‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 396 sur 437 · L 'INTERVENTION DE L'ÉGLISE DE LYON · texte numérisé non relu

L 'INTERVENTION DE L'ÉGLISE DE LYON

florus, amolon, remi. — Dans ce royaume, Lyon était le centre de la vie intellectuelle, c'est de là que, après un moment d'hésitation, vont partir les plus fermes défenses de l'augustinisme intégral.

1° Florus, diacre de Lyon, mais que sa situation d'écolàtre mettait en relief, versa d'abord au dossier de la controverse un texte dont il est bien difficile, à la vérité, de dire quel esprit l'animait.

Dans son Sermo de prsedestinatione, P. L., t. cxix, col. 95-102 (qu'utilisera Hinemar, qui en eut en mains deux exemplaires, dont les variantes lui firent supposer quelques interpolations sur les points gênants pour lui), il admet, comme Prudence, la prédestination géminée mais de façon à sauvegarder absolument et très clairement la responsabilité de l'homme et la justice de Dieu :

Preescivil sine dubio et bona quœ boni erant facturi et mata quœ mali erant gesturi. Sed in bonis ipse fecit sua qralia ut boni essenl; in malis vcro non ipse fecit ut essent mali , quod absit; sed tantum prœscivil eos proprio vitio laies fuluros. Neque enim prœscientia Dei imposuil eis nécessitaient ut aliud esse non possent, sed tantum quod illi fuluri erant ex propria voluntale, Me ut Deus prœvidit ex sua omnipolenli majestate. Les méchants emploient à mal faire le temps que Dieu leur laisse pour s'amender, mais ce n'est pas la faute de Dieu, c'est la leur. Ils sont donc justement condamnés par sa justice. Dieu prévoit aussi leur damnation, mais par leur faute, parce qu'il prévoit qu'ils persévéreront dans leur malice : Ergo bonos prœscivil omnino et per graliam suam bonos fuluros, et per eamdem gratiam œlerna prœmia accepturos, id est et in prœsenli sœculo bene uicturos et in futuro féliciter remunerandos, utrumque tamen ex misericordia Dei... E contrario autem malos et prœscivil per suam justiliam œlerna ultione damnandos. Quant à la prédestination proprement dite, s'il s'agit des bons, on doit dire : Prœdestinavit omnino ut et hic essent boni, non ex se sed ex Mo; et Mie beali non per se, sed per illum. In ulroque ergo bona sua in eis et de eis fulura prœscivil et prœdestinavit. S'il s'agit des méchants : In malis vero et impiis non prœdestinavit omnipotens Deus maliliam et impielatem, id est ut mali et impii essent et aliud esse non possent. Sed quod prœscivil (cod. Her : sed quia eos prœscivit) et prœvidit (la leçon prœdestinavit est une faute, qu'il faut corriger d'après P. L., t. cxvi, col. 98 BC) malos alque impios fuluros proprio vitio, ipse eos prœdestinavit ad œlernam damnationem justo judicio, non quia aliud esse non po-

luerunt, sed quia aliud esse noluerunl. Ipsi iyilur sibimelipsis exstiteru.nl causa perditionis. Deus autem judex juslus et ordinalor justus ipsius damnalionis (non enim prœdeslinavil injustu sed justa) prœdestinavit tamen cl coronas justis et pœnus injuslis quia utrumque est justum.

Celui qui dit que les réprouvés sont prédestinés à leur perte et ne peuvent pas faire autrement que de se perdre, et que les prédestinés au salut ne peuvent pas faire autrement que se sauver, celui-là parle d'une manière insensée, détruit le mérite du salut comme la responsabilité de la damnation, et impute à Dieu une injustice (col. 98-99). C'est évidemment Gotescalc qui est visé. C'est bien la doctrine qu'on lui attribuait communément. Nous avons vu qu'il n'est pas prouvé que telle fût sa pensée.

Florus explique comme il suit la condition du libre arbitre vicié et corrompu dans tout le genre humain : depuis la chute, il est aveuglé et affaibli de telle sorte qu'il n'a plus de lui-même pouvoir et liberté que pour le mal. Il ne peut aucunement se relever et guérir, faire le bien et pratiquer la vertu sans la foi au médiateur et l'intervention restauratrice, illuminativc etcurative de l'Esprit Saint. ...Liberum arbilrium in universo humano génère illius prœvaricationis merilo viliatum et corruptum ila obcœcatum est et in/irmalum ut suffleiat homini ad mate agendum, id est ad ruinam iniquilalis, et hac solum possil esse liberum; ad bene vero agendum id est ad exercilium virtutis et fruclum boni operis nullo modo assurgat et convalescal nisi per fidem unius medialoris... et donum Spiritus Sancti instauretur, illuminetur atque sanetur...

2° Amolon de Lyon. — Est-ce avant, est-ce après ce sermon de Florus qu'il faut placer une intervention de l'archevêque Amolon, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Gotescalc lui avait écrit. Mauguin nie l'authenticité de cette lettre, d'ailleurs perdue, et accuse Hinemar de l'avoir fabriquée, pour mieux compromettre son prisonnier. Il n'y a aucune raison sérieuse d'admettre cette hypothèse. Ce qui est vraisemblable, et d'ailleurs affirmé par les textes, c'est que Hinemar avait, de son côté, informé son collègue et s'était plaint amèrement des dispositions du moine. Du reste, l'Église de Lyon était depuis longtemps au courant.

Ainsi informé, Amolon écrit à Gotescalc avec une bonté toute paternelle, P. L., t. cxvi, col. 84-96. 11 l'exhorte instamment à la soumission d'esprit, à l'abandon de son sens propre. Dans son enseignement, en elïet, plusieurs points sont extrêmement déplaisants. — 1. Il affirme que nul ne peut péiir s'il est racheté par le sang du Christ : Neminem posse perirc sanguine Christi redemptum. — 2. En niant que ceux qui périssent soient rachetés par le sang du Christ, sans lequel les sacrements seraient des signes absolument inefficaces, il soutient que les sacrements sont reçus en vain, perfunctorie et fruslratorie par ceux qui périssent après y avoir eu part. — 3. Il abuse de l'Écriture et des Pères : les comprenant mal, il s'obstine à affirmer des choses manifestement opposées à la vérité, an point de dire que ceux qui périssent n'ont jamais été incorporés à l'Église ni membres du Christ. — 4. Sa façon de parler de la prédestination est d'une dureté effrayante ; il va jusqu'à nier la possibilité du salut pour les réprouvés : Quarto loco displicet nobis valde quia tam dure et indisciplinate et immaniter de divina prœdestinatione sentis et loqueris in damnatione reproborum, ut omnes illos qui ad sinistram ponendi sunl in die judicii et cum diabolo alque angelis ejus pro malis meritis suis œterno igné damnandi ila sint divinilus ad interilum prœdestinati, ut eorum prorsus nullus aliquando polueril, nullus possil salvus esse. Col. 89.

Amolon insiste sur ce point, qu'il tient pour un horrible blasphème : le juste juge ne condamne per-

Page 1