Przemysl, Sanok et Sambor
VI. Éléments de statistiques. — On a relevé au cours du présent article les notions relatives aux confessions religieuses, qui ne dépendent pas de Rome. Voir col. 2164-2468.
On trouvera ci-dessus les chiffres relatifs aux catholiques des deux rites : latin et ruthène. L'Église arménienne unie compte près de 4 000 fidèles, avec 14 prêtres et une dizaine de paroisses, administrés par un évêque du rite, résidant à Lwôw.
existé en Pologne au Moyen Age. A peine la Pologne eut-elle réussi, au xie siècle, à vaincre le paganisme et à s'affranchir de l'autorité de l'empereur d'Allemagne, qu'elle succomba (1138) à une division entre les fils du roi Boleslas, surnommé Krzywousty, ce qui entraîna l'affaiblissement de toute activité intellectuelle de la nation. Cent ans après, en 1241 et 1260, eurent lieu les terribles invasions des Tartares, qui, venant de l'Orient, dépeuplèrent toute la partie méri-
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dionale et occidentale de la Pologne, la plus fertile et la plus riche. La Pologne mit beaucoup de temps à guérir de ses blessures. Ce n'est donc que vers la lin du Moyen Age que les derniers monarques de la dynastie de Piast, Ladislas, surnommé Lokietek (1306-1333), et son lils Casimir le Grand (1333-1370), réalisèrent l'unification et raffermissement politique de l'État polonais. L'année 1301 marque une date importante par la fondation de la première université polonaise à Cracovie. Dès lors seulement, nous sommes en droit de parler d'une certaine activité des sciences sacrées en Pologne.
Cependant, il existait auparavant certaines données éparses sur l'état des sciences sacrées dans ce pays. Depuis l'époque de la formation d'une hiérarchie stable et des évêchés, c'est-à-dire depuis le début du xie siècle, apparaissent les écoles cathédrales, collégiales et monastiques dont le nombre ne cesse de s'accroître. Les plus anciennes données sur l'état des bibliothèques remontent à 1110, à savoir : un catalogue des livres de la bibliothèque cathédrale de Cracovie. Nous y trouvons d'abord des manuels universellement employés pour le <■ trivium », puis, un seul ouvrage pour le « quadrivium » : les Étijmologies d'Isidore de Séville, dont le 1. III traite de la musique, des mathématiques et de l'astronomie; pour la théologie il n'y a que quelques livres liturgiques et quelques écrits patrisliques (saint Grégoire le Grand), ainsi que des sermons et une collection de décrétales pontificales. Ailleurs, on rencontre dès le xne siècle d'autres ouvrages, soit ceux des papes, soit ceux d'écrivains médiévaux, théologiens et canonistes. Par exemple, dans la bibliothèque du chapitre métropolitain de Gniezno se trouve un ms. du xne siècle : Synopsis totius juris canonici (ms. 511). Dans la môme bibliothèque, sous le n. 38 est conservé l'écrit original le plus ancien des sciences sacrées en Pologne, les Excerpta ex theologia et jure canonico de l'archevêque de Gniezno, le savant docteur en décret, Jacques de Znin (1119-1148).
Les choses vont mieux au xme siècle. A partir des dernières années du xne, apparaissent un grand nombre d'ecclésiastiques possédant des grades scientifiques acquis aux universités étrangères. Les rares écrits de cette époque, chroniques et sermons, démontrent un assez haut savoir en sciences sacrées. Le « Polyhistor » du Moyen Age polonais, le bienheureux Vincent Kadlubek (évêque de Cracovie en 1207-1217, puis cistercien de l'abbaye de Jedrzejôw, t 1223) fait preuve dans sa Chronique d'une haute érudition, sacrée aussi bien que profane. De même, les nombreux statuts des synodes provinciaux de Pologne témoignent d'un savoir étendu dans le clergé supérieur. Nous en avons encore un témoignage dans un assez grand nombre de manuscrits provenant du xme siècle et contenant des ouvrages théologiques et juridiques. Le nombre des écoles s'accroît aussi. Celles-ci se divisent en inférieures (paroissiales) et supérieures : cathédrales, collégiales et monastiques, où l'on enseignait la théologie, le droit et les arts. Nous avons mention, au xive siècle, de l'existence de 119 écoles sur le territoire polonais (y compris les possessions de l'ordre teutonique). Les manuscrits des bibliothèques se multiplient aussi de façon remarquable.
Nous ne rencontrons cependant point d'oeuvres théologiques originales polonaises, tout au plus de courts glossaires, des commentaires et des suppléments ajoutés aux écrits connus de l'Occident. L'unique écrivain qui soit parvenu à quelque notoriété fut un moine dominicain, Martin de Opawa, en Silésie, surnommé le Polonais (Martinus Polonus), qui mourut archevêque nommé de Gniezno en 1278. II est l'auteur d'une série d'oeuvres parmi lesquelles il convient de mentionner la Chronicu summorum pontificum atque
imperalorum et un abrégé canonique, intitulé Margarita decreti ou Summa Martiniana. Ce personnage n'avait guère de polonais que l'origine; il vivait en Bohème et avait longuement séjourné à Home, où il occupa un poste éminent à la cour de plusieurs papes. Il y eut encore deux autres juristes contemporains de Martin : Nicolas, archidiacre de Cracovie, auteur d'une Summa decretalinm (ms. non édité, disparu) et Laurence le Scolastique, de Breslau, qui écrivit un Memoriale decreti, œuvre totalement inconnue en Pologne.
II. De la fondation de la première université (1364) jusqu'à la Réforme. — Dans l'action qu'il entreprit pour affermir le pouvoir de l'État polonais, le roi Casimir le Grand s'occupa assidûment de la codification des lois, ce qui dura vingt ans (1348-1368). Le manque de bons juristes en Pologne se fit sentir à cette occasion. D'autre part, le roi, homme de haute culture, esprit distingué, aux larges horizons, désirait relever l'état des sciences en Pologne. Guidé par ces deux motifs, le roi commença, en 1362, à traiter avec le Saint-Siège et réussit, en 1364, à obtenir le consentement du pape Urbain V à la fondation d'une université à Cracovie, alors capitale de la Pologne. Le Saint- Siège exclut provisoirement les études théologiques, ce qui arrivait fréquemment au Moyen Age, dans les universités de nouvelle fondation. Le roi était guidé dans ses projets par le désir de former des juristes érudits. C'est pourquoi, sur 11 chaires qu'il avait établies, 8 étaient dévolues aux sciences juridiques (3 au droit canon et 5 au droit romain), 2 à la médecine et une aux arts. Cette université n'eut pas d'activité bien intense et, après la mort de son fondateur, c'est à peine si elle végétait. Elle ne trouva aucun appui dans le successeur de Casimir le Grand, Louis, de la dynastie d'Anjou, roi de Hongrie et de Pologne (1370-1382), fils d'une sœur de Casimir.
Une véritable amélioration eut lieu en 1384, à l'avènement au trône polonais d'Edwige, fille de Louis, reine de grand esprit et de haute sainteté, qui, deux ans plus tard, épousa le prince lithuanien Ladislas Jagellon (1386-1434). Par ce mariage, la Pologne devint une grande puissance politique. La pieuse reine sollicita le consentement du pape de Rome, Boniface IX, en 1397, en vue de la fondation d'un studium theologicum à Cracovie, ce qu'elle obtint. Peu après la mort d'Edwige (1399), le roi Ladislas Jagellon fonda, en 1400, à Cracovie, une université comprenant quatre facultés. Deux hommes de haute culture étaient les conseillers du couple royal en cette matière : l'évêque de Cracovie, Pierre Wysz de Radolin, ancien professeur en droit à Padoue, et surtout le célèbre théologien et auteur de traités ascétiques, Mathieu de Cracovie (originaire de la famille bourgeoise allemande des Stadtschreiber, établie à Cracovie), ancien professeur à Prague, à Paris, à Heidelberg, d'où Edwige l'avait fait venir à Cracovie pour un séjour de quelques années et qui mourut évêque de Worms en 1410. On fonda la nouvelle école sur le modèle de l'université de Paris, tandis que l'université de Casimir le Grand s'était modelée sur celle de Bologne. C'était donc l'évêque de Cracovie qui était chancelier, l'élection du recteur et des autorités académiques ne revenait pas aux étudiants, comme c'était l'usage à Bologne, mais au corps enseignant avec confirmation du chancelier.
Le premier corps enseignant fut fourni à la nouvelle université par Prague surtout, où, depuis 1347, existait une université, avec faculté de théologie, fréquentée par un grand nombre d'étudiants polonais. C'est donc là que fit ses études le premier recteur de l'université de Cracovie, le célèbre et éloquent pro fesseur en droit Stanislas de Skalbinierz. C'est <lc là aussi que l'on fit venir un grand nombre de manuscrits, qui enrichirent la bibliothèque de la jeune
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université. Et ces premiers professeurs placèrent' des le début l'école cracovienne à un niveau élevé. Cette université, nommée « jagellonienne », du nom de son fondateur, largement pourvue par le roi et par les grands seigneurs polonais, acquit, au cours du xv° siècle, la renommée d'une des plus hautes écoles d'Europe, attirant un certain nombre d'étudiants étrangers, surtout des pays voisins : Allemagne, Hongrie et Bohême.
Et, de nouveau, comme par la force de la tradition, les juristes eurent la première place. Ce fait devint évident dès la première moitié du siècle, quand, à l'époque des conciles de Constance et de Bâle, les universités jouèrent un rôle considérable dans les essais qu'on fit pour réformer l'Église après le Grand. Schisme. Au concile de Pise (1409) assistaient des représentants de la Pologne, entre autres le recteur de l'université de Cracôvie, Élie de Wawolnica, qui se prononça pour Alexandre V, l'élu de Pise. Mais c'est particulièrement au concile de Constance que l'autorité des juristes polonais se montra dans toute sa plénitude. Une nombreuse délégation arriva de Pologne, ayant à sa tête l'archevêque de Gniezno, Nicolas Traba; le rôle le plus important incomba à deux membres de la délégation : le savant juriste- André Lascaris de Goslawice, alors évêque nommé de Poznan, qui devint, au concile, un des représentants de la théorie conciliaire la plus radicale, et le recteur de l'université de Cracôvie, Paul Wlodkowic (PaulusVladimiri) de Brudzewo. Ce dernier est, sans aucun doute, un des meilleurs esprits et le plus grand écrivain polonais de l'époque. Il fit son éducation à Prague, puis à Padoue, où il fut l'élève du célèbre canoniste François Zabarelli, devenu plus tard cardinal. Le premier traité de Wlodkowic, De annatis caméra: apostolicae solvendis, fut écrit avant le concile (publié dans l'édition des « Monuments du droit polonais », Pomniki prawa polskiego, t. v, p. 299). Dans ce traité, où se manifeste visiblement l'influence de l'aperçu de Mathieu de Cracôvie sur la réforme de l'Église (contenu dans son célèbre traité, De praxi curiœ romanse de 1404), l'auteur envisage les excès de la curie papale de cette époque dans un esprit d'opposition positive et, comme la plupart des partisans de la réforme, il incline du côté de la théorie conciliaire, c'est-à-dire de la suprématie des conciles sur le pape.
D'autres écrits de Paul Wlodkowic se rapportent aux litiges de la Pologne avec l'ordre teutonique, à propos de la conversion des peuples païens, des Lithuaniens surtout. Étant donnée l'union de la Lithuanie avec la Pologne et sa conversion, l'existence de l'ordre teutonique dans le bassin de la Vistule inférieure n'avait plus de raison d'être. L'ordre s'etïorçait pourtant de garder ses privilèges et son droit de répandre le christianisme à l'Orient, ce qu'il faisait généralement à l'aide de l'épée. Cette question fut soulevée pendant les débats de Constance. Paul Wlodkowic écrivit plusieurs traités à cette occasion; il convient de citer : De polestate papie et imperatoris respect u paganorum (publié dans les Monuments du droit polonais, t. v, p. 161) où il expose une thèse (très moderne pour cette époque), qu'il ne convient pas de « convertir » les païens au moyen de l'épée. A cette occasion, il souligne fortement la suprématie du pape sur l'empereur en cette matière. Les autres traités de Paul concernent l'attaque portée contre le roi Ladislas Jagellon par un libelle d'un dominicain aventurier, Jean Falkenberg, ami des teutoniques. Ce dominicain accusait le roi de manquer de sincérité dans l'acceptation du baptême et lui imputait des erreurs païennes; manifestant sa haine pour toute la nation polonaise, il faisait appel à une croisade contre la Pologne. La délégation polonaise s'étant vivement
opposée à Falkenberg, celui-ci publia, en 1417, un second écrit, Liber de doctrina polestatis papx et imperatoris, dirigé contre le traité de Paul et proclamant la suprématie de l'empereur sur le pape. Wlodkowic y répondit par le traité : De ordine cruciferorum et de bello Polonorum 'Monuments du droit polonais, t. v, p. 235). Cette polémique fut terminée par la condamnation de Falkenberg par le concile et la science polonaise remporta une première victoire devant l'opinion. En 1420, Paul Wlodkowic, député à Rome, écrivit le traité : Ad impugnandum privilégia cruci/erorum, publié dans Lites ac res gestœ inler Polonos ordinemque cruciferorum, t. in, Poznan, 1855, p. 294-337.
Un second début, mais un peu moins réussi, des canonistes polonais, eut lieu au concile de Bâle. Le point de vue des partisans de la suprématie des conciles sur le pape était représenté en Pologne par Mathieu de Cracôvie et soutenu par Paul Wlodkowic. Ce point de vue était le plus répandu parmi les savants polonais. Une nombreuse délégation se renaît, en 1434, de Pologne à Bâle, sous la direction d'un humaniste, l'évêque de Poznan, Stanislas Ciolek, qui réunit plusieurs professeurs de Cracôvie, partisans décidés du concile et de l'antipape Félix V, à l'occasion de la rupture définitive de ce dernier avec le pape Eugène IV, en 1438. Sans aucun doute, c'est le cistercien Jacques de Paradyz qui, parmi ces professeurs, jouissait de la plus grande autorité. Vers la fin de sa vie, il quitta son ordre pour suivre la règle plus austère des chartreux à Erfurt (f 1464). On peut affirmer qu'il a été le plus grand théologien moraliste de l'école cracovienne au xve siècle. Il est l'auteur de nombreux sermons et traités concernant surtout l'ascèse religieuse. A l'époque du concile de Bâle, il écrivit le traité : Determinationes theologicse de concilio super papam, où il se montre extrêmement radical, refusant même au pape le droit au titre de caput Ecclesix et de vicarius Christi. Quatre autres professeurs de Cracôvie ont traité à cette époque la même question : Benoît Hesse, Laurence de Raciborz, tous deux théologiens, le célèbre juriste Jean de Lgota (Elgot) et Thomas Strzempinski, plus tard évêque de Cracôvie (les noms en ski commencent à paraître à cette époque en Pologne). Le point de vue des deux premiers traités est plus radical, tandis que les théories d'Elgot et celles de Strzempinski sont plus modérées. Tous ces traités se trouvent dans le ms. 1217 de la bibliothèque universitaire de Cracôvie. On envoya enfin à Bâle le traité de Strzempinski, comme représentant l'opinion de l'université; il obtint l'approbation générale et le point de vue qu'il exposait fut fidèlement soutenu dès lors par les professeurs de Cracôvie. 11 est à remarquer que les rois polonais, fils de Ladislas Jagellon : Ladislas surnommé le Varnénien (il périt dans une lutte avec les Turcs sous Varna en 1444) et Casimir Jagellon (1447-1492) soutinrent constamment, dans ce litige, la cause du pape. Après la mort de l'austère Eugène IV (1447) et l'avènement au trône pontifical de l'indulgent Nicolas V, tous les évèques, indécis jusqu'alors, firent acte d'obédience au pape avec l'évêque de Cracôvie, Zbigniew Olesnicki, homme de grand savoir et qui faisait alors fonction de gouverneur du pays à cause du jeune âge des rois. L'université seule resta dans l'opposition, ayant pris parti pour les conciliaires et ne vint même pas saluer le nonce Et>rici à son arrivée en Pologne en 1448. Ce n'est qu'après l'abdication de Félix V et la dissolution du concile de Bâle que l'université se soumit enfin à Nicolas V.
L'action des autres théologiens et des juristes de Cracôvie, au xve siècle, a un caractère plutôt local. En considérant la question de façon générale, il convient de souligner que, dans les nombreux écrits des
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auteurs polonais de celle époque, les sujets pratiques dominent au détriment des sujets spéculatifs. C'est pourquoi l'école de Cracovic n'a produit ni Sommes théologiques, ni même commentaires originaux. Dans la division contemporaine des scolastiques en nominalistes et réalistes, les savants de Cracovie se prononcent généralement pour le réalisme, mais ils ne prennent pas ces questions bien à cœur. Ce n'est que vers la fin de ce siècle, que plusieurs philosophes spéculatifs apparaissent, comme les thomistes Jean de Glogow (flôO/), auteur d'une série de commentaires sur Aristote, Jacques de Gostynin (t 1506), admirateur de saint Albert le Grand, et les scotistes Michel de Bystrzykowo et son élève, plus remarquable encore, Jean de Stobnica.
Quant aux questions dogmatiques, nous n'en pouvons citer que trois qui occupent les esprits des théologiens polonais du xv° siècle. La première, qui suscita une polémique, fut l'affaire des hussites, dont les théories n'avaient pas pris racine en terre polonaise, malgré la proximité de la Bohème. Dès le débuts l'université prit une attitude hostile aux nouveautés de W'iclef et de Huss. En 1431, eut lieu à Cracovie une dispute avec les hussites, dont on relève la trace dans quelques traités des savants de Cracovie dirigés contre les hussites (traités de Stanislas de Skalbmierz et d'André de Kokoszyn, tous deux professeurs à l'université, du dominicain Mathieu de Janow et d'autres). La seconde question concerne l'immaculée conception, question qui fut discutée à Bâle. Le professeur de Cracovie, Paul de Pyskowice, théologien contemporain, écrivit un traité sur ce sujet. Jean de Szamotuly, maitre en droit, surnommé Paterek(f 1519), laissa deux sermons, en langue polonaise, sur le même mystère.
Une question dogmatique des plus curieuses, dont s'occupaient les sciences sacrées en Pologne, avant l'époque de la Réforme, était celle de la validité du baptême des Ruthènes. On sait que l'union de Florence fut presque absolument rejetée en Russie moscovite et en Ruthénie lithuanienne. En 1453, saint Jean Capistran, arrivé en Pologne, y établit l'ordre des franciscains observants qui prirent le nom de bernardins (du nom de saint Bernardin de Sienne), s'accrurent très rapidement en nombre et développèrent une grande activité. Les terres russes devinrent un des principaux terrains de cette activité ; un courant uniate assez prononcé y commença. A la mort du roi Casimir Jagellon (1492), son fils Jean Olbracht devint roi de Pologne. Son frère cadet, Alexandre, grand-duc de Lithuanie, épousa en 1492 Hélène, fille du tsar de Russie, Ivan III. Hélène n'accepta pas de passer au catholicisme, ce qui suscita une vive émotion. Les maîtres de Cracovie, de leur côté, s'opposèrent aux bernardins et à leur action et mirent en doute la validité du baptême russe. Nous trouvons la trace de ce litige dans VElucidarius errorum rilus ruthenici (édit. de 1501, très rare) du professeur de Cracovie, Jean d'Osviecim, surnommé Sacranus, un des premiers représentants de l'humanisme en Pologne. Le point de vue de l'auteur est extrêmement radical. L'Église orientale n'a pas de sacerdoce légal, donc ses sacrements et le baptême lui-même sont sans valeur. Jean conseille la plus grande prudence en ce qui concerne l'acceptation des orthodoxes russes dans l'Église; enfin, relativement au mariage du prince héritier, il se prononce de façon absolue en affirmant qu'un catholique n'a pas le droit d'épouser une schismatique. Cette erreur de Sacranus peut s'expliquer par une raison qui vaut également pour la théorie de la suprématie des conciles sur le pape. Le Décret de Gratien est la principale et presque l'unique source à laquelle Sacranus se réfère dans son œuvre. Tous ces savants,
formés par les Sentences et le Décret, ignorant tout à fait la tradition antique et se contentant uniquement de rationes thcologicœ, ont succombé, de la meilleure foi du monde, à ces erreurs en se détournant de la tradition des premiers siècles. En particulier, Sacranus, élève des maîtres partisans du concile de Bàle, ne professait aucun respect pour les décrets de Florence. Il faut ajouter enfin qu'il pouvait arriver que le clergé russe contemporain, ignorant au possible, eût recours à quelques pratiques superstitieuses dans l'administration des sacrements. On comprend dès lors que le pape Alexandre VI ait admis la validité du baptême chez les Ruthènes, mais que plus tard Léon X, dans sa Bulla prouincialis de 1515, approuvant les coutumes juridiques et canoniques delà province ecclésiastique de Gniezno, ait signalé la possibilité de rebaptisation, au cas où la validité du baptême précédent aurait été mise en doute. Ce n'est que plus tard, en 1544, à l'époque de la Réforme, que l'ouvrage de Sacranus a trouvé un écho. Ce fut Stanislas Orzechowski qui répondit à cet ouvrage par son écrit, Baptismus Ruthenorum. Voir ici, t. xi, col. 1626. Cependant, à la mort d'Alexandre (1505) qui, en 1501, était devenu roi de Pologne, la question de l'Union perdit son actualité et on n'en parla plus après la mort de son partisan, Joseph Soltan (tl517) métropolite de Kiev.
En matière de théologie pratique, nous avons à cette époque une littérature plus abondante portant cependant un caractère local. Sans mentionner les nombreux sermons que nous ont laissés les plus remarquables savants de Cracovie, nous ne citerons que les œuvres les plus curieuses concernant les questions pratiques. Une de ces œuvres, sorte de manuel pour le clergé paroissial, intitulée Sacramental (écrite vers 1430), est une source de premier ordre qui fait connaître les anciennes coutumes et cérémonies liturgiques et surtout leurs particularités en Pologne. Nicolas de Blonie, surnommé Pszczolka (L'abeille) en est l'auteur. Nicolas était professeur de droit à Cracovie, ensuite il séjourna à la cour de Stanislas Ciolek, évêque de Poznan. Son œuvre a été dix fois réimprimée à l'étranger à cause de sa haute valeur (voir l'art. Plovius). Un autre travail du même genre a été écrit par André de Kokoszyn, d'abord professeur puis archidiacre de Cracovie, connu par ses polémiques contre les hussites. C'est un traité, concernant le saint sacrifice, intitulé Interpretalio canonis et destiné à l'usage du clergé.
Saint Jean Cantius (t 1473), professeur à l'école de Cracovie pendant plus de cinquante ans, avec quelques interruptions, jusqu'à sa mort, a prêté l'éclat de ses vertus à l'université cracovienne sans y faire briller l'originalité de ses œuvres. Le saint homme nous a laissé quelques dizaines de copies de livres, faites par lui-même et témoignant de son assiduité au travail. Il est l'auteur aussi de solutions de cas de conscience, où, contrairement à l'opinion austère de l'époque, il est pour les sentences plus indulgentes, par exemple en ce qui concerne l'interprétation des conditions cessationis voti.
En dehors de l'université, les auteurs suivants méritent d'être mentionnés : le savant chanoine de Gniezno, plus tard chanoine régulier, Sedziwoj Czechel, partisan chaleureux de la théorie conciliaire, et Jean Ostrorôg (1436-1501), grand seigneur polonais, élevé en Allemagne et en Italie, député royal à Rome, auteur d'un mémoire concernant la réforme de l'État polonais : Monumentnm />ru comiliis generalibus regni sub rege Casimiro pro reipublicœ ordinatione congestum, œuvre écrite vers 1475, où l'auteur expose avec ampleur les points sensibles de la vie ecclésiastique contemporaine et conseille catégoriquement l'émancipation de l'Église polonaise de l'autorité papale. Tout d'abord, ce
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mémoire ne trouva pas d'écho en Pologne, mais sans' doute affaiblit-il de façon indirecte le sentiment de la nécessité de l'union dans l'Église, frayant ainsi la voie à la Béforme.
Dans le domaine de l'Écriture sainte, la Pologne ne fit pas grand'chose avant l'époque de la Réforme. Il n'y avait que quelques traductions partielles de l'Écriture sainte en langue polonaise : le psautier de Saint-Florian en est le plus ancien monument. Il se trouve dans la bibliothèque de l'abbaye des chanoines réguliers de Saint-Florian en Autriche. Ce manuscrit provient du xive siècle, mais sans aucun doute le texte est plus ancien. Au xve siècle, il y eut des essais de modernisation du texte primitif du psautier polonais dans le psautier de Pulawy et dans celui de Cracovie,. ainsi que plus tard, vers le milieu du xvie siècle, dans le Zoltarz de Wrôbel, prédicateur de Poznan. Dans la première moitié du xv° siècle apparut une traduction complète de l'Écriture sainte, faite probablement sur l'ordre de Sophie, quatrième femme du roi Ladislas Jagellon, née princesse russe. Cette traduction se trouve dans un manuscrit en mauvais état conservé dans la bibliothèque du collège de Saros- Patak, en Hongrie, d'où provient le double nom de cette Bible : Bible de Saros-Patak ou de la reine Sophie. En outre, plusieurs commentaires latins de la Bible d'auteurs polonais ont été conservés; ces traités ne présentent pas, en général, une grande valeur scientifique. On peut citer, par exemple, l'interprétation de l'évangile de saint Matthieu par maître Benoît de Hesse, à l'époque du concile de Bâle. Ces traités se trouvent en ms. à la bibliothèque universitaire de Cracovie, sous les numéros 1366 et 1368. En général, c'est Nicolas de Lyre qui a été l'autorité principale de l'université de Cracovie dans le domaine des études bibliques.
Jean Dlugosz (1415-1480) est le représentant le plus remarquable de l'histoire ecclésiastique du xve siècle en Pologne. Jeune homme, il séjourna à la curie de l'éminent évêque de Cracovie, Zbigniew Olesnicki, devint chanoine et, à partir de 1407, précepteur des fils du roiCasimir Jagellon : l'aîné, Ladislas(quidevint plus tard roi de Bohême et de Hongrie), saint Casimir, trois rois successifs de Pologne : Jean Olbracht, Alexandre et Sigismond, et enfin le cardinal Frédéric. Jean Dlugosz mourut archevêque nommé de Lwôw. C'était un homme de caractère irréprochable, de grand savoir, catholique ardent et grand patriote. Son œuvre principale est : Ilistoria polonica en douze livres, dont les deux derniers, les plus considérables, contiennent la description des événements contemporains de l'auteur. Cet ouvrage contient un grand nombre de données concernant l'histoire de l'Église de Pologne. Ses autres travaux se rapportent directement à l'histoire de l'Église, ce sont : Vita bealissimi Stanislai (l'évêque martyr de Cracovie, xie siècle), et Vita beatx Kingse (la bienheureuse Kinga ou Cunégonde, 1224-1292), femme du prince polonais Boleslas le Pudique (Pudicus), et surtout les catalogues des évêques polonais et le Liber beneficiorum diœcesis Cracoviensis, qui est une source inappréciable en ce qui concerne les rapports ecclésiastiques, politiques, économiques dans la majeure partie de la Pologne de cette époque. Le diocèse de Cracovie occupait, en effet, jusqu'au temps des partages de la Pologne, un très grand territoire et comprenait les diocèses actuels de Cracovie, Tarnôw, une grande partie des diocèses de Kielce et de Sandomierz, une partie enfin des diocèses de Czestochowa et de celui de Lublin. Un grand amour de la vérité caractérise les œuvres de Dlugosz; il utilise pour son récit d'abondantes sources qu'il a réunies avec soin et introduit une critique, rare à son époque, dans leur appréciation. Sous ce rapport, Dlugosz distance de
Façon remarquable les anciens chroniqueurs aussi bien que ceux qui lui sont contemporains; il est véritablement le père de l'historiographie moderne et «termine dignement le Moyen Age polonais », selon l'expression du savant Alexandre Bruckner, professeur à l'université de Berlin.
III. Époque de la Réforme. — Le protestantisme apparut de bonne heure en Pologne (le premier procès contre les novateurs religieux eut lieu en 1528) et se développa dans la plus haute noblesse, si bien que, vers la fin du règne du dernier des Jagellons, Sigismond II Auguste (1548-1572), la plupart des membres du Sénat appartenaient à diverses fractions du protestantisme; les calvinistes étaient les plus nombreux en Pologne. Les nouveautés religieuses ne pénétrèrent cependant point dans la petite noblesse fort nombreuse, ni dans le peuple des campagnes. En général, on peut dire que le protestantisme, comme doctrine, ne prit pas profondément racine en Pologne. Il n'avait pas de sérieuse raison d'être, mais plutôt une raison de caractère social : la noblesse enviait au clergé ses grands privilèges d'État, ses dîmes et ses biens immenses et mieux aménagés que les siens propres. D'autres facteurs y coopéraient, comme, par exemple, l'influence des courants de culture et d'idéologie étrangères sur la jeunesse polonaise, qui s'instruisait en grand nombre dans les universités allemandes. Le protestantisme, par ailleurs, flattait aussi les faiblesses humaines. Le calvinisme surtout était nocif, accordant des droits fort larges à l'élément laïque, dans la vie des communautés, et attirant ainsi de son côté la noblesse dans sa lutte contre le clergé. Sur le territoire polonais existaient encore les traditions conciliaristes de l'époque du concile de Bâle et les conceptions d'Église nationale, dont le mémoire de Jean Ostrorôg est l'expression.
Mais, d'autre part, le protestantisme polonais ne fournit aucun théologien éminent, sauf peut-être Jean Laski (1499-1560), neveu de l'archevêque de Gniezno du même nom (f 1531). Il ne compta guère que des polémistes de second ordre et quelques doctrinaires fanatiques, il ne forma point d'école théologique, son influence n'atteignit pas profondément l'âme de la société. La cause du protestantisme en Pologne fut liée fréquemment à la question des rapports temporels avec l'Église, qui laissaient beaucoup à désirer et contribuaient au fait que de nombreux catholiques, orthodoxes au point de vue dogmatique, favorisaient le courant novateur. Après le concile de Trente, une véritable réforme se fit rapidement; les évêques, peu zélés ou indécis en matière de foi, par exemple le primat de Pologne, l'archevêque de Gniezno, Jacques Uchanski, qui inclinait sensiblement du côté de l'Église nationale (t 1581), cédèrent la place à des hommes pleins de ferveur apostolique. Les ordres religieux commencèrent leur activité; les jésuites surtout, arrivés en 1564 en Pologne; le clergé séculier devint aussi plus actif. Dès lors, le protestantisme perdit tous ceux qui voyaient en lui un moyen d'améliorer la vie ecclésiastique et il s'affaiblit de plus en plus, tout spécialement par le fait des antitrinitaristes, qui montrèrent assez de ténacité en Pologne et furent vivement combattus par d'autres fractions protestantes. Dans la première moitié du xvie siècle, en effet, des théories se répandent en Pologne, niant le dogme de la sainte Trinité. Ces théories furent prêchées à partir de 1551 par Lelius Socin et surtout par son neveu Fauste Socin, qui passa la plus grande partie de sa vie (1579-1604) en Pologne (les antitrinitaristes étaient nommés ariens en Pologne). Des querelles, nées d'un doctrinarisme sectaire, rendaient impossible la création d'un front anticatholique unifié, ce à quoi Jean Laski tendit en vain et ce qu'on essaya d'in-
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staurcren 1370, à l'occasion de ce qu'on appelle l'accord de Sandomicrz. Enfin, vers la fin du xvie siècle, pendant le règne des monarques sincèrement catholiques, Etienne Batory (1576-1586) et Sigismond III Waza (1587-1632), le protestantisme subit un échec complet, sous les attaques du catholicisme triomphant.
Les premières luttes contre le protestantisme en Pologne utilisèrent les œuvres d'auteurs étrangers, dont les plus connues sont celles d'Eck et de Cochlams, C'étaient tout spécialement les prédicateurs qui menaient ces luttes, avec plus ou moins de succès et, souvent, ils devaient céder devant l'érudition et l'arrogance des prédicateurs des nouvelles doctrines, assez indolemment combattues par des évèques négligents. Cependant, dès cette époque, dans la retraite, des savants, surtout de l'université cracovienne, étaient en train de préparer les armes qui devaient contribuer un jour à la victoire de l'idée catholique. Ces armes étaient la connaissance des traditions de l'Église et de la littérature religieuse du passé. II faut chercher la genèse du développement de l'idée catholique dans le courant humaniste, qui pénétra en Pologne dès la première moitié du xv° siècle et y gagna dans le clergé de nombreux et remarquables propagateurs, comme, par exemple, le professeur de Cracovie, mentionné ci-dessus, Jean d'Oswiecim (Sacranus), l'archevêque de Lwôw, Grégoire de Sanok (t 1477) et beaucoup d'autres. Deux œuvres de l'humaniste André Krzycki (Cricius, t 1537) marquent le début de la lutte littéraire contre le protestantisme. C'est une poésie dirigée contre Luther sous le titre ironique : Encomium Luiheri (1524), et une autre œuvre en vers, De afllictione Ecclesise commentarius in psalmum XXI (1527). André Krzycki était archevêque de Gniezno, du reste courtisan et ecclésiastique sans grande valeur morale.
Ce qu'il faut souligner avant tout c'est que l'humanisme contribua heureusement à l'éveil d'un goût prononcé pour l'étude du passé de l'Église et de son activité littéraire. Ces études furent commencées en Pologne sous le protectorat de l'évêque de Cracovie, le savant Pierre Tomicki (1520-1535). Et voilà qu'un courant prend naissance à Cracovie, soutenu dans tout l'univers catholique par la grande autorité d'Érasme de Rotterdam. On commence à prendre connaissance des écrits des Pères de l'Église, non plus seulement en extraits, à l'aide de diverses Catense aureee comme c'était l'usage au Moyen Age, mais dans leur intégralité. En 1528 paraît à Cracovie la première édition patristique : Antologium des écrits de Basile, de Grégoire de N'azianze et de Jean Chrysostome, exécuté par Jean de Lignica, surnommé Libanus, professeur connu de langue grecque. Quelques autres éditions suivent; on fait venir de l'étranger des éditions patristiques et la connaissance de la tradition ecclésiastique s'étend en Pologne. Les premières publications des théologiens polonais, dirigées contre la Réforme, portent l'empreinte de cette expansion. Elle se fait sentir surtout chez Mathieu de Koscian, professeur de Cracovie, dans son œuvre : Cohortatio Sarmaticarum (les Polonais prétendaient à cette époque tirer origine de l'antique tribu de Sarmates) Ecclesiarum ad antiquœ et avilœ religionis observantiam, Cracovie, 1345. Walenty de Poznan, surnommé Wrobel, mentionné ci-dessus comme interprète de l'Écriture sainte, est l'auteur du Propugnaculum Ecclesise catholicœ adversus seclas Lullieri (1536), œuvre d'allure plutôt scolastique. André Bochenczyk ou Lubelczyk (de Bochnia ou de Lublin), chanoine de Lwôw, par contre, se réfère à la tradition de l'Église dans son écrit : Tumultuaria responsio in libellnm Philippi Melanchlhonii nuperrime de Ecclesise auctorilate et veterum scriptis editum, Cracovie, 1510. Ce dernier écrivain est aussi l'auteur d'un
ouvrage sur les Arméniens, dont un nombre assez considérable s'établit, vers la fin du Moyen Age, en Ruthénie et qui ont possédé jusqu'à aujourd'hui un archevêché uniate à Lwôw. Cette œuvre porte le titre : Baptismus Armenorum, Lwôw, 1544. La 2° édition est élargie : Liturgiie Armenorum seu Ecclesise illorum ritus sacri et ceremoniœ, Cracovie, 1549.
1° La théologie polémique. — Cette manière de combattre les novateurs fut appliquée dans toute sa perfection par le cardinal Stanislas Hosius (Hozjusz), le plus grand théologien que la Pologne ait produit et le chef moral de toute la lutte contre la Réforme. Né en 1504, à Cracovie, d'une famille bourgeoise d'origine allemande mais polonisée, il fit des études approfondies dans sa ville natale et à Bologne, puis, grâce à ses talents extraordinaires et à sa parfaite intégrité, il fut admis à la chancellerie du roi Sigismond Ier (1506-1548) et acquit, en 1543, la haute dignité de grand secrétaire. Il fut ordonné prêtre en même temps. Bientôt après son avènement, Sigismond II Auguste, le dernier roi de la dynastie des Jagellons (1548-1572), nomma Hosius évêque de Culm (1549) et, deux ans plus tard, le transféra au riche évêché de Warmie (en allemand : Ermland, partie de la Prusse orientale qui appartint à la Pologne jusqu'à 1772, et qui est habitée par une population polonaise catholique). Ainsi, Hosius devint-il l'un des premiers dignitaires ecclésiastiques du royaume. Mandé par le pape Paul IV à Rome, en 1558, il demeura dès lors constamment au service du Saint-Siège, fut nommé, en 1561, cardinal par Pie IV et choisi comme un des légats pontificaux au concile de Trente. Les débats du concile terminés, il revint en 1564 en Pologne, pour y introduire, en coopération avec le nonce papal Commendone, les réformes de Trente, ce qui n'était pas chose aisée, vu l'indécision religieuse du roi et l'influence que les protestants exerçaient sur la noblesse polonaise. En 1569, abandonnant le gouvernement de son diocèse à son coadjuteur et ami, Martin Cromer, Hosius se rendit à Rome et y mourut en odeur de sainteté en 1579. Voir son article, t. vu, col. 178-190.
Toute la vie d'Hosius fut une lutte incessante contre le protestantisme, lutte dans laquelle il avait exclusivement pour but le triomphe de la vérité et des droits de Dieu. Son immense érudition et son profond savoir lui servirent d'armes. Sa connaissance des Pères et son érudition scripturaire formées à Cracovie et approfondies par un travail constant, la beauté et la clarté de son style, la justesse de son raisonnement font que ses écrits doivent être classés parmi les chefs-d'œuvre de la polémique littéraire et il faut constater qu'ils furent reconnus comme tels par tout l'univers catholique de cette époque. Il convient de mentionner en premier lieu sa célèbre Confessio catholicœ fidei chrislianse, écrite à la demande des évêques polonais réunis au synode de Piotrkôw en 1551. Cette œuvre, en deux parties, contient un aperçu général des litiges entre le catholicisme et le protestantisme. La lre édition de la Ire partie eut lieu à Cracovie en 1553, une édition totale, avec suppléments, parut à Mayence en 1557, puis il y eut, du vivant encore de l'auteur, trente éditions latines; sa Con/essio fut traduite en polonais, en allemand, en français, en italien, en anglais, en flamand, en tchèque, en arabe et en arménien. Hosius édita encore, en 1558, à Cologne (et puis encore plus tard), sa seconde œuvre polémique, très vaste, dirigée contre le célèbre théologien allemand Jean Brencius, intitulée Confutatio prolegomenon Brenlii... Il est aussi auteur de quelques é.crits plus courts, notamment d'un manuel polémique : De expresso Dci verbo (1558, souvent réédité). Cet écrit fut attaqué par le réformateur Jean Laski, à qui Hosius répondit par l'écrit : De oppresso
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Dei verbo que la mort de Laski (1560) l'empêcha d'éditer. Cette œuvre parut dans l'édition posthume des œuvres complètes d'Hosius, à Cologne, en 1584. Il convient de citer encore, outre une série de travaux de moindre envergure, la brochure : Dialogus de eo : nuni calicem laicis et uxores sacerdolibus, ac divina officio vulgari lingua peragi fas sit (1558). Ce dernier écrit est dirigé contre André Frycz-Modrzewski (Fricius, 1503-1572). Modrzewski était un laïque, comptant parmi les écrivains les plus érudits et les plus populaires de l'époque en Pologne, réformateur politique surtout, célèbre par son De republica emendanda (1559) et sous le rapport de la religion un des représentants les plus remarquables de l'irénisme protestant. Dans ses écrits, Modrzewslii professait des théories ouvertement protestantes, mais jamais il ne consentit à rompre formellement avec l'Église.
Après Hosius, il faut mentionner Martin Kromer (Cromerus, 1512-1589) cité ci-dessus. Ce personnage comme Hosius, fit son éducation à Cracovie et en Italie, après quoi il s'occupa de diplomatie, fut nommé en 1570 coadjuteur d'Hosius, avec future succession, et après la mort de ce dernier (1579), évêque de Warmie. C'est aussi un des champions de la cause catholique en Pologne, d'ailleurs savant de grande envergure et écrivain remarquable. Il est auteur d'une série de discours et de plusieurs éditions grecques des Pères (de saint Jean Chrysostome, 1541, 1545, 1552), d'un catéchisme en trois langues (latine, polonaise et allemande), Catéchèses sive institutiones X 1 1 (Cracovie, 1570 et plus tard), d'éditions de livres liturgiques pour le diocèse de Warmie et de quelques ouvrages polémiques plus courts. Il doit sa célébrité à trois œuvres : De origine et rébus gestis Polonorum libri XXX (Bâle, 1555), œuvre historique qui lui coûta dix ans de travail; Polonia sive de situ, populis, moribus, magislratibus et republica regni Polonise libri duo, Cologne, 1577 (ces deux œuvres réimprimées à plusieurs reprises et traduites en langues étrangères), et surtout à son troisième grand travail apologétique, Causeries du courtisan et du moine, première œuvre écrite en langue polonaise. Il y avait quatre causeries : 1. De la foi et de la science luthérienne (Cracovie, 1551); 2. A quoi un bon chrétien doit s'en tenir (ibid., 1552); 3. De l'Église de Dieu, c'est-à-dire du Christ (ibid., 1553); 4. De la doctrine de la sainte Église (ibid., 1554). Après une série d'éditions latines partielles et de traductions allemandes, l'auteur prépara lui-même une édition latine complétée, sous le titre : Monachus sive colloquiorum de religione libri quatuor (Cologne, 1568). Ces dialogues sont de haute valeur scientifique. Kromer y montre une grande érudition comme historien surtout, il se réfère fréquemment et habilement aux preuves du passé de l'Église. Il traite presque tous les litiges soulevés par le protestantisme et donne à cette occasion un exposé positif de la doctrine catholique (surtout dans la deuxième causerie). De plus, en introduisant la langue nationale dans la polémique scientifique, ce que les protestants polonais avaient commencé à faire avant lui, à l'exemple de Luther, Kromer fut le créateur de la terminologie théologique polonaise. L'œuvre de Kromer et celle d'Hosius ( Confcssio fidei) furent très favorablement reçues dans l'univers catholique. Il faut souligner tout spécialement que, plus de trente ans avant Bellarmin, ces deux grands hommes abandonnèrent définitivement la manière toute scolastique et spéculative de défendre les vérités de la foi et fondèrent cette défense sur les preuves positives puisées dans la tradition de l'Église.
Le troisième grand polémiste, issu de l'école cracovienne, fut Stanislas Sokolowski (Socolovius, 1537- 1593). Plus jeune que ses deux prédécesseurs, il fit, comme eux, des études soignées à Cracovie et à
l'étranger, devint professeur à l'université de Cracovie. et, de 1576 à 1580, prédicateur à la cour du roi Etienne Batory, puis, s'étant retiré à cause de sa mauvaise santé, il s'établit à Cracovie comme chanoine cathédral et jusqu'à sa mort s'occupa d'éditer ses œuvres. 11 convient de signaler avant tout la célèbre : Censura orienlatis Ecclesiœ de prœcipuis noslri sœculi hœreiicorum dogmatibus (1582 et plus tard) dont il sera question plus loin; ensuite une autre grand ouvrage : De verse et falsœ Ecclesiœ discrimine (1583 et plus tard), contenant un traité conçu en termes fort intéressants sur les notes de l'Église ; l'auteur distingue quatre notes principales de la vérité de l'Église catholique, et vingt notes secondaires ; enfin, un énorme commentaire sur les évangiles, inachevé, édité après la mort de l'auteur, en 1599, sous le titre : In evangelia Malthœi, Marci et Lucie noise. Il a laissé encore une vingtaine de sermons ou plutôt de traités dogmatiques, un excellent manuel de prédication, Partitiones ecclesiastiese (1589), une sorte de méthode des études scientifiques, De ratione studii (édité après la mort de l'auteur, 1619), un livre de messe pour les soldats : Offlcium mililare (1589) et plusieurs autres écrits. Enfin, les autorités ecclésiastiques confièrent à Sokolowski l'arrangement du « propre » du bréviaire des patrons de la Pologne et ce travail, édité pour la première fois après la mort de l'auteur, en 1596, constitue jusqu'à aujourd'hui, sans grands changements, la partie principale du Proprium Poloniœ, dans le bréviaire romain. Sans aucun doute, Sokolowski mérite la première place parmi les théologiens polonais contemporains, par l'étendue et la profondeur de son savoir. Son érudition patristique surtout est tout à fait remarquable et surpasse même celle d'Hosius. Ses traités et ses prédications provoquaient une vive admiration de l'élite sociale — le nonce de Pologne, Bolognetti, l'appelait contionator prope divinus — et servaient de source aux autres prédicateurs, mais à coup sûr n'était pas à la portée du public polonais. C'est pourquoi Sokolowski, connu et estimé par tous les savants contemporains et cité plus d'une fois (par exemple, par Bellarmin), fut moins populaire en Pologne que d'autres orateurs et écrivains moins savants et de talent moindre, mais plus accessibles dans leur manière d'écrire et de s'exprimer.
Le nom de Solokowski acquit une grande renommée particulièrement par l'affaire, alors très célèbre, concernant son édition de la Censura. Quand, en 1574, deux théologiens protestants, professeurs deTubingue, Jacques Andréa et Martin Crusius, eurent envoyé à Constantinople, au patriarche Jérémie II, la Confession d'Augsbourg en traduction grecque, voulant amener à leurs doctrines tout l'Orient chrétien, le patriarche leur répondit par un écrit sévère, où il blâmait la théorie protestante comme incompatible avec la doctrine traditionnelle de l'Église. Une polémique en résulta, terminée en 1581 sur une condamnation décisive des nouveautés protestantes par le patriarche. Les savants de Tubingue dissimulèrent cet échec. Cependant, en 1578, Sokolowski, alors prédicateur royal, reçut de Constantinople des renseignements sur l'envoi du texte grec de la Confession d'Augsbourg et la réponse du patriarche. Il se procura cette réponse, la traduisit en latin et l'édita en 1582 sous le titre de Censura, c'est-à-dire « jugement » des erreurs protestantes fait par le patriarche de Constantinople. Comme la réponse du patriarche contenait, outre la condamnation de la Confession d'Augsbourg, une série de phrases en contradiction avec.la doctrine catholique, Sokolowski ajouta à sa traduction une série de remarques expliquant, du point de vue de l'Église, presque toutes les questions divergentes qui existent entre le catholicisme et l'orthodoxie grecque.
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Ces annotations, de haute valeur scientifique, peuvent être considérées comme la première œuvre catholique donnant un aperçu général des controverses entre Rome et l'Orient. L'affaire de la Censura lit beaucoup de bruit dans l'Europe entière. Hors des frontières de la Pologne, on édita tout de suite la Censura à plusieurs reprises (à Dillingen, en 1582; à Cologne, en 1583; à Paris, en 1584; une traduction allemande parut à IngoJstadt en 1583, faite par J. Fickler). Les auteurs catholiques, comme le jésuite Scherer et Guillaume van der Lindt (Lindanus), dans leurs écrits polémiques, commencèrent à citer la Censura. Les protestants s'efforcèrent d'abord d'accuser Sokolowski de faux, mais ils furent enfin obligés de publier, en 1584, toute cette correspondance des professeurs de Tubingue avec le patriarche, sous le titre Acia et scripla theologorum Wirtembergensium et patriarchœ Constanlinopolitani D. Hieremiœ... de Augustana confessione. Ce faisant, ils attaquèrent très vivement, dans une préface, Sokolowski, qui se défendit dans l'écrit : Ad \V irlembergensium theologorum invectivam... responsio (Cracovie, 1584; Ingolstadt, 1585; Trêves, 1586). Plusieurs auteurs prirent la défense de sa cause, notamment Fickler, Spongia..., Ingolstadt, 1585, Sunnobiggius, Sententia definiliva Jeremiœ..., Trêves, 158G, et un professeur de Cracovie, Jacques Gorski, Animadversio sive Crusius..., Cologne, 1586. C'est à l'occasion de la publication de la Censura, que la théologie polonaise prit la parole pour la dernière fois devant l'univers catholique. Depuis l'époque de Sokolowski, les plus célèbres théologiens polonais eux-mêmes n'ont plus qu'une importance locale. Les remarquables « annotations » de Sokolowski à la Censura tombèrent en oubli, au grand dommage de la cause, et le nom de Sokolowski ne paraît plus ni sur le territoire de la Pologne, ni dans les litiges au sujet de l'union de Brzesc. ni plus tard dans la littérature polémique du catholicisme avec les Grecs, par exemple, chez Allatius.
A côté de ces trois théologiens, les plus grands qui soient issus de l 'école cracovienne, nous en trouvons un grand nombre d'autres, parmi lesquels il faut citer tout d'abord les professeurs cracoviens : Stanislas de Lwôw (Leopolita), auteur d'une apologie polonaise contre les protestants (Cracovie, 1554); Antoine de Napachanie (t 1563), auteur d'un ouvrage polonais Enchiridion, c'est-à-dire manuel traitant de la doctrine chrétienne, Cracovie, 1558, et Benoît Herbest (il faut le distinguer de son frère Jean Herbest, professeur de rhétorique à Poznan, puis chanoine de Lwôw, traducteur du Commonitorium de Vincent de Lérins, en langue polonaise, en 1563), qui, d'abord à Cracovie, puis à Poznan, fait fonction de professeur et de chanoine, puis se fait jésuite en 1571 et, depuis ce temps, travaille ordinairement en Ruthénie (f 1593). Benoît Herbest publia une série d'écrits de moindre envergure, dirigés contre les protestants, ainsi qu'un ouvrage sur l'Union, écrit vers la fin de sa vie et dont il sera question plus loin. Enfin, parmi les professeurs cracoviens, il convient de citer Jacques Gorski (1525- 1585), mentionné ci-dessus, humaniste, professeur de rhétorique, maître de Sokolowski. Nous avons deux écrits théologiques de Gorski : son traité sur la sainte Trinité, Pro tremenda et veneranda Trinitate apologeticum, Cracovie, 1585, et un écrit, défendant Sokolowski contre les accusateurs de Tubingue.
Deux cisterciens viennent aussi de l'école cracovienne : .Martin Bialobrzeski (1522-1586), plus tard coadjuteur de Cracovie et évèque de Kamieniec, grand prédicateur, auteur d'une série d'oeuvres polémiques, entre autres d'une Postilla orthodoxa, Cracovie, 1581, qui est un commentaire des évangiles de toute l'année ecclésiastique, et Stanislas Zdeszek-Ostrowski, écrivant en polonais contre les ariens : De la véritable divinité de
DICT. DE THÉOL. CATHOL
Jésus-Christ, Poznan, 1588, et en latin : Refutatio examinationis Fausti Socini, Poznan, 1599, et De Trinitate, Poznan, 1591. 11 faut encore citer les écrivains suivants : André Patrice Nidecki (1522-1586), humaniste, philologue remarquable, évèque de Wcnden (aujourd'hui en Lettonie), auteur de l'écrit : Parallela Ecclesiœ catholiese cum synagoga hsereticorum, Cologne, 1571, écrit complété ensuite, refait d'après Sokolowski, et publié sous le titre : De Ecclesia vera et /alsa libri V,' Cracovie, 1585; Jérôme Powodowski (1543-1613), chanoine de Poznan et de Cracovie, prédicateur célèbre, dont les écrits se ressentent de l'influence de Sokolowski; enfin Stanislas Reszka (1543- 1600), secrétaire et biographe d'Hosius, auteur de quelques courtes œuvres polémiques contre les protestants. Il faut mentionner tout à part Stanislas Orzechowski, un peu antérieur (1515-1567), curé du diocèse de Przemysl, qui se révolta contre le célibat, prit femme et, en dépit de toutes les menaces de l'Église, n'abandonna pas son épouse, mais, d'autre part, déçut les espérances des protestants, car il se croyait catholique loyal, et combattit le protestantisme avec zèle dans quelques écrits de talent, passionnés mais peu profonds. Orzechowski professait même les théories théocratiques. Voir ici son article, t. xi, col. 1624.
Un dominicain mérite encore une mention. C'est Séverin deLubomla (fl 612), surnommé Roxolanus, de famille juive, prédicateur et écrivain, très doué et très instruit. De ses œuvres théologiques on peut mentionner : Monolessaron evangelicum..., Cracovie, 1606 et 1607, œuvre inachevée devant servir d'encyclopédie theologique, et Thealrum seu potius ojjlcina concionatorum, Venise, 1597, où l'auteur nous montre comment il faut puiser les preuves contre le protestantisme dans les écrits de saint Thomas d'Aquin. On peut ajouter ici encore le nom d'un autre dominicain, Bernard Paxillus de Brzezek (f 1630), auteur de plusieurs ouvrages polémiques contre les protestants.
A côté de cette phalange de défenseurs de la cause catholique, issus de l'université de Cracovie et pour la plupart représentants de la théologie positive, le puissant ordre des jésuites entre en lutte avec le protestantisme. Les premiers jésuites (si l'on ne compte pas les courts séjours d'Alphonse Salmeron en 1555, et de Canisius en 1558 et 1559), se sont introduits au nombre de onze en Pologne et se sont établis à Braunsberg en Ermland, où Hosius lès fit venir en 1564 et fonda pour eux un collège avec studium theologicum en 1565. C'est en 1565 aussi que se forma le collège de Pultusk, diocèse de Plock. Depuis ce temps, un grand nombre de personnalités remarquables du clergé polonais entrent dans la Compagnie; les jeunes gens aussi commencent à y alfluer. En 1570, un collège jésuite fut fondé à Vilna qui, en 1578, reçut du roi Etienne Batory les droits et les privilèges universitaires, confirmés par Grégoire XIII en 1579. En 1572, un collège jésuite est créé à Poznan; en 1574, un autre à Jaroslaw près Lwôw; en 1575, une province polonaise indépendante se forme et le nombre des maisons s'accroît dès lors presque chaque année, augmentant la quantité de ses membres, sa puissance matérielle et son importance dans la société.
Les jésuites entrèrent en lutte avec le protestantisme avec une grande ardeur et non sans succès. Bien entendu, ils créèrent une vaste littérature polémique qu'on peut caractériser comme plus pratique que les élucubrations savantes d'Hosius et surtout de Sokolowski. Les écrivains jésuites, même les plus grands d'entre eux, Wujek et Pierre Skarga, s'abaissent au niveau intellectuel de la noblesse, écrivant de manière plus claire et plus accessible que leurs prédécesseurs. Ils sont néanmoins moins originaux au point
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de vue scientifique, surlout ceux qui viennent plus lard el qui subissent l'influence des Controverses de Bellarmin (lrc édit., 1581). Leurs écrits laissent une part plus considérable à l'élément dialectique, ce qui s'explique par l'influence directe de l'action polémique et par le fait aussi que saint Ignace soulignait clairement (voir dans ses Exercicia spiritualia, reg. il, Ad sentiendum cvm Ecclesia) l'équivalence des deux iliéthodes, positive et scolastique, en théologie, ce qui devint une tradition dans le système d'enseignement des jésuites. Enfin, il convient d'ajouter que les premiers jésuites polonais, surchargés par leur œuvre apostolique, écrivaient et publiaient leurs travaux non dans le silence des laboratoires scientifiques, mais dans le tumulte de la lutte avec les dissidents, ce qui pouvait causer de temps à autre certaines inexactitudes ou des raisonnements superficiels.
Au point de vue scientifique, c'est Jacques Wujek qui doit être placé au premier rang des écrivains jésuites polonais du xvie siècle; fort érudit dans les sciences bibliques, il fut le traducteur de l'Écriture sainte en langue polonaise. Nous reparlerons de lui. Il a été cependant surpassé. Dans l'histoire de la nation, c'est à Pierre Skarga Paweski (1536-1612), roi des prédicateurs polonais, qu'est due la première place, non pour l'originalité de ses idées théologiques, mais pour sa valeur morale vraiment exceptionnelle et pour son importance dans la vie de sa nation. Profondément instruit, excellent styliste et avec cela prêtre de grand esprit et de grande âme, adorant Dieu et aimant ses frères, ce grand homme devint le défenseur zélé de la cause divine contre ses ennemis, grand pêcheur d'âmes et aumônier des pauvres et des soutirants et, pour ce qui est de la nation entière, son chef moral et son prophète.
Né en 1536, Skarga, après avoir fait ses études universitaires à Cracovie et avoir été nommé chanoine de Lwôw en 1569, entra au noviciat des jésuites, à Rome. Revenu en Pologne, il travailla ordinairement à Vilna, combattant les calvinistes, alors très influents dans le grand-duché de Lithuanie ainsi que leur chef, Wolanus. Ensuite, avec le roi Etienne Batory (1576-1586), il entreprend l'union de l'orthodoxie et du catholicisme; enfin, il travaille à sa Vie des saints, qu'on lit encore aujourd'hui en Pologne. A partir de 1584, Skarga séjourne à Cracovie, capitale de l'État polonais (Varsovie ne devint capitale de la Pologne qu'en 1609) et, dès 1588, remplit, pendant vingt-trois ans, les fonctions de prédicateur du roi Sigismond III (1587-1632). A cette époque aussi il écrit beaucoup, publie de nombreux sermons dont les plus célèbres sont ceux aux diètes du royaume de Pologne, et l'ouvrage intitulé : Appel à la pénitence (1610), où il attaque particulièrement les vices sociaux des Polonais. Il prend une part très active au courant uniate, participe à l'exécution de l'union de Brzesc (1596) et la défend contre ses ennemis dans une série d'écrits. Enfin, il résume et publie en polonais les Annales du cardinal Baronius (1603). A cause de sa faible santé, il donne, en 1611, sa démission de prédicateur royal. Il meurt à Cracovie en 1612 en odeur de sainteté.
Comme théologien, Skarga n'est pas original. Ayant acquis à l'école cracovienne un profond savoir, il le complétait constamment par un travail assidu. Ses écrits se ressentent surtout de l'inlluence de Bellarmin et de celle de Thomas Stapleton. Il montre une grande érudition en fait d'Écriture sainte et d'histoire de l'Église, mais il n'excelle pas dans la connaissance de la théologie spéculative et des Pères. Ses écrits valent surtout par la clarté du style, la justesse du raisonnement, l'ardeur et la force persuasive. De ses nombreux ouvrages, ce sont les sermons qui ont le plus de valeur dogmatique et polémique, ainsi que les traités
dirigés contre Wolanus et sa conception de l'eucharistie : l'ro sacratissima eucliaristia, Vilna, 1576; Arles duodecim sacramentarimum..., Vilna, 1582; Seplem columnx quibus innititur culholica doctrina de SS. Sacrumenlo altaris, ibid., et en polonais : 42 sermons sur les sept sacrements, Cracovie, 1600, et plus tard, plusieurs fois. On reparlera des écrits concernant l'union de Brzesc dans la période suivante. Voir col. 2 191.
Il faut considérer Martin Smiglecki (1562-1619) comme le meilleur théologien qu'ait fourni la Compagnie de Jésus à la Pologne du xvie siècle. Élève des jésuites à Pultusk, Smiglecki entra dans la Compagnie en 1581, fit ses études en Italie, devint ensuite professeur à l'université de Vilna et en d'autres collèges. Il publia contre les antitrinitariens plusieurs écrits de valeur, mais surtout, en polonais, De la divinité éternelle du Verbe divin, Vilna, 1595. Il est aussi l'auteur d'une Logica, célèbre en dehors des frontières polonaises, éditée à Ingolstadt en 1618.
Il convient de mentionner encore une série de polémistes jésuites, polonais ou étrangers, travaillant en Pologne, auteurs de moindres écrits et de sermons, comme Stanislas Grodzicki (Grodicius, 1541-1631), auteur de bons sermons dogmatiques et d'un excellent ouvrage en polonais, dirigé contre le célèbre prédicateur calviniste Grégoire Konarski de Zarnôw, sous le titre : Règle de fo'i hérétique..., Vilna, 1592; Frédéric Bartez (Barscius, 1549-1609), Martin Laszcz (Lascius, 1552-1615) et deux professeurs de Vilna, Laurence-Arthur Faunt (Faunteus, Anglais, 1554- 1591), auteur d'un De Christi Ecclesia..., Poznan, 1580, et en polonais, ibid., 1581, et Emmanuel Vega, Portugais (1548-1648); Adrien Junge (Jungius, 1550-1607) travaillant à Poznan; Justus Rab (1543- 1612), un converti, auteur de deux traités concernant la primauté, et Laurence Nicolai, Norvégien (1538- 1622) qui, après une longue activité en Suède, s'établit en Pologne et y publia plusieurs dissertations contre les protestants suédois. Voir ici, t. xi, col. 497.
On ne peut passer sous silence le célèbre Antoine Possevin qui, arrivé en Pologne comme légat papal en 1581, non seulement contribua à la réalisation de l'union de Brzesc par l'action et la plume, mais y publia encore plusieurs écrits contre les protestants. Voir son article. Il convient de citer, parmi les élèves des jésuites, le chanoine de Vilna, André Jurgiewicz (t 1640), auteur d'une série d'œuvres polémiques, entre autres : Quœstiones de hœresibus..., Vilna, 1590 (en latin et en polonais). Cracovie, 1590, et Bellum quinti evangelii..., Vilna, 1594 ; Cologne, 1595 ; Munster, 1602, et, en allemand, Mayence, 1603.
2° L'Écriture sainte. — Comme bibliste, c'est Jacques Wujek (1540-1597) qu'il convient de placer à la tête des jésuites polonais du xvie siècle. Le manque d'une traduction de l'Écriture se fit sentir en Pologne quand les protestants, non contents de se référer aux arguments de la Bible, publièrent deux versions complètes de l'Écriture, l'une connue sous le nom de Bible de Brzesc ou Bible de Radziwill, publiée par Jean Laski, en 1563, l'autre sous celui de Bible de Budnyou de Nieswiez, 1570, ainsi qu'une série de traductions partielles, celle du Nouveau Testament, par exemple, faite par le plus célèbre savant luthérien de Pologne, Jean Seklucjan, 1551 et 1552. Plusieurs versions catholiques polonaises des évangiles furent suivies par une traduction intégrale de l'Écriture sainte, parue en 1561, puis en 1574, faite sur le tchèque par le dominicain Léonard et connue sous le nom de Bible de Jean Leopolita (du nom de l'éditeur, professeur à l'université de Cracovie, 1572) ou de Bible de Szarfenberger (du nom de l'imprimeur). Cette version manquait d'exactitude. C'est à Wujek que nous devons une traduction polonaise vraiment satisfaisante de toute
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la Bible. Wujek fit ses études à Brcslau, à Cracovic et à Vienne, entra dans la Compagnie de Jésus en 1505 et continua ses études au Collège romain. De retour en Pologne, il déploya une grande activité et, comme professeur du collège de Poznan, publia plusieurs oeuvres polémiques, parmi lesquelles il faut mentionner surtout le remarquable commentaire des évangiles pour les dimanches et les fêtes de toute l'année, sous le titre Postilla eatlwlica, Cracovie, 1567. Mais c'est la traduction de la Bible intégrale qui est l'œuvre principale de Wujek. (Le Nouveau Testament parut pour la première fois à Cracovie en 1593 et l'œuvre entière fut publiée après la mort de Wujek, à Cracovie, en 1599.) Cette version se fait remarquer par son exactitude, qui résulte d'une parfaite préparation scientifique du traducteur — Wujek connaissait toutes les langues bibliques — et par ses hautes qualités littéraires, c'est un des écrivains classiques polonais, un des créateurs de la langue littéraire en Pologne. Wujek ajouta à son œuvre des commentaires particuliers sur les endroits de la Bible qui avaient été attaqués par les protestants. Il y fait montre d'une érudition extraordinaire et d'une grande justesse d'argumentation, comme du reste dans tous ses autres écrits.
3° La théologie pratique du xvie siècle se présente sous un aspect assez pauvre à cause des luttes dogmatiques et des polémiques continuelles. Aucun moraliste remarquable n'est à signaler et la littérature ascétique se borne le plus ordinairement à des traductions ou à des remaniements d'ouvrages étrangers. Il convient de mentionner ici les professeurs de Cracovie : Jean de Lwôw (Leopolita, t 1536, qu'il ne faut pas confondre avec l'éditeur de la traduction de l'Écriture sainte signalée plus haut), auteur de l'ouvrage :De matrimonio neque valido, neque licito inter catholicos et hserelicos, Cracovie, 1549; Grégoire de Szamotuly (t 1551), auteur d'un Enchiridion impedimentorum in matrimonio, Cracovie, 1529, et d'un manuel pratique de procédure judiciaire et ecclésiastique : Processus juris brevior..., Cracovie, 1531 ; Jean Jelonek de Tuchola (t 1557), auteur d'un De moribus Ecclesiœ catholicœ, Cracovie, 1530; Methodus sacramentorum Ecclesia'..., Cracovie, 1537 ; Eucharistica..., 1533, et de plusieurs autres travaux. Suivent deux juristes: Pierre Ruis (Roysius, 1 1571) et Venceslas de Szamotuly (f 1577). Le premier, d'origine espagnole, vint en 1542 en Pologne, fut professeur de droit à Cracovie pendant plusieurs années, s'établit ensuite en Lithuanie et devint chanoine de Vilna. Ses œuvres sont écrites en vers et en prose. Outre de nombreux poèmes historiques et de pièces de circonstance, il a publié : Decisiones... de rébus in sacro audilorio lilhuanico ex appelalione judicatis, Cracovie, 1563 et 1570, œuvre d'importance pour l'histoire du droit canonique en Pologne. Le second, Venceslas de Szamotuly, fut un célèbre compositeur de musique d'Église et publia, d'autre part, comme professeur de droit, à Cracovie, quelques traités juridiques.
Parmi les écrivains ascétiques on peut signaler le dominicain Gabriel Olevinski de Widawa, auteur de Bellum mysticum sapientiœ hujus sœculi cum divina sapientia, Poznan, 1598, et de Duellum mysticum..., Cracovie, 1609. Les auteurs jésuites suivants méritent une mention : Jean Wuchalski (1547-1608), auteur de compilations populaires : Vie de Jésus-Christ, Cracovie, 1592, et Vie de la vierge Marie..., Cracovie, 1597; Martin Laterna (1553-1598), auteur d'un paroissien populaire : La harpe spirituelle..., publié à Cracovie en 1583 et souvent réédité, et plusieurs traducteurs d'écrits ascétiques comme Simon Wysocki, Stanislas Warszewicki et d'autres.
Une place particulière doit être réservée, dans l'histoire de la littérature ecclésiastique du xvie siècle en Pologne, à Christophe Warszewicki (1524-1603),
frère du précédent, chanoine rie Cracovie, secrétaire et ambassadeur royal, homme de savoir et d'éloquence. Il convient de citer ici : De jadis et dictis Jesu Christi commentarius, Cracovie, 1583; l'ro Christi fide et Pétri sede oraliones très, Cracovie, 1584 ; De cognitione sui ipsius libri 1res; his accesserunt alia qusedam... opéra : De morte et immortalitate animœ...; in psalmos quos vocant pœnitentiales : in jubileum de nomine Jesu..., Cracovie, 1600; Paradisus de sectis in religione christiana, de Turcica ob chrislianorum dissidia crescente potenlia, Vilna, 1579; Prague, 1588; Cracovie, 1591 et 1598; Rome, 1601, appel adressé aux États chrétiens pour les unir dans la lutte contre les Turcs; enfin un paroissien très répandu : Clypeus spirilualis, Cracovie, 1598, d'auteur inconnu, remanié, complété et publié par Warszewicki. Ce personnage, l'une des plus belles intelligences de l'époque, ne sut pourtant se concilier ni amis ni protecteurs et, pour des raisons politiques (après la mort du roi Etienne Batory, en 1586, il fut un fervent partisan de l'avènement au trône polonais de l'archiduc autrichien, ce qui lui valut d'être écarté, par le roi Sigismond III, de la dynastie suédoise de Waza), il n'eut pas la place qu'il méritait dans l'Église et dans l'État.
IV. Les xvne et xvme siècles. — La littérature polonaise ecclésiastique des xvne et xvme siècles, quoique abondante, ne présente rien de bien remarquable. Il ne semble pas que les théologiens polonais de cette époque aient pris aucune part aux trois grands mouvements scientifiques qui se dessinent au cours de ces deux siècles dans la théologie catholique de l'Occident. Ils ne figurent presque point dans la grande renaissance de la théologie spéculative ; ils ne contribuent presque en rien au développement de la science casuistique et morale. On peut dire enfin qu'ils ne prirent aucune part au travail sur la théologie positive, l'Écriture sainte, les Pères et l'histoire de l'Église. Il est regrettable que nous ne trouvions aucun nom polonais à mettre à côté de ceux de Cornélius a Lapide, de Calmet, des mauristes, de Petau, Le Quien, Noël Alexandre, H'ardouin et des bollandistes. Néanmoins, les sciences sacrées en Pologne ont brillé d' un vif éclat dans un autre domaine, celui de la théorie de l'ascèse. Des noms, comme celui de Leczycki et de Druzbicki peuvent être placés à côté de ceux des plus grands écrivains spirituels de l'univers catholique.
Les causes de l'abaissement du niveau scientifique de cette époque sont faciles à comprendre. La principale réside dans l'état des écoles ecclésiastiques en Pologne au cours de ces deux siècles. L'université de Cracovie, centre de l'éducation, alors en décadence, ne fournit aucun théologien éminent et dépensa toute son activité en une lutte longue et peu édifiante avec la Compagnie de Jésus au sujet des écoles. La Compagnie avait reçu du roi Sigismond III des privilèges académiques pour ses deux collèges : Poznan (en 1611) et Cracovie (en 1624). L'université de Cracovie s'y opposa vivement, se référant à son droit exclusif de donner l'enseignement supérieur. Des polémiques, des procès et même des luttes sanglantes entre élèves appartenant à l'université et élèves des jésuites s'ensuivirent durant plusieurs années et se terminèrent par la victoire de l'université; les jésuites furent forcés de fermer leurs écoles à Cracovie et leur collège de Poznan n'obtint pas les droits d'école supérieure. Ces faits curent lieu quand le roi Jean Casimir eut conféré, en 1661, les droits académiques aux collèges des jésuites de Lwôw; l'université de Cracovie s'y étant opposée, ledit privilège ne put s'exercer. Deux autres académies qui demeuraient sous la dépendance de Cracovie ne furent pas à la hauteur de leur mission, notamment celle de Poznan (1519-1780), dénommée académie de l'évêque Jean Lubranski, du nom de son
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fondateur, et l'académie de Zamosc, fondée en 1593 par le célèbre homme d'État polonais, le chancelier Jean Zamoyski. Ces deux académies n'avaient pas de cours de théologie, mais seulement des chaires de philosophie et de droit et n'imprimèrent aucun mouvement scientifique. En outre, les sciences sacrées étaient enseignées en Pologne dans de très nombreux séminaires fondés depuis le concile de Trente (il y en avait plusieurs dans divers diocèses, par exemple dans celui de Cracovie, leur nombre montait à six, dans le diocèse de Poznan à trois et dans celui de Luck il y en avait quatre, etc.). Ces séminaires demeuraient pour la plupart sous la direction des lazaristes. Tous ces séminaires étaient médiocres au point de vue scientifique et ne pouvaient devenir des centres de savoir supérieur. C'était aussi le cas des écoles religieuses. Les jésuites seuls possédaient, en Pologne, au xvm1 siècle, environ 60 écoles ; dans ce nombre, outre l'université de Vilna, il y avait 22 collèges avec cours de théologie. Le niveau de la science ne pouvait guère s'élever dans de telles conditions.
En dehors de cette raison principale, le développement des sciences était encore paralysé par une autre cause, à savoir le manque de tout aperçu religieux profond chez les adversaires du catholicisme avec lesquels les théologiens polonais furent en lutte aux xvne et xvme siècles. Le protestantisme polonais, dont le déclin s'accentuait et qui ne s'était jamais fait remarquer par un idéal bien élevé, ne contribuait guère au développement de la théologie polémique. Les contestations avec l'orthodoxie au sujet de l'union n'y aidaient pas non plus. Elles ne faisaient valoir aucun argument sérieux, car l'orthodoxie ruthène ne possédait pas de théologiens éminents, sauf le métropolite Pierre Mohila et quelques autres.
La dernière cause de l'abaissement du niveau des sciences sacrées en Pologne au cours de ces deux siècles réside dans les déplorables conditions de la politique et de la culture générale. Les guerres continuelles, deux grandes invasions suédoises sous le règne de Jean Casimir, en 1G55-16G0, et sous celui d'Auguste II Sas, en 1700-1706, désolèrent non seulement les régions frontières, mais le centre même de la Pologne, rendant impossible tout développement des sciences. Lorsque, sous le règne d'Auguste III (1733-1763), l'avantdernier roi de Pologne, les guerres furent enfin terminées, le pays, très affaibli dans sa vie politique, ne put se relever dans le domaine des sciences. Un déclin moral se fit sentir dans la société, dont la piété précaire n'était pas créatrice, d'autant que, traditionnellement attachée au catholicisme, la société polonaise croyait pouvoir garder sa foi sans cesser d'être passive et sans tendre au renouveau moral.
1° La question de l'union des Ruthènes avec l'Église catholique était un des sujets principaux dont s'occupaient les théologiens dogmatistes de cette époque. Il faut chercher les sources de la polémique d'alors concernant l'union avec « l'orthodoxie » dans un passé fort lointain. Déjà au Moyen Age les terres ruthènes, avoisinant la Pologne, commencent à être colonisées par des populations polonaises. Au xive siècle, la nécessité s'impose de fonder sur ces terres une hiérarchie catholique de rit latin. C'est ainsi qu'une métropole prend naissance à Halicz (vers 1367), transportée plus tard (1412) à Lwôw; des évêchés sont fondés à Chelm (1358), à Przemysl, à Luck et à Kamieniec- Podolski (1375). En même temps, une propagande catholique, assez modeste d'ailleurs, y commençait sous la direction des frères mineurs et des dominicains. La reine Edwige fit venir à Cracovie des bénédictins de rit oriental qui, d'ailleurs, ne montrèrent pas beaucoup d'activité et disparurent après quelques dizaines d'années. C'est aussi rour arriver à l'union que la
reine contribua à la reconstitution de l'université de Cracovie. Mais cet idéal ne trouva pas d'écho dans la société polonaise d'alors qui s'en méfiait. Nous avons une preuve de ce manque de compréhension dans la dispute théologique, mentionnée plus haut, concernant la validité du baptême de rit oriental, qui eut lieu vers la fin du xve siècle et le commencement du xvie. Voir col. 2475.
Néanmoins, l'idée de l'union fut comprise plus tard. En littérature théologique, nous en avons une première preuve dans les écrits du grand cardinal Hosius. Stanislas Orzechowski (voir ci-dessus, col. 248)) s'était adressé, en 1563, au célèbre cardinal dans une lettre concernant la question de l'union des Églises. Orzechowski, originaire lui-même d'une famille ruthène polonisée, propose d'unir les Ruthènes et les Arméniens à l'Église latine en prenant pour base l'égalité de ces trois confessions, et recommande avec ardeur cette question à Hosius. Celui-ci répondit la même année en secondant les projets d'Orzechowski, mais en refusant de mettre sur le pied d'égalité le schisme et le catholicisme et en prenant pour base la primauté du pape. En réponse, Orzechowski adresse une deuxième lettre à Hosius, où il développe le principe de la pentarchie (l'égalité du pouvoir des cinq patriarches œcuméniques), principe qu'il fut le premier et presque le seul à étudier parmi les écrivains religieux polonais. Orzechowski reconnaît la primauté du pape sur les membres particuliers de l'Église, mais il conteste la suprématie papale dans les conciles composés de patriarches et d'évêques. Cet écrit témoigne de l'influence des théories conciliaires et de la connaissance des théologiens byzantins par Orzechowski (la ire lettre d'Orzechowski et la réponse d'Hosius se trouvent dans l'édition de Cologne de 1584 des œuvres de ce dernier; la ne lettre d'Orzechowski a été éditée par Korzeniowski dans l'édition Orichoviana, Cracovie, 1891, p. 558-575).
Cette polémique entre Hosius et Orzechowski n'eut pas de résultats pratiques. Le mouvement de l'union en Ruthénie avait été commencé par Pierre Skarga sous le règne d'Etienne Batory et avec son appui. Quand les jésuites se furent établis, en 1569, à \ ilna, Skarga ne tarda pas à s'y fixer en 1573 et, tout en luttant énergiquement contre les calvinistes, il s'occupa avec ardeur de la question de l'union et publia en polonais, à Vilna, en 1577, son œuvre célèbre : De l'unité de l'Église de Dieu sous la direction d'un seul pasteur et du schisme grec, avec avertissement et exhortation aux nations ruthènes de rit grec (2e éd. augmentée en 1591). Cette œuvre, de très haute importance scientifique et à la portée de tous, fit grand bruit. Des écrits polémiques parurent du côté orthodoxe. A cette époque, la cour du prince Constant Ostrogski, en Wolynie, était le centre de l'orthodoxie de tout le royaume. Le P. Benoît Herbest, ancien professeur de Cracovie et jésuite depuis 1571, prêta son appui à l'œuvre de Skarga dans son Traité sur la confession de l'Église de Rome et histoire de l'esclavage grec, Cracovie, 1586. Avant son entrée dans la Compagnie, Herbest avait écrit un ouvrage sur l'union des Arméniens et des Ruthènes à l'Église catholique sous le titre : Indication de la voie..., Cracovie, 1567. Le P. Possevin prit, lui aussi, une part active à la propagande de l'Union. Il séjournait alors en Pologne comme légat pontifical.
Quand, enfin, après maintes luttes et contestations, l'union fut un fait accompli, les délégués des évêques ruthènes se rendirent en 1595 à Rome et, en 1596, au synode de Brzesc, une solennelle déclaration de l'acte de l'union eut lieu; mais la lutte n'en persista pas moiins. Les deux tiers des Ruthènes avaient accepté l'union, mais deux évêques, ceux de Lwôw et de
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Przemysl, le puissant prince Constant Ostrogski et surtout les habitants des terres ruthènes plus éloignées, situées près de Kiev, ne l'acceptèrent point. Un grand nombre de dissidents se trouvaient encore ailleurs. C'est pourquoi la polémique devint de plus en plus violente. Skarga défendit tout seul le synode de Brzesc contre les attaques des adversaires dans son écrit : Défense du synode de Brzesc, 1596. 2e éd., 1738. Les orthodoxes attaquèrent Skarga et sa Défense du synode de Brzesc en divers écrits. Un de ceux-ci parut sous le pseudonyme de Christophe Philalèthe, sous lequel se cachait probablement .Martin Broniewski, protestant ruthène instruit, secrétaire de la chancellerie royale (le mouvement protestant en Ruthénie n'était pas bien important, mais il existait et avait partie liée avec le mouvement orthodoxe). L'ouvrage de Broniewski. intitulé Apocrisis..., fut publié à Vilna, en polonais, en 1597, et en russe, en 1599 (les classes supérieures de la société ruthène étaient alors fortement polonisées et l'usage de la langue polonaise dans les écrits orthodoxes en est le témoignage le plus évident). Skarga ne fit pas de réponse au travail de Broniewski. Hipace Pociej (t 1613), un des créateurs de l'union de Brzesc, prit sa défense. C'était un grand seigneur ruthène, ancien sénateur, devenu évêque de ■\Ylodzimierz et de Brzesc, enfin métropolite de Kiev (1599). Outre quelques autres écrits défendant l'union, il publia, en 1609, à Vilna, où se trouvait la résidence du métropolite uniate de Kiev, une œuvre intitulée Antirrhesis (les recherches les plus récentes démontrent que Pierre Arcadius de Corcyre, établi en Ruthénie et considéré autrefois comme auteur de l'ouvrage en question, ne fut que le collaborateur de Pociej). Cependant, Mélèce Smotrycki, archevêque schismatique de Polock et responsable du martyre de saint Josaphat Kuncewicz (1623), un des plus savants théologiens orthodoxes, s'oppose violemment à l'union, ce qui détermine Skarga à reprendre la lutte vers la fin de sa vie, dans les circonstances suivantes : comme métropolite uniate, Pociej avait publié, en 1608, à Vilna, une brochure en polonais et en russe, écrite sur un ton conciliant, VHarmonia. Smotrycki y répondit par un ouvrage assez faible, écrit en polonais, intitulé Antigrafè, Vilna, 1608 et, deux ans plus tard, sous le pseudonyme de Théophile Ortolog, il publia un second ouvrage en polonais, intitulé Threnos; il y exhortait la noblesse russe à ne pas abandonner la foi orthodoxe (on peut juger de la réussite de l'union par le fait que le prince Janus Ostrogski, fils du prince Constant, s'était déjà fait catholique). Comme le Threnos attirait l'attention universelle, Skarga, quoique fatigué par une vie d'intense activité et de lutte, crut devoir y faire réponse en publiant à Cracovie, en 1610, en polonais, V Avertissement à la Ruthénie de rit grec contre les élégies et les lamentations de Théophile Ostrolog. C'est la dernière œuvre que Skarga ait écrite au sujet de l'union; elle devait porter des fruits après plusieurs années car, en 1627, Mélèce Smotrycki accepta l'union, y demeura jusqu'à sa mort (1033) et publia une série d'oeuvres en sa faveur. Au cours du xvn* siècle, l'union de Brzesc gagnait lentement mais constamment du terrain en dépit de deux obstacles importants dont le premier, nous l'avons dit, était la méfiance de la société. Le deuxième obstacle résidait dans le fait du développement de l'État moscovite, après l'avènement de la dynastie des Romanov, en 1612. Kiev devint aL rs le centre d'un grand mouvement intellectuel. En 1635, Pierre Mohila, métropolite orthodoxe de cette ville, y fonda une école supérieure dont l'organisation avait pour base le système des jésuites et qui produisit tout de suite un important mouvement intellectuel et théologique. Ces deux causes firent que les autorités polonaises
n'aidèrent pas suffisamment à la réalisation de l'union ; Sigismond III, lui-même, quoiqu'il fût sympathique à celle-ci, était limité dans son autorité par la Diète. Les choses en vinrent à un tel point que la hiérarchie non-unie en Pologne fut officiellement reconnue par l'État polonais en 1635. En général, à part quelques écrivains jésuites, les théologiens polonais ne s'occupent point de la question de l'union.
La plupart des écrits polémiques la concernant, qui parurent au cours du xvne siècle, appartiennent plutôt à l'histoire de la littérature religieuse russe qu'à la polonaise. Cependant, plusieurs de ces écrivains, tant uniates qu'orthodoxes, écrivent en polonais, tel le successeur de Pociej, l'énergique métropolite Joseph Weliamin Rutski (t 1637), dans quelques écrits de polémique contre Smotrycki et contre le métropolite non-uni de Kiev, Job Borecki; tel Léon Kreuza Rzewuski, évêque uniate de Smolensk, auteur de la Défense de l'unité de /' Église russe, Vilna, 1617, auquel répondit l'archimandrite de Kiev, Zacharie Kopystynski, auteur d'un des meilleurs ouvrages orthodoxes, Palinodia, écrit en 1621 et publié seulement en 1878, à Pétersbourg, dans l'édition Russkaja istoriceskaja biblioteka, t. i, col. 313-1200. Il convient de mentionner également l'archimandrite uniate Cassian Sakowiez, auteur d'un travail, écrit en polonais, YEpanorthosis..., Cracovie, 1642, qui provoqua la réponse des théologiens de Kiev, parue dans un écrit polonais anonyme, intitulé Lithos (« La pierre »)..., Kiev, 1644. Théophile Rutka, S. J., grand apôtre de l'union et Ruthène d'origine, y répondit par l'écrit Pierre contre pierre..., Lublin, 1690. Ce même Rutka combattit l'archimandrite orthodoxe, Jean Galatowski, dans plusieurs écrits polonais, notamment dans la Défense de l'orthodoxie de l'Église orientale, Poznan, 1686, et dans Goliath:.., Lublin, 1689. Rutka publia aussi, en traduction polonaise, les écrits de saint Basile concernant l'ascèse religieuse (1686). Un jésuite encore mérite une mention, Nicolas Cichowski, qui écrivit, en polonais, Le tribunal des saints Pères..., Cracovie, 1658, résumé dés discussions que Cichowski avait eues en public eii 1646, à Kiev, avec l'archimandrite Innocent Gizel. Cichowski y traite amplement la question de la procession de l'Esprit saint et de la primauté du pape; Rutka traduisit cette œuvre en latin en 1692. Il faut citer enfin le jésuite Benoît Boym, auteur de l'Ancienne foi..., Vilna, 1668, traitant de la primauté, J. Czepanski, O. S. A., auteur des Controversiœ orientalis et occidentalis Ecclesiœ de subjecto potestatis ecclesiasticœ, Varsovie, 1699, et plusieurs auteurs anonymes.
Au xvme siècle, la polémique concernant l'union, s'affaiblit et ne produit que quelques ouvrages secondaires, parmi lesquels deux écrits polonais du jésuite Jean Kulesza (1666-1706) qui, sous le déguisement d'un prêtre orthodoxe, propagea pendant huit ans l'union à Moscou même : La foi orthodoxe interprétée par l'Écriture sainte, les conciles, les saints Pères, orientaux surtout, et p r l'histoire de l'Église, Vilna, 1704, et De l'origine du schisme, 1747.
Il convient de mentionner aussi l'ouvrage d'un prédicateur connu, Mathieu Bembus (1569-1645), S. J., Le rite arménien..., Cracovie, 1630, qui appelle à l'union les Arméniens habitant les environs de Lwôw. Cet écrit contribua certainement à l'union des Arméniens polonais avec Rome, union qui s'accomplit la même année 1630.
2° La littérature polémique dirigée contre le protestantisme est très pauvre à cette époque. Dans la première moitié du .xviic siècle, nous constatons de la part du roi Ladislas IV Waza (1632-1648), assez libéral en matière de foi, des efforts tendant à la réunion des protestants à l'Église catholique. Nous avons la
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preuve de ces efforts dans le CoU.oqu.iwn charilativum qui eut lieu à Torun en 1045 et rassembla, sur l'initiative du roi, les représentants des deux partis. Du côté catholique vinrent Tyszkiewicz, évêque de Zmudz (Samogitia), et vingt-cinq théologiens, dont les plus éminents étaient le carme Jérôme de Saint-Hyacinthe (André Cyrus, 1(303-1647) venu de Cracovie, les jésuites Schœnhof et Rywocki, et le chanoine de Warmie, Meibohm. Le colloque n'aboutit pas. Une trace en est restée toutefois dans une série d'écrits polémiques, entre autres du côté catholique, l'écrit du P. Jérôme mentionné ci-dessus, Idea colloquii charilativi, Cracovie, 1646, et Animadversio in Joannem Hiilsemannurn, ibid., ainsi que l'œuvre de Meibohm, Acta convcnlas Tharuniensis, ibid.
La deuxième action, dirigée contre les protestants, au xvne siècle, c'est la lutte avec les sociniens. Elle est intimement liée au nom du plus éminent polémiste de ce siècle, Nicolas Cichowski (Cichovius, 1593- 1009), S. J., apologiste de talent, déjà mentionné à l'occasion des contestations avec l'orthodoxie. Dans ses nombreux écrits polémiques, Cichowski combattit les sociniens avec zèle. En réfutant leurs théories, il souleva en même temps l'opinion publique. Déjà hostile, celle-ci se tourna contre eux, lorsqu'ils se furent unis à l'ennemi, de même que les protestants, pendant la guerre suédoise. Ce dernier fait eut pour résultat un décret de la Diète en 1058, expulsant les sociniens de Pologne. L'influence de l'activité et des écrits de Cichowski y est évidente. Les principaux sont : Centuria argumenlorum pro Christi divinitate, Cracovie, 1041; Credo arianorum..., Cracovie, 1649; Spéculum samosathenistarum..., Cracovie, 1656, 1651, 1602; Desperata causa arianorum..., Cracovie, 1060; Triumphus SS. Trinitatis..., Cracovie, 1006.
A côté de Cichowski, il convient de mentionner ici les jésuites suivants : Albert Rosciszewski (1550-1619), qui écrivit contre les protestants et contre les Arméniens, sous les p-eudonymes de Berkowski, de Miedzyborski et de Boboli, Brevis de Ecclesiœ et missione ministrorum tractatus, Cracovie, 1011; Disputatio de Ecclesia..., s. d., etc.; Georges Tyszkiewicz (1571- 1025), auteur de Theologia antilogica lutheranorum et theologia antilogica calvinistarum, Cracovie, 1616; Jean Hacki (1637-1695), auteur de Scrutiniorum..., Oliwa, 1661, etc.; Albert Wijuk Kojalowicz (1009- 1677), auteur d'un traité considérable en polonais, dirigé contre les protestants, Des choses appartenant à la véritable foi..., Vilna, 1640; Cracovie, 1671; Sur certaines différences de foi..., édité en polonais, à Vilna, en 1648, en polonais et en latin en 1653 et 1758, etc.; Jean Rywocki (1599-1666), Arma catholica..., Vilna, 1638, Parienesis..., Vilna, 1639, etc. Suivent trois auteurs allemands appartenant à la province polonaise : Charles Clage (Clagius, 1598-1666) sous le pseudonyme de Didymus Hermannovillanus, Aristarchus contra prœdicantes, Cologne, 1643: Disquisitiones ubiquisticœ de Christo, Vilna, 1640, etc.; Jean Huber (1557-1022) qui écrivit en allemand contre les protestants de Danzig et de la Prusse orientale; Charles Kreitsen (1607-1060), un converti, auteur de nombreux écrits polémiques allemands et latins, Petra inexpugnabilis..., Braunsberg, 1655; Martin Kreisel (1658-1714), d'origine tchèque, auteur de nombreux traités allemands et latins et enfin, le meilleur apologiste polonais du xvme siècle, Jean Poszakowski (1684- 1757), auteur d'un ouvrage polonais en six volumes, contre les protestants, intitulé Voix du pasteur..., Vilna, 1736-1740, de Controverses contre les calvinistes, 5 vol., Vilna, 1740, de l'Histoire luthérienne, Vilna, 1745, de l'Histoire calviniste, 3 vol., 1747-1749, etc. Poszakowski était un théologien remarquablement doué et • instruit: il est presque oublié, ce qui est regrettable.
Parmi les autres apologistes non jésuites, il faut mentionner les suivants : Bernard Bogdanowicz (t 1708), O. S.B., auteur de Philosophia christiana dogmalicarum verilulum de creatione et recreatione hominis, Rome, 1697; Mathieu-Marins Kurski, O. F. M. O., plus tard évêque sullragant de Poznan (f 1681), auteur d'Opuscula varia contra adversarios f'.dei catholicœ, Poznan, 1672; Jean Otrembski, curé de Zychlin, auteur de Vox clamantis in deserlo, in quo 28 vocibus perstringit seclam Lutheri et ex hujus testimoniis pro bal primatum romanœ Ecclesiœ, Cracovie, 1681 ; Michel Mrugaczewski (t 1794), professeur à l'académie de Cracovie, auteur d'une Dissertatin polemica de traditionibus, 1775, et d'une Qusestio theologica ex cursu pulcmico de juslifïcatione impii, 1777.
Le piariste Stanislas Konarski (1700-1773) mérite une mention particulière. II a été le principal promoteur de la renaissance morale et politique de la Pologne à cette époque. Patriote ardent, il fut aussi un des plus nobles et des plus éminents personnages de son siècle. Il publia une série d'écrits politiques et pédagogiques, notamment Des moyens et remèdes efficaces, 1760, contenant les principes d'un parlementarisme sensé, et un excellent manuel de rhétorique, De arte bene cogitandi ad arlem dicendi bene necessaria, 1767. Il est aussi l'auteur d'un écrit unique en son genre à cette époque en Pologne, dirigée contre les déistes. De religione honestorum hominum contra deistas, Varsovie, 1769.
3° La littérature théologique spéculative est abondante, mais de moindre valeur. Elle consiste, pour l'ordinaire, en cours universitaires imprimés, ayant le caractère de compilation. On peut mentionner les auteurs suivants : les deux professeurs de l'université de Cracovie, Sébastien Petrycy de Pilzno (t 1626), auteur d'une traduction polonaise, accompagnée d'un excellent commentaire, de la Politique, de l'Éthique et de l'Économique d'Aristote, et Simon Makowski (t 1683), qui laissa un Cursus philosophise, Cracovie, 1679, 3 vol. in-f ol. ; une Theologia christiana, ibid., 1 682 ; une Explanatio dccalogi, ibid., 1682 ; une Theologia speculativa, etc. : le prédicateur polonais le plus célèbre après Skarga, Fabien Birkowski (1566-1636), O. P., dont les traités philosophiques et théologiques sont restés manuscrits; des professeurs jésuites comme Mathieu-Casimir Sarbiewski (1595-1640), célèbre poète latin et polonais, auteur de plusieurs traités philosophiques et théologiques qui n'ont pas été publiés; Thomas Mlodzianowski (1022-1086), prédicateur estimable qui publia ses cours donnés de 1066 à 1674, appréciés de ses contemporains; ils sont réunis dans un recueil en 5 volumes, Integer cursus theologia: et philosophiœ, Mayence et Danzig, 1682; Jean Morawski (1033-1700), savant remarquable, écrivain très productif, qui publia Totius philosophiœ principia, Poznan, 1660, 1006, 1682, 1687; Lyon, 1688; Quœstiones de Verbo incarnato et de ejusdem admirabili Matre virgine, Leszno, 1671; Cracovie, 1684; Quœstiones de Verbo incarnato, Cracovie, 1685 ; Quœstiones de Deo uno ettrino, Kalisz, 1674; Selectœ quœstiones ad II^m-IIx et ad IIIam partem divi Thomœ Aquinatis, Kalisz, 1684; Sancta romana Ecclesia ab antiquis calumniis hœreticorum de novo suscitatis vindicata, Poznan, 1693; Adrien Miaskowski (1657-1737), professeur et écrivain très connu, qui publia : Introductio in universam Aristotelis philosophiam seu Dialectica, Sandomierz, 1720; Dcus in essentia unu sin personis trinus, Prague, 1723, 1730; Deus homo, seu incarnatio Verbi divini, Prague, 1728; Disputatio de admirabili et' pretiosissima Dei Matre virgine Maria, Prague, 1728; Tractatus de angelis, Poznan, 1730, 1732; Tractatus de fine ultimo, Poznan, 1731 ; Tractatus theologicus de aclibus humanis, Sandomierz, 1732.
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Le plus célèbre des théologiens jésuites du xvme siècle fut Albert Tylkowski (1625-1095), auteur de 59 ouvrages dans les domaines les plus divers : théologie, philosophie, ascèse, droit canonique, histoire, mathématiques et physique. On mentionnera seulement son manuel sur la philosophie d'Aristote, publié en 9 volumes sous le titre de Philosophia curiosa, Cracovie, 1(569: Oliwa, 1680, 1684. On doit citer aussi Jean Kowalski (171 1-1789). qui publia en polonais Argumentations contre les cartésiens, Lwôw, 1746. Kowalski fut l'unique écrivain polonais de cette époque à s'attaquer au célèbre créateur de la philosophie contemporaine. 11 est nus^i l'auteur des < uvrages suivants : Philosophia peripatetica, Kalisz, 1750; Enseignement de foi..., bon manuel apologétique en polonais, paru à Varsovie en 1775; Sententise dogmaticœ ex universa theologia, Przemysl, 1756; Theologica moralis et dogmatica ad usum candidatorum theologise in compendium redacta, Przemysl, 1764. Ces deux dernières œuvres sont un remaniement des écrits du célèbre théologien jésuite français le P. G. Antoine.
Les écrivains suivants méritent encore une mention : le jésuite Casimir Wolski (1644-1690), auteur d'un traité presque unique dans la littérature théologique polonaise et considérant la question célèbre du rapport de la grâce divine avec le libre arbitre. Intitulé Vindicise sancti Augustini et .sancti Thomas Aquinatis seu disputationes de mente utriusque doctoris circa scientiam Dei mediam explicatam; cet ouvrage a été édité, après la mort de l'auteur, à Poznan, en 1695. Pierre de Poznan, de l'ordre des mineurs conventuels (xvne siècle) est un des rares représentants du scotisme à cette époque, en Pologne. Il publia en deux grands in-folio : Commentaria in Ium et IIam lib. Sententiarum Joannis Scoti. Mayence, 1612; Venise, 1626; Anvers, 1655, et Decisiones totius theologica; speculativœ et moralis, Venise, 1629, ainsi qu'une œuvre curieuse contenant des sources pour les prédicateurs, Splendores hiérarchise politicœ et ecclesiasticœ a cœlesli hiérarchise exemplali ad christianum regimen, Cracovie, 1652; Lublin, 1654. Pierre de Poznan fut un des écrivains polonais les plus connus à l'étranger, à cette époque. Voir son article, ci-dessus, col. 2041.
L'ordre des frères prêcheurs donna aussi, à cette époque, plusieurs théologiens et écrivains. Il convient de mentionner, en premier lieu, Justin Miechowita (1594-1689), qui écrivit une œuvre dogmatique de célébrité européenne sur la sainte Vierge : Discursus prsedicabiles super litanias lauretanas, Paris, 1642, maintes fois éditée en latin et traduite en français, en italien et en espagnol, œuvre énorme en 2 vol. in-fol. Le second dominicain, Ferdinand Januszewski (fin du xvne siècle), est l'auteur de nombreux traités de dogmatique et de morale : Sententise ihomistiese, Cracovie, 1696; Asserliones theologicse de SS. Trinilale, Cracovie, s. d.; Theologia moralis, Cracovie, 1701; Sententiœ sacrœ... de symbolo apostolorum, Cracovie, 1699; Sententiœ morales..., Cracovie, 1676, 1694; Tractatu.s de malrimonio, Cracovie, 1683; De tribus Dotis religionis, Cracovie, 1689, etc.
Dans la première moitié du xvir3 siècle paraît Nicolas de Mosciska, auteur de plusieurs traités de morale, dont les plus importants sont Elcmenta ad s. confessiones... utilia, Cracovie, 1603, 1610; Cologne, 1619; Arlis pœnitentiarise tyrocinium, Cracovie, 1625, 1631; Modus examinandi ordinandos, Cracovie, 1625; Examen approbandorum ad s. confessiones excipiendas, Cracovie, 1622, 1631. Ces quatre ouvrages, qui constituent un ensemble de théologie morale, furent publiés après la mort de l'auteur, à Cracovie (1683 et 1701), sous le titre : Theologia moralis. Nicolas de Mosciska pub.ia encore Rudimcnta logicœ, Cracovie, 1609; Cologne, 161 1 ; Cracovie et Cologne, 1625, et une série
d'autres écrits de morale et d'ascétisme. Ses principales œuvres ascétiques en polonais sont : Infirmerie chrétienne, Cracovie, 1626; Manuel d'exercices spirituels, ibid. ; Académie de piété, Cracovie, 1628, etc. Nicolas de Mosciska peut être considéré comme le meilleur moraliste polonais de son temps; il mérite d'autant plus d'être signalé qu'il se ressent de l'influence de saint Thomas et que. en dépit de la méthode casuistique qui dominait à cette époque dans les questions morales, il touche aux bases mêmes de l'éthique et de la morale mieux que ne le font ses contemporains.
On doit mentionner ici encore quatre autres auteurs dominicains, notamment Jean-Alain Bardzinski (1657- 1708), traducteur de classiques latins, qui publia un résumé versifié de la Somme de saint Thomas d'Aquin, intitulé : Brève compendium Summœ angelicœ in versu summatum, Varsovie, 1705; Samuel de Lublin (| 1658), auteur de traités philosophiques. In VIII libros Aristolelis de physica... juxta viam thomistarum, Cologne, 1620; In III libros de anima quwstiones scholasticse secundum viam thomistarum, Cologne, 1627; Tractatus summularum, Cologne, 1627, et un manuel de théologie morale, Summula casuum, Cologne, 1631 et 1715; Dominique Frydrychowicz (t 1716), auteur d'une série de traités théologiques, Conclusiones theologicse de attributis Dei, s. 1., 1688; Tractatus theologicus de creatione, Cracovie, 1690; Manipulus theologicus, Cracovie, 1691; De natunr humanœ statu et innocentia, Cracovie, 1691 ; De naluro angelica, Cracovie, 1691 ; De voluntale et amore Dei, Cracovie, 1692 ; Sacrosanclum SS. Trinitatis mysterium explicatum, Cracovie, 1700, etc.; Simon Okolski (1580- 1659), héraldiste et historien connu, auteur d'un commentaire théologique des sermons de saint Albert le Grand, intitulé Prseco divini verbi B. Albertus Magnus..., Cracovie, 1649.
4° La théologie ascétique. ■ — Les sciences sacrées, à cette époque, ont atteint en Pologne leur plus haut degré de développement dans le domaine de la théorie de l'ascèse. Presque tous les prédicateurs célèbres, ainsi que les écrivains ecclésiastiques, ont produit de> traités et des œuvres ascétiques. Deux jésuites décédés en odeur de sainteté sont considérés comme les plus éminents auteurs ascétiques de ce temps : Nicolas Leczycki et Gaspard Druzbicki. Leczycki (1576-1652). un calviniste converti, a publié ses œuvres sous le nom latinisé de Lancicius. Il vécut à Rome, en Pologne et en Moravie. Une de' ses meilleurs ouvrages traite de l'esprit de son ordre, Gloria sanclii Ignatii, Cracovie, 1622. Il est auteur de 22 petits traités ascétiques intitulés Opuscula spiritualia (quelques-uns de ces traités ont été édités à part; l'édition entière parut à Anvers. 1650, 2 vol. in-fol.; 2* édit., Ingolstadt, 1724, 7 vol. in-8°). En 1883, et plus tard, on a publié à Cracovie dix-huit de ces ouvrages. Leczycki est universellement considéré comme l'un des représentants les plus classiques de l'ascèse de la Compagnie. Voir l'art. Lancicius, t. vin, col. "556.
Gaspard Druzbicki (1590-1660), prédicateur fameux, est l'auteur de 46 traités ascétiques publiés sépa rément en 1652, 1664 et 1669, sous le titre Opéra ascetica, Kalisz, Poznan, 1686, 1691; édition complète de ces œuvres sous le titre Opéra omnia ascetica, 2 vol. in-fol., Ingolstadt 1732. Druzbicki fut l'un des premiers promoteurs du culte du Sacré-Cœur do Jésus (il composa plusieurs litanies en son honneur). Comparé à Leczycki, il fait preuve de plus d'élévation, tandis que Leczycki se distingue par une connaissance approfondie des mouvements intérieurs de l'âme.
A côté de ces principaux représentants de la théologie ascétique, il convient de mentionner les jésuites suivants : F.-S. Fenicki, fort dévot à la vierge. Marie, créateur d'une dévotion a l'immaculée conception trè-.
POLOGNE. SCIENCES SACRÉES, XIXe SIÈCLE
répandue jusqu'à présent en Pologne, qui a paru sous le titre de Petites heures de ta sainte Vierge; Martin Hincza, auteur de nombreuses méditations; Jean Morawski, mentionné plus haut, auteur de magnifiques méditations sur la vie des saints, intitulées Fasti sanctorum, Poznan, 1676, et d'autres écrits; Thomas Mlodzianowski, auteur d'un manuel pour retraites et méditations; Stanislas Solski, mathématicien, auteur de méditations, etc. Parmi les dominicains, il faut citer Paul Ruszel (f 1658), propagateur du culte de la Sainte-Croix (une très importante relique de la Sainte-Croix se conserve dans l'église dominicaine de Lublin), et Gabriel Leopolita (| 1649), auteur de nombreuses méditations sur la passion de Notre- Seigneur et d'autres ouvrages encore.
5° Le droit canonique. — A rencontre d'époques précédentes où l'étude du droit canonique prédominait parmi les sciences sacrées, il y a, au xvne et au xvme siècle, une certaine stagnation dans ce domaine. L'activité des quelques canonistes polonais se limite à la publication de décrétales des synodes, de divers manuels juridiques et de commentaires du Corpus juris. On peut faire ici mention de professeurs jésuites de Vilna : Bekanowski, auteur de Qusesliones canonico-morales de seplem sacramentis, Vilna, 1732; Mïlunski, auteur d'Explanationes juris ecclesiastici... de sponsalibus et matrimoniis, Vilna, 1705; Benoît de Soxo, auteur d'un manuel très érudit, mais chaotique, intitulé Claves juris, Vilna, 1648: Albert Tylkowski, auteur de Tribunal sacrum, Varsovie, 1690, et de Sacri canones et decisiones apostolicœ ad sacramentum matrimonii, Varsovie 1692. Puis vient le dominicain Camille Jasinski (t 1651), auteur de quelques traités qui se rattachent au droit particulier de l'ordre; les deux professeurs de l'académie de Cracovie, Albert Lancucki (f 1686); Quœstio juridica de jure immunitalis ccclesiasticee, Cracovie, 1658, et Jacques Marciszewski (f 1773); Controversée qusestiones juris, s. 1., 1771; Continuatio controversarum qusestionum, s. 1. n. d. ; De prselatis et canonicis, Cracovie, 1776; Regulœ canoniese de irregularitale, ibid., 1766; enfin, le basilien T. Szczurowski (1740-1812), qui publia en polonais un manuel de droit canon, Suprasl, 1792.
6° Sciences positives. — Le domaine de la théologie positive n'est guère exploité au cours de ces deux siècles en Pologne. En histoire ecclésiastique, nous ne pouvons citer que quelques noms, et d'abord celui d'Abraham Bzowski (Bzovius), dominicain (1567- 1637). Depuis 1611, Bzowski séjournait à Borne, où on lui avait confié la continuation des Annales de Baronius. Il commença son travail en résumant Baronius, Historia ecclesiastica ex Ctes. Baionii Annalibus, 2 vol. in-fol., Borne, 1616, puis fit paraître neuf volumes d'Annales. Les deux derniers n'ont été édités qu'après sa mort, Cologne, 1640; Rome, 1672. Son travail s'arrête à la mort du pape saint Pie V (1572). Bzowski fut un homme de grand savoir et d'une extraordinaire assiduité au travail, quoiqu'il manquât quelquefois de sens critique. Il publia encore une série d'écrits théologiques, ascétiques et historiques; ces derniers concernent particulièrement l'histoire de l'ordre dominicain en Pologne.
Un autre nom célèbre parmi les historiens de l'Église de Pologne à cette époque est celui de Simon Starowolski (1588-1656), professeur, puis chanoine à Cracovie. De ses nombreux ouvrages, qui traitent d'histoire, de géographie, de droit et de politique, nous devons citer Scriptorum Polonicorum hecatontas..., Francfort, 1625; Venise, 1627; Breslau, 1733, contenant plus de 170 biographies, et Polonia sive status regni Potonise descriptio, Cologne, 1632; Danzig, 1562; Wolfenbùttel, 1656; Breslau, 1731; puis Varsovie, . 1761, dans l'édition de Mitzler, Historiarum Poloniœ...
collectio magna, qui nous fournit maints renseignements sur l'état de l'Église de Pologne au xvne siècle. Un certain manque de critique est le plus grand défaut de Starowolski.
En dehors de ces deux bons représentants de l'histoire ecclésiastique polonaise, on ne rencontre, à cette époque, aucun autre écrivain remarquable. On trouve surtout des chroniqueurs des ordres religieux. Le meilleur serait l'historien de la province lithuanienne de la Compagnie de Jésus, Stanislas Rostowski 0 711- 1784), qui se rendait vraiment compte des conditions du travail scientifique; il ne laissa pas, néanmoins, d'user de la méthode annalistique. Son œuvre, intitulée Lithuanicorum Societatis Jesu historiarum provincialium pars prima, Vilna, 1768, donne l'histoire du premier siècle de la Compagnie en Lithuanie (1564-1664). Comme source historique, nous possédons encore une autre œuvre de valeur, c'est le Diarius domus professée Cracoviensis Societatis Jesu, du P. Jean Wielewicki (1566-1639), sorte de journal relatant les faits les plus importants arrivés à la maison, entre 1579 et 1639. Ce journal, édité à Cracovie entre 1881 et 1899, en
9 volumes, est une source inépuisable d'informations ecclésiastiques. Beaucoup d'autres travaux semblables, publiés ou non, ont été composés dans tous les ordres polonais, celui par exemple des franciscains conventuels dont l'auteur est le P. Bonaventure Makowski (1700-1795). Plusieurs biographies d'évêques et d'autres hommes d'action ont été conservées, comme, par exemple, les œuvres du chanoine régulier E. Damalewiez (t 1673), Vitœ Vladislaviensium episcoporum, Cracovie, 1642, et Séries archiepiscoporum Gnesnensium, Varsovie, 1649, ou l'œuvre du jésuite Bzepnicki, Vitœ prœsulum de la Pologne et de la Lithuanie jusqu'à 1766, 3 vol., Poznan, 1761-1763. Les œuvres de l'historien héraldiste de Lithuanie, Albert Wijuk Kojalowicz (1009-1677) sont, elles aussi, une source importante pour l'histoire ecclésiastique de Pologne. De nombreuses informations biographiques sont également fournies par un immense armoriai polonais du jésuite Gaspard Niesiecki (1682-1744), lre éd. à Lwôw, 1728-1743, 4 vol.; le t. v, non terminé, a été achevé en complété par le P. Czaplinski qui ne l'a cependant point publié. Une nouvelle édition de cet armoriai et
10 volumes a paru à Leipzig en 1839-1846. Il faut encore mentionner de très nombreuses Vies de saints de moindre valeur scientifique. En particulier, la Vie des saintes vierges Eufrosine et Parascève, parue sous le titre Chronologie... et Addition à la chronologie..., Vilna, 1782-1783, œuvres du basilien I. Stebelski (t 1805), fournit maintes données concernant l'histoire de l'union et de l'ordre de Saint-Basile. Enfin le piariste Théodore Ostrowski (1700-1802), savant historien du droit, fut le premier écrivain polonais qui ait entrepris une étude générale de l'histoire ecclésiastique en Pologne. Il publia : Histoire et lois de l'Église de Pologne, 3 vol., Varsovie, 1793; 2e éd., Poznan, 1846, avec des notes du savant éditeur, Joseph Lukasiewicz. L'œuvre d'Ostrowski manque de profondeur et de critique. Les notes de Lukasiewicz dénotent une certaine hostilité envers l'Église catholique.
V. Le xixe siècle. — 1° Généralités. — Les vicissitudes de l'histoire des idées théologiques en Pologne au xixe siècle ne sauraient être comprises si l'on ne tenait compte de deux facteurs qui ont exercé une influence considérable sur la mentalité polonaise.
D'une part, des courants antireligieux venant d'Occident pénètrent de plus en plus en Pologne, vers la fin du xvme siècle, à l'époque de sa défaite politique. D'autre part, le démembrement de la Pologne amène de déplorables conditions d'existence, au point de vue national aussi bien que religieux. En ce qui concerne
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le premier facteur, c'est chose connue que, vers la fin du xvme siècle, on constatait partout un dédain accentué pour la religion, identifiée à l'obscurantisme. Ce phénomène s'observe également en Pologne. Sous ce rapport, l'état de choses était cependant meilleur en Pologne, car il n'y avait point de haine ni de persécutions religieuses comme ailleurs. En général, on peut dire que les traditions de piété étaient profondément enracinées dans la société polonaise; le catholicisme fut, pendant toute l'époque de l'esclavage, un facteur puissant pour soutenir le moral de la nation et lui garder l'espoir en un avenir meilleur. C'est pourquoi la Pologne ne suivit point la voie de l'athéisme; les quelques penseurs polonais qui subirent l'influence des courants nouveaux de la philosophie anticatholique prirent à l'égard de la religion et du catholicisme une altitude plus irénique qu'hostile. L'apologétique polonaise n'eut donc pas lieu de se développer en grand. Quant au développement des autres branches des sciences sacrées en Pologne, l'état de choses était d'autant plus regrettable que la Pologne était restée à l'écart du grand mouvement du xvme siècle en Europe occidentale, dans le domaine de la théologie positive aussi bien que dans celui de la théologie pratique.
Si nous ajoutons à cet état de choses le joug de l'esclavage, différent dans chacune des trois annexions, et la nécessité continuelle, pour l'Église, de défendre sa liberté contre les persécutions des conquérants, et si nous considérons le fait que les meilleurs cerveaux et les plus nobles cœurs polonais du xixe siècle se proposaient comme but unique le recouvrement de l'indépendance, nous ne saurons nous étonner de la pauvreté relative dans le domaine des sciences théologiques en Pologne, au cours de ce siècle. Néanmoins, malgré des conditions si défavorables au développement des sciences sacrées, la théologie polonaise n'a pas laissé de produire des écrivains de valeur, surtout vers la fin du xixe siècle.
2° Situation de l'enseignement thco'ogique. — Au cours des dernières années de l'indépendance de la Pologne, pendant le règne de Stanislas-Auguste Poniatowski (17G4-1795), un mouvement très vif se développa, qui tendait à la réforme politique et sociale. C'est alors que fut instituée, en 1775, la « Commission d'éducation nationale », qui fut le premier ministère de l'Instruction publique en Europe et qui développa une activité intense dans l'organisation des écoles. L'ancienne université de Cracovie fut réformée en 1780. La théologie y obtint quatre chaires, dont le nombre augmenta avec le temps. En même temps, l'académie des jésuites de Vilna, fermée à la suite du bref Dominus ac Redemptor (1773), fut rouverte sous le nom d'École centrale du grand-duché de Lithuanie. Depuis 1783, cette école possédait des cours de théologie. En 1803, l'École centrale de Vilna, annexée depuis 1795 par les Russes, obtint le titre d'université conférant des grades scientifiques. On fonda le séminaire principal en 1808 pour y loger les étudiants en théologie. La ville de Lwôw se trouvait sous la domination autrichienne depuis 1772; en 1784, on y créa une université, qui existe encore aujourd'hui, simple transformation de l'ancien collège des jésuites, avec faculté de théologie. Entre 1805 et 1816, cette université fut abolie et remplacée par un lycée possédant aussi des cours de théologie, mais sans droit de conférer les grades. En dehors de ces trois centres d'études théologiques, les jésuites de Russie-Blanche obtinrent, en 1812, les droits académiques pour leur collège de Polock, avec facultés de philosophie, de théologie et des lettres. Cette nouvelle académie de Polock, qui ne déploya guère d'activité, fut fermée en 1820, après l'expulsion des jésuites de Russie.
Après le congrès de Vienne (1815), une université
avec faculté de théologie fut fondée à Varsovie, en 1817. De plus, à la suite d'une nouvelle circonscription des diocèses, les trop nombreux séminaires subirent aussi une réforme et furent réduits au nombre de un par diocèse. Après l'insurrection du 2'.i novembre 1830, l'université de Varsovie et celle de Vilna furent fermées. La faculté de théologie de Varsovie, devenue, dès 1825, séminaire principal, fut de nouveau transformée, en 1836, en une académie ecclésiastique qui dura jusqu'à 1867, date où elle fut fermée et sa bibliothèque donnée au séminaire de Varsovie. A la place de la faculté théologique de Vilna, on créa, en 1833, une académie ecclésiastique, transférée en 1842 à Pétersbourg où elle demeura jusqu'à la révolution bolchéviste de 1917. Seuls les élèves ayant achevé leurs études ecclésiastiques dans les séminaires diocésains pouvaient être reçus dans ces deux académies.
De tous les séminaires ecclésiastiques de la première moitié du xixe siècle, c'était celui des lazaristes de Varsovie qui avait le niveau le plus élevé. Ce séminaire subsista depuis 1677 près de l'église de la Sainte- Croix, jusqu'à sa fermeture après l'insurrection de janvier 1863 (il sert aujourd'hui d'internat pour les étudiants de la faculté de théologie). Vers la fin du xixe siècle, c'est au séminaire du diocèse de Cujavie, établi à Wloclawek, que doit être réservée la première place au point de vue scientifique. Les facultés théologiques de l'annexion autrichienne, c'est-à-dire celles de Cracovie et de Lwôw, demeurées longtemps sous l'influence du joséphisme, n'arrivèrent pas à se développer et ce n'est que vers la lin du xixe siècle (l'autonomie de la partie de la Pologne annexée par l'Autriche, ayant été décrétée en 1867) que les sciences sacrées commencèrent à prospérer. A Vilna, la plupart des professeurs subissaient l'influence du fébronianisme. Nous avons une preuve du manque d'esprit catholique de cette faculté théologique dans le fait que les trois auteurs de l'abolissement de l'union, en 1839, sur le territoire de l'ancien grand-duché de Lithuanie, à savoir Siemaszkq, Zubko et.Luzynski. avaient obtenu leurs grades scientifiques à Vilna. L'académie ayant été transférée à Pétersbourg, l'état de choses s'améliora, car la nouvelle institution scientifique était pénétrée de l'esprit vraiment catholique de son premier chef, un des prêtres les plus éminents que la Pologne ait produits à cette époque, l'archevêque de Mohilôw, Ignace Holowinski (1800-1855). Depuis ce temps, l'académie de Pétersbourg ne déserta jamais l'étendard catholique, alors même qu'elle eut pour chef le dominicain Stacewicz (1809-1876), trop conciliant à l'égard du gouvernement russe, en dépit du Saint- Siège. Éloignée cependant du centre des courants scientifiques de l'Occident, l'académie ne développa pas une activité scientifique très intense et la plupart des théologiens qu'elle forma ne produisirent rien dans le domaine des sciences sacrées.
Pareil dédain de la production se remarquait aussi chez la plupart des membres de l'académie théologique de Varsovie. Cependant, celle-ci avait atteint, au cours de ses trente ans d'existence, le niveau le plus élevé entre toutes les écoles théologiques polonaises du xixe siècle. Elle fournit un grand nombre de prêtres de haute culture, profondément attachés au catholicisme, et il est juste de dire que c'est surtout aux élèves de cette institution que l'Église doit d'avoir pu maintenir la foi catholique en Pologne, en dépit du joug ennemi et des persécutions cruelles qui s'ensuivirent, surtout après l'insurrection de 1863, quand le gouvernement russe redoubla d'hostilité envers les Polonais et envers leur foi catholique, si uation qui d ra jusqu'à la première révolution russe de 1905. L'académie de Varsovie eut aussi de grands mérites dans le domaine des sciences sacrées. C'est d'elle
POLOGNE. SCIENCES SACRÉES, XIXe SIÈCLE
que sortirent la plupart des théologiens qui, dans l'annexion russe et dans la Pologne entière, travaillèrent en dépit de conditions souvent pénibles. L'académie de Varsovie ayant été fermée, ce furent les séminaires de Wloclawek et de Varsovie qui devinrent les centres principaux du travail scientifique. Un périodique mensuel Ateneum kaplanskie (V « Athénée ecclésiastique »), qui commença à paraître en 190:) et continue encore, fut l'organe de ce travail à Wloclawek. A Varsovie, parut, de 1841 à 1862, un périodique mensuel intitulé Pamietnik religijno-moralny (« Mémoires religieux et moraux ») qui se transforma, en 1862, en un hebdomadaire nommé Przeglad katolicki («Revue catholique»), lequel a paru jusqu'en 1913 pour reprendre en 1922. Plus récemment, en 1901, parut une édition intitulée Biblioteka dziel chrzescijanskich («Bibliothèque d'oeuvres ebrétiennes ») qui fit paraître de précieuses traductions d'ouvrages catholiques étrangers et contribua à activer le courant scientifique et théologique parmi le clergé et dans la société. De 1902 à 1907 parut aussi, à Varsovie, une revue trimestrielle, Kwartalnik teologiczny.
Dans l'annexion prussienne, un certain mouvement théologique se fit remarquer, surtout dans la deuxième moitié du siècle. Sous la direction de Mgr Léon Przyluski, archevêque de Gniezno-Poznan (1845-1865), un périodique mensuel très sérieux fut rédigé sous le nom de Przeglad poznanski (« Revue de Poznan »), de 1845 à 1865. Ce mouvement intellectuel fut cependant anéanti par le Kulturkampf et les lois de mai 1873 et ce n'est que vers la fin de l'esclavage qu'une certaine activité théologique se fit de nouveau sentir.
Enfin, dans l'annexion autrichienne, la première lutte avec le joséphisme fut commencée par les jésuites chassés de Russie en 1820, établis dans cette partie de la Pologne où ils furent les promoteurs presque uniques du mouvement intellectuel catholique. Leur activité scientifique ne put cependant être fort intense à raison des conditions difficiles, et aussi de l'indifférence et d'une certaine laïcité du clergé, à raison enfin des luttes incessantes contre le gouvernement autrichien, qui contrecarrait la liberté de l'Église. Ce n'est donc que quand cet état de choses se fut amélioré et que la Galicie eut acquis l'autonomie, en 1867, qu'une amélioration se produisit dans le domaine des sciences sacrées. La Przeglad powszechmj (« Revue universelle »), mensuelle, publiée depuis 1884 par le collège des jésuites de Cracovie, devint le centre d'un mouvement théologique plus actif. Les jésuites collaboraient aussi avec les autres ordres religieux, instruisant pendant plusieurs dizaines d'années la jeunesse des divers ordres dans leur école théologique, tandis que l'activité scientifique s'éveillait aussi parmi les séculiers.
3° Philosophie el apologétigue. — On peut affirmer, sans aucun doute, que c'est la philosophie et l'apologétique qui occupent une place dominante. Comme nous l'avons dit, les courants anticatholiques qui passèrent au xixe siècle sur la Pologne n'étaient pas de caractère décidément hostile. C'était plutôt une tendance à concilier ces nouveaux courants avec la foi traditionnelle, qui se manifestait chez la plupart des philosophes polonais traditionnellement attachés à la foi.
Un partisan de Kant, Joseph Szaniawski (1764- 1843), apologiste chrétien et fervent catholique, peut être mentionné ici, ainsi que plusieurs autres comme Joseph M. Hœne-Wronski (1778-1853), profond penseur, mathématicien et philosophe original, profondément pénétré d'idées messianiques. Le grand philosophe Joseph Goluchowski (1797-1858), qui se basait sur la philosophie de Schelling, les partisans de Hegel : Joseph Kremer (1806-1875) et Bronislaw F. Trentowski (1808-1869) essaient pareillement de concilier •leur philosophie avec le christianisme dont ils sont les
ardents défenseurs. Nous remarquons les mêmes tendances chez le meilieurphilosophe, qu'il faut mentionner à part. Il s'agit du comte Auguste Cieszkowski (1814-1894), qui exerça une influence considérable sur le célèbre poète et philosophe Sigismond Krasinski (1812-1859). Certains prêtres catholiques suivaient aussi ces tendances comme, par exemple, le piariste Patrycy Przeczytanski (1750-1817), auteur d'une Logique, Varsovie, 1816, entièrement basée sur le sensualisme de Condillac, les kantistes Dowgird (1776- 1835), piariste, professeur à l'université de Yilna, et Félix Jaronski (1777-1827), professeur à l'université de Cracovie, puis au séminaire ecclésiastique de Kielce, et enfin François Krupinski (1836-1898), ex-piariste, habitant à Varsovie, auteur de plusieurs ouvrages philosophiques.
A côté de ces penseurs qui, bien que croyants, ne peuvent être considérés comme des représentants des sciences sacrées, il convient de mentionner deux fervents apologistes du catholicisme, qui subirent l'influence de Bautain, et d'autres traditionalistes contemporains. Ce sont deux prêtres, Félix Kozlowski (1802-1872), auteur d'une série d'articles philosophiques et apologétiques et de l'ouvrage intitulé : Commencement de la philosophie chrétienne, 2 vol., Poznan, 1845, et Valérien Serwatowski (1810-1891), auteur d'une série d'écrits exégétiques et d'un ouvrage philosophique, intitulé Esquisse du système philosophique conçu du point de vue chrétien, Cracovie, 1852.
Parmi les savants qui se ralliaient au strict catholicisme, il faut mentionner en premier lieu Charles Surowiecki (1754-1824), des frères mineurs de la stricte observance (reformates), l'unique apologiste qui ait existé pendant les premières décades de l'esclavage de la Pologne. Homme très érudit et doué, mais peu original, il se signala par ses nombreux écrits comme apologiste du catholicisme. Il pèche cependant par un tour de phrases trop malicieux et vulgaire.
Nous trouvons plus tard deux prêtres polonais plus profonds que Surowiecki. Ce sont : Stanislas Choloniewski (1791-1846) et Ignace Holowinski. Le premier, né d'iule famille aristocratique, franc-maçon converti, homme de grandes capacités intellectuelles et morales, publia, en dehors de ses poésies et de nombreux sermons, un travail philosophique et apologétique approfondi, sous la forme d'un roman intitulé Rêve à Podhorce, \ ilna, 1842, et les Réponses..., Yilna, 1874, grand traité sur le progrès de l'humanité. Ignace Holowinski, l'archevêque de Mohilôw, déjà mentionné plus haut, a été l'unique théologien sérieux qu'ait produit l'université de \ ilna au xixe siècle. Ses études achevées, il fut professeur de théologie catholique à l'université de Kiev. (Sous le règne du tzar Nicolas Ier les cours de théologio étaient obligatoires pour tous les étudiants des universités russes. Le caractère en variait selon la foi; il y avait donc à l'université de Kiev une chaire de théologie catholique, vu le grand nombre d'étudiants polonais qui s'y trouvaient.) En 1842, Holowinski fut nommé premier recteur de l'académie ecclésiastique transférée de Mina à Pétersbourg. En 1848, il est coadjuteur avec future succession de Dmochowski, l'archevêque de Mohilôw, auquel il succéda en 1851. Il meurt en 1855. Sans parler de l'importance de Holowinski comme arbitre de la question catholique en Russie, on peut afiirmer qu'il fut un des savants les plus universellement instruits de son époque. 11 était à la fois littérateur, philosophe et historien. Il donna des preuves de son immense érudition dans une excellente Homilétique, Cracovie, 1859, ainsi que dans un grand ouvrage, Pèlerinage en Terre sainte, 5 vol., Yilna, 1841- 1845; 2eédit., à Pétersbourg, 1853, dans lequel il fait un exposé remarquable de l'histoire de l'Église des premiers siècles et des saints Pères. Son traité Du
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rapport direct de la philosophie èi la religion el à la civilisation (recueil d'articles parus clans Tygodnik Petersburski ( Hebdomadaire de Pétersbourg »). 1840, constitue la première polémique en polonais entre la philosophie scolastique et l'idéalisme allemand.
A côté de Choloniewski et de Holowinski, c'est Pierre Seinenenko (181 4-1886) qui occupe une place particulière dans l'histoire des sciences sacrées en Pologne. (Seinenenko était membre et devint général de la congrégation de la Résurrection de Notre-Seigneur, créée après l'insurrection de 1831 par quelques émigrés polonais catholiques fervents, habitant en France.) Semenenko était un grand érudit, une intelligence profonde et originale. Il exposa ses aperçus philosophiques et théologiques dans plusieurs œuvres : Credo, Lwôw, 1885, et Pater, Cracovie, 1846, et dans une série d'articles. Son point de vue est celui de la scolastique, mais, comme la plupart des philosophes chrétiens de cette époque, il prend une attitude d'indépendance envers les acquisitions intellectuelles du Moyen Age. Pareille attitude chez l'éminent philosophe catholique polonais, Stefan Pawlicki (1839-191(1), membre de la congrégation de la Résurrection, professeur de l'université jagellonienne de Cracovie, le meilleur historien de la philosophie en Pologne. Il écrivit, entre autres, Histoire de la philosophie grecque, Cracovie, t. i, 1890; t. n, 1883; Le matérialisme en (ace des sciences, 1870; Études sur le darwinisme, Cracovie, 1875; Plusieurs remarques sur la base et les limites de la philosophie, Cracovie, 1878; Des débuts du christianisme, Cracovie, 1884 (traduction italienne et allemande); Élude sur le positivisme, Cracovie, 1886; Vie et œuvre d'Ernest Renan, Cracovie, 1896; 2e édit., Varsovie, 1905.
Le P. .Marian Morawski (1875-1901), S. J., peut sans aucun doute être considéré comme le plus éminent penseur catholique polonais du xixc siècle. Morawski fut professeur à l'école de la Compagnie, puis à l'université de Cracovie, fondateur et premier rédacteur du périodique mentionné plus haut (P.evue universelle). Sa première grande œuvre, intitulée La philosophie et ses problèmes, Lwôw, 1871, donne une première vue d'ensemble des problèmes philosophiques du point de vue scolastique. Il publia encore La léléologie dans la nature, Cracovie, 1887; Les bases de l'éthique et du droit, Cracovie, 1891, et une célèbre apologie du catholicisme, traduite en plusieurs langues étrangères sous forme de dialogue, et intitulée Soirées au bord du L m in, Cracovie, 1890. Vers la fin de sa vie, Morawski commença une œuvre qu'il n'acheva malheureusement pas, La cimmunion des saints, dont le t. i parut en 1903 et qu'on peut considérer comme la meilleure élaboration qui ait été faite de cet article de la foi catholique.
Vers la fin de cette époque, les professeurs de philosophie scolastique, François Gabryl (1866-1916), de Cracovie, et Casimir Wais (né en 1865), de Lwôw, publièrent des manuels de philosophie scolastique. L'œuvre de Gabrvl parut sous le titre de Système de philosophie, Cracovie, 1899-1906. Wais est auteur d'une Psychologie, 1902-1906, d'une Cosmologie, 1907, et d'une Ontologie, 1926. Comme philosophes et apotes, il faut encore mentionner : Ladislas Debicki de \ arsovie (1853-1911), auteur d'une série d'œuvres précieuses, entre autres : L'imm irlalité de l'homme ci mme postulat philosophique des sciences naturelles, \ arsovie, 1883;2e éd., 18; 7, et L'absence de confession, ses causes et ses conséquentes, Varsovie, 1885; 2e édit., 1*>8, et Egide Radziszewski (1871-1922), mort prématurément, dernier recteur de l'académie ecclésiastique de Pétersbourg, fondateur et premier recteur de l'université catholique < e Lublin. Il est l'auteur de plusieurs œuvres importantes, notamment La renais-
sance de la philosophie scolastique, Varsovie, publié dans le Przcglad filozoficzny (o Revue philosophique »), 1901 ; Bibliographie philosophique de la Pologne, ibid., 1905-1906; La théologie et les sciences naturelles, Wloclawek, 1910; Deux méthodes de renseignement de la religion comparative, Wloclawek (A leneum kaplanskie) , 191 1 ; La genèse de la religion envisagée du point de vue de la science et de la philosophie, Wloclawek, 1911; Le credo du physiologiste contemporain, Wloclawek, 1913.
Mgr Charles Niedzialkowski (1846-1911), recteur de l'académie de Pétersbourg et évoque de Luck et de Zytomierz depuis 1901, est l'auteur de nombreux traités et articles défendant les principes de la foi catholique et d'un ouvrage de plus grande envergure, intitulé Des principes chrétiens, 2 vol., Varsovie, 1895. Jean Baczek, né en 1881, professeur à l'académie de Pétersbourg, est l'auteur d'un ouvrage traitant des principes de la morale, sous le titre de : L'anomisme de Guyau en face des principes d'ordre juridique, Wloclawek, 1914 et des œuvres : De la psychologie des tendances morales, Pétersbourg, 1913; L'amour chrétien et la charité dans l'histoire de l'humanité, ibid., 1913, et d'une court manuel, écrit en polonais, Esquisse de l'histoire de la philosophie, Varsovie, 1909.
Parmi les écrivains jésuites, il faut nommer : Joseph-Stanislas Adamski (1846-1926), auteur de nombreux sermons dogmatiques et d'une série de traités philosophiques : Du caractère, Lwôw, 1900; Étude de l'âme humaine, ibid., 1901; Résolution du problème de la pauvreté, Poznan, 1904; La substance et l'immortalité de l'âme humaine, envisagées au point de vue de la raison, Varsovie, 1905, etc.; Alexandre Mohl (1869- 1919), auteur d'esquisses apologétiques en 4 vol., sous ce titre : A la poursuite de la vérité, Poznan, 1908; 2e éd., 1909; Constant Czaykowski (1859-1925), auteur de nombreux articles apologétiques dans la Revue universelle ; Jean Nuckowski (1867-1920), auteur de divers traités, dont L'hérédité el l'évolution, Cracovie, 1895; Ladislas Zaborski (1830-1902), auteur du Darwinisme en face de, la raison el de la science, Cracovie, 1886; Wladimir Ledôchowski, né en 1866, actuellement général de la Compagnie de Jésus, auteur de précieux articles sur les principes de la foi, dans la Revue universelle, 1897, 1898; Stanislas Kobylecki (né en 1864), spécialiste de la psychologie expérimentale, après sa sécularisation, professeur à l'université de V arsovie, auteur des traités suivants : Les postulats de la psychologie expérimentale, Cracovie, 1906; De la causalité..., Varsovie, 1906, et d'une série d'articles. Au nombre des savants polonais appartiennent aussi deux jésuites non-polonais mais provenant de la province polonaise, qui ont publié leurs œuvres en Pologne ou du moins en langue polonaise. Ce sont : un Moravien, François Kautny (1810-1892), auteur de Propédeuliques à la philosophie, Cracovie, 1871; et un Allemand, Antoine Langer (1833-1902), auteur d'articles apologétiques parus dans la Revue universelle.
Deux jésuites polonais, cependant, ne peuvent être considérés comme des représentants des sciences sacrées de la Pologne, car tous les deux ont passé leur vie entière à l'étranger, où ils ont fait paraître leurs œuvres. Ce sont Vincent Buczynski (1789-1853), auteur d'Insliluliones philosophicœ, 3 vol., Vienne, 1841-1844, et Joseph Dmowski (1799-1879), auteur à' Institution es philosophicœ, 3 vol. édités à plusieurs reprises, à Louvain 1840, etc.
4° Théologie proprement dite. ■ — Dans ce domaine, la Pologne possède en ce temps peu d'écrivains qui puissent mériter le nom de théologiens originaux et productifs. Une étude de l'ensemble de la théologie a été faite par plusieurs auteurs : le lazariste André l'olil (1742-1820), auteur de divers manuels traitant de presque toutes les branches des sciences sacrées,
POLOGNE. SCIENCES SACRÉES, XIX* SIÈCLE
notamment Theologia dogmalica et moralis, Vilna,1809, 4 vol.; 1859, 3 vol.; Jean Chodani (1769-1823), professeur à l'université de Vilna, auteur d'un ouvrage intitulé Enseignement de la religion chrétienne catholique en 3 parties..., Vilna, 1823, lequel donne un court aperçu général de la dogmatique, de l'éthique et de l'ascèse; Joseph- Ignace Penka (1793-1855), professeur à l'.université de Cracovie, auteur de Prœlecliones e.r theologia dogmalica, 4 vol., Cracovie, 1841-1845, et le jésuite Jacques Tylka (1857-1925) qui, avant d'entrer dans la Compagnie, écrivit, lorsqu'il était professeur au séminaire ecclésiastique de Tarnôw, sa Dogmatique catholique, 2 vol., Tarnôw, 1897, 1898; 2e éd., ibid., 1900.
La plupart d'es théologiens polonais du xixe siècle n'ont guère écrit ou se sont contentés de traduire des œuvres étrangères. Le plus profond théologien de l'université de Vilna, le basilien Augustin Tomaszewski (fl814), n'a laissé que quelques traités peu importants : De, l'insuffisance de la philosophie des peines..., Vilna, 1808, et Des résultais et des avantages des vérités révélées par Dieu aux hommes, Vilna, 1795; Mgr Henri Kossowski (1828-1903), d'abord recteur de l'académie ecclésiastique de Varsovie, ensuite évèque coadjuteur de Cujavie, ne donna comme preuves de son immense savoir que divers articles encyclopédiques, d'ailleurs fort remarquables, et d'excellentes traductions; il traduisit entre autres les écrits de sainte Thérèse de l'original espagnol, Varsovie, 1898-1903. Parmi tous ces écrivains théologiques c'est Mgr Michel Nowodworski (1831-1896), professeur à l'académie de Varsovie, puis évêque de Plock, qui mérite d'être cité en premier lieu. Vivant à l'époque la plus pénible de l'esclavage polonais, il eut le mérite de demeurer seul à travailler dans le domaine des sciences sacrées et d'organiser autour de lui un courant scientifique très sérieux. Ce courant aboutit à l'édition d'une Encyclopédie ecclésiastique fondée sur le Kirchenlexicon de Wetzer-Welte (le t. r parut à Varsovie en 1883; la mort de l'évêque Nowodworski amena une interruption, le dernier volume n'a été édité qu'en 1933). Outre Mgr Nowodworski, il faut mentionner un des plus célèbres prédicateurs polonais du xixe siècle, Sigismond Golian (1824-1895), professeur de théologie dogmatique à l'académie de Varsovie, puis à l'université de Cracovie, qui publia dans la Przeglad katolicki (« Revue catholique »), de 1862 à 1864, des études dogmatiques sur l'immaculée conception. Deux moralistes suivent : l'abbé Antoine Marcinski (1821-1906), également professeur à l'académie de Varsovie, auteur de l'œuvre intitulée La voie qui mène à la véritable tranquillité de la conscience, Varsovie, 1857, 1866, 1873, parue en résumé en 1873, qui contient des principes très profonds de morale chrétienne, quelque peu rigoristes; Mgr Casimir Ruszkiewicz (1836-1925), évèque coadjuteur de Varsovie, auteur de nombreux articles de théologie morale. Le successeur de Mgr Nowodworski, Antoine Szaniawski (1856-1909), fut, pendant de longues années, rédacteur de la Revue catholique et fondateur de la revue trimestrielle K.vartalnik leologiczny. Son grand mérite est d'avoir traduit en polonais les célèbres encycliques de Léon XIII. Il faut enfin mentionner ici le chanoine de Varsovie, Sigismond Chelmicki (1851-1922), homme d'énergie et d'initiative, fondpteur de la Bibliothèque d'auvres chrétiennes. Chelmicki, aidé d'un infatigable organisateur, l'abbé Jean Niedzielski (1859-1 925), publia dans ladite Bibliothèque (1904-1916) une Encyclopédie ecclésiastique plus courte que la précédente, mais plus complète. A Wloclawek, le commencement du mouvement scientifique est dû à deux frères jumeaux, élèves de l'académie de Varsovie et professeurs au séminaire ecclésiastique, Zenon (1836-
1887) et Stanislas Chodynski (1836-1919), historiens de valeur dont il sera encore question. Ce mouvement s'est continué à partir de cette époque et a été couronné par la fondation de l'Athénée ecclésiastique, faite par Radziszewski en 1909.
Le même état de choses existait dans les autres annexions, prussienne et autrichienne, où l'on ne rencontre pas d'œuvres aussi remarquables. Il faut cependant mentionner divers auteurs qui ont fourni quelques ouvrages plus importants, notamment les professeurs de l'académie de Pétersbourg : Mgr Georges Matulewicz (1871-1927), Lithuanien d'origine, évêque de Vilna (1915-1925), auteur d'une précieuse étude de théologie comparée : Doclrina f.ussorum de statu jusliliœ originalis, Cracovie, 1903; Pierre Kremer (né en 1877), actuellement professeur à l'université catholique de Lublin, spécialiste de la théologie orthodoxe, auteur d'un précieux traité sur Y Assomption de la vierge Marie (dans Ateneum kaplanskie, Wloclawek, 1913 et 1914) ainsi qu'un professeur de l'université de Lwôw, l'abbé Jean Zukowski (1870-1911) qui a composé : De certitudine per revelationis demonslrationem ccmparala, Lwôw, 1898; Des sources de l'athéisme, Lwôw, 1903; La place de la sainte Vierge dans l'apologie du christianisme, Lwôw, 1912, et quelques autres articles et traités; Mathieu Sieniatycki (né en 1869), professeur à l'université de Lwôw et, plus tard, à celle de Cracovie (depuis 1909), qui publia, en dehors de manuels scolaires, plusieurs traités avant 1914 : La Providence divine et le mal dans le monde, Lwôw, 1902 ; L'assomption de la sainteVierge, Lwôw, 1904; La preuve cosmologique de l'existence de Dieu, Lwôw, 1906; Les sources de la hiérarchie ecclésiastique, Lwôw, 1912, etc.; Mgr François Lisowski (né en 1876), professeur à l'université de Lwôw, actuellement évêque de Tarnôw, auteur de traités approfondis sur l'eucharistie et enfin, les jésuites : Jean Urban (né en 1874), très au fait de la théologie orthodoxe et apôtre zélé de l'union, auteur d'une série d'articles remarquables concernant les sciences orientales et d'un excellent manuel populaire de controverses avec l'othodôxie, publié en russe sous le pseudonyme de I. Zabuznyj, et intitulé Pour la défense de la foi, Pétersbourg, 1908, 3e éd., sous le titre : Le catholicisme et l'orthodoxie, Constantincple, 1922, et Vladimir Piatkiewiez (1865-1933), dernièrement chef d'une mission de jésuites de rit oriental sur les confins orientaux de la Pologne, qui a publié Le corps mystique de Jésus- Christ et le caractère sacramentel, Cracovie, 1903.
En ce qui concerne les courants « modernes » en Pologne, leur introduction fut commencée par le pseudo-mystique André Towianski (1799-1878), qui, séjournant parmi les émigrés polonais en France, après l'insurrection polonaise de 1831, propageait les conceptions messianiques (la Pologne était considérée comme le Messie des nations, accomplissant par ses souffrances la rédemption de l'humanité entière), sous l'influence desquelles se trouva, un certain temps, le grand poète polonais Adam Mickiewicz; Vincent Lutoslawski (né en 1863), grand connaisseur de Platon, également pénétré de ces idées, les propageait aussi; Lutoslawski donna des cours d'abord à Kazan, en Russie, puis à Cracovie et à l'étranger. On doit mentionner encore un autre partisan d'idées « messianiques », Marian Zdziechowski (né en 1861), professeur de lettres à l'université de Cracovie, actuellement à l'université de Vilna. Les écrits de Towianski furent mis à l'Index, mais, avant sa mort, Towianski reçut les sacrements. On peut aussi affirmer que les deux professeurs Lutoslawski et Zdziechowski eurent toujours conscience d'appartenir à l'Église catholique et qu'il n'y a pas eu en Pologne de tendances modernistes ouvertement hostiles au catholicisme. L'activité
POLOGNE. SCIENCES SACRÉES, XIXe SIÈCLE
antimoderniste des théologiens polonais dénote en général un caractère plutôt d'information que de polémique. Seuls, deux membres de la congrégation de la Résurrection, qui travaillaient parmi les émigrés polonais, se mirent en opposition avec Towianski : le philosophe Semenenko, mentionné plus haut (voir son traité écrit en français : Towianski et sa doctrine, Paris, 1852), et le chef zélé de la mission polonaise à Paris, Alexandre Jelowicki (1803-1877). Kobylecki, S. J., dans son traité La philosophie des âmes libres, dans Przeglad powszechmj, 1900 et 1901, et Urban, S. J., Catholicisme éleusinien,ibid., 1910, ont polémiqué aussi avec le professeur Lutoslawski. La question du modernisme proprement dit fut traitée par quelques jésuites, en premier lieu par Jean Rostworowski, né en 1876, auteur d'excellents traités parus dans la Revue universelle : Des nouveaux aspects de l'idée catholique, Le catholicisme libéral et Deux philosophies. Ces ouvrages furent réunis en un recueil intitulé : Esquisses du modernisme, Cracovie, 1911. Un professeur du séminaire de Tarnôw, l'abbé A. Macko, écrivit : La signification de l'encyclique relative au modernisme, Tarnôw, 1909, et le professeur de théologie de Varsovie, Mgr Czeslas Sokolowski (né en 1877), actuellement évèque coadjuteur de Podlasie, en dehors de quelques traités plus courts, publia un grand ouvrage sur Loisy, Varsovie, 1918.
5° Sciences bibliques. — Les savants polonais s'occupant de la Bible déployèrent quelque activité surtout à partir de la première moitié du xixe siècle. Ils publièrent une série de traités concernant les questions bibliques. II convient de citer ici : l'apologiste Serwatowski mentionné plus haut, auteur d'un Cours d'Écriture sainte. Nouveau Testament, 3 vol., Vienne, 1844- 1846; 4 vol., Varsovie, 1860; l'abbé Michel Bobrowski, professeur à l'université de Vilna, auteur du traité Image des sciences bibliques, leurs parties et leur littérature, Vilna, dans la revue périodique Dzieje dobroczynnosci (« Histoire de la bienfaisance »)> 1823, 1824. Un autre professeur de Vilna, le lazariste Thomas Hussarzewski, publia, en 1819, à Vilna, une traduction du psautier en langue latine, selon le texte hébreu; le lazariste André Pohl (tl820), mentionné plus haut, auteur d'une série de manuels pour séminaires, publia une introduction à l'Écriture sainte en 5 volumes, sous le titre de Scriplura sacra per quœstiones exposita..., Vilna, 1810-1811. Varsovie fournit aussi plusieurs biblistes de valeur, entre autres le lazariste Antoine Putiatycki (1787-1862), qui publia Enchiridion hermeneuticœ sacrée, Varsovie, 1859; Ladislas Knapinski (1838-1910), bibliothécaire de l'académie de Varsovie, ensuite professeur à l'université de Cracovie, auteur de quelques traités : Opr, Varsovie, 1887; De la formation du Penlaleuque, Varsovie, 1903. Parmi les élèves de l'académie de Pétersbourg, il faut mentionner Alexandre Zaremba (1857-1907), professeur au séminaire de Plock, qui publia une série d'articles approfondis sur des questions bibliques; Mgr Antoine Szlagcwski (né en 1864), actuellement évèque coadjuteur de Varsovie, célèbre prédicateur qui publia en polonais : Introduction historique et critique à l'Écriture sainte, 4 vol., Varsovie, 1907-1908, ainsi que le Souveau Testament, remaniement modernisé de l'ancienne traduction de Wujek, Varsovie, 1902 et 1913. L'abbé Joseph Kruszynski (né en 1877), professeur au séminaire de Wloclawok et à l'université catholique de Lublin (dont il a été recteur de 1926 à 1933), a publié également une introduction à l'Écriture sainte et une série d'autres traités bibliques. Comme traducteur de la Bible, il faut citer Mgr François Albin Symon (1841-1918), recteur de l'académie de Pétersbourg, ensuite évèque coadjuteur de Mohilôw, qui, après avoir été expulsé par le gouvernement
russe, s'établit à Cracovie. lui dehors de nombreux traités historiques et bibliques, il a donné les premiers volumes d'une nouvelle et originale traduction de l'Écriture sainte (1911-1912), mais ne put achever son œuvre. Pareil essai fut entrepris par le jésuite Ladislas Szczepanski (1877-1927), auteur de nombreux traités de géographie biblique, professeur à l'Institut biblique de Rome et plus tard à l'université de Varsovie. Il publia seulement une traduction des quatre évangiles et des Actes des apôtres. La traduction surpasse celle de Wujek par son exactitude, mais Wujek possédait mieux la langue polonaise. Il faut mentionner aussi Stanislas Spis (1843-1910), longtemps professeur à l'université de Cracovie, auteur de plusieurs ouvrages concernant le Nouveau Testament. Dans l'annexion prussienne, vers la fin du siècle, le savant professeur d'Écriture sainte au séminaire de Poznan, Stanislas Hozakowski (1869-1934) développa une grande activité. Il est l'auteur de plusieurs traités très précieux, écrits en allemand et en polonais. Méritent encore une mention : Mgr Stanislas Okoniewski (né en 1870), actuellement évèque de Pelplin, qui publia un ouvrage considérable : L'Écriture sainte dans les oeuvres de Pierre Skarga, Poznan, 1912, et Alexandre Lipinski (né en 1875), actuellement recteur du séminaire de Podlasie, auteur d'une Archéologie biblique, en polonais, Varsovie, 1911.
6° Droit canonique. — Dans le domaine de la théorie, une assez grande stagnation se fait sentir au xixe siècle, en Pologne. Un laïque, Louis Cappelli, professeur de droit à l'université de Vilna, publie un court Manuale juris canonici, Vilna, 1819, imprégné de fébronianisme. André Pohldonne la Collcctio bullarum et decrelorum, Vilna, 1815. L'évêque de Vilna, Adam Krasinski (1810-1891), publie en polonais Le droit canon, Vilna, 1861. Mgr Joseph-S. Pelczar (1842- 1924), auteur abondant, professeur à l'université de Cracovie, puis évèque de Przemysl, donne La loi ecclésiastique matrimoniale, Cracovie, 1882, 1885, 1898. Le professeur laïque de l'université de Lwôw, Edouard Rittner (1845-1899), écrit La loi ecclésiastique catholique, Lwôw, 1878, 2e éd., en 2 vol., sous le titre de Manuel pour le droit canon, Lwôw, 1879. L'abbé André Retke (1852-1907), professeur à l'académie de Pétersbourg, publie De matrimonio traclalus juridicus, Varsovie, 1895. Jean Matulewicz, Lithuanien, professeur à l'académie de Pétersbourg, donne un traité précieux, De justitia et jure, Pétersbourg, 1903. En ce qui concerne le domaine de l'histoire du droit canon en Pologne, le mouvement scientifique fut plus intense, mais il en sera question plus loin.
7° La littérature ascétique du xixe siècle, en Pologne, est fort riche mais, généralement parlant, peu originale et trop populaire. Les écrivains suivants méritent d'être mentionnés; d'abord les jésuites : Charles Antoniewiez (1807-1852), poète et apôtre zélé, mort en odeur de sainteté, auteur d'écrits pieux à l'usage du peuple; Henri Jackowski, Michel Mycielski et beaucoup d'autres; les capucins ensuite : le P. Procope (1812-1895), auteur fécond de Vies de saints et le P. Honoré (1829-1916), créateur et chef de nombreuses congrégations religieuses, tenues secrètes en Pologne (le gouvernement russe avait aboli presque toutes les maisons religieuses en Pologne après l'insurrection de 1863). Les œuvres ascétiques les plus vastes et plus originales sont : La mystique, Cracovie, 1896, du célèbre philosophe Pierre Semenenko, cité plus haut, qui traite d'une manière très originale les questions de la vie intérieure, et La vie spirituelle, de Mgr Pelczar, 2 vol., 1873, nombreuses éditions. Cette œuvre contient un aperçu général sur l'ascèse. Les questions mystiques proprement dites ne furent presque pas traitées par les auteurs polonais du xixe siècle.