POSIUS (ANTOINE) — POSSESSION DIABOLIQUE
le texte, mais aussi les sommaires et les notes marginales. Elle constitue une des meilleures éditions anciennes du commentaire de saint Bonaventure.
Le 1'. Posius publia encore Thésaurus in omnia .\ ristotelis ei Averrois operà,copiosissimus index, Venise, 1560, 1562, ainsi que de nombreuses Conciones et Orationes, parmi lesquelles il faut mentionner le discours qu'il tint, le 3 mai 1562, devant les Pères du concile de Trente. 11 composa, enfin, les ouvrages inédits : Disputationes de rébus theologicis et De motibus animi obscur is.
L. Wadding, Scriplores ordinis minorant, Rome, 1906, p. 29; .i.-ll. Sbaralea, Supplementum ad scriplores ordinis minorum. t. i. Rome, 1908, p. 92; Apollinaire de Valence, O. M. Cap.. Bibliotheca jr. min. capuccinorum prooincim neapolUamr. Rome, 1S86, p. 104-105; S. Ronaventure, Opéra omnia, éd. Quaracchi, t. i, p. i.xxv; Mansi, Concilioriun colleciio. t. xxxiii, Taris. 1902, col. 213.
Am. Teetaert.
POSSESSION DIABOLIQUE. - I. Aux temps évangéliques. II. Aux temps postévangéliques. III. Théologie de la possession. IV. Causes. V. Un élément psychologique. VI. Distinction d'avec l'obsession. VII. Conduite à tenir.
1. Aux temps évangéliques. — Les évangiles mentionnent fréquemment le cas de malheureux tourmentés par le démon. Noir l'art. Démon. On les a appelés du nom générique de démoniaques, d&moniaci, selon le grec 8<xip:ov(.Ç6u£voi, que la Vulgate traduit par dœmonium habentes ou dirmonia habentes, a dœmonio vexali. Voir Démoniaques. Tantôt, les évangélistes se contentent de dire qu'ils furent délivrés par Jésus, ou encore par ses disciples. Tantôt, ils racontent avec détails la scène de la délivrance. Voir Exorcisme.
Peu à peu, dans le vocabulaire des commentateurs et des hagiographes, s'introduisirent les termes énergumènes, pseudo-Denys, De eccl. hierarch., c. m, 6, P. G., t. m, col. 431, obsessi, obsessio, plus tard possessi, possessio, possédés.
En même temps, se forma progressivement toute une théologie ou une dogmatique de la possession. Elle s'appliqua à déterminer la nature propre de la possession, ses causes, ses effets, ses raisons. Cette théologie prend son point de départ et son point d'appui dans les textes scripturaires. Ce sont ces textes qu'il convient de rappeler, si connus qu'ils soient, avant de les commenter brièvement.
1° Les quatre scènes principales. — 1 . Le démoniaque de la synagogue de Capharnaûm, Marc, i, 23-28; Luc, iv, 33-37 : i II y avait dans la synagogue un homme en puissance d'esprit impur (d'après Luc, ayant l'esprit d'un démon impur). Et il vociféra, disant : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre? Je sais qui tu es : le saint de Dieu!» Et Jésus lui enjoignit : « Tais-toi et sors de lui! » Alors l'esprit impur, l'ayant agité convulsivement et ayant poussé un grand cri, sortit de lui (Luc : sans lui faire de mal). »
2. L'énergumène de Gérasa, Luc, vin, 26-39; Marc, v, 1-20; Matth., vin, 28-34 : «Jésus... se trouva en face d'un homme de la ville ayant des démons. Depuis longtemps, il ne portait pas de vêtements et n'habitait pas dans une maison, mais dans les tombeaux. Ayant aperçu Jésus, il tomba à ses pieds avec des cris et dit d'une voix forte : ' Qu'y a-t-il entre moi et toi, Jésus, fils du Dieu suprême? Je t'en prie, ne me tourmente pas. » Car il ordonnait à l'esprit impur de sortir de l'homme. Et bien des fois, il l'avait saisi, et on l'attachait avec des chaînes et des <nt raves sous bonne garde. Et lui, brisant les liens, il était poussé au désert par le démon. Jésus lui demanda : « Quel est ton nom? » Il dit : « Légion», car beaucoup de démons étaient entrés en lui. Et ils le
suppliaient de ne pas leur enjoindre de s'en aller à l'abîme. Or, il y avait là. paissant sur la montagne, un troupeau de porcs assez, nombreux. Et ils le supplièrent de leur permettre d'entrer dans ces porcs. Et il le leur permit. Les démons, sortis de l'homme, entrèrent dans les porcs, lot le troupeau se précipita de l'escarpement dans le lac el fut noyé. »
3. La lillelte syro-phénicienne, Marc, vu, 24-30; Matth., xv, 21-28 : tue femme dont l'enfant avait un esprit impur, vient se jeter aux pieds de Jésus, le suppliant de délivrer sa fille. Refus. Humble instance. « Va, le démon est sorti de la fille. » • — • « Et s'étant rendue à sa maison, elle trouva la petite enfant jetée sur son lit, et le démon était sorti. »
4. L'épileptique possédé, au pied du Thabor, Marc, ix, 14-29; Luc, ix, 37-42; Matth., xvn, 14-21 : Un homme de la foule dit à Jésus : « Je t'ai amené mon fils, qui a un démon muet. Et quand il s'empare de lui, il le jette à terre. Et l'enfant écume, et grince des dents et devient raide. Et j'ai dit à tes disciples de le chasser, et ils n'ont pu »... Et quand l'enfant vit Jésus, il fut aussitôt agité convulsivement par l'esprit; et, tombant à terre, il se roulait en écumant... Et Jésus commanda à l'esprit impur : « Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de lui, et ne reviens plus en lui. » Et le démon sortit en criant et en agitant convulsivement l'enfant qui devint comme mort, de sorte que beaucoup disaient : « Il est mort. » Mais Jésus, le prenant par la main, le releva, et il se tint debout... Puis aux disciples : «Cette espèce ne peut être expulsée que par la prière (Matth. : et le jeûne) ».
2° Quelles indications se dégagent de ces textes? — Le démoniaque nous est présenté comme subissant l'action du démon, action contraignante, qui en fait un instrument passif au pouvoir de l'esprit. Cette action ne s'exerce pas, à proprement parler, par le dehors. L'énergumène de Gérasa est montré comme ayant des démons; beaucoup de démons étaient entrés en lui. La syro-phénicienne avait un esprit impur. Le démoniaque de la synagogue de Capharnaûm est dit par saint Luc ayant l'esprit d'un démon, par saint Marc « en esprit impur », èv TcvsofxaTi. àxaGâpTW, « en puissance d'esprit impur », traduit avec exactitude, semble-t-il, le P. de Grandmaison, Jésus-Christ, t. il, Paris, 1928, p. 346. Et le sens de ces expressions est renforcé par les termes qui expriment le commandement de Jésus et la délivrance du démoniaque : « Sors de lui... », et alors l'esprit impur sortit de lui. Il ordonnait à l'esprit impur de sortir de l'homme. Les démons sortirent de l'homme, entrèrent dans les porcs. « Va, le démon est sorti de ta fille. » « Esprit muet el sourd, je te l'ordonne, sors de lui et ne reviens plus en lui. » « Cette espèce ne peut être expulsée par aucun autre moyen que par la prière. »
Toutes ces locutions impliquent, de la part du démon, une invasion, une occupation, une prise de possession. Le mot « possédé » répond à l'état du démoniaque mis sous l'empire du démon. Les évangiles usent du terme plus général de « démoniaque » ou des périphrases que nous avons rapportées. Mais possédé » traduit, sans déformation, semble-t-il, l'état des malheureux en puissance ou en possession de l'espril mauvais, tels que les évangiles nous les montrent.
L'usage a aussi introduit le mol Èvepyo<Ju.svoç, «énergumène ». Le mot, au sens d'énergumène, démoniaque, ne se rencontre pas dans le Nouveau Testament, ni, à ce qu'il paraît, dans la patristique la plus ancienne. Par contre, èvepyeïv, sous diverses formes, est assez fréquent dans le Nouveau Testament. Il indique soit une action divine. Gai., il, *; v, (>: Eph., i, lit; soit une action diabolique, Rom., vu, 5, OU présumée telle, Matth., XIV, 2 ; en un mot, une action surnaturelle ou supranaturellc, miraculeuse ou prodi-
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gieuse. La [orme passive exprime une force, une puissance, une énergie subie, que le sujet y coopère ou non. John Smit insiste sur la particule èv : Energumeni in quantum a principio distincte inlus delitescente sunt moti. De dœmoniacis in historia evangelica, p. 50. Celle insistance ne semble pas justifiée : elle ne l'est pas poulies mots èvspyeïv, èvépyeta, qui ont, dans le Nouveau Testament, un sens d'influence, de coopération, sans plus- de spécification. En tout cas, il n'y a pas à tenir compte de l'opinion de Candidus Brognolus, Menuale exorcistarum, Lyon, 1058 : Energumeni, quod est inlus làborantes dicuntur, sir dicti ab en quod est in, et ehge quod est LABOR, et mené quod est DEFECTUS : quod est quasi in opère deficiens. J. Smit, p. 57.
3° Cette prise de possession, dans les textes évangéliques, apparaît diverse et comportant des degrés. — La syro-phénicienne dit simplement de sa fille qu'elle est tourmentée par un démon. Quand elle rentre chez elle, elle trouve l'enfant jetée sur son lit. Épuisement physique, sans indication de troubles qui accompagneraient la possession.
De son fils qu'il présente à Jésus, à la descente du Thabor, le père déclare qu'il a un démon muet et qu'il est sujet, sous son action, à des crises convulsives. Sans doute, ce sont là les dires du père,- mais la suite répond à ce diagnostic, Ces mouvements désordonnés et convulsifs, ces agitations nerveuses de nature ou d'aspect hystéro-épileptique, étaient sans doute les manifestations les plus fréquentes, celles par où se trahissaient les démoniaques, soit guéris par Jésus, soit guéris par les disciples. Rien n'empêche que ces troubles qui, dans le cours ordinaire des choses, ont une cause naturelle, soient produits, comme dans le cas en question, par l'action démoniaque, soit que le démon ait visé directement à les produire par perversité ou pour quelque autre dessein, soit qu'ils résultent de la seule violence faite à l'organisme par l'intrusion du mauvais. La cause posée, les manifestations morbides suivront le processus normal, sans qu'on soit en droit de conclure nécessairement de ce processus à un point de départ naturel, à l'exclusion d'une cause préternaturclle, cause dans le cas présent diabolique. Ainsi pense le P. Huby pour qui l'épilepsie du jeune garçon serait causée par la possession. Yerbum salutis. Évangile selon saint Marc, Paris, 1924, p. 207.
Pour le P. Lagrange, l'épilepsie aurait plutôt précédé la possession. « Peut-être la dépression physique et morale causée par l'épilepsie oppose-t-elle moins d'obstacle à l'action du démon qu'un tempérament sain. > Il note que la guérison de la maladie est distincte de l'expulsion du démon. « Dans Marc, c'est quand l'esprit est sorti que l'enfant subit la crise suprême. Et c'est alors que Jésus le rend pour ainsi dire à la vie, quand on le croyait mort. » L'Évangile de Jésus- Christ, p. 203-204!
Double opinion probable. Mais, d'une part, on conçoit aussi que, dans l'hypothèse où l'épilepsie aurait été causée par la possession, l'expulsion du démon ne remette pas nécessairement, à l'instant même, l'organisme en état, pas plus que l'expulsion d'un poison ou l'ablation d'une tumeur. D'autre part, il est dit non seulement que « lorsque l'enfant vit Jésus, il fut agité convulsivement », mais encore que « le démon sortit en l'agitant convulsivement », comme il avait agité, en sortant, le possédé de Capharnaum. Ce qui tendrait à montrer que le démon n'était pas étranger à ces désordres physiques.
Nous voyons dans les récits évangéliques que l'esprit mauvais pousse des cris, des vociférations, par les organes du démoniaque : phénomène qui semble avoir été fréquent. Ou encore, il donne au possédé un accroissement extraordinaire de force, comme dans le cas du possédé de Gérasa.
L'action démoniaque peul aussi se manifester par la mutité soit accompagnée d'autres phénomènes, soit sans autre indication du texte sacré. ■ Ht ils lui présentèrent un homme muet, ayant un démon. Et le démon expulsé, le muet parla. » .Matth., ix, 32-33.
Le P. Lagrange estime que « la cécité ne semble pas avoir jamais élé attribuée à une influence démoniaque ». Sur le texte de Matth., xn, 22 : « Alors lui fut amené un démoniaque aveugle et muet. Et il le guérit, de sorte que le muet parlait et voyait », il note : i Saint Matthieu dit que Jésus guérit cet homme, dont la vue redevint saine. En même temps, il chasse le démon qui, d'après saint Luc, xi, 14, était cause du mutisme (il chassa un démon muet). On voit donc ici, plus clairement que pour l'épilepsie, un cas où la maladie et la possession affectaient la même personne. » Op. cit., p. 325. Argumentation qu'on voudrait moins subtile. Il arrive enfin que, par la bouche du possédé, le démon manifeste des choses dont celui-ci ne peut avoir, la connaissance naturelle. Le démoniaque de la synagogue de Capharnaum s'écrie : « Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le saint de Dieu. » L'énergumène de Gérasa interpelle Jésus, longtemps avant la confession de Pierre, comme « Fils du Dieu suprême. » L. de Grandmaison : Jésus-Christ, t. n, p. 340. D'où le possédé tenait-il pareille connaissance? D'où lui venait cette assurance? Un autre que lui, à l'intelligence supérieure, parle par sa bouche. C'est celui dont Jésus était venu pour ruiner la domination. Il parle — aveu ou colère — sous le coup de la défaite qui s'annonce.
Il y a encore connaissance préternaturelle, mais d'un degré moindre, dans l'esclave que saint Paul délivre à Philippes de Macédoine. « Il arriva, dit saint Luc, comme nous allions au lieu de prière, qu'une esclave ayant un esprit python, nous vint au-devant. Elle procurait un grand gain à ses maîtres par ses divinations. Nous ayant suivis, Paul et nous, elle criait disant : « Ces hommes sont des serviteurs du Dieu Très- Haut, lesquels nous annoncent une voie de salut. » Elle fit cela pendant plusieurs jours. Mais Paul, importuné (ne supportant pas que l'Évangile fût annoncé par un mauvais esprit), se retourna et dit à l'esprit : a Je te commande, au nom de Jésus-Christ, de sortir d'elle. Et il en sortit à l'heure même. » Act., xvi, 10-18.
Python était le serpent qui rendait des oracles à Delphes; Apollon le mit à mort et se substitua à lui dans sa fonction de devin, d'où il fut appelé Apollon Pythien. Ovide, Métam., 1. I, v. 434 sq. Le python était un esprit de divination, twz~)\l<x jjiavTtxôv, qui habitait dans le corps du devin; celui qui le possédait passait pour être inspiré par Apollon Pythien. A bon droit, Paul ne pouvait voir dans la femme qui vaticinait qu'une démoniaque. Au surplus, le témoignage de la prophétesse rappelle celui que les démoniaques rendirent à Jésus. Et ce témoignage, l'esprit de divination le rendait soit qu'il fût contraint à proclamer la vérité de la mission de Paul, soit qu'il voulût lui créer des difficultés dans son apostolat. Quoi qu'il en soit, l'esclave perdit son pouvoir de divination et ses maîtres, se voyant privés de leur gain, traînèrent Paul et Silas devant les magistrats.
Les auteurs ecclésiastiques, Tertullien, saint Augustin, saint Jérôme, donnent assez communément aux devins et pythonisses le nom de ventriloques. Ramsay. Paul, p. 215, ne veut voir dans l'esclave de Philippes qu'un cas de ventriloquie. S'exaltant par la croyance même en son pouvoir surnaturel, son esprit en aurait acquis une force merveilleuse de pénétration et d'intuition. E. Jacquier, Les Actes des apôtres, Paris, 1920, p. 490-497.
4° Réponse à une objection. — Et qu'on ne dise point que les démoniaques dont il est question dans l'Évangile étaient des malades dont la maladie, selon un pré-
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jugé ordinaire, était attribuée à l'espril mauvais. Dans les guérisons qu'ils rapportent, les évangélistes ont
soin de distinguer les démoniaques des malades. « On lui présenta des gens ayant des démons, des lunatiques, des paralytiques, et il les guérissait. » Mat th., iv, 2t. « Sur le soir, on lui présenta plusieurs démoniaques et, d'un mot, il chassa les esprits, et il guérit tous les malades. » Matth., vin, lli. « Il guérit beaucoup de malades affligés de diverses infirmités, et il chassa beaucoup de démons. » Marc, i, 34. « A ce moment, Jésus guérit nombre de gens de leurs maladies et de leurs infirmités et des esprits malins, et il rendit la vue à plusieurs aveugles. » Luc, vu, 21. Aux pharisiens qui l'engageaient à quitter le pays pour échapper aux menaces d'Hérode, Jésus lui-même répond : « Allez dire à ce renard : Voici que je chasse les démons et que j'accomplis des guérisons. » Luc, xni, 32. Quand il envoie ses apôtres vers Israël, il leur dit : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. » Matth., x, 8.
Jésus se serait-il, dans sa façon de parler, accommodé à l'erreur commune qui confondait maladie et possession? Lorsque, à propos de la guérison de l'aveugle-né, il entend la foule attribuer sa cécité à quelque faute ou de l'aveugle lui-même ou d'un de ses ascendants, il prend soin de la détromper : toute maladie n'est pas la suite d'une faute. Joa., ix, 3. Autrement grave était l'erreur présente : ce que l'on croit effet de l'action du démon est maladie naturelle, et Jésus se serait tu! Bien plus, il aurait accrédité, par sa façon de parler, l'erreur commune!
Plus explicite encore, s'il est possible, est la façon dont Jésus défend ses exorcismes contre les pharisiens. Il avait expulsé un démon muet. Les pharisiens l'accusent de chasser les démons par Béelzébul. Jésus répond : « Comment Satan peut-il chasser Satan? Si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même. Si c'est par Béelzébul que je chasse les démons, vos fils par qui les chassent-ils? (on sait que les juifs pratiquaient l'exorcisme). Mais si je chasse les démons par l'Esprit de Dieu, c'est donc que le règne de Dieu sur vous est arrivé. » Luc, xi, 17-22; Marc, ni, 23-27; Matth., xn, 25-29. Loin de mettre en doute la valeur des exorcismes pratiqués sous la Loi ancienne, il revendique hautement, pour lui-même, le pouvoir de chasser les démons, pouvoir, d'ailleurs, autrement décisif et absolu. Bien dans ses paroles qui soit une atténuation quelconque du concept strict de l'exorcisme, conséquemment. de l'état démoniaque.
Si la possession diabolique, dit Plummer, St. Luke, p. 13G, est une fausse croyance, il faut choisir entre trois hypothèses : ou Jésus n'employait pas l'exorcisme pour guérir ceux qui se croyaient possédés, mais les évangélistes le lui ont attribué par erreur; — ou Jésus pratiquait l'exorcisme, bien qu'il connût qu'il n'y avait pas de démons à chasser; — ou Jésus faisait des exorcismes, parce qu'il partageait en cette matière l'erreur de ses contemporains. Cité par J. Lebreton, La vie et l'enseignement deJcsus-Christ,t. i, Paris, 1931, p. 125. Dans une solution ou une autre, on nie la véracité des évangiles ou la divinité de Jésus.
5° La possession morale et non plus physique. — A côté de la possession décrite jusqu'ici, qu'on peut appeler physique, parce qu'elle se manifeste par des effets sensibles, le Nouveau Testament en présente une autre qu'on peut dire morale (A. Saudrcau dit latente). De Marie de Magdala, il est dit que Jésus chassa sept démons. Marc, xvi, 9. Bien n'indique qu'elle ait été sujette à des troubles ou à des manifestations de nature physique. De même, il est dit de Judas : « Et Satan entra en Judas. » Luc, xxn, 3. Dès qu'il eut pris la bouchée, Satan entra en lui. » Joa., xm, 27. Expressions qui marquent un empire du démon sur la volonté
de celui qui lui est livré, empire (pie ne comporte pas, considérée en elle-même, la possession physique.
IL Aux temps postévangéliques. — Le rituel romain renferme un chapitre intitulé : De exoreizandis obsessis a dsemonio. Léon XIII, le même qui a prescrit d'invoquer, après la messe, l 'archange saint Michel contre l'action de Satan et des autres esprits pervers, a promulgué de nouveau la formule du grand exorcisme. Le Codex juris canonici, édité par ordre de Benoît XV, règle par les art. 1151, 1152, 1153, la pratique de l'exorcisme. Et il n'y a nulle apparence que l'Église songe à « abandonner jamais la pratique des exorcismes, même des exorcismes au sens plein et primitif du mot, c'est-à-dire des rites destinés à expulser le démon des personnes, des lieux ou des objets où sa présence et son influence se trahissent par des manifestations sensibles. » Voir Exorcisme, col. 1775.
De ce maintien de la discipline ecclésiastique, on doit inférer la possibilité de la possession même de nos jours, possibilité qui, selon toute vraisemblance, se réalise quelquefois. Les textes ecclésiastiques s'abstiennent de définir l'action de l'esprit malin. Le terme obsessi, dont ils se servent, s'applique à toute action démoniaque, mais, semble-t-il, se manifestant par un effet sensible.
Au cours des âges, la pratique fréquente, quelque peu abusive à certaines époques, de l'exorcisme, a enrichi ou surchargé le chapitre de la possession de quelques détails nouveaux. Les démons ont dit leur nom : non seulement, Béelzébul ou Asmodée, mais Léviathan, Béhémoth, Isacaron, Balam, Zabulon, Cédon, et d'autres d'un rang inférieur, Tralinus, Capicius, Uguiccion de Calavorna, Gentiane de Corsica... Mais il est vraiment trop difficile de prendre plusieurs de ces noms au sérieux. De même, dans les récits de . délivrance, l'expulsion des démons se manifeste sous des aspects variés et étranges. Le démon sort de la bouche des possédés comme une vapeur infecte, une fumée qui s'évanouit dans l'air sous forme d'une mouche (Béelzébul, d'après une traduction, ne serait-il pas le roi des mouches?), d'un scarabée, d'un lézard, d'une grenouille, d'un rat. Notons que les récits évangéliques et les récits des premiers auteurs ecclésiastiques ne mentionnent rien de tel.
III. Théologie de la possession. — Des textes scripturaires est sortie une théologie de la possession, possession désignée d'ordinaire par les auteurs sous le nom d'obsessio. Cette théologie s'applique à maintenir la réalité de l'action démoniaque, tout en sauvegardant les droits de Dieu sur l'âme humaine et la liberté de celle-ci.
Saint Thomas : « Les anges bons et les anges mauvais ont le pouvoir, en vertu de leur nature, de modifier nos corps, comme tout autre objet matériel. Et comme ils sont là où ils opèrent, ainsi pénètrent-ils nos corps : nostris corporibus illabuntur. Conséquemment encore, ils impressionnent les facultés liées à nos organes : aux modifications des organes répondent les modifications des facultés... Mais l'impression ne retentit pas jusqu'à la volonté, parce que la volonté, ni dans son exercice, ni dans son objet, ne dépend d'un organe corporel; elle reçoit son objet de l'intelligence selon que celle-ci dégage de ce qu'elle perçoit la notion d'être bon. «In II'"" Sent., dist. VIII, q. un., a. 5, sol.— « Être en une chose, c'est être contenu entre ses limites. Mais dans le corps on distingue les limites de quantité et les limites d'essence. L'esprit qui opère dans l'intérieur des limites de quantité pénètre vraiment le corps, sans toutefois franchir les limites de l'essence, ni comme élément de cette essence ni comme puissance communiquant l'être, car l'être vient de la puissance créatrice de Dieu. » Ibid., ad 3um. — Le diable est dans l'Antéchrist non toutefois par une union personnelle.
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ni par une inhabitation intrinsèque, parce que seule la Trinité pénètre l'âme, mais par un effet de malice. Sum. tlieol., III ■ q. vin, a. 8.
Saint Bonaventure : » En raison de leur subtilité ou spiritualité, les démons peuvent pénétrer les corps et y résider; en raison de leur puissance, ils peuvent les remuer et les troubler. Donc, les démons peuvent, en vertu de leur subtilité et de leur puissance, s'introduire dans le corps de l'homme et le tourmenter, à moins d'en être empêchés par un pouvoir supérieur. C'est ce qui s'appelle posséder, obsidere... Mais pénétrer dans l'intime de l'âme est réservé à la substance divine. » In II"m Sent., dist. VIII, part. II, a. 1, q. i et n.
Estius (Guillaume van Est), chancelier de l'Académie de Douai (t en 1613), écrit : « Étant incorporels, rien n'empêche les démons, si Dieu le leur permet, d'entrer dans le corps de l'homme. Comme dit Jean Damascène des anges, bons ou mauvais, ils sont là où ils agissent. Donc, en raison de l'action qu'ils exercent, on peut dire en toute vérité que les anges ou les démons sont substantiellement dans un corps humain, c'est-à-dire selon leur substance. Ce qui, toutefois, ne doit pas s'entendre au sens qu'ils seraient de la substance de l'homme, mettant l'âme en mouvement par manière de forme substantielle ou à la façon d'un principe interne, comme l'âme met en activité le corps. Us sont simplement moteur externe, à la façon dont le pilote commande à son navire. Nombreuses sont les modifications physiques que les démons peuvent faire subir à l'homme : transfert d'un lieu à un autre, maladies, mutité, surdité, cécité... Nombreuses les actions qu'ils peuvent exercer sur les sens : arrêt d'activité ou présentation de fausses images... Mais il n'y a obsession parfaite que dans les cas où le démon agit sur l'imagination au point d'empêcher l'exercice de la raison, chose qui arrive dans la frénésie, sans intervention du démon. Il y a lieu de noter qu'en beaucoup de points les frénétiques ressemblent aux démoniaques, si bien qu'il arrive fréquemment de prendre les uns pour les autres. Les marques de l'obsession démoniaque sont : faire ou dire des choses qui relèvent des purs esprits, comme révéler des faits ou des paroles qu'on n'a pas vus ou entendus, dire ce qui se passe en un lieu éloigné, parler une langue qu'on n'a pas apprise, lire ou écrire des caractères qu'on ne connaît pas. On appelle proprement obsédés, possédés, démoniaques (obsessi, possessi, dit l'auteur), ceux qui sont affectés à un degré intense de ces troubles. Et, ici, nous ne distinguons pas entre obsédés et possédés, comme font plusieurs, entendant par là qu'être possédé est plus fort qu'être obsédé. L'Écriture n'emploie ni l'un ni l'autre vocable. Pour les Pères, ils en usent indifféremment. Général aussi est le terme grec « énergumène », quasi inoperctti, id est ab inopérante spiritu acti. Et l'Évangile atteste des démoniaques que non seulement ils sont tourmentés par les démons, mais encore que les démons sont entrés en eux, pour exercer une action plus forte et plus pleine. En outre, les démons troublent leur raison au point qu'ils n'ont point conscience de ce qu'ils font ou disent quand les démons agissent ou parlent par eux. in cis. In Sent., 1. II, dist. IX, § 6.
Pierre Thyrœus, S. J., de Neuss (f en 1601), a composé le Demoniaci, hoc est : de obsessis a spiritibus demoniorum hominibus, dont se sont inspirés la plupart de ceux qui ont écrit depuis sur ce sujet. Pour lui, les signes certains de la possession sont la connaissance des choses secrètes, la connaissance de langues non apprises. Les signes corporels ne fournissent que des probabilités. Il note que les énergumènes, les sorciers, les devins, les hérétiques, ne sont pas nécessairement possédés. Deux choses sont nécessaires pour qu'il y ait vraie possession : que les démons soient dans le corps
de l'homme, qu'ils aient reçu pouvoir sur celui-ci. Si l'une ou l'autre de ces conditions fait défaut, on ne peut parler à bon droit de possession. Les démons sont présents non à la façon des accidents d'un sujet, ou des parties d'un tout, ou d'une nature constituant avec une autre nature une personne. Ils ont fonction de moteurs. l'art. I, c. n.
Aug. Martin Delrio, S. J., d'Anvers (t en 1608), rappelle la distinction que les théologiens, dit-il, établissent communément entre les obsessi et les possessi. « Au sujet de ces derniers, les théologiens et les saints disent que le démon entre dans le corps des démoniaques, arreptitii, et en sort. Il ne s'y introduit pas pour V informer ou pour intégrer le corps à la manière d'une partie, mais seulement pour s'en servir comme d'un lieu de séjour ou d'un instrument organique. .. Le démon ne s'unit pas substantiellement à l'âme ni à l'être intime de celle-ci. Il se rend présent à l'âme applicatione tantum et oppressione per energiam seu operationem : par là il s'unit à l'homme et le pénètre en quelque sorte... Mais, pour sortir, il faut avoir été dedans. » Disquisilionum magicarum libri sex, 1. III, part. I, q. iv, sec. 7.
Gaspar Schott, S. J., de Kœnigshofen (f en 1666), après avoir énuméré les appellations diverses d'energumeni, obsessi, infesti, possessi, xaT£/ô(i.svot., distingue une action démoniaque intellectuelle, qui s'exerce sur l'esprit et le cœur, et une action corporelle. Celle-ci peut s'exercer seulement sur le dehors : elle comprend les multiples vexations que le démon peut faire subir à l'homme. Elle peut se faire sentir au dedans. C'est le cas de la possession proprement dite. « Dans le cas de possession, le démon est dans tel homme personnellement, ou en propre personne, sans intermédiaire, localement, à la façon dont un esprit est dit se trouver présent en un objet; de plus, le démon opère sur le corps non comme la forme sur un sujet, mais comme le moteur sur le mobile, moteur interne. Cependant, il ne semble pas nécessaire, pour qu'il y ait possession, que la substance diabolique soit tellement enfermée dans le sujet humain que rien n'en soit au dehors. Cela, sans doute, est ordinaire. Mais, si le démon qui possède se dilatait dans la sphère de son extension de façon à être tout ensemble à l'intérieur et à l'extérieur du corps de l'homme, celui-ci pourrait encore être considéré à bon droit comme un possédé. » Physica curiosa sive mirabilia naturse et artis, 1. IV, c. i.
Jean- Joseph Surin (f en 1665) : « L'essence de la possession consiste en une union que le diable a avec l'âme, étant insinué dans toutes ses facultés et dans les organes du corps, et ayant droit d'y agir comme s'il était l'âme de la personne qu'il possède. Il la tient captive de telle sorte qu'elle ne peut agir, ni par le principe de la grâce, ni par celui de la nature, dans le temps qu'il en est possesseur... Il pourrait, par sa propre nature, faire à tous moments des choses au-dessus des forces de l'homme, et qui étonneraient tout le monde. Mais la nature humaine qu'il possède borne son action et arrête sa rage, sa fureur et sa malice. De même que le rayon du soleil est tempéré par le cristal et le milieu, qui modère sa force sans empêcher son opération. » Histoire abrégée de la possession des ursulines de Loudun, Paris, 1828, p. 25-26.
Avec l'école mystique du xvir3 siècle, la théologie de la possession est fixée. Sans entrer dans des précisions minutieuses, on s'accorde à considérer le possédé comme un instrument soumis au pouvoir contraignant, despotique, de l'esprit mauvais. C'.est le sens à donner aux expressions péripatéticiennes molor et mobile. Benoît XIV : « Dœmones in hominibus, quos possident, sunt ut motores in corporibus, quœ movent, ita videticet ut nullam corpori hominis qualitatem impri-
POSSKSSION Dl \ lit) MOI I'.
mant. millum ipsi dent mwum esse nec proprie untirn quid constituant cum homine obsesso. ■ /)<■ serv. Dei beatif. et beat, canoni:.. t. iv. 1" part., c. xxix, n. 2.
D. Sehram, o. S. H. : i Possessio consista in eo quod dwmon sit intra corpus et intra iltud operelur cum speciali potestate utendi despotice et invita etiam homine... Dirmon possidens unitur cum homine possesso per illapsiun specialem. cum dominio et potestate in corpus. » Institutioncs theologise mysticœ, § 205.
Mgr Ribet : « La possession est l'envahissement, par le démon, du corps d'un homme vivant, dont il meut les organes en son nom et à son gré, comme si ce corps était devenu le sien. » La mystique divine, tit. m, 2e sect.. ex, § 1.
J. de Bonniot, S. J. : « La possession est un phénomène double. Elle comprend une sorte de catalepsie de l'organisme, un état organique qui soustrait le système nerveux d'abord et, par suite, tout le corps à l'influence du pouvoir directeur normal, c'est-à-dire de l'âme qui lui est unie : c'est le premier élément du phénomène. Le second consiste en ce qu'un pouvoir étranger, un démon, se substitue à l'âme frappée d'impuissance, non pour animer, ce qui est impossible, mais pour mouvoir le corps à sa place. » Le miracle et ses contrefaçons, Paris, 1887, Ire part., c. v, p. 99. Cf. du même. Le miracle et les sciences médicales, Paris, 1879, p. 112-117.
John Smit, après avoir transcrit l'explication du P. de Bonniot, ajoute : « Prœsens aulem dsemon in corpore humano tanquam molor adveniitius non in ipsam essenliam anima' hominis dilabitur atque operari polest, nec in facilitâtes animas, ut in volunlalem, directum influxum exercere, nec actus anima' proprios, i. e. aclus vitales producere, sii>e sinl sensiles sive sint inlellectuales... Sed supra corpus hominis energumeni diemon directe et immédiate lyrannica potestate dominatur hominemque per motum localem (action physique) vario modo vexai. » De dœmoniacis in hisloria evangelica, Rome, 1913, p. 66-68.
IV. Causes. — A l'avènement du Christ, « les influences maléfiques se donnaient libre carrière au point d'exercer une sorte d'hégémonie : une puissance spirituelle ennemie de tout bien tenait parfois captifs les corps avec les âmes ». Pressentant l'adversaire, le Malin paraît avoir alors tenté un suprême effort pour prolonger son règne. De là, le grand nombre, insolite peut-être, des démoniaques que rencontre Jésus ». Ce « retour offensif est prédit, partiellement victorieux : ce sera le lot de cette génération perverse. L'esprit impur, trouvant sa maison nettoyée, s'en va prendre sept autres esprits plus méchants que lui... et le dernier état de cet homme est pire que le premier. » Matth., xn, 43-45; Luc, xi, 24-26. ■ Jésus a fait reculer l'adversaire sur tous les terrains, en particulier sur celuide l'obsession physique, de la possession. L'envie du prince de ce monde a dû se borner ordinairement, depuis, en pays chrétiens, à des suggestions tout intérieures. » D'autant qu'en nos civilisations occidentales, on serait porté à dire que le diable a plutôt intérêt à dissimuler son action. Ne tient-il pas les hommes d'autant mieux que ceux-ci l'ignorent ou le nient? Mais, dans les régions où l'Évangile pénètre pour la première fois avec intensité, il se heurte encore, comme aux jours anciens, à une sorte de pouvoir occulte, usurpé mais établi, qui rappelle tout à fait, par ses résistances et ses manifestations, les convulsions des méchants démons en face de Jésus. Il n'y a guère de missionnaire en ces contrées qui ne s'y soit heurté, et ne puisse confirmer ainsi, par voie d'analogie, la vérité et le caractère miraculeux des faits évangéliques. » L. de Grandmaison, Jésus-Christ, t. n, p. 349-354.
La possession est bien la marque de cette dureté de
DICT. DE THÉOL. CATH
l'empire du démon, que saint Ignace rappelle en la méditation « des deux étendards », dureté qui s'inspire de la haine envers Dieu et envers les créatures de Dieu. Pourquoi Dieu permet-il ces réussites passagères du mauvais. » C'est, répond saint Bonaventure, « soit en vue de manifester sa gloire (en contraignant le démon, par la bouche du possédé, à confesser, par exemple, la divinité du Christ), soit pour la punition du péché, soit pour la correction du pécheur, soit pour notre instruction. Mais, pour laquelle de ces causes, précisément, il laisse faire le démon, c'est ce qui échappe à la sagacité humaine : les jugements de Dieu sont cachés. Ce qui est certain, c'est qu'ils ne sont pas injustes. » In //um Sent., dist. VIII, part. II, q. i, art. unie.
Les théologiens anciens voyaient surtout dans la possession la suite d'un péché grave. Les modernes admettent, d'ordinaire, à l'origine au moins, une imperfection. C'est une opinion — assez commune — chez les uns et les autres qu'elle se produirait volontiers par un acte extérieur : un fruit mangé, une fleur respirée.
V. Un élément psychologique. — La possession est-elle consciente? Les psychiatres modernes ont été amenés, avec l'école de la Salpêtrière, à étudier, chez les névropathes, ce qu'on a appelé le dédoublement de la personnalité. Au moment des crises, soit naturelles, soit provoquées dans le sommeil hypnotique, se déroule, agit, parle, gesticule, un personnage tout différent de celui qui se manifeste à l'état normal. Tantôt le personnage normal n'a aucune conscience, au temps de la crise, du rôle nouveau qui se joue et n'en manifeste aucun souvenir quand il est rentré au temps calme : et c'est le cas le plus fréquent. Tantôt, au moment de la crise, il se sent envahi par un personnage nouveau, il lui paraît que sa personnalité se dédouble en deux entités plus ou moins en antagonisme l'une avec l'autre; il a conscience de la vie mentale que chacune mène, et en même temps qu'une de ces vies lui est imposée. Dans le premier cas, il y a double personnalité successive; dans le second, double personnalité simultanée.
A quelle catégorie appartient la possession? « La conscience du malade, lisons-nous dans Harnack, sa volonté et sa sphère d'activité se dédoublent. En toute vérité subjective — il y a naturellement des supercheries de temps en temps - — il a l'impression qu'il y a un deuxième être en lui qui le domine et le gouverne. Il pense, il sent, il agit tantôt comme l'un, tantôt comme l'autre et avec la conviction qu'il est double. » Medizinisches aus der âltesten Kirchengeschichle, p. 105. T.-K. Oesterreich note là-dessus : « Si l'on regarde les relations récentes détaillées, on aperçoit avec étonnement qu'un tel dédoublement de conscience n'a pas été réel dans tous les cas. Il manque dans beaucoup et même dans la plupart; le démon ne gouverne ordinairement encore que l'organisme, que déjà le sujet a complètement perdu la conscience de son individualité habituelle... Eschenmayer, d'après huit cas d'observation personnelle, considère la perte de conscience comme le caractère essentiel de la possession. Il y aurait un évanouissement subit de la conscience et une ignorance totale de ce qui a eu lieu pendant la crise. » Les possédés, traduct. René Sudre, Paris, 1927, p. 47. Remarquons qu'Oesterreich, ici comme à travers tout son livre, mêle les possessions démoniaques avérées avec les crises pathologiques d'ordre naturel, confusion qu'il ne faut pas perdre de vue, mais qui ne l'empêche pas de reconnaître un caractère spécial de véracité aux descriptions que les évangélistes nous font des démoniaques. En tout cas, nous adopterons, pour la possession proprement démoniaque, sa conclusion en la renforçant : la possession est inconsciente. Au moment de la crise démoniaque, le possédé perd
POSSESSION DIABOLIQUE
conscience de lui-même. La crise passée, il est incapable de dire ou de se rappeler ce qu'il a dit ou l'ait ou senti au cours de la crise.
Oesterreich cite (p. 70-73) la lettre du P. Surin au P. Achille d'Atlichy, en date du 3 mai 1635. Le P. Surin raconte que, quand il exerce son ministère d'exorciste, il arrive que le diable passe du corps de la personne possédée dans le sien, le possédant plusieurs heures comme un énergumène. « Je ne saurais, ajoute-t-il, vous expliquer ce qui se passe en moi durant ce temps, et comme cet esprit s'unit avec le mien sans m'ôter ni la connaissance, ni la liberté de mon âme, et se faisant, néanmoins, comme un autre moi-même, et comme si j'avais deux âmes dont l'une est dépossédée de mon corps et de l'usage de ses organes, et se tie.nl à quartier regardant faire celle qui s'y est introduite. Ces deux esprits se combattent en un même champ qui est le corps, et l'âme même est comme partagée et, selon une partie de soi, est le sujet des impressions diaboliques et, selon l'autre, des mouvements qui lui sont propres ou que Dieu lui donne. » Le P. F. Cavallera, qui a inséré toute la lettre dans Lettres spirituelles du P. Jean-Joseph Surin, Toulouse, 192G, t. i, p. 126 sq., a soin de noter : « Dans la possession, l'énergumène est privé de l'usage de ses facultés, et, après les crises, ne garde aucun souvenir de ce qu'il a dit, fait ou entendu. L'obsession, au contraire, laisse, pendant la crise comme après, le libre usage des facultés. Aussi les exorcistes qui adressèrent en commun et signèrent une lettre au duc d'Orléans pour lui rappeler les faits dont ils avaient été témoins à Loudun, font-ils observer que le P. Surin n'était pas possédé mais seulement obsédé. » Disons en passant que M. Henri Delacroix se montre bien hâtif en ne voyant dans le cas du P. Surin qu'un mélange d'hystérie et de lypémanie. Éludes d'histoire et de psychologie du mysticisme, Paris, 1908, p. 328-344.
VI. Distinction d'avec l'obsession. — Le terme obsessio (obsessi), nousl'avons vu, est employé fréquemment, surtout par les anciens auteurs, pour désigner toute action diabolique sensible sur l'homme. C'est peu à peu que le mot possessio (possessi) entra dans l'usage, et qu'on distingua nettement obsessio et possessio.
De nos jours, le mot obsession a pris une extension de plus en plus large : il désigne toute idée fixe. Si bien que J. Smit, à la suite de quelques auteurs, se refuse à l'employer, en matière démoniaque, et propose de le remplacer par circumsessio, investissement. L'obsédé est comme une place que l'ennemi assiège sans y être encore entré; le possédé est la place où l'ennemi a pénétré et qu'il occupe. Op. cit., p. 56. Cette double métaphore marque exactement la différence entre l'un et l'autre état. Mais il est difficile d'éliminer du langage théologique le mot obsession, que l'usage a consacré. Il suffirait de dire obsession démoniaque.
L'obsession est soit physique soit psychologique; elle peut être tout ensemble l'un et l'autre. L'obsession physique consiste ou dans des violences exercées par le démon sur le corps, ou dans des manifestations extérieures, bruits, clameurs, voix, apparitions effrayantes, hideuses ou lascives, ou dans des déplacements d'objets, produits à la fin manifeste d'importuner, de troubler le patient, comme il est raconté du saint curé d'Ars et, par la tradition, de saint Antoine au désert. Si ces bruits, apparitions, déplacements d'objets se produisent en un lieu communément, sans viser telle personne, on dira qu'il y a in/cstalion.
L'obsession psychologique consiste dans des suggestions violentes et tenaces : idées fixes, images expressives et absorbantes, mouvements profonds d'émotivité et de passion, par exemple dégoûts, amertumes, ressentiment, haine, angoisses de désespoir, ou, au
contraire, inclination vers quelque objet illicite, ou inclination déréglée dans son mode.
A la différence du possédé, l'obsédé garde la disposition de ses actes extérieurs, quoique avec une liberté souvent amoindrie. Il garde le pouvoir de réagir contre les suggestions du dedans, par exemple les suggestions de blasphème. Il garde le pouvoir de juger de la valeur morale de ces suggestions, par exemple de les estimer impies et abominables. De là, ce dédoublement dont il est question plus haut. Sans doute, la possession ne pénètre pas jusqu'à l'intime de l'âme; conséquemment elle ne peut dicter, imposer au possédé un acte personnel d'intelligence, ou de volonté. Mais l'action diabolique arrive à neutraliser, à empêcher l'exercice de l'intelligence et de la volonté, de sorte que le possédé devient incapable de connaître, de juger, de vouloir tout ce qui se passe et s'agite en lui. L'obsédé se défend contre le Malin; il défend contre son emprise ses « armes », c'est-à-dire ses facultés. Aussi arrive-t-il que ces bouillonnements laissent le fond de l'âme paisible. Le P. Surin ajoute, après les paroles que nous avons rapportées : « En même temps, je sens une grande paix sous le bon plaisir de Dieu, et, sans connaître comment, une rage extrême et aversion de lui qui se produit comme des impétuosités pour s'en séparer qui étonnent ceux qui les voient, en même temps une grande joie et douceur, et d'autre part une tristesse qui se produit par des lamentations et cris pareils à ceux des damnés. »
VIL Conduite a tenir. — Mais chacun comprend qu'ici les illusions sont faciles. Les auteurs ascétiques s'accordent à signaler le danger qu'il y a de confondre avec les obsessions diaboliques la mélancolie, la dépression nerveuse ou, au contraire, l'exaltation hallucinatoire qui prête une réalité aux images formées par le cerveau. Ils recommandent au directeur de conscience de s'aider de l'avis d'un médecin expérimenté. C'est la recommandation formelle faite par le rituel romain au sujet de l'exorcisme des possédés. Voir Exorciste, col. 1785.
Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que la prudence, en cette matière, date de nos jours. « Quoique Philippe Néri, dit le cardinal Capecelatro, estimât que les personnes que l'on croit possédées du démon sont, pour la plupart, ou malades, ou mélancoliques, ou folles, néanmoins, jugeant vraiment possédée une certaine Catherine, noble dame d'Averser, il la délivra de ce terrible mal. » Vie, t. i, p. 468.
Dans une lettre, adressée en 1545, aux PP. Alvarez Alphonso et Pierre Canisius, le P. Le Fèvre, un des premiers compagnons de saint Ignace, blâme les exorcismes faits par le P. Corneille Vischaven : « Je n'approuve nullement, dit-il, que maître Corneille s'occupe à chasser les démons des possédés. Je désire qu'il sache combien en ce ministère se trouve de tromperie. » Fabri monumenta, Madrid, p. 331. Le P. Pierre Canisius, de son côté, estime qu'il ne faut user de l'exorcisme que dans le cas de grande nécessité et avec une prudente circonspection. Il rappelait que saint Ignace n'avait jamais, que l'on sache, pratiqué l'exorcisme. Et le sentiment de François de Borgia, qu'il consultait, était que les Pères de la Compagnie de Jésus devaient s'employer à chasser le démon des âmes plutôt que des corps. Pour lui, il l'invitait à ne pas perdre une heure de temps en ce ministère. Il jugeait sans doute que, dans l'Allemagne envahie par le luthéranisme, il y avait des besognes plus pressantes. Beati Pétri Canisii epistulœ et acta, édit. Braunsberger, t. vi, Fribourgen-B., 1893, passim.
Le premier soin du P. Surin, quand il fut chargé de la Mère Marie-des- Anges, fut de modérer les exorcismes et de s'appliquer avant tout à la réforme intérieure. Le R. P. Mutius Vitelleschi, en envoyant à Loudun des
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POSSEVINO (ANTONIO
pères en qualité d'exorcistes, avait cédé avec peine à la volonté formelle de Louis XIII et du cardinal de Richelieu; il n'eut de cesse que lorsque ses confrères turent déchargés de ce ministère.
Ce n'est pas que tous ces saints ou doctes personnages niassent la réalité des obsessions ou des possessions. Mais ils estimaient qu'il ne faut l'admettre que sur preuves ou indices solides.
J. Smit. De dœmoniacis in historia evangelica, Rome, 1913, in-S'; !.. de (.landmaison, Jésus-Christ, t. II, Paris, 1928, in-S" : / es expulsions de démous, p. 341-354; P. Thym-us. Dsemoniaci, hoc est de obsessis a spirilibus dsemoniorum hominibus liber unus. in-4°, Cologne, 1598; in-8°, Lyon, 1603; M. Delrlo, Disquisitionum magicarum libri sex, in-fol., Lyon. 1608, 1. III ; G. Schotl, Physica curiosa sine mirabilia nalunc et artis, in- 1°, Wurtzbourg, 1668; Innocent VIII, bulle Sununis desideranles: .I.-.I. Surin, Lettres spirituelles, éd. L. Michel et F. Cavaliers, Toulouse, 1926, t. i; Histoire abrégée de lu possession des ursulines de Louilun, Paris, 1828; D. Schram. Inslitutiones théologies mysticœ, Augsbourg, 1777; t. i, Paris, 1868, § 215-225; .1. Ribet, La mystique divine, t. m, Paris, 1883, p. 175-273; J. de Bonniot, Le miracle et ses contrefaçons, Paris, 1887, p. 72-105, 383-413; A. Saudreau. Les faits extraordinaires de la vie spirituelle, Paris, 1908, p. 341-306; L.Roure, dans Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, art. Possession, t. v, col. 668- 675 ;L. Champault, Une possédée contemporaine ( 1834-1914 ), Hélène Poirier de Coulions, Orléans, 1919; Paris, 1924; M. Garçon et .1. Vinchon, Le diable, Paris, 1 926 ; T.-K. Oesterreich, Les possédés, Paris, 1927, in-8".
Lucien Roure.
POSSEVINO Antonio, de la Compagniede Jésus, fondateur de collèges, prédicateur, savant, controversiste, éducateur, mais connu surtout comme diplomate (1533-1611).
I. Vie. — Possevino naquit à Mantoue le 12 juillet 1533. Après de brillantes études dans sa ville natale, venu à Rome en 1550, il devint secrétaire du cardinal Ercole Gonzaga et éducateur de ses neveux. Avec eux il vécut à Ferrare, Xaples et Padoue où il décida d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Admis par le P. Laynez le 29 septembre 1559, il va, après quelques semaines seulement de noviciat, suivre les cours de théologie au Collège romain ; mais, dès le début de 1560, il est envoyé en mission à la cour d'Emmanuel-Philibert de Savoie de qui il obtient la fondation du collège de Mondovi. Il prêche dans les vallées vaudoises et ses discussions avec les pasteurs protestants ont un tel éclat qu'on le propose déjà pour un évêché. Il est ordonné prêtre en 1561, continue à prêcher à Chieri, Turin, Chambéry et arrive à Lyon pour y faire imprimer un catéchisme en langue française. Ses prédications lyonnaises obtiennent un succès qui le rend odieux aux hérétiques et, durant les troubles de 1562, il doit quitter la ville et se réfugier en Savoie. Il revient dès que la ville a été pacifiée. A l'entrevue de Bayonne (1565), il défend avec succès l'existence de la Compagnie de Jésus, menacée en France. Il revient négocier la création du collège de Chambéry, fonde celui d'Avignon dont il est le premier recteur (1565), prêche à Rouen, à Marseille (1568), où il donne une mission aux galériens. Après un voyage à Rome, où il fait sa profession (1569), nous le retrouvons à Rouen, Dieppe, Paris, Besançon, Lyon où il est nommé recteur (1572). Au début de 1573, il est envoyé à Rome comme délégué à la Congrégation générale qui élit le P. Éverard Mercurian et lui donne Possevino comme secrétaire, il occupe ce poste durant quatre ans (1573-1577).
Le luthéranisme avait fait de grands progrès en Suède depuis qu'il y avait été introduit par Gustave Vasa. Jean III Vasa, qui avait épousé une princesse polonaise, Catherine Jagellon, en lui garantissant la liberté de conscience, désirait se rapprocher de l'Église catholique. Ses motifs s'inspiraient d'intérêts politiques et financiers; intérêts financiers, pour que le
Saint-Siège appuyai ses revendications sur la part de L'héritage napolitain de Bona Sforza qui revenait à sa femme; intérêts politiques, afin d'obtenir une alliance avec l'Espagne. Déjà un jésuite norvégien, Laurent Nillsen, plus souvent appelé Klosterlasse, avait fondé à Stockholm un petit séminaire où il formait des jeunes gens qu'il envoyait dans la suite au Collège germanique de Rome. Jean III demandait une légation pontificale. Possevino fut désigné et arriva à Stockholm le 19 décembre 1577, vêtu en gentilhomme, portant l'épée au côté. Il parvint à ramener le roi à la religion catholique et obtint de lui une promesse de fidélité au Saint- Siège (1578). Quand sa qualité de prêtre catholique fut connue en Suède, l'opinion s'émut. Il quitta le pays, cette fois comme ambassadeur de Jean III, pour démander douze dispenses spéciales au Saint- Siège, négocier l'alliance avec l'Espagne, obtenir l'héritage de Bona Sforza et chercher dans la maison d'Autriche des partis pour les enfants de Jean III. Ses efforts à Rome furent inutiles. Possevino, du moins, chercha à gagner du temps pour que les jésuites pussent fortifier les positions catholiques en Suède, et préparer à l'étranger — au collège de Braunsberg, à la fondation duquel il avait vigoureusement contribué, au Collège germanique, au séminaire pontifical d'Olmûtz qu'il avait fondé — de jeunes étudiants qui serviraient la foi catholique dans leur pays. Notons que, sous la direction de Possevino, un des élèves d'Olmûtz, Olav Sondergelt, traduisit en finnois un catéchisme catholique, et un autre écrivit la première grammaire suédoise.
Il revint à Stockholm le 7 août 1579, cette fois portant l'habit religieux de son ordre. Il devenait de plus en plus difficile de faire prendre au roi — guidé presque uniquement part des considérations politiques — une attitude précise sur la question religieuse. Possevino résolut de frapper un grand coup. Il ordonna à tous les prêtres catholiques qui se trouvaient en Suède de se déclarer comme tels. Cette mesure ne fit que confirmer le roi dans son attitude, mi-catholique, mi-luthérienne. Constatant alors qu'il était inutile de rester plus longtemps en Suède, Possevino quitta le pays en y laissant comme supérieur le P. Stanislas Warszewicki (1580). Le résultat positif de cette mission fut l'affermissement de Catherine Jagellon dans la foi et surtout la conversion de son fils, Sigismond, qui devait devenir fameux dans l'histoire comme roi de Pologne et promoteur de l'union de Brest-Litovsk.
Bien plus retentissante fut la mission de Possevino en Pologne et en Moscovie. Stéphane Bathory, voïvode de Transylvanie et nouvellement élu roi de Pologne, avait entrepris plusieurs campagnes contre Moscou, en vue surtout d'obtenir la Livonie et d'élargir ses terres vers l'Est. Dès 1578, il infligea une sanglante défaite aux Moscovites. En août 1579, Polock dut se rendre après un siège de trois semaines, les armées polonaises ravageaient les provinces moscovites et Pskov était menacée. En septembre 1580, Ivan le Terrible, pressé de toutes parts, se décida à invoquer la médiation du Saint-Siège. Un courrier du nom de Thomas Chévriguinc se présenta à Rome pour proposer une croisade contre les Turcs. Une condition préalable était la paix avec Bathory. Rome ne se laissa pas tromper par les propositions de Moscou, mais l'occasion parut belle pour entrer en relations avec ce pays qui n'avait jamais accepté l'union de Florence. Possevino fut donc envoyé avec une double mission : politique, régler la paix entre Bathory et Ivan le Terrible; religieuse, travailler à l'union religieuse, ou tout au moins, amorcer des négociai ions.
Il arriva à Vilna le 13 juin 1581 et sut bientôt gagner la confiance de Bathory, peu favorable tout d'abord a la mission pontificale. Il est vrai que les années polo-
POSSKVINO (ANTONIO;
naiscs venaient d'être arrêtées par une résistanee, aussi imprévue qu'opiniâtre, sous les murs de Pskov et que la Diète commençait à refuser les subsides. Le 10 août 1581, Possevino fut reçu par Ivan le Terrible à Staril/.a, sur la Volga. Il ne put rien obtenir au sujet de l'union religieuse, pas même l'ouverture d'une église latine à Moscou pour les étrangers. Il revint donc au camp polonais négocier les conditions de la paix. Il laissa le P. Drenocki en Moscovie avec d'intéressantes recommandations où il insistait sur la piété et la prudence, mais armait le Père contre toutes les objections des orthodoxes contre la vérité catholique. Le 15 janvier 1582, après d'interminables marchandages, une trêve de dix ans fut conclue entre la Moscovie et la Pologne, « par égard pour le Saint-Siège », et, quoi qu'en disent certains historiens, à la satisfaction manifeste des deux parties. Possevino revint alors à Moscou où il tint plusieurs joutes théologiques — dont quelques-unes assez orageuses — avec Ivan le Terrible. Il insista sur l'envoi d'une ambassade à Rome pour traiter de la ligue et de la croisade contre les Turcs. Jacques Molvianinov fut désigné par le tsar et Possevino l'accompagna jusqu'à la Ville éternelle. L'ambassade fut inutile pour bien des raisons et Possevino revint en Pologne, chargé, cette fois; de pouvoirs presque illimités et désigné spécialement pour prendre la direction générale de tous les séminaires et alumnats fondés par Grégoire XIII dans le nord de l'Europe, mais sa juridiction s'étendait, semble-t-il, jusqu'au Collegium Illyriciim de Lorette.
Il resta le conseiller privé de Stéphane Bathory dont il avait l'entière confiance, du 4 décembre 1582, date de son retour à Varsovie, jusqu'en février 1585. Son activité, durant cette période, fut extraordinaire. Chargé de régler le litige entre Bathory et Rodolphe II de Habsbourg au sujet de terres hongroises que chacun se disputait, il voyagea à trois reprises d'une cour à l'autre; il mûrissait de nouveaux projets de ligue contre les Turcs, fondait de nouvelles maisons dont les plus célèbres furent l'alumnat pontifical de Vilna, la résidence de Sainte-Barbe à Cracovie, où il eut de fameux démêlés avec l'université, et le collège de Claudiopolis, en Transylvanie; il écrivait de nombreux traités théologiques, discutait avec le prince Constantin d'Ostrog pour ramener à l'union de Florence les dissidents situés dans les terres russes du grand-duché de Lithuanie et obtenait des brefs pontificaux pour le magnat orthodoxe. Pourtant, son activité, si diverse, ne pouvait éviter de toucher à la politique. Sur les instances du P. Claude Aquaviva, général de la Compagnie, il fut donc arraché à ces multiples missions et envoyé au collège de Braunsberg. De là, il fit plusieurs tournées apostoliques en Saxe, en Bohême, en Livonie, en Lithuanie. Il rétablit à Riga la paix menacée par les succès des hérétiques. Il poussa jusqu'à Dorpat où il fonda un autre séminaire sur le modèle de celui de Vilna. Il restait néanmoins en correspondance avec, Bathory qui, lors de l'avènement de Sixte-Quint, voulut le renvoyer à Rome pour traiter de ses projets de croisade contre les Turcs. Sur les instances du roi, le Vatican invita formellement Possevino à venir à Rome, quoique le P. Aquaviva, plusieurs fois pressenti, se fût maintenu dans un mutisme significatif. Possevino arriva à Rome en septembre 1586. Les négociations auxquelles il se livra furent secrètes, et il n'en reste pas de traces. Il semble cependant avoir obtenu un beau succès diplomatique personnel. Il rentrait en Pologne pour rendre compte de sa mission quand survint subitement la mort de Bathory. Le P. Aquaviva insista encore une fois auprès de Sixte-Quint, et Possevino fut envoyé au collège de Padoue.
Il se livra désormais aux travaux scientifiques. C'est de cette époque que datent ses ouvrages monumen-
taux : la Jiibliolheca selecta et VApparatus sacer. Il s'occupait aussi de direction spirituelle; parmi ses pénitents se distinguait François de Sales. C'est poussé par Possevino que ce jeune homme, venu à Padoue pour y faire son droit, se voua aux études théologiques. Durant la même période, Innocent IX chargea Possevino de réfuter la doctrine de Machiavel. Venu à Rome pour surveiller l'impression de son livre. il fut nommé consulteur de la grande congrégation réunie par Innocent IX pour la réforme des ordres monastiques, mais, bientôt, une occasion nouvelle le relança dans la diplomatie.
Le 25 juillet 1593, Henri IV faisait son abjuration. Il envoya le duc de Nevers comme ambassadeur spécial afin de faire au pape la prestation d'obédience d'usage. Clément VIII refusa d'accepter l'ambassade française. Le duc de Nevers était déjà en Italie quand Possevino fut envoyé pour l'arrêter. Il réussit à faire accepter cette pénible décision au duc, qui, dans l'oecurence, montra une généreuse soumission aux ordres du pape; il obtint cependant, grâce à l'entremise de Possevino, la permission de venir à Rome de façon privée; mais ceci déplut souverainement au parti de l'intransigeance et Possevino fut renvoyé à Padoue. Il n'y resta pas très longtemps. L'année suivante, l'attentat de Jean Châtel (28 déc. 1594) offrait au parlement de Paris une occasion de sévir contre les jésuites qu'ils qualifièrent de corrupteurs de la jeunesse. L'expulsion faillit entraîner une rupture entre la France et le Saint-Siège. Pendant que les chancelleries négociaient, Possevino fut envoyé en France, cette fois, par le P. Aquaviva. Ce fut sa dernière mission, sur laquelle nous n'avons malheureusement que peu de détails. Il s'appliqua fort à préparer la réconciliation d'Henri IV avec Rome, mais ce ne fut qu'en 1603 que les jésuites obtinrent à nouveau leurs privilèges en France. Possevino était déjà de retour au collège de Padoue où il travaillait à ses ouvrages scientifiques avec la même énergie et la même intelligence qui l'avaient caractérisé au cours de ses missions diplomatiques. Il mourut le 26 février 1611, à Ferrare.
II. Œuvres. — L'œuvre littéraire de Possevino est considérable; elle occupe cinquante numéros dans le recueil de Sommervogel. Sans trop nous arrêter au Dialogo dell' onore net quale si traita a pieno del duello, de son frère Gianbattista, qu'il édita (Venise, 1556) en y ajoutant d'importants passages, et à son Tractatus in quo cum de per/ecta poeseos ratione agitur tumostenditur cur abstinendum sit a scriptione thematum turpium, édité à Rome en 1576 sous le nom de son ami Laurent Gambara, distinguons : 1° les controverses avec les protestants; 2° les controverses avec les orthodoxes; 3° les traités d'histoire ecclésiastique, enfin 4° ses deux grands ouvrages : la Bibliotheca selecta et VApparatus sacer qui méritent d'être traités à part.
1° Controverses avec les protestants. — Son Traltalo del santissimo sacrificiel dell'altare, detto messa (Lyon, 1583), que Possevino désigne comme primus meus in Gallia fœtus dum Lugduni concionator essem, ,est une réfutation des théories protestantes bien connues que Possevino voyait disséminées « jusqu'aux Indes ellesmêmes et jusqu'à Byzance ». Ce premier ouvrage théologique eut un beau succès (cinq éditions avant la fin du siècle) et fut traduit en anglais, à Louvain, par Nicolas Hay. De la même année date sa lettre aux Genevois Del modo di leggere ed udire la parola di Dio. Vers la même époque, il publia son Epistola ad Genovenses, de Actis aposlolorum, sous le pseudonyme de Philippus Tosa. Un pénitent de Possevino avait été exhorté par un protestant à lire les Actes des apôtres afin d'y découvrir la vérité du calvinisme. Ce fut l'occasion de la lettre de Possevino qui reprit le texte des Actes en en développant les passages quœ ipsam anti-
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qu:v Ecclesiœ una cum Romana noslru faciem ostenderent. Ce petit traité, moitié exégèse, moitié controverse, plut tellement à Maldonat, que le célèbre professeur du
Collège de Clerniont voulut lui-même le traduire en espagnol. Possevino avait alors environ trente ans. Sans être directement un ouvrage de controverse, doit être cité ici le manuel du soldai chrétien : // soldait) cristiano con l' instruit ione dei capi dello esercito caltolico. Hoina. 1569, qui fut distribué aux soldats envoyés à Charles IX pour l'aider à sa guerre contre les protestants ainsi qu'aux marins de la Hotte envoyée contre les Turcs.
Après sa mission diplomatique en Suède, Possevino fit paraître les Responsiones ad viri cujusdam pii septenlrionalis interrogaliones qui de salutis seternse ralione ac de vera Ecclesia cupiebai institui, éditées à Yilna, en 1581, sous le nom de 1). Xicolai Mylonis, theologi Germani. Dans sa lettre au P. Sailly, Possevino appelle ce traité De nolis Ecclesiee, quoiqu'il ne traite des notes de l'Église que dans la Responsio XI, de toutes la plus longue et la plus importante. Dans le reste de l'ouvrage, il insiste sur la nécessité de croire à toutes les vérités révélées et enseignées par l'Église, sur le sacrement de l'ordre sans lequel il ne peut y avoir de véritable sacerdoce et, partant, pas de véritable Église. Il démontre qu'on ne peut ni recevoir les sacrements des mains de prêtres passés au luthéranisme ni simuler, par crainte de la mort ou de la perte des biens de ce monde, de passer à l'hérésie tout en restant secrètement catholique. Il réfute l'affirmation protestante que l'Église catholique a perdu la vraie foi. C'est alors que vient sa longue Responsio XI sur les notes de l'Église; enfin, il explique comment il se fait que les hérétiques refusent de reconnaître la vérité de l'Église si manifestement démontrée par ses « notes ». Une traduction en tchèque parut presque aussitôt, et les éditions se multiplièrent à Ingolstadt, Rome, Venise, Cologne. L'édition d' Ingolstadt, de 1583, ajoutait un Modus quo verbum Dei et Palrum libri legendi ac légitima concilia ab illegilimis discernenda sunt, où il faut surtout noter la longue liste de tous les conciles, légitimes et illégitimes, œcuméniques et locaux, qui ont été célèbres. Dans la première liste des conciles œcuméniques approuvés manque celui de Constance qui est relégué à la seconde : conciles universels approuvés en partie...
De retour en Pologne, après avoir accompagné l'ambassadeur russe Jacques Molvianinov à Rome, il écrivit un ouvrage : Adversus Davidis Chytrwi hseretici imposturas, quas in oratione quadam inseruit, quant de statu Ecclesiarum hoc tempore in Grœcia, Asia, Afriea, Vngaria, Roemia inscriptam edidit, ac per Sueciam ac Daniam disseminari curavit, signé lui aussi Nicolaus Mylo. David Chytrœus avait fait un voyage en Grèce et en Orient. A son retour, il tint à Wittemberg un discours dans lequel il affirmait l'unité de doctrine entre les luthériens et les Orientaux. Possevino, après d'autres, écrivit une vive réfutation des affirmations de Chytrœus, qu'il divisa en trois parties : la messe, la doctrine sur le purgatoire, le célibat des prêtres. Il faut croire que les coups de Possevino portèrent, car Chytraeus écrivit une réfutation du traité de Possevino qu'il dédia au roi de Suède. Possevino répliqua par ses Nota divini verbi et apostolicw Ecclesiœ fides ac /(teies ex quatuor primis oecumenicis sijnodis; ex quibus demonslranlur : i. Fraudes provocanlium ad solum Dei verbum scriplum; il. Atheismi lurrelicorum hujus sœculi; m. Errores adversantium kulendario emendalo ; iv. Yafricies pervertentium canones et abulentium nomine SS. Palrum et principum in re fidei; ad Joannem III Sueciœ, etc., regem serenissimum, adversus responsum cujusdam Chylrsei, Poznan, 1586. Le titre que nous avons transcrit tout au long donne une idée
de la manière de Possevino qui n'est guère tendre pour les hérétiques. Le c. n : Atheismi luvreticorum lui jus swculi n'était plus inédit. Au cours d'un voyage que Possevino avait fait en Transylvanie, il était entré en contact avec plusieurs libelles rédigés par des sociniens, dont deux contre la Trinité et un troisième, écrit par François David, contre la divinité de Jésus-Christ. Il composa contre leurs « blasphèmes » deux opuscules qui entrèrent par la suite dans ses Notœ divini verbi.
A Padoue, il écrivit son Judicium de Mua- militis scriptis quœ ille discursus politicos et mililares inscripsit. De Joannis Rodini mellwdo historiœ, libris de republica et dœmonomania. De Philippi Mornœi libro de perjeclione christiana. De Nicholao Machiavelli, Rome, typogr. Vaticane, 1592. Ce sont les réfutations des ouvrages suivants : Discours politiques et militaires de François de La Noue, Genève, 1587; Les six livres de la république, de Jean Bodin, Paris, 1576; De la démonomanie des sorciers, du même, Paris, 1580; Methodus ad faciliorem hisloriarum cognitionem, Paris, 1572; De la vérité de la religion chrétienne, par Philippe du Plessis-Mornay, 1581; enfin // principe, de Nicolas Machiavel, Florence, 1532. Tous ces traités, à l'exception du dernier de Machiavel, étaient apportés en contrebande à Venise et Padoue et causaient de l'inquiétude aux catholiques. Possevino interrompit ses grands travaux scientifiques pour réfuter ces libelles. Sa réfutation de Machiavel eut une origine encore plus intéressante qui vaut d'être retracée ici : un inquisiteur, qui faisait sa retraite à Padoue, sous la conduite de Possevino, lui confia que bien des jeunes nobles demandaient la permission de lire Machiavel; une réfutation s'imposait. Possevino se mit au travail et quand l'inquisiteur eut rapporté la nouvelle à Rome, le cardinal de La Rovere, préfet du Saint-Office, le pria de lui faire parvenir le manuscrit. Quand, dans la suitej Possevino fut appelé à Rome, Innocent IX lui envoya le cardinal Baronius pour l'inviter à publier cet ouvrage. La réfutation de Machiavel fut donc publiée ainsi que les autres opuscules de Possevino à l'imprimerie Vaticane. Une 2e édition du même ouvrage ajouta Ejusdem Antonii Possevini de Confessione augustana, ac num admitlendi sint hœretici ad colloquium publicum de fide.De Desiderio Erasmo et secta picardica judicium, deux opuscules écrits jadis par Possevino à son retour de Transylvanie et publiés à Poznan en 1586.
2° Controverses avec les orthodoxes. — Nous avons dit que Possevino envisageait ses missions diplomatiques surtout comme un moyen d'apostolat. Aussi, avant de partir pour la Moscovie, il écrivit ses Interrogationes et responsiones de processione Spirilus Sancti a L'aire et Filio; desumptœ ac breviore et dilucidiore ordine digestœ ex libro Gennadii Scholaris, patriarchœ CP., qu.se in sancla et œcumenica synodo continentur. Il se trompait en attribuant à Gennade un écrit de Jean Plusiadène qui, élu évêque de Méthone, prit le nom de Joseph. L'ouvrage de Plusiadène fut édité en même temps que les actes du concile de Florence par Zanetti, à Rome, en 1577, mais sous le nom de Gennade, et l'erreur est restée jusqu'à ce que Mgr Petit ait attribué à Plusiadène l'ouvrage en question. Ce traité de Possevino fut imprimé à plusieurs reprises, entre autres dans la Moscovia (édition de 1587) et dans l'Apparatus sacer. Il faut rapprocher de cet ouvrage les Capita quibus Grœci et Rutheni a Lalinis in rébus fidei disscnscrunl postquam ab Ecclesia catholica Grœci sese prœcidcrunt. Possevino avait composé ce traité pour Ivan le Terrible et l'imprima ensuite dans la Moscovia. Après avoir décrit le consensus de l'Orient avec l'Occident au cours des premiers siècles, Possevino retrace brièvement l'histoire du schisme et les différences dogmatiques, liturgiques et disciplinaires qui en résultèrent :
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1. différences dogmatiques dont la principale est le- Filioque. La différence au sujet de la matière de l'eucharistie, remarque Possevino, n'est pas capitale, car les deux usages (azyme et pain fermenté) ont été autorisés de tout antiquité. C'est par erreur que les Grecs croient qu'après le VIIe concile œcuménique il ne peut y avoir de nouveau concile œcuménique; 2. différences disciplinaires, à savoir le célibat des prêtres et l'observance du carême; .'i. différences rituelles : diverses manières de faire le signe de la croix; les Grecs reprochent aux Latins de ne pas écrire les noms des saints sur les images, et Possevino rétorque que ce n'est pas nécessaire, car ceux qui ne savent pas lire (quel argument ad huminem contre les Moscovites du xvie siècle) ne pourront toujours pas déchiffrer les inscriptions. A la fin de l'opuscule, il dressa un petit catalogue des' « erreurs des Ruthènes ». Il y en a de bizarres et l'on est en droit de se demander si Possevino a bien observé. Les voici : la fornication simple n'est pas un péché; le sacrement de l'eucharistie a une efficacité intrinsèque plus grande s'il est consacré le jeudi saint: les pécheurs ne reçoivent pas le corps du Christ quand ils communient; les secondes noces sont interdites (et dire que Possevino s'adressait à Ivan le Terrible...); l'extrêmeonction n'est pas utile au corps; l'usure .n'est pas un péché; la restitution du bien mal acquis n'est pas obligatoire; les statues sont interdites; les prêtres perdent le caractère sacerdotal à la mort de leurs épouses. Dans les chapitres suivants, Possevino revient à l'obligation d'appartenir à l'Église pour obtenir la vie éternelle et conclut à la nécessité d'un pasteur suprême. A part les erreurs sur le sacerdoce des veufs et l'illicéité des statues, on ne trouve pas trace des autres dans les monuments slaves contemporains. Quant au sacerdoce des veufs, Possevino s'est trompé. Si le veuf entrait au monastère, il pouvait continuer à célébrer. S'il voulait rester dans le monde, il était déposé. Par conséquent, le prêtre ne perdait pas le caractère sacerdotal. Néanmoins, on jugera du courage moral de Possevino qui n'hésita pas à faire accepter de tels écrits à Ivan le Terrible.
Pour être complet, il faudrait ajouter la correspondance sur le même sujet ; en particulier, ses instructions au P. Drenocki quand il le laissa à Moscou pour partir lui-même au camp de Jam Zapolski, ainsi que plusieurs lettres, envoyées à Rome, où il est question tout au long de la théologie des dissidents orthodoxes. Son appréciation sur les saints russes, dans sa lettre au P. Aquaviva, est assez pessimiste.
3° Ouvrages d'histoire. — Nous parlerons de ses trois traités sur la Moscovie, sur la Livonie, et la Transylvanie.
La Moscovia fut publiée pour la première fois à Vilna, en 1586. Elle est composée de deux commentaires dédiés à Grégoire XIII. Le premier traite De stalu rerum Moscovitarum, de viribus Mosci, de ingénia gentis, de ralione legationis ad eum obeundw, le second qui nous intéresse plus directement : De rébus moscol'iticis ad religionem prœserlim speclantibus. Ces commentaires que nous n'essaierons pas de résumer, ont été appréciés pour l'abondance des détails et la justesse des informations acquises par le nonce pontifical. Après les commentaires se trouvent un compte rendu des trois discussions avec le tsar sur les questions religieuses, les opuscules de controverse avec les orthodoxes mentionnés plus haut, enfin un compte rendu des négociations de Jam Zapolski. Il s'y trouve aussi un petit Seriptum Magno Moscovitico Duci tradition eum angli mercalores eidem oblulissent librum quo hœreticus quidam ostendere conabalur pontificem maximum esse Anticliristum. Cet opuscule, dans lequel Possevino combat vigoureusement les protestants d'Angleterre (voir son parallèle entre la papesse Jeanne de la
légende et la reine Elisabeth de l'histoire), est en réalité un petit traité sur la primauté du pape et, à ce titre, a été publié au t. iv de la Bibliotheea maxima pontificia de Roccaberti.
On a souvent loué le pouvoir d'observation de Possevino. Son œuvre est d'autant plus méritoire que son séjour en Moscovie fut assez court, et qu'il subit assez largement le sort de tous les étrangers qui venaient en Russie, d'être si honorablement gardés que le contact avec la population en devenait à peu près impossible. Aussi est-il intéressant de lire dans un court mémoire publié par Tourguenev (JSupplemenlum, n. 10), l'elenchus des sources de la Moscovia telles que Possevino les avait données. Il y avait sans doute les anciennes correspondances diplomatiques : les relations de Sigismond Auguste, de l'ancien ambassadeur de Maximilien Cobentzl, les lettres de Léon X, de Clément VII, de Pie V et de Grégoire XIII, mais mentionnons surtout les conversations de Possevino avec ses compagnons de voyage, Chévriguine, Popler et Pallavicim. Il a lu aussi les livres de Herberstein et de Lebenda, mais il a surtout causé, avec les pristavis (gardes), dit Possevino non sans une pointe de malice, avec les sénateurs, colloques qui aliquando ad quinque horas protrahebantur. Il sut obtenir d'Ivan le Terrible quelques documents d'archives. Enfin, il observa beaucoup par lui-même. La Moscovia de Possevino est sûrement l'ouvrage par lequel le fameux diplomate est le mieux connu. Il ne fut publié pourtant qu'après qu'un hérétique de Spire eut voulu jeter dans le public de fausses versions sur la trêve de Jam Zapolski et la médiation pontificale.
Le Livoniœ commenlarius n'eut pas la même fortune. Écrit en mars 1583, il ne vit le jour que ipso die Martini Lulheri,anno 1852, quand il fut publié à Riga par le docteur C.-E. Napiersky. Possevino décrit l'origine de la Livonie et le développement des ordres militaires dans les pays baltes. Le mérite de Napiersky est non seulement d'avoir édité le texte de Possevino, mais de l'avoir enrichi de notes abondantes qui complètent et corrigent la chronologie.
Quant au traité sur la Transylvania, il est, nous dit le P. Pierling, « divisé en cinq livres, dont les deux premiers" contiennent la description géographique et l'histoire du pays jusqu'au milieu du xvie siècle; les guerres avec l'Autriche, l'invasion des hérésies et surtout de l'arianisme (socinianisme), l'avènement de Stéphane (Bathory), l'introduction des jésuites forment le 1. III; le 1. IV est consacré presque uniquement à Bathory, à son élection au trône de Pologne, à ses longues querelles avec l'empereur, aux soins prodigués au pays natal. Enfin, le dernier livre esquisse le programme de l'avenir, examine les meilleurs moyens pour la conservation et les progrès de la foi en Transylvanie, dans toute la Hongrie, en Moldavie et en Valachie. Ce commentaire s'adressait à un nombre restreint de lecteurs; cependant, l'auteur n'en redoutait pas la divulgation, pourvu que l'on supprimât, en différents endroits, la valeur de deux cents lignes, et que l'on dissimulât les noms des personnages encore vivants. Cette précaution ne fut jamais prise; l'oubli remplaça le grand jour de la publicité. » L'ouvrage ne parut qu'en 1913, quand le docteur Andréas Veress en fit le t. ni des Fontes rerum Transglvanicarum (Erdclyi Tôrtenelmi Forrâsor).
Quand, après le règne éphémère de Boris Godounov, Dmitri partit pour la Moscovie, Possevino fit beaucoup pour populariser son équipée en Occident. Sous le pseudonyme de Barezzo-Barezzi — c'est le nom de l'éditeur chez qui il publiait sa Bibliotheea selecta — il lança dans le public sa Relazione delta segnalata et corne miracolosa conquisla del paterno imperio conseguita dal Sereniss. Giovine Demetrio gran dura di Moscovia
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l'anno 1005. con la sua coronazione et con quel che ha /alto doppo che fù coronalo. l'ultimo di di I.uglio, fin a queslo giorno. Cette plaquette eut des éditions en espagnol, français, allemand et latin. Possevino y défendait vigoureusement l'authenticité du prétendant. Son ouvrage est un résumé des correspondances que les aumôniers jésuites de Dmitri envoyaient de Moscou en Italie. Possevino. d'ailleurs, était en correspondance personnelle avec Dmitri.
4° La « Bibliotheca selecta » et /' « Apparat us sacer ». — Ces deux ouvrages, véritables monuments d'érudition, méritent d'être traités à part. Tous deux furent écrits à Padoue. où Possevino, écarté des affaires, passa les dernières années de sa vie dans le calme. Voici le titre complet du premier : Bibliotheca selecta quu agitur de raiionc studiorum in historia, in disciplinis, in salutc omnium procuranda. La Ire partie est ainsi divisée : 1. I, but des études, moyens, empêchements: des académies et des livres; 1. II, histoire divine ou théologie positive; 1. III, théologie scolastique et pratique, à savoir des cas de conscience, où il est question des méthodes des Latins et des Grecs et de la Somme de saint Thomas; 1. IV, théologie catéchétique pour instruire les fidèles, en premier lieu les enfants, où il est question des écoles et de la manière d'enseigner le catéchisme, ensuite, des clercs et des séminaires; 1. V, des séminaires des ordres religieux et militaires, où il est question de leurs noviciats et de leurs instituts, et de la discipline militaire, des congrégations de scolastiques qui ne sont pas réguliers, des fils de princes, qui vivent soit comme laïques, soit comme ecclésiastiques, des autres qui traitent des affaires de la religion et de la paix au nom des princes; 1. VI, manière de traiter aimablement avec, les Ruthènes ou Moscovites et les autres qui suivent les rites des Grecs; 1. VII, manière de traiter avec les hérétiques des diverses sectes; 1. VIII, des athéismes de Luther, Mélanchton, Calvin, Bèze, des ubiquitaires, anabaptistes, puritains, ariens, et autres ennemis de la foi; 1. IX, manière de traiter avec les Juifs, Sarrasins et Agarènes ou mahométans et avec les Chinois; 1. X et XI, manière d'agir avec les autres nations, en particulier avec les Indiens du Nouveau Monde et les Japonais. Ces deux derniers livres sont du P. Alexandre Valignani.
IIe partie de l'ouvrage : 1. XII, de la jurisprudence; 1. XIII, de la philosophie en général; de la philosophie platonicienne, aristotélicienne, des différents commentateurs; 1. XIV, de la médecine en général, puis en particulier d'Hippocrate et de Galien; 1. XV, de la mathématique, où il est aussi question de l'architecture religieuse, de la cosmographie et de la géographie; 1. XVI. de l'histoire humaine; 1. XVII, de la poésie et de la peinture; 1. XVIII, Cicéron comparé aux autres écrivains païens et chrétiens; sur l'art d'écrire des lettres: de l'éloquence sacrée; enfin, les tables des matières. Le T. R. P. Aquaviva se montra exceptionnellement sévère pour la censure. Chacun des différents traités dut être examiné par trois Pères qui comptaient parmi les plus éminents spécialistes sur le sujet; voici quelques noms : le P. Azor examina la théologie; le P. Bellarmin, les controverses; le P. Christophe Clavius, le traité consacré aux mathématiques : le P. Piccolomini, celui de la jurisprudence. Une fois cette censure passée, il devint nécessaire de faire examiner l'ouvrage par les censeurs pontificaux. Neuf membres de différents ordres religieux étudièrent l'œuvre de Possevino et leurs noms furent publiés sur la première page de l'ouvrage. Le pape Clément VIII voulut l'honorer d'un bref. On comprend qu'un livre si puissamment recommandé ait connu un beau succès. Plus d'un traité fut publié à part.
Le dernier grand ouvrage de Possevino fut YAppa-
ratus sacer ad scriptores Veteris cl Novi Teslamenli ; le titre du rr volume ajoute : eorum interprètes, synodos et Patres latinos ac grsecos. Horum nersiones, thcologos scholasticos, quique contra luereticos egerunl. Clironographos et historiographos ecclesiasticos. Eos qui casas conscientise explicarunt. Alios qui canonicum jus sunt interpretati. Poetas sacros. I.ibros pios quocumque idiomate conscriptos. Qua editione mille et nongenti auctores partim indicantur, partim expenduntur. Quem item aller similis labor in (dits aliquot millibus scriptoribus mox consequetur. Possevino tint sa promesse. Quand il finit son ouvrage, il avait catalogué et analysé plus de 8 000 auteurs. L'Apparatus sacer, écrit le P. Sommervogel, qui s'y connaissait en bibliographie, « est le catalogue le plus considérable des écrivains ecclésiastiques anciens et modernes qu'on eût encore vu; il est plus étendu, plus instructif que celui de Bellarmin, qui ne parut qu'en 1613; Possevino y passe en revue, par ordre alphabétique, plus de 8 000 auteurs dont il retrace la vie et les opinions et indique les ouvrages. Quels que soient les défauts d'un pareil travail, on n'en doit pas moins reconnaître que Possevino a beaucoup contribué à faciliter l'étude et les progrès de l'histoire ecclésiastique ».
Il y aurait encore nombre de petits opuscules à ajouter : sur l'interdit de Venise, sur le catéchisme. Regrettons que les Annales quinquaginla annorum quos sacerdos e Socielate Jesu jussus est scribere de rébus ad quas missus est, une autobiographie de Possevino, n'ait pas encore vu le jour. On en trouvera des fragments dans Sacchini, chez le P. Fouqueray et surtout chez le P. Prat qui en a publié des extraits dans ses Mélanges biographiques de la Société de Jésus.
1. Ouvrages généraux. — ■ L. von Pastor, Histoire des papes, trad. française, t. ix (Grégoire XIII); J. Dorigny • Là vie du P.- Antoine Possevin de la Compagnie de Jésus, Paris, 1712; la traduction italienne de cette vie par le P. Nicolas Ghezzi ajoute en appendice un bon nombre de documents inédits, Venise, 1749; Liisi Karttunen, Antonio Possevino, un diplomate pontifical au XVIe siècle, Lausanne,
II. Missions en France. — H. Fouqueray, Histoire de la Compagnie de Jésus en France, des origines àAa suppression, t. i et il, Paris, 1910-1913; H. de La Ferrière, L'entrevue de Bayonne, dans Rev. quest. hist., t. xxxiv, 1883; H. de L'Épinois, Les derniers jours de la Ligue, même revue, t.xxxiv, 1883; l'article de H. de L'Épinois est un excellent résumé, sur documents d'archives, des rapports de Possevino avec le duc de Nevers.
III. Mission en Suède. — Voir surtout H. Biaudet, Le Saint-Siège et la Suède, t. i, Paris. 1907; t. H, Genève, 1912; A. Theiner, Schweden und seine Stellung zumheiligen Sluhl unter Johann III., Sigismnnd III. und Karl IX., IIe part., Augsbourg, 1838-1839; F. Koneczny, Jean III Wasa et la mission de Possevino (en polon.), Cracovie, 1901 ; H. Biaudet, Jean III de Suède et sa cour d'après une relation inédile de Christophe Warszewicki, dans Études romaines, publiées par l'expédition finlandaise, t. iv, Genève, 1911. — K.-I. Karttunen, JeanlII elSléphane Balhory, dans le même recueil, t. n, Genève, 1911.
IV. Missions en Pologne et Moscovie. — 1° Sources. — 1. Documents romains. — Tourguenev, Historica Rassiœ monumenta, t. i, Saint-Pétersbourg, 1841, et Supplementum, ibid., 1818, il s'agit des documents du Vatican; L. Boratynski, Caligarii nunlii apostolici in Polonia epistolas et acta a 1578 ad 15 SI, dans Monumenta Poloniœ Vatieana, t. iv, Cracovie, 1915; E. Rykaczewski, Relations des nomes apostoliques et autres sur la Pologne de 1548 « 1690 (en polon.), t. i, Berlin-Poznan, 1864; P. Pierling. S. .L, Balhory et Possevino. Documents inédits sur les rapports do Saint-Siège avec les Slaves, Paris, 1887; du même. Antonii Possédai missio Moscovitica ex annuis litteris S. J. e.vcerpta et annolationibus illustrata, Paris, 1882.
2. Documents russes. — Monuments des relations diplomatiques de l'.ancienne Russie avec les gouvernements étrangers (10 vol.), t. i, Saint-Pétersbourg. 1851; F. Ouspenskij, Instructions du tsar Ivan (à Chévriguine), Odessa, 1883; du même, Diseussions sur la paix entre Moscou et la Pologne
POSSKVINO (ANTONIO)
POSTKL (GUILLAUME)
en 1SSX el 1582, Odessa, 1887; N.-P. Likhatchev, L'arrivée à Moscou du légat pontifical Antonio Possevino, dans Annales de lu Comm. archiogr. de Saint-Pétersbourg, t. xi, Saint- Pétersbourg, 1903.
3. Documents polonais. — A. Czuczynski, Diaire de l'attaque de Stéphane Balhory contre Pskov, composé once les lettres de l'abbé Jean Piotrowski, Cracovie. 1894; Acta Stcplioni régis, dans Acta historien rcs gestas Polonim illustrantia, t. xi, Cracovie, 1887.
2° Travaux. — P. Pierling, S. J., La Russie et le Saint- Siège, t. il, Paris, 1897; ce volume dispense de la lecture des nombreux ouvrages el articles précédents du même auteui sur ce sujet; F. Ouspenskij, Relations de Rome avec Moscou, dans .Journal du ministère île l'Inslr. publique (en russe), août et oct. 1884-aoÛt 188"), ces articles sont une critique détaillée de différents travaux du P. Pierling sur Possevino; Likhatchev, voir supra; W. Zakrzewski, Relations du Saint- Siège avec Ivan le Terrible (en pol.), Cracovie, 1872; L. Borâtynski, Éludes sur la nonciature polonaise de Bolognetti. dans Discussions ( Rozpraivy ) de l'Académie polonaise des sciences, IIe sér., t. xxiii, 1907, voir surtout le § 2 : Conti privati contro il P. Possevino; K. Waliszewski, Ivan le Terrible, Paris, 1904.
V. Autres activités de Possevino en Pologne. — J. Wielewicki , S. J., Diaire de la résidence des PP. jésuites de Sainte-Barbe à Cracovie ( Ire part., de 1579 à 1599), dans Scriplores rerum Polonicarum, t. vu, Cracovie, 1881 ; S. Zaleski, S. J., Les jésuites en Pologne (en polon.), t. I, 1900. — Pour la fondation de l'alumnat de Vilna, voir Ivan Kripiakevitch, Sur l'activité de Possevino, dans Mémoires de la société ukrainienne du nom de Chevtchenko (en ukrainien), t. cil, 1912, et surtout J. Poplatek, S. J., Institution du séminaire ponti/ical de Vilna (en polon.), dans Ateneum Wilenskie, t. vi, 1930. — Pour les autres fondations de Possevino dans le nord de l'Kurope : B. Duhr, S. J., Geschichte der Jesuilen in den I.àndern deutscher Zunge, t. i, Fribourg,
VI. Missions en Hongrie et Transylvanie. — A. Veress, Epistohc el acta jesuitarum Transylvaniu* lemporibus principum Bathory, dans Fontes rerum Transylvanicarum, t. i et il, Budapest, 1911-1913; V. Fraknoï, Visite de Possevino à Gran Varadino (en hongrois), Nagyvaradi, 1901 ; du même, Un jésuite diplomate dans notre patrie (en hongr.), Budapest, 1902.
VII. Bibliographie de Possevino. — ■ C. Sommervogel, S. J., Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. VI, Bruxelles, 1895; J. Stier.II. Scheid, G. Fell, Der Jesuiten Perpinna, Bonifacius und Possevin (cette partie due à Fell) ausgewuhlte padagogischc Schriftcn, Fribourg, 1901. Voir aussi la lettre du P. Possevino au P. Sailly en appendice à la traduction italienne de la Vie de Possevino, par Jean Dorigny.
J. Ledit.
POSSIDIUS. — Possidius vécut une quarantaine d'années dans l'entourage de. saint Augustin. Devenu évêque de Calama, il écrivit la biographie de son ancien maître. Dans la préface, il déclare vouloir omettre tout ce que saint Augustin a dit de son passé dans les Confessions. Aussi est-il très bref sur les années qui précédèrent l'élévation de son héros à l'épiscopat. Ayant vécu longtemps dans l'intimité d'Augustin, Possidius était à même de donner de nombreux détails sur sa vie intime et quotidienne. Grâce à ces détails, son œuvre, mettant en relief la personnalité de l'évêque d'Hippone, présente un intérêt tout particulier. Quant à sa composition, la vie de saint Augustin est apparentée à la biographie de saint Martin par Sulpice- Sévère et à celle de saint Ambroise par Paulin. Ces trois biographies relèvent du genre cultivé à Alexandrie. On a aussi constaté que, dans sa vie d'Augustin, Possidius suit le plan adopté par Suétone dans sa vie de l'empereur Auguste. A son travail, Possidius a joint un catalogue des écrits de saint Augustin.
La vie de saint Augustin, par Possidius, se trouve dans P. L., t. xxxu, col. 35-66; le catalogue des œuvres d'Augustin, t. xlvi, col. 5-22. Nouvelle édition avec traduction anglaise et notes explicatives, par Weiskotten, Princeton, 1919, mais sans le catalogue des œuvres d'Augustin. Voir aussi Fr. Kemper, De oitarum Cypriani. Martini Turonensis, Ambrosii, Augustini rationibus, Munster-en-W., 1904.
G. Fritz.
POST Gérard, frère mineur conventuel suisse (xvni« siècle;. — Originaire de Lucerne, il fut docteur eu lliéologie et régent du Sludium générale à Lucerne. Il publia les ouvrages suivants : Selecta in philosophia juxta recentiorum placita, 2 vol., Lucerne, 1751-1752; Tractatus theologici, comprenant : De Deo uno et trino, De Verbi incarnatione, De opère sex dierum. De sacramentis. De legibus, De virtulibus theologicis, 2 vol. in-4°, Wurzbourg, 1753; De vera nativitalis Domini Xostri Jesu Christi epocha, Lucerne, 1754; De amore initiait pœnitenlis, ibid., 175C; De homine theologice considerato, ibid., 1758; De/ensio status monastici, ibid., 1770.
D. Sparacio, O. M. Conv., T'rammenti biobibliografici di scrittori e autori minori convenluali degli ultimi anni del 600 a noi, dans Miscellanea francescana, t. xxx, 1930, p. 39.
Ain. Teetaert.
POSTEL Guillaume (1510-1581), érudit et polygraphe français, fortement atteint d'illuminisme. — A ce curieux personnage les bibliographes ont, jusqu'à la fin du xvme siècle, attaché beaucoup d'importance. C'est le Nouveau dictionnaire historique et critique de J.-G. de Chaufepié qui a le mieux débrouillé les données biographiques; les auteurs des notices plus récentes n'ont fait qu'abréger celle-ci.
Né au village de Dolerie, qui faisait alors partie de la paroisse de Barenton (Manche), Guillaume Postel est vraiment un autodidacte et un self mode man. Arrivé à Paris, sans ressources, vers l'âge de seize ans, il apprend seul, ou à peu près, le grec et l'hébreu, comprend l'intérêt de l'étude des langues orientales, réussit à se faire adjoindre, en 1537, à l'ambassade envoyée à Constantinople par François Ier et rapporte de ce premier voyage, avec une connaissance telle quelle de l'arabe, un lot important de manuscrits. Rentré à Paris, il publie dès 1538 une grammaire arabe; et, en 1539, est nommé professeur de mathématiques et de langues orientales au Collège royal qui va devenir le Collège de France. Obligé, pour des raisons mal éclaircies, d'abandonner ce poste, il est à Rome vers 1543 et se fait admettre par saint Ignace au noviciat de la Compagnie de Jésus, où il dut recevoir la prêtrise. Mis en défiance contre les tendances illuministes du personnage, qui commençaient déjà à se manifester, Ignace s'en débarrasse. Dès lors va commencer pour Postel une vie d'aventures; il est à Venise en 1547, comme aumônier d'un hôpital, où il rencontre une religieuse (plus exactement une béate), Mère Jeanne, dont l'influence ne fera qu'accentuer son tempérament de visionnaire. Dénoncé à l'Inquisition, il est renvoyé comme fou. Un second voyage en Orient (1548-1549) le mène aux Lieux saints, puis à Constantinople, et lui est une nouvelle occasion de s'enrichir en manuscrits. Finalement, rentré à Paris en 1552, il y reprend son enseignement au Collège royal; ce n'est pas pour longtemps. La publication du plus étrange de ses livres, Les très merveilleuses victoires des femmes, lui suscite de nouvelles difficultés; il est heureux de quitter Paris pour Vienne, où veut l'attirer Ferdinand Ier, roi des Romains (1553). Puis on le retrouve à Venise, à Padoue, à Rome enfin, où il fait de nouveau connaissance avec les prisons de l'Inquisition. La mort de Paul IV (1559) le délivre. En 1564, il est rentré à Paris et se retire, de bon gré ou contraint, au prieuré de Saint-Martin-des-Champs; c'est là qu'il mourra, le 6 septembre 1581.
« On ne saurait nier, dit A. de Sallengre, que Postel n'ait été un des premiers hommes de son temps en fait d'érudition... Il excellait surtout dans la connaissance des langues, de la philosophie, de la cosmographie et des mathématiques... François Ier, qui aimait les lettres, et la reine de Navarre qui était savante, regardaient Postel comme la merveille du monde. »