‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 97 sur 437 · PIERRE AURIOL. VIE · texte numérisé non relu

PIERRE AURIOL. VIE

teologica di Botogna, Bologne, 1932, p. cxx.xvm, cxu sq., 100-102. On ne saurait déterminer plus exactement à quelle époque il a commencé son professorat dans ce studium générale, ni durant combien de temps il a exercé cette charge. Tout ce que nous savons touchant l'activité de Pierre Auriol à Bologne nous le devons au cod. 14f)-"i de la bibliothèque nationale de Borne (cod. Sessorianus) qui a été écrit en 1315 et qui contient en dehors du Tractatus de conceptione (fol. 1-23 v°) et du Repercussorium (fol. 35 r°-4-l r°), le Tractatus de principiis (fol. 44 v°-128 v°). Ce dernier traité y est dit : edilus a jratre Petro Aureoli de ordine minorum, lectore in civitate Bononiie anno Domini MCCCXIl. 11 en résulte qu'il publia lors de son lectorat 'à Bologne, en 1312, son premier traité philosophique, intitulé : Tractatus de principiis.

En 1314, Pierre Auriol était lecteur dans le couvent des frères mineurs de Toulouse, mais nous ne pouvons pas préciser à quelle date il a été chargé du lectorat dans ce Studium générale, qui était déjà annexé, comme faculté de théologie, à l'université de Toulouse, depuis la première moitié du xme siècle. Il y composa en 1314 son fameux Tractatus de conceptione B. M. V. Le maître franciscain jouissait aussi, vers cette époque, d'une renommée étendue comme orateur et prédicateur. Le 8 décembre 1314, fête de la conception de la sainte Vierge, il monta en chaire et y défendit le privilège de l'immaculée conception, vivement attaqué à cette époque par les dominicains. Il rassembla, en 1315, les conclusions et le résultat de la dispute, que cette prédication avait occasionnée, dans l'écrit : Repercussorium editum contra advcrsarium innocentise Matris Dei.

Cette polémique et ces écrits ont contribué, dans une large mesure, à répandre la renommée de Pierre Auriol, tant au dehors qu'au dedans de l'ordre, et à attirer sur lui l'attention de ses supérieurs majeurs. Il fut désigné au chapitre général de Naples en 1316, où il avait accompagné son provincial Bertrand de la Tour pour commenter à Paris le livre des Sentences. Le nouveau général, Michel de Césène, de la province de Bologne, souscrivit lui-même à ce choix, bien qu'on lui eût assuré que son élection avait été combattue par Auriol. Aux quelques adulateurs, jaloux de l'honneur insigne échu à leur glorieux confrère et de l'hommage éclatant rendu à son savoir, qui s'elïorcèrent auprès du général d'annuler la décision prise, le prélat franciscain donna la réponse typique : « A Dieu ne plaise que, pour une offense qui me serait faite, j'éteigne une lumière si brillante de l'ordre. » Chronica XXIV generalium ord. min., éd. cit., p. 430; Chartularium univers. Paris., t. n, p. 225. Le fait de l'opposition de Pierre Auriol à l'élection de Michel de Césène comme général paraît d'autant plus vraisemblable que nous savons qu'il a exercé le lectorat à Bologne, où il doit avoir connu Michel de Césène. Il est cependant impossible de préciser à quelle époque et à quel endroit le maître franciscain aurait travaillé contre l'élection de Michel de Césène au généralat. ■ Fut-ce à Bologne ou à Toulouse ou comme compagnon de son provincial Bertrand de la Tour ? Impossible de préciser. Une chose reste cependant acquise, c'est que le chapitre général de Naples, en 1316, envoya Pierre Auriol à l'université de Paris pour y expliquer et commenter les Sentences. C'est pendant son séjour en cette ville qu'il écrivit son Commentarium in IV libros Sentenliarum. Sur l'envoi d'Auriol à Paris, voir Bihl, O. F. M., dans Arch. francise, hist., t. xxm. 1930, p. 107-109.

Pierre Auriol avait à peine professé pendant deux années comme bachelier à l'université de Paris, que le pape Jean XXII, dans une lettre du 14 juillet 1318, ordonna au chancelier de l'université de lui conférer la

licence en théologie. Cliart. univ. Paris., t. il, p. 227 sq., n. 772. Cette lettre est pleine d'éloges pour le docteur franciscain que le pape affirme connaître experientia. Il est diflicile de préciser comment le pape a connu experientia l'infatigable activité et la grande érudition de Pierre Auriol. Est-ce par l'élude des écrits du docteur franciscain ou est-ce par des relations qu'il entretenait avec lui '? On ne peut rien alfinner avec certitude. Bien ne s'oppose cependant à admettre que Jean XXII ait été en relation avec Pierre Auriol, vu que l'un et l'autre étaient originaires du Quercv.

Pierre Auriol n'avait obtenu que depuis peu sa licence, quand la fameuse lutte entre les maîtres du clergé séculier et ceux du clergé régulier, commencée déjà du vivant de saint Bonaventure et de saint Thomas, eut des conséquences funestes pour les réguliers, qui perdirent, sur l'ordre du pape, le privilège de ne pas faire le serment prescrit à tous les maîtres. Chart. univ. Paris., t. n, p. 223, n. 769. Ainsi, dans un document du 13 novembre 1318, nous rencontrons le nom de Pierre Auriol parmi les magistri actu régentes in facultate theologica du clergé régulier, qui, devant le recteur et le chancelier de l'université et devant la faculté de théologie, s'obligent sous serment ad quemeumque statum ipsos ex eorum quemlibet devenire contigerit, se perpetuo irrevocabiliter et inviolabiliter observaturos videlicet privilégia, slatuta, jura, libertates et consuetudines laudabiles hactenus approbatas et futuris temporibus approbandas et nostrse universitatis sécréta penitus et per omnino recelare. Ibid., t. n, p. 227, n. 776. On peut conclure de ce passage que Pierre Auriol, peu de temps après sa promotion à la licence, a été élevé à la dignité de « magister » : ce qui lui permit d'avoir une chaire à lui et de diriger une école de l'université (magister regens ou cathedraticus ) , Le souvenir du succès d'Auriol dans l'enseignement philosophique et théologique a été perpétué par un artiste contemporain. Dans la lettre initiale du cod. lat. lô 363 de la Bibliothèque nationale de Paris, qui contient le 1. I de son commentaire sur les Sentences (2e rédaction), Auriol est -représenté assis dans sa chaire, enseignant, la main droite levée, à un groupe de frères mineurs; l'un d'eux exprime par son geste une vive admiration. Le docteur franciscain est représenté encore dans la lettre initiale du cod. Vat. lat. 942, qui contient le I. II du même commentaire. On y voit un évêque tenant d'une main un livre et de l'autre une croix.

Après sa promotion à la licence et à la maîtrise, Pierre Auriol semble s'être consacré aux études bibliques, à la suite desquelles il publia, en 1319, le Compendium sensus litteralis totius divinse Scripturse. Malgré la préférence marquée, à cette époque de sa vie, pour les études bibliques, le docteur franciscain s'est cependant vu forcé de revenir aux questions discutées de la philosophie et de la théologie, d'abord pour donner un développement plus long à des problèmes intéressants, exposés trop brièvement dans son commentaire, et ensuite pour répondre aux attaques et aux critiques dont plusieurs questions, traitées dans son commentaire, étaient l'objet. Toutes ces raisons le déterminèrent à écrire ses Quodlibeta, terminés en 1320. Avec les Quodlibeta se clôt l'activité de Pierre Auriol comme professeur et comme écrivain.

3° Charges religieuses et ecclésiastiques. — En effet la carrière professorale d'Auriol à l'université de Paris ne se prolongea guère. Vers la fin de 1320, il fut très probablement élevé par ses confrères -à la dignité de provincial de la province d'Aquitaine, en remplacement de Bertrand de la Tour, promu, le 3 septembre de la même année, archevêque de Salerne par Jean XXII. C. Eubel, Bullar. franc, t. v, Borne, 1898,

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p. 190, n. 106, et Hierarchia catholica Medii .Evi, t. i, p. 429. La plupart des historiens, cependant, comme F. Stanonik, N. Valois, Denifle (Chcwtul. univ. Paris., t. n. p. 22">>. G. Mollat (Divt. Iiisl. et geogr. certes., t. v, col. 701) ont soutenu jusqu'ici que Pierre Auriol fut élu provincial dans le cours de l'année 1319. L. W'adding fournit à ce sujet des données contradictoires. Tandis qu'en un passage il soutient que le docteur franciscain avait remplacé, comme provincial d'Aquitaine. Bertrand de la Tour, lors de la nomination de ce dernier à l'archevêché de Salerne (Annales minorum, t. vi. ad ann. 1318, n. 29, Quaracchi, 1931, p. 364), en un autre endroit, il prétend qu'Auriol avait continué d'enseigner à Paris jusqu'à sa nomination à l'archevêché d'Aix (op. cit., ad ann. 1316, n. 6, p. 277). Nous croyons toutefois qu'il faut s'en tenir à la date de la fin de l'année 1320, indiquée plus haut. Plusieurs raisons, en effet, existent en faveur de cette date. La source la plus ancienne qui nous renseigne sur le provincialat de Pierre Auriol est la Chronica XXIV generalium ord. min., dans laquelle nous lisons le passage suivant : Eodem anno (scil. 1319) fraler Bertrandus de Turre, minister Aquilaniœ fuit ad archiepiscoputum Salernitanum assumptus. Eodem anno jactus est, electus et confirmatus minister Aquitanise frater Petrus Aureoli magisler, sed intérim factus episcopns Aquensis o/ficio non est usus, éd. cit., p. 478. D'après ce document, Pierre Auriol aurait été élu provincial la même année que Bertrand de la Tour devint archevêque. Or, C. Eubel a dûment établi que Bertrand ne peut avoir été élevé à l'archiépiscopat avant le 3 septembre 1320. Bullar. franc, t. v, p. 190. Les franciscains de Quaracchi expliquent l'erreur chronologique (1319), introduite dans la Chronica, de la façon suivante : l'auteur de cette Chronica aurait compté la IVe année pontificale de Jean XXII, signalée dans la lettre de la nomination de Bertrand, non à partir du jour de son couronnement (5 sept. 1316), mais à partir du jour de son élection (7 août 1316) (Chronica XXIV generalium, éd. cit., p. 471, note 1 et p. 478). De la sorte, tout s'explique.

Ensuite, la même Chronica affirme explicitement que Pierre Auriol n'a jamais exercé le provincialat. Or, cette thèse est insoutenable, si l'on prétend qu'il a déjà été élu provincial en 1319, vu qu'il ne devint archevêque que le 27 février 1321. Comme, dans cette supposition, une année se serait écoulée entre son élévation au provincialat et sa nomination comme archevêque, il est invraisemblable qu'il n'ait point exercé le provincialat durant cette année. Tout s'explique, au contraire, dans la thèse qui prétend que le docteur franciscain ne serait devenu provincial que vers la fin de 1320.

Le 27 février 1321, Pierre Auriol fut nommé archevêque d'Aix, en remplacement de Pierre des Prés qui, le 19 ou 20 décembre 1320 avait été promu à la dignité de cardinal. Jean XXII, dont l'attention s'était déjà fixée sur Auriol et à qui ce dernier avait dédié son commentaire des Sentences, jugea qu'un religieux, dont la science jetait tant d'éclat sur l'ordre des frères mineurs, était digne d'occuper un des sièges métropolitains de la Provence. Aussi, la bulle qui nomma le docteur franciscain à l'archevêché d'Aix démontret-elle la grande confiance que le pape mettait dans Auriol et elle loue, entre autres qualités, la gravité de ses mœurs, la pureté de sa vie, la maturité de son jugement. Bullar. franc, t. v, p. 200, n. 425. De plus, le fait que le pape lui-même a daigné conférer la consécration épiscopale au nouvel archevêque, prouve la haute considération et la grande estime que Jean XXII nourrissait à l'égard de Pierre Auriol. Le sacre eut probablement lieu à Avignon le 1 1 juin 1321, jour de la tête de la Sainte-Trinité, et date d'une nouvelle bulle, par laquelle Jean XXII, après avoir cer-

tifié le fait du sacre, autorisait le nouveau prélat à gagner son archidiocèse. Ibid., t. v, p. 200. Le 20 juin 1321, le pape lui fit remettre le pallium par les trois cardinaux Orsini, Cajetani et Fieschi. Enfin, comme Auriol était pauvre et que sa promotion et son installation devaient l'entraîner à des dépenses en disproportion avec ses ressources, le pape l'autorisa, par une lettre du 11 juillet 1321, à emprunter une somme de 1 000 florins tant en son nom qu'au nom de l'église métropolitaine. C. Eubel, ibid.

Pierre Auriol n'a pas exercé longtemps la charge d'archevêque. Malgré les divergences qui existent à ce sujet parmi les érudits, dont plusieurs prolongent la vie du docteur franciscain jusqu'au delà de l'année 1345, à cause de la confusion qu'ils font entre la date de la rédaction et la date de l'une des transcriptions du Compendium sacras Scripturœ, il est certain qu'Auriol mourut avant le 23 janvier 1322. Cela résulte d'un texte emprunté aux archives du Vatican, daté du 23 janvier 1322, dans lequel il est question de Raymond Auriol, frère du défunt archevêque d'Aix. Chart. univ. Paris., t. n, p. 718. D'après Denifle, cet archevêque ne peut être que Pierre Auriol. La date exacte de sa mort ne peut être déterminée; la date la plus vraisemblable, cependant, doit être placée au 10 janvier 1322. On la trouve dans un ancien martyrologe franciscain cité par Pitton (Annales de la sainte Église d'Aix, Lyon, 1668, p. 174), qui renvoie également à une Table des anniversaires des cordeliers d'Aix. De plus, cette date est admise par la plupart des historiens provençaux comme Pitton, loc. cit., P. Louvet, Abrégé de l'histoire de Provence, t. u, Aix, 1676, p. 43, P.-J. de Haitze, L'épiscopat métropolitain d'Aix, Aix, 1862, p. 78, ainsi que par F. Stanonik, R. Dreiling, N. Valois.

Il faut préférer cette date à celle du 27 avril 1322, admise par quelques autres historiens, ainsi que par les bollandistes, qui mentionnent à ce jour Pierre Auriol parmi les saints personnages que l'Église n'a pas officiellement béatifiés. Acta sanctorum, avril t. m, Paris, 1866, p. 480.

Quant à l'endroit où le maître franciscain mourut, les opinions sont divisées. Les uns, tels F. Stanonik et Denifle (Chartular univ. Paris., t. il, p. 718), soutiennent qu'il est mort à Aix même; d'autres, au contraire, tels M. Baumgartner (Uberwegs Grundriss der Geschichte der Philosophie, Berlin, 1915, p. 592-596), R. Dreiling et N. Valois, le font mourir à la cour papale d'Avignon. Cette dernière opinion semble la plus probable, vu que dans la bulle de nomination du successeur d' Auriol au siège archiépiscopal d'Aix, datée du 9 juillet 1322, il est dit que le maître franciscain mourut apud Sedem apostolicam. Chart. univ. Paris., t. n, p. 718.

Trois martyrologes franciscains (P. Aussener, O. F. M., Seraphisches martijrologium nach den besten Quellen bearbeitet, Salzbourg, 1889, p. 405), cités par F. Stanonik et les Acta sanctorum (loc. cit.) font remarquer explicitement que Pierre Auriol est mort en odeur de sainteté et a été l'objet d'un culte spécial de la part du peuple.

Des données précédentes il résulte qu'il est inadmissible qu'Auriol se soit rendu à une assemblée d'évêques à Paris vers la fin de 1322, où il aurait pris la défense de l'Église romaine contre les privilèges de l'Église gallicane, ce qui aurait déplu fortement à l'assemblée et causé indirectement la mort du maître franciscain. Pitton, op. cil. Il laul exclure également que Pierre Auriol ait été soit ministre général, Pitton, op. cit.. soit archevêque de Xarbonne, Oudin, Scriptor. certes., t. m, col. 850, soit cardinal, comme on l'a généralement admis auparavant. Il n'est cependant pas aussi certain que l'affirme J.-II. Sbaralea, Supplementum,

PIERRE AURIOL. OUVRAGES AUTHENTIQUES

Rome, 1806, p. 586, que Pierre Auriol aurait été considéré, pour la toute première fois, comme cardinal dans un acte de l'université de Louvain, datant de 1470. A cette époque, en elïct,il devait déjà être considéré généralement comme cardinal. Cela résulte du fait qu'il ligure déjà sur une tapisserie de cette époque, donnée en 1479 par Sixte IV à la basilique de Saint- François à Assise. Ce dessin grandiose symbolise saint François, fondateur des trois ordres, à l'aide d'un arbre mystique, ou, si l'on préfère, généalogique. Sur les branches de l'arbre sont représentés des saints et des hommes illustres des ordres fondés par le patriarche d'Assise : sainte Elisabeth de Hongrie, le bienheureux Elzéar de Sabran, saint Louis d'Anjou, évêque de Toulouse, saint Antoine de Padoue et saint Bernardin de Sienne. En bas, Sixte IV, le donateur de la tapisserie, entre Nicolas IV et saint Bonaventure, d'un côté, et Pierre Auriol de l'autre. Ce dernier porte les insignes de cardinal, comme pendant à saint Bonaventure. Voir M. Bihl, Quelques notes sur l'exposition d'art ombrien médiéval à Pérouse, dans Études franciscaines, t. xvm, 1907, p. 305. A partir de cette époque, les peintres représentent généralement le maître franciscain comme cardinal et les historiens lui décernent habituellement ce titre. La même erreur se trouve dans plusieurs des anciennes éditions d' Auriol. La légende du cardinalat de Pierre Auriol devrait son origine à une confusion faite entre lui et son prédécesseur au siège archiépiscopal d'Aix, Pierre de Prato ou des Prés ou Desprez, qui fut élevé au cardinalat le 19 ou le 20 décembre 1320.

II. Ouvrages. — Pierre Auriol occupe une place intermédiaire entre l'elllorescence de la scolastique au xine siècle et sa décadence au xive ; il constitue un des points de ralliement les plus importants entre le réalisme de saint Thomas et de Duns Scot et le nominalisme de Guillaume d'Occam ; il est l'un des principaux agents qui, ayant rompu avec l'enseignement traditionnel des scolastiques du xme siècle, ont préparé le terrain à l'occamisme; l'étude des ouvrages du maître franciscain présente donc un intérêt spécial pour l'histoire de la philosophie et de la théologie scolastiques. Mais la première question qui s'impose dans ce genre d'études est de distinguer les ouvrages authentiques des œuvres fausses ou douteuses et d'avoir des renseignements exacts au sujet des productions littéraires d'Auriol, d'autant plus que quelques-unes d'entre elles sont enveloppées encore d'épaisses ténèbres. 1° Ouvrages authentiques; 2° Ouvrages douteux ou apocryphes.

/. ovvraoes authentiques. — 1° Tractatus de paupertate et usu paupere. — De ce traité, qui est le premier ouvrage composé par Pierre Auriol, on ne connaît plus aujourd'hui aucun ras. D'après Fr. Ehrle, deux exemplaires en existaient en 1375 à la bibliothèque des papes, à Avignon, Historia bibliolhecœ RR. PP. tum Bonifatianœ, tum Avenionensis, Rome, 1890, p. 476, n. 232, et p. 496, n. 613, et du temps de Wadding un exemplaire en était conservé à la bibliothèque du couvent des franciscains de Séez. Scriptores ord. minor., Rome, 1906, p. 185. Ce traité a été édité dans les Firmamenta trium ordinum beatissimi Patris nostri Francisci, Paris, 1511, part. IV, fol. 116 r°- 129 r°. J.-H. Sbaralea affirme qu'il a été édité aussi dans le Firmamentum trium ordinum, Venise, 1513, part. III. Il débute : Supposito quod paupertas evangelica, quam Christus vivendo tenuit. Selon N. Valois, ce traité doit être antérieur à la constitution Exivi de paradiso, promulguée par Clément V le 6 mai 1312, dans laquelle le pape résout la question de « l'usage pauvre», qui divisait depuis un demi-siècle les frères mineurs. Comme Pierre Auriol n'y fait aucune allusion, il faut conclure que le traité doit être antérieur.

Cet ouvrage, cependant, ne peut avoir précédé de

beaucoup la constitution Exivi de paradiso. Cette conclusion résulte du fait que, malgré la vive polémique qui est menée contre les deux partis extrêmes et la complète indépendance de la doctrine dans la lutte acharnée des partis, cet écrit n'a jamais été cité avant le concile de Vienne (16 octobre 1311).

Dans cet opuscule, Pierre Auriol prend position dans la controverse. Les luttes aiguës qui divisaient, aux xiii<' et xivc siècles, l'ordre des frères mineurs, ont déjà fait l'objet de nombreuses monographies, qui fournissent un exposé étendu de l'agitation extrême causée dans l'ordre franciscain par les divergences de vues des spirituels et des conventuels. René de Nantes, O.M.Cap., Histoire des spirituels, Paris, 1909; G. Schreiber, Kuria und Kloster im XI'. Jahrhundert, Stuttgart, 1910; K. Balthasar, Geschichte des Armutsstreites im Franziskanerorden bis zum Konzil von Wieru Munster-en-W., 1911; Fr. Ehrle, Die Spiritualen : ihr Verhùltnis zum Franziskanerorden undzu den Fraticellen, dans Archiv fur Litteratur- und Kirchengeschichte des M. A., t. i, 1885, p. 509-569; t. n, 1886, p. 108-164, 249-336; t. m, 1887, p. 553-623, t. iv, 1888, p. 1-190; Petrus Johannes Olivi, sein Leben und seine Schriften, dans la même revue, t. m, 1887, p. 409-623; Zur V or geschichte des Concils von Wien, dans la même revue, t. n, 1886, p. 353-416; t. m, 1887, p. 1-195; F. Tocco, La quistione délia povertù nel secolo XIV secondo nuovi documenti, Naples, 1910; Frédégand Callaey, O. M. Cap., L'idéalisme franciscain spirituel au XIVe siècle. Étude sur Ubertin de Casale, Louvain, 1911 ; Gratien de Paris, O. M. Cap, Histoire de la fondation et de l'évolution de l'ordre des frères mineurs, Paris, 1928; Décima L. Douie, The nature and the effect of the heresy of the fratricelli, Manchester, 1932.

Parmi les nombreuses questions débattues entre les frères mineurs de cette époque, celle dite de " l'usage pauvre » occupe une place notable. Elle consistait substantiellement à déterminer si le frère mineur, qui, en vertu de la règle, est obligé à observer la pauvreté évangélique la plus sévère et donc à ne rien posséder en propfe, est obligé, en vertu de la même règle et du vœu de pauvreté évangélique, à user pauvrement même des choses qu'il ne possède pas, et si l'obligation de l'usage pauvre appartient à l'essence du vœu de pauvreté émis dans l'ordre franciscain. Olivi, qui est un des principaux promoteurs de cette controverse, avait donné à la question une réponse affirmative. Fr. Ehrle, P. J. Olivi, recueil cité plus haut, t. ni, 1887, p. 506- 517. La question fut reprise dans les années qui précédèrent le concile de Vienne et donna lieu à de très longues et vives controverses, qui échauffèrent les esprits et mirent violemment aux prises les défenseurs et les adversaires d'Olivi. Fr. Ehrle, Zur Vorgeschichte, dans ibid., t. m, 1887, p. 1-159. Vers 1210, la lutte était arrivée au point culminant parles débats violents que se livrèrent les spirituels et les conventuels au sujet de la question de l'obligation de l'usage pauvre.

C'est à cette époque que Pierre Auriol scmêla aux luttes et prit part aux débats par son Tractatus de paupertate et usu paupere, dans lequel il prend position, d'un côté, contre le rigorisme outré et trop étroit des spirituels et, d'un' autre côté, contre le laxisme des conventuels. Auriol commence par établir le principe indiscuté que le frère mineur, en vertu de sa règle, est tenu d'observer la pauvreté évangélique dans toute sa rigueur et de la pratiquer à l'exemple du Christ et des apôtres. Ensuite, il passe à la question de l'usage pauvre et se pose, à ce sujet, quelques questions qu'il juge lui-même embarrassantes. Le frère mineur obligé à cet extrême degré de pauvreté est-il tenu, en vertu de sa règle, d'user pauvrement des choses et des objets qu'il a à son usage? Cet usage pauvre, en quoi doit-il

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consister : en la simplicité et la pauvreté ou en la stricte suffisance îles choses? en d'autres mots, cet usage pauvre doit-il s'étendre à la qualité ou à la quantité dos objets? Faut-il que les choses mises à son usage soient viles, ou est-il requis qu'elles suffisent seulement à satisfaire ses besoins les plus stricts? Enfin, cet usage pauvre, de quelque manière qu'on le considère, appartient-il ou non à l'essence de la pauvreté évangélique. à laquelle il est tenu en vertu de son vœu et de sa règle? Après avoir exposé successivement les arguments favorables et défavorables à la dernière question, Auriol conclut que la pauvreté, même la plus grande et la plus stricte, consiste essentiellement dans un renoncement complet à toute espèce de droit et de propriété sur les choses et que la restriction et la limitation dans l'usage des objets constituent seulement des accessoires de cette pauvreté. En effet, prêter un riche vêtement pendant quelques jours à un pauvre, ne rend pas plus riche ce dernier. De même, accepter provisoirement une nourriture recherchée ou loger en passant dans une riche habitation ne déroge en rien à la pauvreté. En soutenant le contraire, on arrive à des absurdités et il faudrait affirmer qu'un frère mineur ne peut jamais dormir dans le palais d'un roi, ni manger à la table d'un pape. Si, par l'usage susdit, on ne déroge pas à la pauvreté, à plus forte raison n'y manque-t-on pas en usant de biens mendiés. La pauvreté, en effet, loin d'être atteinte, ne fait qu'augmenter par le fait de la mendicité. Le plus pauvre des hommes peut boire dans des coupes en or et dormir sur la soie sans cesser d'être pauvre. Toutefois, si l'usage de ces objets se prolonge, il peut devenir une occasion de manquements à certaines vertus, comme l'humilité, la tempérance, etc., mais jamais il ne peut constituer une dérogation à la pauvreté.

De ces principes, Auriol dégage la conclusion intermédiaire entre le rigorisme trop étroit des spirituels et le laxisme des conventuels. 11 distingue entre la pauvreté proprement dite, à laquelle le frère mineur est astreint par son vœu, et l'austérité, l'humilité, la tempérance, etc., qui constituent autant de vertus qui lui sont seulement recommandées. Quant à l'usage pauvre. le docteur franciscain enseigne contre les spirituels qu'il n'appartient pas à l'essence de la pauvreté proprement dite: mais il soutient en même temps que, non seulement il est conseillé par des vertus annexes de la pauvreté, telles la tempérance, la pénitence, etc., comme le prétendaient les conventuels, mais aussi que l'on est astreint, en vertu du vœu d'obéissance, à l'usage pauvre dans tous les cas où la règle le prescrit. Maints passages, en effet, de la règle doivent être considérés comme des préceptes à cet. égard. Il appartient toutefois au souverain pontife de déterminer plus exactement ces différents cas.

Cette solution, donnée par Auriol à la question de l'usage pauvre, fut reprise, sanctionnée et confirmée par Clément V dans sa constitution Exivi de paradiso du 6 mai 1312, dans laquelle il déclare que les frères mineurs, en vertu de leur règle, sont spécialement astreints aux usages pauvres qui sont prescrits par la règle et dans la mesure où elle y oblige. Quant à taxer d'hérésie le fait d'affirmer ou de nier que l'usage pauvre soit de l'essence du vœu évangélique de pauvreté. Clément V juge cette prétention présomptueuse et téméraire. Hefele-Leclercq. Histoire des conciles, t. vi b. p. 713. Dans ce traité. Pierre Auriol se montre plein de modération et de déférence envers le Saint- Siège.

2° Tractatus de principiis. — - C'est le premier traité philosophique composé par Pierre Auriol. II est conservé dans quatre mss. : le cod. 1405, fol. 44 r°-128 v°, fondo Sessoriano de la bibliothèque nationale de Rome; le cod. Vat. lat. 3063, fol. 1 r°-46 r"; le cod. 1082,

fol. 4-4(5, de la bibliothèque d'Avignon: le cod. 295 (ScafJ. A'///), fol. 27 r" 12 v°, de la bibliothèque Anloiiienne de Padoue.

Ce traité débute : Principiorum notifia quantum sit eflicax et necessaria in perscrulatione veritaïis. Le Vat. lat. 3063 porte moins correctement notitiam. Tandis que le cod. 295 de Padoue finit : mediantibus dimensionibus, ut statim dictum fuit, les trois autres terminent : proprie et virtutes alterius speciei. (Tour la description de ces manuscrits, cf. K. Dreiling, (). P. M., Der Konzeptualismus in der Universalienlehre des Franziskanererzbischofs Petrus Aureoli, Munster-en-W., 1913, p. 15-17; N. Valois, Pierre Auriol, clans Ilist. titt. de la France, t. xxxnr, 1906, p. 508; Ant.-M. Josa, O. M. Conv., / codici manoscritti délia biblioteca Antoniana di Padova, Padoue, 188G, p. 20; A. Pelzer, Bîbl. apost. vatic. codices vaticani latini, t. n a, p. 298.)

Pierre Auriol doit avoir écrit ce traité en 1312, alors qu'il était professeur au studium générale de Bologne. Le témoignage du cod. Sessor. 1405 de la bibl. nationale de Rome est explicite à ce sujet. Cf. ci-dessus col. 1813. Le docteur franciscain donne à ce traité différents titres. Tandis que, dans le traité lui-même, il l'appelle Tractatus de principiis ( Vat. lat. 3063, fol. 1 r° et cod. Sessor., fol. 44 r°), ailleurs, il le dénomme Tractatus de principiis philosophicis, dans Comment, in I Sent., Rome, 1605, p. 81 b et 375 a, et Tractatus de principiis physicis, ibid., p. 124 b et 761 a.

Dans tous les mss., le traité est incomplet et finit soit sur le c. ni du 1. III, où on lit à la fin : In hoc ergo lertium capitulum fmiatur... (Vat. lat. 3063, fol. 46 r°; cod. Sessor., fol. 128 v°; ms. d'Avignon 1082, fol. 46), soit dans le corps du c. iv du 1. II (ms. de Padoue 295, fol. 42. v°). Originairement, cependant, et dans l'intention de l'auteur, ce traité devait comprendre quatre livres, dont chacun aurait eu six chapitres. Cela résulte du prologue, dans lequel on lit : Prsesentem tractation in quatuor particulas distinguamus... Vocetur aulem tractatus isle de principiis cujus discursus sub XXHII capitulis continetur (Vat. lat. 3063, fol. 1 r° a), ainsi que de la table des chapitres, qui fait suite au traité dans ce ms. Il est impossible, dans l'état actuel des recherches, de déterminer si Pierre Auriol a terminé la rédaction de ce traité, ou s'il en a interrompu la composition après le c. m du 1. III pour des causes que nous ne pouvons déterminer. Fut-ce son déplacement au couvent de Toulouse? ou plutôt la définition du concile de Vienne en 1311 touchant les rapports de l'âme et du corps, d'où découlaient de grosses difficultés pour la doctrine d'Auriol à ce sujet?

Nous en résumerons le contenu d'après le prologue et la table du Vat. lat. 3063. Après avoir établi, d'après les témoignages de Platon et d'Averroès, qu'on ne saurait trop insister sur les principes constitutifs des êtres, c'est-à-dire la matière et la forme, et signalé, avec Aristote, les conséquences désastreuses de la moindre erreur à ce sujet, Pierre Auriol développe sa doctrine dans quatre livres consécutifs, qui embrassent chacun six chapitres.

Le 1. I traite d? la matière et de la forme en général en six chapitres : 1. Positis quatuor opinionibus de materia et forma narratur conclusio intenta (fol. 1 r° b-2 v° b); 2. Inducuntur rationes ad praîdictam conclusionem, quœ auctoritatibus inrôtunïurAugustini.Aristoteliset Commenta f m is (fol. 2 v° b-4 r° b); 3. Ponuntur très rationes quae se ipsis habenf evidentiam, quamvis a prœdictis etiam philosophis tangantur (fol. 1 r° b-7 v° 6); 4. Inquiritur utrum a lege aliarum formarum superius posita rationalis anima sit exci pienda (fol. 7 v.° b-10 r° b); 5. Inquiritur quid de- formis actualibus sit tenenduni (fol. 10 r° ''-11 V o); 6. Solvuntur dubia quse videntur pra.-dic.tis obvlare et molli passus philo sophiae exponuntur ex predicto (fol. il v° a-13 >■

Le 1. II a pour objet les principes constitutifs, c'est-à-dire

PIERRE AURFOL. OUVRAGES AUTHENTIQUES

la matière et la forme qu'il faut placer dans les êtres incorruptibles, à savoir dans les substances séparées (anges) et les corps célestes (astres). En six chapitres, il examine successivement : 1. quid.de abstractis substantiis philosopbi senlierunl (loi. 13 v" (>-16 v° b); 2. quid de liis substantiis catholice tenendum sit (fol. 16 v° &-17 v° b); 3. quid ex istis principiis materia et forma poni debeat secundum viam catholicam in substantiis separatis (fol. 17 v° fr-21 r° a); I. quid sentierunt Aristoteles et suus commentator de anima et corpore cselesti (fol. 21 r° a-24 v° «); 5. quid sentierunt de toto animali cœlesti et in quo opinio Avicenna: discordet ab eis (fol. 24 v° a-26 v° 6); 6. quid de corporibus cselestibus et de motoribus eorum secundum veritatem catbolicam sit tenendum (fol. 26 V b-20 v" 6).

Dans le 1. III, on étudie la matière et la forme des corps élémentaires (éléments) et des corps mixtes : 1 . de conditione elemen taris forma; (fol. 29 v° 6-33 r° o); 2. de materia elementorum (fol. 33 r° fc-41 v° b); 3. de materiis eorum (fol. 41 v" b-46 r° a); 4: de materiis eorum; 5. utrum forma? élémentaires vel mixtorum et utrum forma? substantiales suscipiant...; 6. utrum hujusmodi forma? aliquando suscipiant participationem. Le texte finit à la fin du c. ni, qui, probablement, n'est pas complet.

Dans le 1. IV, Auriol s'occupe des principes constitutifs des êtres animés et principalement de l'homme; 1. de forma et materia in babentibus animas; 2. utrum in talibus entibus sint plures substantiales forma? aut in aliquo ente; 3. quid de anima intellectiva tenuit Aristoteles et Commentator; 4. quid de anima intellectiva secundum fidem tenendum sit et secundum omnimodam veritatem; 5. an sola rationalis anima ponenda sit in homine substantialis forma; 6. de compositione totius hominis ex materia et forma.

De la simple lecture des titres, il résulte que Pierre Auriol s'est inspiré beaucoup de saint Augustin, mais surtout d'Aristote et d'Averroès. De plus, en lisant ce traité, on se rend compte de la peine que le docteur franciscain s'est donnée pour faire concorder l'enseignement d'Aristote et d'Averroès avec la doctrine de l'Église. Cette préoccupation capitale se révèle dès le début. Il déclare, en effet, dans le prologue : In omnibus aulem intendo opus Aristotelis et philosophorum doctrinam cum veritate fidei concordare, quoniam in paucis differunt et discordant, prout in sequentibus apparebit. Val. lat. 3063, fol. 1 r°. De ce témoignage, il résulte encore que le docteur franciscain croyait parvenir à concilier le péripatétisme et le christianisme sans trop de peine, parce que, d'après lui, les discordances étaient peu nombreuses.

Il faut noter enfin que de nombreux passages extraits de ce Tractatus de principiis se lisent dans les marges supérieures et inférieures du Vat. lat. 901, fol. 136 r°-145 v°. On en trouve une ample description dans A. Pelzer, op. cit., p. 297-298. Chose digne de remarque : aux marges inférieures des fol. 142 r°- 143 r° on lit un extrait qui serait emprunté au 1. IV du Tractatus : ex lib. IV. Dico quod anima intellectiva est inextensa et indivisibilis... anima communicat corpori esse inextensum isto modo. Ce passage est-il réellement extrait du 1. IV ou provient-il d'un autre livre? Nous n'avons pas pu examiner cette question importante. Si ce texte ne se retrouve pas dans les autres livres, il doit avoir été emprunté au 1. IV, comme c'est indiqué; mais alors on arrive nécessairement à la conclusion que Pierre Auriol doit avoir terminé la composition du Tractatus de principiis.

3° Tractatus de conceptione bealœ Mariœ virginis. — Ce traité est conservé dans un grand nombre de mss., dont les principaux sont : Rome, bibl. nat., Sessor. 1405 (copié en 1315), fol. 1-23; Erfurt, Amplon. 131 (xrvs.); Chartres, n. 428, fol. 156-167; Arras, n. 876 (an. 1439); Cracovie, bibl. univers., 1600 (xive s.), fol. 155-163; Saint-Florian, près Linz, bibl. capitul., 138 (xiv* s.); Munich, lat. 1502 (xve s.), fol. 60 sq. ; lat. 691 (an. 1480); Assise, bibl. municip., 193 (xive s. complété par une main moderne); augustins de Klosterneuburg, 372 xive s.), fol. 12 r°-35 r°. D'après

Fr. Ehrle, il en existait à la fin du xiv s. deux exemplaires à la bibl. des papes, à Avignon, llist. bibl. lill. PI'.. 1. i, p. 311, 176, 501. Quant aux éditions, X. Valois ("/■>. cit., p. 192) affirme qu'il existe deux ou trois éditions incunables de ce traité, sans cependant les citer. Nous ne connaissons que celle qui est conservée à la Hibliothèque nationale de Paris, lies. I). 6365, s. 1., n. d. (Mayenee, vers 1490). Les exemplaires de cette édition ne présentent pas un texte identique, mais différent entre eux ; d'où probablement on a conclu à l'existence de plusieurs éditions incunables. Catalogue of books printed in the XVth century now in the British Muséum, part. I, Londres, 1908, p. 38. Ce traité fut édité encore par Pierre de Alva et Astorga, dans Monum. anliq. seraphica pro imm. conceptione virg. Mariœ, p. 15-44, Louvain, 1665; par Théodore Moretus, S. J., en appendice à son ouvrage Principatus incomparabilis primi Filii hominis, Messiie et primas parentis matris Virginis, Cologne, 1671, p. 1-16; dans le même ouvrage, réimprimé avec un titre un peu différent : Principatus Filii hominis Jesu et matris virginis Marise in conceptione immaculala incomparabilis, Cologne, 1695 appendice, p. 1-26; récemment, il a été réédité par les franciscains de Quaracchi, dans Fr. Gulielmi Guarrœ, Fr. Joannis Duns Scoli, Fr. Pétri Aureoli quœsliones disputatse de immaculala conceptione bealsc Marise virginis, Quaracchi, 1904, p. 23- 94. L'édition incunable de Leipzig, 1489, n'existe point et ce traité ne fut pas non plus publié par Pierre de Alva et Astorga, dans Bibliotheca virginalis, Madrid, 1648, comme les auteurs le soutiennent généralement (cf. J.-H. Sbaralea, op. cit., p. 327).

Ce traité fut composé vers la fin de 1314 ou tout au début de 1315, à Toulouse, alors que Pierre Auriol y était lecteur au studium générale. Cela résulte d'une note que Pierre de Alva et Astorga a transcrite d'un ancien ms. et publiée dans Monumenta antiqua, p. 79, et que N. Valois (op. cit., p. 482 sq.) traduit ainsi : « Le traité de la conception de la bienheureuse vierge Marie a été composé par Pierre Auriol à l'occasion suivante. Comme il était lecteur dans le couvent des mineurs de Toulouse, il lui arriva de prêcher dans la maison des dominicains le jour de la conception de la Vierge (8 décembre). Ce sermon s'adressait au clergé. Auriol y prouve par des raisons, touchées plus haut, que c'était une pieuse croyance d'admettre que la Vierge eût été préservée de la tache originelle. Dieu, certes, le pouvait faire; cela était séant; Dieu l'avait fait peut-être. En tout cas, la célébration d'une pareille fête était licite. Or, le dimanche suivant (15 décembre), un dominicain, s'adressant également au clergé, démontra que la sainte Vierge avait participé au péché originel; il réfuta quelques-unes des raisons de Pierre Auriol, allégua, en faveur de sa thèse, des arguments, qui ont été aussi touchés plus haut et reprocha à Pierre Auriol d'avoir affirmé comme une vérité, ce que celui-ci n'avait avancé qu'avec doute, comme étant seulement une pieuse croyance. Ce que voyant, Pierre Auriol voulut faire de cette question l'objet d'une discussion solennelle dans le sein des écoles séculières. Là, en présence de tous les religieux, docteurs, maîtres et clercs, à la demande de l'université, il conclut dans le sens indiqué ci-dessus. Cela se passait à Toulouse l'an du Seigneur 1314, la veille de Saint- Thomas apôtre (20 décembre), peu après l'avènement de Louis, roi de France, en présence de l'évêque de Toulouse, Gaillard, et durant la vacance du Saint- Siège. » N. Valois conclut : « La précision de ces synchronismes, la forme de la rédaction ne permettent guère de douter de l'ancienneté de cette note, non plus que de son exactitude. » Le Tractatus de conceptione B. M. V., constituerait l'exposé des théories développées parle maître franciscain dans la dispute publique

PIERRE AURIOL. OUVRAGES AUTIT ENT1 ( IUES

du 20 dt ombre 1-11 Tl doit avoir :U rtdlgt soil dij i pour la discussion solennelle, snil peu après cette dispute publique, dans laquelle Pierre Auriol défendit avec tant de conviction et de niait lise le privilège de l'immaculée conception et la licéité de la célébration de la tête, qu'il gagna tous les auditeurs à sa cause. De plus, quelques mss. anciens affirment que ce traite fut composé on 131 I : Erfurt, cod. Amplon. 131; Munich, cod. lai. 691; Klosterneuburg, cod. 372 dans lequel nous lisons : Explicit tractalus de concepcione Marie virginis editus a /ralre Pelro Aureoli, ordinis fratrum minorum. magistro sacre théologie in Tholosa, anno Domini MCCCXIIII. II. Pfeiffer-B. Cernik, Catalogus codicum mss.. qui in bibliotheca ean. reg. S. Augustini Claustroneoburgi asseroantur, t. n, Klosterneuburg, 1931, p. 114. D'après le ms. d'Arras 876, Auriol aurait composé ce traité en 1313, mais le copiste doit avoir oublié, dans la transcription, un jambage, de sorte qu'il a écrit MCCCXI11 au lieu de MCCCXIIII.

Dans le Tractalus de conceptione B. M. Y. Auriol prend position dans la querelle relative à la conception de la Vierge, dans laquelle les franciscains, unis cette fois pour la plupart, avaient comme principaux adversaires les fils de saint Dominique. Ici, comme dans la controverse sur l'usage pauvre, il est modéré et réservé et se garde des extrêmes. Ce traité comprend six chapitres. Dans le c. i, Auriol rapporte des textes de l'Ecriture sainte et des saints Pères qui semblent confirmer que la Vierge fut conçue dans le péché originel: il y joint un certain nombre d'arguments de raisons favorables à la même thèse. Dans le c. n, il explique ce qu'il entend par conception, par péché originel, par la souillure qui en résulte et précise ainsi l'objet de la question à examiner. Dans le c. m. il démontre que Dieu, en vertu de sa puissance absolue, a pu préserver la Vierge du péché originel. Dans le c. iv. il prouve qu'il était hautement convenable que Dieu préservât la Vierge de la souillure originelle. Dans le c. v, il développe que, sans péril pour la foi, on peut admettre que Dieu a préservé de fait la Vierge du péché originel. Auriol fournit ici un développement remarquable à cet exposé. Il appartient au pape, écrit-il, aux cardinaux et à l'Église romaine, de condamner les erreurs notoires en matière de foi. Or, il est évident que le pape, les cardinaux et l'Église romaine savent depuis longtemps que la fête de la Conception est célébrée en Angleterre, en Normandie, à l'université de Paris, dans beaucoup d'Églises soumises au pape. De plus, un grand nombre de docteurs illustres ont prêché et prêchent encore, chaque année, a Paris et on Angleterre, que la Vierge n'a pas contracté le péché originel et, par conséquent, n'a pas encouru la haine ni la colère de Dieu. Quelques-uns ont même enseigné cette doctrine dans leurs écrits, comme Jean Duns Scot et Guillaume do Ware. Enfin, toutes les églises françaises et anglaises, qui célèbrent la fête de la Conception, emploient dans leurs offices des termes, qui seraient intolérables si la Vierge n'avait pas été réellement préservée du péché originel. Si ces usages, conclut Auriol, sont contraires à la foi, si cet enseignement est erroné. l'Église romaine, en ne les condamnant pas, s'y associe et tombe elle-même dans l'erreur. D'où il suit que celui qui déclare la thèse do l'immaculée conception erronée ou dangereuse pour la foi, porte du fait même, contre l'Église, l'accusation d'erreur. Or, il est établi que l'Église romaine ne peut se tromper. De plus, il appartient au seul souverain pontife do définir ce qui est douteux on matière de foi et ce qui est controversé dans les écoles. Ce privilège est si exclusivement propre au souverain pontife, que quiconque tenterait do le lui ravir, tomberait dans une hérésie formelle. Auriol

allègue dos textes favorables à l'immaculée conception extraits dos (ouvres de saint Anselme, de Richard de Saint-Victor, de Alexandre Noquani cl do Poboit do Lincoln. Et, poursuit-il, si certains Pères ont soutenu la thèse contraire, c'est parce qu'ils n'entendaient pas de la même façon les termes de conception » et de

péché originel ». Enfin, dans la conclusion, il garde une prudente mesure : aucune dos deux thèses relatives à la conception de la Vierge n'est article de foi: aucune, en effet, n'a été définie ni dans un symbole, ni dans un concile, ni dans une déclaration do l'Église. D'où il résulte qu'on peut tenir le pour et le contre au gré de sa dévotion, tant que l'Église romaine ne se sera point prononcée. Dans le c. vi, enfin, Auriol répond aux difficultés et réfute les objections exposées dans le c. î, et termine par l'affirmation solennelle de sa complète soumission aux déclarations du Saint- Siège à ce sujet. Dans ce traité, Auriol se contente donc de soutenir que la célébration do la fête de la Conception était licite.

Il faut noter encore que, d'après une note du ms. d'Arras 876, Mathurin Clément, autrement dit Courtois, célèbre carme de Bourges, qui fut, en 1451, doyen de la faculté de théologie de l'université de Paris, aurait remanié ce traité de Pierre Auriol dans son ouvrage De conceptione B. M. V. On lit, en effet, à la fin du Tractalus de conceptione B. M. Y., dans le ms. cité : Quem tractatum eom]>ilavit denuo quidam atter /rater Maturinus démentis, ordinis carmelitani, tempore quo fuit ieetor sententiarum conventus Metensis (cf. Bibliotheca carmelitana. t. n. p. 42f).

4° Repercussorium editum contra adversarium innocentise Matris Dei. — Conservé dans les mêmes mss. de Rome, d'Erfurt, de Saint-FIorian et de Klosterneuburg, qui nous ont donné le Tractatus de conceptione, et en plus dans le ms. IY, 97, de l'archive de Dusseldorf. Il était aussi en Avignon vers 1375; cf. Ehrle, op. cit., p. 476, n. 292. Il a été publié à la suite du Tractalus de conceptione B. M. Y., dans les éditions citées plus haut de ce traité. Il n'a cependant pas été édité, en f 489, à Leipzig, ni en 1648, à Madrid, par Pierre de Alva et Astorga, dans la Bibliotheca virginalis, comme le soutiennent de nombreux auteurs (cf. J.-H. Sbaralea, op. cit., p. 327).

L'authenticité du Repercussorium, contestée par Quétif et Echard, Seriptores ord. prsedic., t. i, p. 694, J.-H. Sbaralea, op. cit., éd. de Rome, 1806, p. 586, F. Slanonik, Ueber deh ausseren Lebensgang und die Schri/ten des Petrus Aureoli, O. F. M., dans Der Katholik, t. lxii, 1882, p. 488-489, a été dûment établie par N. Valois, op. cit., p. 495-497. La préface du Repercussorium, d'ailleurs, engage elle-même à admettre un même auteur du Tractatus de conceptione et du Repercussorium. On y lit en effet : Justi/icationcm inniolatœ Virginis, quam dudum auxiliante Domino suscepimus defendendam, ne uanis lalratibus quorumeumque mordacium obnubilari contingat, prwcedenli tractatui de conceptione ejusdem Virginis, hune pra'sentem decrevimus subnectendum. Éd. de Quaracchi, 1904, p. 95. D'ailleurs, la défense, faite principalement dans le c. vin, du Tractatus de conceptione prouve que l'auteur du Repercussorium doit être le même que celui du Tractatus de conceptione.

Le maître franciscain composa le Repercussorium pour défendre le Tractalus qu'un contradicteur maus sade avait attaqué et traité d'absurde, do niais, d'impertinent, de déplacé, do maladroit (ineplus). D'après le c. vm du Repercussorium. cet adversaire présomptueux et grossier, comme Auriol l'appelle lui même, critiquait les distinctions faites par le maître franciscain entre les diverses manières do contracter le péché originel (de droit ou do fait). Il lui reprochait de discuter les paroles et les textes dos saints.

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