‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 191 sur 437 · PIN Y (ALEXANDRE) PIRANO (LOUIS DE · texte numérisé non relu

PIN Y (ALEXANDRE) PIRANO (LOUIS DE

sensuel mais connues et 1res bien goûtées de l'homme spirituel. Ce dernier ouvrage montre que le « laisserfaire » suppose une ascèse vertueuse. Dans les Trois différentes manières... Piny cherche et trouve encore de ces formules qui sont comme riches de développements importants dont elles sont la semence et qu'elles peuvent suggérer pour des extensions autres que la pensée de leur auteur. H. Bremond, avec raison, attire l'attention sur l'une d'elles, p. 325 : « Ce qui se passe dans 'la volonté qui est une puissance purement spirituelle ne veut et ne demande point, soit qu'il soit peine, soit qu'il soit amour, à se faire sentir. » Ainsi l'homme peut vivre dans un état et même dans un acte premier continuel à la fois de sacrifice souffrant et d'amour de Dieu. L'ordre métaphysique du subconscient dépasse l'ordre psychologiquement expérimental du conscient.

Il existe aussi, à l'état de copies, un recueil de lettres de Piny à des religieuses annonciades. Ce recueil paraît présenter par endroits un certain intérêt. Piny nous y est exprimé comme très appliqué au ministère de la direction spirituelle, ce que nous savons par ailleurs. Quoique ses écrits aient plus de vogue actuellement qu'ils n'en ont rencontré au xvne siècle et que certains aient été réédités (mais pas d'une manière critique), les lettres spirituelles de Piny sont restées manuscrites. Elles peuvent cependant finir de donner une idée de la personnalité attachante de cet auteur. Il était très désireux de mener lui-même une vie parfaite. Comme Fénelon, il rêvait d'abnégation dans les missions lointaines. Il obtint même un moment de ses supérieurs l'autorisation de passer en Indochine et en Chine, mais ce projet n'eut pas de suite.

Il nous est impossible de démêler l'affiliation des textes de Piny aux textes de Molinos ou de ceux de Fénelon aux textes de Piny, tandis que nous savons quelle fut l'influence de Mme Guyon sur Fénelon ou celle de Chardon et de Tauler sur Piny lui-même. Il suffira de redire que, parmi tant d'auteurs qui s'impliquent dans l'ensemble des courants de spiritualité a tendance passive ou quiétiste, Piny, insistant sur l'équivalence de la contemplation avec une activité supérieure profondément humaine, est un de ceux qui sont le plus aptes à maintenir unies la théologie mystique avec l'ensemble des matières de théologie morale que saint Thomas avait étudiées et que Piny d'abord avait professées lui-même. De là sans doute la grande prudence de Piny et de ses confrères dominicains. Us surent ne pas se mêler dans le camp des quiétistes condamnables lors de cette querelle du quiétisme, où, dans les dernières années du xvne siècle, des théologiens français plus connus allaient laisser chacun une part de leur prestige de sérénité doctrinale. Pourquoi Fénelon n'a-t-il pas imité cette prudence? C'est peut-être parce que mal informé, théologien trop improvisé, muni d'un viatique insuffisant, d'une érudition trop superficielle. L'auteur des Maximes des saints n'aurait-il pas même trop ignoré le P. Piny? A l'étudier davantage, il y eût trouvé de quoi fixer les thèses qui lui étaient chères dans un sens d'orthodoxie irréfutable. Mais il semble que les personnages, fussent-ils théologiques, dont la littérature française générale a fait ses classiques soient souvent, au regard de l'histoire véritable de la théologie, des personnages de second ordre, des esprits brouillons ou imparfaitement savants, tandis qu'on a comme caché les représentants essentiels des écoles moliniste, dominicaine, bérulienne, etc. Mieux inspiré que Fénelon dans ses Maximes des saints, son apologiste, l'abbé Bremond, dans sa Métaphysique des saints (Hist. lit. du sentiment religieux, t. vm, 1928, p. 78-178), a fait connaître Piny comme le maître du « pur amour », C'est la seule étude exhaustive et compréhensive qui existe actuellement de ce

« quiétisme thomiste », si l'on peut employer une expression qui réunisse ainsi deux réalités totalement différentes (lorsqu'on les considère dans leur état séparé et absolu).

M. -M. Gorce.

PIPPRE (Louis LE), chanoine régulier ou frère mineur capucin français (xvir s.), que J.-IL Sbaralea identifie avec Louis de Paris, frère mineur capucin de la province de Paris et auteur d'une Exposition littérale de la règle des frères mineurs, 4e éd., Paris, 1625. Louis Le Pippre a édité en latin, et non en français, comme le soutient le même J.-H. Sbaralea, un ouvrage sur les obligations qu'ont les curés vis-à-vis de leurs paroissiens : Paroclwphilus, seu de quadruplici debito in propria parochia persolvendo : concionis, missœ, con/essionis paschalis, paschalisque communionis, Anvers, 1635, Paris, 1657. Il faut noter, toutefois, que dans les éditions citées, ce traité est attribué à Bonaventure de La Bassée, frère mineur capucin. On y lit en effet, après le titre : Aulhore R. P. Bonaventura Bassean, capuccino prœdicatore, ce q^c fait aussi Sbaralea, Supp'.ementum, t. i, Borne, 1908, p. 186. Ellies du Pin, toutefeis, soutient que l'auteur de ce traité est Louis Le Pippre qui ne fut po'nt capuc n mais chanoine régulier. D'autres affirment qu'étant déjà prêtre il entra chez les capucins de la province de Paris, où il prit le nom de Bonaventure. Les éditions du Paroclwphilus semblent d'ailleurs confirmer cette opinion. Il serait, en etlet, étrange que des éditions contemporaines et faites peut-être du vivant de Louis Le Pippre aient été publiées sous le nom de P. Bonaventure de La Bassée, capucin, alors que l'ouvrage n'aurait pas été de lui. La personne de Louis Le Pippre est encore enveloppée de ténèbres que nous ne sommes point parvenu à dissiper.

L. Wadding, Scriplores ordinis minorum, Rome, 1906, p. 1(5 1 ; Bernard de Bologne, Biblioiheca scriptorum <>rd. min. capuccinorum, Venise, 1747, p. 175; d'après ces deux historiens, Louis de Paris ne serait pas à identifier avec Louis Le Pippre; .J.-IL Sbaralea, Supplementum ad scriptores ordinis minorum, t. n, Rome, 1921, p. 192; Hllies Du Fin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, t. xvn, Amsterdam, 1711, p. 183; Bibliothèque sacrée, t. xix, p. 465.; L. Moréri, l.e grand dictionnaire historique, t. vu, p. ISO.

Am. Teetaert.

PIRANO (Louis ou Aloïs de), frère mineur (XVe siècle). Originaire de Pirano, sur le golfe de Trieste dans la province italienne actuelle de Pola, il entra dans la province de' Saint-Antoine de Padoue des frères mineurs. Docteur en théologie, il enseigna la philosophie et la théologie et fut appelé de son temps : philosophorum theologorumque princeps. En 1434, il gouverna sa province de Saint-Antoine de Padoue et, en sa qualité de provincial, prit part au concile de Bàle. Le jeudi saint 1434, il prononça un discours devant les Pères du concile. Le 7 août, Eugène IV l'éleva au siège épiscopal de Segni et le 18 février 1437, le transféra à celui de Forli. Il assista au concile de Ferrare en 1438, auquel il prit une part très active. Le 10 janvier 1438, dans la re session solennelle du concile de Ferrare, présidée au nom du pape par Nicolas Albergati, cardinal de Sainte-Croix de Jérusalem, Louis de Pirano lut le décret, par lequel Eugène IV transférait le concile de Bàle à Ferrare et déclarait nuls et sans valeur tous les décrets que pourraient promulguer les Pères de Bàle, en dehors de la question tchèque, ainsi que toutes les peines qu'ils avaient fulminées ou porteraient contre les membres du concile de Ferrare. Le 27 janvier, quand Eugène IV fit son entrée solennelle dans Ferrare, il tint un sermon à la cathédrale, devant le pape. Le 15 février, dans la n" session du concile, le pape le chargea de lire le décret, dans lequel il déclarait le concile légitimement transfère-

IMKANO (LOUIS DE) — PIRO (HENRI DE)

à Ferrare, renouvelait l'excommunication contre' les synodistes de Bâle, les déclarait juives de toutes leurs dignités et leur ordonnait de quitter la ville clans le délai de trente jours. Les délégués grecs, envoyés à Ferrare pour travailler à l'union de l'Église latine et de l'Église grecque étant arrivés en cette ville le 7 mars 1138, le concile d'union fut solennellement ouvert le 9 avril 1438. Ce n'est toutefois qu'au mois d'octobre que commencèrent les sessions importantes auxquelles Louis de Pirano prit une part active. Les Grecs ayant arrêté qu'il fallait commencer par discuter au concile la question importante de savoir si le Filioque était dogmatiquement exact et ayant choisi parmi eux les délégués chargés de soutenir les débats contre les Occidentaux; les Latins, à leur tour, désignèrent les membres, qui, en leur nom, mèneraient les disputes avec les Grecs. Parmi eux on trouve Louis de Pirano, évèque de Forli. Dans les vin1' et xie sessions, le 8 et le 1 1 novembre, Louis de Pirano, un des commissaires latins, lut un discours, da îs lequel il combat l'assertion des Grecs, d'après laquelle le Filioque serait une addition au sens propre du mot. Il en est de ces additions, dit-il, comme du Nouveau Testament, lequel, au sentiment de saint Augustin, n'est pas une addition à l'Ancien Testament, mais seulement une explication de ce que contient l'ancienne Loi. De même, le Filioque n'est pas un nouvel article de foi ajouté au symbole, mais uniquement une explication plus précise d'un article qui y est déjà renfermé. Or, une addition de ce genre n'est nullement défendue et on ne peut proscrire que les additions de quelque façon contraires à la foi traditionnelle, ou contenant quelque chose d'étranger ou de nouveau. L'évêque de Forli conteste ensuite l'affirmation des Grecs que les additions explicatives n'avaient été permises que pendant les cinq premiers siècles, mais que, depuis le concile d'Éphèse, elles étaient défendues. Ce droit, croit l'orateur, s'appuyant sur saint Bonaventure, appartient nécessairement à l'Église en tout temps ; et ni le concile d'Éphèse, ni les conciles suivants, ni les Pères n'ont jamais eu l'intention de l'interdire. Ce n'est pas la lettre, mais l'esprit de leur langage qu'il faut considérer; du reste, la lettre même, bien comprise, n'interdit pas les additions de ce genre au symbole. Ce discours a été publié dans J.-D. Mansi, Concil., t. xxxi, 1798, col. 627-646, où la fin du discours manque; t. xxxi, suppl., Paris, 1901, col. 1475-1492, où le discours est complet. Rectifier à ce sujet, Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. vu, p. 983. En 1446, il résigna l'évêché de Forli et mourut peu après.

En dehors d'un nombre considérable de sermons, énumérés par J.-H. Sbaralea, Louis de Pirano aurait composé un Tractatus de poteslcite papx ad Eugenium IV, qui serait conservé dans le Vat. lai. 414'S; un Tractatus super septem vitia; Regulse mémorise arlir /icialis, conservé dans le ms. L, VI, 274 (xve siècle), fol. 5-15, de la bibliothèque Saint-Marc, à Venise. Ce traité débute : Democritus Alheniensis philosophus hufus arlis primus inventor fuit. Cf. J. Valentinelli. Bibliotheca manuscripta ad S. Marci Venetiarum. Codices mss. latini, t. iv, Venise, 1871, p. 173-174.

I.. Wadding, Annales minorum, t. x, Quaracchi, 11132, an. 1436, n. xvi, p. 319; t. xi, Quaracchi, 1932, an. 1437, n. xxxv, p. 20; an. 1438, n. ni, p. 34-35; J.-H. Sbaralea, Snpi>lemenium ad seriptores ordinis minorum, t. n, Rome, 1921, p. 192-193; C. Kubel, Hiernrchia catholica Medii Mvi, 2e éd., t. n, Munster, 1914, p. 155 et 237.

Am. Teetaert.

PIRHING Ernric ( Ehrenreich ) , né probablement à Sighart, en Bavière, le 12 avril 1606, entra dans la Compagnie de Jésus le 24 mars 1628. Il professa la philosophie à Ingolstadt, puis pendant deux ans la théologie morale, pendant douze ans le droit canonique

et pendant autant d'années l'Écriture sainte à Dillingen. Pendant dix ans, il fut prédicateur et recteur d'Eichstœdt; il mourut à Dillingen le 15 septembre 1679. Le P. Pirhing est un des meilleurs canonistes du xviic siècle. Il est connu surtout par un ouvrage célèbre, abondamment utilisé par les canonistes postérieurs : Jus canonicum in V libros Derretalium distribulum..., 5 vol. in-fol., Dillingen, 1674-1677, réédité a Dillingen en 1722 et à Venise en 1759. Il inséra dans cet ouvrage plusieurs thèses de droit canonique publiées antérieurement et défendues publiquement à l'université de Dillingen (Sommervogel en énumère 9). Une édition abrégée fut publiée après la mort de l'auteur par un jésuite anonyme : Facilis et succincta SS. canonum doctrina..., Dillingen, 1690; Venise, 1693, et, avec le titre Synopsis Pirhingana seu compendiaria SS. canonum doctrina..., Augsbourg, 1695, Venise, 1711.

Sommervogel, Bibl. de la Camp, de Jésus, t. VI, col. 851- 855; Hurter, .\omenclator, 3e éd., t. iv, col. 260 sq. (la date de la mort, 1670, est due à une faute d'impression; l'index donne la date exacte); Fr. von Schulte, Die Geschichte der Quellen und I.iteratur des canonischen Recbls, t. ni a, p. 1 13 (date fausse pour la mort : 1600).

J.-P. Grausem.

PIRO (Henri de), (von dem Birnbaum) , naquit à Cologne vers 1404 d'une famille honorable. Son oncle, Henri de Piro, licencié en droit, fut prévôt de Saint- Cunibert de Cologne (1407-1413) et premier référendaire au concile de Constance, et son cousin, appelé aussi Henri de Piro, fut le premier professeur de droit à l'université de Trêves. Cette homonymie a été la cause d'une grande confusion chez quelques auteurs qui ont attribué au juriste chartreux, dont il est question dans cet article, les fonctions exercées par ses parents. Notre Henri de Piro entra dans l'état ecclésiastique et s'adonna avec ardeur à l'étude du droit, qui, dans sa famille, semble avoir été une espèce de passion héréditaire. Il prit les grades de docteur in utroque à l'université de Cologne. En 1427, c'est-à-dire à l'âge de vingt-trois ans, il alla à Louvain et, pendant quatre années, il y enseigna la jurisprudence. Cet emploi ne lui fit pas négliger le salut des âmes qu'il procurait par le ministère de la prédication. Il devint ensuite chanoine écolàtre de l'église collégiale de Saint- Paul de Liège; plus tard, il fut institué officiai de la prévôté de Cologne. Sa vie vertueuse ne le rendait pas moins estimable que ces places honorables auxquelles sa science l'avait fait élever. En 1435, au grand étonnement de ses admirateurs, il se fit chartreux au monastère situé près de sa patrie, où il avait bâti une cellule à ses frais. L'ordre ne le laissa pas longtemps dans la vie privée. Il fut successivement prieur des chartreuses de Tournai, en Belgique, de Wesel, au diocèse de Cologne, de Rethel, en Lorraine, de Diest et de Trêves. Finalement, accablé d'infirmités, il se retira à la maison de sa profession, où il décéda le 19 février 1473, en laissant la réputation d'une piété éminente. Son commentaire Super Institutis a été imprimé à Cologne, par Jean Kœlhoff, en 1482, in-fol. Cf. Hain,' Repertorium, n. 4016. On en connaît deux autres éditions, une imprimée en l'université de Louvain par Gilles van der Heerstraten, sans indication de date, in-folio, 175 feuillets, Hain, op. cit.. n. 4015; l'autre, aussi in-folio, ne porte aucune indication de lieu, etc., Hain, op. cit., n. 4014. Panzer met ces éditions parmi les livres publiés après 1500. Cf. Annales, t. vu, p. 272, n. 138, et t. ix, p. 189, n. 294. — De censibus, redditibus seu pensionibus sub tilulo reemptionis, an liciti sint vel illiciti... Oppenheym, 1514, in-4°, 6 feuillets. — Tractcdus de visitatione, se trouve dans le manuscrit in-folio n. 1652 de la bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris. — Contra esum carnium quorumdam monacho-

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