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POUVOIR DU PAPE. LE HAUT MOYEN AGE

4° Le haut Moyen Age (vue-xe siècle). — Si l'on peut dire que le monde barbare se nourrit de la pensée augustinienne sur L'origine divine du pouvoir, sur ses responsabilités et ses limites, il faut ajouter que, politiquement, il s'organise et se constitue d'abord sous la tutelle de l'Église et du droit ecclésiastique.

1. L'Espagne. — C'est dans l'Espagne wisigothique, plus policée que la Gaule mérovingienne, que cette influence se fait sentir en premier lieu. Saint Isidore de Séville (t 036). canoniste émérite. franchement augustinien, enseigne que le principal temporel doit être une sollicitude pleine de condescendance et non une domination tyrannique, nuisible aux peuples, que les souverains doivent user de leur autorité comme d'un don de Dieu, pour l'utilité et la protection des membres du Christ. Marquant les bornes de ce pouvoir, l'évêque de Séville distingue expressément entre les lois, œuvre de la nation, et les édits que promulguent les monarques. Elijnwlog., I. II, c. x, P. L., t. i.xxxii, col. 130; Sentenliarum, 1. III, c. xlviii-li, t. lxxxiii, col. 718-724.

Promoteur des grands conciles nationaux tenus de son temps ou après lui, qui fondent dans la péninsule l'action politique du clergé et l'union étroite de l'Église et de l'État, manifestement il les anime de sa doctrine. Le IVe concile de Tolède, qu'Isidore préside, en 633, est le plus célèbre. Le 75e capitulum, qui condamne les attentats contre la royauté et détermine le mode d'élection du monarque, deviendra un texte classique du droit canonique et constitutionnel espagnol. Il n'omet pas d'exhorter le prince à se bien pénétrer de ses pouvoirs, et il les lui rappelle en citant et paraphrasant légèrement ce texte fameux tiré du De ciuilateDei: « Vous qui régnez sur nous présentement, nous vous supplions, ainsi que tous vos successeurs, avec l'humilité qui convient, de vous montrer modérés et doux à l'égard de vos sujets, de gouverner avec piété et justice les peuples que Dieu vous a confiés, afin de vous montrer reconnaissants envers le Christ qui vous a gratifiés de la couronne et établis souverains... » D'ailleurs les Pères de Tolède anathématisent solennellement les princes cruels et injustes et ils les menacent du jugement que le Christ portera contre eux. Enfin, passant aux actes, ils décident que l'ancien roi, qui a dû, en raison de ses crimes, renoncer à la couronne, ne devra, ni lui, ni sa femme, ni ses enfants, être de nouveau élevé sur le trône. Mansi, Concil., t. x, col. 640.

Voilà, certes, qui marque un stade nouveau dans le développement pratique des principes augustiniens et, déjà, l'esquisse d'une réelle juridiction de l'Église sur la cité.

2. Le royaume franc. — Dans le royaume franc, il n'en va pas tout à fait de même. De Clotaire Ier à Dagobert Ier, les Mérovingiens s'affranchissent délibérément des tempéraments de la coutume et de l'intervention des grands et des évêques.

Il ne faut même pas exagérer, comme on le fera plus lard, le rôle du pape Zacharie (741-752) dans la déposition du dernier roi mérovingien; cependant, et c'est déjà significatif, il fut consulté, il approuva Pépin le Bref d'avoir pris le titre de roi. Voir les références dans Jaffé, Regesla, post n. 2290. L'on peut voir, en ce fait, le prélude d'une action et d'une alliance où les Carolingiens et les pontifes romains vont s'aider mutuellement pour la fondation de l'État pontifical et pour l'établissement du nouvel empire d'Occident et de la chrétienté féodale.

Mais le couronnement de Charlemagne fut-il vraiment, dans l'intention du pape Léon III (705-816), une riposte et une reprise de la papauté, déjà inquiète d'un protectoratqui menaçait de tourner en suzeraineté, soucieuse aussi d'éviter un césaro-papisme renaissant et d'assurer, par le sacre impérial, la prédominance effective du pouvoir spirituel sur le temporel? C'est plus

que douteux. Voir l'art. Léon 111, t. ix, col. 304-312.

Ce qui paraît certain, c'est que Charlemagne régentait ['Église au spirituel aussi bien qu'au temporel. « Votre pieux souci de protéger les Églisesdu Christ, lui écrit Aleuin. et de les purger, à l'intérieur, de toute doctrine perverse, n'a d'égal que votre soin de les garantir et de les défendre, à l'extérieur, contre les dévastations des païens ». Et il ajoute le plus naturellement du inonde : « C'est la puissance divine qui a muni de ces deux glaives votre excellence vénérable. » Mon. Germ. hist., Epist., t. iv, p. 282. « Ainsi, par u.i curieux hasard, a-t-o:i remarqué, le premier théologien qui semble avoir considéré les deux glaives de l'Évangile (Luc., xxir, 38) comme le symbole de la double autorité spirituelle et temporelle, les place d'emblée dans la main de l'empereur. » J. Leclerc, L'argument des deux glaives dans les controverses politiques du Moyen Age, dans Iïech. de se. relig., juin 1931, p. 305.

D'ailleurs, si la formule était alors nouvelle, l'idée ne l'était pas précisément et, dès l'époque patristique, on a pu signaler, au profit de l'empereur, l'emploi de l'expression vicari us Dei, qui va se généralisant durant la période carolingienne et pendant tout le Moyen Age, ce qui n'empêchait pas les évêques et le pape de se donner ou de recevoir ce même titre ou celui de vicarius Chrisli, J. Rivière, Le problème de l'Église el de l'Étal au temps de Philippe le Bel, Louvain-Paris, 1926, append. vi, p. 435 sq.

Ce qui, d'autre part, semble également certain, c'est que, très vite, se dessina, parmi les théologiens et les canonistes, une réaction qui se traduisit de diverses manières parmi les proceres ecclésiastiques de l'empire franc, et, un peu plus tard à la curie pontificale. Elle ne va à rien de moins qu'à assurer un contrôle de l'autorité ecclésiastique sur la conduite du souverain en tant que tel. Les humiliations imposées à deux reprises à Louis le Pieux sont la claire expression de l'idée que se faisaient de leur pouvoir, ratione peccali, les puissants évêques du ixe siècle. La papauté se montre d'abord plus réservée et c'est à son corps défendant que Grégoire f V, eu 833, se laisse entraîner dans la querelle des fils de l'empereur contre leur. père.

Pourtant, l'évêque Jonas d'Orléans (f 844) se borne encore à revendiquer pour l'Église le droit d' « avertir » les souverains sur les devoirs de leur charge et de les réprimander avec mansuétude en cas de manquement. De institutione regia, i, P. L., t. evi, col. 285. Et le pape Nicolas Ier (858-867), dans une lettre à l'empereur Michel III exprime bien la doctrine officielle de l'Église et de la papauté, lorsque, invitant le césar byzantin au respect de l'ordre spirituel, il reprend la formule de Gélase Ier, ou que, se servant de l'allégorie des deux astres créés par Dieu le quatrième jour pour éclairer le monde, il affirme avec insistance la distinction des deux pouvoirs. Epist., i, P. L., t. exix, col. 769. Voir l'art. Nicolas I", t. xi, col. 506-526.

Depuis longtemps le glaive représentait la puissance temporelle; mais voici que, peu à peu, l'Église s'accoutume à considérer sa juridiction sous le symbolisme d'un autre glaive, le glaive spirituel. Chez saint Paschase Radbert (f 865), les deux glaives de l'Évangile figurent le double pouvoir de lier et de délier. Expos, in Matlh., 1. XII, P. L., t. cxx, col. 916-917. Dans les lettres du pape Nicolas Ier, le « glaive de l'anathème », le i glaive spirituel », le « glaive de Pierre » sont des locutions courantes pour les formules ou menaces d'excommunication. Le même pontife nous montre saint Pierre maniant le glaive corporel contre Malchus, le glaive spirituel contre Ananie. Epist., cxi.vii, cxlix, i.xxxvi, lxxxii, cxxv, P. L., t. c.xix, col. 1141, 1151. 926 sq., 918, 1126.

Toutefois, dès le xe siècle, une doctrine différente essaie de se constituer parmi les théologiens et les cano-

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