IV. Les tendances mystiques et séparatistes du
PIÉTISME CULMINENT CHEZ ZlNZENDORF. Voir Ce 110111.
V. Influence du piétisme. — L'avènement et le développement du piétisme marquent un tournant décisif dans 1 histoire de l'Église luthérienne. Cette Eglise avait pris une forme que Harnack a caractérisée en ces termes méprisants : « Une misérable doublure du catholicisme. » ( L'essence du christianisme, Paris, 1907, p. 349.) Le piétisme revint à cette idée d'une religion libre, intime, profonde, personnelle, qui avait été la première idée de Luther en révolte contre Rome et qu'il avait exprimée par son dogme du « sacerdoce universel ». Sans attaquer nommément aucun des enseignements fondamentaux du luthéranisme, il fit une véritable révolution dans la façon de les comprendre. Il s'attacha à réhabiliter les œuvres, à en faire la condition visible de la sincérité dans la foi. Il emprunta au puritanisme son esprit de sévérité el d'austérité. Comme le jansénisme au sein de l'Eglise catholique, il accentua si bien les bienfaisantes rigueurs de la morale chrétienne qu'il les rendit odieuses el insupportables au grand nombre et fut ainsi le principal fourrier du rationalisme et de la « libre pensée . Le vers fameux de Musset :
Vous les voulez trop purs les heureux que vous faites
exprime à merveille le sentiment de découragement engendré par l'austérité puritaine, janséniste ou piétiste, dans l'esprit des « chrétiens moyens ».
Par sa nature, le piétisme ne pouvait être qu'une forme aristocratique de la religion, une forme réservée à une élite. Il précipita donc la déchristianisai ion des
PIÉTISM E
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masses. Par contre, il engendra de magnifiques œuvres de charité. Il combla une lacune grave qui existait dans l'Église luthérienne depuis ses origines en encourageant l'esprit missionnaire, auprès des juifs et des païens. Il créa la propagande évangélique par la diffusion de la Bible (établissement biblique fondé à Halle, eu 1710, par le baron Charles-Hildebrand de Canstein, destiné à répandre la Bible à bas prix dans
le peuple).
Ce cpii fut le plus important, dans le développement du piétisme, ce fut son attitude à l'égard de la Bible. Ses promoteurs n'avaient rien compris à l'histoire de Luther. Ils ne savaient pas pourquoi Luther, après avoir prêché le recours à la Bible seule et avoir fait sa révolution sur ce point unique, s'était vu contraint, par la force centrifuge qui se dégageait du libreexamen », de rétablir les cadres rigides d'une orthodoxie garantie par la police d'État. Le piétisme renouvela l'expérience de Luther. Il s'aperçut qu'un texte, si sacré qu'il soit, ne saurait servir de trait d'union entre les intelligences, s'il n'est commenté par une autorité reconnue de tous. Mais, comme il avait éprouvé les désavantages d'une orthodoxie glacée, il crut que le plus simple était d'aflicher une certaine indifférence pour la science pure et de s'attacher exclusivement à ce que nous avons nommé « la valeur de vie des textes ». Il écarta les « symboles de foi », dont s'était hérissée l'orthodoxie luthérienne. II mit, comme Luther l'avait fait au début de sa révolte, chaque fidèle en face de la parole divine, en faisant appel surtout au sentiment individuel. Il tint pour négligeables les divergences d'interprétation, quand ces divergences étaient d'ordre purement intellectuel ou scientifique. La foi dogmatique perdit ainsi toute importance à ses yeux. Au lieu d'être sauvé par la foi sans les œuvres, il semblait insinuer que l'on serait sauvé par les œuvres sans la foi. Il ouvrit par là les portes à l'agnosticisme kantien et au sentimentalisme moderniste d'un Schleiermacher. Il se trouva de la sorte qu'il allait dans le même sens que le rationalisme déiste, négateur de toute révélation surnaturelle, de toute tradition dogmatique, de la possibilité même du miracle et de la prophétie, fondements historiques de la religion chrétienne.
Il a eu, à ce point de vue, une influence considérable sur l'évolution du luthéranisme et même sur celle du protestantisme en général, et cette influence s'est exercée par contre-coup jusque sur l'Église catholique romaine.
I. Généralités. — A. Tholuck, Der Geist der lutherischen Theologen Wiitenbergs im Verlaufe des XVII. Jaiirhunderts, Hambourg et Gotha, 1852; Gesehichte des Rationalismus, Berlin, 18(55; H. Schmid, Die Gesehichte des Pielismus. Nordlingen, 1863 ; A. Ritschl, Geschiclde des Pielismus (t. Ier dans l'Église calviniste, t. n et m dans l'Église luthérienne), Bonn, 1884-1886; E. Saehsse, Ursprung und Wesen des Pielismus, Wiesbaden, 1884; W. Hiibener, Der Pietismus, geschichtlich und dogmatisch beleuchlet, 1901; H. Stephan, Der Pielismus als Trager des l'ortschrilts in Kirche, L908.
H. Monographies or. «existes. — Sur Arndt : Julius Winter, Johann Arndt, der ^,erfusse^ des « Wahren Chrislenluius , Leipzig, 1911; Wilhelm Kôpp, Johann Arndt, Eine Unlersuchung iïher die Myslik im I.ulherlum, Berlin, 1912. — Sur Spener : P. Griinberg, Philipp Jacob Spener, Gœttingue, 1893 sq. — Sur Franche : G. Kramer, August Hermann Franche. Ein Lebensbild, 2 vol.. Halle, 1860-1862; Beitrdge zur Gesehichte A. II. Franches, et Neue Beilrdge zur Gesehichte A. H. l'ranchcs. Halle, 1861 et 1875; Schrader, Gesehichte der Friedrichs-Ûniversitài zu Halle, 2 vol., Berlin, 1894; (K Fr. Ilertzberg, August llermann Franche und sein hallisches Waisenhaus, Halle, 1898; Chr. Kolb, Die Anfànge des Pietismus und Separatismus in W'iirllemberg, Stuttgart, 1902. — Voir aussi Cari Mirbt, art. Pietismus, dans Protest. Pealcnzyklojtadie, t. xvn.