‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 307 sur 437 · L. Vaganay · texte numérisé non relu

L. Vaganay

PORRELE ou PORRETE François, dominicain, est l'auteur de Thèses de locis theologicis, 1699, in-8°, conservées à la bibliothèque Casanate du temps d'Échard.

(Juétif-Échard, Scriplores ordinis prœdicat., t. n. 1719,

PORTALIÉ Eugène, théologien de la province de Toulouse de la Compagnie de Jésus. — Né à Mende, le 3 janvier 1852, il entra au noviciat de Toulouse, le 31 décembre 1867, et eut pour maître des novices le R. P. Ginhac, qu'il devait retrouver, en 1886-1887, comme instructeur du troisième an. Très vite remarqué pour ses dons intellectuels et son ardeur au travail, il donna sa pleine mesure en théologie, où, entre autres professeurs, il eut le P. Piccirelli. Aussi, au cours de la première année supplémentaire. d'études théologiques qui lui fut accordée, à Uclès, fut-il invité à soutenir un grand acte, présidé par le nonce de Madrid, Rampolla, accompagné de son secrétaire, le futur pape Benoît XV. La soutenance fut très brillante. Après une autre année d'études privées passée à Rome, il reçut l'affectation définitive pour laquelle tout le désignait et devint lector vespertinus de théologie au scolasticat (de 1888 à 1897, à Uclès; de 1897 à 1899, à Vais, près Le Puy).

Son enseignement fut très personnel et vivant. Il y apportait, avec des dons remarquables d'exposition, une connaissance de plus en plus approfondie de la doctrine et de son histoire, en particulier, des divers systèmes théologiques. C'est spécialement dans les

PORTALIÉ (LUGI'NK

traités sur la foi et sur la grâce qu'il eut l'occasion d'émettre des vues originales en prenant nettement position entre les théories diverses qui cherchent à expliquer le dogme. Ceux qui furent alors ses élèves ont toujours regretté que les circonstances ne lui aient pas permis de publier les cours qu'il avait professés et qui représentaient, dans le domaine de la spéculation théologique, un effort très intéressant de mise au point. L'éloignement où il se trouvait de la France, la claustration plus ou moins forcée qui en résultait pendant l'année scolaire, par l'absence de tout ministère apostolique, lui permit de consacrer de longues heures à des recherches personnelles sur l'histoire de la théologie et, tout en étudiant volontiers Suarez, d'accorder aux œuvres des diverses écoles du Moyen Age une part d'attention beaucoup plus grande qu'on n'avait coutume alors de le faire. Ces recherches étaient souvent complétées, au cours des vacances, par la fréquentation de la Bibliothèque nationale et il se les facilitait en constituant, comme bibliothécaire du scolasticat, une riche collection des théologiens de toutes les écoles, qui lui permettait d'apporter à l'exposé des diverses opinions une connaissance personnelle des textes qui ne ressemblait en rien aux ternes exposés de la plupart des manuels. Il restait aussi en contact étroit avec la pensée contemporaine.

Son œuvre écrite, à défaut des cours dont il envisageait la publication à l'hei re seulement où une longue pratique de l'enseignement lui eût permis de mûrir sa pensée de façon définitive, se réduisit presque exclusivement à une collaboration aux Éludes qui devait durer jusqu'à la fin de sa vie. Elle témoigne à la fois de sa curiosité inlassable, de la richesse de sa documentation historique, du choix très motivé qui fit de lui un des plus déterminés partisans du néomolinisme, de l'attention très vive qu'il accordait au mouvement des idées dans le protestantisme, auquel il consacra dès lors plusieurs chroniques. Avec ses articles de polémique au sujet de la prédétermination, et un travail fort curieux sur L'hypnotisme au Moyen Age, Avicenne et Richard de Middletown, son intervention la plus remarquée fut — et il ne tint pas à lui qu'elle ne se produisît plus tôt — celle où il dénonça la mystification de l'afTaire Diana Vaughan (1896-1897). Ces articles divers parus en brochure sous ce titre La fin d'une mystification, Paris, 1897, le placèrent au premier rang des théologiens et des polémistes catholiques, en le classant dès lors parmi les esprits de juste milieu, également éloignés de l'esprit novateur à outrance et d'une paresseuse routine.

Appelé, en novembre 1899, à occuper la chaire de théologie positive à l'Institut catholique de Toulouse, chaire nouvellement créée par la transformation de celle de théologie morale, il allait y devenir l'un des plus méritants collaborateurs de Mgr Batifïol, qui, conscient de la force qu'il apportait à l'Institut par sa présence et son enseignement, lui donna d'emblée sa pleine confiance et trouva toujours en lui un ami aussi fidèle qu'éclairé. Il allait y révéler plus ouvertement encore la souplesse de son esprit et la sûreté de sa doctrine. Son enseignement direct porta sur l'Église, les sources de la foi, le progrès du dogme, la doctrine de la grâce chez saint Augustin et ses successeurs. En même temps, il donnait à ce Dictionnaire une collaboration trop brève mais très remarquée, en particulier la série d'articles : Augustin, t. i, col. 2268-2472; Augustinianisme, t. i, col. 1485-1501; Augusti- Nisme, t. i, col. 2501-2561, en tout 280 colonnes qui restent encore aujourd'hui le travail d'ensemble indispensable à consulter sur ces matières. Il faut y joindre plusieurs articles sur le Moyen Age : Abélard, 1. 1, col. 36-55 ; Adoptianisme au xne siècle et au xme siècle, col. 413-418 et 418-421 ; Alexandre III, col. 711-714.

Il y prenait nettement position contre l'authenticité de la Summa Sententiarum attribuée à Hugues de Saint-Victor.

Mais, dès ce moment, et en conformité avec la direction donnée par Mgr BatilTol au Bulletin de littérature ecclésiastique, auquel, naturellement, collaborait aussi le P. Portalié, son attention était avant tout consacrée aux controverses que commençaient à susciter les publications d'A. Loisy, d'E. Leroy, de l'école de l'immanence, de Tyrrell, et de ce qui allait bientôt être condamné sous le nom de « modernisme ». Il en fui l'adversaire ardent et infatigable, non seulement dans son enseignement et ses articles des Études et du Bulletin, mais aussi dans les nombreuses retraites qu'il prêchait au cours des vacances, en particulier les retraites pastorales. La véhémence même avec laquelle il signalait le danger au cours de longues instructions ne fut pas étrangère à sa fin prématurée, avec le surmenage d'une vie où il menait de front un labeur intellectuel intense et des occupations apostoliques que l'on essayait vainement de lui faire modérer. Ce lui fut une souffrance de ne pouvoir toujours alors faire comprendre exactement sa position et de se heurter parfois à l'incompréhension et même à l'hostilité de certains avec qui il aurait voulu mener le bon combat. La lutte contre toutes les formes du modernisme religieux lui apparaissait non seulement comme un devoir de loyauté à l'égard de l'Église hypocritement et d'autant plus indignement trahie, mais aussi comme une nécessité impérieuse de la défense de la science ecclésiastique et du progrès scientifique. Bedoutant la réaction dont les vrais savants catholiques ne manqueraient pas de devenir victimes de la part de polémistes bien intentionnés (du moins certains), mais mal préparés à leur tâche et brouillons, il aurait voulu l'écarter, en faisant le front commun de tous ceux qu'animaient à la fois l'amour sincère de l'Église et de l'orthodoxie et le souci de faire progresser la science ecclésiastique. Il s'en est expliqué très nettement en public et en privé. A le suivre avec plus de clairvoyance, on eût sans doute assuré non moins efficacement la défense contre le modernisme, sans avoir à regretter des attaques injustifiées, qui ont eu comme conséquence un recul incontestable du niveau intellectuel et de la qualité des travaux scientifiques, au moins en France, pendant les années qui ont suivi immédiatement la condamnation très opportune du modernisme. Déjà miné par le mal qui allait l'emporter, le 20 avril 1909, le P. Portalié intervint avec vigueur aux côtés de M. Saltet pour le soutenir dans sa courageuse campagne, à l'occasion des faux signés des noms d'A. Dupin et de E. Herzog (articles des Études, publiés en brochure sous le titre La question Herzog- Dupin et la critique catholique, Paris, 1908). Mais M. Turmel, mis par eux en très fâcheuse posture, dut à la faiblesse ou à l'inertie de ceux qui auraient dû le démasquer, de continuer plus de vingt ans sa triste besogne, avant d'être obligé, par une nouvelle intervention de M. Saltet, appuyé maintenant par M. Bivière, de reconnaître ses faux. Le P. Portalié se montra une fois encore un des plus clairvoyants et des plus méritants défenseurs de l'Église.

Ces multiples tâches l'empêchèrent de préparer, comme il en avait l'intention, la publication de ses travaux personnels, en particulier de certains de ses cours où il exposait son système théologique. On ne peut suppléer à ce qu'il n'a pu faire lui-même, car, à Toulouse, il se contentait de jeter quelques indications sur le papier se fiant à son immense acquis pour donner oralement les développements nécessaires. Ses cours antérieurs, malgré des parties fort remarquables, ne pourraient être ] ubliés intégralement, n'étant plus en correspondance suffisante avec l'état actuel des ques-

2593 PORTALIÉ (EUGÈNE) — PORTALIS (JEAN-ÉTIÉNNE-MARIE) 2594

tions qui y sont traitées. Son œuvre écrite se borne donc aux articles de revue et de dictionnaire dont on trouvera la liste exacte à la fin de la notice que lui a consacrée le Bulletin de littérature ecclésiastique dans sa chronique de 1909. Elle est due aux PP. Tustes, Besson et à M. Saltet. Un tirage à part en a été fait qui contient aussi l'allocution prononcée aux funérailles par M. le doyen Maisonneuve. Les Éludes du 5 mai 1909 ont aussi consacré quelques pages à leur collaborateur, t. cxix, p. 297-302.

F. Cavallera.

PORTALIS Jean-Étienne-Marie, jurisconsulte et homme politique français, né au Bausset (Var), le 1er avril 1746, mort à Paris, le 23 août 1807.

D'une famille bourgeoise, fixée dans les professions libérales, il fit ses études classiques chez les oratoriens, à Toulon, puis à Marseille, et son droit à Aix. De bonne heure, il affirme sa valeur intellectuelle et son esprit religieux qui ne se démentit jamaif. Dès 1762, il publie un petit écrit intitulé Des préjugés, où il étudie les préjugés de toutes catégories, ceux d'usage et de société, ceux de parti, ceux qui tiennent à l'époque... et où, nécessairement, suivant le mot de Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. v, 1862, art. Portalis, p. 354, «il y a du tâtonnement et du mélange ». En 1763, il fait paraître des Observations sur une œuvre intitulée : Emile ou de l'éducation, in-12, Avignon. Il y accuse Rousseau — à qui les Préjugés reprochaient déjà ses vues et ses prophéties démocratiques — de penser moins à former l'homme qu'à le déchristianiser. En 1765, il est avocat au parlement d'Aix. Il y prend aussitôt figure de novateur, se dégageant, dans une mesure restreinte toutefois, des formes traditionnelles, c'est-àdire, substituant aux commentaires des textes et de la jurisprudence une éloquence plus humaine, basée davantage sur les considérations morales, philosophiques et historiques. « Il fut en quelque sorte, dit Sainte- Beuve, loc. cit., p. 355, le Daguesseau de la Provence. »

Durant vingt-trois ans, jusqu'aux édits du 8 mai 1788, sa haute valeur professionnelle et morale lui assure, non seulement auprès du parlement de Provence, mais dans toute la province, un rôle de premier plan et le fait connaître jusqu'à Paris et à Versailles. Avocat, il figure en deux procès fameux : contre Beaumarchais à propos de son règlement de comptes avec le financier Paris-Duverney, mort le 17 juillet 1770, pour le comte de La Blache et, en 1782, contre Mirabeau dans le procès en séparation de corps et de biens que lui intente la comtesse. Dans l'intervalle, en 1771, il a publié, sur la demande de Choiseul, une Consultation sur la validité des mariages des protestants de France, in-12, La Haye et Paris, où il soutient qu'au point de vue civil la validité du mariage est indépendante de la bénédiction religieuse et qui prépare ainsi l'édit de tolérance de 1787. En 1778, il fut élu assesseur d'Aix, c'est-à-dire, l'un des quatre administrateurs électifs de la province.

Après les édits Brienne-Lamoignon du 8 mai 1788, il rédigea la protestation des avocats au parlement d'Aix, sous ce titre, Lettre au garde des sceaux et il publia un Examen impartial des nouveaux édits. « Ces deux écrits, dit Sainte-Beuve, loc. cit., p. 356, nous le montrent dans sa modération, ses réserves et ses timidités même, et aussi dans son fonds de solidité et de doctrine. » Cf. Aubépin, Portalis, avocat au parlement de Provence, dans Revue historique du droit français et étranger, t. n, p. 180. Malgré cette forte situation, il ne fut pas des États généraux, sans doute écarté par Mirabeau, tout-puissant en Provence. Pendant la Révolution, il vécut dans sa terre des Pradeaux, au Bausset, puis à Lyon, à Paris, où il fut emprisonné, fin 1793. L'intervention de Desvieux, membre de la Commune de Paris, qui l'avait connu à Aix, ayant retardé sa

comparution devant le tribunal révolutionnaire, il fut délivré après le 9 thermidor. Il reste alors à Paris et y reprend sa profession d'avocat. Aux élections de l'an III, élu à Paris et dans les Bouchcs-du-Khône, il opte pour Paris et entre au Conseil des anciens. En juin 1796, il sera même président de cette assemblée. Il s'y montre avide de justice et hostile aux mesures d'exception. Ainsi, le 9 fructidor an IV (26 août 1796) il fit rejeter par les Anciens la résolution votée par les Cinq-Cents le 17 floréal (6 mai) précédent, qui condamnait à la déportation les prêtres présents sur le territoire français et qui n'avaient pas prêté les serments de 1790 et de 1792. Il montra que la proposition était injuste et serait inefficace. Que l'on punisse les prêtres factieux, bien; mais c'est par la liberté seulement que l'on tue le fanatisme. Aussi n'échappa-t-il que par la fuite aux proscriptions du 18 fructidor; il se réfugia dans le Holstein où il écrivit un ouvrage publié seulement après sa mort sous ce titre : De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique au XVIIIe siècle.... ouvrage posthume, publié par le comte Joseph-Marie Portalis, précédé d'une introduction sur la vie de l'auteur et d'un Discours préliminaire, par l'éditeur, 2 vol. in-8°, Paris, 1820; 2e édit., précédée d'un Essai sur l'origine, l'histoire et les progrès de la littérature française et de la philosophie, par M. le comte Joseph-Marie Portalis, 2 vol. in-8°, 1827; 3e édit., revue et augmentée d'un Avertissement inédit, 2 vol. in-8°, Paris, 1833. Portalis, comme Bonald, de Maistre, Chateaubriand, Rivarol, et tous les émigrés qui pensaient (cf. Baldensperger, Le mouvement des idées dans l'émigration française, (1789-1815), 2 vol. in-8°, Paris, 1925), recherche les causes de la situation où est la France et quels remèdes y conviennent. Il montre en cette étude sa pondération habituelle et ses tendances professionnelles. C'est l'abus de l'esprit philosophique par les sophistes qui a décomposé la société. Il croit à la raison humaine et à la réflexion saine, mais la pire des corruptions est bien celle qu'un faux esprit philosophique répand dans la morale publique et dans la législation. A un peuple ainsi corrompu il faut, pour le régénérer, ou la domination d'.un autre peuple plus sain ou un libérateur. Chemin faisant, dans cet ouvrage touffu, se rencontrent des vues que la critique contemporaine a reprises: ainsi l'influence du mouvement scientifique au xvme siècle sur l'esprit philosophique pour le déshabituer de l'idée de Providence. Loc. cit., 3e édit., t. n, p. 173 sq.; cf. Maigron, Fontenelle, in-8°, Paris, 1906, p. 287 sq., et Lanson, La formation de l'esprit philosophique, dans Revue des cours et conférences, 26 novembre et 8 décembre 1908.

Rentré en France après le 18 brumaire, présenté au « libérateur » Bonaparte, par Lebrun, nommé presque aussitôt commissaire au Conseil des prises, conseiller d'État en septembre 1800, il travailla avec Tronchet. Bigot de Préameneu et Maleville à la rédaction du Code civil et à sa défense devant les assemblées. Cf. Discours, rapports et travaux inédits sur le Code civil, par Jean- Étienne-Marie Portalis, publiés par le vicomte Frédéric Portalis, Paris, 1844, in-8°. Chargé des affaires concernant les cultes, en octobre 1800, et, en juin 1804, ministre des Cultes, il fut un auxiliaire important de Bonaparte dans la réorganisation religieuse. Il apporta à cette tâche ses préoccupations de croyant mais aussi de gallican et son constant esprit de justice.

Son petit-fils, le vicomte Frédéric Portalis, a publié, de même que pour le Code civil, les Discours, rapports et travaux inédits sur le concordat de 1801 (26 messidor an IX), les articles organiques publiés en même temps que ce concordat (loi du 18 germinal an X, 8 avril 1802), et sur diverses questions du droit public concernant la liberté des cultes... par Jean-Étienne-Marie Portalis, in-8°, Paris, 1845, volume important pour quiconque

Page 1