POUVOIR DU PAPE. POUVOIR DIRECTIF
aux arguments dont Bellarmin n'avait i)lus fait de cas pour son propre compte.
C'est que « la théorie bellarminienne a plus d'un mérite. Elle opposait une digue à la marée montante des doctrines absolutistes sur le pouvoir royal et sur l'État; elle s'inspirait d'un souci de réelle modération et cherchait à dégager une notion plus pure de l'autorité spirituelle en même temps qu'à en maintenir toutes les prérogatives ». Leibniz (f 1710) n'hésitait pas à la prendre en considération. « Les arguments de Bellarmin, disait-il, qui, de la supposition que les papes ont la juridiction sur le spirituel, infère qu'ils ont une juridiction au moins indirecte sur le temporel, n'ont pas paru méprisables à Hobbes même. EITectivement, il est certain que celui qui a reçu une pleine puissance de Dieu pour procurer le salut des âmes a le pouvoir de réprimer la tyrannie et l'ambition des grands qui font périr un si grand n'ombre d'àmes. » « Pour la juger équitablement, ajouterons-nous avec le R. P. deLubac, il faut... la replacer dans le contexte de l'histoire. » H. de Lubac, Le pouvoir de V Église en matière temporelle, dans Rev. des se. relig. de Strasbourg, t. xn, 1932, p. 330. Toujours est-il qu'à partir du xvne siècle les théories théoeratiques sont abandonnées par la plupart des théologiens et des canonistes; ils sont reconnaissants à Bellarmin de leur avoir ménagé dans le système du pouvoir indirect une position de repli.