‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 140 sur 437 · PIERRE LOMBARD. COMM ENTA I R E SUR LES PSAUMES · texte numérisé non relu

PIERRE LOMBARD. COMM ENTA I R E SUR LES PSAUMES

En attendant qui- les recherches dans les manuscrits des premiers glossateurs et commentateurs des Sentences viennent ajouter quelque nouveau trait à l'histoire des IV libri Sententiarum et des habitudes professorales de leur auteur, ce qui précède contient virtuellement tout ce qui est connu jusqu'ici de la biographie et de l'activité de Pierre Lombard. Pour tout ceci, on peut voir La carrière de Pierre Lombard. Quelques précisions chronologiques, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, t. XXVII, 1031, p. 792-830, les Prolegomena de l'édition de Quaracchi, 1916, p. vxxiv, et l'introduction de .J. Schupp, Die Gnadenlehre des Petrus Lombardus. Fribourg-en-B., 1932, p. 1-13, ouvrage paru depuis la composition de cet article, mais qui en confirme, à part un ou deux détails, tous les résultats.

II. Œuvres. — Les œuvres authentiques de Pierre Lombard se réduisent à quatre : le Commenlarius in psalmos davidicos (autrement dit, les Glossœ), les Collectanea in omnes Pauli apostoli epistolas, les Sermones, les IV Libri Sententiarum. Ce dernier ouvrage a seul fait l'objet d'études sérieuses; les autres, à part les recherches de Déni fie sur les Glossœ pauliniennes, n'ont guère ou pas été étudiés. Il faudra donc examiner d'un peu plus près ces œuvres exégétiques, et les sermons, avant de passer aux Sentences. Un dernier paragraphe sera consacré aux œuvres douteuses ou apocryphes.

/. LE COU M EXT AI RE SOS LES PSAUMES. — 1° Le

nom. — Commenlarius in psalmos davidicos, Glossœ conlinuœ, Troyes, ms. 543, ou Glossœ psalterii, Gerhoch et Arnon de Reichersberg, peu après 1160, op. etloc. injra cit. D'après Seeberg, Protest. Real- '•ncyklopùdie, t. xi, p. 642, lig. 16, le titre serait aussi Glossa magislralis ex selectis et orthodoxis auctoribus; mais ce titre avec Vépithète de magistralis dénote une ori gine passablement postlombardienne, qu'on retrouve dans l'édition de 1478. Par contre, nous savons, entre autres, par le chroniqueur Aubri des Trois- Fontaines, Chronica, Mon. Germ. hist.. Script., t. xxiii, p. 843, lig. 39-44, qu'au milieu du siècle suivant, l'œuvre s'appelait dans les écoles, major glossatura, comme du reste c'était aussi le cas pour les gloses sur saint Paul (voir Denifle, Ergânzungsband I zu Denifle's Luther und Luthertum, Qucllenbelege, Mayence, 1905, p. 56 et 57, n. 1), la glose du Lombard, sur ces deux parties de la Hible, s'étant substituée à celle de Walafrid Strabon. L'auteur du catalogue de la riche bibliothèque de Salvatorberg, chartreuse près d'Erfurt, nous en dit autant vers 1477 : Glosas quœ communiter dicuntur glosœ ordinàriœ, ou has communiter nominamus glosas ordinarias, P. Lehmann, Mittelalterliche Kataloge, t. n, Munich, 1928, p. 282, lig. 19; p. 327, lig. 18, et p. 555, lig. 8; avant lui, Jean Boston de Bury avait conservé le titre de majores glossœ Psalleriis dans son inventaire des bibliothèques anglaises vers 1410, voir plus loin aux Opéra dubia vel spuria.

2° L'authenticité de l'œuvre est attestée par l'ensemble des bibliographes et des chroniqueurs médiévaux de tous pays, dont on trouvera plus loin le témoignage quand il sera question des œuvres apocryphes. Les exemplaires conservés en manuscrits, dont beaucoup sont anonymes, atteignent un nombre considérable, ce qui témoigne d'un énorme succès, malgré l'avis contraire, non motivé, de Bresch, Essai sur les Sentences de Pierre Lombard, Strasbourg, 1857, p. 69 : citons, entre autres, Yat. lai.. 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, Pal. 610 et P.rg. 104, et surtout les nombreux exemplaires de France, à Paris, bibl. Mazarine, 205, 206, 207, 208, 209, 210, 212, 213, de Troyes, ô8, 77, 80, 92, 141, 176, 216, 217, 229. 295, 479, 543, 702, de Reims, 147, 148, 149, 150, 151, /;?. 153, etc. Mais on n'a jamais élevé aucun doute sur la paternité lombar-

dienne, malgré l'erreur de Geoffroy de Clairvaux, dans sa lettre de 1 188, n. 9, P. L., t. ci.xxxv, col. 592 C, qui l'attribue à Gilbert de la Porrée et est suivi par Y Hist. lilt. de la France, t. xn, p. 473-474.

Vingt ou vingt-cinq ans plus tôt, trois contemporains, qui connaissent bien les œuvres de Pierre Lombard, points de mire de leurs attaques, sont de précieux témoins pour l'authenticité : c'est Gerhoch de Beichersberg (t 1169), dans sa lettre de 1162-1164, à Alexandre III, Epist., xvn, P. L., t. exem, col. 565 C et D; c'est son frère Arnon (f 1175), qui écrit peu après, et sûrement avant d'être prévôt (1169), son Apologeticus contra Folmarum, n. 12 et 13, édit. Weichert, Leipzig, 1888, p. 13, où il utilise la lettre de Gerhoch, ce que l'éditeur n'a point noté; c'est enfin leur correspondant Éberhard de Bamberg (t 1172), dans sa lettre de la même époque, Epist., xvi, parmi celles de Gerhoch, col. 562 A; à Paris même et vers la même date, l'élève le plus brillant du Lombard et le plus attaché à son maître, Pierre de Poitiers, nous est un garant incontestable de l'authenticité par ses commentaires ou ses postilles sur la glose du Lombard, Distinctiones super psalterium magislri Pétri Lombardi, ms. de Paris, Bibl. nat. lut. 14 423, et Reims, 161. Grabmann, Die Geschichte der scholastischcn Méthode, t. n, Fribourg, 1911, p. 503; Denifle, op. injra cit., p. 94, n. 4. Les catalogues des bibliothèques du xiie siècle témoignent aussi de l'authenticité, par exemple celui de l'abbaye de Prùfening en 1158, n. 150. Becker, Catalogi bibliothecarum antiqui, Bonn, 1885, p. 214; celui de Chaalis. publié par H. Martin, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal, t. vin, 1899, p. 442, n. 53, etc. Sur la confusion entre Gilbert de la Porrée et Pierre Lombard, inaugurée par Geoffroy de Clairvaux, qui a mis dans l'erreur pas mal de' modernes, voir Denifle, Erganzungsband I zu Denifle's Luther und Luthertum, Qucllenbelege, Mayence, 1905, p. 358-366. Vers 1170 et avant 1176, Herbert de Boseham, dont il a été question ci-dessus, est un témoin de plus pour l'authenticité.

3° Caractéristiques. — Ce Commentarius in psalmos est une espèce de chaîne, commentaire perpétuel des psaumes, verset par verset, composé à l'aide des citations des Pères et des écrivains ecclésiastiques. L'ouvrage n'a pas de préface ou d'avant-propos qui nous renseigne sur le but et le mode de travail de l'auteur; Pierre Lombard se contente dans sa Prœjatio, P. L., t. cxci, col. 55-62, de commenter, à l'aide d'extraits patristiques et autres, le titre et le contenu du psautier. Rien non plus n'y figure explicitement qui puisse nous aider à fixer la date ou les circonstances de sa composition. Mais un renseignement transmis par un disciple, le même Herbert de Boseham, qui le tenait directement de son maître, meus in hac doctrina institutor prœcipuus... ipsomel rejerenle didici, nous apprend que Pierre Lombard n'avait d'autre but que de remédier à la brièveté d'Anselme de Laon : Solum ob id jacta (hœc opéra) ut antiquioris glosaloris magislri Anselmi Laudunensis brevilalem elucidarent obscuram, qu'il ne s'attendait nullement à voir sa Glossa devenir matière d'enseignement dans les écoles, et qu'il n'avait pu encore lui donner la dernière main avant son élévation à l'épiscopat. Ms. 150 de Trinity Collège, à Cambridge. Prima pars Psalterii Glosali sec. Herb. de Boseham, fol. 1.

Édité deux fois à l'époque des incunables, à Nuremberg, par Sensenschmidt entre autres en 1478, Hain, Reperlorium, n. 10 202 et 10 203, puis à Paris, en 1533, en 1537 et en 1541 , et reproduit finalement dans P. L., t..cxci, col. 55-1296, d'après cette dernière édition, ce commentaire a été assez peu étudié. Il en faudrait une édition critique qui identifiât parfaitement les sources; on verrait ainsi ce qui appartient en propre

IMKUIIK LOMI5AHI). COMMENTAIRE SUR SAINT l'Ai L

;i Pierre Lombard et quels sont les écrivains ecclésiastiques auxquels il a réellement alimenté sa pensée. En attendant ce travail de précision critique, nous constatons que Pierre Lombard emprunte 'beaucoup à saint Augustin et à saint Jérôme, parmi les Pères de l'Eglise; il connaît aussi saint tlilairc et saint Ambroise, et utilise beaucoup Cassiodore, qui lui-même emprunte presque tout aux Enarration.es in psalmos d'Augustin; parmi les exégètes de l'époque carolingienne, on rencontre très fréquemment les noms d'Alcuin, de Rémi d'Auxerre, d'Haimon d'Halberstadt ; celui de la Glossa interlinearis, qui intervient souvent, est dû à l'éditeur de 1541, le franciscain Richard du Mans et non à la tradition manuscrite; dans un grand nombre de psaumes, dominent les noms d'Augustin et de Cassiodore. Mais toutes ces mentions n'ont qu'une valeur problématique, des textes patristiques se trouvant littéralement reproduits par des exégètes carolingiens et le nom d'Alcuin représentant habituellement la glose de Walafrid Strabon. Cette confusion qui se rencontre encore chez Antonin de Florence, Summa pars historialis, 1. Il, tit. xiv, c. v, Râle, 1491, fol. cxxxv b. étonne chez Pierre Lombard, lequel mentionnera plus tard Walafrid Strabon sous le nom de Strabus, voir, 1. II, dist. II, c. 4, Quar., p. 316. De plus, le travail critique sur les manuscrits devrait établir quelle part, dans ces identifications, revient à l'auteur luimême, aux copistes ou aux éditeurs, comme aussi les vrais titres de paternité des auteurs carolingiens. Il semble bien que Pierre Lombard ait pris comme premier fond la glose de Strabon et la glose interlinéaire d'Anselme de Laon et ait étoffé tout cela à l'aide de nouveaux matériaux dus à des lectures plus ou moins personnelles. Les écrits auxquels il puise régulièrement, à l'exclusion semblc-t-il des sources grecques alors accessibles, comme quelques traductions de Jean Chrysostome, nous disent déjà que le sens littéral l'intéresse beaucoup moins que le sens mystique; son exégèse s'inspire principalement de l'interprétation allégorisante.

Il serait utile de discuter longuement la question chronologique; toute donnée externe fait défaut. Il y a tout lieu de croire que le Commentaire sur les psaumes a précédé les Glossœ sur saint Paul; l'exégèse est beaucoup plus sommaire, beaucoup moins personnelle, autant que l'état critique du texte permet d'en juger, beaucoup moins ferme et rarement ou guère coupée de questions et de discussions théologiques comme en présentent les développements sur saint Paul, dont la préface, à forte trame d'emprunts patristiques, prend déjà position et, conformément à la tendance des écoles, veut concilier les conflits entre les micloritates. Voir P. L., t. cxci, col. 1290 R et 1300 C. Cette caractéristique des deux œuvres donne incontestablement l'antériorité chronologique au Commentaire sur les psaumes, qui précède donc l'année 1142- 1143, bien qu'à ce moment-là il fût encore inconnu à Gerhoch, qui cependant avait dès lors connaissance du Commentaire sur saint Paul.

4° Rapports avec les « Sentences ». — L'examen du contenu montre aussi que le Commentaire sur les psaumes ne fournit pas à la préparation du livre des Sentences les matériaux et les questions qu'apportent en abondance déjà les Collectanea sur les épitres pauliniennes. De plus, l'examen que nous avons fait d'un certain nombre de textes montre que la glose qu'en donne le Commentaire sur les psaumes n'a pas été régulièrement utilisée par Pierre Lombard dans les Libri Sententiarum; dans son œuvre théologique, il recourt souvent à d'autres textes des Pères pour expliquer ces mêmes versets, ou en donne des citations plus complètes, par exemple ps. n, 6, P. L., col. 71 D, et Sant., 1. 1, dist. IX, 4, Quar.. p. 69; ps. xv, 2, col. 172 C,

et 1. I, dist. I. 3. p. 18; ps. xv, 2, ibid., et I. 1 1. dist. I, 2, p. 310; ps. xvn. 2. col. 187 D, et 1. I, dist. XXX, 1, p. 189; ps. xvni, 9, col. 211 A. et I. I, dist. \LY, 0, p. 275, etc. D'autres fois, la glose est identique, comme pour le ps. xvi, 4, col. 211 A, et I. I, dist. XXXVI, 2. p. 226, etc., et surtout pour le ps. i.xvm, 2-3, col. 627 B-D et 628 A, dont un long passage, pris à saint Augustin, sur le sens de « substance», revient en trois sections dans les Sentences, en partie à propos de l'anthropologie, en partie à propos de la Trinité, 1. Il, dist. XXXVII, 2, p. 507-508, 1. I, dist. XXXII, 2, p. 211, et I. I, dist. XXXIV, 1, p. 216; les introductions aux 1. II et III, p. 306 et 550, rappellent des idées du Commentaire sur les psaumes.

Ailleurs, Pierre Lombard ne tire aucun parti de sa glose, tandis que ses successeurs et ses disciples y recourent; un exemple curieux nous en est fourni par le traité des sacrements, où nous voyons Pierre Lombard, 1. IV, dist. I, 1, p. 745, donner tout autre chose que sa glose du ps. cxlvi, 3, col. 1274 CD, à laquelle cependant Gandulphe de Bologne, Sententiar. lib. I V, édit. von Walter, t. iv, 1, Vienne, 1924, p. 384, prologue, Pierre de Poitiers, Sententiarum libri V, 1. V, P. L., t. ccxi, col. 1137 A, et peut-être même Gerhoch de Reichersberg, ps. lxxvii, 2, P. L., t. cxciv, col. 438 C, et ps. cxlvi, 3, ibid., col. 974 RC, font des emprunts textuels.

Au point de vue des doctrines, quand il en est d'exposées dans le Commentaire sur les psaumes, le progrès sur les Glossœ psalterii s'accuse nettement dans les gloses sur saint Paul et, mieux encore, dans les Libri Sententiarum; ce que constataient déjà les sages avis d'Eberhard de Ramberg, qui s'évertuait à refréner la précipitation un peu volcanique du farouche polémiste de Reichersberg, secondé par son frère Arnon, en faisant remarquer que leurs attaques contre un énoncé de Pierre Lombard, ps. cvm, 5, col. 893, sur l'adoration du Christ, ne se justifiaient plus, s'ils voulaient tenir compte de l'interprétation donnée par les Livres des Sentences. Epist.. xvi, parmi celles de Gerhoch, P. L.. t. cxciii, col. 562.

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