‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 142 sur 437 · PIERRE LOMBARD. COMMENTAIRE SUR SAINT PAUL · texte numérisé non relu

PIERRE LOMBARD. COMMENTAIRE SUR SAINT PAUL

l'adoptianisme et de l'utilisation d'un texte de l'Ambrosiaster attribué à tort à Ambroise Autpert, Libellas de online... toc. cit., t. III, p. 275, lig. 42: voir plus haut, col. 1945. C'est donc un peu avant cet le date

que l'ouvrage a été composé; Gerhoch, qui se tenait fidèlement au courant de ce qui se passait dans les écoles de Paris, a-t-il connu l'achèvement définitif de

l'œuvre OU seulement une première rédaction"? L'introduction ultérieure de passages de Jean Damascène, a propos de Rom., I, 3; n. 2. etc.. P. L., t. CXCI, col. 1307-1308A,si celle-ci n'est pas le l'ait d'un copiste, témoignerait donc de retouches opérées par l'auteur après l'entrée de l'oeuvre du Damascène en Occident. c'est-à-dire bien après 11 15. vers 1 152, selon ce qui a été dit plus haut du voyage de Home; mais il y a plutôt lieu de voir dans ces textes des interpolations de copiste, car d'autres passages, comme l'hil., n, 9, qui appelaient des enrichissements damascéniens du même genre, ne les présentent pas, bien que l'auteur les ait utilisés dans Sentent.. 1. III. dist. IX, 2, p. 591-592; la glose de W'alafrid Strabon, au moins clans le texte imprimé, a aussi du Jean Damascène, Biblia sacra eum glossa ordinaria, t. vi, Anvers, 1634, p. 15 (Rom., i, 3). La déclaration d'Herbert de Boseham, rappelée à propos des psaumes, confirme plutôt l'explication par retouches que celle par interpolation, pour ces quatre passages de l'épître aux Romains ou aux Corinthiens, P. L., t. cxci, col. 1307 D-1308 A, 1337B, 1379 C, 1686 C.

II n'est pas malaisé, contrairement à ce que croit Landgraf, article cité ci-dessous de Biblica, t. x, 1929, p. 468-469, de déterminer le rapport chronologique de ce commentaire avec celui d'un autre théologien contemporain, chef d'école lui aussi, Gilbert de la Porrée, commentaire très répandu, encore inédit, voir Denifle, Op. cit., p. 30, 40, 334 sq., connu déjà et attaqué par (ierhoch de Reichersberg en 1142-1143, op. et loc. supra citalis, souvent désigné sous le nom de média glossatura, voir plus loin, et qu'on a attribué à tort à Gilbert de Saint-Amand. Denifle, op. cit., p. 30-31 et 334. Les deux œuvres dépendent l'une de l'autre; Vincent de Beauvais, à la suite de Robert de Saint- Marien d'Auxerre, Mon. Gerrn. hist., Script., t. xxvi, p. 237, plaçait celle du Lombard après celle de Gilbert, Spéculum historicité, t. xxix. 1, dans la Bibliotheca Mundi, t. iv, Douai, 1624, p. 1185. Il a raison, à en juger par les emprunts que lui fait Pierre Lombard déjà dans le prologue, Denifle, op. cit., p. 57, n. 1 : j). 69, n. 1 , et par la rectification d'avis qu'il énonce à propos des Phil., n, 9, P. L., t. cxcn, col. 237 B-238. Denifle, op. cit., p. 256, 365, etc.

3° Diffusion. — L'œuvre nous est parvenue dans un grand nombre de mss. ; on peut en voir une dizaine indiqués par Denifle, Qucllenbelege, cité plus haut, p. 56 et 57, liste qu'il serait facile d'allonger, entre autres par ceux de la bibliothèque Mazarine, à Paris, n. 143, 261, 262, 264, 265, 266, 267, 26'.), ceux de la bibliothèque de Reims, n. 164, 155, 156, 157, 158, Ï59, etc., et ceux de la bibliothèque de Troyes, n. 48, ■ '■i, 90, 121, 122, LU, 109. 175. 233, 2:;.S.' 245, 389, 431. Plusieurs fois édité ou réimprimé, déjà vers 1473, à Essling, par Conrad Fyner, Hain, Repertorium, n. 10 20l, puis au moins huit fois à Paris cnlrc 1535 et 1555, c'est le texte de 1535, dû à Josse Bade d'Assche, que reproduit P. L.. t. cxci, col. 1297- 1696 et t. cxcn, col. 9-520: texte qui appellerait une profonde revision critique, tant au point de vue des leçons que des références intercalées dans l'exposé et de l'indication exacte des emprunts.

La vogue de ce commentaire est attestée, non seulement par les très nombreux manuscrits qui nous l'ont transmis, mais aussi par la place qu'il prend à côté de la glose de W'alafrid Strabon (car la Glossa ordinaria

pour saint Paul n'est pas celle de Strabon, les prologues mis à part, mais celle de Pierre Lombard)- Denifle, op. cit.. p. 16, 56-57, 00 et 91; par les nom, breux résumés, citations, gloses et utilisations dont il est l'objet, voir par exemple Denifle, op. cil.. p. 65 sq., 94 sq., 130, etc., et Landgraf, Beitrage zur Erkenntnis der Schule Abaelards, dans Zeitschr. fur kathol. Theol., t. liv, 1930, p. 372 sq.; Familienbildung bei Pauluskommentaren des xu. Jahrhunderts, dans Biblica, t. xin, 1932, p. 169-193 (avec les rapports entre ce commentaire, Robert de Melun et diverses qusestiones inédites), surtout chez Pierre de Corbeil, donc avant la lin du xn° siècle, Denifle, ibid., p. 90, chez un anonyme du xne siècle, peut-être peu après 1171, pris à tort pour Hugues de Saint-Victor, P. L., t. clxxv, col. 431-634, Qusestiones et decisiones in epistolas Pauli, Denifle, op. cit., p. 65-74, et chez Etienne Langton, qui donne de cette glose un ample commentaire, Postillœ super apostotum, G. Lacombe, Sludies on the Commentaries oj cardinal Stephen Langton, part. 1. dans Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen Age, t. v, 1930, p. 57-61 sq., et Denifle, op. cit., p. 94- 106 (qui n'avait pas identifié l'auteur); enfin, par le titre qu'il garantit désormais à son auteur, celui de glossator, parfois expositor, Denifle, ibid., p. 90, 72, n. 2, p. 94, 112 : ce qui correspond parfaitement à l'affirmation contemporaine d'Aubri des Trois-Fontaines, rappelée plus haut (col. 1951), à propos de la glossa continua, glossatura major, et à la mention plusieurs fois répétée dans le grand catalogue de la chartreuse de Salvatorberg près d'Erfurt, en t477. P.Lehmann, .1/ ittelallerliche Bi biioihekskalaloge Deulschtands und der Schweiz-, t. n, Munich, 1928, p. 282, lig. 19; p. 327, lig. 18; p. 555, lig. 8. Par suite, il est bon de faire remarquer que les exemplaires de Walafrid Strabon, postérieurs au xne siècle, ont plus d'une fois des interpolations de provenance lombardienne.

L'importance qui s'attache à ce commentaire de Pierre Lombard s'affirme jusque dans les noms qu'on lui donne : c'est la Glossatura major, ou les Majores glossse epistolarum. ou la Glossa continua, comme le veulent Aubri des Trois-Fontaines, Jean Boston de Bury, les chartreux de Salvatorberg et d'autres, voir plus haut à propos des Glossœ psalterii; ou la Magna glossatura, comme l'appellent Etienne Langton et, un peu après lui, Guillaume des Monts, au début du xme siècle, voir De eliminalione errorum, Oxford, bibl. Bodl., Miscell. I.and. 345, fol. 15, cf. Béryl Smalley et G. Lacombe, The Lombard's Commentary on Isaias, dans The new scholasticism, t. v, 1931, p. 154, n. 32, tandis que la glose ordinaire de Walafrid Strabon sur ces livres était nommée par Lawgton la Parva glossatura, sur d'autres livres (Job, Prophètes, etc.) la Commuais glossatura, Landgraf, Zur Méthode der biblischen Kritik im XII. Jahrhundert, dans Biblica, t. x, 1929, p. 453, n. 2, et celle de Gilbert de la Porrée portait le nom de Media glossatura, Landgraf, ibid., G. Lacombe, Studies on the Commentaries oj cardinal Stephen Langton, c. 1, dans recueil cité, t. v, 1930, p. 60, n. 3, et ms. de Bruxelles, bibl. royale, 131, fol. 262 : glosse... secundum magistrum Gilbertum quee appellantur de média glossatura (le Catalogue des manuscrits de la bibl. royale, par Van den Gheyn, t. 1, Bruxelles, 1901, p. 64, 11. 1, mentionne à tort Gilbert de Saint-Amand. comme l'avait fait Hauréau, Journal des savants, 1886, p. 355, et 1885, ]>. 433; Denifle, op. cit., p. 334 sq. a écarté cette fausse attribution).

1" Caractéristiques.— Dans l'état actuel des éditions, l'élude des sources ne peut se faire sur les imprimés. Contentons-nous de constater que le choix des auteurs est plus vaste; dès le prologue, on trouve des textes pris directement ou indirectement au commentaire de Pelage, voir /'. /.., t. cxci, col. 1297 B, 1299 C, et

IMEHKK LOMBAM). COMMENTAIRE SUH SAINT PAUL

Pelagius : Expositions o\ thirte.cn epistles o/ St. Paul, édit. Souter, dans Texts and studies, t. ix, fasc. 2, 1926, p. 3 et 4; les développements sont plus amples, l'allure beaucoup plus ferme et plus personnelle, bien que l'exégèse ne soit pas encore remarquable pour la recherche du sens littéral. Nous savons aussi par Herbert de Boseham que Pierre Lombard ne croyait pas que son œuvre exégétique pût prendre place parmi les livres de l'enseignement scolaire, ms. de Cambridge cité plus haut, fol. 1 v°, et que la correction n'en était pas terminée au moment de son épiscopat; c'est ainsi sans doute qu'il faut expliquer la présence de quatre citations de Jean de Damas; voir plus haut à propos des gloses sur les psaumes, col. 1955.

Une initiative nouvelle, ici fortement accusée mais' inconnue à peu près aux Glossœ psalterii, même à propos de l'adoration, -P. L., t. cxci, col. 893, se fait jour dans le grand nombre de questions théologiques, que suscitent certains versets et, par suite, un intérêt spécial s'attache à ce commentaire, car il trahit ainsi l'influence de la méthode d'Abélard (voir plus loin) et constitue la préparation immédiate des Sentences. Comme le faisait déjà remarquer Éberhard de Bamberg dans son échange de vues avec Gerhoch, à propos de l'adoration du Christ, les Sentences marquent un réel progrès sur le Commentaire de saint Paul. Epist., xvi, P. L., t. cxciii, col. 562. Vraie, en général, cette remarque se vérifie aussi dans les questions particulières, par exemple dans les diverses questions de la grâce, malgré quelques propositions rejetées (voir plus loin, I, 1; II, 1, 2, 3; IV, 6), les Sentences sont plus méthodiques, plus précises, plus sûres, plus réservées. Par contre, l'idée spéciale sur la charité et le Saint- Esprit, 1. I, dist. XVII et 1. II, dist. XXVII, n'apparaît pas encore dans l'œuvre exégétique. Schupp, Die Gnadenlehre des Petrus Lombardus, p. 300 et 223-231.

Les questions théologiques se formulent parfois dans les mêmes termes dans les Glossœ sur saint Paul et les Sentences; d'autres fois, sans qu'il y ait identité textuelle, ce sont les mêmes idées et les mêmes citations patristiques qui se retrouvent de part et d'autre; habituellement aussi, et plus encore dans les Glossœ pauliniennes, Pierre Lombard est fort réservé dans l'emploi de la dialectique. Dès le début des Glossœ sur Rom., i, 3, se rencontre ce parallélisme, P. L., t. cxci, col. 1308 HCD, et 1. III, dist. XI, 1, p. 597-598, à propos du Christ faclus an creatura? ou à propos de la prédestination, qui suscite un plus fort groupe de questions dans IcsGlossœ que dans les Sentences, P. L., col. 1309 B, 1310 B, 1449-1450, cf. 1. I, dist. XXXV, 1-7, p. 220-223, et 1. III, dist. VII, 2, p. 584 et 588; ou à propos de la foi, où nous trouvons quelques lignes identiques de part et d'autre, P. L., col. 1324 A, et 1. III, dist. XXIII, 2, p. 655, et la suite accuse les mêmes idées; ou à propos de la circoncision, qui fournit matière à des développements identiques, en partie déjà chez Strabon, P. L., col. 1371 C-1372 C, et 1. IV, dist. I, 9, p. 749-750; ou à propos de la survivance des derniers vivants au moment du jugement, où les deux œuvres ont une rédaction et des citations identiques, P. L., t. cxcii, col. 304 CD et 305 A, et 1. IV, dist. XL III, 6, p. 998, etc. Cette liste, qui pourrait s'allonger sans peine, suffît à montrer comment le Commentaire sur saint Paul préparait les questions théologiques et les matériaux pour les Sentences. On trouvera d'autres indications dans les prolégomènes de l'édition de Quaracchi, t. i, p. xxvn-xxix. Les questions sont introduites par les quœritur, hic videndum, fit hic quœstio, hic dicendum. etc., ou quœri solet a quibusdam, hic quœri solet, quœri etiam solet, P. L., t. cxci. col. 1311 C, 1312 A, 1340 A, 1363 C, 1559 C, 1644 C, 1645 BC, et t. exen, col. 304, et sont souvent réunies

en faisceaux, au début d'un exposé, comme nous les trouvons dans les Sentences.

Par suite, et surtout à cause de ces hic quœri solet. on est amené à se demander si l'enseignement théologique de Pierre Lombard a pris d'abord comme matière le texte de la Bible, en l'occurrence les épîtres pauliniennes, et peut-être les psaumes (mais, dans ceux-ci, les questions théologiques sont rares), avant de commencer l'espèce de synthèse contenue dans le* Livres des Sentences. Les renseignements que l'on possède sur cette période sont malheureusement peu amples et peu nets, et le programme scolaire ne semble pas être déterminé comme il le sera plus tard; on connaît l'exemple d'Abélard, qui a commencé par donner ses cours sur Ézéchiel à Laon, puis à Paris, bien avant 1121, Epist., i, 3, 4 et 5, P. L., t. clxxviii, col. 125 ABC et 126 A; dans son Expositio in epistolam ad Romanos on rencontre déjà un certain nombre de questions ou de problèmes qu'il pose : pauca disculienda, quœstio se ingerit, quœritur, très quœstiones occurrunt, etc., ibid., col. 806 C, 816 C, 833 D, 841 C. 843 D. Tout permet de croire qu'il en fut de même pour les Commentaires de Pierre Lombard sur saint Paul, mais rien non plus ne vient appuyer avec certitude une réponse affirmative. Les recherches actuelles arriveront un jour à éclairer ce problème. La solution entrevue ici serait confirmée par le titre de sacra pagina, doctor sacrœ paginas, donné respectivement à la théologie et aux maîtres en théologie durant le XIIe siècle, et un auteur contemporain, Robert de Melun, ne craint pas d'intituler son œuvre biblicothéologique Quœstiones de divina pagina, édit. R. Martin, O. P., dans le Spicilegium sacrum Louaniense. fasc. 13, 1932, p. xxxvm-xxxix, etc.: voir aussi Robert, Les écoles et l'enseignement de la théologie. Paris, 1909, p. 120-121, qui ne distingue pas nettement entre la méthode de l'enseignement proprement dit et celle de l'exposé par écrit. L'épithète de magister. employée par Gerhoch de Reichersberg, en 1142-1143. à propos précisément des Glossœ sur saint Paul, Liber de ordine..., dans Libelli de lite, t. ni, p. 275, ferait volontiers croire que l'enseignement du magister avait pour objet les épitres de saint Paul, et ce témoignageexterne confirmerait ainsi ce que suggère l'étude interne de l'œuvre. Le renseignement fourni vers 1170 par Herbert de Boseham, et dont il a déjà été question, appuie la même conclusion. .Ms. 150 de Trinity Collège. Cambridge, fol. 1 v°.

La place de ces questions théologiques, si nettement posées par le Lombard dans sa Glossa, et reprises avec développements par le glossateur anonyme mentionné ci-dessus, P. L., t. clxxv, col. 431-634, suscite un autre problème, qui n'intéresse plus l'élaboration des Sentences, mais qui concerne directement le développement des procédés scolaires vers le milieu du xiiK siècle : jusqu'où ces questions, introduites si abondamment par Pierre Lombard, ont-elles favorisé l'entrée de la disputatio dans les écoles'? Il serait difficile de le dire. Les nombreux commentaires ou gloses sur ces Glossœ du Lombard, Denifle, op. cit., p. 90-91. p. 94-106, p. 106-107, etc., ne purent qu'aider à la diffusion de cet usage. Les recherches faites ou à peine commencées sur le commentaire de la Magna glossatura de Pierre Lombard, dû à un maître influent comme Etienne Langton, permettent peut-être d'entrevoir comme aboutissement de cet usage des quœstiones l'épanouissement de la disputatio proprement dite; car, fréquemment, Langton, qui écrivait avant 1206, déclare explicitement qu'il rejette à la disputatio : « in dispulatione plenius, hoc disculiendum in disputatione, etc. », la discussion des problèmes qu'il ne peut résoudre tous dans son commentaire, Bibl. nation., lai. U 143. fol. 37, 74, 112, 132, 155, 176, etc.;

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