‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 12 sur 437 · V. Laurent · texte numérisé non relu

V. Laurent

PHILOXÈNE DE MABBOUG, métropolite monophysite de Hiérapolis de Syrie, mort à Gangres, en 523. — I. Vie. II. Œuvres. III. Doctrine.

I. Vie. — La carrière ecclésiastique de Philoxène, qui joua un rôle important dans les luttes christologiques des environs de l'an 500, est décrite par les divers historiens de cette période. En dehors de ces sources générales, on ne connaît qu'une courte biographie, copiée au folio 5 du Vatican, si/riac. 155, trente-huitième d'une série de 51 brèves notices, qui groupent des personnages de l'Ancien Testament, des évêques, des docteurs de la Loi nouvelle, des martyrs. Cf. S. E. Assémani et J. S. Assémani, Bibliothecse apostolicœ vaticanœ codicum manuscriptorum catalogus..., t. m, Rome, 1759, p. 294. Joseph Simonius, qui avait rapporté ce ms. d'Orient (n. 16 de la collection décrite dans Bibliotheca orientalis, t. i, Rome, 1719, p. 614), lui emprunta plusieurs détails pour son article sur Philoxène, ibid., t. n, Rome, 1721, p. 10 (où 13 est une erreur pour 16). Mais la notice elle-même n'a été publiée qu'en 1902 par Arthur A. Vaschalde, Three letlers of Philoxenus, bishop of Mabbôgh (485-519), Rome, p. 175 sq.

F. Nau a publié, une Notice inédite sur Philoxène, évêque de Mabboug (485-519), dans la Revue de l'Orient chrétien, t. vm, 1903, p. 630-633, sans en indiquer le contexte. Or, ce n'est pas un document isolé, mais seulement un paragraphe du fragment de chronique anonyme conservé dans le ms. du Musée britannique, Add. 14 642, publié en 1905 par E. W. Brooks et traduit par J.-B. Chabot sous le titre de Chronicon ad annum Domini 846 pertinens, dans Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIIe sér., t. iv, texte, p. 220 sq., trad., p. 168 sq.

Pniloxène naquit en Perse, dans le district de Garamée ou Beit Garmaï, à l'est du Tigre, entre le Petit Zab et la Diyala. Siméon de Beit Arsam, dans sa lettre sur Barsaumâ de Nisibe, Bibliolh. orient., t. i, p. 352, et la notice du ms. Val. sur. 155 \ul donnent pour patrie une localité nommée Tahal, ou Tahil, si l'on adopte la vocalisation du lexicographe Bar Bahlul; cf. Rubens Duval, Lexicon syriacum auctore Hassan'o Bar Bahlule, au mot Philoxenus, Paris, 1894, col. 1546. L'année de sa naissance n'est pas connue, et l'on ne sait même pas quel fut son nom de baptême, car le nom sous lequel on le désignait avant son épiscopat, Aksenayâ = Çévoç, « étranger », est un surnom qu'on n'employa sans doute comme prénom que lorsque la carrière ecclésiastique de Philoxène l'eut rendu célèbre.

On a dit que Philoxène était de naissance servile el que des évêques venus de Perse, lorsqu'il était déjà métropolite de Mabboug, l'auraient reconnu et dénoncé comme n'ayant pas même été baptisé. A quoi le patriarche d'Antioche, Pierre le Foulon, aurait répondu que Philoxène avait reçu la consécration épiscopale et que celle-ci suppléait au défaut de bap tême. Mais il faut tenir comme très suspecte cette his toire, racontée par Théodore le Lecteur dans un fragment connu seulement par les actes du VIIe concile œcuménique, IIe de Nicée. Mansi, Concil., t. xm, col. 180. Le fait que cette accusation est répétée par Théophane, P. G., t. cvni, col. 328; éd. de Boor. Leipzig, 1883, p. 134, et par Cédrénus, P. G., t. cxxi, col. 676, n'en augmente pas l'autorité, et l'on regrette qu'elle ait été acceptée par Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, t. xvi, p. 677, et par Le Quien, Oriens christianus, t. n, Paris, 1740, col. 928.

Philoxène, dans la profession de foi qu'il écrivit pour l'empereur Zenon, rappelle éloquemment qu'il a été baptisé suivant l'ordre donné par le Christ à ses apôtres, et qu'il a ainsi revêtu celui au nom de qui et dans la mort de qui il a été baptisé. Au surplus. J. S. Assémani fait opportunément remarquer que Philoxène, s'il avait été païen, n'aurait pu être élève de l'École des Perses. Bibliolh. orient., t. n, p. 10-12.

Autant vaut l'accusation de manichéisme, qu'on trouve dans Théophane (fxaMi'/aic/rppcjv), P. G., t. cviii, col. 353; éd. De Boor, p. 150, et qui semble avoir été admise par le patriarche de Constantinople Taraise, commentant au VIIe concile les accusations portées contre Philoxène. Mansi, t. xm, col. 181. Il s'agit, dans l'un et l'autre cas, d'accusations lancées dans le feu d'une controverse posthume : Philoxène, loin d'avoir été favorable aux manichéens, écrivit contre eux. Bibliolh. orient., t. n, p. 12 et 22.

Quoi qu'il en soit de son enfance et de sa prime jeunesse, Philoxène était à Édesse, avec un frère nommé Addaï, lorsque Ibas y assura le triomphe de l'enseignement dyophysite (435-449). Bibliolh. orient., t. i, p. 352; cf. art. Nestorienne (Église), t. xi, col. 174. La mqrt de Philoxène étant fixée avec certitude après 522, on voit qu'il aura pu difficilement se trouver à l'École des Perses avant les dernières années de cette période : en le supposant âgé de 16 à 18 ans lorsqu'il y arriva, le synchronisme indiqué par Siméon de Beit ArJam oblige à reporter la naissance de Philoxène aux environs de l'année 430 et à le faire mourir plus que nonagénaire. Il n'y a là, en soi, rien d'impossible; cependant O. Bardenhewer exclut ces dates extrêmes et refuse sans discussion toute valeur chronologique au passage de Siméon de Beit Arsam, pour reporter aux années 460-470 le séjour de Philoxène à l'École des Perses. Gesch. der altkirchl. Lit., t. iv, Fribourg-en-Br.. 1924, p. 420. Mais alors c'est à Nisibe que Philoxène aurait été élève de l'École, cf. art. Narsai, t. xi. col. 27 (transfert de l'École en 457, comme l'admet O. Bardenhewer, p. 407), et cela explique moins bien sa position théologique.

L'adoption définitive des doctrines nestoriennes par ses compatriotes de Perse fut sans doute ce qui détourna Philoxène de rentrer dans son pays; il resta donc dans l'empire byzantin, où il compta bientôt de nombreuses amitiés dans les monastères de l'Osrhoène et de la Syrie septentrionale. Ayant sacrifié sa patrie à sa foi, Philoxène se dévoua à la diffusion des doctrines théologiques en faveur desquelles il s'était décidé, et nous pouvons suivre les traces de son activité d'alors du monastère de Beit Gaugal, près Diarbékir (Amid), jusqu'à celui de Mar Bassus, dans le voisinage d'Antioche. Cette activité n'allait pas sanssoulever bien des contradictions : à peine en possession

PHILOXÈNE DE MABBOUG. \ [E

du siège patriarcal. Calandion (181-485) s'inquiéta de voir les couvents et les villages voisins de sa résidence troublés par l'enseignement de Philoxènc, et celui-ci fut obligé de quitter la région. Cf. Théodore le Lecteur, P. G., t. lxxxvi. col. 215, dont l'information est reproduite par Théophane, P. G., t. cvm, col. 325; éd. de Boor, p. 134, et Cédrénus, P. G., t. cxxi, col. 676.

C'est vraisemblablement alors que, dénoncé à l'empereur Zenon, Philoxène lui adressa cette profession de foi, dont l'occasion est définie par la phrase finale : « J'ai écrit ces quelques lignes, ô pieux empereur, et je les ai envoyées à Votre (Majesté) chrétienne, parce que vous m'en avez donné l'ordre, pour la confusion des hérétiques, par qui ma foi au Christ est mise en question, et pour l'édification de ceux qui, pensant comme moi et enhardis par l'amour divin, essaient de me défendre. » A. Vaschalde, Three lellers..., p. 173. Le fait que cette lettre à Zenon ne contient aucune allusion à l'Hénotique, promulgué en 482, indique suffisamment qu'elle a été rédigée avant que la formule impériale ait été connue, ainsi que .1. Lebon l'a finement observé. Le monophysisme sévérien, Louvain, 1909, p. 112 sq.

Les termes employés par Philoxène dans la déclaration de sa foi plurent à l'empereur, qui fit lire le document au Sénat et honora l'auteur d'une réponse. Encouragé, celui-ci dénonça le patriarche et, dès 485, Calandion qui avait refusé de souscrire l'Hénotique fut déposé, grâce aux manœuvres de Philoxène, affirme sans ambages l'auteur du remaniement syriaque de la chronique composée en grec par Zacharie de Mitylène. F. J. Hamilton et E. W. Brooks, The syriac chronicle known as that of Zachariah of Mitylène, Londres, 1899, p. 179; Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIIe sér., t. vi, p. 50 sq., trad., p. 34 sq.

Quelques mois plus tard, Pierre le Foulon récompensait celui à qui il devait de s'asseoir, pour la troisième fois, sur le trône d'Antioche en le nommant au siège de Hiérapolis-Mabboug (aujourd'hui Mambidj), métropole de l'Euphratésienne avec juridiction sur treize suffragants. Le Quien, Oriens chrislianus, t. n, p. 926 sq. C'est alors que Philoxène changea son nom, suivant un usage général dans les Églises orientales, et d' « étranger > (Xénaia = Çévoç) devint « celui qui aime les étrangers > (ŒiXô^evoç). La date de 485 pour l'ordination de Philoxène est garantie par le texte de sa lettre aux moines de Senûn, car il y déclare qu'il est resté trente-quatre ans sur le siège de Mabboug, et l'on sait qu'il fut exilé en 519, deuxième année de l'empereur Justin Chronique d'Édesse, dans Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIIe sér., t. iv, p. 9 sq.

Pendant treize ou quatorze ans, aussi longtemps que les formules monophysites triomphèrent avec Pierre le Foulon (t 488) et Palladius (488-498) dans le patriarcat d'Antioche, Philoxène administra son diocèse en évêque savant, comme il convenait à un ancien élève de l'École d'Édesse, composant ouvrages et discours, dans une atmosphère de paix, comme l'a noté E. W. A. Budge, The discourses of Philoxenus bishop of Mabbôgh, A. D. 48ô-ô H), t. n, Londres, 1894, p. xxii. Philoxène n'exerçait alors que contre les nestoriens de Perse ses talents de controversiste et son humeur belliqueuse : c'est à lui que Michel le Syrien attribue la condamnation des « canons immondes » de Barsaumâ dans un concile d'Antioche tenu sous Pierre le Foulon. Chronique..., éd. Chabot, p. 258; trad., t. n, p. 157.

Ennemi depuis sa jeunesse de la doctrine qui avait triomphé à l'École des Perses, Philoxène eut, sans doute, une part dans la suppression définitive de ce

qui restait à Édesse de cette école en 489. J. Labourl. Le christianisme dans l'empire perse, Paris, 1904, p. 140 sq. On peut conjecturer que la préparation de cette mesure l'occupait déjà lorsqu'il se trouva, en 488, dans la capitale de I'Osrhoène, au moment où il prêcha au peuple de cette ville après l'écroulement d'un bain nouveau, survenu à la fin d'une semaine de saturnales. W. Wright, The chronicle of Josuah the Stylite, Cambridge, 1882, p. 25, trad., p. 21.

La dernière année du v* siècle marque un tournant dans la vie de Philoxène : Flavien, le nouveau patriarche d'Antioche, qui comme nonce de Palladius à Constantinople avait dû se montrer de tendances monophysites et acquérir ainsi la faveur d'Anastase, s'avéra chalcédonien, à peine intronisé. Ennemi fanatique des dyophysites comme il l'était, Philoxène se trouva bientôt à la tête d'un mouvement d'opposition au patriarche; mais, ne pouvant agir auprès de l'empereur, dont l'affaire principale était alors la guerre avec les Perses, il fut en butte, pendant plusieurs années, à des persécutions qu'il rappelle en ces termes aux moines de Senûn : « On sait partout et l'on raconte ce que j'ai supporté de la part de Calandion d'abord, puis de Flavien et de Macédonius, les archevêques d'Antioche et de la capitale. J'omets ce que cet hérétique de Flavien a machiné contre moi auprès des autorités pendant la guerre des Perses et ce qui m'est arrivé à Édesse, dans la région d'Apamée et dans celle d'Antioche, lorsque j'étais au monastère de Mar Bassus, et toutes les embûches que me tendirent les hérétiques nestoriens, lorsque, par deux fois, je me rendis à la ville impériale. » Biblioth. orient., t. il, p. 15.

Le premier voyage de Philoxène à Constantinople est rapporté par la plupart des historiens à cette même année 499. J. Lebon écrit : « Dès 499 l'évêque de Mabboug vint à Constantinople pour défendre les intérêts de son parti et réclamer contre la nomination de Flavien. » Le monophysisme sévérien, p. 41. Mais la date de 499 pour le premier voyage de Philoxène à la capitale provient d'un texte qu'il est impossible de recevoir. Victor de Tununna écrit, en effet, à l'année 499 : Anastasius1 imperalor Flaviano Antiocheno et Filoxeno Hierapolitano prxsulibus, Constant inopolim synodum conqregat, et contra Diodorum Tarsensem, Theodorum Mopsuestenum cum scriptis, Theodoretum Cyri, Ibam Edcssenum, Andream, Eucherium, Cyrum et Johannem episcopos, cœterosque alios qui in Chrislo duas prœdicabant naturas duasque formas, et qui non confltentur unum dé Trinitate crucifixum, una cum Leone romano episcopo et ejus tomo, atque Chalcedonensi synodo inferre anathema persuasit. P. L.,t. lxviii, col. 949.

Quoi qu'on pense de l'exactitude habituelle de Victor, il faut bien reconnaître qu'il a commis plusieurs erreurs chronologiques à propos d'événements appartenant à l'histoire ecclésiastique de cette époque : l'exil de Macédonius (août 511) figure dans sa chronique à l'année 501 (consulat d'Aviénus et de Pompée) ; le remplacement de Flavien par Sévère est raconté à l'année 504 (consulat de Céthégus\ au lieu de 521; l'exil d'Élie de Jérusalem figure à l'année 509 (consulat d'Importunus junior), alors que, motivé par son opposition à Sévère, il est nécessairement postérieur à 512.

La réunion à Constantinople. en 499, d'un synode, auquel Macédonius n'aurait pas assisté et qu'aurait présidé le patriarche d'Antioche accompagné d'un de ses métropolites, est absolument invraisemblable et l'on s'étonne de voir ce synode enregistré sans protestation par Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. n b, p. 917. Déjà, dans les dernières années du xvn1 siècle, Pagi avait déclaré qu'il était impossible d'en admettre l'existence. Critica, au. 198, t. n, Anvers (Genève),

PHILOXÈNE DK MABBOUG. VIE

L705, p. 455; cf. J. S. Àssémani, Biblioth. orient., t. n, p. 15 sq.; A. -A. Vaschalde, Three letters..., p. 17.

Une autre invraisemblance vient du sujet qui aurait été traité au concile : il n'était pas encore question, en 499, d'anathématiser tous les personnages que cite Victor. Philoxène, dans sa lettre à Maron d'Anazarbe, explique avec complaisance la méthode qu'il a suivie dans sa lutte contre Flavien; il n'a pas demandé d'abord des condamnations de personnes, en dehors de Nestorius, mais seulement la réprobation des doctrines, assuré qu'il était d'obtenir ensuite l'anathème contre des dyophysites morts en paix avec l'Église, une fois que leurs formules auraient été condamnées. J. Lebon, Le monophysisme sévérien, p. 42, n. 1, et Textes inédits de Philoxène de Mabboug, dans Le Muséon, t. xliii, 1930, p. 49 sq., trad., p. 73. Tillemont avait justement flairé l'anachronisme en proposant de reporter aux années 507-508 le synode mentionné par Victor. Mémoires, t. xvi, p. 679.

Parmi les textes orientaux dont !a publication dans les trente dernières années a jeté tant de lumière sur l'histoire des controverses christologiques des ve et vie siècles, on pourrait être tenté d'apporter à l'appui de Victor un passage de Michel le Syrien, Chronique, éd. Chabot, p. 259 sq., trad., t. n, p. 160, où il est dit que Philoxène se rendit sur l'ordre d'Anastase à la ville impériale pour assister à un synode, dont les membres anathématisèrent Léon de Rome et le concile de Chalcédoine. Mais la source reproduite par Michel place aussitôt après la destruction du volume original des Actes de Chalcédoine et la déposition de Flavien; or, les Actes de Chalcédoine ne furent extraits qu'en 511 du tombeau de la martyre Euphémie (L. Duchesne, L'Église au r/e siècle, p. 21) et Flavien fut déposé en 512.

Le premier voyage de Philoxène à Constantinople n'eut donc pas lieu en 499; il conviendrait plutôt de le placer au moment du différend avec Calandion, entre 482 et 485, lorsque, empêché de continuer son prosélytisme dans les environs d'Antioche et encouragé par l'accueil fait à sa profession de foi, Philoxène réussit à obtenir de Zenon la déposition de son persécuteur. Quoi qu'il en soit, le deuxième voyage eut lieu aussitôt après que le traité signé pour sept ans, au mois de novembre 507, eut mis fin à la guerre contre la Perse, ou plutôt un peu auparavant, dès la cessation des hostilités actives. Car, d'après Théophane, c'est en 5999 de l'ère du monde que l'empereur Anastase convoqua Philoxène, « parce qu'il était de son sentiment » (é(x6<ppo>v). P. G., t. cvm, col. 353. Migne, d'après Goar, fait correspondre l'an 5999 du monde à 499 de notre ère, suivant le comput des Coptes et des Éthiopiens, mais, en réalité, il s'agit de l'année qui s'étend du 1er septembre 506 au 31 août 507.

Le patriarche Macédonius, qui savait Philoxène ennemi convaincu du concile de Chalcédoine, prit prétexte du trouble que son arrivée provoqua parmi les moines de la capitale pour lui refuser la communion. Dès le début, la position fut donc bien nette de part et d'autre. L'année suivante, un important détachement de moines palestiniens arrivait dans la capitale, conduit par un autre ennemi des dyophysites, Sévère; et ce fut, pendant trois ans, une belle lutte contre Macédonius, défendu par les moines acémètes et la population. Il serait difficile de préciser qui eut le rôle principal, de Philoxène ou de Sévère, car les biographes de ce dernier affectent d'ignorer le métropolite de Mabboug. Il semble cependant que celui-ci ne rentra en Syrie qu'après la déposition de Macédonius, ayant essayé en vain de faire monter son allié, Sévère, sur le trône patriarcal.

Dès lors, Philoxène pouvait consacrer ses efforts à renverser le patriarche d'Antioche, Flavien. A vrai

dire, depuis 507, il n'avait pas cessé de le harceler. Les diverses phases de cette lutte sont racontées avec passablement de détails dans une lettre des moines de Palestine à l'évêque de Nicopolis en Épire, Alcison, dont Évagre a tiré un des chapitres les plus intéressants de son histoire, 1. III, c. xxxi, P. G., t. lxxxvi b, col. 2657-2664. Même après avoir écrit à l'empereur une lettre privée où il réprouvait Léon et condamnait le concile de Chalcédoine, le malheureux patriarche ne se sentait pas en sûreté. Philoxène s'acharnait : il voulait absolument la condamnation de ces nestoriens d'avant la lettre, qu'il avait commencé de détester lors de ses études à l'École des Perses, et, pour y arriver, il ne cessait d'accuser Flavien de nestorianisme. Pressé par plusieurs évêques, dont Philoxène avait fait ses auxiliaires, Flavien rédigea le libelle qu'on lui dictait; mais lorsqu'il fut question, au cours d'une nouvelle instance, de condamner tous ceux qui affirmaient deux natures, le patriarche se déroba. Tout ceci semble bien, d'après le texte d'Évagre, antérieur à la déposition de Macédonius; quoi qu'il en soit de leur date, ces événements caractérisent le duel entre Philoxène et Flavien, dont les adversaires du métropolite de Mabboug reconnaissent eux-mêmes qu'il n'avait pas d'autre origine que la différence de croyance. Évagre, op. cit., col. 2660.

La principale péripétie, après la chute du patriarche de Constantinople, fut la réunion, à Sidon, en 512, du concile des évêques de Syrie. Zacharie, Théophane et les historiens qui dépendent d'eux, comme Cédrénus et Michel, attribuent à Philoxène l'initiative de ce synode, qu'ils disent réuni par ordre de l'empereur. Zacharie, p. 179; Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIIe sér., t. vi, p. 50-54, trad., p. 34-37; P. G., t. cvm, col. 361. Mais l'erreur est certaine : c'est Flavien qui convoqua les évêques de Syrie et de Palestine, dont il était sûr, ainsi que l'a fort bien démontré J. Lebon, Le monophysisme sévérien, p. 51 sq. Philoxène n'est allé au concile de Sidon que contraint, et il raconte à Siméon de Tell 'Addâ que tous les évêques de l'Orient, en dehors de l'Euphratésienne, et trois même de cette province, dont il était le métropolite, étaient en communion avec Flavien et pensaient comme lui. Bien qu'ayant attiré à son parti plusieurs évêques au cours de son voyage de Mabboug à Sidon, Philoxène n'avait constitué qu'un groupe de dix opposants. Mais il avait autour de lui des moines, qui lui étaient tout dévoués, de ces moines dont il avait assidûment visité les monastères avant son épiscopat, et il s'en servit pour faire pression sur le synode. Ils présentèrent une supplique en 77 chapitres, blâmant le Tome (de Léon) et le concile de Chalcédoine. Ce fut en vain : Flavien, d'accord avec Élie de Jérusalem, entraîna la majorité, et les deux pontifes écrivirent à l'empereur une lettre où ils se contentaient d'adhérer à l'Hénotique.

Flavien rentrait à Antioche triomphant. Philoxène voulut essayer encore contre lui d'une manifestation publique, mais le peuple se leva contre les moines armés par le métropolite; plusieurs d'entre eux furent tués au cours de la bagarre et leurs cadavres jetés dans l'Oronte. Toutefois, le sentiment populaire ne l'emporta pas; les moines monophysites, qui travaillaient à Constantinople, racontèrent la bagarre à leur façon et arrachèrent à l'empereur un décret contre Flavien : il fut exilé à Pétra.

Philoxène avait un successeur prêt; grâce aux moines, Sévère fut élu patriarche d'Antioche et sa nomination immédiatement ratifiée par l'empereur. Quittant son monastère palestinien, le fameux higoumène fut consacré le 6 novembre 512. La victoire était grande, mais il y avait encore à faire le siège des évêques, qui avaient soutenu Flavien à Sidon. Ils cédèrent peu à peu, grâce à l'activité de Philoxène, et

PHILOXÈNE DE MABBOUG. ŒUVRES

l'on p ut tenir un synode, probablement dans les premiers mois de 513. J. Lebon, op. cit., p. 57. Pbiloxène

expliquait quelques années plus tard à Siméon de Tell Addâ que l'on procéda alors avec beaucoup de tolérance en exigeant un minimum des anciens parti sans de Flavien et en s'appliquant à ne les froisser en rien. C'est seulement au synode tenu à Tyr, en 514- 515, qu'une interprétation ollicielle de l'I lénotiquc, dans un sens monophysite, fut promulguée pour empêcher le triomphe d'un parti de monophysites modérés, qui avaient résolu au conciliabule d'Alexandrette de faire prévaloir une acceptation partielle du concile de Chalcédoine.

En 516, Philoxène réussissait encore à faire exiler, sur les bords de la mer Rouge, Élie de Jérusalem; mais le successeur d'Élie, malgré des engagements formels, ne put se déclarer pour la communion de Sévère, empêché qu'il en fut par saint Sabas et ses moines. Alexandrie avait un patriarche monophysite et il semblait que Constantinople, à la mort de Timothée, finirait par entrer en communion avec les deux grands patriarcats d'Orient : les monophysites escomptaient que le Cappadocien Jean II serait l'homme de cette union, mais quelques jours après l'avoir nommé, le 9 juillet 518, l'empereur Anastase cessait de vivre et avait pour successeur celui que personne n'attendait, le silentiaire Justin. Le nouveau souverain était un chalcédonien convaincu : dès le 15 juillet, le patriarche de Constantinople était contraint de prononcer l'anathème contre son collègue d'Antioche. Sévère s'efforça d'abord de ne pas prendre au sérieux cet ostracisme, mais les rapports qu'il recevait de la capitale finirent par le convaincre : le 29 septembre 518. il abandonnait spontanément son siège et se retirait en Egypte, où l'autorité impériale ne s'exerçait guère efficacement, et qui devint dès lors le refuge habituel des monophysites. Philoxène, plus obstiné, resta pour organiser la résistance; mais, quelques mois plus tard, ii fut compris dans une mesure générale, qui frappa une cinquantaine de prélats. Exilé par ordre de l'empereur, il demeura d'abord à Philippopolis de Thrace, au moins jusqu'en 522; puis transféré à Gangres, en Paphlagonie, il y mourut l'année suivante. L'auteur de la notice anonyme contenue dans le Yatic. syr. 155 dit qu'il fut asphyxié intentionnellement dans la chambre haute du caravansérail par la fumée d'un feu allumé dans le local qui se trouvait audessous. A. -A. Vaschalde, Three letters..., p. 175; Bibliotheca orientait*, t. il, p. 20. Suivant Zacharie, Philoxène aurait été incommodé pendant un certain temps par la fumée de la cuisine du caravansérail et s'en serait plaint dans une de ses lettres, trad. Hamilton-Brooks, p. 207 ; Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIIe sér., t. vi, p. 78, trad., p. 53; M. Kugener, s'appuyant sur ce texte, estime que la fin du grand polémiste fut purement accidentelle, recension du livre de Vaschalde dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. v, 1904, p. 317.

Philoxène a été vénéré comme docteur par tous les jacobites et se trouve nommé dans toutes les liturgies syriennes, coptes, éthiopiennes, mais il n'a pas de notice dans le synaxaire écrit en arabe par Michel de Malig pour ses compatriotes d'Egypte, ni dans le synaxaire éthiopien, qui en dépend. Sa commémoraison ne figure dans aucun des ménologes coptesarabes édités par F. Nau, Putrologia orientalis, t. x, fasc. 2, non plus que dans le calendrier d'Abù'l- Barakât Ibn Kabar, ibid., fasc. 3.

Les jacobites syriens ont fêté Philoxène, en certains lieux deux ou trois fois dans le cours de l'année, sans que les manuscrits expriment la raison de ces multiples commémoraisons. l'ne date est plus fréquemment attestée que les autres, celle du 18 février, mais rien

ne dit que ce soil l'anniversaire de sa mort. On la trouve pour la première fois dans un manuscrit copié par un jacobite du Séistan, eu 1210, Add. 1? '.';:.' du Musée Britannique, provenant de Scété, Pair, orient., t. x, fasc. 1, p. 119. Elle apparaît ensuite dans une commémoraison où les noms de Philoxène et Jacques Baradée sont réunis, rapportée par deux manuscrits de même origine, Add. 17 246, écrit au monastère de Notre-Dame des Syriens en 1239, et Add. 14 708, postérieur d'un siècle tout au plus, ibid., p. 91. C'est également au 18 février que figure le nom de Philoxène dans le martyrologe de Rabban Slibâ, qui donne l'usage de la région de Mardin au début du xive siècle. Analecta boltandiana, t. xxvn, 1908, p. 147, trad., p. 175. Même date dans un ms. d'origine composite, écrit peut-être à Scété, au xme ou xive siècle, Add. 17 261, Pair, orient., ibid., p. 109, et dans trois mss. provenant d'Alep, Vatic. syr. 68, écrit en 1465, Yatic. syr. 6'J, écrit en 1547, et Paris, syr. 146, certainement antérieur à 1645, ibid., p. 129 et 72.

Toutefois, la date la plus anciennement attestée est celle du 16 août, enregistrée par trois mss. dont le calendrier reflète l'usage du monastère de Qennesré du vne au ixe siècle, Add. 14 504, 14 519 et 17 134, ibid., p. 44, 52 et 34. La date du 18 août, qui est, dans les deux mss. alépins Paris. 146 et Val. 69, celle d'une deuxième commémoraison, doit en être rapprochée, ibid., p. 84. Ces deux mss., ainsi que Vat. syr. 68 ont encore une commémoraison le 10 décembre, ibid., p. 68 et 128. Enfin, on trouve une mention de Philoxène au 1er avril dans ce dernier ms., p. 131, et au 2 avril dans Add. 17 261, p. 111.

On voit par cet exposé combien il serait peu exact de dire avec J. S. Assémani : Philoxeni enim memoriam colunt iacobitœ die 10. decembris, 18. februarii, et 1. apritis, ut in kalendario Cod. ms. syr. Vat. 25. Biblioth. orient., t. n, p. 20; cf. W. Wright, A short history of syriac literature, Londres, 1894, p. 73 sq. Le renseignement est pris du Yatic. syr. 68, qui portait, en 1721, la cote 21, non 25, mais il est précisément le seul à porter une commémoraison au 1er avril.

II. Œuvres. ' — Joseph Simonius Assémani a donné au t. il, p. 23-46, de sa Bibliotheca orientalis, une liste des œuvres de Philoxène contenues dans les manuscrits de la bibliothèque vaticane. E. A. Wallis Budge a développé singulièrement cette liste dans son introduction à The discourses of Philoxenus, t. n, p. xlviii-lxv, arrivant à dénombrer, y compris plusieurs fragments de minime importance, un total de quatre-vingts numéros. Enfin, A. Vaschalde a repris ce catalogue dans le Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIe sér., t. xxvn, trad., p. 3 sq. Bien que cette liste soit un peu moins complète que celle de Budge, elle a été choisie pour constituer le schéma de l'exposé ci-dessous.

1° Œuvres exégétiques. — Philoxène n'est pas l'auteur de cette version syriaque du Nouveau Testament, qui est habituellement désignée par l'épithète de « philoxénienne s mais plusieurs auteurs anciens, Moïse d'Aghel, Thomas de Harqel, Barhebrœus, affirment qu'elle avait été exécutée pour lui par un de ses chorévêques, nommé Polycarpe. On ignore quels furent les livres traduits, et il n'est pas certain qu'aucune partie de ce travail nous soit parvenue : exposé des vues traditionnelles par F. Nau, Syriaques ( Ycrsions), dans Dict. de la Bible, t. v, 1911, col. 1918 et 1926 sq. ; conclusions très radicales en sens opposé de J. Lebon, La version philoxénienne de la Bible, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. xn, 1911, p. 116 136,

Ayant donc fait exécuter, sur le grec, en 507-508, une version très littérale, du Nouveau Testament tout au moins, afin de pouvoir participer à des discussions dogmatiques, Philoxène avait préparé, soit un com-

PHILOXÈNE DE MABBOUG. ŒUVRES

mcntaire complet des trois évangiles selon Matthieu, Luc et Jean, soit une exégèse de certains passages particulièrement importants, au point de vue théologique, où les hérétiques étaient souvent pris à partie, en particulier les nestoriens ou les dyophysites supposés tels, flétris sous le nom d' « hérétiques du temps présent ». W. Wright, Catalogue of the syriac mss. in the British Muséum acquired since lhe year 183H, part. II, Londres, 1871, p. 526. Ce commentaire eut une grande influence sur l'exégèse théologique jacobite. A. Baumstark, Die Euangelienexegesc der syrischen Monophysiten, dans Oriens chrislianus, t. n, 1902, p. 161 sq. Toutefois, les deux seuls témoins du commentaire complet sont deux manuscrits de Notre-Dame des Syriens au désert de Scété, maintenant à Londres, tous deux contemporains de l'auteur, dont l'un fut écrit à Mabboug en 511. L'ouvrage devait être considérable, car le commentaire de Luc, i, 1-m, 22, occupe dans Add. 17 126 un minimum de 76 pages, et Add. 14 53 4, qui était formé originellement de 240 feuillets, ne contient guère que l'explication de Jean, i, 1-18. Deux feuillets du premier de ces manuscrits se rapportent à Matth., xvm, 1 sq., mais il y a d'autres passages du commentaire sur Matthieu dans des mss. de contenu varié : sur Matth., xi, 11, Add. 12 154 (vme-ixe s.), fol. 64 r°; quelques lignes empruntées au c. xxix du commentaire dans Add. 17 193 (de l'an 874), fol. 97: extraits divers dans Add. 14 613 (vme s.), fol. 162-172 v°; court fragment dans Add. 14 649 (ixe s.). A Baumstark a supposé que le ms. de 511, Add. 17 126, avait été copié avant que Philoxène eût terminé le commentaire de Luc; il est remarquable que tous les extraits rencontrés jusqu'ici appartiennent à l'explication de l'Évangile de l'enfance, Add. 14 727, fol. 120-126; Add. 17 267, fol. 20-22; et probablement aussi Add. 12 154, fol. 49 v°-51. Ces mss. montrent que le commentaire de Philoxène était encore connu au xme siècle. Selon un manuscrit de Deir Za'faran, écrit en l'an 1001, il aurait été l'objet, au plus tard au xe siècle, d'un remaniement exécuté par un certain Abraham de Mélitène. A Baumstark, Gesch. der syr. Lit., p. 350; cf. O. W. Perry, Six months in a syrian monastery, Londres, 1895, p. 337.

Plusieurs extraits du commentaire de Philoxène sur saint Matthieu figurent dans une chaîne aux évangiles dont les mss. du British Muséum, Add. 16 248, Or. 731, 732, 734-736 contiennent une version éthiopienne, selon les lemmes relevés par W. Wright aux fol. 36 v°, 41 v°, 54 r° du ms. 736, Catalogue of the ethiopic manuscripts in the British Muséum acquired since the year 1847, Londres, 1877, p. 202, col. 1; cf. A. Dillmann, Catalogus codicum mss. orient., pars III, Londres, 1847, p. 11, col. 2. On retrouverait sans doute ces fragments dans des chaînes syriaques et arabes, car la chaîne éthiopienne semble une pure traduction.

Un fragment sur les citations dans saint Paul d'auteurs profanes ou inconnus figure dans Add. 17 193, (an. 874), fol. 3 v°.

2° Traités théologiques. — A. Vaschalde énumère six traités principaux et dix-huit opuscules, qui n'appartiennent pas au genre épistolaire.

1. Les De Trinitate et incarnatione traclalus très, conservés seulement dans le Vat. syr. 127 (écrit en 564), ont été publiés et traduits par A. Vaschalde, Philoxeni Mabbugensis tractatus de Trinitate et incarnatione, dans Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIe sér., t. xxvn, sans autre index qu'une liste des citations bibliques. Le titre syriaque donné par les Assémani, Bibliothecœ aposl. vat. catalogus, t. ni, Rome, 1759, p. 217, est un titre factice. Le véritable titre a disparu avec les deux premiers feuillets du ms., ainsi que le titre du I. I, où Philoxène traite longuement de la nature divine et beaucoup plus brièvement de la

Trinité. L'exposé y est purement dogmatique, sans aucune polémique contre les hérétiques des siècles précédents. Les titres des deux livres suivants ont été rendus par Vaschalde : De inhuminatione Unigenili, trad., p. 31 et In quo dantur elia-n aliie smtmtiee quas variis midis de dispensatione Christi in carne habuit, p. 1 15. La nature de ces deux livres est à la fois dogmatique et polémique, la discussion étant engagée après un court exposé dans la Ire « sentence » du 1. II contre les phantasiastes ou eutychiens, p. 37 sq., et dans la IIe contre les dyophysites, p. 38-46. J. S. Assémani a relevé dans la Biblioth. onenl., t. n, p. 25, les noms de onze hérétiques attaqués par Philoxène. En fait, il n'y a de polémique véritable que contre les eutychiens et les nestoriens. Les autres hérétiques ne sont cités qu'occasionnellement, lorsque Philoxène veut démontrer à ses adversaires qu'ils tombent dans les erreurs déjà condamnées d'Arius, Eunomius, Apollinaire, Valentin, Bardesane, Marcion, Manès, cf. p. 46, 62, 63, 65, 115, 143, ou de Sabellius, Photin, Marcel le Galate (Marcel d'Ancyre), p. 63, 66. Arius et les ariens sont encore cités p. 57, 131, 161, Apollinaire, p. 131, les manichéens, p. 42, 152. Théodore de Mopsueste est pris à partie et rendu responsable de l'hérésie nestorienne, p. 133 : Et is, qui inler eos doctor nuncupatur, quem dicunt prie quovis alio interprelem Librorum, Theodorus, inquam, pater et causa hujus hœreseos...

2. Le deuxième des grands traités dogmatiques de Philoxène, intitulé par J. S. Assémani : De uno ex Trinitate incarnato et passo tractatus decem ( Biblioth. orient., t. n, p. 27 : Disserlationes), est conservé dans deux mss. de S -été, Vatic. syr. 138 (an. 581), et Add. 12 164 du Musée Britannique (vie siècle). Cet ouvrage, dont les deux premières dissertations seulement ont été publiées par M. Brière, Pair, orient., t. xv, fasc. 4, 1920, fut composé pour mettre fin à une controverse avec un nestorien, qui avait attaqué une lettre de Philoxène à certains moines. Ce traité, comme le précédent, appartient à l'époque où Philoxène combattait pour les doctrines sans s'occuper des personnes, hoc. cit., p. 447. Peut-être même est-il du temps où, simple moine encore, il allait de monastère en monastère pour gagner des partisans aux doctrines monophysites, inquiétant le patriarche Calandion (vers 482), s'il est permis de prendre au pied de la lettre ces paroles à son adversaire, p. 452 : Sedisti in claustro, et ego de civitate in civitatem frustra vagor.

Les dissertations sont suivies, dans les deux manuscrits, du pamphlet auquel Philoxène répond, de la lettre qui donna lieu à la controverse et de témoignages patristiques, accompagnés d'une conclusion divisée en cinq propositions. Les auteurs, dont les témoignages ont été indiqués par les Assémani, Catalogus..., t. ni, p. 220, et par W. Wright, Catalogue..., t. n, p. 528, sont : Alexandre d'Alexandrie, Athanase, Atticus de Constantinople, Basile, Cyrille d'Alexandrie, Jean Chrysostome, Éphrem, Eusèbe d'Émèse, Grégoire de Nazianze, Théophile d'Alexandrie.

3. Sous le titre de Disputatio cum quodam nestoriano doctore, Vaschalde réunit deux pièces contenues dans le Vat. syr. 135 (vme siècle), fol. 71 v°-77 et 77-80, que les Assémani ont justement distingué s, Catalogus..., t. ni, p. 215 sq. Des fragments de la même discussion se trouveraient, d'après Wright, dans les fol. 9-20 de Add. 14 628 (vie ou vne s.). Le titre du premier morceau est dans le ms. : Disputatio Mar Xenaiœ cum quodam nestorianorum doctore in illud : Deus Domini nostri Jesu Christi Pater gloriœ, et c'est à partir de ce texte d'Eph., i, 17, que Philoxène entreprend de démontrer l'unité en Jésus-Christ. Le deuxième morceau se présente sous forme de dialogue entre un orthodoxe et un hérétique (nestorien); le

l'HILOXENE DE MABBOUG. ŒUVRES

titre est assez pauvrement traduit par J. S. Assémani, Biblioth. orient., t. il, p. 45 : Discussio naturalis nestorianorum et orthodoxorum. « Discussion fondamentale » ou essentielle » serait plus exact.

4. Vaschalde a noté ensuite un Tractatus adversus nesturianos et eutychianistas, d'après J. S. Assémani, Riblioth. orient., t. n, p. 45 : Titulus hujus operis in Codice Nitriensi 27, subjungitur epistolie ad monachos Senunenses. Mais on ne trouve rien de semblable dans ce ms., aujourd'hui Vat. syr. 136, et, déjà en 1759, il en était ainsi, car le Catalogus..., t. m, p. 217, n'en fait pas mention. Budge, qui a reporté ce titre au n. xvi de sa liste, n'a su qu'en faire. Il semblerait que J. S. Assémani en écrivant la phrase ci-dessus se soit souvenu de deux morceaux, qui suivent la lettre aux moines de Senûn dans un autre manuscrit, qu'il a pu voir à Scété, l'Add. 14 597, à savoir les Capita x/i adversus eos qui profitentur duas personas... et les Capita xx adversus nestorianos, dont il sera question plus loin.

5. Le titre suivant de la liste Vaschalde, Tractatus de fide, provient aussi de la Biblioth. orient., où il est donné d'ailleurs sous une forme beaucoup plus complète : Tractatus de fide in illud Simonis Pétri efjatum, « Jésus Nazarenus vir a Deo ». Adversus eos qui putanl Jesum et Christum nomina esse hominis Deum sequentis, non Dei hominis facti. Ce titre est suivi des mots : Hujus quoque operis titulus dumtaxat legitur in laudato codice Nitriensi 27. Mais pas plus que dans le cas précédent, lé Vat. syr. 136 ne vient appuyer cette donnée.

6. Le dernier grand traité dogmatique de Philoxène est un Sermo de annuntiatione B. M. V., qui est donné pour le 24 adar dans le fragment d'homiliaire Add. 14 727, écrit au xme siècle.

7. Plusieurs des opuscules, dont rénumération va suivre, ont été publiés et traduits en anglais par E. A. W. Budge, op. cit., p. xxxi-xlviii et xcvi-cxxxvm.

a) Le Tractatus adversus hsereses de Vaschalde est un court fragment conservé dans Add. 14 529 (viic-vme s.), fol. 65 v°-66 v°, et Paris, syr. 112 (an. 1239), fol. 277 v° dans lequel Philoxène énumère huit opinions sur l'incarnation hétérodoxes selon lui, à savoir celles de Mani, Marcion et Eutychès; de Valentin et Bardesane; d'Apollinaire; d'Eunomius; des nestoriens; d'Arius; de Paul de Samosate; des chalcédoniens; des juifs. Ce texte a été publié par Budge, p. cxxxvicxxxvin; trad., p. xlv-xlviii; F. Nau, Textes monophysiles, dans Patrologia orientalis, t. xm, p. 248-250.

b) Les Capita XII adversus eos qui profitentur duas naturas et unam personam in Christo ont été publiés sans traduction par Budge, p. civ-cxxii, d'après Add. 14 597 (an. 569), fol. 91-98 v°; un extrait en a été copié dans Add. 17 201 (vie-vne s.), fol. 14.

c) Les Capita XX adversus nestorianos, Budge, p. cxxiii-cxxxvi, trad., p. xxxix-xliv, sont de brefs raisonnements, la plupart sous une forme interrogative, où la première prémisse exprime la doctrine réprouvée par Philoxène. Ces Capita sent tous relatifs à la question de l'unité des personnes et des natures en Jésus-Christ.

d) Les Capita Vil adversus quemlibet nestorianum, Budge, p. cxx-cxxin, trad., p. xxxvn-xxxix, suivent, dans Add. 14 529, fol. 66 v°-68, le Tractatus adversus hsereses; ils contiennent des anathèmes contre Nestorius, Diodore de Tarse, Théodoret, tous les dyophvsites, et une formule d'adhésion à l'Hénotique ainsi qu'aux douze anathématismes de Cyrille d'Alexandrie. Cet écrit, d'après J. Lebon, a dû être fait vers 514. Le monophysisme sévérien, p. 116.

e) Les Capita VI adversus nestorianos sont des propositions préparées par Philoxène pour servir d'épreuve à ceux que l'on soupçonnait de nestoria-

nisme. Les cinq premières de ces propositions se trouvent dans Add. 14 604 (vne s.), fol. 67 sq., la dernière aux fol. 111 v°-113 du môme manuscrit.

/J Les Capita x adversus eos qui dividunt Christum post unionem, Budge, p. c-civ, trad., p. xxxvi sq., suivent dans Add. 14 597, fol. 105 v°-107 v°, les Capita xx adversus nestorianos. Ce sont de courtes questions adressées aux dyophysites pour leur demander à laquelle des natures doivent être attribuées certaines qualités ou certaines actions que l'Écriture sainte attribue au Christ.

g) Les Capita vu adversus eos qui dicunt propositiones pravas hsereticorum, non aulem ipsos et lotam eorum doclrinam, condemnandas esse, qui suivent dans Add. 14 604, fol. 113 sq., le dernier des Capita VI adversus nestorianos appartiennent à la deuxième période de la vie de Philoxène.

h) Les Capita if/ adversus hsereses, la Demonstratio de una natura in Christo et le De unione duarum nalurarum sont de très courts fragments, qui se trouvent respectivement dans Add. 14 529, fol. 69, Paris, syr. 112, fol. 277, et Add. 14 670, fol. 22.

i) La Confessio ftdei adversus concilium Chalcedonense, Budge, p. xcvm sq., trad., p. xxxm-xxxvi, se compose de dix anathèmes contre le concile de Chalcédoine, dont les Pères sont accusés d'avoir anathématisé les 318 de Nicée. Philoxène leur reproche d'avoir condamné Nestorius, tout en pensant comme lui, et de même Diodore «l'Orthodoxe »; en recevant le pape Léon, Ibas et Théodoret, ils ont agi plus mal que Cyrille et Dioscore d'Alexandrie.

j ) La Responsio ad interrrganlem : quomodo credis? Budge, p. xcvi-xcviii, trad., p. xxxi-xxxm, est une profession de foi sur les deux premiers mystères de la religion chrétienne, la Trinité et l'incarnation, surtout sur ce dernier, car dès la Ire partie Philoxène établit, par allusion aux discussions sur l'incarnation, que la Trinité ne peut être réduite à deux personnes, ni étendue à quatre.

k) On connaît dans les mss. plusieurs autres professions de foi placées sous le nom de Philoxène, mais deux seulement dahs des manuscrits anciens : Add. 17 201 (vi-vii= s.), fol. 6, et Add. 14 621 (an. 802), fol. 172 v°. Les descriptions des catalogues sont d'ailleurs insuffisantes pour permettre d'identifier ces courts documents, dont l'attribution à Philoxène restera douteuse aussi longtemps qu'ils n'auront pas été étudiés comparativement, en raison de la date récente des manuscrits où ils se trouvent : Paris, syr. 112 (an. 1239), fol. 278, publié et traduit par F. Nau, Pair, orient., t. xm, p. 250 sq. ; Add. 2012 de Cambridge (xiv* s.), fol. 165-167; Add. 17 216 (xm<= s.), fol. 32 sq. ; Vat. syr. 159, fol. 82 sq. (quelques mots reproduits dans Biblioth. orient , t. n, p. 33 sq.); Paris, syr. 165 (an. 1506, cf. H. Zotenberg, Catalogues des manuscrits syriaques et sabéens (mandaïtes) de la Bibliothèque nationale, Paris, 1874, p. 117, col. 2); Or. 2307 du Musée Britannique (xvne s., cf. G. Margoliouth, Descriptive list of syriac and karshuni manuscripts in the Brilish Muséum acquired since 1873, Londres, 1899, p. 7); Marsh 101 de la bibliothèque Bodléienne, fol. 55 sq.

3° Œuvres morales et ascétiques. — 1. Le De institutione morum, dont le texte occupe le t. Ier de E. A. W. Budge, The discourses of Philoxenus..., Londres, 1894, et la traduction, les p. 1-597 du t. n, est un important ouvrage didactique sur les fondements de la morale chrétienne, où Philoxène s'est inspiré des homélies d'Aphraate. Il est divisé comme suit en treize traités :

I. Prologue. 2-3. La foi. 4-5. La simplicité. 6-7. La crainte de Di.eu. 8-9. La pauvreté. 10. La gourmandise.

II. L'abstinence. 12-13. Les fautes contre la chasteté. L'édition de Budge a été établie d'après huit mss. du

PHILOXÈNE DE MABBOUG. ŒUVRES

Musée Britannique, t. n, p. lxvi-lxxii, qui tous contiennent plusieurs traités. Il y a, en outre, des extraits dans (1.x mss. du même dépôt. Ces mss. et d'autres, qui appartiennent à diverses bibliothèques, s'échelonnent du vie au xme siècle, d'où il ressort que le De instilulione morum eut un succès notable et continua longtemps d'être apprécié, particulièrement dans les milieux monastiques. Il semblerait même que tout l'ouvrage ait été traduit en arabe, car les titres de sept extraits, conservés dans le Paris, syr. 239, fol. 238-203, correspondent aux sept titres rapportés ci-dessus. Il est plus vraisemblable cependant que le copiste de ce ms., écrivant au monastère de Sainte- Marie des Syriens en 1493, a traduit lui-même ces extraits après les avoir choisis dans les mss. syriaques aujourd'hui conservés au Musée Britannique. C'est probablement au De institutione morum qu'a été emprunté le passage sur la chasteté reproduit dans la chaîne de Sévère sur l'épître aux Romains, Vat. syr. 103, fol. 249 (et non fol. 259, comme il est écrit dans Bibliolh. orient., t. n, p. 46), de même que les extraits sur la vie chrétienne et le caractère, Add. 2016 de Cambridge, fol. 221-223 v°, cf. W. Wright, A catalogue of the syriac manuscripts preserved in the library oj the university of Cambridge, t. n, Cambridge, 1901, p. 553.

2. L'Expositio parabolse decem talentorum de la liste Vaschalde est un court fragment exégétique, provenant peut-être du commentaire aux évangiles, qui se trouve dans le ms. de la bibliothèque Bodléienne Marsh 392, après deux explications de la même parabole par Denys bar Salibi et Jacques de Saroug. Philoxène applique la parabole aux justes. R. Payne Smith, Catalogi codicum manuscriptorum bibliothecœ Bodleianœ pars sexta, Oxford, 1864, col. 469.

3. Le traité Num recédât Spiritus Sanctus ab homine peccante est la réponse de Philoxène à un correspondant qui lui avait demandé si le Saint-Esprit se retirait de l'homme qui pèche pour rentrer en lui lorsqu'il se repent, Add. 17 193 (an. 874). fol. 18-26.

4. Le ms. Add. 17 206 (xie-xne s.), fol. 54-59, contient un discours parénétique et Add. 14 520, fol. 123 v°- 125, un sermon sur la mort, ou De fratre defuncto, sur lesquels le catalogue ne donne aucun détail. Il en va de même pour les Régulée monastiese, Add. 17 262, fol. 72-78, qui semblent être des principes de vie ascétique plutôt que des règles au sens propre. Plusieurs morceaux recensés par Budge ne sont pas mentionnés dans la liste Vaschalde : sur la crainte de Dieu (cf. supra, traités VI, VII du De institutione morum), Add. 14 577 (ixe s.), fol. 130; sur l'humilité et sur la contrition, Add. 14 582, fol. 179 et 181 (le dernier passage figure dans six manuscrits au moins); trois extraits sur la prière, dont deux se trouvent dans plusieurs mss., Budge, t. n, p. lxiii sq. ; sur la virginité, Add. 17 215, fol. 43; contre les passions de l'âme, Add. 17 152 (viie s.), fol. 127 V>.

5. Plusieurs de ces fragments ont été conservés dans des florilèges à l'usage des moines; d'autres passages de même origine sont encore à signaler : « Sur celui qui transgresse volontairement une interdiction portée par des prêtres k Vat. syr. 136, fol. 391 v° sq. ; sur la rasure monastique, Add. 14 613 (ixe-xe s.), fol. 141 v°, et Add. 17 193, fol. 83 v°; sur la tranquillité de la vie monastique, dans plusieurs mss., dont Add. 17 181 (vie s.), fol. 24 v°.

6. W. Wright a décrit dans le Catalogue of the ethiopic manuscripts in the British Muséum..., Londres, 1877, p. 177 sq., trois mss. qui contiennent une collection en éthiopien de questions et réponses sur l'histoire des Pères égyptiens, Or. 759, fol. 81-128; Or. 760, fol. 4-50; Or. 761, fol. 1-94 v°. D'autres mss. de cette collection sont mentionnés par C. Conti Rossini, Manoscritli ed opère abissine in Europa, dans Rendi-

eonti délia R. Academia dei Lincei, classe di scienze morali, Ve sér., t. vm, 1899, p. 615, au mot Filkeseytxs. Cette collection porte, en eflet, au début, le nom de Philoxène, dans un titre rapporté comme suit par A. d'Abbadie, Catalogue raisonne de manuscrits éthiopiens, Paris, 1859, p. 31 : « Ce livre est la première division des questions sur les histoires des Pères religieux coptes, et il fut écrit par Filkisyus le Syrien, évêque de Manbag. » Les mss. d'Abbadie 23 et 172 sont divisés en 246 sections, le n. 37 en 308; le ms. du Musée Britannique Or. 760 en compte 234. Ce chiffre correspond parfaitement à celui de 235, du manuscrit karsuni de la bibliothèque d'État de Berlin, Sachau 45, que E. Sachau décrit comme un extrait du Paradisus Patrum avec commentaire de Philoxène, Yerzeichniss der syr. Ilandschr. der kgl. Bibliothek zu Berlin, Berlin, 1899, p. 741 sq. L'épilogue de la traduction éthiopienne dit qu'elle a été faite par un Abba Salamâ, évêque du Sud ('?), d'après un texte arabe, traduit luimême du syriaque en 1021 des Martyrs (c'est-à-dire 1304-1305 de notre ère) et non 737 comme on lit dans d'Abbadie, Catalogue raisonné..., p. 45; cf. description détaillée du manuscrit de Berlin Or. qu. 344 dans Dillmann, Yerzeichniss der abessinischen Handschr., Berlin, 1878, p. 40 sq.

Le texte arabe de cette même collection se trouve encore dans le Vat. arab. 85, fol. 2 v°-250 v°, mutilé à la fin. Mais ce ms. attribue à Philoxène la première partie seulement de la collection, composée dans ce manuscrit de 43 chapitres, tandis que les trois parties suivantes sont attribuées respectivement à Barsanuphius le Palestinien, saint Jérôme et Palladius. A. Mai", Catalogus codicum bibliolhecee Vaticanœ arabicorum..., dans Script, vet. nova collectio, IIe part., Borne, 1831, p. 193. Et cela explique la formule des mss. éthiopiens. Le début du premier récit, sur les deux fils d'un marchand qui héritent chacun de 5 000 dinars et se donnent à Dieu, permettent de rapprocher les textes arabe et éthiopien, des 104 questions syriaques, dont E. A. W. Budge a donné la traduction anglaise dans The book of paradise..., t. n, Londres, 1904, p. 1001-1075, d'après P. Bedjan, Acta martyfum et sanctorum, t. vu, Paris et Leipzig, 1897, p. 895-978. Ces questions se trouvent dans le Val. syr. 126, fol. 161-179, à la fin du 1. III du Paradisus Patrum, mais elles manquent au ms. de lady Meux publié par Budge, ainsi que dans V Add. 17 174, dont Bedjan s'est servi pour son édition de la IIIe partie du Paradisus. Avec une documentation syriaque aussi maigre, et tant que cette collection n'aura pas été étudiée en détail, il est impossible de décider si elle doit quelque chose à Philoxène.

4° Lettres. — Les lettres de Philoxène, écrites le plus souvent à des moines, répondent en général à des consultations sur des sujets dogmatiques ou moraux; la controverse monophysite y tient la première place. Malheureusement, il reste beaucoup à publier et la chronologie de cette importante correspondance n'est encore qu'ébauchée.

La plus ancienne des lettres, apparemment, est celle à l'empereur Zenon, éditée et traduite en anglais par A. Vaschalde, Three letters of Philoxenus..., Rome, 1902, p. 163-173, trad., p. 118-126. J. S. Assémani a placé cette lettre au commencement du pontificat de Philoxène, Bibliolh. orient., t. n, p. 34, et A. Vaschalde a répété cette donnée, ainsi qu'A. Baumstark, Gesch. der syr. LU., p. 142, n. 3, mais J. Lebon a fait observer, comme il a été relevé ci-dessus, col. 1511, que la lettre devait être antérieure à la diffusion de l'Hénotique, et donc plutôt de 482 environ. Philoxène y défend sa foi, probablement contre la dénonciation de Calandion, en se lavant des accusations d'eutychianisme et d'apollinarisme.

PHILOXÈNE DE MABBOUG. ŒUVRES

Si l'on admet la date proposée ci-dessus pour le De uno ex Trinilate incarnato et passo, col. 1518, il faudra rapporter au même temps la lettre qui provoqua la controverse terminée par la publication de

ce traité. Copiée a sa suite dans le Vat. syr. 138, fol. 120-123, elle se trouve également dans le Vat. syr. 136, fol. 29 v°-35 v°, immédiatement après une lettre aux moines de Tell 'Addâ, et les Assémani lui ont donné, dans le Bibliothecœ apost. vat. <atalogus, t. m, p. 216, le titre Epistola secunda ad monachos Teledenses. Mais 1. Guidi a révélé depuis longtemps le truquage de ee titre, Mundhir III. und die beiden monophysitisclwn Bischôje. dans Zeitschr. der deutschen morgenliind. Gesellschaft, t. lui, 1881. p. 143, n. 1. A. Vaschalde, qui a publié cette lettre, Tliree letlers..., p. 127-145, trad., p. 03-105, la date seulement des années 490-512, p. 85; ses arguments, toutefois, conviennent aussi bien à la première campagne de Philoxène pour recruter des adhérents au parti monophysite (477-482).

La première lettre aux moines du monastère de Beit Gaugal, près Diarbékir, publiée également par A. Vaschalde, p. 146-162, trad.. p. 105-118, fut écrite certainement avant 401, puisqu'il y est parlé de l'empereur Zenon comme d'un personnage vivant, et presque certainement après 485, lorsque l'empereur eut remporté sur Léontius et Illus une victoire définitive, ibid., p. 87 sq. Lebon, Le monophysisme sévérien, p. 115. Philoxène écrit aux moines de Beit Gaugal pour assurer leur foi et s'en faire des alliés : il résume en 35 propositions, qui sonnent comme des anathèmes, les erreurs contre lesquelles il veut les mettre en garde. La deuxième lettre aux mêmes, Vat. syr. 136, fol. 35 v°- 53, est encore inédite.

La lettre aux moines de Tell 'Addâ, sans titre dans le Vat. syr. 136, fol. 3-29, où elle est mutilée du début, a été publiée avec une analyse assez détaillée pour tenir lieu de traduction par I. Guidi, La lettera di Filosseno ai monaci di Tell 'Addâ (Teleda), dans Atti délia R. Accademia dei Lincei, IIIe sér., Memorie délia classe di scienze morali, t. xn, 1884, p. 446-506; cf. A. Vaschalde, Three letlers.... p. 34-37. J. S. Assémani ne dit pas, Biblioth. orient., t. il, p. 37, comment il a connu les destinataires de cette lettre, mais l'identité est assurée par le titre donné à un groupe de quatre extraits, qui se trouve dans Add. 14 663, fol. 10 v°. I. Guidi a proposé de reconnaître dans la phrase tu t'irrites d'être appelé juif et païen » une allusion au patriarche mekhite d'Antioche, Paul II, que ses adversaires surnommaient « le Juif ». Op. cit., p. 148, n. 1. La lettre serait donc des années 519-521, ainsi que l'avait déjà pensé J. S. Assémani, d'après les allusions de Philoxène à l'exil qu'il endure. Mais l'interpellation est adressée à l'auteur du traité dont la réfutation occupe une grande partie de la lettre, et rien ne permet de penser que Paul ait jamais eu aucune activité littéraire. Comme, d'ailleurs, le ton de cette lettre est assez différent de celui des lettres écrites pendant l'exil de Thrace, la date proposée doit être mise en question. La réprobation des mots « Christroi » ajoutés au Trisagion, qui a fourni un assez long développement, se comprendrait mieux si la lettre aux moines de Tell 'Addâ remontait à cet éloignement d'Antioche, que Calandion fit imposer à Philoxène et qu'on peut justement appeler son premier exil (482- 485). Il y aurait lieu, en outre, d'examiner si le traité réfuté dans la lettre n'a rien de commun avec celui que combat le De uno ex Trinilate incarnato et passo, car s'ils étaient identiques, J. S. Assémani aurait eu raison de considérer les deux lettres de Val. syr. 136, fol. 3-29 et 29 v°-35 v°, comme adressées aux mêmes destinataires; il suflirait, pour être dans le vrai, de les lire en ordre inverse, la deuxième avant la première.

DICT. DE THÉOL. CATHOL

Une autre lettre appartient soit à la période de prosélytisme dans les monastères, sous Calandion, soit à celle de la lutte contre Flavien; c'est la lettre dont un court passage a été conservé dans quatre mss. Vat. syr. 120. toi. 392, Add. 17 193 du Musée lirilannique. fol. 60 v", Paris, syr. 62, fol. 218 v°, Add. 2023. de Cambridge, fol. 237 v°. Elle est intitulée, dans les deux premiers mss., « aux moines d'Amid », et dans les deux autres « lettre sur le zèle, qui a été écrite à des moniales ». Le fragment, qui a été traduit en français, par F. Nau, Littérature canonique syriaque inédile, dans Revue de l'Orient chrétien, t. xiv, 1909, p. 37 sq. (tiré à part dans Ancienne littérature canonique syriaque, fasc. 3), est formé de sept brèves sentences contre les moines qui n'ont pas de zèle pour la défense de la foi monophysite et se taisent au lieu de parler en sa faveur, par opportunisme ou par crainte.

Un peu plus récente est la lettre aux prêtres édesséniens, Abraham et Oreste, sur les erreurs de leur compatriote, le panthéiste Etienne bar Sudayli, éditée et traduite en anglais par A. L. Frotingham jr„ Stephen bar Sudaili the syriac mystic and the book oj Hierolheos, Leyde, 1886, p. 28-48. Elle a été écrite tandis que Philoxène occupait le siège de Mabboug et se trouvait en mauvais termes avec l'évêque de Jérusalem, soit entre 500 et 512, temps proposé par Frotingham p. 58.

La lettre au patriarche d'Alexandrie, Jean II Nikiôtès (505-516), appartient à peu près au même temps; elle est conservée dans un petit dossier, malheureusement incomplet (Add. 14 670, fol. 19-22), qui contient, en outre, une partie de la profession de foi envoyée par le patriarche, un court passage de Philoxène sur l'union des deux natures, reproduit après sa lettre, et le début d'un discours de Jean II au peuple d'Alexandrie.

La lettre au lecteur Maron d'Anazarbe, que J. Lebon a publiée avec une traduction française et une introduction historique, Textes inédits de Philoxène de Mabboug, dans Le Muséon, t. xliii, 1930, p. 20-84, est postérieure, ainsi qu'il l'a démontré, à l'interprétation officielle de l'Hénotique dans le sens monophysite au synode de Tyr (514-515) et antérieure à l'exil de Philoxène (deuxième semestre de 518). La lettre entière est consacrée à la résolution de sept difficultés énumérées dès le début, mais il manque quelque chose à certains développements. Cette lettre a permis de fixer plusieurs points de la lutte menée par Philoxène contre les chalcédoniens (supra, col. 1513).

Trois lettres appartiennent aux dernières années de Philoxène, ayant été écrites de son exil de Thrace. Quatre fragments d'une lettre à Siméon, abbé de Tell 'Addâ, ont survécu dans Add. 15 333, fol. 48-50. J. Lebon, qui a édité et traduit ces fragments, op. cit., p. 149-193 (éd. partielle dans Le monophysisme sévérien, textes, p. 1-3), estime que la lettre ne devait pas être considérable. L'auteur ne parle, dans la partie conservée, que de la modération dont on usa jadis envers les hérétiques et dont son parti lui-même donna l'exemple après la victoire sur Flavien. Jadis, dit Philoxène, on s'est occupé uniquement de rétablir l'unité dans l'Église sans poser des conditions intolérables; mais voici que, sous la pression des gens venus de Home, on renouvelle des consécrations d'autels et d'églises, tandis qu'on admettait jusque-là même les ordinations faites par les hérétiques. Voir p. 173 et 188. Le même ms. Add. 15 333. fol. 50-52, a préservé trois fragments d'une autre lettre à tous les moines orthodoxes de l'Orient, éditée et traduite comme ci-dessus, p. 10 1-220. Les circonstances sont identiques ainsi que le sujet, car il s'agit encore de la modération dont il faut user dans les controverses dogmatiques vieux lutteur a fini de quêter du renfort dans les

PHILO XÈNE DE MABBOUG. ŒUVRES

monastères; vaincu, il engage ses partisans à résister, sans doute, aux légats romains, mais en réglant, leur conduite avec opportunisme, de la manière la plus favorable à la défense de la loi et à la paix de l'Église. Op. cit., p. 196. Un extrait de lettre, adressée aussi aux moines orientaux, se trouve dans Add. 11 533, fol. 169 v°. J. Lebon ne semble pas avoir vérifié si cet extrait appartient à la lettre qu'il a publiée. Ibid., p.. 118, n. 4.

La lettre aux moines de Senûn sur l'incarnation du Fils unique et la foi, écrite en 522, est contenue dans le Vat. syr. 136, fol. 58 v°-130 v» et Add. 14 597, fol. 35 v°-90 v°; elle n'a pas encore été publiée, mais J. S. Assémani en a reproduit plusieurs passages, Biblioth. orient., t. n, p. 38-45, et un assez long extrait sur Nestorius -a été traduit par F. Nau, Le livre d'Héraclide de Damas, Paris, 1910, p. 371-373. Elle se divise en deux parties, dont la première est dirigée contre les nestoriens, la seconde contre les chalcédoniens. Philoxène s'efforce d'ailleurs de démontrer que ces deux partis ont une foi identique et avance que, sans la mort prématurée de Nestorius, ils auraient fini par signer une entente.

D'autres lettres d'intérêt dogmatique, mais dont les circonstances ne peuvent être précisées, tant qu'elles n'auront pas été publiées, méritent d'être signalées : la lettre contre Habib le Parfumeur et celle aux moines d'Arzûn ne sont connues que par des extraits qui se suivent dans une série d'interrogations et réponses contre les nestoriens, conservées dans le Vat. syr. 135, fol. 88 v° sq. Une lettre dont un fragment est cité dans un extrait contre les disciples de Jean de Beit Ukkamê, Add. 14 533, fol. 168, est donnée comme ayant figuré en tête de la lettre synodique ou des actes du concile d'Éphèse.

La lettre Ad Patricium Edessenum est la réponse de Philoxène à un reclus, qui l'avait consulté sur des questions d'ascétisme pratique. Le moine manquait d'expérience et l'évêque de Mabboug le met en garde contre la recherche en spiritualité des voies extraordinaires, comme celles que préconisaient alors les messaliens. Conservée dans une dizaine de mss. syriaques, cette lettre a eu la curieuse fortune d'être traduite en grec et de se conserver sous le nom d'Isaac de Ninive, enrichie, il est vrai, d'un passage interpolé qui appartient véritablement à cet auteur. Après que J. Cozza- Luzi eut publié et traduit dans la Nova Patrum bibliotheca de A. Mai, t. vin b, Rome, 1871, p. 157-187, cet important traité sous le titre de Sancti Patris nostri Isaaci epistola ad sanctum palrem nostrum Syrneonem in monte mirabili commorantem, en niant toutefois que saint Siméon Stylite le Jeune ait pu être le destinataire d'une telle consultation, p. 21 sq., J.-B. Chabot détermina l'identité du texte grec (§ 8-15 omis) avec la lettre de Philoxène, De S. Isaaci Ninivitœ vita..., Louvain, 1882, p. 13-15. Un fragment seulement du texte syriaque, celui qui concerne les messaliens, a été publié jusqu'ici et traduit par Ignace Éphrem II Rahmani, Studia syriaca, t. iv, Sarfé, 1909, p. 90-94, trad., p. 70-73.

La lettre à un disciple, intitulée aussi « sur les trois degrés de la sainteté », est un véritable traité ascétique sur la fuite du monde, la vie du monastère, le silence et la retraite dans la cellule, Add. 14 728, fol. 76 v°- 124 v°; Add. 14 729, fol. 131-157, et Berlin Sachau 111, fol. 24 v°-76. Les mêmes sujets sont traités dans la lettre sur les devoirs de la vie monastique, Add. 17 262 du Musée Britannique, fol. 42-71 v°, et Add. 1999 de Cambridge, fol. 132-157 v°.

La lettre Ad monachum novitium se trouve dans plusieurs mss. : Vat. syr. 136, fol. 53-57 v°; Add. 14 649, fol. 200 v°-202 v°, où elle suit la lettre à Patrice d'Édesse; Add. 14 617, fol. 47-49; Add. 14 577, fol. 126-

129. Kl le est suivie dans Add. 14 617, fol. 49 v°-52 v«> par un passage sur la tranquillité de la vie monastique- De la lettre aux reclus contenue dans Add. 14 .577. fol. 101 v°-102 v°, on connaît encore des extraits dans Add. 14 601, fol. 6, et Add. 11 613, fol. 140 v° sq. On peut citer enfin une courte lettre à un converti du judaïsme, Add. 14 726, fol. 10 v° sq. ; une lettre à un disciple, Add. 12 167, fol. 179 v°-182 v», et Add. 18 817, fol. 147-151; une lettre à un juriste qui, devenu moine, était tourmenté par de graves tentations, Add. 12167, fol. 278-282 V°.

La lettre au toparque de Hirâ, Abu Nafir, éditée par Paulin Martin, Introductio practica ad sludium linguœ aranuvœ, Paris, 1873, p. 71-78, contient une histoire abrégée des origines du nestorianisme, m is avec de telles erreurs et de tels anachronismes que J. 'fixeront a cru devoir exprimer les plus sérieuses réserves sur l'authenticité de cette lettre, dont il a publié une traduction française, La lettre de Philoxène de Mabboug à Abou Miphir, dans Revue de l'Orient chrétien, t. vin, 1903, p. 623-630. Philoxène, ancien élève de l'École d'Édesse, où l'on connaissait à la perfection tout ce qui concernait Nestorius et ses partisans, ne peut avoir ignoré des dates telles que celles des épiscopats de Nestorius et Théodore de Mopsueste, par exemple. La lettre, si elle était authentique, serait à dater des environs de l'an 500.

5° Compositions liturgiques. — Beaucoup de pièces destinées à l'usage liturgique sont attribuées à Philoxène, soit dans les manuscrits syriaques, soit dans les manuscrits éthiopiens. Il va sans dire qu'il ne peut être question d'en discuter l'authenticité aussi longtemps qu'elles resteront ensevelies sans édition ni traduction.

Trois anaphores sont connues sous le nom de Philoxène, mais aucun des mss. qui les contiennent n'est antérieur au xne siècle, tandis que l'anaphore fondamentale du rit antiochien. celle de saint Jacques, nous est parvenue dans des manuscrits du vie siècle; ce fait n'est évidemment pas en faveur de l'authenticité. La première anaphore seulement, que J. S. Assémani a revendiquée d'ailleurs pour Siméon de Beit Aràam, Biblioth. orient., t. i, Rome, 1719, p. 345, a été imprimée sous le nom de saint Basile dans le Missale syriacum juxta ritum Ecclesiœ Antiochenœ Syrorum, Rome, 1843, p. 155-167. Elle a été traduite en latin, ainsi que la deuxième encore inédite, par E. Renaudot, Liturgiarum orienlalium colleclio, Paris, 1716, p. 300- 306, 309-319. Les mss. de ces trois anaphores sont indiqués par A. Baumstark, Gesch. der syr. Lit., p. 143, n. 13.

Deux prières proposées aux lidèles pour se préparer à la réception de la sainte communion sont contenues dans Add. 17125 (ixe-xe s.), fol. 78.

Philoxène passe pour l'auteur de la formule brève à employer pour baptiser un enfant en cas d'urgente nécessité, formule placée dans les rituels jacobites à la suite de Vordo baptismi habituel, qui est de son ami Sévère d'Antioche. Texte et traduction latine dans J. A. Assémani, Codex liturgicus Ecclesiœ uriiversalis, t. n, Rome, 1719, p. 307-309; traduction seule dans H. Denzinger, Rilus Orientalium, t. i, Wurzbourg, 1863, p. 318. E. A. W. Budge et A. Vaschalde ont fait à tort, de cette formule baptismale, deux numéros de leurs listes : Ordo baptismi et Ordo brevis consecrandae aquœ baptismi, Corp. script, christ, orient. Script, syri, IIe sér., t. xxvn, trad., p. 3; d'après The discourses..., t. n, p. 1.

Une prière pénitentielle, attestée dans un manuscrit de 802, Add. 14 621, fol. 160 v°-163 v0,- semble être une prière de dévotion privée, ainsi que les prières indiquées par E. A. W. Budge, loc. cit., sous les n. xxxvn-xxxix, p. lvii sq.; mais les numéros sui-

PHILOXÈNE DE MABBOUC. DOCTRINE

vants, xi. -xi. m, appartiennent aux prières canoniques. Plusieurs de ces prières pour les heures ont été traduites en arabe et en éthiopien, cf. Hiblioth. orient., t. il. p. 24: Budge, p. lxv; Conti Rossini, Manoscritti ed opère abissine m Europa, dans Rendiconti délia H Accademia dei Lincei, classe di scienze morali, \v sér., t. vin, 1899, p. 615, au mot Falaskinos.

11 semblerait aussi, d'après Budge, p. lxiv, qu'une hymne sur la nativité de Notre-Seigneur soit attribuée à Philoxène dans un grand nombre de mss., mais cette impression résulte de la transposition de la note 11, qui devrait être reportée à la p. lxv. L'attribution ne repose que sur le Val. syr. 94, fol. 1, et l'hymne doit avoir été composée par Jean bar Aphtonia. Biblioth. orient., t. il, p. 46 et 54; Bibliothecse apost. Yatic. catalogus..., t. n, Rome, 1758, p. 501.

Deux hymnes en éthiopien sont indiquées par Budge, p. lxv. Une pièce intitulée « Prière de louange » a été signalée dans un manuscrit du palais Gatchinsky, fol. 3-12. Les derniers mots, rapportés par B. Turaiev, ne suffisent pas pour permettre de déterminer si elle est identique à l'une ou l'autre des prières connues en syriaque ou en arabe, Melkia izvestia i zamietki, Ethiopskia rukopisi Gaèinskago d\vor.sa,dans Zapiski vostocnago otdieleaia imrerato skaao, russkago archeologiceskago obscestva, t. xm, 1900, p. 04.

III. Doctrine. — 1° Sur Dieu. — Aux seuls hommes régénérés par le baptême, Philoxène accepte de parler de Dieu, Tract, de Trinit. et incarn. ( = Tractatus), dans Corp. script, christ, orient., IIe sér., t. xxvii, versio, p. 10. La nature divine est une, créatrice de tout, incréée; l'homme peut connaître l'existence du Créateur, mais ne peut connaître de lui existence, mode, cause, fin, origine ou durée. La nature divine se connaît, pleinement et parfaitement; elle n'a pas de parties, étant immuable; elle est sa propre fin, elle se suffit à elle-même. P. 11. De même que la nature de Dieu est unique, sa volonté est unique; les divers noms donnés à Dieu se rapportent à ses œuvres, non à son essence. P. 12 sq. Dieu est la source de tous les biens; son essence n'a pas de cause en dehors d'elle et sa bonté non plus. P. 14. Ses qualités existent indépendamment de leur exercice. P. 19. Dieu est en dehors du lieu, présent partout. P. 20. Philoxène termine son exposé sur la nature divine par une liste des noms qui s'appliquent à cette nature, liste qui fait pressentir ces litanies de noms divins en usage dans l'Islam : Être, Dieu, Seigneur, Éternel, Incréé, Audessus du temps, Agent, Créateur, Sage, Qui règle tout, Qui orne tout, Bon, Miséricordieux, Bienfaisant, Riche, Plein, Fort, Puissant, Roi, Parfait, Sabaoth, El-Sadday, Seigneur des dominations, Seigneur des puissances, Adonay, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. P. 23 sq.

Comme il a été dit ci-dessus, col. 1524, Philoxène s'est opposé énergiquement aux divagations d'Etienne bar Sudayli, qui, en partant de I Cor., xv, 28, prêchait le panthéisme sous la formule : toute créature deviendra consubstantielle à la nature divine. Cf. A. L. Frotingham, Stephen bar Sudaili..., p. 29-48, passim.

2° La Trinité. — Philoxène, dans les Tractatus, ne s'étend guère sur la trinité des personnes, qu'il réunit dans la formule : Ens, Entis filius, Ex Ente. P. 24. Il ne parle pour le Saint-Esprit que de la procession a Paire : lia cl Spiritum si nominal alius, Patris nempe esse Spiritum indical, p. 26; Xon enim quemadmodum Filius ex Paire est, ila et Spiritus ex Filio; sed ambo ex Paire sunl : unus Filius et aller Spiritus. P. 29. Ce dernier texte exclut formellement la procession ab ulroque. La Trinité, note Philoxène, est supprimée par confusion des personnes dans le système d'Etienne bar Sudayli. A. L. Frotingham, op. cit., p. 35.

Il y aurait davantage à recueillir sur la Trinité dans

la dissertation II du De uno e sancta Trinitate incorporato et passo, dans Pair, orient., t. xv, p. 492-542. Dieu est une nature, trois hypostases, mais ces hypostases sont comptées « une, une et une », non « une, deux et trois », parce que ce ne sont pas trois principes, mais un seul. P. 494. Cependant, les mots par lesquels nous désignons ces hypostases ne sont pas de vains mots, comme si tout ce qui est dit d'une des personnes pouvait également être dit des deux autres. On ne peut dire que le Fils engendre le Père, ni que le Père est engendré. Et de même, lorsque nous disons que le Fils s'est incarné, cela convient au Fils seul et l'on ne peut dire, eu prétextant la consubstantialité, que le Père et le Saint-Esprit se sont incarnés, sont nés ou ont été crucifiés. P. 498 sq. La thèse annoncée par le titre de l'ouvrage touche à la fois à la Trinité et à l'incarnation, d'où la nature mixte des développements suivants : c'est réellement que le Fils est descendu du ciel, tout en y demeurant, de même qu'il est venu réellement dans le monde, où, cependant, il était déjà présent par l'omniprésence divine; lorsque nous parlons de sa venue, nous envisageons moins sa naissance corporelle que le passage de l'essence divine à l'humanité, car ce que saint Paul appelle anéantissement, c'est la descente du ciel et l'habitation hypostatique, dans la Vierge, de celui qui est partout. P. 524.

3° L'incarnation. — J. Lebon, dans sa magistrale étude sur Le monophysisme sévérien, Louvain, 1909, p. 176-526, a exposé en grand détail et avec beaucoup d'acribie, ce que Sévère et Philoxène ont enseigné sur le mystère de l'incarnation. Une bonne partie de son information provient des Tractatus, publiés et traduits deux ans auparavant par A. Vaschalde, et d'autres écrits de Philoxène, qu'il a utilisés d'après les manuscrits. Aussi est-ce d'après l'ouvrage de J. Lebon que l'exposé ci-dessous a été préparé.

La christologie de Philoxène, comme celle des alexandrins, celle de saint Cyrille en particulier, considère d'abord le Verbe éternel voulant relever l'homme au rang d'où il était tombé : « Le Verbe a pris un corps et s'est fait homme et il en a fait en lui une nouvelle créature. » Lebon, p. 182. Dans l'acte de l'incarnation, les trois personnes sont intervenues : « Le Fils a pris un corps, le Père l'a revêtu d'un corps, le Fils a pris un corps par l'Esprit, et c'est de la Vierge qu'il a pris un corps ». P. 183. Le corps du Christ est consubstantiel au corps de Marie, car la chair du Christ a été engendrée dans la Vierge et de la Vierge, l'humanité du Christ étant une humanité complète, corps, âme, esprit. P. 185 sq.

En étudiant la manière dont l'incarnation a été réalisée, Philoxène distingue deux actes, simultanés en fait, mais successifs dans l'ordre de la logique, l'anéantissement du Verbe, qui rend possible son habitation dans le sein de Marie, et l'acte par lequel il « devient » chair. P. 189-191. Tenant compte d'ailleurs d'une théorie assez répandue à son époque, d'après laquelle l'animation du fœtus aurait eu lieu seulement quarante jours après la conception, Philoxène a distingué Vincarnatio, qui eut lieu au moment de l'annonciation, et Yincorporalio. produite par infusion de l'âme raisonnable, d'où résulte V inhumanalio parfaite. P. 191 sq. Cette manière de se représenter la génération humaine et celle du Christ plaisait d'autant plus à Philoxène qu'elle rappelait ce que la Rible enseigne sur la création d'Adam, complétée elle aussi par deux actes différents, la formation du corps et l'insufflation d'une âme vivante. P. 193. Le Fils de Dieu est engendré éternellement selon sa nature, il est né de Marie selon l'économie, dans l'ordre de la volonté. P. 194-199. Philoxène ne veut pas aller plus loin dans son investigation : incarnation, union, unité sont les trois termes de sa foi christologique. P. 199.

PHILOXÈNE DE MABBOUG. DOCTRINE

La consubstantialité du Christ avec le Père et av.ec l'humanité est enseignée couramment par Philoxène.

P. 202 sq. Le Verbe, en s'incarnant, ne s'est soumis à aucun changement, il faut l'affirmer pour éviter de laisser croire qu'on a mal compris le sens du mot « devenir ». P. 206, 208. L'expression « sans changement » est complétée par « sans confusion ». P. 214. Philoxène a soin d'exclure l'idée de transformation, lorsqu'il écrit des mots signifiant « mélange ». synonymes de (iiÇiç ou xpâaiç, employés par les Pères grecs. P. 220. Quels que soient d'ailleurs les exemples de mélanges dont Philoxène s'est servi pour expliquer l'union du Verbe et de l'humanité, il faut se souvenir de l'intention si formellement marquée d'entendre union sans transformation des éléments unis, du désir d'insister seulement sur l'indissolubilité de l'union. P. 223 sq.

Philoxène, ainsi que les autres sévériens, emploie, comme s'ils étaient synonymes, les termes « nature, hypostase, personne ». P. 242 sq. Dans ses chapitres contre ceux qui prétendent que le Christ est une seule hypostase et deux natures, il s'appuie sur l'impossibilité, pour la nature et l'hypostase, d'exister dans des conditions différentes. P. 244. Il n'y a pas d'hypostase sans nature, ni de nature sans hypostase. P. 245 sq. ; cf. p. 290. Ayant posé cette équivalence absolue de termes que les chalcédoniens avaient eu soin de distinguer, Philoxène ne pouvait plus trouver de différence fondamentale entre chalcédoniens et nestoriens; aussi déclarait-il les formules des premiers aussi fausses et plus hypocrites que celles des seconds, puisque, disait-il, il est impossible qu'il y ait à la fois unité de personne et d'hypostase avec dualité des natures. P. 249. J. Lebon a démontré abondamment que chez Philoxène le mot « nature » désigne un être individuel, sa pensée demeurant dans l'ordre de l'existence réelle, tandis que les chalcédoniens, poussant leur analyse plus à fond, considéraient la qualité naturelle, ou essence spécifique de l'individu. P. 254- 256. Si Philoxène, préoccupé avant tout d'exclure le nombre, a refusé de dire « deux natures », même « deux natures non séparées », p. 340, c'est parce qu'il voyait dans le mot « nature », plus qu'une différence spécifique. P. 258-263. Il reconnaît d'ailleurs qu'il y a une caractéristique de chacune des deux « formes », celle de Dieu et celle de l'homme, qui reste sans conversion, mais il n'eut pas à développer cette question et n'employa jamais le mot « nature » pour désigner cette qualité. P. 440.

Philoxène et les sévériens, en prenant le mot « nature » pour désigner un être individuel, lorsqu'ils traitent de l'incarnation, s'écartent d'ailleurs du sens qu'ils donnent au même mot, lorsqu'ils parlent de Dieu, car en Dieu ils distinguent, comme les catholiques, entre nature et hypostase. Rien ne montre mieux leur confusion, lorsqu'il s'agit de l'incarnation, que cette phrase de la lettre à Maron d'Anazarbe, où Philoxène presse ses adversaires de confesser avec lui « une nature incarnée, une hypostase faite homme, une personne et un Fils ». P. 263; cf. Le Muséon, 1930, p. 63. J. Lebon a expliqué comment cet usage du mot « nature » a été imposé à Philoxène et à Sévère par l'autorité qu'ils reconnaissaient non seulement aux écrite de saint Cyrille d'Alexandrie, mais aussi à ceux que les apollinaristes avaient mis en circulation sous les noms du pape Jules et du patriarche Proclus.

Dans le c. xi des Capita xn aduersus eos qui proftlentur duas naturels et unam personam in Christo, Budge, The discourses..., t. u, p. cxvn, cf. Lebon, p. 325, n. 1, l'équivalence absolue des termes « nature » et « personne », lorsqu'il s'agit du Christ, est affirmée on ne peut plus clairement par la formule : « âme et corps, nature de l'homme; corps, âme et Verbe, nature

du Christ ». L'union des éléments dans le Christ est pour Philoxène une union physique et naturelle, comme celle de l'âme et du corps. Lebon, p. 288. Il n'importe pas qu'on l'appelle union physique ou hypostatiqne, puisque < nature » et « hypostase » sont des termes synonymes. P. 290. A noter d'ailleurs que le mot « union », svwaiç, est surtout entendu dans le sens de « réduction à l'unité, unification ». P. 286.

Philoxène est le défenseur de la formule habituelle des adversaires de Chalcédoine, \ù% tpôcnç to'j 0eoû A.6you aea'xpxo)[iivY;, p. 300, mais il n'emploie pas l'expression [lia. cp'Jaiç gôvOetoç, p. 319, ni [û'x q>omç S'.ttXy) ou Sittï;, dont se sont servis fréquemment les auteurs jacobites. P. 328. Il exclut formellement que Marie ait engendré un être double. P. 329. Ainsi J. S. Assémani s'est trompé dans sa description des Tractatus. Bibliolh. orient., t. n, p. 25; cf. Lebon, p. 328. Lorsque Philoxène emploie le mot « nature », en parlant du Christ, il entend toujours la divinité, p. 311, et plus exactement la personne du Verbe. L'humanité du Christ n'a jamais existé sans sa divinité, c'est dans l'hypostase du Verbe que l'hypostase du corps et de l'âme a été faite. P. 412.

Philoxène n'attribue pas les propriétés aux natures, mais au Verbe incarné, à l'unique Christ, car il y a unité absolue du sujet après l'incarnation, p. 421; jusqu'à la fin de sa vie, il considéra la répartition des attributs comme nécessairement nestorienne. P. 422. Il fut bien obligé, cependant, d'interpréter les textes scripturaires, qui montrent le Christ dans deux attitudes opposées, homme faible et Dieu tout-puissant, il ne fait pas de difficulté de dire alors « comme Dieu » et « comme homme ». P. 470. Philoxène admet la communication des idiomes, quoi qu'en ait dit A. Vaschalde, Three lelters..., p. 45. U prétendit même que seuls les antichalcédoniens avaient le droit d'employer les expressions qui attribuent au Verbe tout le côté humain de l'économie. Lebon, p. 473 sq., cf. p. 477, où sont cités Rom., i, 3, et Col., i, 16. C'est au nom de la communication des idiomes que Philoxène peut employer et défendre la formule Unus e Trinitate passus est, p. 482; ce faisant, il ne versait d'ailleurs pas dans le théopaschisme, ayant eu soin de réserver que le spirituel n'est pas mort en tant que spirituel. P. 483.

J. Lebon étudie enfin l'attitude de Philoxène envers les additions au Trisagion, qui agitèrent à son époque les Églises d'Orient et, plus particulièrement, le patriarcat d'Antioche. Les discussions eurent leur origine dans le fait que les monophysites rapportaient le Trisagion à la personne du Christ, tandis que nestoriens et chalcédoniens l'adressaient à la Trinité entière. Philoxène admit donc l'addition de Pierre de Foulon, qui crucifixus est pro nobis, acceptable à cause de la communication des idiomes, p. 484 sq., mais il refusa d'ajouter in carne, comme faisaient les « moines scythes», parce qu'il y aurait eu pléonasme. P. 488. Si Philoxène écrivit aux moines de Tell 'Addâ contre l'addition des mots « Christ-roi », c'est sans doute parce qu'il se plaçait dans l'hypothèse de ses correspondants, dont le Trisagion s'adressait aux trois personnes, p. 484 sq., peut-être aussi par un effet de son opposition personnelle à Calandion, auteur de cette addition, cf. supra, col. 1523.

4° Autres points de doctrine. — On trouvera rassemblés dans ce paragraphe divers détails relevés un peu au hasard.

Le Christ s'est incarné pour racheter l'humanité déchue : les auteurs monophysites insistent continuellement sur ce but de l'incarnation. Lebon, p. 187; sans le péché d'Adam, il semble à Philoxène qu'il n'y aurait pas eu d'incarnation. P. 188.

Marie est Mère de Dieu; Philoxène défend vigoureusement le dogme d'Éphèse, p. 478, 493 sq., car le

PHILOXÈNE DE MABHOUU — PHOTIN DE SIKMIUM

Verbe s'est incarné de la Vierge et non pas seulement dans la Vierge. P. '-- I. Marie a enfanté à la fois naturellement et surnaturel liment, elle est restée vierge dans son enfantement. P. 198.

Les anges sont des êtres purement spirituels, et cependant les Livres saints parlent aussi de leurs corps: ils enseignent qu'il y a différentes espèces de corps dans ces êtres célestes lorsqu'ils décrivent les séraphins et les chérubins. Budge, The discourses..., t. ii, p. 30. Ces êtres, qui ont des yeux par tout le corps, ne sont pas divisés comme les êtres corporels que nous sommes, mais, en raison de leur nature spirituelle, ils voient, entendent, sentent, etc., par tout leur être, p. 30 sq.

Plusieurs considérations sur la foi, qu'on trouve dans les traités II et III du De institutione morum, dont les doctrines morales seront esquissées ci-dessous, appartiennent à l'étude du dogme et méritent d'être relevées ici. Le premier objet de la foi, c'est l'existence de Dieu. Ibid., p. lxxvi, 24. La foi a encore pour objet la Trinité des personnes, l'existence des anges, p. 29 sq. Elle ne demande pas de raisons, le chrétien croit Dieu comme les enfants croient leurs parents, p. 25-28 ; la parole de Dieu lui suffît, les témoignages et les miracles ne lui importent pas.

5° Enseignement moral et ascétique. — Dans son De institutione morum, adressé à des moines, Philoxène traite systématiquement de la vie spirituelle. Dès le prologue, il établit que le Christ est la fondation sur laquelle doit reposer tout travail de perfectionnement moral : Jésus doit être à la fois notre maître et notre exemplaire. Mais ce principe général ne suffît pas; une méthode est nécessaire. De même que les soldats apprennent à guerroyer, le futur ascète doit s'instruire sur les tentations, sur les commandements à observer et les vertus à pratiquer, apprendre comment prier, comment se comporter envers les hérétiques, etc.

On devient chrétien par la foi, qui est un don du Christ, p. 33 sq., et le fondement de l'Église. P. 45. A ceux qui ont la foi, rien n'est difficile, pourvu que leur foi soit accompagnée de simplicité. Philoxène a consacré les deux traités IV et V à d'abondants développements sur la simplicité, p. 70-152, par quoi il entend la disposition de l'esprit à recevoir tous les ordres de Dieu sans les discuter, aussi bien que la rectitude des intentions. Les traités VI et VII, p. 153-213, ont la crainte de Dieu pour objet. Lorsqu'un homme est établi sur la foi, née de la simplicité, la crainte de Dieu est en lui et le protège contre tous les maux, en particulier contre le péché. La foi, la simplicité, la crainte de Dieu sont les trois premiers échelons de l'échelle qui mène à la perfection et dont l'amour est le terme. Dans le traité VII, Philoxène montre les Juifs de l'Ancien Testament courbés sous cette crainte servile de la mort que Notre-Seigneur a remplacée par la crainte de la damnation. Les traités VIII et IX, p. 214- 336, sont sur le renoncement au monde et la pauvreté : ceux qui vivent dans le monde peuvent être justifiés, ils ne peuvent devenir parfaits; ainsi, après avoir reçu le baptême de l'eau, chacun peut recevoir le baptême de sa volonté, quitter tout pour mieux servir Dieu. P. 265. Le traité X est une attaque contre la gourmandise et la gloutonnerie, qui engendrent des mauvais désirs et des maladies, tandis que le traité XI, p. 403- 471, vante les bienfaits de l'abstinence. Enfin la lutte contre la fornication est l'objet des traités XII et XIII, p. 472-497.

Les éditions des écrits de Philoxène ont été citées au cours de l'article.

La. plus ancienne notice originale sur Philoxène (Xenaias Mabugensis) est celle de .1. S. Assémani dans Bibliotheca orientons, t. n, Home, 1721, p. 10-46. Elle a été rédigée d'après les mss. de la bibliothèque Vaticane, dont plusieurs.

provenant de Scété, avaient été rapportés d'Egypte par l'auteur lui-même. Cette notice est demeurée pendant longtemps l'unique source de ce qui a été écrit sur Philoxène, par exemple dans la Biographie universelle, t. xxxiv, Paris, 1823, p. 209 sq. Il y a quelques éléments nouveaux dans Smith et Wace, A dktionary o/ Christian biography, t. iv, Londres, 1887, p. 391-393, où l'on trouvera, en particulier, l'indication des passages sur Philoxène dans les ouvrages des historiens antérieurs à .1. S. Assémani. Très bonne notice de W. Wright, dans Encyclopœdia brilannica, 9* éd., t. xxii, Edimbourg, 1887, p. 831 sq., réimprimée dans .1 ,s/ior( hislory of syriac literature, Londres, 1894, p. 72-70. La vie et les ouvrages de Philoxène furent traités à fond la même année dans E. A. W. Budge, The discourses o/ Philoxenus..., t. n, introduction, translation, etc., Londres, 1894, p. xvii-xxxi, xi.viii-i.xxiii; néanmoins, quelques lignes seulement lui sont consacrées dans le Kirehenlexikon de Wetzer et Welte, 2e éd., t. xi, Fribourg-en-Brisgau, 1899, à Syrïschc Spruche und Literalur, col. 1149. Bon article de G. Kruger dans la Prolest. Realencyclopàdie, 3e éd., t. xv, Leipzig, 1904, p. 307-370. H. Duval, La littérature syriaque, 3e éd., Paris, 1907, p. 354-356, 364, 221 sq. A. Vaschalde, qui avait si judicieusement écrit sur la vie et la doctrine de Philoxène dans Three letters of Philoxenus..., Rome, 1902, p. 1-79, a donné une notice courte mais exacte, dans The eatholic encuclopœdia, t. xn, New-York, 1911, p. 40. Enfin, deux excellentes études, qui se complètent, ont paru dans les dernières années : A. Baumstark, Geschichte der syrischen Literatur, Bonn, 1922, p. 141-144; O. Bardenhewer, Ceschichle der altl.irchlichen Literalur, t. iv, Fribourg-en- Brisgau, 1924, p. 417-421.

E. TlSSERANT.

PHOTIN DE SIRMIUM, hérétique du ive siècle. I. Vie. IL Doctrine. III. Les photiniens.

I. Vie de Photin. — Photin était originaire d'Ancyre en Galatie, Athanase, De synod., 26, P. G., t.' xxvi, col. 732; Socrate, Histor. ceci., n, 18, P. G., t. lxvii, col. 224: Jérôme, De vir. illustr., 107, P. L., t. xxni, col. 703, et il y avait été diacre de Marcel. Hilaire, Fragm. histor., H, 19, P. L., t. x, col. 645. Il devint évêque de Sirmium en des circonstances qui ne nous sont pas connues; nous savons seulement qu'il succéda à Euthérius qui était encore présent au concile de Sardique, en 343; comme il est question des erreurs de Photin dès 345 au concile d'Antioche, il faut admettre, semble-t-il, qu'il fut élu vers la fin de 343 ou les premiers mois de 344; au dire de Vincent de Lérins, Commonit., 36, son élection fut très bien accueillie par ses diocésains.

Photin était un homme d'une très grande science théologique et d'une éloquence puissante. Il savait également le grec et le latin, et sa parole contribua, pour une large part, à accroître encore son crédit auprès des fidèles, Socrate, Histor. eccl., il, 30; Sozomène, Histor. ceci., iv, 6; Épiphane, Hœres., lxxi, 1. II composa un catalogue d'hérésies, dans lequel, au dire de Socrate, Histor. eccl., n, 30, il n'oublia que la sienne; saint Jérôme, De vir. ill., 107, nous apprend, d'autre part, qu'il écrivit plusieurs volumes, parmi lesquels un traité, Contra génies, et un autre, Ad Valentinianum. Il ne nous reste rien des ouvrages de Photin.

En 345, un concile réuni à Antioche condamna l'enseignement de Photin, en même temps que celui de Marcel d'Ancyre : « Les disciples de Marcel et de Photin, les ancyrogalates, explique YEcthèse macroslique, nient l'existence éternelle du Christ, sa divinité et son règne sans fin, semblablement aux juifs, sous le prétexte de paraître affermir la monarchie. » Athanase, Dcsijnod., 26, P. G., t. xxvi, col. 736; Socrate, Histor. ceci., n, 19, P. G., t. lxvii, col. 233. Photin porte ici le nom de Scotin, sans doute en vertu d'un jeu de mots facile : Photin signifie « lumineux », et Scotin « ténébreux ». Il faut remarquer cependant que, suivant quelques auteurs, Scotin aurait été le vrai nom de notre personnage.

La condamnation de Photin fut renouvelée plusieurs fois au cours des années suivantes. Les deux conciles

IMIOTIN DE SIRMIUM

tenus à Milan en 345 et en 347 confirmèrent la sentence portée contre lui à Antioclie, et cette mesure avait une signification d'autant plus grande que les Occidentaux n'hésitèrent pas à s'y associer. Cependant, la condamnation de Photin n'eut aucun résultat pratique : l'évêque, soutenu par ses diocésains, conserva son siège. Hilaire, Fragm. hislor., il, 21. Tout ce que put faire le. concile de 347 fut de communiquer aux Orientaux la décision qu'il venait de prendre. Hilaire, Fragm. hislor., u, 22. Les Orientaux répondirent assez sèchement à cette communication, en faisant remarquer que si Photin était hérétique, il devait ses erreurs à la formation théologique qu'il avait reçue auprès de Marcel. Hilaire, ibid.

En 348, semble-t-il, un nouveau synode, composé d'Orientaux, s'assembla à Sirmium môme pour essayer une fois de plus de vaincre l'obstination de Photin. Hilaire. Fragm. hislor., n, 21. Il est assez difficile d'expliquer cette réunion d'Orientaux en une ville qui dépendait alors de Constant et de l'empire d'Occident. Le témoignage même de la lettre écrite par les évêques est trop formel pour pouvoir être mis en doute. Les membres du concile n'aboutirent d'ailleurs à rien : Photin, toujours soutenu par la confiance de son peuple, demeura inexpugnable.

Ce ne fut qu'en 351 que l'on parvint à déposer l'évêque hérétique. Constant était mort et, après avoir liquidé l'affaire de Magnence, Constance était devenu le seul maître de l'empire. Il convoqua, dès qu'il le put, à Sirmium, un nouveau concile, composé d'Orientaux. Aux eusébiens de marque s'adjoignirent quelques évêques illyriens, Valens de Mursa, Ursacc de Singidunum, Sinius dont le siège est inconnu. Socrate, Histor. eccl., ii, 29, P. G., t. lxvii, col. 277; Sozomène, Histor. eccl., iv, 6 ibid., col. 1 120. Le but avoué de la réunion était d'en finir avec Photin. Celui-ci était un homme de ressources. Il parvint tout d'abord à esquiver le concile et obtint qu'une commission nommée par l'empereur décidât entre lui et ceux qui critiquaient sa doctrine. Constance n'aimait rien tant que les joutes théologiques : il désigna huit fonctionnaires, tous personnages sénatoriaux, d'après Socrate, Histor. eccl., n, 30, P. G., t. lxvii, col. 289, et il les fit assister de plusieurs sténographes, dont saint Épiphane a pris soin de nous conserver les noms. Hœres., lxxi, 1, P. G., t. xlii, col. 376. Ce fut devant cet aréopage que comparut Photin; il trouva, en face de lui, pour combattre son argumentation théologique, un de ses compatriotes, Basile, qui avait été choisi par les eusébiens pour remplacer Marcel sur le siège épiscopal d'Ancyre. Basile était un homme cultivé, en même temps qu'un théologien habile; au dire de saint Épiphane, loc. cit., qui a eu sous les yeux le procès-verbal de la discussion, il parvint à tirer au clair les erreurs de Photin. Le concile put alors, en connaissance de cause, déposer Photin, comme partageant l'hérésie de Sabellius et de Paul de Samosate. Socrate, Histor. eccl., n, 29, col. 277; et il le remplaça par un Asiatique, Germinius de Cyzique, en qui les eusébiens pouvaient avoir toute confiance. Athanase, Histor. arian. ad monach., 74, P. G., t. xxv, col. 784. Avant de se séparer, le concile tint encore à promulguer une formule de foi; celle-ci n'est autre que le quatrième symbole du synode des Enctnies de 341, grossi de vingt-sept anathématismes qui sont la condamnation des erreurs de Photin, bien qu'aucun nom propre n'y soit écrit. Athanase, De synod., 27, P. G., t. xxvi, col. 736-740.

Après sa déposition, Photin fut exilé; nous ne connaissons rien de sa vie pendant ces années d'exil. Mais nous savons qu'il revint à Sirmium après la mort de Constance, lorsque Julien eut autorisé tous les évêques bannis à reprendre possession de leurs sièges. Julien témoigna même à Photin une particulière bienveil-

lance; il lui écrivit pour le féliciter d'être près du salut et le louer d'avoir nié que celui qu'on avait cru Dieu ait pu prendre chair dans le sein d'une femme. Epist.. lxxix, édit. Bidez et Cumont, p. 146-148; citée par Facundus d'Hermiane, l'ro defens. trium capit., iv. 7, P. L., t. lxvii, col. 621. Ce retour de fortune fut de courte durée. En 364, Valentinien chassa de nouveau l'hérétique de sa ville épiscopale. Jérôme, De vir. ill.. 107. En vain Photin essaya-t-il d'adoucir l'empereur en lui dédiant un ou plusieurs traités. Il n'en mourut pas moins en exil, en 376.

II. Doctrine de Photin. — Nous sommes mal renseignés sur l'hérésie de Photin que nous ne connaissons que par des condamnations conciliaires ou par des résumés tardifs.

La première sentence portée contre lui, celle du concile d'Antioche de 345, rapproche sa doctrine de celle de Marcel d'Ancyre, mais nous ne savons pas si Photin se rattachait exclusivement à Marcel, dont il poussait les théories jusqu'à leur aboutissement logique, ou bien s'il avait subi d'autres influences et s'il se proposait de reprendre, avec quelques modifications jugées indispensables, l'enseignement de Paul de Samosate. Au début du ve siècle, Aponius, dans son Commentaire du Cantique des cantiques, lui attribue ces formules : Tanla multitudo Chrislorum vel Salvalorum per momenla fil, quanti reperti juerint, qui sermone doctrinse suse et exemplo vilœ suse homines ad vitam immaculatam potuerinl provocare... Quisquis cujus animam sua doctrina convertit ab errore vitse suse, hu/us saluator efficitur. Com. in Cant., édit. Bottino et Martini, Rome, 1843, p. 35, 180, 220.

Somme toute, Photin enseignait que le Christ n'est qu'un homme, en tout semblable aux autres, sauf en ce qui concerne sa naissance miraculeuse. Épiphane, Hœres., lxxi, 3, P. G., t. xlii, col. 577; Vigile de Thapse, Dialog. contra arian., sabell., etc., P. L.. t. lxii, col. 182. Marius Mercator (ou plutôt l'auteur inconnu des douze contradictions aux anathématismes de Nestorius), P. L., t. xlviii, col. 929, prétend sans doute que, pour Photin, Jésus était né naturellement de Joseph et de Marie; cela est probablement inexact.

Après sa naissance, Jésus s'est élevé à une plénitude de grâces de plus en plus grande, par suite de sa perfection morale, Vigile de Thapse, loc. cit. Nous pouvons, par suite, devenir semblable; à lui, si nous nous attachons à être pleinement fidèles à la grâce divine.

Cette doctrine se rattache à celle de Marcel, en ce sens que, comme l'évêque d'Ancyre. Photin refuse d'admettre que le Verbe ait eu une subsistence personnelle avant de descendre dans le Christ : » C'est seulement depuis qu'il a pris notre chair de la Vierge, il n'y a pas encore quatre cents ans, que le Verbe est Christ et Fils de Dieu », suivant la formule condamnée par YEcthèse macrostique. Athanase, De synod., 26. Mais Photin dépasse son maître en ce que celui-ci reconnaissait la vraie divinité du Christ, tout au moins dans la mesure du possible, tandis que l'évêque de Sirmium ne craint pas de la nier effrontément.

Dans ces conditions, on comprend que les hérésiologues aient rapproché Photin de Paul de Samosate, tout en essayant de marquer la différence qui sépare les deux doctrines. C'est ainsi que Nestorius écrit : Et Paulus et Photinus hanc inter se difjerentiam habent : unus eorum Chrislum solum hominem dicit; aller vero dicil quidem Verbum, non aulem hoc confitetur et Deum. sed dicit Verbum istud aliquando quidem Potris nomine vocitari, aliquando aulem Verbi nomine nuncupari : unde etiam hoc appellat Xoyo7râ-ropa, hoc e$t Verbum et Patrem, sive si dici possit, Verbipatrem. Accipiens ad hoc, pro sui sensus nequitia, illud bene in Evangelio dictum : In principio erat Verbum. Sermo., xn, 15, édit. Loofs, Nestoriana, p. 304-305; P. L., t. xlviii, col. 856.

IMIOTIN DE SIRMIUM

PIIOÏ1US

Marius Mercator écrit de son côté, en comparant la doctrine de Nestorius à celle des hérétiques qu'il considère comme ses prédécesseurs : In eo igitur Paulo Samosateno conjungitur (Nestorius) in quo habitalorem et habitaculum pro mcritis séparai, dioidens quod uniciiique eorum s il proprium et diversitate nalurœ; quod quidem Mis ambolus cum Ebione et Pholino et Galato Marcello commune est. In eo vero quod substantiale Yerbum Dei confdetur cl esse ab aterno cum Pâtre Deum asserit. a memoratis recte dissentit. Epist. de discrimine inter heeres. Xestorii et dogm. Pauli Samosal., P. L., t. xi.vm, col. 77-1: Schwartz, Acta conc. œcuw., t. 1. 5" part. p. '^8.

Il est d'ailleurs à remarquer que, le plus souvent, on a été sensible au rapprochement ainsi fait entre la doctrine de Photin et celle de Paul de Samosate. On a oublié assez vite, semble-t-il. les origines marcelliennes de l'enseignement de Photin, et l'on a condamné l'évêque de Sirmium en même temps que le vieil hérétique d'Antioche. C'est ce que font, par exemple, le symbole de la communauté d'Ancyre, en 372. Hahn, Bibliolhek der Symbole, p. 264: les anathématismes de Quintianus contre Pierre le Foulon, en 485, ibid., p. 330; les anathématismes du premier synode de Braga, en 563, ibid., p. 230; l'exposition de la foi de Méginhard de Fulda, au milieu du ixc siècle, ibid., p. 361. Il peut y avoir là une simplification excessive. Du moins voiton que le souvenir laissé par Photin est celui d'un négateur de la divinité du Christ.

Saint Augustin, qui était bien placé, semble-t-il, pour connaître l'enseignement de Photin, précise davantage, mais aboutit en somme à donner la même idée que devait garder la tradition. Il écrit, en effet : (Photiniani ) principium Filio Dei ex utero virginis tribuunt, nec volunt credere quod et aniea fueril. Epist., cxlvii, 19; par où il marque la relation entre Photin et Marcel; et, ailleurs : £170 vero aliud putabam tanlumque sentiebam de domino Christo meo, quantum de excellentis sapienlim viro, cui nullus posset sequari, prsesertim quia mirabililer natus ex virgine ad exemptum contemnendorum temporalium prœ adipiscenda immortalitate divina pro nobis cura tantam auclorilatem magislerii meruisse videbatur. Confess., VII, xx, 1. Il explique, un peu plus loin, que telle est la doctrine de Photin et que c'est par ignorance qu'il l'attribuait à l'Église catholique.

III. Les photiniens. — Il ne paraît pas que l'hérésie de Photin se soit beaucoup développée en dehors de son pays d'origine, ni même qu'elle ait trouvé à Sirmium de très nombreux adhérents. Sans doute, une loi promulguée par Gratien, à la fin de 378, nomme encore les photiniens pour les excepter de la tolérance accordée à la plupart des autres confessions; cette loi, qui ne figure pas dans le Code Thc'odisien, ne nous est connue que par les historiens, Socrate, Histor. eccl., v, 2, P. G., t. lxvii, col. 568; Sozomène, Histor. eccl., vu, 1, ibid., col. 1417. En 381, le concile d'Aquilée demande au gouvernement de dissoudre les assemblées des photiniens. Une trentaine d'années plus tard, en 409, le pape saint Innocent juge utile de signaler à la sollicitude de l'évêque Laurent de Sirmium la propagande des photiniens et lui recommande de veiller soigneusement à en défendre son troupeau. Epist., xli, P. L., t. xx, col. 607.

Saint Augustin parle, à maintes reprises, des photiniens dans ses ouvrages, De hœres., xlv; Serm., ccxnv, 4; ccxlvi, 4; Confess., VII, xix; Epist., cxlvii, 19, P. L., t. xlii, col. 34; t. xxxviii, col. 1150 et 1155; t. xxxii, col. 746; t. xxxm, col. 605: mais ce qu'il en dit ne prouve pas nécessairement qu'il en ait connu. Le passage le plus caractéristique est celui qui figure dans les Confessions et que nous avons cité plus haut. Quelques historiens des dogmes, comme Haï-

nack, ont conclu de l'ignorance d'Augustin avant sa conversion que la croyance chi istologique de l'Église, à la fin du ive siècle, était encore mal fixée; cette conclusion est assurément illégitime, car saint Augustin, en ce passage, ne veut rien marquer que sa méprise personnelle, méprise fort compréhensible chez un homme qui n'a jamais fait effort pour connaître le véritable enseignement du catholicisme.

A la fin du ive siècle, les ; riens se préoccupent également de combattre le photinisme; cf. Dissertatio Marimini contra Ambrosium, édit. Kaufmann. Aus der Schule des Wulflla, p. 74. L'auteur de YOpus imperfectum in Matthœum, un peu plus tard, a souvent l'occasion de guerroyer contre Photin; ce sont là surtout des controverses littéraires. Autant faut-il dire de ceux qui, à propos du 19e canon de Nicée, se posaient la question de la validité du baptême photinien, qu'ils rapprochent du baptême samosatéen, par exemple Gennade, De eccles. dogmat., 52, P. L., t. lviii, col. 993 ; Sévère d'Antioche, Fragm., cité par F. Nau, Ancienne littérature canonique syriaque, fasc. 3, Paris, 1909,

Une survivance plus réelle du photinianisme serait peut-être à trouver dans l'enseignement de Bonose, qui, en 391, était évoque de Naïssus (Nisch) en Dacie. Le cas de Bonose n'est pas d'ailleurs parfaitement clair et les témoignages anciens ne nous renseignent que très incomplètement sur sa christologie. Les lettres des papes Sirice et Innocent, où il est question de lui, insistent sur son refus d'admettre la virginité perpétuelle de Marie. Pseudo-Marius Mercator, Appendix ad contrad. xn anathem. Nestorii, 15, P. L., t. xlviii, col. 928; Schwartz, éd. citée, p. 82, rapproche l'enseignement de Bonose de celui de Paul de Samosate, ce qui signifie que Bonose niait la vraie divinité de Jésus:Christ; mais l'auteur de cet écrit, qui fait d'ailleurs de Bonose un évêque de Sardique, semble mal renseigné sur son compte. Gennade, De vir. ill., 14, P. L., t. lviii, col. 1068, parle des photiniens que l'on appelle maintenant bonosiaques. Saint Avit de Vienne, Epist., m, écrit que les bonosiaques enlèvent au Christ l'honneur de la divinité, et semble avoir connu, en Gaule, de ces hérétiques. Il est toutefois refnarquable que le IIe concile d'Arles, en 443 ou 452, suivant lequel pourtant photiniens et bonosiaques professaient la même erreur, ne soumet pas à la rebaptisation les bonosiaques convertis, tandis qu'il y astreint les photiniens, Mansi, Concil., t. vu, col. 880. Il y a là, on le voit, un problème dont nous ne parvenons pas à venir entièrement à bout. Cf. l'art. Bonose.

Le photinianisme, en tout cas, ne tarda pas à disparaître. Une loi de Théodose II, loi datée de Constantinople le 30 mai 428, condamne encore les photiniens parmi beaucoup d'autres hérétiques, Cod. Theodos., 1. XVI, tii. v, kx65, ce qui ne prouve pas nécessairement qu'il en ait encore existé. Un peu plus tard, Théodoret, Hseret. fabul. compend., 11, 11, P. G., t. lxxxiii, col. 397, signale les photiniens parmi les hérésies disparues. Il semble que ce jugement soit motivé : le nom de Photin, après le milieu du ve siècle, n'apparaît plus que pour rappeler de lointains souvenirs.

D. Petau.De Photino hœrelico eiusque damnatione, Paris, 1636; F. Loofs.art. P/iod'n von Sirmium, dans Herzog-Hauck Protesl. Realencyklon., t. xv, p. 372 sq.; .1. Zeillcr, Les origines chrétiennes <l<ms les provinces danubiennes de l'empire romain, Paris, 1918, p. 259-271; G. Bardy, Paul de Samo saie, 2" édit., Louvain, 1929, p. 407-414.

G. Bardy.

PHOTIUS (ix« siècle), érudit et théologien de valeur, qui occupa à deux reprises le siège patriarcal de Constantinople et entra avec Borne en un conflit dont les conséquences furent considérables. Nous étudierons successivement I. Le savant. II. Le patriarche.

PHOTIUS. LE SAVANT, ŒUVKKS l>- ERUDITION

l. LE SAVANT. — I. Curriculum vitie. II. Œuvres d'érudition générale (col. 1538). III. Œuvres théologiques (col. 1539). IV. Œuvres canoniques (col. 1545). V. Œuvres oratoires (col. 154 7). VI. Correspondance (col. 1548). VII. Œuvres perdues (col. 1549).

I. CURRICULUM 177./;. — Tout n'est pas également clair dans la vie de Photius ; quelques-unes des dates qui seront données ici ne sont pas absolument certaines. Elles fournissent néanmoins un cadre tant à la production littéraire qu'aux événements de la vie de Photius.

Il est né à Constantinople, au premier quart du ix' siècle, d'une famille fort distinguée tant par son rang que par l'orthodoxie de ses sentiments. Son père, Sergius, était spathaire; sa mère, Irène, était alliée à la famille impériale, l'oncle maternel de Photius ayant épousé la sœur de l'impératrice Théodora. S jn pète, de son côté, était le frère de l'ancien patriarche Taraise (f 806); c'était une garantie d'orthodoxie : lors du renouveau de l'iconoclasme agressif, sous Léon V (813-820), les parents de Photius avaient été persécutés pour leurs sentiments religieux. Nous ne savons sous quels maîtres le jeune Photius fit ses études, mais les résultats de celles-ci furent extrêmement brillants. De très bonne heure, il est lui-même un maître réputé. Les productions littéraires sorties de sa plume féconde, malgré les mutilations qu'elles ont subies, témoignent d'une immense curiosité : grammaire, logique, dialectique, métaphysique, écriture sainte, théologie, il a abordé successivement dans son professorat ces diverses disciplines.

S'il est toujours demeuré professeur par l'esprit (il garde jusqu'à la fin de sa vie la manie de « régenter »), Photius ne devait pas s'éterniser dans la fonction ellemême. Nous ne pouvons préciser quel fut pour lui le cursus honorum, mais il est certain qu'il entra de bonne heure au Sacré-Palais et, finalement, fut élevé à la charge importante de protosecrelis avec rang de protospathaire; était-ce avant, était-ce après une ambassade dont il fut chargé, soit auprès du calife de Bagdad, soit auprès de quelque émir, à une date qu'il est difficile de préciser, nous ne saurions le dire. Quoi qu'il en soit, sous le règne de Michel III (842-867), il est un des personnages les plus en vue de la cour impériale. Sur cette ambassade, voir F. Dôlger, Iiegesten, n. 451 ; cf. Dvornik, Les légendes de Constantin..., Prague, 1933, p. 96 sq.

En 858 (date préférable à celle de 857), il est appelé par le pouvoir civil à remplacer le patriarche Ignace, déposé. Cette désignation ne tarde pas à le mettre en conflit avec Rome et avec une partie de l'Église grecque. Quand, en 867, Basile Ier le Macédonien se débarrasse de Michel III par le meurtre, Photius est à son tour déposé, et le patriarche Ignace rétabli. Durement traité d'abord, Photius, après quelques années, reprend de l'ascendant sur Basile Ier et, quand Ignace meurt, en 877, il reprend le trône patriarcal et obtient, en 879-880, une éclatante revanche de ses anciens malheurs. Mais la mort de Basile lui est aussi funeste que n'avait été son accession au trône; le successeur de Basile, Léon VI (886-912), dépose une seconde fois Photius. A partir de ce moment, on perd si complètement ses traces qu'il est impossible de fixer avec certitude l'époque de sa mort. Peut-être a-t-il vécu jusqu'après 897-898.

Aprement discuté pendant sa vie ecclésiastique, plus àprement discuté encore après sa mort, Photius n'a pas laissé de s'imposer à tous, amis et ennemis, par les éminentes qualités de sa personne. Ses adversaires les plus acharnés d'autrefois, ceux aussi qui, aujourd'hui, regrettent le plus vivement l'œuvre de division dont il est partiellement responsable, ne peuvent que rendre hommage à sa remarquable intelligence, à son labeur acharné, à l'indépendance de ses jugements, à

l'ampleur et à la diversité de ses connaissances. Nul ne conteste que le patriarche byzantin ne soit l'une des plus puissantes personnalités que connaisse l'histoire de la littérature grecque, l'une aussi des plus difficiles à expliquer. Au milieu de ses contemporains, il fait figure d'isolé; il est malaisé de voir à quelles traditions il se rattache; il ne l'est guère moins de suivre l'influence qu'il a exercée, dans le domaine scientifique, aux âges qui l'ont suivi. E , si on le compare aux savants occidentaux de la même époque, aux grands hommes de la seconde génération de la renaissance carolingienne, il apparaît non moins surprenant. Un Raban Maur, un Hincmar, pour ne citer que les plus grands, tout férus qu'ils soient d'érudition, restent en toute leur production littéraire des gens d'Église; Photius, qui connaît lui aussi les grands écrivains ecclésiastiques de langue grecque, ne nous apparaît pas confiné dans sa spécialité. A parcourir son œuvre, on sent qu'il est resté en contact avec l'esprit hellénique. Sous le Byzantin transparaît à tout instant le très authentique héritier de la Grèce classique, le fils spirituel de Démosthène et de Lysias, d'Aristote et de Platon.

Sa production littéraire, qui est considérable, près de quatre volumes de la Palrologie grecque (t. ci-civ), peut se répartir en œuvres d'érudition générale, œuvres théologiques, œuvres canoniques, œuvres oratoires; la correspondance et divers recueils doivent également retenir l'attention.

II. Œuvres d'érudition générale. — La plus importante est le Myriobiblon ou Bibliothèque; mais il faut aussi faire une place au Lexique.

1° Le Myriobiblon (texte dans P. G., t. cm tout entier, t. civ, col. 9-356). — C'est la description, souvent avec une analyse systématique et de copieux extraits, de plusieurs centaines d'ouvrages lus par Photius. Il peut s'agir soit de livres expliqués par lui durant son professorat, soit de livres discutés, sous sa direction, dans le cercle littéraire qui se groupait autour de lui, soit encore d'ouvrages qu'il a lus pour sa personnelle satisfaction et dont il a fait des dépouillements copieux. Sur les conditions dans lesquelles s'est faite la publication de ces notes, nous ne sommes qu'insuffisamment renseignés par la dédicace, adressée par Photius à son frère Taraise. P. G., t. cm, col. 41-44 (il a pu y avoir une seconde édition). Ce serait au moment de partir pour son ambassade en « Assyrie » que Photius aurait rassemblé ses notes, pour les laisser en souvenir à son frère. Celui-ci, qui avait manqué à beaucoup de réunions où avaient été discutés nombre de ces ouvrages, avait demandé d'être mis au courant de ce qui avait été lu pendant son absence. Photius a fait bonne mesure, car la simple lecture de tous les livres qu'il signale a dû prendre un nombre considérable d'années.

De quelque façon que s'explique la composition et l'édition. de cette Bibliothèque, elle témoigne du caractère encyclopédique de la formation de Photius. Aucun ordre apparent ne préside au groupement de ces notes : histoire sacrée et profane, éloquence de la chaire ou du barreau, droit canonique et institutions, grammaire et philologie, théologie et philosophie, littérature d'imagination et sciences exactes, médecine et histoire naturelle, tout y vient. Dans les notices qui forment les deux premiers tiers du recueil, Photius s'astreint à analyser l'ouvrage cité, et exprime d'ordinaire un jugement tant sur le fond que sur la forme. Dans le dernier tiers, il s'agit presque exclusivement de très copieux extraits, littéralement transcrits. Sur le texte de la Bibliothèque, voir Edg. Màrànl, Textgeschichte der Bibliothek des Pat. Photios von Kp.. I Theil, Die Handschri/ten, Ausgaben und Uebertragungen, Leipzig, 1911.

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