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III. L'ATTITUDE DES ÉCRIVAINS CHRÉTIENS EN

FACE du platonisme. - L'apologétique se renouvelle à mesure que se transforment les attaques ou les besoins auxquels elle doit faire face. Aujourd'hui, un rationalisme négateur essaie de rejeter le christianisme dans l'évolution d'une pensée religieuse dont il ne serait plus qu'une époque, un moment, que sufliraient à expliquer ses antécédents dans le temps et dans l'espace : il importe donc de mettre en relief l'originalité de la révélation, ce qu'elle apporta de nouveau et d'imprévisible. Autrefois, des Grecs, fiers de leur primauté intellectuelle, excluaient avec mépris la foi nouvelle du domaine du savoir : alors, on s'efforçait au contraire de montrer qu'il n'y a pas tant de différences entre la Bible ou l'Évangile et la sagesse profane. On cherchait, on forçait les rapprochements, sans y voir aucun danger, car on expliquait que ce qu'il y a de vrai chez les philosophes avait été pillé dans l'Ancien Testament. Mais la méthode comparative est une arme à deux tranchants : le reproche de plagiat fut retourné contre l'Église par les païens des premiers siècles, puis par les rationalistes de la Renaissance. Au xixc siècle, on en arrive à dire que, tout ce qu'il y a dans le christianisme de doctrines précises, de dogmes, de rites, d'observances, vient de l'hellénisme, et particulièrement de la philosophie platonicienne. Qu'il y ait eu des points de contact entre le « platonisme » et le christianisme, on n'en saurait douter. Mais quelle est la nature et l'étendue de ces relations? et comment faut-il les expliquer? — 1. Historique des controverses à ce sujet. 2. Attitude réelle des écrivains chrétiens (col. 2300). 3. Platon, père des hérésies (col. 2318).

/. BREF EXPOSÉ HISTORIQUE DES CONTROVERSES A ce .sujet. — 1° Au.r premiers siècles de l'Église. L' Écriture sainte et Platon. Ressemblances et plagiai. — 1. Bien avant qu'il y eût une spéculation chrétienne, chez les juifs, la question était déjà posée des rapports du platonisme avec la doctrine révélée. Cent cinquante ans à peu près avant l'ère chrétienne, Aristobule assurait au roi Ptolémée Philométor que Platon et Pythagore avaient connu et utilisé l'Ancien Testament, comme Orphée, Hésiode et Homère. Clément d'Alex., Strom., I, xxn, P. G., t. vin, col. 893 A; Eusèbe, Prsep. evang.,l. VIII,c.x;l.XIII,c.xn,/>, G., t. xxi, col. 637 A, 1097 A. C'était une thèse chère aux juifs hellénisants, qui répondaient ainsi au dédain des Grecs pour tout ce qui était « barbare ». Cf. Philon, Quisrer. div. hères, 43, éd. Wendland, p. 48, 1. 19 sq. : Quod omnis probus liber sit, 8, éd. Cohn et Reiter. p. 16, 1. 2; -De wlernitate mundi, 4 et 5, éd. Cohn et Reiter, p. 76 sq.; Schùrer, Geschichle des jùdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, 3e éd., t. m, 1898. c. vu : Jùdische Propaganda unter heidnischer Maske.

2. La thèse fut reprise par les docteurs chrétiens. Beaucoup s'étonnent, remarque saint Augustin, que Platon ait parlé de Dieu d'une manière qui se rapproche fort de ce qu'enseigne notre religion. De civ. Dei, VIII, xi, P. L., t. xli, col. 235. Pour les rassurer, on reprenait l'ancienne explication : Platon et Pythagore ont connu les livres de Moïse, « leur désir de savoir les ayant conduits jusqu'en Egypte », et ils leur ont fait de larges emprunts. Ainsi parlera Cyrille d'Alexandrie, Cont. Julian., 1. II, P. G., t. lxxvi, col. 573 A: ainsi parlait déjà Justin : ce que Platon dit de la liberté, ce que les philosophes grecs disent de l'immortalité de l'âme, des peines qui suivent la mort, de la contemplation des choses célestes, ils l'ont pris aux prophètes. Apol., i, 44, P. G., t. vi, col. 396 A : cf.

PLATONISME DES PÈRES. LE PROBLÈME

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Talion, Oral. adi>. Grsecos, 10, t'6id., col. 184 B; Théophile d'Antioche, Ad AutoL, n, 12. ibid., col. loti") H: pseudo-Justin, Cohort. ad Grsecos, 1 1. //»'</.. col. 268 C; Clément, Strom., V, xiv. t. ix. col. 205 A; Eusèbe, l'rup. eoang., 1. X, passim. t. xxi. col. 765 sq.

3. Los philosophes païens, se plaçant sur le même terrain, soutenaient la thèse contraire. a Ils ont même use prétendre que toutes les pensées, qu'ils sont obligés d'admirer et de louer dans L'Évangile, Notre-Seigneur les a puisées dans les livres de Platon, puisqu'il n'est pas niable que Platon a existé bien avant l'avènement humain du Seigneur. > S. Augustin, De doctr. christ., II. xxviii, 43, P. L.. t. xxxiv. col. 56. Cëlse était de ces audacieux: il affirmait que les enseignements de Jésus, même ceux sur la richesse et l'humilité, et en général tout ce que disent les chrétiens, avait été dit et bien mieux, par le fondateur de l'Académie; ils y ont seulement ajouté, assurait-il. beaucoup d'absurdités; par exemple, quand ils parlent de résurrection, c'est qu'ils n'ont pas compris ce que les Dialogues enseignent au sujet de la métensomatose. Cf. Origène, Contra Cels..\, lxv; VI, i-xxm: VII, xxvm-xxxii, xi. il. xliii. LIX-LXI, P. G., t. xi. col. 1288 C sq., 1460 B sq.. 1480 D sq., 1504 C sq. .Malgré les réfutations d'Origène, Celse eut des imitateurs; il y en avait encore au temps de saint Ambroise. Voir S, Augustin, Epist., xxxi. 8, P. L.. t. xxxm, col. 125.

1. Ainsi, de part et d'autre, on se fonde sur quelques analogies, qu'on exagère, pour se renvoyer l'accusation de plagiat. Il y a ressemblance, donc quelqu'un a copié. Pour les uns, c'est Platon: pour les autres ce sont les évangélistes, ou Jésus-Christ lui-même. Il faut tenir compte de cette mentalité, quand on voit dans les ouvrages chrétiens des ne et me siècles des lextes platoniciens invoqués presque indifféremment avec ceux de l'Écriture. Ce serait choquant, si l'on ne savait que, pour ces auteurs, Platon avait emprunté ses meilleures idées à la Bible.

5. De cet accord, on donnait aussi d'autres explications. Justin y voyait volontiers une inspiration du Logos, source de toute vérité, qui a pu parler même aux Crées, mais pour les préparer à la vérité intégrale, que possède seul le christianisme. Et Eusèbe, Prsep. f(wi<7..I.XI,c. vm, P. G., t. xxi, col. 868 B, après avoir relevé que Platon parle des êtres immatériels comme Moïse et les prophètes, note qu'il a pu y parvenir en scrutant la nature des choses. Saint Augustin recourt à l'identité de nature chez tous les hommes, (pie l'observation du monde et d'eux-mêmes conduit à une certaine connaissance commune de Dieu. Si Platon parle comme l'Écriture de la formation du inonde, dit-il encore, c'est qu'il l'a lu, ou bien il l'a appris de ceux qui l'avaient lu, ou bien, grâce à l'extrême pénétration de son esprit, il est arrivé à connaître les mystères de Dieu per ea quw facta sunl, ou bien ceux qui les avaient connus de cette manière les lui ont enseignés. De civ. Dei, XI, xxi, P. L., t. xli, col. 335. Cependant, même lorsqu'il eut reconnu l'impossibilité d'une, rencontre en Egypte de Platon et de Jérémie, Augustin retint encore comme probable l'hypothèse que Platon avait connu les Livres saints. De civ. Dei, VIII, xi, t. xi.i, col. 236; Retract., I. U.c. iv, 2, t. xxxn, col. 632. Sur la thèse du plagiat, demeurée longtemps en faveur auprès des érudits qui dépendent de la Réforme et auprès de quelques autres, comme Huet, Thomassin. voir Pinard de La Boullaye, L'étude comparée des religions. 3'' éd.. 1029. p. 177 sq.

2° L'Académie de Florence. Les platoniciens de ( .ambridge. • Le platonisme dévoilé. Réactions des théologiens catholiques. — 1. Le Moyen Age, lui aussi, \it quelquefois en certains philosophes anciens, en Platon surtout, des précurseurs de l'Évangile. Il s'inquiétait de leur salut et, sur la foi d'une légende

rapportée par Anastase le Simule, quelques-uns pensaient alors que Platon fut le premier à croire a la prédication du Christ dans les enfers. Cf. Capéran. Le problème du .va/»/ des infidèles, 2° éd ., 1012, p. 162. 211. L'école de Chartres, Abélard trouvaient chez lui la Trinité. Saint Thomas parle encore de son voyage en Egypte et de ses plagiats. In /ul" Sent., dist. III, q. I, a. 4, ad lum. Platon était en ce temps-là fort mal connu.

C'est après la prise de Constantinople par les Turcs, dans l'entourage des Grecs établis en Italie, puis grâce à des traductions comme celles de Leonardo Bruni, qu'on recommence en Occident à étudier et à admirer « Platon », nom vénéré, sous lequel s'abritaient des doctrines, platoniciennes ou néoplatoniciennes, entre lesquelles on ne faisait guère de distinctions. L'engouement alla fort loin.

Au temps du concile de Florence pour l'union des Églises, le Byzantin Georges Gémiste Pléthon (1355- 1450) est d'avis qu'il n'y a qu'une seule religion véritable, et ce n'est ni celle des chrétiens, ni celle des musulmans, mais le néoplatonisme, qui résume toutes les acquisitions faites au cours des siècles en matière de philosophie religieuse par Hermès Trismégiste, Zoroastre, Orphée, Pythagore, Platon, Plotin. Et parce qu'Aristote s'est mis en dehors de cette tradition, il le déteste. Ce retour au paganisme eût pu compromettre gravement la cause platonicienne. Voir l'art. Pléthon.

Bessarion (1380-1472), qui avait été disciple de Gémiste, se montra plus orthodoxe et plus équitable que son maître. S'il écrit pour défendre Platon contre Georges de Trébizonde (In calumniatorcm Plalonis libri IV, éd. Mohler, Paderborn, 1027), il sait aussi rendre justice à Aristote : Colo et veneror Aristotelem, amo'Platonem. Il aime Platon comme le païen qui s'est le plus approché de la vérité révélée, mais en reconnaissant qu'il s'est trompé en des questions très importantes et ne saurait remplacer l'Évangile. Cette modération assure au platonisme droit de cité en Occident et rend possible l'teuvre de Marsile Ficin (1433-1400). La traduction latine de Platon paraît en 1483-1484.

L'influence de Ficin et de l'Académie de Florence. « la famille de Platon » comme on aimait à s'y appeler, fut tellement rayonnante qu'on a pu dater le commencement de la Benaissance en France du jour où y fut connu le Commentaire du « Banquet ». Le thème qui y est développé avec complaisance, la tendance de l'homme vers Dieu et sa divinisation par l'amour, fut repris à l'envi — et déformé — par les artistes et les poètes, dans l'Italie du XVIe siècle. En général, l'Académie accentua le côté, religieux du néoplatonisme. Contre des adversaires, comme Pomponace, le professeur de Padoue (1488-1512), qui invoquaient Aristote, Alexandre d'Aphrodise et les commentateurs averroïstes pour nier la spiritualité et la survivance de l'âme, elle insista sur les enseignements platoniciens au sujet de Dieu, de l'immortalité, de la récompense des justes, du châtiment des pécheurs, et sans scrupule, comme jadis Michel Psellos faisait à Byzance, les présenta comme tout à fait d'accord avec la vérité chrétienne, cf. Marsile Ficin, Theologia platonica de immortalitate animorum. On était toujours persuadé que Xuménius, Philon, Plotin, Jamblique et Proclus, pour interpréter Platon, avaient utilisé Jean, Paul, Hiérothée ou Denvs l'Aréopagite. Sur la Benaissance platonicienne, voir Jac. Bruckerius, Historia crilica philosophie, Leipzig, 1743, period. III, pars I, I. L c. ii : De restauraloribus philosophiez platonicse, I. iv, p. 41-61 ; Vacherot, Histoire critique de /' École d' Alexandrie, t. m, p. 178 sq.; Ch. Huit, Le platonisme pendant la Renaissance, dans Annales de philosophie chrétienne t. xxxn. 1805. p. 376 sq., ici l'article Ficin. et celui

PLATONISME DES PÈRES. LE PROBLÊME

de C. Waddington, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, 1885, |>. 537 sq.

2. Les humanistes et théologiens anglicans, connus sous le nom de platoniciens de Cambridge (entre 1633 et 1688), Whichcote, Smith, Cudworth, More..., furent des concordistes encore plus résolus. Frappés par la doctrine de l'extase, qu'ils comprenaient non comme une exaltation passagère, mais comme une habituelle concentration en Dieu, à cause de son amabilité, de sa perfection, de sa beauté; ils y virent l'équivalent de cette seconde naissance qui est la justification par le Christ, le grand don de Dieu que prépare une vie vertueuse. Entre la trinité néoplatonicienne et la Trinité chrétienne ils n'apercevaient guère plus de différence. Us étaient poussés dans cette voie par la persuasion que les Grecs n'ont pas ignoré la Bible, mais aussi par une confiance exagérée en la raison humaine, qui effaçait les frontières entre la religion naturelle et la religion révélée, les dogmes de la seconde n'étant pas moins « raisonnables », comme ils disaient, que les vérités enseignées par la première. Cf. J. A. Stewart, art. Cambridge platonists, dans Encyclopœdia of religion and ethics de Hastings.

L'ouvrage de Cudworth, The true intellectual système oj the universe, Londres, 1678, fut traduit en latin, annoté et critiqué en 1733 par Jean-Laurent Mosheim qui avait écrit déjà, en 1725, son De lurbata per recentiores Platonicos Ecclesia. Tandis que, selon R. Cudworth, la vraie doctrine des trois principes divins — celle de Platon et non pas celle que ses disciples avaient altérée — n'a rien de contraire à l'orthodoxie chrétienne, christianorum nullo modo adversatur dogmati, Mosheim repousse au contraire toute analogie et accuse le docteur de Cambridge de s'être laissé luimême séduire, jusqu'à mettre une différence de degré et de dignité entre les trois personnes de la sainte Trinité. Induxit, quod evidens esl, in hune errorem magnum hominem nimius p'atonici dogmatis amor. Il a trop aimé Platon. C'est la cause de son erreur. Sgstema intellectuale hujus universi, traduct. de J.-L. Mosheim, 2e édit., 1773, prœfatio Moshemiii, p. xxxv; cf. t. i, c. iv, n. 36, p. 845.

3. N. Souverain, ancien ministre calviniste de Poitiers, destitué comme arminien, dans un livre publié en 1700 et qui fit scandale, s'efforçait d'établir, entre le dogme et le platonisme, non seulement un accord mais une fâcheuse dépendance; à l'en croire, très vite la pureté du christianisme fut altérée par le fait de plusieurs Pères de l'Église, qui, d'abord platoniciens, l'étaient toujours restés, même après leur conversion. Ainsi, ce que Justin ou Athénagore, Théophile, Clément d'Alexandrie, Origène ont dit de la Trinité ou du Verbe, ils le tenaient de Platon. C'était la thèse soutenue dans L° platonisme dévoilé, ou essai touchant le Verbe platonicien, Cologne, 1700.

4. Les théologiens catholiques. — Plusieurs parmi eux étaient entrés dans la voie du concordisme avec indiscrétion : ils ne pouvaient parler de la sainte Trinité sans invoquer Platon, Numénius, Plotin ou Hermès Trismégiste, citant un petit nombre de textes, toujours les mêmes, par exemple, Gilles de Viterbe, dans son Commentaire sur le Ia livre des Sentences, selon l'esprit de Platon (vers 1510), cf. Paquier, Un essai de théologie platonicienne à la Renaissance, dans Recherches de science religieuse, 1923; Fr. Hannibal Rosselli, ordinis minorum regularis observantiœ, theologiœ et philosophiœ professoris ad S. Bernardinum Cracovire, Pymander Mercurii Trismegisli cum c.ommento. Liber primus de SS. Trinitate, Cracovie, 1585.

De bons esprits s'alarmèrent. Bellarmin déconseillait même à Clément VIII de faire enseigner à l'université romaine de la Sapience la philosophie de Platon, •dangereuse, disait-il, justement parce qu'elle semble

ne pas l'être, à cause de ses affinités avec le christianisme, ("était faire œuvre de préservation; il fallait de plus, par une étude critique, mettre au point des rapprochements qu'on multipliait avec beaucoup de légèreté. Petau mit sa science au service de cette cause nécessaire. Voir, dans le t. n des Theologica dogmala, paru en 161 1, les premiers chapitres du 1. I, c. i : Quid de Trinitate veteres pliilosophi, prœserlim platonici, tradiderint...; c. n : De Trinitate quemadmodum Philo Judieus ac Mercurius Trismegislus senserint. Là, il déplorait, il exagérait peut-être un peu, la béate admiration qui jette certains des nôtres pour ainsi dire dans les bras des platoniciens, au détriment de la vérité et non sans danger pour l'intégrité de la foi et concluait au sujet de l'un d'entre eux ce qu'il pensait de tous, que jamais il n'aurait écrit comme il l'a fait, s'il avait lu un peu plus attentivement les œuvres de Platon et de ses disciples. C. n, n. 6. Cf. Galtier, Petau et la préface de son De Trinitate, dans Recherches de science religieuse, 1931, p. 469 sq. Malgré ces mises au point, les mêmes tendances se retrouvent ensuite à l'égard du platonisme, ou d'indiscrète complaisance ou d'intransigeante sévérité.

Ainsi Thomassin, dans la préface du t. icr de ses Dogmata theologica (1684), après avoir rappelé les jugements flatteurs de saint Augustin et de Baronius qui voyaient dans l'Académie comme un vestibule de l'Église chrétienne, déclarait que, dans son ouvrage, il était resté lui-même attaché, autant que possible, à la pensée platonicienne : Id nos quidem mordicus retinuimus ut Platonicorum non placita tantum, sed et verba ad Scri])lurarum et sanclorum Patrum norman trulinaremus et sicubi dissonarent, castigaremus. Prœjatio, x. Pour se convaincre qu'il a tenu parole, il suffit de jeter un regard sur son œuvre, par exemple, Dogmala theologica, t. m, tract. II, De divina et sanclissima Trinitate, c. xxxiv : An anliquis philosophis, maxime platonicis, illuxerit (ides vel doclrina sanctissimse Trinitatis; c. xxxv : Ex Platone ipso confirmantur antedicta. Quam mulla et quam preeclara antiquissimis philosophis illuxerint de Trinitate; c. xxxvi : Philonis Judei- doclrina de pluribus unius summee Deitatis hgpostasibus et personis. Cf. t. i, 1. II, c. v.

Thomassin parle dans le De Deo, 1. II, c. v, n. 2, de certains textes de Plotin cités par Eusèbe, ex quibus consubstantialitas sane exseulpi possit Patris et Verbi, si molli pollice nec amante contentionis animo ea tractenlur. De cette bonne volonté il fit preuve tout le premier, et le « coup de pouce » même, il n'a pas hésité à le donner.

Dans un sens opposé, le jésuite Baltus écrivit en 1711 la Défense des SS. Pères accusez de platonisme, en réponse à Souverain et plus encore à Jean Le Clerc qui, dans sa Bibliothèque universelle (t. x, 1688), se montrait, lui aussi, « entêté » des mêmes chimères. Mais, entraîné par la polémique, pour ruiner, en même temps que le prétendu platonisme des Pères, les sociniens, qui « en ont fait le fondement de leur; blasphèmes» (1. IV, c. i, p. 427), Baltus prétendit que, dans aucune école de l'Église primitive, pas plus à Alexandrie qu'à Césarée, Édesse ou Nisibe, on ne s'était attaché et on ne pouvait s'attacher à une secte philosophique, car elles étaient toutes païennes; bien plus, que les Pères s'étaient toujours abstenus d'employer des expressions platoniciennes, car jamais, disait-il, ils ne s'écartèrent du langage de l'Écriture, quand il s'agissait de religion. L. IV, c. x, p. 507.

La réponse dépassait le but : elle niait une influence de l'hellénisme, que le P. Petau avait admise dans une certaine mesure; c'était sortir d'une voie où tôt ou tard, avec prudence, il faudrait rentrer. Voir, sur Baltus, les sévères remarques de Jacques Brucker, Historia critica philosophiœ, t. m, p. 396 sq. ; et sur

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