‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 246 sur 437 · PLATONISME. TRANSMISSION AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

PLATONISME. TRANSMISSION AU MOYEN AGE

voir Rivaud, Platon, Timée, Critias, éd. « Les belleslettres . Paris. 1925, p. 3sq.; sur le commentaire de Chalcidius, Switalski, Des Chalcidius Commentar zu Platos Timôus, dans les Beitràge de Bàumker, t. m, fasc. 6, Munster, 1902.

Au xir' siècle, le Phédon et le Ménon sont traduits par Henri Aristippe en Sicile, et quelques copies commencent à circuler. Jusque-là on ne connaissait de ces dialogues que des extraits. Sur- le platonisme au Moyen Age, voir de M. de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, t. i, n. 33, 5° éd. franc., 1921, p. 66 sq. ; Bàumker, Der Platonismus ini Mittelalter, dans Studien und Charakteristiken :ur Geschichte der Philosophie, insbesondere des M. A., édité par Grabmann, Beitràge..., Munster, 1928.

2. Par quelques auteurs et commentateurs d'inspiration néoplatonicienne : Apulée de Madaure, dont on connaît le De doymate Plalonis et le De deo Soeratis; on lui attribue à tort VAsclépius, qu'on cite souvent au Moyen Age sous le nom de Mercure ou d'Hermès Trismégiste qui, dans le dialogue, répond aux questions d'Asclépius. Aux livres hermétiques on emprunte des aphorismes qui formulent, selon l'esprit d'un néoplatonisme mêlé de pythagorisme, la nature de Dieu et ses rapports avec le monde. Thierry de Chartres, Abélard, Alain de Lille, Guillaume d'Auvergne les citent d'après saint Augustin et le De quinque luvresibus faussement attribué à saint Augustin. Sur ces livres hermétiques, cf. Reitzenstein, Poimandres. Studien zur griechisch-àgyptischen und frùhchristlichen Lileratur, 1904, qui insiste sur l'importance des éléments égyptiens, et Zielinski, Hermès und die Hermetik, dans Archiv jùr Religionswissenschaft, 1905 et 1906, qui proteste contre l'égyptomanie de Reitzenstein et insiste sur l'influence de la philosophie grecque:

Le commentaire du Timée par Chalcidius, œuvre éclectique de la fin du ive siècle ou du commencement du ve, o le Moyen Age apprit à connaître, avec des extraits d'autres dialogues platoniciens, certaines théories des présocratiques, d'Aristote, des stoïciens, de Philon, de Numénius. Cf. Switalski, Des Chalcidius Commentar zu Platos Timiius, dans Beitràge..., t. m, fasc. 6, Munster, 1902.

Le commentaire sur le songe de Scipion de Macrobe (ve siècle), pour qui Plotin est inter philosophie? projessores cum Plalone princeps et qui est, lui-même, pourrait-on dire, un des « professeurs » du Moyen Age. Les savants lui empruntent ses théories physiques et astronomiques; Bavon II, abbé de Corbie, Manegold de Lautenbach, Abélard, Hugues de Saint-Victor, les chartrains sont tributaires de ses idées philosophiques. Cf. M. Schedler, Die Philosophie des Macrobius und ihr Ein/luss auf die ^Yissenscha|t des christlichen M. A., dans Beitràge..., t. xn, fasc. 1, Munster, 1916. On distingue chez lui un écho très net du système néoplatonicien, de la hiérarchie des êtres et de leurs processions, à la manière des Ennéadcs. C'est par lui aussi (Comm. in somn. Scipionis, i, 8) que le Moyen Age connaît la division plotinienne des vertus, si souvent reproduite. Voir M. van Lieshout, La théorie plotinienne de la vertu, Fribourg (Suisse), 1926, p. 124 sq.

3. La seconde moitié du xnc" siècle, qui fait connaître à l'Occident les livres d'Aristote autres que YOrganon, lui apporte aussi de nouvelles traductions d'oeuvres néoplatoniciennes ou marquées par le néoplatonisme. Vers 1151, quelques années avant que paraissent les Sentences de Pierre Lombard, Burgundio de Pise traduit la IIIe partie de la Source de la connaissance de saint Jean Damascènc, le De fuie orthodoxa, où sont mis au service du dogme les principes néoplatoniciens en même temps que la méthode d'Aristote. Le même Burgundio traduit en 1159 un ouvrage de Némésius, évèque d'Émèse, qui avait été traduit déjà au xic siècle

DICT. DE THÉOL. CATHOL

par Alfanus de Salernc : le Ilepi epuascoç àv0pâ>7i:ou, De natura hominis, qui jusqu'au xvie siècle fut attribué à Grégoire de Nysse sous le titre Libri octo de philosophia. Là encore le platonisme se mêlait à l'aristotélisme. Voir l'art. Némésius, et Domanski, Die Psychologie des Nemesius, 1900.

Vers 1180, le Liber de causis, qu'on attribua longtemps à Aristote, Liber Aristolelis de expositione bonilalis pune, mais dont Proclus est la source, est traduit de l'arabe à Tolède par Gérard de Crémone. Alain de Lille déjà le connaît. Il est cité ou commenté par Guillaume d'Auvergne, Robert Orosseteste, Alexandre de Halès, saint Bonaventure, Albert le Grand, saint Thomas, qui reconnaît son origine platonicienne (Comment, de causis, lect. iv). Cf. Bardenhewer, Liber de causis, Die pseudoarislotelische Schrift ùber das reine Gut bekannt unter dem Namen Liber de causis, Fribourg-en-Br., 1882. A la même époque, on peut lire en latin la Théologie d'Aristote, qu'on appelait aussi De secreliore ^Egyptiorum philosophia, mais dont l'inspiration plotinienne est évidente. Saint Thomas, De unitate intellcclus adversus Averroïstas, éd. Mandonnet, p. 45, dit en avoir vu un texte grec aujourd'hui perdu; les Arabes l'avaient traduit du syriaque et attribué à Aristote.

D'autres oeuvres néoplatoniciennes faussement attribuées à Aristote sont alors traduites de l'arabe, le Livre de la pomme (Aristoteles de porno, ou de morte), et la pseudo Politique d'Aristote à Alexandre (ou Secretum secretorum). Cf. Bàumker, Der Platonismus in Mittelalter, p. 158, n. 51. Il faut nommer encore le Livre des XXIV maîtres, Liber de propositionibus sive de regulis theologiœ qui dicitur Termegisti Philosophi, où se lisaient ces propositions caractéristiques : 1. Deus est monas monadem gignens in se suum reflectens àrdorem; 2. Deus est sphœra infinita, cujus centrum est ubique, circumjerentia nusquam; 11. Deus est superens...; 23. Deus est qui verius cognoscilur quid non est quam quid est; 24. Deus est qui sola ignorantia mente cognoscitur. Les deux premières propositions sont souvent citées au Moyen Age; les autres se retrouvent chez maître Eckhàrt, Nicolas de Cues, Thomas Bradwardine. Cf. Bàumker, Das pseudohermetische Buch der XXIV Meister, dans Der Platonismus im Mittelalter, p. 205 sq.

En 1268, Guillaume de Mœrbeke fait paraître la STOiyetwaiç OeoXoytxf) de Proclus, sous le titre : Elementatio theologica. La traduction est connue de saint Thomas, utilisée par Witelo et Thierry de Freiberg ( Theodoricus Teutonicus), commentée par Bcrthold de Mosburg. Elle ne fut pas sans influence sur la pensée de Gilles de Rome. Cf. Hocedez, JEgidii Romani Theoremata de esse et essentia, Louvain, 1930, p. 67 sq.

4. Le platonisme entre encore en Occident, par l'intermédiaire des Arabes et des Juifs, non seulement par les œuvres anciennes qu'ils y introduisirent, mais par leurs propres ouvrages; car, dès la seconde moitié du ixe siècle, on connaissait dans l'Islam non seulement Aristote, mais Platon, les grands commentateurs, et Porphyre et Plotin que les Arabes confondent souvent avec Platon. Al-Farabi, Avicenne portent la marque de ce néoplatonisme dont Averroès lui-même n'arrive pas à se libérer complètement.

Or, avant la fin du xne siècle, Dominique Gundisalvi et Jean l'Espagnol avaient en collaboration traduit la Logique, certaines parties de la Physique et la Métaphysique d'Avicenne, le Pons vitœ d'Avicebron.

5. Mais les. grands maîtres en platonisme du Moyeu Age furent les docteurs chrétiens qui, ayant adapte au dogme la sagesse antique, la rendaient recommanda ble par leur autorité incontestée. Origène était connu

PLATONISME DES PÈRES. LE PROBLÈME

par la traduction de Rufin; Clément d'Alexandrie' est quelquefois cité. Mais aucun Père n'atteignit à la notoriété de saint Augustin et du pseudo-Denys, comme le prouvent pour Augustin les manuscrits de ses œuvres datant de cette époque et les catalogues des bibliothèques, et pour le pseudo-Denys, des traductions et des commentaires très nombreux. Peutêtre. l'intluence de ce dernier n'a-t-elle pas été de tout point excellente; on ne saurait douter qu'elle fut considérable. Ses ouvrages furent envoyés une première fois, vers 758, par le pape Paul Ier à Pépin le Bref, une seconde fois, en 827, par le basileus Michel le Bègue à Louis le Pieux (G. Théry, L'entrée du pseudo- Denys en Occident, Mélanges Mandonnet, t. n, 1930, p. 23 sq.). Hilduin les traduit en latin (après 842), puis Scot Érigène (vers 877). La condamnation de leur traducteur eût pu les atteindre et arrêter l'expansion des idées néoplatoniciennes. Il n'en fut rien. Jean Sarrazin le traduit de nouveau au xn° siècle, et Robert Grosseteste, du moins en partie, au xme. Hugues de Saint-Victor commente la Hiérarchie céleste. Thomas Gallus de Verceil, qui enseigne aussi à Saint-Victor au début du xmc siècle, fait paraître un commentaire et des Extractiones qui jouissent encore au xvc siècle d'une grande réputation. Tous les mystiques le considèrent comme un maître. Sur les écrits aréopagitiques, voir Viller, La spiritualité des premiers siècles chrétiens, Paris, 1930, p. 130 sq., sur leurs traductions latines, Grabmann, Mittelallerliches Geistesleben, 1926, p. 449 sq.

6. On ne peut penser à suivre ici jusqu'au bout ces influences plus ou moins pénétrantes du « platonisme ». En Orient, elles passent par les Pères alexandrins, les Cappadociens, Évagre, Denys, saint Maxime le Confesseur, dont l'action fut si profonde sur la mystique byzantine.

En Occident, on les reconnaît chez Scot Érigène, qui se forme lui aussi en dépendance de Denys, de Maxime, de Grégoire de Nysse, mais plus encore de saint Augustin. (Jacquin, Le néoplatonisme de Jean Scot. dans Revue des sciences phil. et théol., 1907); chez Odon de Tournai, qui, au xr= siècle, base sur le réalisme outré son explication de la production des âmes et de la transmission du péché originel (voir son article); chez saint Anselme sur qui l'influence d'Augustin est prépondérante (Cayré, L'idée de Dieu, dans la philosophie de saint Anselme, Paris, 1923, c. m et iv); dans l'école de Chartres, où l'on se souvient des Idées et du Noys divin et de la nature qui forme toutes choses selon le modèle des Idées qu'elle contemple dans le Noys, et de la sympathie qui enchaîne les parties de l'univers, où le supérieur rayonne sa perfection sur les inférieurs; dans les théories mystiques des victorins; dans l'augustinisme platonisant ou avicennisant; chez Albert le Grand, commentateur de Denys et du Liber de causis et chez son disciple Ulrich de Strasbourg : « les deux premiers livres de la Summa de Bono constituent un véritable commentaire des Noms divins dupseudo-Aréopagite ». Cf. Théry, Originalité du plan de la Summa de Bono d'Ulrich de Strasbourg, dans Revue thomiste, 1922, p. 376 sq. ; cf. Grabmann, Studien iïber Ulrich von Strassburg. Hilder ivissenschaf tliches Lebens und Strebens aus der Schule Alberls des Grossen, dans Mittelallerliches Geistesleben, Munich, 1926, p. 202-216.

Chez saint Thomas lui-même des éléments platoniciens pénétrèrent ou demeurèrent. Comment pouvait-il en être autrement, alors qu'il commente lui aussi les Noms divins du pseudo-Denys, le Liber de causis (on dit qu'il allait entreprendre un commentaire du Tintée quand la mort le frappa), alors qu'il cite Denys à peu près 1700 l'ois (cf. Durantel, Saint ■ Thomas et le pseudo-Denys, Paris. 1919) et saint

Augustin presque autant. Cf. v. Hertling, Augustinuscilate bei Thomas von Aquin, Munich, 1904. Comment un peu de néoplatonisme ne serait-il pas resté? Il en est resté plus qu'on ne pense parfois.

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