‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 145 sur 741 · PEINE DU DAM, C'EST-A-DIRE SONT EXCLUS DE LA VISION · texte numérisé non relu

PEINE DU DAM, C'EST-A-DIRE SONT EXCLUS DE LA VISION

BÉATiFiQL'E. — L'Écriture enseigneclairementcettevérité, quand elle dit ; Nisi guis renatus fueril ex aqua el Spiritu sanclo,non potest introire in reqnum Dei. Joa., m, 5. Les pélagiens eux-mêmes sentaient si bien la force de ce texte, que, pour y échapper, ils imaginèrent une distinction entre le royaume de Dieu, dont le baptême seul ouvrait l'entrée, et la vie éternelle, où l'on pouvait parvenir sans recevoir le sacrement. Saint Augustin fît bonne et prompte justice de cette distinction aussi nouvelle que futile. Voir Baptême chez les Pitres. Les pélagiens, du reste, employaient un autre argument pour soutenir leur théorie. S'appuyant sur le texte : In domo Patris met mansiones ■niullse sunt, Joa., xiv, 2, ils prétendaient qu'il y avait dans le royaume des cieux ou quelque part ailleurs, un lieu intermédiaire, où les enfants morts sans baptême vivaient heureux, partageant plus ou moins avec les élus le bonheur surnaturel de la vision béatifique. Cette prétention fut condamnée par une décision synodale, généralement attribuée au IP concile de Milève (416), et reproduite par le concile plénier de CarthaL'f l'tlf^i, ton* f)cii\ npprnuvi.< par le |>,i[>p. .Sf qnis dicil iil.'n .h.risf,' ll..„inni,,, : i\ i„ni. , !■ u i:,^ Mil H \S-

UEATE vivant parvuli qui sine baplismo ex liac vita niigramnt, sine f/wo in regnum cxtorum Qi'on Es^r vita .ETEnx.i intrarc non possunt, analhema sil. Denzinger, Enchiridion, n. 66. Voir, sur l'authenticité de ce canon, MiLÈVE (Conciles de). C'était déclarer, en termes .très clairs, que les enfants morts sans baptême sont exclus de la vision béatifique. Les Pères ont enseigné souvent l.i iiH iiii' doctrine, d'une façon équivalente, en affirmant 1,1 11. I i >-iii' absolue du baptême pour être sauvé. Voir l:\iMiMi 'iii.z les Pères. Voir aussi les textes cités au p.uayiaplic .suivant. Cette doctrine fut souvent rappelée dans la suite par les papes et les conciles. Signalons, entre autres, la décrétale d'Innocent III, où il est dit que « la peine du péché originel est la privation de la vue

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à rcipiic du J. luuii, a de dcv.iiir riil.ii.Ls de Uiou ; Cuiu ipsis {pueris} non possil alto remédia subveniri, nisi per sacvamentuni baplisnii, per quod eripiuntur a diaboli dominatti et in Dei jilios adoptantur, etc., Décret, pro Jacob., Denzinger, n. 603; la définition du concilede Trentesur la néccssitédu baptême pour le salut éternel des enfants, sess. V, can. 4; enfin les dilïérentes professions de foi que les papes el les conciles ont prescrites aux orientaux (voir Denzinger, n. 387, 588, 870, 875) et d'après lesquelles « descendent aussitôt en un lieu inférieur, in infcrnum descendere, les âmes de ceux qui meurent avec le seul péché originel o.

Tous ces documents prouvent, d'une façon évidente, combien sont inutiles et vaines les tentatives faites par quelques théologiens pour trouver, en cas de nécessité, un équivalent quelconque au baptême, et assurer par ce moyen le salut éternel des enfants non baptisés. — 1. Au premier rang de ces opinions inacceptables est celle de Cajetan, qui émettait comme une Inp ' i- - i.ii-

semblable l'opinion que les prièresdis p I i ni.

d'une façon régulière et normale, obtni M I i. ni .nls le bienfait de la justification et du salnP pi .ml il . tnil

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impossible de leur conférer le baptême. D'après lui, « ce serait agir prudemment et d'une manière irrépréhensible que de donner la bénédiction au nom de la sainte Trinité aux enfants qui seraient en danger dans le sein de leur mère, laissant d'aillerirs à Dieu de juger à son tribunal le fond delà qup'^lion (hii <;:.if si la divine miséricorde n'accepterait pj- I i I I ' I'!' Il"' qu'accompagnerait le vœu des pari ni I ne serait pas une négligence coupable, ni i- nn^ iiii|...-sihilité excusable, qui empêcherait d'admiiiistrei- ce sacrement. » Pallavicini. Histoire du concile de Trente, 1. IX, c. viii, édil. Migne, p. 358. Cette opinion parut suspecte, à bon droit, aux théologiens du concile de Trente, et il fut même question de la condamner. On s'abstint finalement de toute censure, voir col. 305-306, mais le pape Pie V ordonna de rayer cette opinion des œuvres du savant cardinal. Le dominicain D. Soto, du même ordre que Cajetan, sans aller jusqu'à traiter d'hérétique l'opinion de son confrère, la déclare fausse. Voir col. 3-26 — 2. Gerson, Durand, Eusèbc Amort et quelques autres croient que les prières des parents peuvent quelquefois, à titre exceptionnel et quasi miraculeux, obtenir de Dieu le salut éternel de leurs enfants, quand le baptême est impossible. « Qui sait, dit Gerson, si Dieu n'exaucera point ces prières, et ne doit-on pas espérer qu'il aura égard aux humbles supplications de ceux qui auraient mis en lui toute leur confiance? » Serni. de Nativ. Virg. Mariœ, part. III, consid. 2, Opéra, Anvers, -1706, t. m. p. 1350. Voir, dans le même sens, Amort. Theol. moral., Inspruck, 1758, t. II, p. 120 sq. Une doctrine analogue fut soutenue, en 1855, par l'abbé Caron, archiprètre de Montdidier, dans son ouvrage La vraie doctrine de la sainte Église catholique sur le salut des hommes, suivie d'un appendice s»)' le sort des enfants morts dans le péché originel, in-8», Paris, 1855, p. 269, et appendice. L'ouvrage ayant été mis à l'Index, fut aussitôt retiré du commerce par le pieux archiprètre. — On prête aussi d'ordinaire cette opinion à saint Bonaventure. Voir, entre autres, Hurter, TheoJ. dogm. comp., Insprucli,1891, t. m, p. 612. Perrone, cependant, soutient que cette attribution est inexacte. Prselectiones theologicse, Paris, 1842, édit. Migne, t. IT, p. 111, en note. La vérité est que le docteur séraphique, moins explicite d'ailleurs que Gerson, semble bien admettre la possibilité d'une dérogation exceptionnelle à la loi baptismale : Privatus haptismo aquse caret gralia Spiritus Sancti {parvnltis) quia aliter ad gratiam non potest disponi, quantum est de jure commun!, nisi Deus faciat de privilegio speciali, sicut in sancti- /icatis in utero. IV Sent., dist. IV, part. II, a. 1, q. i, Opéra, Lyon, 1668, p. 53. Évidemment, si l'on n'envisage que la question de possibilité, cette opinion est soutenable. Mais, si on l'envisage in concreto, on ne peut pas admettAî une dérogation ou un privilège comme celui dont parle saint Bonaventure, à moins que Dieu lui-même n'en révèle l'existence. Les exceptions à une loi universelle ne doivent pas se présumer, mais se prouver. Saint Bonaventure ne parle que des personnages que Dieu a sanctifiés dans le sein de leurs mères et qui ont reçu ainsi la grâce par un privilège spécial. Voir Suarez, qui réfute longuement toutes ces conjectures. De sacramenlis, disp. XXVII, sect. m, n. 6. — 3. Plus hypothétique encore, et par conséquent plus condamnable, est l'opinion soutenue par le P. Blanchi, de la congrégation des clercs réguliers, dans son ouvrage De remédia selernse salutis pro parvulis in utero clausis sine baptismate morientibus, Venise, 1768. D'après lui, les enfants qui meurent sans baptême dans le sein maternel seraient sauvés, si la mère a soin de protester, au nom de l'enfant, que celui-ci accepte la mort comme preuve de son désir de r< r, ,, u 1, 1, i|,tiiiie. Cette opinion singulière fut réfutée pi IJlaise, dans un livre intitulé : Dissei(e 'iiim systema P. Blanchi, de rmipilin., A. . I ,,i ii . ITTn. i. Non moins

hasardée est l'opinion de ceux qui ont prétendu, avec IClee, que les enfants auxquels il est impossible de conférer le baptême étaient éclairés, avant la mort, d'une illumination soudaine qui leur permettait de désirer le sacrement. Klee, Kathol. Dogm., Bonn, 1835, t. m, p. 158. Cette hypothèse est inadmissible, non seulement -parce qu'elle exige des miracles continuels, mais surtout parce qu'elle est inconciliable avec les décisions de l'Église que nous avons rapportées, et qui supposent clairement qu'on peut mourir et qu'on meurt de fait avec le seul péché originel. Or, dans l'hypothèse de Klee, ce cas n'arriverait jamais. Voir Hurter, Theol. Dogm. camp., Inspruck, 1891, t. m, p. 612. - 5. H. Schell, Katholisrhe Dogmatik, Paderborn, 1893, t. m. p. 479-480, regarde comme possible que la souû'rance et la mort des enfants avant le baptême soient, en vertu des souffrances volontaires de Jésus-Christ, un quasi-sacrement, le baiser de la réconciliation, une partie du baptême de pénitence qui supplée au baptême d'eau. Soto, De natura et gratia, 1. II, c. x, Lyon, 1581, p. 89, avait jugé sévèrement une assertion analogue : Nam si intelligerent (les partisans du sentiment qu'il réfute) habituros gloriam qui non discessei-unl in gratia, non essent audiendi. Si vero fingerent qiiod gratiam susciperentin illo puncto (morlis),uti est gratia quse martyribus impendilur plenissimse remissionis, temei-aria esset assertio quod parvuius, non occisus pro Christo, per fortuitam morteni absque aliquo actu proprio, vel sacramento extrinsecus adhibito, abstergeretur originali macula. Le quasi-sacrement, admis par M. Schell. n'a pas un fondement suffisant dans l'Écriture et la tradition. Les soulTrances et la mort des chrétiens sont méritoires; elles n'obtiennent pas la première grâce. — 6. Enfin on a prétendu que le baptême n'était pas nécessaire pour la rémission du péché originel, déjà pardonné par le sacrifice de la croix, mais seulement pour l'agrégation des Tunes à la vie sociale de l'Église. En conséquence, dit-on, il est permis de croire que les petits enfants morts sans baptême sont sauvés. Voir l'exposé de ce système dans Didiot, Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 112 sq. Il est réfuté d'avance par ce que nous avons dit plus haut. Bien que le péché originel soit pardonné en principe par le sacrifice de la croix, le baptême n'est pas moins nécessaire, d'une nécessité absolue', pour appliquer pratiquement aux enfants le mérite de ce sacrifice. Et il reste toujours vrai de dire que les enfants morts sans baptême sont exclus de la vision béatifique. Cette exclusion ou privation est appelée la peine du dam. parce qu'elle est pour eux une perte, un dommage (damnum) réel, analogue à celui qu'on éprouve, lorsque, par suite de circonstances involontaires, on est frustré d'un héritage magnifique, auquel on n'a d'ailleurs aucun droit. En ce sens, on peut dire que les enfants morts sans baptême sont damnés, bien qu'il soit préférable, dans le langage ordinaire, d'employer une autre formule, exempte de toute équivoque.

II. Les enfants morts sans b.aptème ne souffrent PAS LA PEINE DU SENS. — Cette proposition est aujourd'hui moralement cei-taine, bien qu'elle ait été autrefois contestée par saint Augustin et plusieurs autres. Nous allons montrer : 1" que l'Écriture ne fournit aucun argument contre cette thèse; 2» que la tradition dans son ensemble lui est plutôt favorable ; 3° que les théologiens scolastiques l'ont presque tous adoptée; 4' qu'elle a un fondement solide dans les décisions des papes et des conciles.

1» Doctrine de l'Écriture. — Saint Augustin, suivi par quelques autres, a cru que le passage évangélique où il est question du jugement général, Matth., xxv, 31 sq., impliquait la condamnation des enfants morts sans baptême aux supplices plus ou moins rigoureux de l'enfer éternel. Ces enfants, dit-il, ne seront pas à la droite du souverain juge avec les élus, puisqu'ils sont

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exclus de la vision béatifîque. Donc ils seront à gauche avec les damnés, puisqu'il n'y a pas de milieu entre la droite et la gauche, entre le ciel et l'enfer. Senn., ccxciv, 3, P. L., t. xxxviii, col. 1337. Cf. Opus imperf., I. II, C. CXVII, P. L., t. XLV, col. 1191.

Ce raisonnement, qui peut paraître spécieux au premier abord, est loin d'être concluant. Le passage évangélique qu'allègue saint .\ugustin a pour unique objet, comme l'indique le contexte, le jugement final des individus, d'après l'examen ou la discussion de leurs œuvres personnelles. Or, les enfants morts sans baptême n'ayant ni mérites ni démérites personnels, il n'y a pas lieu de les comprendre dans un jugement qui concerne l'usage que les lioiiiines ont fait de leur liberté. Les considérants de la sentence montrent bien qu'il s'agit uniquement des adultes : Esurivi enim et dedistis niihi manducare, etc. Il n'y a pas de milieu, dit saint Augustin, entre la droite et la gauche. Sans doute, mais il y en a un entre le ciel et l'enfer des damnés. Pourquoi n'y aurait-il pas, à la gauche du Christ, deux catégories distinctes, semblables sur un point, et différentes sur d'autres; privées toutes deux de la vision béatilique, mais diiférentes pour le reste? Le raisonnement de saint Augustin est donc discutable; et il ne suffit pas, en tout cas, pour démontrer que l'Écriture condamne à la peine du feu et aux souffrances physiques en général les enfants morts sans baptême, .\ucun texte n'a trait directement à cette question. Et quant aux conclusions indirectes qu'on peut tirer de tel ou tel passage, elles sont plutôt contraires que favorables à la doctrine augustinienne. Le texte de l'Apocah-pse, .wiii, 7, le prouve entre autres : Quantum glori/icavit se et in deliciis fuit , tantuni date illi tormentuni et hictum ; d'où l'on peut conclure, avec saint Thomas, que les divers degrés de la peine du sens sont proportionnés aux degrés de la jouissance couii.il.le. Or le péché originel ne comportant aucune délectation de ce genre, il s'ensuit que la peine du sens n'a pas sa raison d'être pour le punir. Il Sent., dist. XXXllI, q. Il, a. 1.

2" Opinions des Pères. — Les Pères gi'ecs qui ont parlé de cette question sont unanimes à dire que les enfants morts sans baptême n'endurent pas la peine du sens. Saint Grégoire de Nazianze déclare « qu'ils n'auront ni gloire céleste, ni tourments ■> : Neccselesti gloria nec suppticiis a justojudicc afficiuntur utpote qui licet baptismo consignali non fuerint, improbitale tanien careant, alque hanc jactuyam passi potius fuerint ijuani fecerint. Neque enim quisquis supplicia dignus non est, prolinus honorem quoque meretur, queniadmodumnec quisquis honore indignus est, stalitn etiam pufnam promeretur. Orat., XL, in sacr. bapt., P. G., t. xx.vvi,col. :i89. La même doctrine se retrouve, vers le y ou VI» siècle, chez l'auteur anonyme des Qusestiones et responsiones ad urtltodoxos, q. Lvi, P. G., t. vi, col. 1298, et chez l'auteur également anonyme des Qnœsliones ad Anliochum ducem, q. cxv, P. G., t. xxviii, col. 670- 671 ; au vi" si<-cle, chez Cosmas Indicopleustes, Topogr. ihritl., I. Vil, P. G., t. I.XXXVIII, col. 378; chez saint Anasiase le Sinaïle, Quœstiones, P. G., t. i.xxxix, col. 710; au XJl« siècle, chez Kuthvmius, Panopl. dogmat., lit. XXVI, P. G., t. cxxx, col. 1282.

Les Pères latins ne semblent pas avoir traité cette question avant saint Augustin. L'évêque d'Hippone partagea tout d'abord l'opinion des Pères grecs. << Soyons sans crainte, dit-il, quelques années après sa conversion; il y aura place pour une vie intermédiaire entre la vertu et le péché, pour une sentence intermédi^tire entre la récompense et le châtiment. » De liber, arbilr., 1. m, c. cxxiii, P. L., I. xxxii, col. 1301. .Mais, plus lard, quand il eut à combattre le pélagianisme, les nécessités de la polémique l'amenèrent à changer d'opinion. Nous avons vu plus haut l'abus que faisaient les pélagiens du texte : In domo Patris mei mansiones tnulliB

swU, et la distinction arbitraire qu'ils avaient imaginée entre le royaume des cieux et la vie éternelle. Saint Augustin n'eut pas de peine à réfuter ces arguties, et à démontrer que les enfants morts sans baptême sont exclus de la béatitude proprement dite, c'est-à-dire de la vision de Dieu. C'était la doctrine traditionnelle de l'Kglise. Mais, non content de faire cette démonstration, il crut devoir aller plus loin, sans doute pour ruiner jusqu'à la base l'objection pélagienne. Il nia résolument l'existence de tout lieu intermédiaire entre l'enfer et le ciel, après le jugement général. Et c'est alors qu'il employa l'argument biblique de la sentence du jugement dernier. Voir plus haut. De peccat. merit., 1. III, c. iv, P. L., t. Xiis, col. 189; 1. I, c. xxviii, col. 140; De anima, 1. I, c. ix, P. L., t. XLiv, col. 181 ; 1. II, c. xii, col. 505. Le concile de Milève, dont nous avons parlé déjà, a-t-il également soutenu cette doctrine? On serait tenté de le croire au premier abord, à cause de la similitude de ses formules avec celles de saint Augustin. Mais il faut remarquer que la négation du concile, en ce qui concerne l'existence d'un lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer, est exactement calquée sur l'affirmation des pélagiens. Or ceux-ci, d'après le concile lui-même, enseignaient que les enfants morts sans baptême jouissaient de la béatitude pure et simple, c'est-à-dire surnaturelle, dans un lieu distinct du royaume des cieux. C'est précisément ce que nie le concile, en rejetant ce lieu imaginaire inventé par les pélagiens, et en refusant tout bonheur surnaturel aux enfants non baptisés. Le texte ajoute, il est vrai, ces paroles, qui semblent être un écho au moins indirect de la doctrine augustinienne : Quis catliolicus dubitet parlicipem fieri diaboli euni qui cohseres esse non meruit Chrisli? Qui enim dextra caret sinistram procul dubio incurret. Denzinger, Enchiridion, n. 66. Nous ferons d'abord remarquer que plusieurs critiques contestent l'authenticité de ce canon, qui est absent de la plupart des manuscrits. Voir .Milève (Conciles de). Mais fùt-il authentique, il ne serait pas- un argument décisif pour la doctrine de saint Augustin. Le texte, en efl'et, ne parle ni de tourments, ni de flatmnes, ni de douleurs. Il établit, il est vrai, une association entre le démon et les enfants non baptisés. Mais rien ne prouve que cette association soit universelle et ab.solue. Elle peut très bien être partielle et relative, et ne porter que sur la commune privation de la vision béatifique, ce qui suffit amplement pour les associer au même malheur.

Au reste, saint Augustin lui-même sentait si bien les difficultés soulevées par son opinion, qu'il avoue, à plusieurs reprises, ses anxiétés et ses incertitudes. Cuni ad pœnas ventum est parvulorum, niagnis, nUhi crede, coarctor angustiis nec quid respondeam prorsus invenio. Epist., CLXVi, c. vu, P. L., t. xxxiii, col. 727. Ailleurs, il se déclare impuissant à dire la nature et l'intensité des peines endurées par les enfants non baptisés; et il n'ose pas décider si l'existence est pour eux préférable au néant. Quis dubitaverit parvulos non 6aplizatos,qui sohim liabent originale peccatiini nec ullis propriis aggravantur , in daninatione omnium levissimafuturos:' Quœ, qualis et quanta eril, quamvis definire non possim, non tamen audeo dicere, quod iis, ut nulli essent, quam ut ibi \in damuatione levissinia] essent, potius ej^diret. Cont. Julian., I. V, c. xi,P.L., t. .\Liv, col. 800. Il répète souvent que cette peine, en tout cas, est oniniitni niitissima. Xoir De peccat. mcrit., I. I, c. XVI, P. L., I. XLix, col. 120; Enchiridion, c. xcill, P. L., t. XL, col. 275. Cf I. I, col. 2397.

L'opinion de saint Augustin parait aussi avoir été celle de saint Jérôme, Diatog. adv. Pelag., I. III, n. 17, P. L., I. XXIII, col. 587. D'autres Pères l'ont suivie, notamment S. Fulgence, De imam, et grat., c. xiv, xxx, P. L., t. Lxv, col. 581, 590; De fide ad Petr., c. xxvii, col. 701; S. Avil de Vienne, Carm. ad Fusein., P. L., t. i.ix, col. 370 ; S. Grégoire le Grand, Moral., 1. IX, c. xxi.

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-i^'iis de son .1 Bandinelli

P. L., t. Lxxv, col. 877; S. Isidore, Sentent. ,\. 1, c. xxii, P. L., t. Lxxxiii, col. 588; S. Anselme, De concept. vi>-g., c. XXIII, P. L., t. cLViii, col. 457.

S- Enseignement des scolastiq ues . — Les scolastiques du XII'' siècle commencèrent déjà à s'écarter du sentimeiil il ■ -iiiii \njiislin. Abélard, entr.' ,iii(ir<, n.' \.iit pa? il II ~ physiques pour !• - • ni mt- ni. il-;

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parle l.i.ijii. a llippone, la priv vision de Dieu. K.cposUio in episi P. L., t. OLXxviii, col. 840. Mai- !■ école sont beaucoup moins expluih se contente de dire que ces enfants procid dubio damnantw, sans s'expliquer davantage sur leur sort. Ognibene est du même avis, mais ajoute ces paroles : Ita credimus, quia hoc sancti dicunt, allusion probable à la doctrine de saint Augustin. Die Sentenzen Rolands, édit. Gietl, Fribourg-en-Brisgau,I891, p. 208, 209. L'auteur de la Siininia senlentiaruni dit « qu'ils ne sont pas sauvés, mais qu'ils subissent une peine très douce » suivant la formule augustinienne. Sum. sent., tr. V, c. VI, P.L.. t. CLXXVi, col. 132. Mais Pierre Lombard est plus explicite, et enseigne que la seule peine du pécbé originel est la privation de la vision béatifique. II .S'eJiCdist. XXXIII, P. L., t. c.xcii, col. 730.

Au XIII' siècle, la réaction contre la doctrine de saint Augustin fut complète. Deux causes principales y contribuèrent : une déclaration du pape Innocent III, dont nous parlerons tout à l'heure, et l'étude plus attentive de la nature du péché originel. C'est là en effet qu'était la véritable clé du problème. Partant de ce principe, que la peine du péché doit être exactement proportionnée à sa nature, les grands docteurs du xiii» siècle analysèrent avec plus de soin la notion du péché originel, et arrivèrent bien vite à des conclusions tout autres que celles de saint Augustin. Alexandre de Halès ne traite pas la question ex professa. Il enseigne pourtant que la privation de la vision béatifique est la vraie peine du péché originel, bien qu'elle s'applique aussi au péché personnel grave. Et s'objectant à lui-même le passage biblique qui partage l'humanité en deux catégories exclusives, au jour du jugement général, il répond que le sort des enfants morts sans baptême n'est pas le feu proprement dit de l'enfer, mais les ténèbres, c'est-à-dire la privation dé la vision béatilique. Hsse in illo igné ad pœnani contingit dupUciter, vel calione ardoris, vel ratione tenebrositatis : ratione ardoris dicunturesse illi qui actualiter peccant; ratione tenebrositatis, qui carent visione Dei. Sum ma, part. II, q. cvi, m. ix, Venise, 1575, t. Il, fol. 277. Albert le Grand n'admet également que la peine du dam pour les enfants non baptisés, et il déclare que le langage de s;ijnt Augustin n'est pas exact, improprie lnquilur. IV Sent., dist. IV, a. 8, Opéra, Lyon, 16Ô1, t. XVI, p. 53. Saint Thomas ,donne trois raisons pour prouver que ces enfants ne doivent endurer aucune souffrance physique. Quand il s'agit, dit-il, des biens qui surpassent les exigences de la nature humaine, on conçoit que leur perte puisse être le résultat, non seulement d'une faute personnelle, mais d'un vice quelconque de la nature, puisque celle-ci n'y a aucun droit. Voilà pourquoi la privation de la grâce et de la vision béatilique est la conséquence du péché originel, aussi bien que du péché actuel grave. Mais quand il s'agit d'un bien simplement naturel, c'est-à-dire qui est dii à la nature pour son fonctionnement normal, on ne peut pas admettre que la privation ou la perte de ce bien résulte d'un vice de nature; il suppose une faute personnelle dont il est le châtiment. Les peines afilictives ne peuvent donc atteindre et punir que le péché actuel. — En second lieu, toute peine doit être proportionnée à la faute. Le péché actuel, étant à la fois un éloignement du souverain bien, aversio ah inconimulabili bono, et une attache déréglée au bien périssable, conversio ad bonum

commutahile. il est juste qu'il soit puni doublement : d'abord par la pt>rte rie la ?ràce et de la vision béatifique, corre-p- iiil ml :i 1^ l.i.ihim'tii vis-à-vis de Dieu; puis, par dr- -iiiiii iiM - pli\-ii]ii, -, correspondant aux attaches (Irii^li ii- a la (Il atiii.v Mais le péché originel ne comprend aucune attache au bien périssable. Il éloigne simplement de Dieu, en ce sens qu'il prive l'âme de la grâce sanctifiante, c'est-à-dire d'un moyen strictement nécessaire pour atteindre la fin surnaturelle. Donc il ne mérite aucune peine afflictive, mais seulement une peine privative, la privation de la vue de Dieu. — Enlin, dit le docteur angélique, une disposition proprement dite de l'àme ne saurait être l'objet d'une peine aflliclive. On n'inflige pas de punition pour une tendance ou disposition à mal ùÙTe, mais seulement pour un acte mauvais lui-même. Une disposition mauvaise ou défectueuse ne peut être punie que par la privation d'un avantage quelconque, privation qui est la conséquence légitime de l'inaptitude ou de l'indignité du sujet. L'ignorance par exemple, dit saint Thomas, est un obstacle à la promotion au sacerdoce. Or le péché originel n'est en soi qu'une disposition à la concupiscence, et les adultes seuls mettent cette disposition en acte. Donc les enfants ne doivent pas, pour une simple tendance mauvaise, être L'objet de peines afilictives plus ou moins sévères. De mato, q. v, a. 2. Le docteur angélique ne cache pas que son enseignement paraît être opposé à celui de plusieurs Pères; mais, d'après lui, ce sont là des écarts de parole, plutôt que de doctrine, et qu'il faut savoir interpréter. Has voces {supplicimn, lormentum, gehenna, a-uciatus xterni) esse large accipiendas pro pœna, ut accipiatur species pro génère, sicul etiam in Scripturis quselibet pœna pgurari consuevit. Et il ajoute ces paroles pour excuser les Pères : Ideo sancti tali modo loquendi usi sunt, ut detestabilem redderent erroreni pelagianoriim, qui asserebant in parmûis nullum peccatum esse, nec eis aliqttam pœnam deberi. De malû, q. v, a. 2, ad l»™. Voir la même doctrine dans saint Bonaventure qui signale d'abord, mais pour l'écarter, l'opinion rigide, et expose ensuite l'autre, qui, dit-il, magis concordat pietati /idei etjudicio rationis. II Sent., dist. XXXIII, a. 3, q. i, Upera, Lyon, 1668, t. ii, p. 414. Ce fut désormais l'enseignement unanime des théologiens, jusqu'au xvi= siècle. Grégoire de Rimini est le seul écrivain de quelque valeur, qui se soit montré favorable au sentiment opposé, ce qui lui a valu le surnom de « bourreau des enfants ». // Sent., dist. XXXIII, q. m. Au XVII' siècle, l'opinion rigide fut remise en honneur par quelques théologiens, sous prétexte de retour à la doctrine augustinienne, mais en réalité sous l'influence indirecte du jansénisme. Petau, Bossuet, Berli et le cardinal Noris en sont les principaux représentants. Ils s'appuient sur les paroles de saint Augustin, et invoquent en outre les deux conciles généraux de Lyon et de Florence. On trouvera plus loin le texte et l'interprétation de ces décisions. Bossuet soutient que les enfants morts sans baptême endurent, non pas précisément « la souffrance du feu », mais d'une façon générale une peine afflictive subie en enfer, car ils sont « dans la punition, dans la damnation, dans les tourments perpétuels, selon saint Grégoire, perpétua tormenla percipiunl ». Défense de la tradition, 1. V, c.ll, Amsterdam, 1753, p. 169. Le cardinal Noris va jusqu'à déterminer la nature précise de leurs souffrances, et il écrit ces singulières paroles : Levissima ac mitissima erit {pœna} ab igné calefacienle cum aliqua molestia pueros,sed noneosdem itstulante..., cum pneri hxreditarii tantum criminis rei iint, calore ait molestiani usque ac dolorem incutiendum intenso affligentur. Vindicix augustinianse, Vérone, 1729, t. i, p. 981. Sur quoi le P. Perrone ne peut s'empêcher de faire cette réflexion quelque peu ironique : Nescio quo Ihermometro usus S!t, ad lios gradtis coloris et intensitalis tani

APTK.MK SOHT DKS ENFANTS MORTS SANS)

accuvatedelerminandos. Prselectiones theologicse, Paris, 1842, édit. Migne, t. i, p. 873. Voir encore dans le sens rigide Pctau, Opiis de tlieol. dogm.. De Deo, 1. IX, c. x, n. lOsq., Paris, 1867,1. il, p. "115 sq. Mais cette opinion est abandonnée depuis longtemps par tous les théologiens, qui enseignent que les enfants morts sans baptême n'endurent aucune souffrance physique. Hurler, Theol. dogm. conipend., Inspruck, 1891, t. m, p. 613.

4» Décisions des papes et des cû7icHes. — Nous avons vu plus haut ce qu'il fallait penser du canon attribué au II' concile de Miléve, qui rappelle sans doute la doctrine de saint .Augustin, mais en diffère cependant sous certains rapports. Plus tard, au xiip siècle, parut une décrétale importante du pape Innocent III, répondant officiellement à l'archevêque d'Arles au sujet du baptême. Dans sa réponse, le pape rappelle, entre autres choses, la distinction capitale qui existe entre le péché originel 0 qui est contracté sans consentement » et le péché actuel « qui est commis avec consentement ». Il ajoute ensuite ces paroles : Pœna originalispeccali est carentia visionis Dei, aclualis vero pœna peccali est gehennœ perpetux cnwiatus. Denzinger, Ènchiridion, n. 341. Dans la pensée du pape, il est clair que les peines s'opposent comme les péchés eux-mêmes, et que, par conséquent, la peine du péché originel n'est pas le supplice de la géhenne éternelle; en d'autres termes, que les enfants morts sans baptême ne seront pas tourmentés dans l'enfer des démons et des damnés. Cette déclaration du pape Innocent III, dit M. lechanoine J. Didiot, « n'est pas seulement un indubitable monument de la croyance de l'Kglise romaine, elle est très certainement, surtout depuis son insertion, en 1230, au Coi-piis jiiris ou code officiel des lois pontificales, un enseignement formel et authentique de la papauté. » Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 23.

On ne peut pas objecter contre cette doctrine la profession de foi qui fut proposée par le pape Clément IV, en I2G7, :i la si[,'nature de l'empereur Paléologue, acci'|ilri- rii-inl.' |.;ir' r.lni-ri au II'- concile tpcuménique dr l.v. Il rj7 1 . ^1 1. \!ii. ILincnt reproduite plus tard au coiml' L. Il' iil (l. I liii lici-, pour l'union des Crées et des LaluLs J i:;'.),. Ci Ik luufession de foi semble bien, à première vue, un peu sévère pour les enfants morts sans baptême. On y lit en effet ces paroles : Illoruni auteni animas, qui in mortali peccato vel ciim solo originali decedunt, mox in infernum descendere, pœnis lamen disparibiis puuiendas. Denzinger, n. 387, 588. C'est dire, seinble-t-il, que l'enfer est le séjour commun de ceux qui meurent en état de péché mortel, et de ceux qui meurent avec le seul péché originel. N'est-ce pas assimiler, dés lors, avec une légère différence, le sort des enfants morts sans baptême à celui des damnés? Les théologiens rigides du xvii» siècle n'ont pas manqué de tirer celte conclusion du texte conciliaire. Et pourtant elle n'est pas fondée, comme nous allons le voir, h'abord, la disparité des peines que signale le concile vu termes formels ne s'explique pas suffisamment dans le sNslèiiiL- rigoriste. Cette disparité concerne tout aussi bien les innombrables péchés mortels qui sont punis en enfer. Pourquoi donc le concile a-t-il voulu l'appliquer du ne fai;on spéciale à deux catégories distinctes de péché, l'actuel et l'originel, si ce n'est précisément parce qu'il y avait, dans sa pensée, une différence d'espèce, et non seulement de degré, entre les peines qu'ils subis- .sent'? Il n'a pas mentionné la disparité des châtiments qui punissent les damnés proprement dits, parce que cette disparité est trop évidente ; mais il a pris soin de signali'r l'autre, parce que la question était moins claire, et pour éviter des confusions filcheuses. Palmier!, De Deo ircanle et devante, Rome, 1878, th. LXXXi, p. 651. D'autre part, l'expression in infernum descendere ne suppose pas nécessairement une communauté de séjour pour les enfants morts sans baptême et les damnés pro-

prement dits. Le mot inferi ou infernum a souvent dans la langue chrétienne, par exemple dans le symbole des apôtres, un sens collectif, désignant trois lieux plus ou moins rapprochés peut-être, mais très différents en réalité, auxquels est attachée l'idée commune d'opposition au ciel et de situation inférieure par rapport à nous : d'où vient précisément le mot inferi ou infernum, lieu inférieur en général. Ces trois lieux sont plus connus sous le nom de « limbes des Pères », limbus Patrum, « limbe des enfants, » limbus puerorum , et enfin l'enfer des damnés. Voir Abraham {Sein d'), t. i, col. 111 sq., et Limbes. Or, « quand les souverains pontifes, depuis Clément IV jusqu'à Benoit XIV, exigent que l'on croie à la descente immédiate des âmes dépourvues de grâce sanctifiante dans Vinfernum, où elles seront inégalement punies, ils visent manifestement la signification collective du mot, et ils placent les enfants morts sans baptême dans un autre infernum que les adultes surpris par la mort en état de péché grave. Les peines sont inégales, et le lieu pénal est différent, quoique plus ou moins rapproché : aux uns le limbe des enfants, aux autres l'enfer des démons. » Didiot, Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 30. Il faut donc éviter de traduire Vinfernum du concile de Florence par le mot singulier « enfer » ; car c'est exposer les fidèles à des confusions très fâcheuses. La vraie traduction est « un lieu inférieur ».

Une nouvelle décision pontificale vint faire connaître au xviii<! siècle la vraie doctrine de l'Église sur le sort éternel des enfants non baptisés. Le» jansénistes, au synode de Pistoie, avaient traité de « faille pélagienne », l'existence de « ce lieu inférieur que les fidèles désignent ordinairement sous le nom de limbes des enfants, et dans lequel les âmes de ceux qui meurent avec le seul péché originel sont punies de la peine du dam, mais non de la peine du feu». Une telle opinion, disaient-ils, remettait en honneur « la fable pélagienne d'après laquelle il y aurait un lieu et un état intermédiaires, exempts de faute et de peine, entre le royaume de Dieu et la damnation éternelle ». Cette doctrine fut condamnée par le pape Pie VI dans sa bulle Auctorem fidei, dont le 26« article était ainsi conçu : Doctrina, quœ veUit fabulam pelagianam explodit locum illum inferorum quem limbi puerorum nomine fidèles pas^ini désignant], in quo animai decedenlium cum sola originali culpa pœna damni citra pœnam ignis tmnianlur, perinde ac si hoc ipso quod qui pamam ignis renwvent, inducerent locum illum et slatuni médium expertcm culpse et pœnse inter regnum Dei et daninalionem xternam, qualem fabulabantur pelagiani, falsa, temeraria, in scliolas catholicas injuriosa. Denzinger, Enchiridion, n. 1389. D'où il faut conclure que l'existence du limbe des enfants, tel que les catholiques le conçoivent en général, c'est-à-dire exempt de la peine du feu, n'est pas une invention mensongère, mais une croyance parfaitement orthodoxe. Aussi, dans le schéma de la constitution dogmatique sur la doctrine catholique qui devait être discutée au concile du Vatican, il était dit que ceux qui meurent avec le .=eul péché originel seront privés pour toujours de la vision béatifique, tandis que ceux (|ui meurent avec un péché actuel grave souffriront en outre les tourments de l'enfer. Acta et décréta concil. Valicani, dans la Collertio Lacencis, t. vu, p. 565. III. Les enfants morts sans baptême jouissent-ils

d'un nONHEl'B NATLBEL?— /. Sfi.VS DE LA (JUESriO.X. — Il

ne s'agit pas de savoir si ces enfants sont heureux au sens pélagien, comme n'ayant pas participé à la souillure orijiinclle. Aucun ll:éologien catholique n'a jamais revendiqué pour eux un pareil bonheur. 11 ne s'agit pas davantage de savoir si ces enfants alleignent une fin naturelle proprement dite, d'où résulterait pour <îux un bonheur complet du môme ordre. Car Dieu n'a pas assigné deux fins à ses créatures : une fin surnalu-

BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS

relie pour les adultes, et une lin naturelle pour les enfants qui meurent sans baptême. Tous les hommes, adultes ou enfants, n'ont qu'une seule et même lin, d'ordre surnaturel, qui est la vision intuitive. Les enfants morts sans baptême manquent donc leur lin, autrement dit leur salut étemel. Ils sont dès lors dans un état anormal, qui ne devait pas être le leur, et qui diffère formellement de celui qui aurait existé dans une économie différente, si l'homme n'avait pas été appelé à une lin surnaturelle. L'économie de pure nature, comme on l'appelle, aurait comporté, en effet, une fin naturelle et un bonheur complet du même ordre. Mais les enfants morts sans baptême ne sauraient y prétendre, puisqu'ils ont une destination toute différente et qu'ils manquent leur tin. Tous les théologiens catholiques sont d'accord sur ce point. Le cardinal Sfondrate semblerait cependant pencher vers l'opinion contraire, quand il dit : Falendmn iamen, quia niinquam parviilis ante baptismum sublaUs Deiis sslernam vitam voluit, istos ad aliuni fincm classemgue provideritiœ pertinere. Nodus prxdestinationis dissolutus, Rome, 1687, p. 46. Mais cette opinion isolée du savant théologien paraît difficile à concilier avec l'enseignement du concile du Vatican dans sa constitution Dei Filhis, c. ii. De revelatione. Voir pourtant un essai de conciliation dans la Revue du eiet-gé français, 15 août 1895. p. 527. On peut se demander en tout cas si les enfants mort> sans baptême parviennent du moins à obtenir 1. - n-'n: - '! ■mc-nts de bonheur naturel qu'on aurait ■ i, ' .1.- pure

nature, après la mort; end'auti'- '■••■• i missent,

non du bonheur pur et simple, //.'('.<'. si,iqiliciler et formalis, réservé à ceux qui atteignent leur lin proprement dite, mais d'un bonheur accidentel et secondaire, beatitudo secundum quid, et niaterialis.

u. soipîvows. — Le problème ainsi posé a reçu deux solutions différentes, données principalement par Bellarmin et saint Thomas.

J» Opinion de Bellarmin.—Le savant cardinal soutient qne les enfants morts sans baptême éprouvent une réelle tristesse d'être privés de la vision bèatifique. Il admet d'ailleurs que cette tristesse est très légère, soit parce que ces enfants, ayant conscience de n'avoir pas perdu ce bonheur par leur propre fiiute. ne sauraient en éprouver un remords quelconque; soit parce que n'ayant fait aucune expérience du bonheur, ils supportent plus facilement la perte d'une chose qu'ils ignorent, et pour laquelle ils n'ont d'ailleurs tpi'une aptitude éloignée; soit enfin parce que voyant le sort épouvantable des damnés, ils sont plutôt disposés à se féliciter euxmêmes d'avoir échappé à ce malheur possible par une mort prématurée. Controv., De amiss.grat., 1. YI, c. vi, Miian, 1721, t. iv, p. 359. Ces réserves faites, Bellarmin et (quelques autres théologiens croient devoir affirmer que les enfants morts sans baptême souffriront intérieurement d'être exclus de la vision intuitive. D'après eux, en effet, ces enfants connaissent ou connaîtront nécessairement l'existence du ciel, puisqu'ils assisteront au jugement général avec tous les hommes, et y entendront la sentence du bonheur éternel. Comment, dit-on, ne feraient-ils pas une comparaison pleine de tristesse entre leur propre sort et celui des bienheureux? Trois réponses ont été données à cette objection. Rien ne prouve, disent quelques-uns, que les enfants morts sans liaptême assistent au jugement général. La description évangélique de cette scène semblerait plutôt indiquer le contraire, puisque le texte sacré ne parle que des récompenses et des châtiments mérités par les œuvres personnelles, bonnes ou mauvaises, de ceux qui seront là. Les enfants morts sans baptême n'ont rien à voir à ce jugement, et rien ne motive leur présence à ces assises si.linnelles. N'assistant pas à ce spectacle, ils ne connaîtront pas le bonheur des élus, et n'auront par conséquent aucun regret à éprouver : Irjnoli mtlla cupido.

— D'autres estiment qu'ils connaîtront ce bonheur, mais que cette connaissance ne produira en eux aucune tristesse, parce que leur volonté sera pleinement conforme à celle de Dieu, et que leur intelligence non seulement n'aura aucune peine à s'incliner devant les desseins les plus mystérieux de la providence, mais en saisira comme il faut la sagesse, la justice et la bonté.

— D'autres enlin déclarent, avec saint Thomas, Ce tnalo, q. v, a. 2, que les enfants morts sans baptême n'arriveront jamais, faute d'une révélation spéciale qui leur serait indispensable, à connaître l'existence de la vision bèatifique. Quant à leur présence au jugement général, s'ils s'y trouvent, elle ne leur apprendrait rien sous ce rapport, par suite d'une très sage disposition de la providence. Ils n'auront donc aucun regret de ce bonheur inconnu. Suarez, De peccat. et vitiis, disp. IX, sect. vi.

Bellarmin, non content d'exposer son sentiment sur les peines intérieures que souffrent les enfants non baptisés, attaque vivement l'opinion des théologiens qui leur accordent un bonheur naturel dans le sens que nous avons dit, et va jusqu'à la traiter d'hérétique. Fide catholica tenendum ext panntlos siiie baptismate decedentes esse datiiiiatos, et non solum cselesti, sed etiam naturali beatitiidine perpétua carituros. Controv., De amiss. gmt., 1. VI, c. ii. Milan. 1721, t. iv. p. 340. La première partie de cette proposition, sans doute, est de foi; mais la seconde, celle qui concerne le bonheur naturel des enfants en question, ne l'est pas, tant s'en faut. Palmieri, De Deo créante et élevante, Rome, 1878, p. 653 sq., montre combien l'assertion de Bellarmin est exagérée et injuste, et réfute en détail les arguments du docte cardinal. Les théologiens contemporains sont à peu près unanimes à rejeter cette opinion, qui leur paraît mal fondée en raison, et qui n'offre pas, d'autre part, les mêmes ressources que la doctrine de saint Thomas, au point de vue apologétique. A ma connaissance, U n'y a guère qu'un théologien allemand, François Schmid, qui l'ait reprise, en accentuant même la sévérité qui la caractérise. D'après lui, en effet, le sort des enfants morts sans baptême est plutôt misérable qu'heureux : Potins misera quam felix dicenda est. Quxstiones selectês ex theologia dogmatica, Paderbom, 18&1, p. 278. Et il enseigne comme une chose très certaine, que ces enfants sont dans une situation inférieure, sotts tous rapports, à celle qui aurait existé dans la pure nature. Certissimtim est statum panmloruni sine baptismo defunctorum non solum formaliter sed etiam materialiter a statu finctlis felicitatis naturalis, sive ab ea ronilitinvr ipin' in alnlii tmiurrr purx hominibus sine reoiii •■nlp.r ijr.n'ix ilrrr.lrniiUiis privparata fuisset, haud h'ni. , ihijrr.-r. Ih>'i.. |i, -l'Ci, I. 'auteur invoque surtout 1 aul.'ilic (Ir sailli Aii^iisliii pour appuyer sa théorie. Il prétend que la doclrine augustinienne est très précise et très constante sur ce point, tandis que l'enseignement de saint Thomas serait d'après lui, incertain et hésitant. Nous ne voulons pas entreprendre ici la réfutatipn de ce système. Elle résulte suffisamment, croyons-nous, de l'article tout entier. Chr. Pesch, Prœlectiones dogniaticœ, Fribourg-en-Brisgau, 1899, t. ni, p. 155-156.

2» Opinion de saint Thomas. — Le docteur angéliquc enseigne que les enfants morts sans baptême jouiront, corps et âme, d'un réel bonheur. En effet, dit-il, bien que séparés de Dieu par la privation des biens surnaturels, ces enfants restent unis à lui par les biens naturels qu'ils possèdent, ce qui suffit pour jouir de Dieu parla connaissance et l'amour naturels. Quamvis pueri non baptizati sint separati a Deo, quantum ad illam conjunctioneni quse est per gloriam, non tamen ab eo penitus separati simt. Imo ipsi conjunguntur per participationem ttaturalium bonorum : et ita etiavi de ipso gaudere poterunt, naturali cognitione et dilectivne. II Sent., dist. XXX, q. Il, a. 2, ad 5>"". Cf. De malo,

BAPTÊME (SORT DES ENFANTS MORTS SANS

q. V, a. 3, ad 4''™. D'autre part, dit saint Thomas, le corps des enfants morts sans baptême sera impassible, non sans doute par une qualité intrinsèque, comme celui des bienheureux, mais parce qu'il n'y aura plus ^nucune cause extrinsèque de souffrance. Corpora puerorum non erunt impassibilia defectu potentiie ad patienduni in ipsis, sed defectu exterioris agentis iti ipsa; quia posi resttrrectiunem nullnm coi-pus erit agens in alIcfiDii, jjiœcipae cul con-uplioneni inducendani per aciionem naliirœ, sed erit aclio tantum ad puniendum ex online divinx juslitise. Unde illa corpora pœnam non patientur, quibus pœna sensibilis ex divina justitia non debelur. Corpora aiitem sanclorum erunt impassibilia, ijuia de/iciet in eis potentia ad patiendum : et idco impassibdilax erit in eis dos, non in pueris. Il Sent., dist. XXXIII, q. ii, a. 1, ad 5""'. — L'opinion de saint Thomas est devenue celle d'un très grand nombre de théologiens. Plusieurs sont même plus explicites que le maître. Suarez n'hésite pas à dire que les enfants morts sans baptême aiment Dieu par-dessus foutes choses, et qu'ils sont à l'abri de tout désordre, de tout malaise et de toute souifrance. Inféra fore ul illi parviili habeant tune [sicut nunc\ veram Dei cognitionem naluralem et amoreni ejus super ontnia alque adeo reliquas virlutes nalurales et corpora intpassibilia ...Unde non indigebunt cibo neque potu, quia oninis alteralio lune cessabit, Deo ita providente. Ilaque neque patientur rebellionem carnis neque interioreni neque exleriorem pugnam, quia eliam hœc essel pœna sensibilis, et omnia hsec pertinent ad viam, illi vero suntsuo modo in termina. Alque in his fere conveniunt llieologi; solum deloca,in quoerunl,dubilanl aliqui... Solo vull futuros in loco inferni prorsus tenebroso... Céleri vero pie et probabililer censent habitationeni illorum fulurani in hoc mundo. De pecc. et vitiis, ■disp. IX, sect. vi. Lessius est d'avis que ces enfants possèdent « uneconnais.sance insigne des choses corporelles -et spirituelles », qui les aide à aimer, à bénir et à louer Dieu pendant l'éternité. Longe perfectior [quam in hoc mundo habemus] in illa reiwvalione dabitur [parvulis cognilio\, ut innumcrabilis ille infanlium papulus in suo ordine non sit oliosus, ne frustra in mundo esse videatur, sed ut ex cagnilione sui et aliarum rerum creatarum auctorem suum et mundi totitis illustrimodo cognoscanl et cognoscendo ament et laudent et gralias ei de benc/iiiis acccptis in omneni xtcrnilalem aganl. Ce qui ne veut p.is dire, ajoute Lessius, que ces enfants posséderont la béatitude naturelle pure elsimple: la tache du péché originel s'y opposera toujours. De perfect. divin., I. XII, c. .\.\ii, n. 144 sq., Paris, 1881, p. 444. Le cardinal Sfondrate va jusqu'à soutenir que l'état d'innocence personnelle où meurent" ces enfants constitue, de la pari de Dieu, an bienfait supérieur, sou.s cert.'iins rapports, à la grâce proprement dite. « Ce bienfait lie l'innocence personnelle et de l'exception du péché est si grand, que ces enfants aimeraient mieux être privés de la gloire céleste que de commettre un seul péché; et tout chrétien doit être de cet avis. Donc il n'y a pas lieu de se plaindre ni de s'aflliger à propos ■de ces enfants, mais il convient plutôt de louer et de remercier Dieu à leur sujet. » Nadus prœdeslinationis dissolutus, Rome, 1687, p. 120. Parmi les théologiens ■contemporains, M. le chanoine Didiol. imcirti i|,,vrn de la faculté de théologie de Lille, s'expriin Mi]-i . I. s enfants morts sans baptême n'ont que il. ii. iM m mrclles, que des tendanci's cl des aspiiiii. n niini ll.s

vers Dieu. Ils ont en lui !> ni' ■, i.-. l.ur liiim. i r . i, u, , ,

leur bonheur; mais il 'M >lt ul. iii> jii n iim < I < i i um' .i-.^ le Voile et les ombrr> il 1 m i" m- . , il. h ui i.h-mhni'iiienls de leurs niLdiUii..!!^ ImiiÉ.um .,. 11.^ .nlliuicul à

•linsi dans un état de perfection et de béatitude linales.

auquel le genre humain tout entier eût été convié par la providence, si elle ne lui eût fait de plus hautes destinées en l'élevant à l'ordre surnaturel. » Maris sans baptême, Lille, 18%, p. 67-68. Ce théologien se dit, en outre, « tout disposé à croire que des relations sont possibles et même fréquentes entre le ciel des élus et le limbe des enfants; que le lien du sang conservera sa force dans l'éternité, et que la famille chrétienne, reconstituée là-haut, ne sera pas privée de la joie de retrouver et d'aimer ses chers petits associés d'un jour. » Ibid., p. 60. Ceci évidemment n'est qu'une hypothèse, et le savant auteur n'a sans doute pas l'intention de la présenter comme une vérité acquise. Quoi qu'il en soit, la doctrine de saint Thomas, même dégagée de tous ces commentaires accessoires, est l'enseignement de beaucoup le plus commun, à l'heure actuelle; et nous ajoutons volontiers qu'elle aide singulièrement l'apologiste à justifier la conduite de la di\Tne providence.

IV. Objections et réponses. — La doctrine catholique soulève, dans l'espèce de graves difficultés. On ne voit pas trop, en effet, de prime abord, comment elle se concilie avec la sagesse, la justice et surtout la bonté de Dieu.

1" objection. — La sagesse de Dieu, dit-on, parait en défaut, puisque la religion chrétienne, qui fournit au reste de l'humanité des moyens de salut supérieurs à ceux de l'ancienne loi, met au contraire, sous ce rapport, les enfants morts sans baptême dans une situation inférieure à celle des enfants qui ont vécu avant le christianisme. Ceux-ci, en ell'et, étaient à même de bénéficier beaucoup plus facilement, soit de la circoncision mosaïque, soit du sacrement de nature, qui, n'étant réglé par aucun cérémonial précis, pouvait procurer la rémission du péché originel par une simple prière des parents, une offrande de l'enfant à Dieu, un sacrifice oltert pour les nouveau-nés, etc. Voir Sacrement de NATURE. Peut-on dire dès lors que l'institution du baptême chrétien ait été un bien réel pour les petits enfants? — Réponse. Oui, sans aucun doute. D'abord, il est clair que le baptême est d'un usage plus commode et plus universel que la circoncision, réservée aux seuls garçons juifs âgés de huit jours. D'autre part, « l'administration du baptême, par le clergé surtout, est plus sûrement valide que la collation, toujours un peu douteuse et un peu insaisissable, de l'antique sacrement de nature. Évidemment aussi, tous les fidèles qui seraient capables de conférer ce sacrement primitif, s'il n'était supprimé, le sont de baptiser en danger de mort ; et le cas est rare, où ils manqueraient absolument d'eau pour le faire. Évidemment enfin, le nombre des chrétiens aptes à donner un baptême valide est de beaucoup supérieur dans le monde, depuis dix-huit siècles, à celui des juifs et des païens en étal de donner validemenl autrefois le sacrement de nature. Si l'œuvre de l'évangélisation des hommes n'est pas encore achevée, par leur faute assurément et non par celle de Dieu, ' Ile est si rapidement conduite de nos jours, que l'on peut entrevoir l'époque où nulle tribu, nulle famille peut-être ne sera dans l'impossibilité de baptiser ses enfants. En même temps l'hygiène, la thérapeutique, la chirurgie obstétricale font de tels progrès, que le nombre des enfants morts sans baptême diminue dans une très notable proportion, et que probablement il diminuera davantage encore, au grand profit de la céleste .lérusalem... Si quelques-uns eussent pu être sauvés par le sacrement de nature et n'ont pu l'être par le baptême, ce fait, assurément fort rare, n'est après tout qu'une des inévitables imperfections inhérentes aux plus miséricordieuses institutions do la providence. Et l'on doit dire de ces enfants, comme des autres, que la loi du baptême ne leur est pas une cause de perte et de damnation, puisque, en vérité, l'on n'est pas perdu quand on atteint sa lin dernière de quelque faron, dans un ordre même simple-

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