PITIIOU (JEAN ET NICOLAS) — PITHOU (PIERRE
Grosley, <>/>. cit., t. i, i>. 16-86; Hfaag, La France protestante, t. VIII, p. 2:>1-2.V>; Et. Georges, Les illustres Champenois, p. 1-20.
4. FRANÇOIS PITHOU (1543-1621), né à Troyes, le 7 septembre 1543, du second mariage de Pierre Pithou, suivit, comme son frère aîné Pierre, les leçons de Cujas. Poursuivi à cause de ses opinions protestantes, il quitta la France, probablement après la Saint-Barthélémy, et parcourut l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre; il visita les grandes bibliothèques de Heidelberg, d'Augsbourg, de Venise, de Baie, et, dans ces diverses villes, se lia d'amitié avec de nombreux savants. La lecture des écrits protestants, et particulièrement des Centuries de Magdebourg, le ramena au catholicisme vers 1578. Il a écrit lui-même : « Les Centuries ont fort bien servi à me faire catholique » (fol. 124 du ms. 702 de la collection Dupuy). Il fut avocat au parlement de Paris et nommé procureur général de la Chambre de justice établie par Henri IV contre les financiers. Henri IV le choisit pour assister à la conférence tenue à Fontainebleau, le 4 mai 1600, entre le cardinal Du Perron et Du Plessis-Mornay, au sujet du livre de ce dernier. François Pithou mourut à Troyes, le 24 janvier 1621.
François Pithou a édité les Constitutions des empereurs, recueillies par son père: Traité d'aucuns droits du roi Philippe II es Étals qu'il lient ù présent, in-12, Troyes, 1576; Traité de la grandeur des droits, prééminences des rois et du royaume de France, in-fol., Troyes, 1587, réimprimé dans les Mémoires de la Ligue, t. v, p. 718-755. Il a collaboré aux Observationes ad Codicem, de son frère Pierre, et au Corpus juris canonici. Ces écrits sont tout imprégnés du plus pur gallicanisme. Discours véritable de ce qui s'est passé dans la ville de Troyes, sur les poursuites faites par les jésuites, pour s'y établir, depuis l'an 1603 jusqu'en 1611, in-8°, Troyes, 1612. C'est François Pithou qui découvrit le manuscrit des Fables de Phèdre, éditées par son frère, in-12, Paris, 1594. Dans les mss. de la collection Dupuy on trouve quelques écrits de F. Pithou : ms. 952, fol. 8-23. extraits juridiques, et fol. 45-46, questions de préséance; ms. 838, fol. 135-140 : lettres de Fr. Pithou, écrites de 1611 à 1621.
Grosley, op. cit., t. n, p. 106-286; llaag, Lu France protestante, t.vm, p. 257; Et. Georges, Les illustres Champenois, p. 37-39; Perrault, Les hommes illustres, t. il, p. 121-124; Michaud, Bioyraphie universelle, t. xxxm, p. 424;Hœfer, Nouvelle biographie générale, t. xi., col. 345-346.
5. PIERRE PITHOU (1539-1596), né à Troyes, le 1er novembre 1539, du second mariage de Pierre Pithou, fit ses études de droit à Bourges et à Valence, sous la direction de Cujas dont il devint le disciple chéri. Il fut avocat, mais, dit son biographe .Mercier, il abandonna le barreau parce qu' « il craignait d'être obligé, pour exercer cette fonction, de renoncer à sa façon d'agir franche et éloignée de tout déguisement, de parler soin eut contre son sentiment, de dégrader la vérité, en lui opposant une vraisemblance ingénieusement préparée, et des mensonges artistement colorés, enfin de se trouver dans la nécessité de soutenir des causes injustes, qui exigent le sacrifice de ses lumières à la passion aveugle de plaideurs ignorants ». Les troubles religieux forcèrent Pierre Pithou à quitter Troyes, en 1568, et il se réfugia à Bâle. Les édits de Saint-Germain lui permirent de rentrer en France. On le trouve à Paris le 24 août 1572, où il faillit être victime des massacres de la Saint-Barthélémy. En 1578, il embrassa la religion catholique et signa le formulaire d'abjuration imposé par Charles IX. Il fut chargé du bailliage de Tonnerre et fut procureur général en 15X11; cette fonction l'amena à intervenir dans la question
délicate de la publication du concile de Trente en France. En 1583, il était procureur général en Guyenne. Il mourut à Nogent-sur-Seine, le 1er novembre 1596.
Les écrits de Pierre Pithou, le membre le plus célèbre de la famille, sont très variés; on ne trouvera ici que les ouvrages qui se rapportent plus ou moins directement à la théologie. Il faut citer les suivants : Adversariorum successivorum libri duo, in-8°, Paris, 1565; Bàle, 1575. Ce sont quarante dissertations sur des sujets de jurisprudence, de littérature, de critique, d'histoire et de théologie, adressées à son ami Antoine Loisel et recueillies à ses moments perdus; elles sont rééditées dans le Recueil de Charles Labbé : Pétri Pilhoei opéra, 1609, p. 343-453. — Pauli diaconi historia miscella, in-8°, Bàle, 1569, dont la préface est une dissertation critique sur les avantages de l'étude de l'histoire d'après les originaux. Pithou y affirme que le culte des images est très récent en France et en Allemagne. En 1571, Pithou édita les 42 constitutions des empereurs, qu'on trouve dans le Recueil de Labbé, p. 277-298. — Le premier livre des Mémoires des comtes héréditaires de Champagne et de Brie, in-4°, Paris, 1572 et 1581. — Bref recueil des évèques de Troyes, in-12, Troyes, 1572, publié à la suite du Commentaire sur les coutumes de Troyes, avec des corrections et des additions de François Pithou. — Mosaicarum et humanarum legum collalio ex integris Papiniani, Pauli et aliorum libris, cum nolis P. Pithoei, in-12, Paris et Bàle, 1574, Heidelberg, 1656, dédié à de Thou et réédité dans le Recueil de Labbé, p. 73-196. — Imperaloris Justiniani Novell»' Conslitutiones per Julianum anlecessorem de grœco translatée, in-fol., Bàle, 1576. — sElhici cosmographia, Antonini itinerarium, in-12, Bâle, 1576. — Codicis legum Visigothorum libri XII et Isidori Hispaliensis de Gothis, Vandalis et Suevis chronicon, in-fol., Paris, 1579. — Salviani Massiliensis opéra, in-8°, Paris, 1580. — Quintiliani declamationes, Calpurnii Flacii excerplœ, in-8°, Paris, 1580, et Heidelberg, 1594; Pithou y fait la peinture du barreau au xvie siècle. — Mémoire, imprimé dans les Opuscules tirés des Mémoires d'Antoine Loisel, in-4°, Paris, 1657, p. 345-352 (voir'Grosley, Vie de P. Pithou, t. i, p. 197, 202). P. Pithou y défend les privilèges et les libertés de l'Église gallicane pour répondre au bref par lequel Grégoire XIII, en 1581, avait condamné l'ordonnance du roi Henri III sur les remontrances aux États de Blois, comme « injuste, destituée de tout droit, attentatoire aux personnes et aux choses ecclésiastiques et principalement à l'autorité du concile de Trente, car il n'appartenait point aux rois de rien ordonner pour tout ce qui regarde les choses spirituelles, mais seulement de faire exécuter ce qui est ordonné par l'autorité spirituelle ». Contre ces thèses de la bulle pontificale, P. Pithou prétend que «les règlements de discipline de l'ordonnance de Blois tiennent à ces précieuses libertés dont le roi est le garde et le protecteur », et il s'applique à justifier en détail les articles de l'ordonnance royale, condamnée par le bref... Les plaintes qui ont attiré ce bref viennent ou de personnes peu au fait des droits de la couronne de France et des libertés de son royaume et des droits de la nation..., ou de personnes qui ont intérêt et dessein de réveiller de vieilles querelles et d'en susciter de nouvelles (voir ms. 37, fol. 263-276 de la collection Dupuy).— Veterani aliquot Gallise theologorum scripta, quorum nonnulla primum eduntur, in-4°, Paris, 1586. — ■ Consultalio de confiscatione bonorum ex causa perduellionis, in-4°, Florence, 1587, réédité dans le Recueil de Labbé, p. 277-298. ■ — Caroli magni, Ludovici PU et Caroti Calvi capitula, in-8», Paris, 1588. — Historia controversias veletis de procéssione Spiritus Sctncli, in-8". Paris, 1580, réédité dans le Recueil de Labbé, p. 25-37. — De latinis Bibliorum interpretibus senlentia cl Nice
IMTIlor (PIERRE
l'ITMA JEAN-BAPTISTE
phori Conslantinopoli canon Scripturarum, cum Anastasii bibliothecarii latina interpretatione, in-8°, Paris, 1590, réédité dans le Recueil de Labbé, p. 5-21. — Cornes theologus sine spicilegium ex sucra messe, in-12, Paris, 1590 et 1008, avec addition, 1684, réédité dans li- Recueil de Labbé, p. 41-72. C'est un recueil de sentences des Pères sur les principaux points de la religion et de la piété chrétienne. « Il renferme, dit Grosley, tout l'esprit du plus pur christianisme sur la foi, l'espérance et la charité. ■ — Ecclesiœ gallicanse in schismaie status, ex actis publicis, in-8°, Paris, 1594, réédité dans le Recueil de Labbé, p. 536-685, et dans les Décrets de l'Église de France, 1. IV, par Bouchel. — Les libertés de l'Église gallicane, in-12, Paris, 1594, réédité dans le Recueil de Labbé, p. 511-533. C'est l'ouvrage le plus' célèbre de Pierre Pithou, celui qui a été le plus souvent réimprimé et commenté. C'est un recueil de pièces relatives à la lutte entre la puissance temporelle et la puissance spirituelle de 1408 à 1552; il est dédié à Henri IV et rédigé contre la Ligue. L'édition de 1635, donnée par Dupuy, fut supprimée par un arrêt du Conseil d'État, du 20 décembre 1638, à la demande du nonce; le 9 février 1639, dix-neuf archevêques et évêques de France condamnaient cette même édition. L'ouvrage fut réédité en 1651 avec un recueil plus complet de preuves. L'assemblée du clergé de 1651 condamna cet écrit comme « injurieux à la liberté de l'Église » et on y dit que «tout le monde connaissait le venin et les dangereuses maximes de ce livre ». Les assemblées de 1655 et de 1656 prièrent M. de Hosquet, évêque de Lodève, de faire une réfutation de ce livre pernicieux, mais cette réfutation est restée manuscrite dans la bibliothèque de Colbert, évêque de Montpellier. A l'assemblée de 1682, Bossuet rendit hommage à l'écrit de Pithou et les quatre propositions, adoptées et promulguées par cette assemblée, sont extraites presque textuellement de l'ouvrage de Pithou. Durand de Maillane a publié Les libertés de l'Église gallicane prouvées et commentées suivant l'ordre et les dispositions des articles dressés par Pierre Pithou et sur les recueils de Pierre Dupuy, 5 vol. in-4°, Lyon, 1771. En tête de chaque page, on trouve le texte de Pithou, et ensuite les preuves et les textes de 1731, 1651, 1639. L'ouvrage de Pithou a été très souvent réimprimé : c'est le texte classique où puisèrent les parlementaires, notamment au xvnr siècle (voir Ami de la religion du 15 mars 1817, p. 147-154). — Pheedri fabularuni libri V, in-12, Troyes, 1572, ouvrage imprimé pour la première fois. -- Pierre Pithou a collaboré à la Satire Ménippée : c'est lui qui a composé la célèbre Harangue de M. Aubray, orateur du tiers état, lequel fait une peinture très colorée des maux de la patrie, des manœuvres des Espagnols et des ligueurs, et des vertus héroïques du roi Henri, seul capable de ramener la paix. Charles Labbé a publié un Recueil où se trouvent beaucoup d'écrits de Pithou : Opéra sacra, juridicu, historien, miscellanea collecta, in-4°, Paris, 1609. Pithou laissa manuscrits quelques opuscules dont les uns ont été publiés après sa mort et dont les autres sont encore manuscrits dans la collection Dupuy, à la Bibliothèque nationale. Parmi les premiers, il faut citer : Notée in Livium, édité en 1612. — Observatio de comitibus palatinis, 1613. — Coutumes du bailliage de Troyes, avec des annotations, 1628. — Opuscules joints à ceux d'Antoine Loisel, et publiés par Claude Joly, chanoine et petit-fils d'Antoine Loisel, in-4°, Paris, 1652. — Corpus juris canonici ad veleres eodices, 2 vol. in-fol., 1687. — Miscellanea ecclesiaslica, 1687. — Observationes ad Codicem et Novellas Justiniani imp. per Julianum translatas, in-fol., Paris,
D'autres écrits sont encore inédits; on peut citer (coll. Dupuy, mss. 219, 220, 222-229) : recueils et
notes concernant diverses provinces et des abbayes; ms. ;.' l-l : extraits des registres des parlements de Paris de 1256 à 1563; ms. 420, fol. 15-27 : notes de droit romain; ms. 490 et 496, 700 et 709 : diverses lettres à P. Pithou; ms. 838, fol. 1(18-133 : lettres autographes de P. Pithou, et fol. 170 : notes sur le livre de Job; ms. 728, fol. 99 : discours de Pithou sur les maux de la patrie, où on retrouve les idées de M. Aubray.
Michaud, Biographie universelle, t. xxxm, p. 420-424; Hoefer, 'Nouvelle biographie générale, t. xr., col. 342-345; Quérard, La France littéraire, t. vin, p. 193-194; Nicéron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, t. v, p. 41-61 ; Grosley, Vie de P. Pithou avec quelques mémoires sur son père et sur ses frères, 2 vol. in-12, Paris, 1766, t. i, p. 87-380, et t. il, p. 1-105; Haag, La France protestante, t. VIII, p. 255-257; Et. Georges, Les illustres Champenois, in-8", Troyes, 1849, p. 4-37; Pasquier, Dialogue des avocats, édit. Dupuy, in-4°, Paris, 1844, p. 315-337; G. Colletet, Éloge des hommes illustres, in-4", Palis, 1654, p. 459-463; Briquet de Lavaux, Éloge de Pierre Pithou, lu le 20 déc. 1777, dans une assemblée d'avocats, in-12, Amsterdam, 1778; Élie Paillet, Éloge de Pierre Pithou, prononcé le 13 déc. 1855, in-12, Paris, 1855; Jean Boivin, Pétri Pithoei vita, elogia, in-12, Paris, 1711 et 1715; Labbé, dans son Recueil, p. 819-827. Un trouve aussi quelques détails dans les biographies faites par Josias Mercier, 1597; Papyre Masson et Scévole de Sainte-Marthe, en 1608; Antoine Loisel, en 1652. Voir aussi les art. de J. Leclerc, dans Recherches de science religieuse, oct.-déc. 1933 sq.
J. Carreyre.
PITRA Jean-Baptiste, savant bénédictin français, cardinal-évêque de Porto, et bibliothécaire de la sainte Église romaine (1812-1889). — Jean-Baptiste- François Pitra, né le 1er août 1812, à Champforgueil, petite paroisse du diocèse d'Autun, entra en 1825 au petit séminaire de cette ville, où il obtint des succès éclatants, grâce à une étonnante facilité de travail jointe à une vraie passion pour l'étude. Ordonné prêtre le 11 décembre 1836, il enseignait déjà depuis un an l'histoire au petit séminaire d'Autun, avec un brio qui enthousiasmait ses élèves; bientôt, il y dut professer la rhétorique : « Dieu m'a fait bénédictin. Monseigneur m'a fait professeur d'histoire, et le diable professeur de rhétorique. » Homme d'obéissance, il se laissa imposer les situations et les tâches les plus diverses: mais, dans toutes ces situations, son esprit, toujours exubérant de sève, porta des fruits de saison, si bien que l'histoire de ses travaux est inséparable de l'histoire de sa vie. Ses tendances, toutefois, l'amèneront à se dévouer à des besognes d'érudition, à des questions de manuscrits et de critique textuelle, et à négliger, peu à peu, l'étude des doctrines qui. d'abord, l'avait absorbé.
I. Le professeur. — A son professorat d'Autun se rapportent la publication de l'inscription de Pectorius et la préparation de la Vie de saint Léger. La découverte de l'inscription grecque du cimetière de Saint- Pierre -l'Étrier, le 24 juin 1839, son achat séance tenante par l'évêque d'Autun et le premier essai de lecture par l'abbé Pitra sont bien connus par la relation enthousiaste de ce dernier. Voir Dictionn. d'arch. et de lit., t. i, art. Autun, col. 3194. Après avoir trouvé lui-même le septième fragment, celui qui contenait le nom de l'auteur présumé, Pectorius. il donna le résultat de ses premières recherches aux Annales de philosophie chrétienne, t. xix, juillet-décembre 1839, p. 195. Revenant plus tard sur cette première étude dans son Spicilegium Solesmensc, t. i. 1852 : De inscriptione grseca et christiana... illustrata variorum notis et dissertationibus, il constatait que ses hypothèses s'étaient trouvées concorder à peu près complètement avec celles des savants les plus autorisés non seulement pour le texte et le sens de l'inscription, mais pour sa date — commencement du me siècle — et le milieu chrétien où elle avait été composée. Cependant, la
1MTRA (JEAN-BAPTISTE
méconnaissance de particularités dialectales du texte, et peut-être aussi quelques préoccupations dogmatiques, dont il faisait étal en lin d'article, lui avait Fait admettre une traduction fautive du premier vers :
Le céleste poisson. Ris de Dieu, du fond de son cœur sacré a rendu des oracles »; il la corrigea en celle-ci :
Race céleste de l'Ichthys divin, fortifie ton cœur », et, renonçant à y voir une allusion au symbole de foi, lut d'autant plus fort pour signaler, dans cette première partie théologique, les allusions symboliques au baptême et à l'eucharistie, à la communion sous les deux espèces, à l'hostie reçue dans les mains: dans la deuxièn e partie proprement funéraire, il notait justement l'affirmation de la vie future, de la communion des saints, de la prière pour les défunts. Quant aux autres suggestions de ce premier travail, où l'on sent, dit dom Cabrai, ■ une exubérance d'imagination qui l'entraîne parfois au delà des bornes de la réalité ». il n'en paraît plus rien dans le Spicilegium Solesmense,t. i, p. 554-564, où il résume l'acquis de treize années de recherches sur le sujet. Mais, « avec son érudition très étendue », au t. m du Spicilège, p. 499-543, il ne crut pouvoir se dispenser d'entreprendre un nouveau travail sur le symbole du poisson et les textes de l'ancienne littérature chrétienne qui y avaient rapport ». On peut sourire avec dom Leclercq, Diclionr. d'arch. et de lit., t. vu, col. 1995, de le voir s'aventurer même chez les païens : Égyptiens et Assyriens, Juifs (?) et Syriens; il y a pourtant dans ces fastidieuses énumérations un souci de probité et un essai méritoire de théologie symbolique, sur les données des docteurs grecs et latins, qu'on devait reprendre dans les discussions postérieures, sur le témoignage aussi des liturgies, qu'il est presque le seul à jeter dans le débat; il laissait d'ailleurs une large place à De Rossi pour l'examen des
monuments chrétiens représentant r'I/O'Jç », ibid., p. 545-576.
L'Histoire de saint Léger et de V Église des Gaules au Pli* siècle annonce par son titre que l'auteur ne s'en est pas tenu à une biographie de son personnage, mais qu'il a voulu « dessiner le fond de scène : la papauté, l'épiscopat, les monastères et les saints. » de cette époque difficile. Ce fond était un peu touffu, et l'historien moderne devrait y élaguer; mais c'était une exploration en pays encore mal connus. » Peu de lectures sont mieux faites, dit dom C.abrol, pour initier à la connaissance de notre Moyen Age ecclésiastique. » La vie de l'évêque d'Autun, commencée dès 1840 par le professeur du petit séminaire,* fut reprise et recopiée jusqu'à cinq fois et achevée en 1846 par le moine de Solesmes.
1 1. Le moine. — En effet, 1 itra était entré définitivement à Solesmes le 8 septembre 1841, et y avait fait profession le 10 février 1843. Il se mit avec une parfaite humilité aux pratiques de la vie bénédictine et m' donna tout entier à son abbé, le célèbre dom Guéranger. Disons seulement ici comment les directives de ce maître, qui écrivait à dom Pitra : « Je ne suis pas un savant, mais un homme d'Église », imprimèrent aux premières recherches de son disciple une orientation toute théologique qu'elles perdront par la suite; le jeune moine donna à L'auxiliaire catholique, la nouvelle revue patronnée par l'abbé de Solesmes, des articles sur la foi et la science, t. m, 1846, p. 93; sur le protestantisme, t. n, 1845. p. 287, et t. iv, 1816. p. 210; sur les Pères de l'Église et saint Ignace d'Antioche en particulier, 1845-1846. et de nombreuses recensions; dans L'Univers, il publia des éludes sur saint Hilaire, docteur de l'Église, mai-juin 1851. sans parler de controverses liturgiques et d'essais historiques étrangers a ce dictionnaire.
Nommé en 1843 prieur du nouveau monastère de Saint -Germain, à Paris, il trouva dans l'exercice
de cette charge, si peu laite pour lui, une source d'épreuves sans nombre et sans fin. Du moins fut-il ainsi amené à Paris et signalé à l'abbé Migne, qui le chargea de réaliser cette œuvre gigantesque dont il lésait depuis longtemps : l'édition de tous les auteurs ecclésiastiques, latins et grecs, des douze premiers siècles. Il ne pouvait s'agir de rééditer d'après les manuscrits chacun de ces auteurs, mais de choisir les meilleures éditions anciennes et les dissertations les plus remarquables de Mabillon, Constant, Garnier, Basnage, Ballerini, etc.. On soupçonne bien que l'abbé Migne n'avait aucune compétence en la matière, et que ses « abominables affiches » et ses impatiences faillirent le brouiller avec son collaborateur; mais il faut redire que c'est dom Pitra seul qui dressa la liste des auteurs et de leurs éditions complètes, ainsi que des œuvres publiées à part ou découvertes postérieurement; on peut même constater sur les papiers de ce dernier que, si l'abbé Migne avait suivi pas à pas le schéma que dom Pitra tenait à jour, il aurait évité bien des omissions, répétitions et désordres qu'on a justement reprochés à ses deux Patrologies. Pourtant, le docte bénédictin n'est pas tout à fait innocent des surcharges qu'on y remarque : diplômes, documents liturgiques, etc. Au début, il lit même une préface, une editio variorum pour Tertullien et saint Cyprien, et une édition du texte de Minucius Félix. Dans la suite, les événements douloureux qui marquèrent la chute du prieuré de Paris empêchèrent dom Pitra de fournir une collaboration aussi active à une collection qui paraissait à la cadence de vingt tomes par an.
En effet, pour réparer le désastre financier de Solesmes, l'ancien prieur de Saint-Germain entreprit une tournée de quêtes dans l'est de la France, en Suisse, en Angleterre, en Belgique et en Hollande, qui occupèrent presque sans arrêt les années 1845 à 1S50. Cette besogne se doublait naturellement, pour lui, d'un voyage littéraire dans les principales bibliothèques de ces régions, et ses recherches de détail donnèrent naissance à des brochures d'histoire locale ou d'érudition, dont il suffira ici de donner les principaux titres : Lettre au P. Lacordaire sur le couvent d'Unterlinden, O. P., à Calmar, dans L'auxiliaire catholique, t. iv, 1846; Notre-Dame d'Ajflighem, dans L'Univers, décembre 1848; La Hollande catholique, 1850: Études sur la collection des Actes des saints des PP. bollandistes, 1850; L'évêque Notger de Liège, dans Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 1851 ; Vie du P. Libermann, 1855.
C'est dans ces pérégrinations que lui vint la première idée du Spicilegium Solesmense, c'est-à-dire d'une collection de documents inédits. Dans les bibliothèques, en effet, son attention fut attirée d'emblée vers les manuscrits des Pères de l'Église et des historiens monastiques : avant d'entreprendre un nouveau voyage, il dressait hâtivement, à Solesmes, une liste des manuscrits patristiques ou liturgiques, et des cartulaires qu'il allait avoir sous les yeux et, arrivé dans les dépôts, fussent-ils mal classés, il avait vite fait de trouver les documents espérés et d'autres qu'il ne cherchait pas, avec un flair de l'inédit qui découragera ceux qui voudront glaner sur ses traces : c'est qu'il avait présentes à son impeccable mémoire toutes les pages du Conspectus qu'il avait dressé pour les Patrologies de Migne. Avec plus de facilité encore, et avec un enthousiasme toujours renouvelé, qui s'exprimait parfois en des pages d'un romantisme exubérant, il rendait compte à ses amis ou au ministre de l'Instruction publique (Archives des missions scientifiques, 1850 et 1856) de ses découvertes dans les bibliothèques de Hollande et des jansénistes d'Utrecht, dans celles du British Muséum et de M. Phillips. Ces deux pays lui livrèrent un grand nombre de pièces qu'il réservait
PITHA (JEAN-BAPTISTE
pour la continuation du Gallia christiana, dont les derniers tomes et les dernières provinces - Tours, Besançon, Utrecht n'avaient jamais paru et
axaient été confiés à l'abbaye de Solesmes. Appelé luimême à d'autres travaux, il laissa dans ses papiers bien des noms d'abbés et des documents historiques qui n'ont pas été utilisés par Ilauréau, beaucoup d'inédits liturgiques ou canoniques ou historiques qui furent « redécouverts » avec fracas par d'autres chercheurs, telles les Annales de Saint-Waast, le Codex Rachionis de Strasbourg, le Lectiorinaire de Colmar, la collection des conciles du Claromontanus, le cartulaire de Saint-Florent, des inédits de saint Bernard. Pour les inédits patristiques, il se décida pourtant à les publier, à l'imitation de dom d'Achery, de Mabillon, de Martène, de dbm Pez et du cardinal Mai', dans un recueil à part, qu'il appela Spicilegium Solesmense.
Quatre volumes parurent de 1852 à 1858. Les t. ii et m sont entièrement consacrés au texte de la Clef de Méliton, ce dictionnaire des symboles chrétiens, dont il faut, malgré Pitra, refuser l'attribution à l'évèque de Sardes du ne siècle, car il n'y a pas eu d'original grec, mais dont l'influence en Occident est abondamment prouvée par les citations que fait dom Pitra d'auteurs divers du ixe au xme siècle, les auteurs plus anciens qu'il cite, saint Grégoire et saint Eucher, étant regardés par les critiques actuels comme des sources de cette somme symbolique anonyme. Dix ans plus tard, l'éditeur devait trouver à la bibliothèque Barberini le codex Claromontanus qui donne de la Clef de Méliton un texte latin du ixc siècle : il le publia dans le IIe volume des Analecta sacra, avec une dissertation sur l'authenticité de l'œuvre qu'il continuait d'admettre et sur son utilisation incontestable : « En effet, ce formulaire a passé de main en main, de siècle en siècle, de région en région : chaque contrée a fourni ses commentateurs; chaque église a eu son école; chaque âge, un écho de cette voix apostolique (?). » Disons simplement que ce formulaire complet mériterait, de la part des historiens de l'art et même des théologiens mystiques, plus d'attention qu'ils ne lui en ont jusqu'ici accordé. Le cardinal Pitra continua quand même ses recherches sur ce qu'il appelait la théologie symbolique et, à sa mort, il laissait, sur ce sujet inexploré, un amas de notes qui n'a jamais été mis en œuvre.
Du même Méliton, il avait donné un extrait — cette fois authentique — et huit autres assez douteux, dans le Spicilegium, t. n, p. xxxvhi-lxiv, et il donnera un passage intéressant sur le baptême dans les Analecta sacra, t. n, p. 3-5. Les pièces éditées aux t. i et îv du Spicilège sont souvent très courtes et d'auteurs secondaires. Quelques-unes, cependant, ont attiré l'attention des historiens du dogme, par exemple un fragment souvent cité désormais de Papias, t. i, p. 1-3, des traductions syriaques et arabes d'un Credo de saint Irénée, avec un prologue de Florus de Lyon; de courtes pièces anonymes et qui sont encore sans maître, d'autres qui ont trouvé depuis le leur en saint Jérôme (t. i, p. 9-13) et en Théodore de Mopsueste (t. i, p. 49-159), et surtout des poèmes théoiogiques de trois auteurs latins des m'', ve et vic siècles : le Carmen apologeticum de Commodien (t. i, p. 20-49); trois poèmes in Exodum, in Josue, in Levilicum, que Pitra attribuait à Juvencus et qui sont d'un écrivain gallo-romain d'avant 450 (t. i, p. 171-258); des poésies de l'évèque africain Vérécundus, avec des commentaires sur les cantiques de l'Écriture, où l'on trouve des vues assez neuves sur le péché, la grâce, le purgatoire et les anges, et des notes du même sur Chalcédoine, où l'on entend un écho de la dispute des Trois-Chapitres. La dernière partie de ces tomes i et iv est remplie par les Antirrhetica du patriarche Nicéphore de Constant inople contre
les iconoclastes (t. i. p. 302-501, et t. iv, p. 233-415). Ce dernier volume du Spicilège se termine par les Monumenta ecclesiœ Constaniinopolitarue, recueils de canons sur la discipline ecclésiastique, monastique, pénitentielle ou liturgique.
La publication de ces documents canoniques de l'Eglise grecque par dom Pitra, qui avait été le fruit d'un long séjour studieux à Solesmes et à Ligugé (1853-1857), et la préparation d'une recension d'un ouvrage de Khalli sur le même sujet : Des canons et des collections canoniques de l'Église grecque (Syntagma canonum ) , 1858, ne seraient même pas à signaler dans ce dictionnaire, si elles n'avaient attiré sur lui l'attention de la cour romaine, et motivé son appel à Borne (1858), où il étudia les sources du droit oriental, son voyage d'information exceptionnellement heureux en Bussie et en Autriche (1859-18(50) et, finalement, sa nomination au cardinalat (18G1).
III. Le cardinal. — Ce voyage en Bussie, accompli en habil monastique, dans des conditions extraordinaires et souvent pénibles, fut marqué par une abondante moisson de documents historiques sur le schisme grec, qui ne devaient jamais voir le jour; ils confirmèrent le voyageur dans l'idée qu'il s'était faite à Borne que, jusqu'à Photius, l'Église grecque avait été étroitement unie à Borne, qu'elle conservait beaucoup de traditions catholiques et reviendrait quelque jour au centre de l'unité, qu'enfin sa séparation venait en grande partie de l'infiltration des principes du césarisme dans son droit canonique, et de la confusion finale des lois civiles et des lois ecclésiastiques dans le Nomocanon du pseudo-Photius. Les prémisses de cette moisson de documents parurent en 1864 et en 1808, à Borne, sous le titre : Juris ecclesiaslici Grœcorum historia et monumenta, 2 vol., Corpus juris presque complet auquel il faut toujours revenir pour l'étude du droit canonique grec. Sans vouloir donner même la simple liste de ces recueils, dont les plus importants étaient déjà publiés et furent seulement collationnés sur 77 manuscrits de Moscou, de Munich, de Vienne et de la bibliothèque Vaticane, remarquons la division des matières faite par l'éditeur : 1. le droit canonique primitif, résumé en des documents anonymes ou pseudonymes, aboutissant à la synthèse des Canons et constitutions dits apostoliques ; 2. une seconde période, qui s'étend de Constantin à Justinien, marque le progrès de la discipline ecclésiastique dans les grands conciles; 3. du vie siècle au ixe siècle, codification des lettres disciplinaires des grands docteurs, à l'exclusion des décrétales des papes et du concile qui condamna Photius, et intrusion des lois impériales dans le Nomocanon. « Au point de vue de l'histoire théologique, écrit dom Cabrol, le cardinal arrivait à ces conclusions : la discipline des Grecs n'a pas eu cette immutabilité que revendiquent leurs historiens, et... les papes, bien loin d'être les ennemis de la discipline grecque, s'en sont montrés les plus constants défenseurs. »
Orienté désormais pour une douzaine d'années par Pie IX vers l'Église orientale, Pitra fit, en 1863, une brillante découverte, le secret de l'hymnogràphie grecque, et cette découverte annexa à ses travaux la masse des mélodes, ou hymnographes byzantins. Le cardinal a raconté comment, chez les dominicains de .Saint-Pétersbourg, un manuscrit grec où le texte d'un cantique était ponctué de points rouges, lui fit soupçonner dans ces hymnes, dont aucun critique n'avait encore percé le secret, des divisions symétriques en vers et en strophes; on a raconté par ailleurs comment l'aide obscure d'un humble prêtre landais, l'abbé Pédegert, lui fit reconnaître le rythme de cette poésie ecclésiastique, basé exclusivement sur le nombre des syllabes et la place de l'accent. C'est l'acquis décisif de sa dissertation intitulée : Hymnographie de l'Église