‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 270 sur 437 · PLOVE (NICOLAS) — PLOWDEN (FRANÇOIS · texte numérisé non relu

PLOVE (NICOLAS) — PLOWDEN (FRANÇOIS

PLOVE Nicolas, théologien et canoniste polonais. (xve siècle). C'est le même personnage qui est appelé Plovius, Pluuœus, Puluseus, Plonius, Blonius, de

Ploue, de Blony, de Blonié. Ce dernier nom semblerait le plus exact, Nicolas étant originaire de Blonié, petite localité à 20 kilomètres à l'ouest de Varsovie. Il fut docteur en droit canonique et chapelain de l'évêque Stanislas Tzolek, qui occupa le siège de Poznan entre 1428 et 1438. Prédicateur en renom, il a laissé des sermons qui ont été imprimés à la fin du xve siècle : Sermones de tempore et sanctis, Strasbourg, 1495 et 1498 (donnés comme de Nicolas Blony). Cf. Hain, Repertorium, n. 3262 et 3263. Il est aussi l'auteur d'un petit traité de théologie pastorale qui a eu un très vif succès, à en juger par les très nombreuses éditions qui en parurent à la fm du xve et au début du xvi° siècle ': Tractatus sacerdotalis de sacramentis deque divinis officiis et eorum administrationibus, Strasbourg, 1476, 1488, 1490, 1492, 1493, etc., etc. Cf. Hain, Repertorium, n. 3253 sq. C'est un petit manuel contenant, sous forme brève, ce qu'un ecclésiastique doit savoir sur les sacrements (en général et en particulier), sur la messe (dont les différentes parties sont expliquées de manière sobre mais très claire), sur les heures canoniques, sur les censures (excommunication, suspense, nterdit), et les irrégularités. Il y aurait intérêt à relever la théologie sacramentaire de l'auteur, qui aime à comparer en mainte rencontre la position des canonistes et celle des théologiens. Ces diverses parties ont été reproduites dans les Tractatus juris, t. xiv, Venise, 1584, où l'on trouvera le De sacramentis et de sacrificio missœ, fol. 77 r°-96 v°, le De interdicto, fol. 333 r°- 334 v°, le De excommun icatione, fol. 363 r°-366 r°, le De irregularitale, fol. 400 r°-402 v°; le De horis canonicis, figure, au t. xv b, fol. 564 v°-566 v° (l'auteur est appelé ici Nicolas de Poznan). Dans la Bibliotheca realis juridica, de Martin Lipen (édit. d'Ienichen, Leipzig, 1736), nous avons relevé, p. 40 b, une référence à un traité de Nicolas Plouaeus (de Plouo), De s. pontificis autoritate, Paris, in-8°; nous n'avons pas réussi à identifier cet ouvrage.

Possevin, Apparatus sacer, t. n, Cologne, 1608, p. 155 (distingue à tort entre Nicolas de Ploue et Nicolaus Plovius); C. Oudin, Comm. de scriptor. eccles. ant., t. m, 1722, col. 2368; Jôcher, Gelehrles Lexikon, t. m, 1751, col. 924, et édit. Rotermund, t. v, 1816, col. 677; Hurter, Nomenclator, 3e éd., t. il, col. 867.

É. Amann.

1. PLOWDEN Charles, jésuite anglais. Né le 1er mai 1743, à PIowden-Hall (Shropshire), il acheva ses études littéraires au collège des jésuites anglais, à Saint-Omer, et entra, en 1759, au noviciat de Watten. Ordonné prêtre à Rome en 1770, il fut envoyé comme ministre au collège anglais de Bruges. Après la suppression de la Compagnie et la dissolution du collège par le gouvernement impérial, en 1773, il rejoignit l'Académie anglaise établie à Liège. De retour en Angleterre, en 1784, il accepta un poste de chapelain dans une famille noble et s'adonna avec le plus grand zèle au ministère apostolique. En 1794, il retrouva ses confrères chassés de Liège par la Révolution, à Stonyhurst, où ils venaient d'ouvrir un collège.Lorsqu'en 1803 Pie VII permit à un certain nombre d'anciens jésuites anglais de s'affilier à la Compagnie subsistant en Russie et d'ouvrir un noviciat à Hodder, près de Stonyhurst, le P. Plowden fut nommé maître des novices. C'est là qu'il fit sa profession solennelle, en 1805. En 1817, il devint provincial et exerça en même temps les fonctions de recteur au collège de Stonyhurst. Revenant d'un voyage à Rome, où il avait pris part à l'élection du nouveau général, il mourut subitement à Jougne, en Franche-Comté, le 13 juin 1821. Au témoignage des contemporains, le P. Plowden unit

au zèle apostolique le plus ardent un remarquable talent d'orateur et d'écrivain et une formation classique et théologique très solide.

Ses écrits se rapportent surtout à la défense des droits de l'Église et aux controverses qui divisaient les catholiques anglais. Cela explique le ton parfois trop vif de ses répliques. Ses principaux ouvrages sont : Considérations on the modem opinion oj the fallibility of the Hohj See in the décision of dogmatical questions, Londres, 1780, défense de la certitude des jugements dogmatiques du pape, pour laquelle, comme le remarque Sommervogel, l'auteur semble avoir beaucoup puisé dans un opuscule publié en 1768 par le P. Berthier, S. J. : Examen du quatrième article du clergé de France assemblé en France en 16S2. — Observations on the oath proposed to the English catholicsr Londres, 1791. — A propos des controverses qui s'élevèrent, en 1790, entre le Comité catholique et lesvicaires apostoliques, le P. Plowden publia, à la demande de ces derniers, An answer to the second Bluebook containing a réfutation of the principles, charges and arguments advanced by the catholic Committee againsl their bishops, Londres, 1791. — Remarks on the writings of the Rev. Joseph Berington, Londres, 1792, destiné à réfuter les assertions téméraires ou erronées du prêtre J. Berington, dont trois ouvrages furent censurés par le synode épiscopal. — Remarks on a book entitled Memoirs of Gregorio Panzani preceded by an address to the Rei>. J. Berington, Liège, 1794. Panzani, plus tard évêque de Mileto, avait été envoyé en 1634 en Angleterre, en mission secrète, pour étudier sur place la situation des catholiques et en particulier les moyens de mettre fin aux pénibles dissensions entre le clergé séculier et les réguliers. En 1793, Berington publia en anglais, sous le titre Mémoires de Greg. Panzani, un texte établi par l'historien Charles Dodd (1671-1732) et basé, aux dires de celui-ci, sur les rapports originaux de Panzani. Le P. Plowden crut pouvoir nier l'authenticité de ces Mémoires très défavorables aux jésuites et traita Dodd d'imposteur. En fait, comme on l'a établi depuis, les rapports de Panzani sont authentiques; Dodd avait, il est vrai, traité fort librement le texte original, surtout en l'abrégeant beaucoup.

Dr. Oliver, Collections toivards illustrating the biography of the Scotish, English and Irish members of the Society of Jésus, 1845, p. 166-169 ; H. Foley, S. J., Records of the English province of the Society of Jésus, t. iv, 1878, p. 555-560; Gillow, Bibliographieal dictionary of the English calholics, t. x, p. 322-325; Dictionary of national biography, t. xv, p. 1312- 1313; Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vi, 1903- 1906; Hurter, Nomenclator, 3e éd., t. v, col. 833.

J.-P. GRAUSEM.

2. PLOWDEN François, ecclésiastique anglais du xvme siècle, né d'une famille catholique, qui suivit Jacques II en France. Sa date de naissance est inconnue; on sait qu'il fut élevé à Saint-Germain-en-Laye et qu'il fit ses études au Séminaire des Anglais à Paris, où il prit le grade de licencié en théologie et reçut les ordres sacrés. Il se laissa entraîner parmi les jansénistes appelants et, persistant dans son opposition à Rome, se vit par là refuser l'accès aux dignités. D'abord catéchiste à Saint-Étienne-du-Mont, il fut, à cause de ses idées, chassé de cette paroisse et, après un voyage en Angleterre, il reprit des catéchismes à la maison de Saint-Charles. Mais, bientôt, il dut se contenter de faire des catéchismes dans des maisons particulières, refusant toujours de souscrire aux conditions exigées parles pouvoirs ecclésiastiques. II est mort vers 1787.

Il existe un certain nombre d'ouvrages 'à lui attribués. Le seul dont on puisse garantir l'authenticité est le Traité du sacrifice de Jésus-Christ, 3 vol. in-12, Paris, 1778, chez la veuve Desaint, rue du Foin-

PLOW'DEN (FRANÇOIS) - PLUniKT (ADRIEN

Saint-Jacques (sans nom d'auteur). Nous avons, ici même, exposé la thèse fondamentale de ce traité : réalité du sacrifice de Jésus-Christ à la messe non par une immolation nouvelle, mais par l'oblation de l'immolation jadis accomplie au Calvaire. Voir Messe, t. x. col. 1217. Cet ouvrage provoqua des divisions parmi les appelants. L'abbé Rivière, dit Pelvert, s'attaqua à la thèse de Plowden. Après plusieurs conciliabules. Plowden se décida à modifier les passages sur lesquels s'étaient exercés, avec le plus de vigueur, les critiques et introduisit dans son ouvrage des « cartons » qui ne changeaient ni les divisions, ni la pagination. C'est ce qui explique qu'on trouve, avec la même date d'édition et une présentation extérieure absolument semblable, deux textes parfois assez divergents. L'exemplaire qui se trouve à la Bibliothèque nationale, à Paris, possède le texte non corrigé et doit être consulté de préférence.

Il avait été décidé d'abord entre appelants que l'on ne soulèverait aucune controverse publique. Mais Plowden ayant repris ses premières conceptions, Rivière l'attaqua vivement. Sur cette controverse, voir Messe, col. 1218 sq. Rivière et ses amis publièrent un certain nombre d'ouvrages contre Plowden. Voir Rivière. Mais Plowden ne répondit jamais. La controverse, d'ailleurs, se passa entièrement entre appelants.

Michaud, Bibliographie universelle, art. Plowden (François).

A. Michel.

PLUMYOEN Josse-Joseph (1692-1757), né à Ypres, le 2 février 1692, fit ses études de philosophie à Ypres, chez les jésuites, et sa théologie à l'université de Douai, où il obtint, le 20 mars 1713, le grade de licencié. Revenu à Ypres, il fut successivement pénitencier, censeur des livres, examinateur synodal et proviseur du séminaire épiscopal, et enfin doyen du chapitre, le 20 octobre 1736. Il mourut le 10 janvier

Il a publié divers écrits de théologie ou d'histoire religieuse. On peut citer les suivants : Examen du différend de saint Cyprien avec le pape saint Etienne, au sujet de la rebaptisation des hérétiques, où l'on montre la fausseté de la comparaison prétendue entre la cause de ce saint et celle des appelants de la bulle Unigenitus, in-4°, Ypres, 1720; quelques écrivains ont attribué, à tort, ce semble, cet écrit à François Foppens. — Dissertaliones selectie in Scripturam sacram, in-8°, Ypres, 1735. La dissertation sur la Dernière Pâque du Christ, traduite en français, a été publiée, t. il, p. 81 sq. de la Bible en latin et en français, avec des préfaces, des dissertations et des notes littérales, critiques et historiques, éditée à Paris en 1748, par dom Calmet, l'abbé de Vence et les auteurs les plus célèbres, en 25 volumes, dont le dernier parut en 1824. Les Mémoires de Trévoux, août 1741, p. 1349-1380, parlent de la dissertation sur les soixante-dix semaines de Daniel. — Réflexions adressées à M. Joly de Fleury, avocat général au parlement de Paris, sur son plaidoyer du 22 août 1739, pour la suppression d'un écrit intitulé : Lettres de plusieurs évêques sur l'obligation de priver du sacrifice de la messe les appelants », in-4°, Ypres, 1739. — Explications de la prophétie de Jacob, dans Mémoires de Trévoux, septembre 1741, p. 1653-1679. Histoire des anciens empereurs de l'Asie jusqu'à la mort de Cyrus, précédée de l'histoire du monde depuis la création jusqu'à la dispersion des peuples, servant d'introduction, in-8°, Ypres, 1745 (Mémoires de Trévoux, avril 1748, p. 677-705). — Plumyoen a laissé quelques manuscrits énumérés par Gœthals et les Mémoires de Trévoux. La plupart de ces écrits sont perdus; ils traitaient de questions relatives à l'Écriture sainte : histoire avant et après le déluge: chronologie de

Joseph; histoire des pharaons; Céphas repris par saint Paul; histoire du peuple hébreu depuis la vocation d'Abraham.

Gœthals, Histoire des lettres, des sciences..., 1 vol. in-8°, Bruxelles, 1840-1811, t. m, p. 293-302; Vandeputte, Bibliographie des hommes remarquables de la Flandre occidentale, t. il, p. 1)8-99; Al. Vandenpcercboom, Ypriuna, t. vi, p. 414-410, 421, 138; Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, t. xvn, col. 834-838; Hurter, Nomenclator, 3» édit., t. iv, col. 1439.

J. Carreyre.

1. PLUQUET François-André-Adrien (1716- 1790), né à Baveux, le 14 juin 1716, fit ses études à Caen et à Paris. Il fut précepteur de l'abbé de Choiseul, qui, devenu archevêque d'Albi et ensuite de Cambrai, l'amena avec lui dans ses deux résidences. Il fut chanoine de Cambrai, en 1764, et devint, en 1766, professeur de théologie morale au Collège de France et, en 1768, professeur d'histoire. Il prit sa retraite, en 1782. et, dès lors, s'occupa fort activement de théologie morale et sociale. Il passait pour fort attaché au parti janséniste; cependant les doctrines jansénistes proprement dites ne paraissent que fort peu dans ses écrits. Il mourut à Paris le 18 septembre 1790.

Les écrits de Pluquet se rapportent ordinairement à la théologie morale et ils ont pour but de combattre l'incrédulité grandissante du xviir2 siècle. Le premier en date a pour titre : Examen du fatalisme ou Exposition et réfutation des différents systèmes de fatalisme qui ont partagé les philosophes sur l'origine du monde, sur la nature de Tâme et sur les principes des actions humaines, 3 vol. in-12, Paris, 1757. L'abbé Pluquet montre que Dieu a créé librement le monde, qu'il gouverne tout, qu'il a donné la liberté à l'homme et que celui-ci, affranchi de toute nécessité, est maître de ses actions. Il raconte les diverses formes du fatalisme, depuis les anciens peuples de l'Inde et de la Chine jusqu'au fatalisme moderne; chemin faisant, il indique les principes essentiels des différentes philosophies (Mémoires de Trévoux, juill.-août 1757, p. 1820, 1864 et 2049-2088). Les encyclopédistes furent frappés de la vigueur et de la netteté de cet écrit et ils tentèrent, dit-on, de gagner l'abbé Pluquet à leur cause. Mais celui-ci, tout au contraire, se déclara nettement contre eux, dans un nouvel écrit, qui eut, alors et depuis, beaucoup de succès, sous le titre : Mémoires pour servir à l'histoire des égarements humains par rapport à la religion chrétienne, 2 vol. in-8°, Paris, 1762. Il est plus connu sous le titre : Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes, précédé du discours dans lequel on recherche quelle a été la religion primitive des hommes, les changements qu'elle a soufferts jusqu'à la naissance du christianisme, les causes générales, les liaisons et les effets des hérésies qui ont divisé les chrétiens, 2 vol. in-8°, Paris, 1762-1764; 2 vol. in-12, Paris, 1776; 2 vol. in-8°, Besançon, 1817; 1 vol. in-4°, Paris, 1844 (Mémoires de Trévoux, oct. 1762, p. 2518-2541, nov. 1762, p. 282!» 2852, et janv. 1763, p. 56-96, juill. 1765, p. 297-317). L'édition de Besançon, 2 vol. in-8°, 1817, a ajouté à l'œuvre de Pluquet quatre longs articles sur les constitutionnels, sur le jansénisme, le quesnellisme et sur Richer. Le neveu de Pluquet protesta contre cette addition (Ami de la religion du 24 juill. 1819, t. xx, p. 337-342). L'Encyclopédie théologique de Migne en a fait une nouvelle édition, 2 vol. in-4°, Paris, 1843-1847. — La sociabilité, 2 vol. in-12, Paris, 1767, où il montre que l'homme est sociable par nature et que, contrairement à la doctrine de Ilobbes, l'homme est porté au bien et à la pratique des vertus (Mémoires de Trévoux, févr. 1768, p. 334-3 18). — Lettres à un ami sur les arrêts du conseil du -'10 août 1777, concernant la librairie et l'imprimerie, in-8°, Londres, 1778. Ce sont trois lettres, datées du 15 novembre 1777, du 21 janvier

PLUQUET \ DRIEN;

POISSON (NICOLAS

1778 et du 6 février 1778 au sujet du droit de propriété littéraire. L'abbé Pluquet y proteste contre l'arrêt qui supprime les privilèges accordés par les anciens règlements pour la réimpression des ouvrages et lèse les droits des auteurs et des imprimeurs à qui la propriété avait été transmise. — Livres classiques de l'empire de la Chine, recueillis par le P. Noël, précédés d'observations sur l'origine, la nature et les effets de la philosophie morale et politique de cet empire, 7 vol. in-8°, Paris, 1781-1786, traduits du latin en français, par l'abbé Pluquet (Esprit des journalistes de déc. 1784, p. 79-84, et de nov. 1787, p. 208-214). — Essai philosophique et politique sur le luxe, 2 vol. in-12, Paris, 1786. Pluquet édita un Recueil de pièces trouvées dans le portefeuille d'un jeune homme de vingt-trois ans, in-8°, Paris, 1788. Ce sont des opuscules du vicomte de Wall.

Pluquet publia, sous le voile de l'anonymat, quelques écrits et il laissa manuscrits un certain nombre d'ouvrages, dont l'un intitulé De la superstition et de l'enthousiasme, a été publié en 1804 par Dominique Ricard, qui y joignit une notice sur Pluquet. D'autres sont restés inédits : Traité philosophique sur l'origine de la mythologie; — Mémoires pour servir à l'histoire universelle, ms. de 7 vol. in-8°. — Considérations sur l'éducation, 3 cahiers in-fol. — Mémoires sur les atteintes portées aux immunités du clergé du diocèse de Cambrai par les magistrats de Valenciennes, ms. in-4°. Dans les Annales de la religion, t. vu, p. 2-18 (après la p. 192), il y a un extrait des Remarques de sociabilité, intitulé : Recherches sur les causes qui ont altéré les principes de la sociabilité.

Michaud, Biographie universelle, t. xxxm, p. 540-543; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. xi., col. 502-504; Quérard, La France littéraire, t. vu, p. 219-220; Desessarts, Les siècles littéraires, t. v, p. 206-207; Encyclopédie théologique de Migne, t. xn, col. 769-770; G.-J. Lange, Êphémérides normandes, 2 vol. in-12, Paris, 1833-1834, t. n, p. 176-178; Th. Lebreton, Biographie normande, 3 vol. in-8°, Rouen, 1856-1861, t. m, p. 241-242; Edouard Frère, Le bibliographe normand, 2 vol. in-8°, t. Il, Rouen, 1860, p. 395; Oursel, Nouvelle biographie normande, 2 vol. in-8", t. h, Paris, 1886, p. 366; Hurter, Nomenclator, 3e édit., t. v, col. 452.

J. Carreyre.

2. PLUQUET Frédéric (1781-1834), neveu du précédent, naquit à Bayeux, le 19 septembre 1781 et mourut le 3 septembre 1834. C'est un bibliographe et un archéologue qui a laissé plusieurs écrits dont les plus intéressants sont les suivants : Notice sur Louis- Charles Bison, évêque de Bayeux, in-8°, Paris, 1820; Pièces pour servir à l'histoire des mœurs et des usages du Bessin dans le Moyen Age, in-8°, Caen, 1823; Notices sur les inspirés, fanatiques, imposteurs, béats, etc., du département de la Manche, in-8°, Saint-Lô, 1829; Essai historique sur la ville de Bayeux et son arrondissement, in-8°, Caen, 1829; on y trouve, p. 423-424, quelques détails sur François Pluquet; Anecdoctes ecclésiastiques du diocèse de Bayeux, in-8°, Caen, 1831; Notice historique sur Charlotte Cordatj, in-8°, Rouen, 1831.

Th. I.ebreton, Biographie normande, t. m, p. 243-244; E'.d. Frère, Le bibliographe normand, t. n, p. 395-396; Oursel, Nouvelle biographie normande, t. n, p. 366-367.

J. Carreyre.

PNEUMATOMAQUES, c'est le nom sous lequel furent désignés d'abord le; adversaires de la divinité du Saint-Esprit. Sur les raisons qui ont amené à leur donner le nom de macédoniens, voir l'art. Macédonius, t. ix, col. 1464 sq.

POCCIANTI Michel, historien, de l'ordre des servîtes, né en 1535, philosophe et théologien de qualité. Il enseigna pendant plusieurs années la philosophie et la théologie chez les moines bénédictins de Florence, prêcha avec succès en nombre de villes d'Italie

et de France, fonda et enrichit la bibliothèque de son couvent de la Nunziatà, à Florence, remplit dans son ordre des charges importantes et mourut à 41 ans, en 1576. On a de lui : Chronicon totius ordinis servorum beatie Maria: virginis, Florence, 1567; Catalogus scriptorurn jlorenlinorum omnis generis (achevé et publié par son confrère, le P. L. Ferrini), Florence, 1589; Vite de' vu beati institulori dell' ordine de' servi di Maria; Discorso intorno alla pietosa religione di Firenza, Florence, 1575.

Giani, Annales sacri ordinis servorum beulœ Mariœ virginis, t. n, 1721, p. 255; Hurter, Nomenclator, 3e édit., t. ui, col. 118.

F. BoNNARD.

POINTOS Jean. Voir Jean* de Saint-Thomas.

POISSON Nicolas-Joseph, né à Paris en 1637, fit ses études en Sorbonne et entra à l'Oratoire le 16 septembre 1660; il fut ordonné prêtre en 1663 et se distingua vite par son esprit et par sa science.

1° Ouvrages sur Descaries. — ■ Gagné de bonne heure aux principes de ce philosophe, il entreprit de les propager et publia, d'abord dans le Journal des savants de 1668, une lettre dans laquelle il se demande si l'on ne peut pas juger de combien de degrés une lumière est plus grande qu'une autre, comme on juge de combien de tons un son est plus aigu qu'un autre. Selon lui, 'i l'oreille n'a aucun avantage sur les autres sens, et chaque sens est à son objet comme l'ouïe est au sien ». P. 21. Il inséra cette lettre dans Traité de la mécanique par M. Descartes; de plus, l'abrégé de musique du même auteur, mis en français avec les éclaircissements nécessaires, par N. P. P. D. L., in-4° de 127 pages, Paris, 1668. Le premier traité n'avait pas encore été imprimé, le second ne l'avait été qu'en latin; Poisson en donna une traduction française et y ajouta des remarques très utiles rédigées en latin. Dans ses notes sur l'Abrégé de musique, il explique, par exemple, pourquoi une corde de luth que l'on touche fait vibrer les autres cordes qui sont à l'unisson, pourquoi un sourd entend le son d'un luth dont il serre le manche avec les dents.

Les idées de Descartes étaient alors fort contestées et sujettes à condamnation : « C'était le temps, écrit Batterel, qu'on clabaudait fort contre nous au sujet de la nouvelle philosophie. » Mémoires domestiques, t. iv, p. 185. Ses confrères de Vendôme, où il demeurait alors, firent défendre à Poisson d'imprimer des Remarques sur la méthode du traité de Descartes. Comme la défense du conseil du 13 juin 1670 arrivait trop tard, le Père reçut ordre d'apporter avec lui à Paris tous les exemplaires pour les remettre au P. Sénault, ainsi que ce qu'il avait composé de Notes ecclésiastiques sur le bréviaire romain. Apparemment, dit Batterel, « il fit entendre raison à nos Pères », car il fut renvoyé à la maison de Vendôme, dont il fut supérieur de 1670 à 1676 et publia de nouveau : Commentaire ou Remarques sur la méthode de M. Descartes, où l'on établit plusieurs principes généraux nécessaires pour entendre toutes ses œuvres, par le P. N. J. P. P. D. L., in-8° de 237 pages, Vendôme-Paris, 1671. Il y déclare qu'il ne prétend nullement affirmer ce que l'Église et même les universités condamnent, mais qu'il aimerait mieux, dans l'intérêt de la paix, « laisser la vérité sans défense que l'entreprendre aux dépens de la charité ». Batterel, ibid., p. 186. Baillet range cet ouvrage avec celui de Clauberg < parmi les plus importants qui ont paru sur ce sujet ». La vie de M. Descartes, 1691, p. 285.

Poisson se proposait de faire le commentaire de toutes les œuvres de Descartes, mais il y renonça pour ne point compromettre ses confrères que son zèle pour la philosophie nouvelle exposait à la persécution des partisans d'Aristote. Ce même sentiment lui fit rejeter

POISSON (NICOLAS

la proposition que Clerselier lui avait faite de composer la vii' de Descartes, lui offrant dans ce but quantité de

matériaux, la proposition même delà reine Christine de Suède qui l'en sollicita fort dans son voyage à Rome : « Il y a toute apparence qu'il l'eût entreprise avec joie sans les fâcheuses affaires qu'on lui suscita à l'occasion do ce voyage qui, l'ayant rendu suspect et odieux à la cour, l'aurait fait chicaner sur tout ce qu'il aurait voulu donner au public sur cette matière alors odieuse. » Batterel, p. 187. Ce fut Baillet qui l'écrivit à sa place.

2° Voyage ù Rome. — Le 19 avril 1677, le conseil de l'Oratoire donnait au P. Poisson l'autorisation d'aller à Rome, en apparence pour satisfaire sa curiosité et sa dévotion; mais, en réalité, il y était envoyé par Pierre de Montgaillard, évêque de Saint-Pons, et Guy de Rochechouart, évêque d'Arras, pour demander au pape Innocent XI la condamnation d'un grand nombre de propositions relâchées, énoncées dans un mémoire secret : « Il lui fallut avoir diverses conférences avec des savants de Rome et ce qu'il y avait de plus distingué dans le Sacré Collège. Ces visites d'un Père de l'Oratoire de France rendues à ces Éminences firent ombrage aux jésuites, qui n'étaient pas alors trop bien dans l'esprit du pape. » Batterel, p. 188. On le soupçonna, de plus, d'avoir répondu avec un peu trop de sincérité aux questions qui lui furent posées par plusieurs cardinaux touchant l'archevêque de Paris, François de Harlay, qui n'était pas en bonne réputation près de la cour romaine. Surtout, il fut trahi par un Espagnol qui copiait les mémoires à présenter au pape sur les propositions de morale relâchée et qui en fit confidence aux jésuites. Le 2 mars 1679, soixantecinq piopositions furent condamnées « comme scandaleuses et pernicieuses en pratique ». Voir Denzinger- Bannwart, n. 1151-1215. Mais, un ordre du 23 juillet 1678, émané de la cour de France, avait obligé le Père à quitter Rome incessamment et à se rendre à Lyon. Le pape voulait le retenir, mais il obéit, de crainte de nuire à sa congrégation. Étant venu incognito de Lyon à Paris, il dut, par ordre du conseil, pour sa sûreté et le bien de l'Oratoire, repartir au plus tôt. Les lettres de l'Oratoire étaient ouvertes sur la route de Lyon. Fut-il compromis par l'une d'elles? On ne sait. Toujours est-il que, le 10 janvier 1679, l'archevêque de Paris le reléguait à Nevers; et, quand en automne il se rendit à Vendôme, il dut déloger au plus vite, dénoncé par les espions qu'il avait toujours à ses trousses. A peine était-il à Nevers, que le P. de La Chaise obligea ses supérieurs à le reléguer à Notre- Dame-de-Grâce, en Forez, avril 1679, malgré les lettres de l 'évêque de Nevers, qui l'avait nommé supérieur du grand séminaire et vicaire général, et celles du lieutenant général de la ville qui le justifiaient. Le P. Poisson obtint du P. de La Chaise de rester à Nevers (lettre du 9 mai 1679); mais, quand il demande permission d'aller à Paris : > J'espère, répond le confesseur du roi, le 1 1 septembre 1679, faire en sorte que le roi concevra de si bons sentiments de vous qu'il vous rendra bientôt la liberté qu'il a accordée à tous vos autres confrères. » Trois ans après, sur des dénonciations anonymes, le P. de La Chaise le fait expédier en Forez, puis à Vienne et il lui écrit le 22 septembre 1697 : « Sa Majesté dit qu'elle a des raisons pour ne pas vous permettre de retourner à Nevers. ni d'approcher de Paris plus près que de 40 à 50 lieues. •„ Un mois après, véritable réquisitoire envoyé par lui au l'ère général contre le P. Poisson; tout ce que celui-ci obtint fui d'aller à Nevers, mars 1698, terminer en six semaines les affaires dont il s'occupait. Os faits apportent une contribution intéressante à l'histoire des propositions condamnées par Innocent XI.

3° OuvriKjcs théologiques. Depuis son retour de

Rome, le Père avait abandonné les études philosophiques pour les sciences ecclésiastiques, surtout celles de la discipline. Il publia Acla Ecclesiir Mediohmensis a Sanclo Carolo, archiepiscopo Alediolanensi condita. Edilio nova et emendalior, in qua quod in aliis ilalice scriptum erat, lalinitate donatum est, 2 vol. in-fol., Lyon. 1682-1683. Même avant que l'ouvrage n'eût paru, le P. de La Chaise chicanait déjà l'auteur : « Il n'aurait pas fallu aisément donner au jour, de notre temps, ce que des gens très sages n'ont pas jugé à propos de faire imprimer en Italie. » Lettre du 14 avril 1680. Bien qu'il n'y eût dans son livre qu'une simple traduction de lettres pastorales, mandements, le Père fut obligé d'envoyer à l'archevêque de Paris le i" volume imprimé et d'ajouter une préface au nc qui était encore sous presse. Faisant allusion à ces poursuites, il écrit, le 20 février 1680, au P. Bahier : « On poussera si loin qu'on voudra son indignation contre moi, qu'on me laisse ici ou ailleurs sans espérance aucune d'être rappelé. J'en serai sans inquiétude, sachant que je ne me suis point attiré cette peine. »

Entre temps, dans le diocèse de Nevers, il fit aux huguenots des missions pour lesquelles il fut très apprécié; à Autun, il réussit à convertir M. de Montbrun et Mme de Saint-André. Après la mort de M. Vallot, évêque de Nevers, son successeur M. Bargedé, à l'élévation duquel le Père avait contribué, l'écarta, comme un témoin incommode, du diocèse qu'il avait gouverné pendant vingt ans. En 1698, Poisson vint demeurer à Lyon, où il publia Deleetus avtorum Ecclesiœ universalis, seu nova summa conciliorum, epistolarum, decrelorum SS. pontificum, capitularium, etc., quibus Ecclesig fldes, disciplina, niti soient, cum notis ad canones, 2 vol. in-fol., Lyon, Certé, 1706. C'est un abrégé des décisions des conciles destiné à en faciliter la lecture à ceux qui n'ont pas le loisir de les étudier en entier. Cet abrégé est le plus ample qui ait existé de son temps, car les retranchements ne portent que sur les canons répétés en divers conciles et ne sont que des abréviations de considérations trop longues. Pour les premiers conciles, il donne deux versions, l'une de Gentien Hervet, l'autre de Denys le Petit, avec quelques leçons différentes qu'il rapporte parfois avec assez de confusion; ainsi, il place à la tête des canons de la version de Gentien Hervet, les titres des canons traduits par Denys le Petit; l'ordre suivi n'est pas le même, de sorte que tel canon qui, dans la traduction de Denys est le huitième, se trouve être le septième dans l'autre. Le principal défaut de l'ouvrage, c'est que l'auteur a omis plusieurs conciles dans le corps du livre et qu'il les a ajoutés après coup, t. il, col. 2161-3186, à la demande de ses amis, sans pouvoir les insérer à leur place. Il finit sa collection par deux index, l'un de ce qui est contenu dans l'ensemble des conciles, l'autre de ce qui est renfermé dans le concile de Trente. Puis la pagination reprend de 1 à 810 pour des notes dans lesquelles : 1° il ne laisse aucun concile de quelque importance sans éclaircissement; 2° pour la chronologie, il suit ordinairement Labbe sans s'\ assujettir; 3° pour la géographie, il prend pour guide Antoine Baudrand; 4° il indique ce qui a été l'occasion de réunir chaque concile; 5° le nombre des évoques qui y assistaient. L'ouvrage se termine par la liste des papes avec les principaux événements de leur \ ie depuis saint Pierre jusqu'à Innocent XI.

Dans ses voyages à Rome, à Venise, à Padoue, Poisson avait connu des savants de toutes sortes, théologiens, philosophes, médecins, poêles, historiens; il écrivit en 1676 une Relation circonstanciée de loul ce qu'il avait pu connaître de leurs actions; elle ne fui pas imprimée/ Il laissa aussi manuscrite la Vie de Char lotte de Harlay-Sancu, sœur «les deux PP. Harlay, de l'Oratoire, une des premières reçues au ('.ai me] de I

POISSON (NICOLAS

POLE (RKGINALD)

sous le nom de Mère Marie de Jésus, morte en 1652. Rien dans son caractère et sa conduite ne devait lui attirer les persécutions dont il fut l'objet. Il mourut à Lyon le 3 mai 1710 : « C'était, dit Batterel, un vieillard vénérable, qui avait la physionomie d'un homme d'esprit, homme de bon conseil et très réglé dans ses mœurs. » Op. cit., p. 201.

Baillet, Vie de monsieur Desvaries, 2 vol. in-4°, Paris, 1691, préf., p. xn, xin, xvi, t. i, p. 285, 317, 318; t. n, p. 400; Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l'histoire de l'Oratoire, t. IV, 1905, p. 184-203: François Salmon, Traité de l'élude des conciles, in-4°, Paris, 1724, p. 275 sq.; Moréri, Dictionnaire; Fr. Bonillier, Histoire de la philosophie eartésienne, 2 vol. in-8°, Paris, 1854, c. xxiv; et ici les articles Innocent XI, t. vi, col. 2009, et Laxisme, t. vin, col. 49 sq.

A. MoLIEN.

1. POLANSKY Népomucène, né en 1723, à Brunn (Brno), en Moravie, entra dans la Compagnie de Jésus en 1738, enseigna les mathématiques, la théologie, l'Écriture sainte et l'histoire ecclésiastique. Il mourut à Olmutz, le 13 octobre 1776. Il a laissé, outre plusieurs écrits sur les mathématiques et les sciences naturelles, deux courts traités théologiques : Dissertatio de baptismo parmilorum ejusque gratia, Prague, 1759; Num ex Clément, un. de Sum. Trinilate et flde catholica... helerodoxi recle deducant : Ante Florentinum et Tridentinum fidem Ecclesise non fuisse, sacramentel continere gratiam..., Prague, 1759, reproduit dans le Thésaurus theologicus, de Zaccaria, t. x, p. 207-216.

Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vi, col. 948.

J.-P. Grausem.

2. POLANSKY Thaddèe, né à Hradisch, en Moravie, le 13 mars 1713, admis dans la Compagnie de Jésus en 1731, enseigna la philosophie et pendant huit ans la théologie, fut chancelier de l'université d'Olmutz et mourut dans cette ville le 12 octobre 1770. Ses principaux ouvrages sont : Tractatus de actibus humanis, Olmutz, 1753; De Verbi divini incarnatione, ibid., 1756; De sacramentis, 2 vol., ibid., 1756 et 1758; De Deo uno et trino, ibid., 1760.

Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. VI, col. 948- 949; Hurter, Nomenclalor, 3e édit., t. v, col. 17.

J.-P. Grausem.

POLE Reginald (1500-1558), cardinal et archevêque de Cantorbéry, l'un des principaux artisans de la réforme catholique au xvie siècle. Il était apparenté par sa mère, Marguerite Plantagenet, fdle du duc de Clarence et nièce d'Edouard IV, à la famille royale d'Angleterre, car Henri VII avait épousé Elisabeth, fille d'Edouard IV et cousine de Marguerite.

Reginald Pôle naquit à Stourton Castle (Stafîordshire), en mars 1500. Il perdit son père à l'âge de cinq ans et fut élevé aux frais du roi. Après ses premières études chez les carmes, puis à Magdalen Collège (Oxford), il fut reçu, dès 1515, bachelor of arts. En 1516, sa mère était nommée gouvernante de Marie, la fille aînée de Henri VIII. Dès lors, les faveurs pieuvent sur sa tète : prébende de Roscombe, en 1516; bénéfice à la cathédrale de Salisbury, en 1519; décanat de Wimburn, en 1518, qu'il échangera, en 1527, contre celui d'Exeter. En 1521 (non en 1519, commele dit Pastor, Geschichte der Pâpste, t. v, p. 116), il passe, amplement muni d'argent par le roi, à l'université de Padoue. Il s'y lie avec les humanistes Christophe de Longueil, dont il devait écrire la vie en un latin élégant, Bembo, Giberti, Sadolet. Il devient humaniste lui-même. Il ne songe point à entrer dans les ordres et il ne recevra la prêtrise qu'après son élévation au siège primatial de Cantorbéry, en 1555.

Survient alors la malheureuse affaire du divorce

d'Henri VIII. Pôle est alors de retour en Angleterre. Il a la faiblesse d'accepter de servir d'intermédiaire au roi, pour obtenir des avis favorables auprès des sommités professorales de Paris. Malgré ses dénégations postérieures, ses lettres de ce temps ne laissent pas de doute à ce sujet (voir surtout n. 6505, du 7 juillet 1530, dans Calendar oj State papers, Henry VIII, éd. Brewer). Revenu en Angleterre, en 1530, il vit à l'écart de la cour, retiré à la chartreuse de Sheen, et s'adonne aux études théologiques. Il refuse le siège d'York, rendu vacant par la mort de Wolsey, en 1532. Benrath suppose, sans preuves, qu'il ambitionnait la main de la princesse Marie et refusait pour cette raison de s'engager dans les ordres. C'est à tort qu'il voit une confirmation de cette conjecture dans les papiers découverts par Bergenroth, aux archives de Simancas.

Ce fut sûrement une grande joie pour Reginald d'obtenir du roi, avec un secours de 400 ducats ajouté aux revenus de ses bénéfices, la permission de repartir pour l'Italie, en 1532. Il revit son ami Sadolet à Carpentras. Il se rendit de là à Padoue, puis à Venise. Dans ces deux villes, il retrouvait ses amis, Giberti, Gregorio Cortese, Gasparo Contarini. Il se liait avec Carafa, avec Marcantonio Flaminio et le Vénitien Alvise Priuli. Contarini surtout était son modèle. Il admirait en lui un merveilleux mélange de piété, de largeur d'esprit, de haute culture et de noblesse d'âme. Aussi fut-il de ceux qui applaudirent à son élévation au cardinalat, le 21 mai 1535. Le cercle de Contarini était dès lors très occupé de la grande affaire de la réforme catholique. Sur ces entrefaites, Henri VIII somma son cousin de se prononcer publiquement et par écrit sur les deux questions si brûlantes alors en Angleterre : 1° la validité du divorce et du remariage du roi; 2° la suprématie du roi sur l'Église d'Angleterre. Pôle prit aussitôt la plume et écrivit son Pro ecclesiastiae unitatis de/ensione, Rome, sans date; Strasbourg, 1555; Ingolstadt, 1587, etc. Il y réfutait, non sans quelque passion dans le langage, l'ouvrage de Sampson, Oratio de dignitate et polestate régis. Contarini, son conseiller habituel, blâma le ton de son livre. Cf. Dittrich, Kardinal Contarini, Braunsberg, 1885, p. 215, 427 sq. Il semble bien que Pôle ait été très affecté par les nouvelles reçues d'Angleterre et qu'il ait songé déjà, comme le prouvent les archives de Simancas, à la possibilité d'un soulèvement de la nation, dans le but de détrôner le roi parjure. En réponse à son De unitate, Henri VIII lui intima l'ordre de rentrer dans le royaume. Pôle refusa. Il obéit au contraire au pape Paul III, lorsque celui-ci, dans la deuxième quinzaine de juillet 1536, le manda à Rome pour le faire entrer dans la commission de la réforme de l'Église. Pôle prit part, en cette qualité, au fameux Consilium de emendanda Ecclesia, de février 1537, qui marque une date mémorable dans l'histoire de la réforme catholique. Pastor, op. cit., t. v, p. 117 sq. Le 22 décembre 1536, Pôle avait été élevé au cardinalat, ainsi que Carafa, Sadolet, del Monte et d'autres.

Au cours de 1537, Pôle reçut le titre de légat en Angleterre. Les espérances de soulèvement contre Henri VIII semblaient s'accentuer. La présence d'un légat pontifical, proche parent du roi, pouvait donner aux mécontents un appui décisif. Pôle se rendit aux Pays-Bas, attendant l'heure propice. Mais Henri VIII avait gagné de vitesse ses adversaires. Le mouvement fut étouffé dans l'œuf. Pôle fut déclaré coupable de haute trahison et mis hors la loi. Sa tête fut mise à prix. Il ne trouva d'appui ni auprès de François Ier, ni auprès de l'empereur. Il se réfugia à Cambrai, puis à Liège, enfin à Carpentras. Ne pouvant obtenir son extradition, Henri VIII se vengea sur ses proches. Sa mère et ses frères furent arrêtés. Son plus jeune frère acheta lâchement sa grâce en accusant les autres. Lord

POLE (RECxINALD) — POLIGNAC (MELCHIOR DK

Montague, le frère aîné, fut exécuté en 1538. La comtesse de Salisbury, mère de Pôle — la « dernière des Plantagenets cueillit à son tour la palme du martyre, en 1541. Elle a été béatifiée en 1886. Pendant ce temps-là, Polo, après avoir rempli une importante légation en Espagne, en 1539, était devenu, en 1541, légat du Patrimoine, avec résidence à Viterbe. Autour de lut et de ses familiers, Alvise Priuli, Pietro Carnesecchi, Marcantonio Fiaminio, Vittorio Soranzo, Apollonio Merenda, etc., se groupaient des amis, que la voix publique surnommait les spirituali. Au premier rang de ces « spirituels » se distinguait l'illustre poétesse Vittoria Colonna. L'Inquisition romaine devait, quinze ans plus tard, s'inquiéter des conversations tenues dans ce milieu. Nous savons, par le procès de Carnesecchi, que l'on y embrassait avec ferveur l'opinion répandue depuis peu, grâce à Contarini, qui l'avait acceptée au colloque de Hatisbonne (1541), de la « double justice ». Cette opinion semble avoir été commune chez les augustins au début du siècle. Luther l'a, suivant toute vraisemblance, reçue de ses supérieurs, lors de son séjour à Rome, en 1510-1511. Elle lui servit de point de départ, pour évoluer vers la théorie de la justification par la foi seule. On la trouve — équivalemment — dans ses Commentaires sur les Psaumes de 1513-1514. Albert Pighi et Gropper lui avaient donné une forme scientifique. Voir ci-dessus, col. 2100. Sous cette forme nouvelle, elle consistait à distinguer deux « justices », celle de l'homme, acquise par l'efl'ort et les œuvres, toujours insuffisante (justice inhérente) et celle du Christ, nécessaire pour compléter la précédente et acquise par la foi seule (justice imputée). Séripando devait la défendre devant le concile de Trente, sans parvenir à la faire adopter. Mais, avant le concile, Contarini et Pôle pouvaient, sans crime, soutenir cette théorie qui leur paraissait si consolante et si conforme à l'idée qu'un chrétien doit se faire de la miséricorde du Christ. Pôle disait pourtant à Vittoria Colonna « qu'elle devait s'appliquer à croire comme si la foi seule devait la sauver, et, d'autre part, s'appliquer à agir comme si le salut consistait dans les œuvres ». Procès de Carnesecchi, dans Miscellanea cii storia palria, t. x, Turin, 1870, p. 125.

Pôle fut nommé, en 1542, légat du pape au concile. Il composa, pour soutenir l'opinion de son ami Contarini, qui venait de mourir, un Traité de la justification, qui ne fut publié qu'en 1569, à Louvain. A la mort de Paul III, il faillit bien être élu pape, en décembre 1549. Jamais il ne montra plus de grandeur d'âme qu'en cette circonstance. Il ne lui manquait qu'une voix pour être élu. .Mais il ne se permit ni une parole, ni un geste pour obtenir cette voix! Retiré après le conclave à Magugnano, sur le lac de Garde, il reçut là, en 1553, la nouvelle de l'avènement de Marie Tudor. Jules III le nomma aussitôt légat pour l'Angleterre. Mais les circonstances politiques retardèrent longtemps son entrée dans ce pays, en particulier l'affaire du mariage de Marie Tudor avec Philippe II, auquel on le disait opposé. Son voyage de Calais à Londres ne put avoir lieu que vers la fin de novembre 1554. Ce fut un véritable triomphe. Le 24 novembre, il absolvait solennellement le royaume des censures pontificales. Au début de 1555, il obtenait du Parlement la reconnaissance officielle de la suprématie du pape. C'est alors qu'il reçut le siège primatial de Cantorbéry, fut ordonné prêtre, le 20 mars 1555, et sacré évêque, le 22. L'année suivante, il tenait un synode et faisait la visite de son diocèse. Il faisait imprimer un livre intitulé Reformatio Angliœ. Cependant, l'ardent Carafa était monté sur le trône pontifical, sous le nom de Paul IV (23 mai 1555). Il était peu après entré en guerre contre l'Espagne. Philippe II avait entraîné dans le conflit le royaume de sa femme, Marie Tudor.

Paul IV se souvint alors des opinions suspectes soutenues par Pôle sur la justification. Déjà, au conclave de 1549. il était intervenu contre sa candidature, pour la même raison. Il priva Pôle de son titre de légat et le somma de comparaître à Rome, pour y répondre du crime d'hérésie. Paul IV avait fait arrêter, pour le même motif, le cardinal Morone, un ami de Pôle, qui avait adopté ses idées sur le point incriminé. Pôle se justifia par écrit. Mais il mourut, le 18 novembre 1558, un jour après la reine Marie Tudor, assez à temps pour échapper à une condamnation formelle et pour ne pas voir son pays retourner, avec Elisabeth, au schisme et à l'hérésie, auxquels il avait eu le bonheur de l'arracher provisoirement.

Pôle est une noble figure. Il était pieux, instruit, de caractère élevé et de conduite exemplaire. On n'a pu lui reprocher que sa complaisance pour Henri VIII, au début de l'affaire du divorce, et sa participation aux rigueurs inévitables qui accompagnèrent la restauration catholique sous la reine Marie. Inutile de dire qu'il ne fut jamais formellement hérétique, bien que son opinion de la double justification ait été repoussée par le concile de Trente.

I. Sources. — ■ Quirini, Collectio epistolarum Reginaldi Poli, 5 vol., Brescia, 1744-1757; au t. ier de ce recueil, se trouve la Vie de Pôle par Lodovico Beccadelli. — Les œuvres diverses de l'oie n'existent que dans les anciennes éditions. On a signalé les principales. Voir aussi Schelhorn, Amœnitates historiœ Ecclesiie, Francfort et Leipzig, 1737, p. 1-276; Calendar oj State papers (Henry VIII ), édité par Brewer. Documents manuscrits de la bibliothèque de Corpus Christi Collège, à Cambridge.

IL Trav\ux. — 1° Génértdilés. — Pastor, Geschichle der Pdpsle, t. v et vi; Gairdnèr, The English Clmrch in the XVIth century from the accession oj Henry VIII to the denth oj Mary, Londres, 1902. — 2° Monographies. — Vita R. Poli S. R: E. card., ilalice scripta a />. Beccatello, latine reddita ab A. Dudithio, Venise, 1563, Londres, 1690; J.-G. I.ee, Reginald Pote, Londres, 1888; Zimmermann, Kardinal Pôle, sein Leben und seine Schriften, Ratisbonne, 1893; Gairdnèr, dans Dictionary oj national biography; Benrath dans Proteslantische Realencyklopddie; Sclileclit, dans Kirchliches Handleîikon.

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