. Bibl. hag. gr., n. 1606.
13. Éloge de tous les saints. Inc. : Kai to Xôyoïç [ièv ôcXXcoç. Inédit dans le Marcian. 582, le Vatoped. 634, fol. 68-111, etc. Le manuscrit vénitien a conservé en outre un office de même objet. Inc. : IIoîoiç sùçrjputov
3° Œuvres homilétiques et exégéliques. — Ce groupe comprend :
1. Un" volumineux homiliaire ou Kyriakodromion, contenant des homélies pour tous les dimanches de l'année : AiSaaxocXtoci &nb 8'a<pôpa>v éXXoyîa|i.cov, àvSpcôv dorô ts toû Xpuctoctt6(j.ou xal STEpCOV, EIÇ rà xarà xuptaxàç àvxyivcoaxû^sva àyix sùayyéXr.a, CTuXXeyeïca" 7rapà xupîou OtXoOéou àp/ismaxÔTrou KcovaTavTivouTTÔXecot;. Ainsi l'auteur a entendu faire un recueil d'instructions dominicales, dans lequel, sans doute, il a mis du sien, mais où il a sûrement beaucoup emprunté aux autres.
Une enquête minutieuse pourrait seule déterminer ce qui revient au compilateur ou à ses devanciers. Indication des principaux manuscrits dans Theologische Revue, t. iv, 1905, p. 145; voir aussi Néoç 'EXXv]vrJ(i.vv)iJi(ov, t. m, 1906, p. 251, 252. Le nombre, l'ordre et la longueur des homélies varient avec les collections, indice de contaminations probables avec les' ouvrages similaires de Thomas Magistros, Jean Agapétos, Michel Glykas (voir ces noms) et autres. Les éditeurs ont tiré de ce recueil six homélies (les vi, xxiv, xxvn, xxxin, xlii et xliv). La première est donnée comme de Philothée par Triantafillis, op. cit., p. 47-61. et comme de Jean Calécas par la P. G., t. cl, col. 264-280; la quatrième, mise (ibid., p. 115-121) sous le nom de Philothée, est imprimée ailleurs, P. G., t. cxx, col. 1236-1245, sous celui de Jean Xiphilin, auquel les autres (ibid., col. 1221-1220 B, col.. 1236 B- 1245) ont été attribuées par Matthei à la suite d'une méprise. En réalité, comme l'indique le manuscrit même utilisé par ce savant éditeur (Mosquens. 20!)),
iôo;
PHILOTHEE KOKKINOS. ŒUVRES
toutes font partie du recueil de Philothée qui les aura puisées à diverses sources, En effet, une au moins panai elles (P. G., ibid.. eol. L209 D-1220 B) est certainement tirée de l'homiliaire de Jean Agapétos (texte dans S. Eustratiadès, '0;juX[ai zlz rà;; x'jpiaxàç :vj èviauTOÛ, t. i. Trieste. 1903, p. 114-136). Cf. la note de G. Mercati dans Theologische Renie, loc. cit., [i. 1 13. Faute de renseignements précis, il est impossible de marquer la relation exacte qu'ont certaines homélies, données à part sous le nom de notre auteur, avec l'homiliaire précédent. On ne peut, en conséquence, dire ni si elles y furent comprises, ni si elles ont pour auteur Philothée même. Nommons l'homélie sur la dormition de la Théotocos (P. G., t. cliv, col. 715. n. 12. Inc. : "Hxco -qiezov w cpîXoi) et sur l'exaltation de la sainte croix (P. G., t. cliv, col. 720- 729. Cf. Bibl. hag. gr.. n. 418).
2. Le traité de l'Ancienne circoneision adressé aux grands domestiques. Inc. : 'Eyco uiv ûji.5cç côpujv. Inédit dans le Coislin gr. 101, fol. 243 sq. Cf. P. G., loc. cit., col. 717, n. 18.
3. Les trois lettres sur les béatitudes évangéliques, composées à la demande de l'impératrice Hélène, femme de Jean V Paléologue, que l'on trouve dans le Yindob. theol. gr. 201, fol. 21 r°-60 v°. La première seule est publiée. Cf. ©soXoyU, t. ix, 1931, p. 18-26. Elles furent rédigées, ainsi que l'insinue la finale du troisième de ces écrits, entre 1354 et 1364.
4. Deux homélies sur l'Évangile de la femme courbée (éd. Triantaflllis, op. cit., p. 63-78, 79-97). Ces deux pièces sont expressément attribuées à notre auteur par un manuscrit contemporain, le Marcian. gr. 582.
5. Trois discours sur le passage du livre des Proverbes : Sapientia œdifïcavit sibi domum, adressés au métropolite Ignace (de Silyvric ?). Publiés à part intégralement parl'évèque Arsenij, à Novgorod, en 1898. Le premierse lit aussi dans Triantaflllis, op. cit., p. 123-143.
4° Œuvres poétiques. — Cf. Échos d'Orient, t. xxiv, 1925, p. 168 sq.; P. G., t. cliv, col. 715, n. 14 et 15; Revue des questions historiques, t. xx, 1876, p. 500, n. 2. Yiz. Vremenn., t. i, 1894, p. 425; K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Lileratur, 2e éd., p. 782.
5° Divers. — On rencontre : 1. deux adresses importantes de Philothée à ses ouailles à la suite de la prise et du sac d'Héraclée par les Génois en 1352. L'une fait l'historique de cet événement (Inc. : "Etoç fxèv yjv ££t)xoo*tov K7CÔ y-iaziùc, x6o\uou); l'autre tire, à l'usage des fidèles dispersés par toute la Thrace, les graves leçons de ce châtiment de Dieu. Toutes deux sont éditées par Triantaflllis, op. cit., p. 1-33, 35-46.
2. Une longue profession de foi de l'année 1352. Inc. : IliCTTeûa) sic ëva Gcov. Inédite dans le Marcian. gr. 582.
3. Une courte dissertation canonique tendant à prouver que d'anciens anathématismes portés par divers patriarches pour crime de lèse-majesté ont perdu leur vertu avec l'occasion qui les vit naître. Deux fois éditée dans la P. G., t. exix, col. 896 B-900 C et t. cliv, col. 821-825. Pour les autres éditions, voir G. Mercati, Xotizie, p. 251, n. 3. Le savant prélat rappelle à propos que Philothée fut condamné pour ce délit capital et voit dans cet écrit adressé à Harménopoulos, qui avait inséré les anathèmes précités en appendice à l'Hexabiblos, un plaidoyer pro domo.
4. lue sorte d'ordo de l'office du diacre. Inc. : 'Icréov 6ti ô Sidbtovoç, P. G., t. cliv. col. 745-766.
5. Un traité parallèle concernant l'office du célébrant. Titre . Aiy.-xv.c, rîjç xyiotç y.-ix Oetaç XeiToupyiofç. Inc. : "Orav (léXXei ô Lepeùç. Inédit en de nombreux manuscrits, par exemple Atlien. 751, 752, 7ti~>, 766, 1 , ". 771, 77:;, 77'.), etc.
6° Œuvres apocryphes ou imaginaires. — Les principales sont : 1. l'opuscule contre les Latins conservé
dans le Taurin.gr 151, toi. 146-149, unanimement attribué à Philothée, et. en dernier lieu, parle 1'. M. Jugie, Theologia dogmalica christianorum orientalium. t. 1, p. 449, n. 10. Le texte assigné par ce manuscrit tardif à notre auteur n'est en effet que le livre Iet d'un Traité du schisme de Nil Cabasilas, édité dans P. G., t. cxlix, col. 684 sq. Cf. G. .Mercati, op. cit., p. 246, n. 9.
2. Divers actes concernant le baptême, l'excommunication à ne lancer qu'à bon escient, la liturgie de saint Jean Chrysoslome à ne pas interpoler et une prière sur la paix du Christ, tous sujets prêtés à notre auteur par la fantaisie d'un faussaire, N. Comnènc Papadopoulos. Cf. P. G., t. cliv, col. 718, 719, n. 16, 17.
3. Un dialogue : llepî rJsoXoyîaç 8oy(j(.a-r[,xr)<;, du Patmiac. '366, attribué par Sakkelion à Philothée patriarche, mais qui est, en réalité, de Philothée, métropolite de Silyvrie. Cf. G. Mercati, loc. cit., p. 246, 247.
4. Un certain nombre de scholia insérés en appendice à la compilation d'Harmenopoulos. Ibid., p. 251, n. 3.
5. Un traité ascétique en 40 chapitres : N-/]7tTi.xà xsçdcXaioc u.'. Inc. : "Ecrriv èv v)u.ïv votjtôç noksitoç, mis par les meilleurs manuscrits sous le nom de Philothée, higoumène du monastère du Buisson (rrjç Bxtou), au Sinaï, éd. Dosithée, OtXoxocXîa, t. 1, 1893, p. 366-374. Sur l'auteur voir Krumbacher, Gesch. der byzant. Lit., p. 108, 109. C'est sans doute au même écrivain qu'il faut restituer l'écrit suivant :
6. Sur les commandements du Seigneur, en 21 chapitres. Inc. : Iispi. tùv èvtoXûv toG xupîou ■/]u,ô>v, éd. P. G., t. cliv, col. 729-745. Cf. ibid., col. 717, n. 22.
I. Sources. — ■ La source principale serait la Vie de Philothée, conservée en deux copies très récentes (Alhon. 153, n. 16, et 6266, n. 4, du xixe siècle), mais il est à craindre que cet écrit inédit et inaccessible soit l'œuvre d'un hagiographe moderne. A noter toutefois que le personnage, bientôt canonisé et honoré d'un culte, dut avoir son office dont le synaxaire a bien pu fournir l'amorce d'une Vie plus étendue. A ce titre, les textes de l'Athos seront à consulter. — Portrait, évidemment fantaisiste, du héros dans un manuscrit du xvme siècle, VAtlion. 2120. — Si les ouvrages mômes de Philothée nous instruisent peu ou point sur l'existence de leur auteur, les historiens et autres écrivains contemporains lui consacrent de fréquentes mentions. On devra considter la bibliographie des sources donnée à l'article Palamite (Controverse), à laquelle, moine, évèque et surtout patriarche, Philothée fut tant mêlé. Voir plus particulièrement les jugements partiaux mais en sens opposé de .1. Cantacuzène, Ilistoriarum, 1. 10, 29, 32, 37, 39, 40, 50, éd. P. G., t. cliv, col. 124 D-123 A, 229 C, 252 D, 285 C, 292 C, 297 D, 301 A, 368 CD; N. Grégoras, Bjgzantin.se hisior., xix, 2; xxiv, 10; xxv, 23; xxvi, 6; xxvm, 21, 25; xxix, 12, 16; xxxvi, 8; xxxvii, 3, P. G., t. cxlviii, col. 1201 BC, 1425 B et passim, t. cxi.ix,49A, 65C, 173 D, 177A, 212 D-213 D, 217B, 460 B, 472 A. Les trois lettres d'invectives adressées parDémétrius Cydonés au patriarche Philothée. après la condamnation et la mort de son frère Prochore, lettres dont les pâles regestes de G. Camelli, Démétrius Cydonès, Correspondance, Paris, 1930, p. 147, n. 76, 77, ne laissaient nullement suspecter l'exceptionnelle importance, ont été publiées et largement commentées par .Mgr G. Mercati, Notizie, p. 293-295, 296- 313, 313-340.
IL Travaux. — Pour les anciens auteurs, voir U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du Moyen Age, t. 11, col. 3652, au mot Philothée; K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Literatur, Munich, 1897, p. 107, 108, 204, 782. Ajouter : Z. N. Mathas, KatâXoyoç iaTop.xôç t<7>v -v.'itmv È7r«rxdira>7 "/.ai -(»•/ îz.iîr,; Tiarpeap/ôiv rr,; èv Kû)VOTavT[VOU7t6XEC iyîac v.x: [iîyâXï)ç roû Xo:itoô 'ExxXr|o-c'a;. Athènes, 1881, p. 93, 94; M. Gédéon, FJ-rTptapx'xoi 7ii'vaxsç,ConstantinopIe,1890,p. 129, 130, 131-439; A. Démétracopoulos, 'Op668oÇo; 'EXXàç, Leipzig, 1872, p. 85-86; M. Jugie, Theologia dogmalica christianorum orientalium, t. 1, Paris, 1926, p. 149. Notice assez détaillée en tète de l'édition de Triantaflllis et Grapputo, EyXXoyY] éXXy]v KVExfiâridV, Venise, 1874, p. a'-x[j'.
Deux ouvrages Fondamentaux ont paru récemment qui mettent en pleine lumière- : 1° la politique religieuse du patriarche, (). Halccki, Un empereur de Bqzanee à Rome,
PHILOTHÉE KOKKINOS — PHILOXÈNE DE MABBOUG
Varsovie, 1930, dans Travaux historiques de ta Société dis sciences et des lettres de Varsovie, t. vm, p. 152-15 1, 235-242 et passim. Il n'y a, par contre, aucune allusion au rôle international que tentèrent déjouer les patriarches du XIV" siècle dans l'ouvrage tout récent, d'ailleurs superficiel et inexact, d'A. Vasiliev, Histoire de l'empire byzantin, t. n, Paris, 1932, p. 298-309. 2" Son activité littéraire et son attitude au cours de la querelle hésychaste, G. Mercati, Notizie di Procoro e Demelrio Cidone, Manuele Caleea e Teodoro Meliteniota ed allri appunti per la storia délia teologia e delta lelteratura bizanlina dcl seeolo XIV, dans Sladi e lesli, n. 56, Città del Vaticano, 1931, p. 540. Consulter aussi R. Guilland, Essai sur Nicéphore Grégoras. L'homme et l'œuvre, Paris, 1920, p. 305 sq.; Fr. Stein, Studien tiber die Hesychasten, Vienne, 1873, p. 178-183. Il nous est parvenu un nombre assez élevé d'actes patriarcaux sous le nom de Philothée; si ceux-ci ne doivent pas, en général, être regardés comme son œuvre personnelle, ils intéressent sa gestion de chef d'Église. Un lot important de ces diplômes ont été publiés dans Miklosich et Millier, Acia el diplomata grœca Medii JEvi, t. t, Vienne, 1860, p. 325-350, -148-550; on trouvera le relevé d'autres pièces conservées et la nomenclature de toutes celles qui ne le sont pas, mais dont les sources font mention, dans le fasc. 5 des Rcnesles des Actes grecs du patriarcat byzantin, en cours de publication.