‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 269 sur 437 · PL ET H ON · texte numérisé non relu

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toires; sous des tendances matérialistes, il met la vertu dans un milieu purement quantitatif, fait dépendre le bonheur plus du corps que de l'âme et met la fin de la vie dans le plaisir. Dans le système d'Aristote, où la méthode positive, scientifique, méticuleuse ne réalise qu'une montée lente et pénible des effets à la cause première, Pléthon relève toutes les faiblesses réelles ou imaginaires qu'un platonicien, par tempérament métaphysicien et idéaliste, est naturellement tenté de relever. Cet écrit philosophique joint aux autres qui l'accompagnent (Contra Scholarii defensionem Aristolelis, P. G., t. clx, col. 979-1020) n'aurait assurément qu'une importance médiocre, surtout du point de vue purement théologique, n'étaient les polémiques acerbes qui s'allumèrent autour de ces pages dans 'la deuxième moitié du xve siècle, avec Théodore de Gaza, Georges et André de Trébizonde, Andronicus de Calliste d'une part, et Bessarion, Michel Apostole, Giannandria, Nicolas Perrotus d'autre part; n'était surtout l'intention antichrétienne qui l'inspira, comme on le verra tout à l'heure. Sur cet écrit et sur les débats philosophiques engagés à sa suite, cf. les ouvrages récents de J.-W. Taylor, Georgius Gemislus Plelho's criticism of Plato and Aristotle, université de Chicago, 1921 ; Bessarion. the mediator dans Transactions of the american philological association, t. lv, 1924, p. 120-127; Théodore Gaza's de Fato, université de Toronto, 1925; A misunderstood tract by Théodore Gaza, dans Archiv fur Geschichte der Philosophie, t. xxxiii, 1921, p. 150-155.

3. Aiocacc<pY)<Tiç tcov sv toïç Zcopoâcrrpou Xoyfoiç àtrocçsCTTepov stp7)(i.£vtov, édité par Jean Opsopée, Paris, 1599; extraits publiés par C. Alexandre, op. cit., p. 274-281.

4. ZwpoaCTTpsîwv te xal IlXaTcovt.x<ï>v Soy^aTtov c7UYXs<paXaîtûat.<;, édité par Hermann Thryllitius, Wittemberg, 1719 ; P. G., t. clx, col. 973-974 ; C. Alexandre, op. cit., p. 262-269.

5. Commentaires des Analytiques d'Aristote mentionnés par Allatius, De Georgiis, dans Fabricius, Bibl. grœc, t. x, p. 746.

6. Ilepl ©soù «puaixaî àTroSet^etç, mentionné par Allatius, op. cit., ibid., p. 748.

7. Nofi.o>v mjYYpxcpv] ou ITepi vofi.o6salaç r\ 7ispl vôjjicjv £k6Xla Tpta, publié par Alexandre, Paris, 1858. C'est dans ce Traité des lois que Pléthon exprima son rêve et si, comme livre, il ne put venir à la lumière que vers la fin de sa vie, il n'enferma pas moins l'enseignement que le maître livra tout bas aux habitués de son école de Mistra. A la mort de Pléthon cet ouvrage, trouvé entre les mains du despote du Péloponèse, Démétrius, fut porté à Constantinople par la princesse Asanina et présenté à Scholarios, alors patriarche; celui-ci, grâce sans doute à des indiscrétions, connaissait et les buts de Pléthon et les grandes lignes de son système (cf. sa réponse à l'écrit de Pléthon sur le Saint-Esprit, P. G., t. clx, col. 599- 605); il n en fut pas moins surpris à la lecture des énormités qui remplissaient ce livre. Par précaution pour la conscience chrétienne, déjà si ébranlée en cette époque de troubles, il fit acte d'autorité suprême et le chef-d'œuvre de Pléthon finit misérablement dans les flammes. Contre ses ennemis, toujours prompts à l'accuser, Scholarios voulut opposer des témoins des monstruosités contenues dans ce livre et, dans ce but, il en conserva les tables et les quelques chapitres qui s'y trouvaient attachés. Ce furent ces restes, découverts par Vincent à la Bibliothèque nationale et complétés par C. Alexandre, qui furent plus tard édités par ce dernier. L'ouvrage, d'après les tables, se divisait en trois livres comprenant chacun un nombre inégal de chapitres. Cette division n'est pas rationnelle et la doctrine n'y est pas exposée avec ordre.

De cet ensemble, resté inconnu, Pléthon n'avait publié, de son vivant, que le c. vi du 1. II sur le destin (Ilspl EL(j.apuiv7]ç) ; ce fut comme pour sonder l'opinion publique ou plutôt pour lui donner un avant-goût de sa religion. Son autre opuscule, ZcapoaaTpeltov te xal lTXaTtovixtov 8oy[iÂTtù\ ai>YX.z<pocXcc.loiai<z, n'avait pas d'autre but; il avait, au contraire, l'avantage de paraître comme un simple résumé des anciennes philosophies et d'échapper ainsi aux rigueurs de la censure.

Ici, une question se pose : celle de l'origine des fragments qui nous restent du Traité des lois. Le livre parvenu à Scholarios constituait-il l'unique exemplaire de l'ouvrage? Il est difficile de le savoir; mais Scholarios affirme, dans sa lettre à l'exarque Joseph, que Démétrius se refusa aux nombreuses sollicitations de ceux qui tentèrent d'en prendre des copies. Cf. P. G., t. clx, col. 635 B. D'autre part, il commanda luimême, sous peine d'excommunication, de livrer au feu toute copie intégrale ou fragmentaire qui pourrait encore subsister, ibid., col. 648 B, et une note du codex 276 de la bibliothèque du patriarcat de Jérusalem (cf. Papadopoulos Kérameus, 'IepoaoXujimjd) pi6Xici0rjX7], t. i, p. 346), nous apprend qu'une lettre encyclique fut envoyée par Scholarios aux gens du Péloponèse pour les mettre en garde contre le polythéisme pléthonien, où, sans doute, la première mesure indiquée devait être la destruction de ses œuvres. Or, dans un ms. du xve siècle copié par Démétrius Raoul Kabakès (Hardt, Cat. cod. man. biblioth. regise bavaricse, n. 336, t. ni, p. 329), nous trouvons plusieurs fragments du Traité des lois. Si Scholarios est mort après 1472 et Démétrius Raoul Kabakès à la fin de ce siècle, force nous est, ou de supposer que des fragments du fameux écrit existaient en dehors de ceux conservés par le patriarche de Constantinople, ou que, malgré ses défenses et excommunications, Scholarios consentit lui-même à passer les restes de l'autodafé à Kabakès avec lequel, d'ailleurs, il se trouvait en excellents termes. Toujours est-il que communément Raoul Kabakès passe pour être celui qui conserva à l'histoire ce qui nous reste des Lois pléthoniennes.

2° Œuvres théologiques. — 1. Ilspl t5)ç ÈvaapxaxTswç toû Yloù to5 0eoù signalé par Allatius De Georgiis, Fabricius, Bibl. gr., t. x, p. 755. — 2. Ilspl to ÛTcèp tou XocTi.vi.xoij 86yy.a.zoç PtêXlov, publié une première fois par Dosithée de Jérusalem dans son Tôpioç àyâvrqç, Jassy, 1698, p. 316-320, puis par Alexandre, Pléthon, Traité des lois, Paris 1858, append. vu, p. 300-311, enfin par Migne, P. G., t. clx, col. 975-980. Allatius De Georgiis (Fabricius, loc. cit.), connaît encore, de cet ouvrage, deux autres titres Ilspl tyjç sxTtops'Jascoç toû àylou IIvsô[i.aTOÇ, et 'AtcoSei^iç otl èx ji.6vou to\> IlaTpô; sx-nropsôsTat. to Ilveûfia tô ayiov xal oùSsv ôXmç àSûvaTov ËTTSTat.

Ce petit traité composé, vers 1448-1449, sans doute, à l'instigation de Démétrius Paléologue, grand adversaire de l'union, se présente comme une réponse à une défense anonyme du Filioque, qu'il faut, très probablement, attribuer non à Jean Argyropoulo, mais à Bessarion, si l'on en croit du moins l'inscription du ms. de Florence plut. LVI, cod. xvm (cf. Bandini, Catalogus cod. gr. bibl. Laurentianee) ainsi libellée : ToO

0C1JTOU (IIX7)OCOVOÇ) 7TpÔÇ TO UTTSp AcCTÎvCûV TOU NlXOcloCÇ

Pl6XIov... Toute l'argumentation de Bessarion se baserait sur l'axiome suivant : &v al Suvâ^siç Stâoopoi xal aÙTà Sv Eir] Taïç oùalaiç Siâçopa, « des puissances différentes ne peuvent appartenir qu'à des essences différentes », qui donne à Pléthon l'occasion de faire montre de ses convictions païennes ainsi que d'un manque absolu de sincérité dans sa réponse soidisant orthodoxe. Son attitude, dans le débat, est celle non pas d'un apologiste qui série des arguments

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convaincus, mais d'un dialecticien indépendant de la vérité des principes et seulement soucieux de syllogiser. Pléthon accepte pleinement l'axiome présenté par son adversaire latin, la raison humaine l'a accepté aussi et la théologie païenne s'en est servi pour établir une échelle de valeurs parmi les divinités de l'Olympe, mais l'Église, dit Pléthon, ne l'accepte pas, P. G., t. ci.x. col. 070 BC : et il se fait fort de prouver que le dogme latin est contraire à tout principe admis par l'Église. Ibid., col. 977 A. On voit le caractère de relativité pure de son argumentation. Les preuves antilatines qui se suivent dans ce traité sont de celles que l'on connaît : la distinction en Dieu entre procession d'envoi et procession d'hypostase du Saint-Esprit, ibid., col. 975 BC, l'attribution de la puissance de la procession active non à la substance, mais à l'hypostase, ibid.. col. 977 BC. le danger d'une ... fissure dans le Saint-Esprit s'il procédait partiellement du Père et partiellement du Fils, ce qui mettrait bonnement en Dieu quatre personnes, ibid., col. 977 BCD, l'incompréhension des textes patristiques dont font preuve les Latins, ibid., col. 978 CD. Pléthon finit ce traité sur une déclaration qui n'est pas sans importance pour l'examen de son système, ainsi que de ses projets religieux. D'après lui, le danger n'est pas dans les arguments latins, mais dans la conduite de la hiérarchie orthodoxe qui trahit Dieu et tout sentiment religieux pour ne se confier que dans les calculs de la politique humaine (allusion à l'union de Florence). Bien d'étonnant, dès lors, que Dieu abandonne l'hellénisme matérialiste et pragmatiste, pour se tourner vers les mahométans qui, eux, du moins, gardent de Dieu et de sa Providence une idée supérieure et pratique.

Il va sans dire que la tendance nettement païenne de ce traité n'échappa pas aux contemporains de Pléthon et spécialement à Scholarios qui y répondit par une lettre, chef-d'œuvre d'éloquence, où, tout en ménageant son terrible adversaire, il ne craint pas de lui reprocher d'avoir mal défendu la bonne cause. Ibid., col. 599-630. Manuel de Corinthe, dit le grand rhéteur (début du xvie siècle) ne fit, plus tard, que reprendre cette attaque.

3° Œuvres de politique. -- 1. IIspl tcôv èv ilsAo- 7:ovvï;ctoj Tzpy.yy.'i.-Mv, à l'empereur Manuel et au despote du Péloponèse, Théodore. Éditions: Anvers, 1575, avec traduction latine de Guillaume Canter; Migne, P. G., t. clx, col. 821-840, 841-866.

2. Oraisons funèbres de la princesse Cléopa, femme de Théodore le Jeune ( 1433), et de l'impératrice douairière Hélène, veuve de l'empereur Manuel. La lre édition fut donnée par Georges Gustave Fulleborn, Leipzig, 1793, et reproduite par Migne, P. G., t. clx, col. 939- 952; la 2e est reproduite ibidem, col. 951-958, d'après le Paris, gr. 1760.

III. Doctrine. Si le nom de Pléthon domina le xvc siècle byzantin, c'est grâce au système païen auquel il s'attacha. Pléthon avait, en effet, rêvé de se poser en philosophe, mais en philosophe révolutionnaire, fondateur d'une religion nouvelle et d'un état de choses nouveau. Avant de présenter les motifs qui présidèrent à la formation, chez Pléthon, d'un système philosophique religieux, nous nous efforcerons d'en exposer les grandes lignes.

1° Point de vue philosophique de cette doctrine. - 1. Métaphysique. S'étant inspiré de Platon et des néoplatoniciens, comme nous le dirons tout à l'heure, rien d'étonnant que sa métaphysique se présente sous les dehors d'une cosmogonie antique à allure d'émanation descendante. La grande idée qui domine le système est celle d'un Dieu suprême se communiquant et s'émiettant en êtres de moins en moins parfaits. En effet, entre Zeus — c'est le nom du dieu

suprême - et la moindre plante, tout un monde s'échelonne. Ce sont : les dieux supracélestes, divisés en olympiens et tartariens, puis les dieux infracélestes, divisés en célestes et terrestres, enfin les êtres infracélestes non divins, divisés en raisonnables et irraisonnables. L'immortalité et l'impeccabilité distinguent les classes des dieux, mais une variété infinie de nature, de puissance et d'élévation les diversifie et les ordonne. Chaque dieu ou déesse se présente avec des attributions propres dont l'importance se mesure au degré occupé sur l'échelle descendante des êtres, car tout vient de Zeus par l'intermédiaire des dieux, qui sont ordonnés à l'action en vue du complément du Tout. Celui qui paraît presque l'égal du dieu suprême est Poséidon, le plus ancien et le plus puissant des fds de Zeus, en qui réside la forme spécifique des êtres, une espèce de NoGç néoplatonicien. Près de lui se tient Héra, sa sœur et épouse, qui, principe de la matière et de la limite, préside à la multiplication des êtres. Nous ne nous attarderons pas à décrire la fonction des nombreux dieux, mais en suivant la dégradation de la nature des êtres et de leur rôle fonctionnel nous arrivons à l'âme humaine; elle est l'intermédiaire entre l'élément divin et l'élément matériel et procède de Zeus par Poséidon, qui, de concert avec Hadès, emprunte, pour elle, un corps à Héra. Le grand Tout est constitué par cet ensemble d'êtres divins et non divins émanés de toute éternité de la pensée de Zeus. Le grand directeur en est la volonté de Zeus qui, elle-même, liée à la nécessité interne de la nature divine, n'est pas libre. Ainsi, tout se fait comme il doit se faire et le monde, dans sa nature comme dans son mouvement, obéit à la loi nécessaire que lui impose la toute-puissance du destin. Que devient l'âme humaine en tout cela? Pléthon l'affirme immortelle et soumise comme le reste à la fatalité et, cependant, capable de pécher. Immortelle, mais ne pouvant jamais atteindre à un état supérieur, de peur de la rupture de l'équilibre mondial, elle est à jamais condamnée au système des migrations et de la métempsycose.

Que faut-il penser d'une pareille conception philosophique de l'univers en plein xve siècle? Il ne semble pas que Pléthon ait cru à l'objectivité de ce monde invraisemblable de dieux et de déesses qu'il met en scène. Derrière des noms plus ou moins arbitraires et des réalisations fantasques il désigne, semble-t-il, les êtres, tous les êtres dans leur essence, leur origine, leurs ressemblances, leurs distinctions, etc., en un mot l'être et ses lois et, peut-être, le grand Scholarios s'est-il trompé en croyant à la résurrection pure et simple du Panthéon olympien. Mais ces figures, qui n'avantagent pas la précision de la doctrine, favorisent cependant l'intelligence de la foule et, dans une philosophie à prétentions religieuses, il faut compter avec cet élément. Cette religion devait, à entendre son fondateur, supplanter toutes les autres et un jour triompher sur la terre; mais, si des disciples de choix pouvaient se contenter des abstractions de l'être, la foule avait besoin de sensible et ainsi s'explique, semble-t-il, la présentation populaire du système et cette pléthore de prières aux dieux qui, par certaines assonances archaïques, sont faites pour émerveiller les simples.

2. Morale. — Pléthon fondait le devoir individuel sur la nécessité de répondre aux exigences de l'harmonie ontologique de l'ensemble; l'homme devait rester fidèle au degré d'être que la bonté de Zeus lui avait départie et tenir son poste sur la limite du spirituel et du matériel, se gardant surtout de glisser vers ce dernier. Au fond, cette base était l'importance ontologique de l'homme, c'est-à-dire son orgueil. Dans le chapitre consacré au destin {Lois, n, 6) est traitée, mais en passant, la troublante question de la liberté. D'après le système, tout obéit aux directions du destin

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qui ne vise d'ailleurs, et ne peut viser, qu'au meilleur possible dans le monde. Quel est le sort de la liberté dans ce mouvement nécessaire? Si la liberté, dit Pléthon, consiste dans l'indépendance complète, l'homme n'est pas libre et les dieux non plus, car ils se trouvent dans un enchaînement nécessaire et dépendent tous de Zeus; mais l'homme est libre si, et c'est le fait, la liberté consiste dans la pratique et poursuite du bien, même sous la domination d'un autre. L'homme n'est donc libre que quand il est bon et il n'est méchant que malgré lui, car la méchanceté est la volonté du mal qui, au fond, est contraire à la nature. Mais alors pourquoi les châtiments? Ils sont imposés par les dieux dans une intention de bonté, afin de ramener le délinquant au degré d'être et de bien qui lui convient sur l'échelle des êtres.

Ces châtiments, la législation pénale pléthonienne les veut sévères : les crimes contre nature, l'adultère, l'inceste, le viol conduisent le coupable droit au bûcher et, par un excès d'indulgence sans doute, Pléthon ne punit que par le feu les sophistes qui résistent aux doctrines de la nouvelle religion (par sophistes, Pléthon entend, presque toujours, les chrétiens).

La procédure criminelle, plus indulgente, semble faite pour tempérer ces violences et le synédrion d'archontes ne peut condamner qu'à la majorité des voix; souvent, d'ailleurs, le passé du délinquant sera un motif suffisant d'absolution.

3. Liturgie. — Fondateur de religion, Pléthon ne pouvait négliger la liturgie. Elle occupe une large place dans le système, et, de ce qui nous reste et des titres des chapitres, nous pouvons conclure que toute une organisation religieuse était prévue. Si nous ignorons l'importance du sacerdoce, Lois, i, 22, nous savons que le prêtre présidait les assemblées et dirigeait la prière, m, 36, qu'il servait même de directeur de conscience pour des cas plus exceptionnels, m, 31. La vie monastique, tant abhorrée par Pléthon, ne trouva pas place dans la religion nouvelle. Par contre, elle prescrivait des sacrifices, m, 37-39, le jeûne, in, 36, l'examen de conscience à la fin du mois et même la confession, m, 31, enfin le culte des morts, i, 26, 27. Au chapitre des jugements, m, 31, le lecteur attentif surprend une allusion à une espèce d'excommunication, imitation grossière des usages chrétiens (Lspcôv <ru[i.Tt!xvTcjv sïpYeaOaa).

Les prescriptions relatives au culte occupent une bonne partie du Traité des lois, i, 4, 21 ; in, 33-40. Ce culte consiste, en grande partie, en prières faites en assemblée commune par le prêtre, ou, à son défaut, par le plus notable de l'assistance. D'après les spécimens que les fragments nous ont conservés, elles sont en prose ou en vers; les premières, plus longues, à contenu d'ordinaire dogmatique, les deuxièmes, plus courtes, sont chantées sur des modes différents selon les jours, m, 36, car.Gémistos grand pontife, a tout prévu et le calendrier pléthonien, i, 21, remarquable par son originalité et sa symétrie, a mérité l'attention des spécialistes.

2° Point de vue historique de cette doctrine. — Quand on parcourt les œuvres proprement philosophiques de Pléthon, celles surtout qui l'opposèrent à Aristote, on n'est pas sans surprendre, à travers les reproches acerbes adressés au Stagirite, une pensée, quoique voilée, d'antichristianisme. L'on reproche parfois à Scholarios d'avoir été guidé, dans ses luttes antipléthoniennes, par des préoccupations purement apologétiques; Scholarios avoue, en effet, lui-même, avoir plus attaqué le but poursuivi par Gémistos que défendu Aristote et son système philosophique. Lettre à l'exarque Joseph, P. G., t. clx, col. 633 B. Mais, quand on regarde de plus près, l'on constate que ces adversaires tombent d'accord sur un point capital, le fait de l'alliance d' Aris-

tote avec la religion chrétienne. Pour l'un comme pour l'autre, il est acquis qu'attaquer les doctrines d'Aristote c'est attaquer l'Église, et les attaques antipéripatéticiennes de Pléthon ne peuvent se concevoir que comme une attaque contre l'Église.

Pourquoi donc cette hostilité? Moins qu'à tout autre l'agonie de l'empire byzantin ne pouvait échapper à Pléthon. Mais, tandis que, pour d'autres, le salut ne pouvait venir que de l'Occident et d'une alliance achetée au prix d'un compromis religieux, Pléthon s'attacha avec force aux espérances d'une nouvelle réorganisation sociale du pays. Déjà en 1415, n'avaitil pas, dans son mémoire à l'empereur, préconisé des mesures qui rappellent d'assez près les conceptions modernes sur la nationalisation de l'armée, du commerce, de l'agriculture, de toute la vie du pays? La décadence manifeste de l'empire réveilla dans son âme toutes les résistances nationales et son génie se leva avec force contre tous les éléments étrangers. Devant la décadence du sentiment religieux, suite des circonstances et de l'incurie des chefs ecclésiastiques d'Orient, il ne sut pas distinguer entre l'Église et l'autorité exercée dans l'Église, et le christianisme fut classé parmi les éléments étrangers dont l'empire avait jusqu'ici vécu mais dont aussi, selon lui, il se mourait. Dans ses luttes contre le christianisme, préparatoires aux doctrines nouvelles, sa tactique consista à opposer Platon à Aristote. Il connaissait d'ailleurs assez l'histoire pour savoir que les grandes luttes intellectuelles contre l'Église avaient jadis été entreprises au nom de Platon par des coryphées tels que Porphyre, Plotin, Proclos, et que, en plein xie siècle, les réactions patriotiques, qualifiées d'antichrétiennes, de Psellos, Jean Italos et des autres s'étaient étayées sur la philosophie platonicienne.

Il va sans dire que l'organisation nouvelle ne pouvait que porter un caractère national. Pléthon présenta en effet son système sous ces couleurs et, comme pour lui prêter une solidité quasi éternelle, il l'imagina dérivé de la pensée antique à travers les sages et à travers les oracles : c'est un courant de pensée riche, jailli des sources les plus reculées de l'antiquité, soigneusement dirigé par les brahmanes des Indes, les mages de Médie, le grand philosophe Zoroastre et toute cette pléiade de sages dont le sol de la Grèce a été si prodigue; et, n'étaient les sophistes, c'est-à-dire les chrétiens, ce courant serait parvenu jusqu'à nous après avoir vivifié tous ceux qui nous ont précédés. Scholarios a reproché à Pléthon d'avoir donné Zoroastre comme un couvre-nom, dans le but de dissimuler des doctrines inspirées d'ailleurs. P. G., t. clx, col. 639 BC. Il est improbable, en effet, que Pléthon se soit mis à l'école du philosophe perse; l'examen de son système nous conduit, au contraire, à d'autres sources et nous savons qu'outre Platon et Aristote, Gémistos fréquenta Plutarque, Alexandre d'Aphrodisias, Ammonius, Asclépius, Damascius, Simplicius, Jean Philopon et principalement le grand maître de l'école d'Athènes Proclos, qu'il n'étudia d'ailleurs que transposé en Psellos, le philosophe du xie siècle.

On s'est demandé (F. Taeschner, Georgios Gémistos Pléthon, dans Der Islam, t. xvm, 1929, p. 236-243, et Byz. Neugr. Jahrbuch. t. vm, 1930-1931, p. 100-113) si la naissance et l'évolution de cette idée antichrétienne chez Pléthon n'était pas due à une influence musulmane, par le mouvement des confréries qui, très intense alors, battait en brèche toute religion positive et à contenu dogmatique. Pléthon se défend explicitement de toute influence de théories ou doctrines nouvelles, Lois, i, 2, et il semble répugner eh effet que, se posant en défenseur de la patrie, il ait puisé chez ses ennemis les principes de la défense nationale : mais le fait d'une influence indirecte et inconsciente

PLETHON — PLEYER (JOSEPH

n'est pas invraisemblable. Deux raisons peuvent appuyer cette hypothèse qui, néanmoins, reste toujours une simple hypothèse. D'abord le séjour du jeune Gémistos à la cour musulmane de Brousse et d'Andrinople. près d'Elisée, apparemment juif, mais réellement polythéiste, au dire de Scholarios, P. G., t. clx, col. 639 B. Un second fait est l'attachement de Pléthon à la doctrine du destin, théorie centrale de son système qui veut les hommes soumis à la Providence divine jusqu'à la ruine de toute initiative et de toute liberté. Mais, sur ces ruines, Gémistos voit se lever la conviction psychologique pour tout homme qu'il est avec Dieu, qu'il accomplit sa volonté, qu'il marche vers une destinée divine très haute. La doctrine du destin «st assurément, dans l'esprit de son auteur, une grande source d'énergie par la conviction qu'elle crée d'une union étroite entre l'homme et Dieu dans la poursuite d'un but commun; mais est-il bien sûr que Pléthon n'ait pas remarqué l'importance de cette doctrine dans les croyances musulmanes et la confiance servile, sans doute, mais absolue, que tout partisan du Prophète manifeste vis-à-vis de la Providence, confiance qui, sur les champs de bataille, se convertit en courage et en sacrifice? Quand, dans le traité sur le Saint- Esprit, il reproche aux chefs de l'Église d'Orient leur conduite au concile de Florence, c'est leur manque de confiance qu'il critique; ils marchandent leur foi et c'est par des combinaisons de politique humaine qu'ils cherchent à parer au danger national, alors que le seul moyen serait la fidélité ou le retour à Dieu. Et làdessus Pléthon ne craint pas les comparaisons désobligeantes : « Qu'y-a-t-il d'étonnant que, depuis longtemps, Dieu donne le succès à nos ennemis tandis qu'il nous laisse dépérir?...; mais nos ennemis ont sur nous l'avantage énorme d'une conviction inébranlable en la Providence divine... or, ce dogme est capital puisqu'il y va de la reconnaissance ou de la négation de Dieu comme principe de nos êtres. »

En tout cela, évidemment, on ne peut aboutir qu'à des conjectures mais il n'est peut-être pas improbable que Pléthon ait envié à la religion musulmane un dogme dont la nation turque avait profité sur les champs de bataille et qu'il ait cherché à l'incorporer à son système en l'habillant des couleurs platoniciennes.

Une dernière question. Tout en admettant sa confiance aux moyens de résurrection qu'il préconisait, pouvons-nous admettre sa foi objective au système divin qu'il avait échafaudé? A la lecture du Traité des lois, Scholarios avoue avoir éprouvé toutes sortes de sentiments ne sachant s'il fallait rire de tant de sottises ou pleurer de tant d'aveuglement. P. G., t. clx, col. 637 B. Au fait, de la lecture de ces longues théories sur les dieux, de ces longues et fastidieuses prières à Zeus ou aux formes personnifiées de l'être, on ne sort pas avec une idée bien flatteuse pour leur auteur. Et. si l'on veut lui reconnaître une conviction proprement païenne, on ne le plaindra pas moins d'avoir été la victime d'un orgueil si sot ou peut-être d'une vieillesse si lamentablement égarée dans le labyrinthe des ans.

Outre les nombreuses références du Répertoire d'Ul. Chevalier, consulter : Boivin, Querelle des philosophes du XV' siècle, dans Mémoires de littérature de l'Académie des inscriptions, t. n, p. 712; E. Derko, De Platon à Pléthon (en hongrois), Budapest, 1025 ,p. 120-143, 282-301 ; J. Drâseke, Pleihons und Bessarions Denkschriften, dans Xeuc Jahr bûcher, t. wvit; du même, Georgios Gemislos Pléthon, dans Zeitschrift fur K irchengeschichle, t. xix; du même, Y.u Plato und Pléthon, dans Archiv fur Geschichle der Philosophie, t. wyii ; A. (iaspary, /.ur Chronologie des Slreitesdtr Grierhen iiber Plato und Aristoteles im XV. Jahrhundert, même recueil, t. m; W. Gass, Gcnnadius und Pletho, Breslau, is 1 1 ; .i.-i.. Heiberg, En Samfundsreformator, Copenhague, ix'.c>; A. Karnmpasis, Tô pcXoaoecxôv roornua roû QX^Otovoç,

Héraclée (Crète), 1910, e1 aussi dans Va Etiôv, 1909, p. 220- 22S, 108-413; 1910, p. 356-366; N. Kazazis, \'n.,y;io; 11'/./.- 8œv xai t /-,:/<. iv:T;io; zi:i :.,-/ ' Ava-'ivv^Tiv, dans ' KOvix.ov \\ x-i i~:'7-.rl\i.'.'i'i , ï~:n-.c,\i.'j'iv/.rl 'EltETYipiç, 1902-1 903, Athènes p. 5-48; S. B. Kougéas, XpucrôëouXXov K<ovot<xvtÎvovi ro3 [IaXatoXo'jO'j rcpûiTOYpaçov xaï àvExSoTov, &V ou Èmxupoûv- TXi Stopea! ii; roi; uioùç toï FtixiaToC (1449), dans 'KXXr,vtxâ, 1928, p. 371-100; S. I.ampros, Ha) ato>.'jy;ta /.ai HeXo- 7tOVVY|0-taX«, Athènes, t.i, 1912-1923; t. n. 1912-1921; t. III, 1926; t. iv, 1930; G.Mercati, dans Bessarione, t. xxvi, 1922, p. 137-140, sous le titre Minuzie les n. 43, 44; L. Mohler, Georgios Gemislos Pléthon, dans Die Religion in Geschichle und Gcgenwarl, t. Il, Tuhingue, 1928, p. 1018; du même, Kurd. Bessarion als Theologe.. ., dans Quellen und Forschungen ((us dem Gebicte der Geschichle, t. xx, Paderborn, 1923, passim; A. A. Papadopoulos, dans MsyocXY| âÀXïjvexr) èyx-jy.Xouacîîc'a, Athènes, t. vm,p. 176-178; K. Paparrigopoulos, 'IoTopca to'j ÉXXïjvtxoû ëbvo^z, Athènes, t. v, p. 296-304; H. S. Beimar, Matthœi Camariotiv orationes duo in Plethonem de Fato, Leyde, 1721 ; A. Biekel, Die Philosophie der Renaissance, Munich, 1925, p. 32-38; Stein, sur Pléthon philosophe social, dans Archiv fur Geschichle der Philosophie, t. x; E. Stéphanou, Études récentes sur Pléthon, dans Échos d'Orient, t. xxxi (1932), p. 207-217; F. Tâschner, Georgios Gemislos Pléthon. Ein Beitrag zur Frage der Uebertragung vom islamischen Geislesgut nach dem Abendlande, dans Der Islam, t. xvra, 1926, p. 236-243; du même, Georgios Gémistos Pléthon. Ein Vermitller zwischen Morgenland und Abendland zu Beginn der Renaissance, dans Byz. Neugr. Jahrbuch, t. vm, 1930-1931, p. 100-113; J.-VV. Taylor, Georgius Gemistus Plelho's criticism o/ Plato and Aristotle, Menasha (Wisconsin), 1921 ; du même, Gemistus Pletho as a moral philosopher, dans Transactions of the american philological association, t. li, 1920, p. 84-100; Tozer, A byzantin reformer, dans Journal of hellenic studies, t. vu, 1886, p. 353-380; Th. Cspenskij, Le mouvement philosophique et théologique au XIV" siècle (en russe), dans Journal du ministère de l'Instruction publique russe, t. cclxxix, 1892, p. 1-64, 348-427; A. -A. Vasiliev, Histoire de l'empire byzantin, t. n, Paris, 1932, passim, et principalement p. 327-329, 404-406; D.-A. Zakynthinos, Le despolat grec de Morée, Paris, 1932, passim, et principalement p. 176-180; Ph. Zannétos, Tlept r£(i)pYio'jrEjjii(TTt)ÛT)nXT(0(ovo;dans Aax(ovixà,t.i,p.69-80.

E. Stéphanou.

PLEYER Joseph, né à Ellenbogen, en Bohême, en 1709; entré dans la Compagnie de Jésus en 1727, il enseigne quatre ans la philosophie et quatorze ans la théologie à Prague, survit à la suppression de la Compagnie et meurt dans sa ville natale en 1799. Il est l'auteur de divers traités dogmatiques : De angelis et homine, 1752; Septenarius sacramentorum, 1753 et 1754; De Verbi divini incarnatione, 1755 et 1756; De virtutibus, 1758. Il publia aussi des dissertations de théologie positive ou sur des questions d'actualité, par exemple : Dissertationes de controversiis particularibus, 1750; deux opuscules sur la liberté contre Jansénius : An ex dsemoniorum damnalorumque peccatis Jansénius bene intuleril liberum arbitrium cum simplici necessitale consistere? 1756, et Dissertatio de libertate ad peccandum in damnalis, 1760; deux opuscules sur le mariage, à propos des controverses régaliennes : Dissertatio theologica de ministro matrimonii, 1759, et Dissertatio num majori conciliorum Patrumque aucloritate nitatur sententia quse affirmât, quam quse negal posse dari inter chrislianos matrimonium valide legitimeque contractum quod non habeat rationem sacramenti? 1759; une étude historique sur l'hérésie de Bérenger : An Berengarius jam sœculo undecimo recentioribus luereticis prœluseril? 1760, reproduite dans Zaccaria : Thésaurus theol., t. x, p. 1010-1030. Un manuel de liturgie ou de théologie morale et pastorale publié par lui, en 1767, sous le titre : Lux ad légitimant ecclesiaslicorum ordinum susceptionem et munerum ecclesiasticorum administrationem, a été réédité à Strasbourg en 1811.

Ilurter, Xommclutor, 3° edit., t. \ , col. 272; Sommervogel, Bibliothèque de lu Compagnie de Jésus, t. vi, col. .X'.i.vxv,.

P. Galtier.

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