L. Cristiani
PIEVE (François de) (Garello), frère mineur capucin de la province de Gênes. Élu provincial en 1751, il mourut à Gênes le 13 avril 1708. Il est l'auteur d'un cours de théologie qui n'est pas dépourvu de mérites et qui a été publié après sa mort par son confrère, le P. Claude Clavesana, auquel il avait confié son ouvrage. Il est intitulé : Lectiones theolog immorales et comprend six volumes in-4°, dont le v fut édité à Bologne, en 1775, 523 p.; le [Ie, ibid., Mil. 10 1 ]>.; le iiic', à Bologne et à Lucques, 1779, 480 p.: le iv, à Lucques, en 1779, 495 p.; le Ve, ibid., 1779, 357 p.; le vr, ibid., 1779, 228 p. Le P. Claude a ajouté deux volumes pour compléter le cours théologique du P. François de Pieve: ils furent publiés à Lucques, en 1779, comprenant respectivement 290 et 217 p.
Le P. François de Pieve composa encore : Univers te theologiœ spéculatives ne moralis objection, fundumentum et conclus iones in sententiu scolistarum ab adm. RR. PP. provinciali ac difflnitoribus capuccinorum a prov. Genuse impugnatœ, exponentibus et propugantibus, in conventu S. Marin1 (te Succursu Quarli, sacras theologise sludenlibus, adsislente P. Francisco a Plèbe, théologies lectore, ms. in-4°, 276 p., conservé dans les archives provinciales des capucins à Gènes; Discorsi varii fatti in diverse occasioni, ms. in-4°, 699 p., ms. .1 . IX. 2 de la bibliothèque universitaire de Gênes; Quadragesimale in compendio redactum, ms. in-24, 80 p.. à la bibliothèque communale de San Remo.
Francesco Saverio, (). M. Cap., I cappuccini genovesi. Sote biagrafwhe, t. i, Gènes, 1912, p. 38-39.
Am. Teetakrt.
PIEVE Dl TECCO (Fidèle de), frère mineur capucin de la province de Gênes. Il édita Disserta- Jiones theologico-morales ex purissimis utriusque sanctissimi Testamenti atque divinarum traditionum fontibus haustse en trois volumes, in-4°, dont le ier fut édité à Bologne, en 1777, 427 p.; le ir et le ni° à Lucques, en 1778-1779, 422 et 380 p. Le \W volume, toutefois, fut ajouté par le P. Claude Clavesana, capucin de la même province. Cet ouvrage est dédié à André Giannetto, O. S. B., cardinal et archevêque de Bo.logne.
Francesco Saverio, O. M. Cap., / cappuccini genovesi. Note biografiche, t. i, Gènes, 1912, p. 32.
Am. Teetaert.
PIGHI Albert, théologien néerlandais (1490- 1542). I. Vie- II. Œuvres. III. Pcsition doctrinale.
I. Vie. — Bien des points de la biographie de ce personnage demeurent encore obscurs, malgré les lumières que viennent d'apporter quelques documents récemment publiés. Il est né à Kempen, petite ville de la province d'Overyssel (d'où le nom de. Campensis sous lequel il est souvent désigné), vers 1490. Étudiant de philosophie à Louvain, il est reçu maître es arts en 1509, passe à la théologie, où il a comme maîtres Driedo et Adrien Florent, le futur Adrien VI. Toutefois, il ne prend à Louvain que le grade de bachelier formé, et c'est à Cologne, où il passe en 1517, qu'il prend le bonnet de docteur. C'est à Cologne aussi que son ancien maître, Adrien Florent, devenu le pape Adrien VI, vient le chercher pour lui confier à Rome divers emplois, en 1522. Peut-être antérieurement, alors qu'il résidait en Espagne (1515-1522), avait -il déjà attiré en ce pays son jeune et brillant élève. Le pontificat d'Adrien VI dura peu; à la mort de celui-ci, Albert se demanda avec quelque angoisse ce qu'il allait devenir. Voir sa correspondance avec Aleander dans Zeitschr. fur Kirchengesch., t. xxm, p. 111-114. Heureusement, Clément VII, successeur "d'Adrien VI, ne tarda pas à lui accorder une semblable bienveillance. Pighi figure à la cour de ce pape en diverses circonstances : en 1530, il est à Bologne, au sacre de
l'ICII I I ALBE KT1. ŒUVR ES
Charles-Quint; en 1531. il est chargé par le pape de porter au frère de l'empereur. Ferdinand [", une épée
bénite, attestant que le pape choisissait le roi de
I [ongrie comme le chef de la croisade contre les Turcs. Vers le même temps, il dédie au pape divers petits écrits conservés encore eu ras. au Vatican : Ile progymnasmatis geographicis, dans Vat. lut. tS7S et 6176; Nova Moscovite, lettre sur la situation présente de la Russie, dans Vat. lut. 3922 (imprimée à Venise en 1543 et. en traduction italienne, dans les Navigationietviaggi de J.-B. Ramusio, éd. de Venise, 1550-1559. t. n, p. 126-131); Adversus Grxcorum errons, dans Val. Int. :S04. Paul III (1534-1549) continue à Pighi les mêmes faveurs que Clément VII; il lui accorde, en 1535, la prévôté de Saint-Jean d'Utrecht, vacante en cour de Rome. Il n'est pas certain que Pighi ait regagné dès ce moment les Pays-Ras; mais il résida certainement au lieu de son bénéfice à partir de 1537.
II y était en 1538. date à laquelle il eut à soutenir un procès devant la cour souveraine de Malines. En 1539, il est en passant à Rruxelles, d'où il écrit au pape Paul III au sujet de son livre De hivrarchia ecclesiastica, voir Zeitschr. fur Kirchengesch., ibid., p. 114. Il fait à Louvain un assez long séjour au printemps de 1540; regrettant son isolement relatif à Utrecht, il serait heureux, écrit-il au cardinal Cervini, de recevoir à Louvain un bénéfice qui lui permettrait de vivre en une compagnie plus intellectuelle. Ibid., p. 123. Les mois suivants allaient le tirer de son isolement. Le lr octobre, une lettre du pape Paul III lui intime l'ordre de se rendre au colloque de Worms, où l'on devait rechercher une entente entre protestants et catholiques sur les questions controversées. Ibid., p. 125. Le colloque est bientôt transféré. Le nonce Lampeggio, qui représentait le pape à Worms, reçoit l'ordre d'emmener à Ratisbonne les théologiens pontificaux. Mais Pighi ne fait pas route avec le nonce et ses collègues. Il s'arrête assez longuement à Ingolstadt.où il prépare, avec une hâte un peu fébrile, l'impression d'un volume relatif aux questions controversées. Voir ibid., p. 126, 127, 128, 131, 133. Il arrive à Ratisbonne sensiblement à la même date que le cardinal Contarini, envoyé comme légat par le pape. D'abord en défiance, le cardinal ne tarde pas à apprécier la vigueur du théologien néerlandais. C'est, selon toute vraisemblance, à l'influence de Pighi qu'il faut attribuer la rédaction du texte relatif à la justification (art. 5 de la formule de Ratisbonne) sur lequel s'entendirent protestants et catholiques, au début de mai 1541, mais qui ne tarda pas à être désavouée par les théologiens du pape. Sur tout ceci voir Fr. Dittrich, Gasparo Contarini, Praunsberg, 1885, p. 651-668, et passim, et dans les lïeç/esten und Briefe des Card. G. Contarini, publiés par le même, Braunsberg, 1881, les Inedita, p. 381-384, 387-389. On sait qu'à ce colloque de Ratisbonne l'entente provisoire obtenue sur quelques points ne put se réaliser sur d'autres. Le 29 juillet, la diète était dissoute sans que l'on fût arrivé à des résultats positifs. Libre de ses mouvements, Pighi retourne à t'trecht, après un voyage en Italie (il était à Venise le 13 octobre; cf. Zeitschr. fur Kirchengesch., ibid., p. 152). Sa santé n'avait jamais été brillante; les excès de travail auxquels il s'était livré, tant durant les colloques qu'au cours de l'année suivante, hâtèrent sa fin. Il mourut à l trecht le 26 décembre 1542 et fut enterré dans son église Saint-Jean. Voir diverses épitaphes, toutes fort intéressantes, dans Paquot, Mémoires..., t. n, p. 178-180.
II. Œuvres. — La production littéraire de Pighi est considérable. Avant de s'adonner à la théologie, il avait composé plusieurs ouvrages relatifs à l'astronomie, science où il était assez versé : Adversus prognosticorum vulgus qui animas prxdietiones edunt et se
astrologos mentiuntur astrologix (entendre, l'astronomie) defensio, Paris, 1518; De sequinoctiorum solstitiorumque inuentione, cl de ratione paschalis celcbrationis, deque restitutionc calendarii ad bealiss. patrem Leonem X, Paris. 1520; Léon X, en 1516, avait chargé l'université de Louvain d'examiner ce que l'on pourrait faire pour la réforme du calendrier, d'où celte réponse du jeune savant. Deux autres ouvrages sur l'astronomie de position sont beaucoup plus techniques; en voir les titres dans Paquot. op. cit., p. 182. Nous avons signalé plus haut les ouvrages composés par Pighi à la curie romaine, col. 2095.
A partir de son retour à Utrecht, Pighi, conscient du péril que crée la Réforme, s'adonne exclusivement à la théologie, et tout spécialement à la controverse. Toute son œuvre est dès lors inspirée par le désir de mettre à mal les doctrines nouvelles. Entre 1537 et 1542, il entasse de volumineux ouvrages, quelquefois trop hâtivement composés, qui ne laissent pas de témoigner d'une érudition considérable. En voici la liste dans leur ordre d'apparition :
\° Apologia indicli a Paulo III K. P., concilii adversus lutheranae confœderationis rationes plerasquc quibus eidem detrahunt, nuper in orbem sparsas, in-fol., 23 feuillets, Cologne, octobre 1537. Le 2 juin 1536, Paul III avait convoqué un concile général à Mantoue pour le 23 mai de l'année suivante, et pris les premières mesures pour la réalisation de ce dessein. Entre autres oppositions, le projet de concile avait rencontré celle de la Ligue de Schmalkalde. Celle-ci avait fait paraître un manifeste exposant les raisons de droit et de fait pour lesquelles ce concile ne pouvait être libre. C'est à ce manifeste, dont il donne d'abord le texte, que Pighi entend répondre. A plusieurs reprises, il renvoie à des arguments qu'il expose, dit-il, de manière plus développée dans un ouvrage beaucoup plus volumineux qui n'allait pas tarder à paraître. Il s'agit du suivant.
2° Hierarchiœ ecclesiasticse asserlio, in-fol., 268 feuillets (plus un index alphabétique et une longue analyse de l'ensemble non foliotés), Cologne, 1538 (dédié à Paul III en la fête de saint Grégoire); autres éditions : Cologne, 1544 (revue par l'auteur peu avant sa mort); ibid., 1558, 1572. Les 1. III, IV et V ont été réimprimés dans Rocaberti, Bibliotheca maxima pontificia, t. n. C'est une ecclésiologie extrêmement remarquable, pour l'époque, quoi que l'on puisse penser de certaines assertions. Alors que les premiers contradicteurs de Luther s'étaient attaqués aux doctrines particulières du novateur, tout spécialement à la doctrine de la justification, Pighi a très bien vu que le point capital sur lequel on n'était plus d'accord entre protestants et catholiques c'était l'autorité de l'Église. D'où cette démonstration très large du rôle de l'Église et tout spécialement de son chef, le pape. Après avoir établi, au 1. I, quelle est l'Église instituée par Dieu, Pighi étudie au 1. II l'unité de l'Église et les différents ordres qui la composent ; il établit en particulier la distinction entre les prêtres et les laïques, et montre l'institution de droit divin du sacerdoce. Le sacerdoce a un chef, c'est le pape, successeur de Pierre et détenteur dans l'Église d'une primauté telle que tout pouvoir ne peut émaner que de lui. C'est l'objet des 1. III et IV. Le 1. V traite des rapports entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil et s'attaque expies sèment à la doctrine de Marsile de Padoue que Luther, en somme, ne faisait que renouveler. A cette hérésie. qui met l'autorité sur l'Église dans l'État et ses repré sentants, Pighi oppose la doctrine qui avait eu, surtout depuis le xive siècle, la faveur des théologiens pontificaux, celle du pouvoir direct de l'Église (disons plus exactement du pape qui l'incarne) sur le temporel. Il tire de la métaphore des deux glaives toutes
PIGH1 (ALBERT) ŒUVRES.
les conséquences que L'esprit <lc système en avait antérieurement Urées. Le 1. VI, enfin, est consacré à l'étude des conciles. Pighi y prend vivement à partie la théorie conciliaire professée à Bàle, au début du xve siècle, et Gerson qui en était le plus illustre représentant. Bien loin que les conciles puissent avoir une autorité supérieure à celle du pape, leur autorité, en définitive, ne provient que de la délégation que leur donne celui-ci. Leur rôle, purement consultatif, est indiqué par leur nom même. Conciliorum quod sit opus proprium indicari ipsa ratione nominis, nem.pt consultare consiliaque conferre et irwenire cjuid melius aut utilius : (il agendi excquendique qu.se deliberando inventa siint non fam esse concilii opus, ut ejusmodi, sed ad sununam in Republica aulhorilatem perlincre. Cette auihoritas summa est celle du pape. Plusieurs théologiens, dès cette épocpie, trouvèrent que certaines exagérations déparaient un livre par ailleurs excellent ; les gallicans du xvii0 siècle lui seront plus sévères encore. Mais l'ouvrage fait certainement époque.
3° Controversiarum pneeipuarum in comitiis Ralisponensitus tractatarum et quittas nune exagilatur Christi fides et religio diligens et lueulenla explicalio, Cologne, mars 1542 (les neuf premières controverses sont foliotées, i-cxxv ; à partir de la 10e controverse, il n'y a plus de foliotation); en appendice se lit une dissertation, De divorliatorum novis conjugiis et uxorum pluralitatc (5 fol.) et une autre De actis quse nuper emissa eireumjerunlur VI et VII synodorum, quod parengrapha sint et minime germana (16 fol.) ; il y a une édition de Cologne, 1545, présentée comme ab ipso autore summa diligentia sub mortem recognita, non foliotée, mais qui reproduit très exactement l'édition de 1542, sauf la dissertation sur les VIeet VIIe conciles; je n'ai pas vu les autres éditions signalées dans Paquot, p. 184 : Paris, 1542; Paris, 1543; Paris, 1549; Paris, 1586, sous le titre : Explicationes catholiese prsecipuarum controversiarum, etc.
La publication de ce livre a toute une histoire qui se traduit du reste dans l'aspect extérieur de l'édition que nous avons décrite. Pighi avait certainement commencé cet ouvrage avant le colloque de Worms. C'est de lui qu'il parle dans une lettre du 5 mars 1540 au cardinal Alexandre Farnèse, donnée dans Zeitschr. fur Kirchengesch., toc. cit., p. 117 sq. ; l'ouvrage aurait porté le titre de LTep!. àp-/6>v, aut de principiis novœ ejus doclrinœ quant falso evangelicam vocant; de ces principes, Pighi entendait faire une abondante réfutation, en les groupant autour de trois points : 1. la justification et la pénitence (considérée plutôt comme vertu que comme sacrement); 2. le libre arbitre, la nature, la grâce et le péché; 3. enfin, les sources de la connaissance théologique, Écriture et surtout tradition. A cette date, la Ire partie était déjà rédigée. Appelé à Worms à l'automne de cette même année, il a dû en montrer des extraits à ses collègues; plusieurs, et spécialement Jean Eck, s'émurent de certaines doctrines exprimées par l'auteur, lequel ne laissa pas de continuer son travail. En février 1541, il fait commencer, depuis Ingolstadt, l'impression de la Ire partie. Jean Eck a vent de la chose et met tout en œuvre pour empêcher la publication; il allègue en particulier que le secret le plus absolu avait été prescrit sur les tractations de Worms et que Pighi ne pouvait traiter des matières en question sans violer le secret. Finalement, le ministre de Charles-Quint, Granvelle, intervint et fit retarder la publication du livre. Sur tout ceci voir Zeitschr. fur Kirchengesch., p. 127-145, où l'on trouve des détails extrêmement intéressants. Arrivé à Ratisbonne, Pighi fait lire au légat Contarini les bonnes feuilles de son ouvrage et particulièrement ce qui concerne le péché originel et la justification. Le légat,
d'abord un peu surpris, finit par se rallier aux vues de Pighi. Voir les Regeslen de Contarini aux endroits signalés plus haut, col. 2095. Rentré aux Pays-Bas, l'ij^lii peut enfin achever l'impression et la publication de son ouvrage dont il écrit la préface le 5 janvier 15 12 et qui parait en mars; on voit s'il a fait vite.
Sous la forme définitive, il se divise en seize controverses. 1. Le péché originel. 2. La justification, la foi et les œuvres. 3. L'Église. 4. L'eucharistie, la présence réelle, la transsubstantiation. 5. Le sacrifice de la messe; son utilité, sa valeur. 6. Les messes privées.