XI, XLVI, LXI, CVII, CL
D'autres travaux s'ajoutèrent à l'enseignement pendant cette période d'intense activité. Pendant ses vacances, du mois de mai au mois d'octobre 1579 ou 1580, le P. Robert revisa à Naples les quatre premiers livres des commentaires de Salmeron sur l'Écriture sainte et lui suggéra beaucoup de corrections. Aittob., appendice. Les circonstances l'amenèrent ensuite à publier divers ouvrages de polémique : en 1584, l'écrit Sur la translation de l'empire romain des Grecs aux Francs; en 1585, le Jugement du livre de la Concorde, augmenté plus tard d'une Courte apologie; en 1586, sous le nom de François-Romulus, la Réponse aux principaux arguments d'une apologie, faussement intitulée catholique, en faveur du droit de succession d'Henri de Navarre au trône de France. Enfin, un livre anonyme, paru à Monaco en 1586 et dirigé contre le pape Sixte V, à l'occasion de la bulle qu'il avait lancée contre Henri de Navarre le 9 septembre 1585, donna lieu à la Réponse au livre anonyme qui a pour titre : Aviso piacevole dato alla bella Italia. Vers la même époque, Bellarmin se trouva mêlé, comme censeur et comme apologiste, à la controverse survenue à Louvain entre la faculté de théologie et deux professeurs jésuites, Léonard Leys ou Lessius et Jean Duhamel. La faculté avait censuré, en septembre 1587, trente-quatre propositions, dont trois se rapportaient à l'Écriture sainte, et le reste aux matières brûlantes de la grâce et de la prédestination. Sans endosser personnellement toutes les opinions des professeurs incriminés, Bellarmin émit sur la censure de Louvain un jugement motivé, où il en dénonça le côté arbitraire et e.icessif; il composa en même temps, pour la défense de Lessius, un petit traité dont il sera question dans la seconde partie de cette étude.
La considération dont le P. Robert jouissait à Rome avait depuis longtemps porté le pape et les cardinaux à s'aider de ses lumières et de son concours. Il fut l'auxiliaire du cardinal Montalto dans l'édition des œuvres de saint Ambroise que le futur Sixte-Quint entreprit en 1580. Il travailla, dit-on, avec d'autres savants à l'édition du Rituate, imprimée à Rome sous Grégoire XIII, en 1584. Son nom figure enfin parmi ceux des consulteurs que le même pape adjoignit à la congrégation précédemment instituée par Pie IV pour la revision de la Vulgate, et qui, en guise de travail préliminaire, édita en 1587 l'Ancien Testament d'après les Septante. Mais bientôt une mission extérieure écarta momentanément de Rome le P. Bellarmin.
BELLARMIN
4° Légation de France, -1590. — Après le meurtre du roi Henri III, accompli le 2 août 1589, Sixte^Quint résolut d'envoyer en France le cardinal camerlingue, Henri Gaétani, avec le titre de légat apostolique et la mission d'étudier l'état des esprits, de protéger au mieux les intérêts du catholicisme et de faire autant que possible œuvre de paix, tout en conservant \is-à-vis des partis une entière indépendance. Comme le légat pouvait se trouver en face de questions juridiques et théologiques des plus graves, le pape voulut qu'il fût accompagné de savants prélats et que Bellarmin leur fût adjoint en qualité de théologien. Gaétani et ses auxiliaires partirent de Rome au commencement d'octobre et arrivèrent à Paris le 20 janvier 1590,' ils y restèrent jusqu'à la fin d'août. Les incidents du voyage, le séjour à Paris dans l'inaction et les soulfrances d'un siège rigoureux, puis la très grave maladie dont il fut atteint au retour, ont été racontés par Bellarmin lui-même dans son autobiographie, § 29-32.
Le légat avait pris à l'égard du roi de Navarre une attitude d'hostilité intransigeante, qui l'a fait juger sévèrement par les historiens français, et qui provoqua le mécontentement de Sixte-Quint. 11. de l'Épinois, La UgalUm du cardinal Gaétani en France, dans la Revtie (les questions historiques, 1881, t. XXX, p. 460 sq., étude résumée dans le livre du même auteur sur La Ligue et les papes, Paris, 1886; Caringi, Sixte-Quint et la Ligue, dans la Revue du monde catholique, 10 février et 10 avril 1867. De son coté, le théologien du légat ne cacha pas sa sympathie pour le parti de la Ligue, et plus tard, dans la préface du tome iv de ses Controverses, il a rendu au cadinal Gaétani un bel hommage d'estime et d'admiration. Mais, en pratique, il se renferma scrupuleusement dans le rôle qui lui avait été assigné par le pape. Consulté un jour par le légat sur une affaire purement politique, il fit cette réponse, au rapport d'un témoin, Pierre Seguier : o Monseigneur, comme je n'ai été envoyé en France que pour examiner les questions qui touchent au maintien de la religion et à ses progrès, je ne crois pas pouvoir sans désobéir m'occuperde celles où les intérêts temporels sont en jeu. » N. Frizon, Vie du cardinal Bellannin, in-12, Avignon, 1827, t. i, p. 170. Pour le reste, il s'est rendu ce juste témoignage, qu'il ne fit rien qu'au nom du légat : Nihil ibi egit S', nisi nomine cardinalis legati. Des bruits alarmants ayant couru, comme celui d'un concile national où il serait question de créer un patriarche indépendant, il composa une lettre latine qui devait être adressée, au nom du cardinal, à tous les évêques français pour empêcher toute assemblée de ce genre. Le 4 août, il fut invité avec d'autres théologiens à répondre à ce problème délicat : « Les Parisiens encourraient-ils la peine de l'excommunication dans le cas où ils se soumettraient au Navarrais? » H se prononça nettement pour la négative. Henri IV sut gré à Bellarmin de sa conduite sage et réservée: devenu le roi Très Chrétien, il vit toujours dans le cardinal jésuite un ami, et ne se souvint point des attaques du controversisle contre le prince huguenot. Voir, sur toute celte question, J.-B. Couderc, S. .1., Le Vénérable cardinal Bellarmin, 1. II, c. xii, xill,2 in-8», Paris, 1893.
5» Les Controverses à l'Index; préface de la Vulgate, 1590-1.592. — La mort de .Sixte-Quint, survenue le 27 août 1590, mit fin à la légation du cardinal Gaétani et aux appréhensions que lui causait le mécontentement connu du rude pontife. !.<■ tbi'uloniin du lé^at n'avait pas non plus à se Iou.i.In |.,i[., .1. fi,i,i Ii, |,,ii, Iroisans, celui-ci avait fait lr.l^.lll^, , \ . ,■ -Ini,,,,, ,| ,,m nouvel
Index, quevingt-deuM Il :■ i |.i n. raient;
en I.VJO, l'ouvrage fui iiiii>iiin. in. lu, l.- in. s exemplaires de cet Index qui ont .survécu, on lit à la page 52, au verso : Roberli Uellamiini ditputationes de controversiis christianœ fidei advcrsut hujus lemporis htere-
ticos. Kisi pritis ex superioribus regulis recognitse fuerint. Il s'agissait du i" tome des Controverses, paru en 1586. Le fait est indubitable, non moins que le motif de cette rigueur qui atteignait en même temps et pour la même raison un théologien dominicain de mérite, François de Victoria : Sixte-Quint avait trouvé que ces auteurs limitaient trop la juridiction temporelle du souverain pontife en affirmant qu'il n'avait pas le domaine direct du monde entier, et il avait, de sa propre autorité, fait inscrire les deux ouvrages à l'Index. Autob., § 33; Études religieuses, 1870, 4« série, t. v, p. 634 sq. ; Couderc, op. cit., t. I, p. 131 sq. Toutefois, un détail généralement omis doit s'ajouter ; Sixte-Quint avait fait préparer, dès le 9 mars, la bulle qui devait donner au nouvel Index force de loi, mais il fut surpris par la mort avant que cette bulle eût été publiée. Aussitôt, les • exemplaires imprimés de l'Index furent recueillis et,après un examen fait sur l'injonction du nouveau pape,. Bellarmin et Victoria furent innocentés. Reusch, Der Index der verbotenen Bûclier, Bonn, 1883, t. i, p. 501. sq. Ainsi la condamnation voulue par Sixte-Quint ne fut. ni réellement consommée sous son pontificat, ni sanctionnée par son successeur. C'est ce que confirme d'une, manière explicite une lettre, écrite le 9 novembre 1590. par le général de la Compagnie de .lésus, Claude Aqua^ viva, au P. Ferdinand Alber, provincial de la Haute Getmanie ; je donne le texte même de ce document inédit : De libro P. Belai-niini Reverentia V. ila loqui videtun ac si putaret fuisse prohibitum, quod non ita est. Nam inter ceteras Dei providenlias hiec fuit quod, cum. Sixtus incumberet in eain voluntatem eitni prohibendi, immo jani index excusus esset, in quo ipse quoque nominabatur, tamen et ipse propter aliorum operam a. nobis interpositam aliquamdiu inhibuit et suspendit, et multo magis eo mortuo cardinales, qui statim revoca^ runt vel suspenderunt indicem illum.
En 1591 et 1592, d'abord sous Grégoire XIV, puis sous. Clément Vlll, Bellarmin prit une part active à la préparation et à la publication de l'édition définitive de la Vulgate, dite sixto-clémentine. Ce qu'il pensait de l'édition sixtine, parue l'année précédente, nous est connu, par une lettre qu'il adressa, en 1602, à Clément VIII u « Votre Béatitude sait à quel danger Sixte-Quint s'exposalui-même et toute l'Église, lorsqu'il entreprit la correction des saints Livres d'après les lumières de sa science particulière, et je ne sais vraiment pas si jamais l'Églisea couru un plus grand danger. » Cependant, quand il. s'agit de reprendre le travail en sous-œuvre, l'auteur des- Controverses conseilla de sauvegarder autant que possible la mémoire du pontife; au lieu de prohiber publiquement sa Bible, mieux valait la corriger et la réimprimer sous le nom de Sixte lui-même. L'avis prévalut,, et Bellarmin fut l'àme de la nouvelle commission qui, .sous la présidence et dans la villa du cardinal Marc- Antoine Colonna, à Zagarulo, poursuivit rapidement le. travail et l'acheva vers le commencement d'octobre 1591.. Autob.,%^^.
L'édition sixto-clémentine ne parut cependant que la- 9 novembre de l'année suivante, sous le pontificat d» Clément VIII. Bellarmin est l'auteur de la Prœfalio adleclorem, qui parle de « fautes d'impression » dans l'édition sixtine et attribue à Sixte-Quint lui-même le projet d'une revision et d'une réimpression; d'où, dans l'édition clémentine, ce titre de Biblia sacra vulgatso editionis Sixti prmtificis ma.Kimi jussu recognila. Grave question, où la véracité et la loyauté du serviteur, de Dieu ont été mises en cause ; car ses adversaires ont révoqué en doute la résolution attribuée à Sixte-Quint,, et oppo.sé au passage de la préface de la Bible clémentine celui de l'autobiographie où il est parlé de « changements regrettables » et de fautes dues à la précipitation « soit des typographes, soit d'autres personnes t. Mais,, sur le premier chef, le doute est arbitraire, et le témoU
BELLARMIN
gnage de Bellarmin se trouve corroboré par celui d'Ange Roeca, secrétaire de la commission chargée de préparer l'édition de la Vulgate. Voir F. Prat, La Bible de Sixte- Quint, dans les Etudes i-eligieuses, septembre 1890, p. 47 sq. ; Couderc, op. cit., 1. II, c. xv. Et sur l'autre chef, la difficulté n'a-t-elle pas été grossie et exagérée à plaisir? Sans doute, dans ce document strictement privé qu'était l'autobiographie, Bellarmin parle plus librement que dans la préface officielle d'une Bible destinée à la plus grande publicité ; mais cette différence de langage, dans des écrits d'un caractère si différent, se comprend fort bien, sans qu'il soit nécessaire d'incriminer l'écrivain; c'est ce qui a été longuement établi dans les débats soulevés à ce sujet au procès de béatification. L'expression même de la préface, jn-œli vitiimi, ne serait-elle pas susceptible d'un sens plus large que l'expression française de « fautes d'impression »? Posiiio super duhio an constet de virtutibus theologalibiis, part. 111, c. I, § 8, in-fol., Rome, 17i9. En tout cas, il n'y a dans un tel langage qu'une réticence parfaitement motivée et digne de louange, comme l'a remarqué le cardinal Cavalchini dans sa Relatio, in-4», Rome, 1753, p. 178; car c'est un langage dicté par la réserve et la charil(', ut iiiniiriini in.n/rxtiore, quoad posset, minusque iiunlnisn lu,jti,-/,,li I luni nia uteretur, ubi nécessitas non i'.rpi:s,e IhiI npprlins ,ir liberiiis loqui.
6" Kmpluis cl ti-aciiK.c liiicrs; VrUvation au cardinalat, 1593-15'J'.I. — Après son retour de France, Bellarmin avait repris au Collège romain la charge de père spirituel, qui lui avait i-té confiée en 1588, quand il eut terminé son cours de controverse. C'est dans cet office qu'il eut le bonheur de diriger et d'assister à sa mort, dans la nuit du 20 au 21 juin 1591, saint Louis de Gonzague. Plus tard, il rendit à son illustre pénitent les plus précieux témoignages; d'abord, dans une lettre adressée au P. Cépari le 17 octobre 1601, et qu'on trouve citée dans presque toutes les histoires du saint patron de la jeunesse; puis, dans un panégvrique prononcé en 1608 dans l'église du Collège romain, au jour anniversaire de la mort de Louis; surtout, dans la S. C. des Rites, où son zèle et son autorité furent d'un grand poids pour promouvoir la cause de béatification. Autob., appendice. En 1618, il eut enfin le bonheur de vénérer sur les autels son illustre pénitent.
Bientôt commença pour Bellarmin l'élévation aux plus hautes charges dans la Compagnie de .lésus, puis à la cour pontificale. Nommé recteur du Collège romain en décembre 1592, il assista l'année suivante, comme député, à la cinquième congrégation générale de son ordre. Choisi en premier lieu pour faire partie de la commission chargée de mettre la dernière main au Ratio studiortim, il proposa plusieurs règles fort sages qui furent approuvées à l'unanimité, en particulier celle qui prescrit aux professeurs jésuites d'avoir saint Thomas pour maître en théologie scolastique. Provincial de Naples, en 1595, il montra dans l'exercice de sa charge une prudence, une douceur, un ensemble de vertus qui lui méritèrent cet éloge du bienheureux Bernardin Réalino : « C'est véritablement un grand saint. » Mais, au début de l'année 1597, il fut rappelé à Rome ; le cardinal Tolet, théologien du pape, venait de mourir et, sur le conseil de Baronius, Clément VIII lui destinait pour successeur celui que Sixte-Quint avait jadis donné pour théologien au cardinal Gaétani. En même temps, il le nommait consulteur du Saint-Office; il joignit ensuite à cette fonction celle d'examinateur des évêques. Bellarmin, de son côté, n'oubliait pas sa mission d'écrivain. Outre la publication, en 1597, du dernier tome de ses Controverses, il composa plusieurs ouvrages : en 1596, la Réfntation d'un libelle sur le culte des saints ; au début de 1597, sa Doctrine chrétienne, et, l'année suivante, V Exposition plus complète de la doctrine chrétienne, en d'autres termes, son petit et son grand catéchisme;
en 1599, un traité Sur les indulgences et le jubilé, un autre Sur l'exemption des clercs, enfin la Courte apologie de son travail contre le livre de la Concorde. L'hymne Pater superni luminis, insérée au bréviaire romain dans l'office de sainte Marie-Madeleine, date plus ou moins de la même époque ; elle fut composée à Frascati dans une sorte de joute poétique provoquée par Clément VIII entre son théologien et le cardinal Antoniani.
Bellarmin venait d'être nommé recteur de la Pénitencerie, quand, le 3 mars 1599, le pape le créa subitement cardinal, en lui enjoignant sous peine de faute grave de s'abstenir de toute résistance. Dans le consistoire, Clément justifia son choix en des termes fort honorables pour l'élu : « Celui-ci, dit-il, nous l'avons choisi, parce que l'Église de Dieu n'a pas son pareil pour la doctrine, et qu'il est le neveu d'un excellent et très saint pontife. Hune eligimus, quia Ecclesia Dei non habetpareni iti doctrina, et est neposoptimi et sanctissimi pontificis. » Bellarmin reçut le titre cardinalice de Sainte-Marie in via ; il l'échangea plus tard contre celui de Sainte- Praxède, par un sentiment de dévotion envers saint Charles Borromée qui avait eu ce dernier titre. Il fut nommé membre du Saint-Office, des Rites sacrés, de l'Index et de deux autres Congrégations nouvellement instituées, l'une pour la réforme du bréviaire romain, l'autre pour l'examen du mariage du roi Henri IV. Bientôt il eut la joie et l'honneur de faire réhabiliter un innocent, calomnié par ceux qu'il avait voulu réformer, Jean de la Barrière, abbé de Feuillant dans l'ancien diocèse de Rieux. Couderc, op. cit., t. i, p. 285 sq.
L'élévation de Bellarmin ne diminua en rien sa ferveur ni ses habitudes de vie simple et austère; on en peut juger par les résolutions qu'il prit alors et qu'il observa fidèlement, de ne rien changer au genre de vie qu'il avait eu dans son ordre, de ne point thésauriser ni d'enrichir ses proches, de ne rien solliciter du pape en dehors de ce qui lui serait attribué et de ne pas accepter de présents de la part des princes. Autob., § 38; cf. Epist. famil., xiv, xviii, cix, et lettre du 16 juillet 1599, dans Couderc, op. cit., t. i, p. 276 sq. Conseiller écouté de Clément VIII, il fit preuve d'une noble franchise et ne recula jamais devant la crainte de déplaire, quand il crut devoir déconseiller des mesures préjudiciables ou signaler des réformes urgentes; ainsi dissuada-t-il le pape de fonder, au collège de la Sapience, une chaire pour enseigner la philosophie de Platon, en montrant les inconvénients de ce projet; ainsi surtout, dans un mémorial resté célèbre. De rébus reformandis, exposa-t-il nettement les abus qu'il avait remarqués dans le gouvernement de l'Église et de l'état ecclésiastique. C'est l'écrit qui se trouve, avec les humbles et édifiantes réponses du pape, à la fin des Epiistolse familiares, sous ce titre : Clementi VIU P. R. De officio primario summi pontificis, et ejusdem pontificis responsiones. Bientôt les circonstances allaient mettre plus délicatement à l'épreuve la franchise du cardinal.
7» Congrégation De auxiliis; Bellarmin à Capoue, 1600-1605. — La publication du livre de Molina sur la Concorde du libre arbitre avec les dons de la grâce, en 1588, avait donné le signal de la grande controverse, dite De atixiliis. Bellarmin, alors professeur au Collège romain, avait pris position dans le débat; tout en faisant sur des points de détail les réserves qu'on verra plus loin, il s'était franchement rallié à la science moyenne, dont Molina faisait en quelque sorte le pivot de son système sur la prédestination et sur la nature de la grâce efficace; par contre, il s'était fortement prononcé contre laprédétermination physique, soutenue parBanez.Aufort de la mêlée, il rédigea, sur le désir de Clément VIII, un mémoire très net, opusculum dilucidum, qui plut d'abord beaucoup au pape; il y faisait voir en quoi consistait toute la controverse, et comment l'opinion des
BELL AR MIN
dominicains était plus dangereuse que celle de Molina. Autob., appendice. Banez ayant adresse, le 28 octobre 1597, une supplique au souverain pontife, pour solliciter en faveur de son ordre l'exemption de la loi du silence qui venait d'être imposée aux deux partis, Bellarmin, invité à répondre, réfuta les raisons alléguées et montra qu'il n'y avait pas lieu de faire une exception pour les uns au détriment des autres. Voir la requête de Banez et la réponse de Bellarmin dans Liévin de Meyer, S. J., Historia conli-oversiœ de divina; gratix auxiliis, 2« édit., in-fol., Venise, 1742, t. i, p. 798 sq. Enfin, dans une lettre adressée à Clément Vlll en 1598, il exposa ses vues sur les moyens propres à terminer le débat : il lui semblait difficile de définir les points en litige; mieux vaudrait porter un décret enjoignant aux intéressés de ne point s'accuser mutuellement d'erreur ni de témérité, mais laissant à chacun la liberté de réfuter par de bons arguments les propositions qu'il jugerait insoutenables; de plus, on devrait éviter de mettre en cause les ordres eux-mêmes, et se contenter de dénoncer au Saint-Office les doctrines réputées liérétiques, erronées ou dangereuses. Poussines, Historia i-onlro>'ersiafnm qux inter quosdam e sacro prœdicatonim online et socielale Jesii agitatse sunt ab anno i'iAS ad i012, in-4», Paris, Biblioth. nation., fonds latin, n. 9757, 1. IV, p. 683 sq.
Devenu membre du sacré collège, Bellarmin fut donné pour assesseur au cardinal .Madruzzi, président de la congrégation De auxiliis. Plusieurs fois il essaya, mais inutilement, de trouver un terrain d'entente, en proposant de définir un certain nombre de propositions sur lesquelles les deux partis ne pouvaient manquer de se mettre d'accord. Quand, en 1602, Clément VIII manifesta l'intention d'étudier et de trancher par lui-même la question si complexe et si délicate qu'il avait évoquée à son suprême tribunal, le conseiller dont il avait tant de fois agréé les franches remarques lui écrivit une lettre confidentielle, où il le dissuadait de toutes ses forces de s'engager dans cette voie et lui représentait les embarras qui s'ensuivraient pour lui. Serry, Hisl. congreg. de auxiliis, 1. II, c. xxvi, in-fol., Louvain, 1700, col. 325 sq. ; Couderc, op. cit., t. I, p. 347 sq. Le pape ayant même affirmé un jour qu'il définirait la question, Bellarmin n'hésita pas à prédire résolument que la chose n'aurait pas lieu. Attitude où ses adversaires, le cardinal Passionei en particulier, ont dénoncé à grands cris de l'irrévérence à l'égard du vicaire de Jésus-Christ et de l'opiniâtreté à soutenir ses vues personnelles et celles de son ordre. Des esprits moins prévenus ont rapproché de la lettre incriminée le conseil de ne rien décider en cette affaire, donné plus l;ird à Paul V par saint François de Sales, et les paroles dites par le même pape : j Clément se repentit de s'être enfoncé dans cette affaire, et après des années et des années de discussion, il ne trouvait pas moyen de la terminer dignement. » G. Schneemann, Conlroveisiarum de divina: gratim liberi(jite arhitrii concordia initia et progreism, in-8", Fribourg-en-Hrisgau, 1><8I, p. 287, 296. Prosper Lambertini, parlant comme promoteur de la foi, a déclaré n'avoir rien à objecter de ce chef. Posilio auper dubio..., Rome, 1712, litt. H, Animadveniunes fidei pronwtoris, p. 34-35.
Clément VIII fut-il froissé par la conduite de Bellarmin, ou plutôt, voulant donner suite i son projet de trancher la grande controverse, jugca-t-il opportun d'écarter de Rome, sous un prétexte honorable, un champion dont la présence pouvait être embarrassante'.' Toujours est-il que, l'arclievêché de Capoue s'étant trouvé vacant, il nomma le cardinal à ce siège et lui donna de ses propres mains la consécration épiscopale, 11- 21 avril 1602. Le nouveau pasteur n'oublia pas en cette circonstance les principes qu'il avait toujours professés sur lu devoir de la résidence et contre la pluralité des
bénéfices ecclésiastiques. Quatre jours après son sacre, il quitta Rome et, le 1"' mai, il était dans sa ville épiscopale. Il y resta près de trois ans, jusqu'en mars 1605, se consacrant à sa charge sans réserve et avec joie, parce qu'elle le rendait au ministère actif. Aussi ne composa-t-il à cette époque que des sermons, restés inédits, et une Explication du symbole, rédigée pour ses prêtres au cours d'une visite pastorale. Vie simple et toute de dévouement, prédication assidue et vraiment apostolique, assistance régulière à l'office canonial ; visite annuelle de son diocèse et célébration de synodes où furent rédigées, suivant les règles du concile de 'Trente, de sages et durables ordonnances; réforme des abus et rétablissement de la discipline dans l'église cathédrale et dans le clergé ; œuvres multiples de charité et sainte prodigalité à l'égard des pauvres; réserve et fermeté dans les rapports avec les autorités séculières : tels furent les grands traits de sa carrière épiscopale. Autob., S 40-47. Le pape applaudissait à cette sainte activité et, comme autrefois, sollicitait du cardinal de sages conseils; de là, en décemljre 1603 ou janvier 1604, la lettre sutles obligations pouf les évêques d'annoncer la parole de Dieu, lettre qui fait le plus grand honneur au zèle pastoral de Bellarmin, et qu'il faut rapprocher des avis donnés, soit à son neveu, .\ngelo délia Ciaia, dans la belle instruction de 1612 sur les devoirs d'un évêque, soit à l'archevêque de Rouen, François de Harlay, dans une lettre du 20 février 1617. Epist. famil., c\ù. Dieu lui-même se plut à récompenser les mérites de son serviteur par ces dons extraordinaires qui ont fourni à ses biographes le chapitre intitulé : « Le thaumaturge, n
Après la mort de Clément VIII, arrivée le 3 mars 1605, le cardinal Bellarmin reparut à Rome, pour y prendre part à deux élections qui se suivirent de très près, celle de Léon XI et celle de Paul V. Dans ces conclaves, l'archevêque de Capoue vit un grand nombre de voix se réunir sur son nom; la seconde fois, il aurait été vraisemblablement élu, s'il n'avait eu contre lui son aversion bien connue pour certains abus, et surtout sa qualité de jésuite. Couderc, op. cit., t. il, p. 14 sq. Il se refusa, du reste, à toute démarche qui aurait pu favoriser sa candidature : oùt-il suffi, disait-il, de lever de terre un fétu pour devenir pape, il ne se serait pas baissé pour le prendre. Plus tard, une maladie du pape ayant ouvert la perspective d'une nouvelle élection où la tiare pourrait lui être imposée, Bellarmin écrivit ces lignes, le 26 septembre 1614 : « Je fais vœu, dans le cas où je serais élu souverain pontife (ce que je ne désire pas et ce que je prie Dieu de détourner de moi), de n'élever aucun de mes parents ou de mes proches, ni au cardinalat, ni à aucune principauté temporelle, ducat ou comté, ou toute autre noblesse. Je ne les enrichirai pas non plus, je me contenterai de les aider à vivre décemment dans leur état... »
Paul V retint à Rome l'archevêque de Capoue; et comme celui-ci, fidèle à ses principes, ne voulait pas garder un titre dont il ne pouvait plus remplir personnellement les obligations, sa démission fut acceptée, et il devint conservateur de la bibliothèque du Vatican. Peu après, il fit partie de la nouvelle congrégation de cardinaux chargée de terminer la controverse De au.riliis ; il s'y trouva uni de sentiment avec le cardinal du Perron, auquel il avait écrit de Capoue, en février 1605, pour l'engager à faire voir le danger du systémedes prédéterminations physiques. Laemmer,A/e/t'temalum romanonim »ianlissa,in-S°, Ratisbonne,1875, p. 381. Voici, au témoignage de Paul V lui-même, quel fut son avis, à la dernière réunion, tenue le 28 août 1(507 : « Bellarmin. — Il est d'avis que la prédétermination physique est de Luther et de Calvin. Les pères dominicains sont dignes d'excuse, parce qu'ils n'ont pas vu les livres des hérétiques. Banez a parlé plus mal <\uo Molina, quand il a blâmé l'explication que saint Augustin
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lionne de la réprobation. Le livre de Molina a été approuvé par deux universités. On pourrait faire une bulle dans laquelle on condamnerait quelques propositions certaines dont les deux partis conviendraient; on laisserait de côté les questions plus difficiles, comme le lit Célestin. » G. Schneemann, op. cit., p. 290. On sait quel fut le résultat final du grand débat : le pape se contenta de dissoudre la congrégation De auxiliis, et laissa la liberté de leur opinion aux deux partis, en attendant que le saint-siége crut opportun de donner un jugement définitif.
8» Controverse vénitienne, iëOG. — Pendant les quinze années qui suivirent son retour à Rome, le cardinal Bellarmin fut mêlé à toutes les grandes aliaires religieuses de son temps, comme membre actif des principales Congrégations romaines et personnage inliuent auquel on s'adressait de toute part. De là, une vaste correspondance, dont le recueil très restreint qui porte le titre d'Epistolse f'amiliares, ne donne qu'une faible idée. Mais il joua surtout un rôle important dans plusieurs controverses politico-religieuses, qui se succédèrent sans interruption. La première se rapporte à la querelle qui éclata, en 1605, entre le saint-siège et la république de Venise, et fut provoquée par des actes et des mesures préjudiciables aux anciens privilèges de l'Église et du clergé. Deux ecclésiastiques avaient été d'abord emprisonnés et jugés par l'autorité séculière ; puis deux lois, portées par le sénat le 10 janvier 1603 et le 26 mars 1605, prohibèrent la fondation de nouvelles églises ou de nouveaux cloîtres ou hôpitaux, et retirèrent aux corporations religieuses, régulières ou séculières, le droit d'acheter, d'hériter et de recevoir en gage ou en don toute propriété foncière, en dehors d'une autorisation expresse du pouvoir civil. Après des protestations et des monitions restées sans effet, Paul "V lança l'interdit contre Venise, le 17 avril 1606. Mais, encouragé et vraisemblablement conseillé par le trop fameux moine servite Paolo Sarpi, le sénat de la république répondit par des menaces de mort édictées contre tout ecclésiastique qui observerait l'interdit et par le bannissement des jésuites.
En même temps se forma, sous la direction de fra Paolo, un comité de sept théologiens, les « sept fous » de Venise, avec la mission de démontrer la justice des mesures prises et l'irrégularité de l'acte de Paul V. De là diverses publications : un écrit anonyme, de Jean Marsilli, comprenant huit propositions sous forme de réponse à la lettre d'un ami sur les censures ponlilîcales; un traité des sept théologiens di- \. m-'', -m- I interdit lancé par le pape; deux écrits <!.■ i.-r ii -m l.i validité de l'excommunication et sur ci il< ,i--. riiin : SeiUentia pastoris etiam iiijusta est tiinviida. n-t-ailes par fra Paolo avec une préface tendant à prouver que, suivant les principes établis par le chancelier, la sentence de Paul A' était un acte injuste et invalide; enfin une défense, par .Tean Marsilli, des huit propositions avancées dans son premier écrit anonyme. 11 s'ensuivit toute une guerre de plume, où figurèrent une trentaine d'écrivains, en particulier les cardinaux Baronius et J'.ellarmin, ce dernier au premier rang. Aux opuscules cités il fit autant de réponses dont les titres précis seront donnés ci-après. Il y discute, pied à pied, toutes les assertions des théologiens de Venise, et défend en même temps, d'après les principes qu'il avait exposés dans ses Controverses, les points en litige : l'exemption des clercs, l'immunité ecclésiastique, le pouvoir coercitif de l'Église, l'infaillibilité du pape et sa puissance indirecte sur le temporel. Sans jamais rien sacrifier à l'erreur, le cardinal garda, dans ce débat, à l'égard des personnes une modération et une charité chrétienne qui est tout à son honneur, mais que ses adversaires n'ont pas eu honte de lui reproclier. La lutte de Paul V et de Venise se termina disciplinairement, sinon doctrinalement, en 1607,
par la médiation du cardinal de Joyeuse agissant au nom de Henri IV; l'interdit fut alors levé. L. Ranke, Histoire de la papauté pendant les xvi' et xvir siècles, 2« édit., Paris, 1848, t. ii, p. 438 sq.
9^ Controverse anglicane, 1607-1609. — Une autre affaire mit le grand polémiste aux prises avec une tête couronnée, Jacques I", roi d'Angleterre. Alors qu'il n'était encore assis que sur le trône d'Ecosse et semblait animé de bonnes intentions à l'égard des catholiques, ce prince avait eu l'occasion d'écrire au cardinal Bellarmin, et celui-ci lui avait adressé, le 1" juin 1600, une réponse où les remerciements et les espérances étaient accompagnés de salutaires avis. Epist. famil., i. Lettre très belle, dont la seule lecture convertit un célèbre calviniste, au rapport de Sébastien Badus, Décora Roberti card. Bcllarmini, in-4». Gênes, 1671, part. II, p. 2. Devenu roi de la Grande-Bretagne, Jacques I" trompa l'attente des catholiques anglais; leur situation devint surtout déplorable après la conspiration des poudres, découverte le 5 novembre 1605. Non seulement les mesures pénales édictées sous le règne d'Elisabeth furent renouvelées, mais, le 5 juillet 1606, un serment leur fut imposé sous peine d'emprisonnement p.-rp.'tufl et :iutres conséquences très graves. Voici quels .1.11. ni I.- l.inji's les plus significatifs de ce fameux <..///. ../ allrtiiniice : « Je, A. B., reconnais, confesse, atteste il il.cliui.. t u toute vérité et sincérité, en ma conscience, devant Dieu et devant les hommes, que notre souverain seigneur le roi Jacques est le vrai et légitime roi de ce royaume..., et que le pape n'a, ni par lui-même, ni par aucune autre autorité de l'Église ou du siège romain, pouvoir quelconque ni autorité de déposer le roi, ou de disposer des domaines et royaumes de Sa Majesté..., ou de délier aucun de ses sujets de l'obéissance et de la soumission qu'ils doivent à Sa Majesté... De même je jure de cœur, que nonobstant toute déclaration ou sentence d'excommunication ou de déposition..., je garderai fidélité et obéissance à Sa Majesté... Je jure, en outre, que du fond du cœur j'abhorre, déteste et abjure, comme impie et hérétique, cette damnable doctrine et assertion : « Les princes excommuniés « et déclarés déchus de leurs droits par le pape, peuvent « être déposés et mis à mort par leurs sujets ou tous « autres gens. » De plus, je crois et j'admets en conscience, que ni le pape ni personne autre n'a le pouvoir de me délier de ce serment, en tout ou en partie... » Traduit des Opéra du roi Jacques, in-fol., Londres, 1619,
Par un bref du 22 septembre 1606, Paul V avait déclaré ce serment illicite, cum multa conlineat quai fidei et saluti aperte adversanlw. Mais l'archiprêtre Blackwell refusa de publier l'acte pontifical et, le 7 juillet de l'année suivante, se prononça pour le serment dans une lettre adressée à son clergé. Aussi Paul V publia, le 23 septembre, un second bref pour confirmer l'authenticité et l'autorité du premier. De son côté, Bellarmin, se prévalant d'une ancienne amitié avec l'archiprêtre, lui avait écrit, le 18 du même mois, une lettre très ferme où il essayait de lui faire comprendre sa faute et lui montrait dans le serment un piège tendu aux catholiques anglais : « Il est composé avec tant d'artifice que personne ne peut détester la trahison envers le roi et faire profession de soumission civile, sans être perfidement contraint à renier la primauté du siège apostolique. » Epist. famil., LU. Paroles qu'on peut utilement rapprocher de cette appréciation portée sur le même serment, par un historien anglican : « Il était rédigé en des termes si ambigus, qu'une conscience délicate, d'ailleurs aussi bien disposée que possible à faire acte d'obéissance civile, ne pouvait pas le supporter, could not digest it. » Dodd, Ckurch Historyof England, édit. Tierney, in-8», Londres, 1841, t. iv. p. 70. Blackwell persista dans son erreur et fut déposé de sa charge
BELLARMIN
darchiprêtre, le i" février 1608. Le roi Jacques n'était pas resté indifférent à tous ces actes; il avait voulu descendre dans l'arène comme polémiste. Au commencement de 1608 parut à Londres une apologie du serment intitulée : Triplici nodo triplex cuneus, mais sans nom d'auteur et avec une préface signée par l'aumônier royal L. Cicestriensis, c'est-à-dire Lancelot Andrewes, évéque de Chichester. Par le triple nœud, auquel il opposait son triple coin, Jacques I" entendait les deux brefs pontificaux et la lettre du cardinal Bellarmin; mais il attaquait surtout ce dernier, comme s'il eut eu la coquetterie de se mesurer avec un homme auquel il donnait l'épithète de vin eruditione clarissimi. Telle fut l'occasion de la Réponse au livre intitulé : Triplici nodo triplex cuneus: elle parut à Cologne, sous le nom de Mathieu Torti, chapelain du cardinal.
Le royal polémiste ne se tint pas pour battu; après s'être enfermé pendant un mois avec ses théologiens, il lit quelques corrections à son ancienne apologie et la publia de nouveau, mais en y mettant son nom et en l'augmentant d'une préface pompeusement dédiée à l'empereur Rodolphe II, à tous les monarques et rois, à tous les princes, états et ordres de la chrétienté. 11 essayait de les convaincre tous qu'il s'agissait d'une cause commune, le débat portant sur les droits et la dignité de ceux qui ont reçu de Dieu le pouvoir suprême. A son tour le théologien du saint-siège reprit la plume et, en 1609, fit paraître à Rome l'Apologie de sa Réponse an livre du roi Jacques. Celui-ci ne redescendit pas dans l'arène; son aumônier l'évêque Andrewes, continua la lutte par la publication de sa Tortura Torti, Londres, 1609. Bellarmin ne manqua pas de défenseurs; à leur tète se signalèrent deux membres de son ordre, André Kudîcmon-Joannès et Martin vander Reeck ou Becanus, qui publièrent, celui-ci à Mayence, en 1610, une Refulatio torturée Torti, et le premier à Cologne, en 1611, son Parallelus Torli et tortorh ejus L. Cicestriensis. I.e cardinal lui-même faillit rentrer en scène, à propos d'un ouvrage intitulé Apologia cardinalis Bellamiini pro jure principuni , Cosmopoli [Londres], 1611. Le livre portait le nom de Roger Widdrington, pseudonyme de Thomas Preston, supérieur des bénédictins anglais; telleétalldu moins l'opinion commune, avant la rectification publiée récemment par dom K. Taunton, dans Fnglish historical Review , janvier 1903, t. xviil, p. 116 sq. Comme Widdrington prétendait soutenir la légitimité du .serment d'allégeance en se servant des principes mêmes de Bellarmin, celui-ci prépara une réponse; mais le pape Paul V jugea prudent d'en ajourner la publication. Malgré la mise à l'index de ses écrits, Widdrington revint plusieurs fois à la charge. Dictionary of national Inography, édité par Leslie Slephen, Londres, 1900, t. lxi, p. 182. De la sorte, le débat relatif au serment de fidélité se poursuivit en dehors des deux premiers combattants. Voir J. de la Servière, fie. /acoôo / t //'' . /. ",,i cardinali Utiberto liellarmino S. J. ^ / : "in regia
tutn ponlificia disputante, m ■ l l '
10" (Controverse gaUicanr. \i.]n ]i,|j ilctle nou-
velle lutte eut pour point de départ la publication faite en 1609, à Londres d'abord, puis à Ponl-à-Mousson, d'un ouvrage anonyme, intitulé : De potestate papœ, an e> quatenus in reges et principes sœculares jus et iniperiuni lialjeat. C'était l'œuvre posthume d'un juriste de renom, (iuillaume Rarclay. Voir col. 389. L'auteur proclamait l'indépendance absolue de la puissance civile et de la puissance ecclésiastique; il attaquait tous ceux qui attribuaient au pape un pouvoir quelconque dans les choses temporelles, mais prenait tout particulièrement à partie l'auteur des Controverses pour la doctrine contenue dans le traité De roniano ponlifice, I. V, c. vi sq. L'année même où il fut publié, ce livre fut mis à l'index par décret du 9 novembre;
mais, parce que venant d'un catholique de marque, il ne pouvait manquer d'exercer de l'inlluence dans les controverses qui s'agitaient alors, une réponse parut nécessaire. De là, en 1610, le Traité de la puissance du souverain pontife dans les choses temporelles, contre Guillaume Barclay. Rellarmin y défendait longuement, en la donnant comme doctrine catholique, la thèse du pouvoir indirect, conférant au pape le droit de déposer les princes apostats ou hérétiques.
L'ouvrage du cardinal fut déféré au parlement de Paris, puis prohibé le 26 novembre, après un long réquisitoire de l'avocat royal Louis Servin, où celui-ci avait relevé les passages attribuant aux papes « la puissance aux choses temporelles » avec le droit de déposer les rois, et ceux où Rellarmin disait c< son avis sur l'établissement des puissances royales, ou autres souveraines ». Duplessis d'Argentré, Collectio judiciorum, Paris, 1728, t. ii 6, p. 19 sq. Cet arrêt froissa extrêmement le pape Paul V; on voit par ses lettres et celle du cardinal Borghése au nonce de Paris avec quelle insistance il en demanda l'abrogation. Laemmer, op. cit., p. 293 sq. Bellarmin écrivit lui-même à la reine régente, Marie de Médicis, et celle-ci évoqua l'affaire à son conseil : intimidée par la résistance du premier président, Achille de Harlay, elle n'osa pas casser l'arrêt, mais elle en suspendit l'exécution. J.-M. Prat, Recherches historiques et critiques sur la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, in-8», Lyon, 1876, t. m, p. 310 sq. Ce fut pour ne pas exciter davantage le parlement, que Paul V ajourna la publication de la réponse préparée par le cardinal contre Roger Widdrington. Jean Barclay, de son côté, fit paraître en 1612 une apologie en faveur de son père et de la cause qu'il avait soutenue : Pietas, sive publicx pro regibus et principibus et privatse pro Guilielmo Bardaio parente vindiciœ adversus Bellarniinuni. Ce nouveau livre fut mis à l'index l'année suivante; mais le soin d'y répondre fut laissé au P. Eudaemon-Joannès. Les faits justifièrent ces mesures de prudence; un théologien de Cologne, Adolphe Schuicken, ayant publié en 1613 une réfutation de Widdrington sous le titre d'^pologia pro illustrissimo Domino D. Roberto Bellannino, S. R. E. card., de potestate romani ponti/icis temporali, l'ouvrage fut condamné par le parlement et, sur l'ordre du prévôt de Paris, brûlé en place de Grève. Le même sort échut aux livres de Lessius, Becanus, Suarez et autres qui parurent à la même époque pour défendre les droits du pape ou soutenir l'opinion des scolastiques sur l'origine du pouvoir civil.
11" les dix dernières années, 1612-1621 ; Bellarmin et Galilée. — Pendant la période de lutte qu'on vient de parcourir, le cardinal était demeuré à Rome, occupé surtout aux travaux des nombreuses Congrégations dont il faisait partie. Il eut la joie, en 1609, d'assister à l'heureuse conclusion d'une cause à laquelle, de concert avec son grand ami le cardinal Haronius, il s'était consacré de tout son cœur, la béatification du fondateur de la Compagnie de Jésus, Ignace de Loyola. Aux occupations principales s'en ajout;iient d'autres dont il serait superflu de parler en détail; tels par exemple, l'administration pendant quatre ans (27 novembre 1607- \i octobre 1611) du diocèse de Montepulciano, et le protectorat non moins actif que fécond de l'ordre des célestins. Epist. famil., i,x, xcm, xcix. cxiv, cxxix, CM, cr.vi. Deux écrits méritent d'être signalés : le commentaire sur les psaumes, pMi)lié en 1611, et le mémoire autobiogra|iliii|ii. ■|ii. l;. Ihirmin composa en 1613, sur les inslam r^ Jm P I uJ . niun-Joannès et du I'. Mulius Vittelleschi, ..I i i i i ml .1 Italie, et qui, dans l'intention do ce deriiki, ilis.nl >rnir comme source do renseignements pour l'hisloirc <le la Compagnie de Jésus. K. Morin, La vie du cardinal Heltarmin, préface, in-8», Paris, 1625; Hartoli. Dellavita di Roberto cardi-
BELLARMIN
nal Bellarmino, in-8», Rome, 1678, p. 361. Ce mémoire n'est pas à proprement parler une biographie, mais plutôt une série de notes ou de récits qui se succèdent dans un ordre clironologique et portent en général sur des événements extérieurs déjà connus, mais qu'il importait de préciser. Document d'ailleurs plein de simplicité et de candeur où, suivant une remarque faite au cours du procès de béatification, l'auteur « a fait entrer non seulement les choses importantes et graves, mais encore des détails personnels et ilrs ^uncdutes où la note joyeuse et plaisante a sa pari. . Munin' c '■■^l l'usage entre amis ». Positio super dulmi u,, n.nsiri ,l,- rirlK- (ifeus, Rome, 1712, document F. .V"' ',//'<.,<,./(/,, p. 4.
Apprécié d'un point de vue faii\. [iilMi, i pliari-
saïque, cet écrit est devenu, aux \<\i\ di - uUn siiires du cardinal jésuite, la pierre de >ciiiil.ilr .1. iIjiis leurs mains, l'arme offensive par excellence.
Comme membre du Saint-Office, Bellarmin fut mêlé à une affaire des plus brûlantes, le premier procès de Galilée. Il avait suivi avec intérêt les découvertes de ce savant; on en a la preuve dans une consultation qu'il adressa, le 19 avril 1611, aux matliématicieus du Collèi^e romain, plusieurs lettres écrites à Galilée et l'hommage que celui-ci fit au cardinal, en août 1612, de son discours sur les corps llottants. Galilei, Opère, in-S", Florence, 1851, t. VIII, p. 160, 216, 38't. Une lettre écrite le 12 avril 1615 au P. Foscarini, carme, qui lui avait adressé une apologie du système de Copernic, nous renseigne exactement sur la pensée de Bellarmin. Il ne pouvait croire qu'il fût question de proscrire le système, mais il estimait qu'il fallait, en le proposant, se contenter » de parler ce siipixisiliviw, et non d'une manière absolue " ; autrement, ce serait » courir grand risque, non seulement d'irriter les philosophes et les théologiens scolastiques, mais de nuire à notre sainte foi, en accusant l'Écriture d'erreur... S'il était vraiment démontré qfie le soleil est au centre du monde, et la terre dans le troisième ciel, que le soleil ne tourne pas autour de la terre, mais la terre autour du soleil, il faudrait apporter beaucoup de circonspection dans les passages de l'Écriture qui paraissent contraires, et dire que nous ne les comprenons pas, plutôt que de déclarer faux ce qui est démontré. Mais, pour croire à une telle démonstration, j'attends qu'on me la présente ». Le cardinal ajoute même qu'il doute fort qu'on puisse faire cette démonstration, et conclut : « Or, dans le cas de doute, on ne doit pas abandonner l'interprétation de l'Écriture donnée par les saints Pères. » D. Berti, Copernico e le vicende del sistema copeniicano in Italia..., in-8", Rome, 1876, p. 121 sq. Quand Galilée se rendit à Rome, en décembre 1615, Bellarmin l'accueillit avec beaucoup de bienveillance. L'affaire avait été déférée au Saint-Office; le 24 février 1616, les théologiens consulteurs de cette congrégation qualifièrent d'ab.surde en philosophie, et d'hérétique ou du moins erronée en théologie, ces deux propositions : Sol est centrum immdi, et omnino immobilis motu locali. Terra non est centrum nnindi ncc immobilis, sed secundum se totani niovetur, etiani motu diurno. H. de l'Epinois, Les pièces du 2^rocès de Galilée, in-S», Paris, 1877, p. 38 sq. Bellarmin fut chargé par le pape de notifier ce jugement à l'intéressé; ce qu'il exécuta, deux jours après, dans .sa propre demeure. Le 3 mars, il fit un rapport à la Congrégation sur l'accomplissement de son mandat et la soumission de Galilée. Les adversaires de celui-ci firent bientôt courir le bruit qu'il avait été forcé d'abjurer ses idées et d'accepter une pénitence; le cardinal rétablit les faits par cette attestation donnée par écrit le 26 mai : « Galilée n'a abjuré entre nos mains, ni entre celles de nul autre à Rome ou ailleurs que nous sachions, aucune de ses opinions et doctrines; il n'a pas non plus reçu de pénitence salutaire; on lui a seulement dénoncé la déclaration, faite par le pape et
publiée par la Congrégation de l'Index, où il est dit que la doctrine attribuée à Copernic, que la terre tourne autour du soleil et que le soleil reste au centre du monde sans se mouvoir d'orient en occident, est contraire à la sainte Écriture et ne peut en conséquence ni se défendre, ni se soutenir, o H. de l'Epinois, op. cit., p. 72. Telle fut la part prise par le cardinal Bellarmin au premier procès de Galilée; cela ne suffit pas pour qu'on puisse voir en lui l'àme de toute cette affaire, der geistige Urheber, comme a dit Reusch, Der Process Galilei' s und die Jesuiten, in-8", Bonn, 1879, p. 125.
Ni les années, ni les infirmités n'affaiblissaient l'ardeur du vaillani athlète. De 1615 à 1620, il composa les divers écrits ascétiques dont le détail sera donné plus loin. En 1616, il prêta son concours à saint François de Sales, l'un de ses grands admirateurs, pour obtenir l'approbation de l'ordre de la Visitation. Œuvres complètes de saint François de Sales, édit. Peltier, ln-8", Paris, 1875, t. vi, p. 372, 391. Il ne fut pas étranger aux mesures prises, en 1616 et en 1617, par le pape Paul V en faveur de la doctrine de l'immaculée conception. Lui-même eut l'occasion de dii'e toute sa pensée sur ce sujet dans une réunion du Saint-Office, tenue, en présence du souverain pontife, le 31 aoiit 1617 : « A mon avis, dit-il, on peut définir que la doctrine d'après laquelle la très sainte Vierge a été conçue sans péché, doit être acceptée par tous les fidèles comme pieuse et sainte, de sorte qu'il ne soit plus permis de soutenir ni d'adopter le sentiment contraire sans témérité ni scandale et sans être suspect d'hérésie. » Il justifia ensuite son avis et répondit aux principales objections. « Si l'on ne veut pas, conclut-il, en venir maintenant à une définition formelle, il faudrait du moins imposer à tous les ecclésiastiques, séculiers et réguliers, le précepte de réciter l'office de la conception, comme l'Église le récite. De la sorte on arriverait au but sans définition. » Idée qui, par la suite, fut réalisée. H. Maracci, Purpura mariaiia, c. XV, § 7, rééditée dans Summa aurea de laudibus B. V. M., édit. Bourassé, Paris, 1862, t. x, col. 1340; J. Perrone, De immaculato B. V. M. conceptu, an dogmatico décréta definiri possil, disjuisilio t/ieologica, in-8», Rome, 1847, p. 174; C. Passaglia, De immaculato Deiparsesempervirginisconceptueommentarius, in-{o\., Rome, 1855, p. 1908, note 5. En 1621, le cardinal prit part au conclave, qui, le 9 février, élut Grégoire XV. Comme ce pontife lui témoignait la plus entière confiance, il en profita pour rendre à l'Église un éminent service, en suggérant d'utiles mesures tendant à réformer les abus qui se produisaient trop facilement dans l'élection des papes; l'élection se ferait désormais en conclave fermé et, en principe, par les suffrages secrets des deux tiers des cardinaux présents. La constitution de Grégoire XV, réglant le cérémonial qui est encore en vigueur, parut le 15 novembre 1621, quelques semaines seulement après la mort du serviteur de Dieu. Voir Couderc, op. cit., t. il, p. 305 sq.
Après de longues instances, Bellarmin avait enfin obtenu, au mois d'août de la même année, la faveur de résigner toutes ses fonctions, sauf la cause du bienheureux Philippe de Xéri dont il voulut s'occuper encore, par affection pour ce saint et par attachement à la mémoire du cardinal Baronius. Il se retira au noviciat de Saint-André, pour s'y préparer à la mort ; depuis longtemps il avait fait ses dernières recommandations dans un testament plein de piété et d'humilité. Atteint mortellement à la fin du mois, le cardinal ne songea plus qu'au ciel; on a l'impression d'assister à la mort d'un saint en lisant ses derniers jours, racontés en détail dans une sorte de bulletin quotidien qui figure dans Vhiformatio de 1749, p. 377 sq. Visité par le pape Grégoire XV, il témoigna de son respect pour le vicaire du Christ en répétant les paroles du centurion. Il mourut, âgé de près de quatre-vingts ans, le 17 septembre, en
BELLARMIN
une fête qu'il avait contribué à établir, la fête des Stigmates de saint François d'Assise. Il avait, pendant sa dernière maladie, fait une déclaration qu'il est juste de rappeler : « Il protesta de mourir en la foy, en laquelle il avoit vescu, et dit au Père André Eudémon-Jean, qui estoit présent, que tout ce que le dit cardinal avoit escrit et imprimé de ce qui concernoit la foy, à rencontre des hérétiques, et aussi de la matière De gralia et de aii.riliis, il le ratifioit et le confirmoit de nouveau, et vouloit que le dit Père en rendît témoignage particulier en public, principalement contre les hérétiques, qui alloient calomniant qu'il s'estoit dédict en beaucoup do choses. » Discours des choses mémorables qui se sont passées au trespas, et aux funérailles du feu cardinal Bellarmin de très illustre et glorieuse mémoire, in-12, Paris, 1622, p. 32. Même témoignage dans Vhnago virtulum Rnberti card. Bellarmini, par Marcel Cervin, c. xli, Sienne, 1622.
12» La cause de Bellarmin. — Tout concourait à glorifier la mémoire du défunt : la vénération témoignée par la foule à ses funérailles, les magnifiques éloges que lui décernèrent un grand nombre de cardinaux et de saints personnages, les immenses travaux qu'il avait entrepris pour l'honneur de Dieu et de l'Église, la vie toute de piété, de zèle et de charité qu'il avait menée, enfin l'éclat des dons surnaturels qui ne lui avaient pas manqué, surtout pendant son séjour à Capoue et après sa mort. I^ cause fut introduite sous Urbain VIII, le 15 janvier 1627, et le titre de Vénérable fut dès lors acquis au serviteur de Dieu. Une première congrégation préparatoire sur l'héroïcité des vertus aboutit, le 7 septembre 1675, â un vote unanimement favorable des vingt-deux théologiens consulteurs. Dans la congrégation générale qui eut lieu sous Innocent XI, le 26 septembre 1677, et qui se composa de trente-huit membres, seize cardinaux et vingt-deux consulteurs, la pluralité des suffrages, en tout vingt-huit, restèrent favorables; mais de vives oppositions s'élevèrent. Quelques-uns, comme le cardinal Barbarigo, ne contestaient pas au vénérable serviteur de Dieu la sainteté de la vie; ils doutaient seulement de l'héroïcité des vertus, ou du moins n'en trouvaient pas la preuve sufli.sammcnt éta- Idie ; et ce fut aussi la principale objection du promoteur de la foi, Prosper lîoltini. D'autres, comme le cardinal Azzolini, allaient plus loin ; s'appuyanl sur les faits déjà signalés, ils accusaient Bellarmin d'avoir, en diverses circonstances de sa vie, manqué d'humilité, de charité, de prudence, de discrétion et même de véracité. A ces difficultés s'ajoutèrent des défauts de forme qui relardèrent la cause. Une nouvelle information eut lieu en 1719, sous Clément XI; Prosper l.ambertini y parut comme promoteur de la foi. Le pape, on ne sait pourquoi, ne prit aucune décision. Sur d'instantes demandes, adressées au saint-siège, la cause fut reprise par ordre de Denoit XIV; le 16 juillet 1748, il nomma rapporteur le cardinal Cavalcbini. Une nouvelle congrégation générilc se tint le 5 mai 17.53; vingt-cinq suffrages sur vin^t-sept furent favorables, malgré l'opposition violente et tapageuse du cardinal Passionei qui, dans un vote souvent exploité depuis lors, tira de l'autobiographie de Hollarmin les mêmes objections que le cardinal Azzolini, mais en les aggravant et en y joignant des considérations d'ordre politique sur les difficultés que pourrait susciter au saint-siège, en France ou ailleurs, la béatification (le l'auteur des Cnnlroverses et du IraUé contre Barclay, l'o^i... nella causa delta hcati/icazione del veuerabile nc-vn di Dio card. R. Betlarmitio, 2« êdit., Fcrrare, 17ti2.
Contre l'attente générale, Benoit XIV en resta là. Ce n'est pas que son jugement fût opposé à celui de la majorité; il était facile de le présumer en se reportant à ce qu'il a dit de celte cause dans plusieurs passages de son grand ouvrage De Kervoi-um Dei beatificatione et
beatoruni canonizatione, I. III, c. x, n. 11 ; c. xxi, n. 10; c. -xxxiii, n. 20; c. xxxiv, n. 30; c. xl, n. 9, 19; cf. 1. II, c. XXVIII, n. 4. Mais on n'en est plus à des présomptions; dans des papiers du même pape, on a retrouvé son Votum, ou l'expression de ce qu'il dit dans la congrégation générale du 5 mai. Les conclusions sont pleinement favorables au serviteur de Dieu ; le point capital de l'héroïsme y est, en particulier, nettement résolu. Après avoir remarqué que la méthode ordinaire consiste à prouver l'héroïsme dans l'exercice des vertus théologales et morales que le vénérable a eu l'occasion et l'obligation de pratiquer, Benoît XIV ajoute (je traduis littéralement sur une copie du document photographié) : « C'est là ce que les postulateurs se sont efforcés de faire, non seulement en répétant ce qui avait été déjà dit, mais en le renforçant de preuves plus importantes qui n'avaient pas été d'abord données dans le sommaire. Mais pour ce qui est de l'héroïsme dans le cas dont nous nous occupons, il semble plus expédient de se demander si, présupposé ce qui dans le cas présent est prouvé, à savoir la pureté de conscience ou absence de péché dans la longue carrière d'un homme qui vécut soixante-dix-neuf ans, et l'observance continuelle des préceptes et des conseils évangéliques, selon l'état de religieux de la Compagnie de Jésus que le serviteur de Dieu avait embrassé, — si, dis-je, le fait de n'avoir jamais manqué en rien de ce qui touche à l'état de religieux, de cardinal et d'archevêque, le fait aussi de s'être dépensé utilement toute sa vie pour notre sainte foi, ne suffit pas pour faire de ce serviteur de Dieu un héros supérieur au commun degré des autres gens de bien. Cela suffît, croyons-nous, et c'est ce que nous nous sommes efforcé de prouver, dans notre ou\Tage De canonizatione, avec les auteurs que nous y avons cités. »
Les raisons qui déterminèrent l'auteur de ce Votum à ne pas émettre le décret sur l'héroïcité des vertus, sont connues maintenant. Une série de lettres, échangées à ce sujet entre Benoit XIV et le cardinal de Tencin, montre que le grand pape fit céder sa ferme conviction et ses propres désirs à des raisons de haute prudence, à la crainte surtout de fournir une nouvelle matière au feu des fureurs gallicanes et jansénistes dans les parlements de France. Dans une lettre du 29 août 1753, Benoit XIV dit au sujet de la réunion du 5 mai : « Nous parlâmes de la cause fort au long et nous renvoyâmes notre déclaration à un autre temps. Nous l'aurions même déjà donnée conforme à la pluralité des voix, si les pruilcMili > 1.11. \iuiis que vous nous avez fait faire ne non- 1). Ml .1. I riiiim. à un plus long délai et à attendre dis (iin|. II. lui . - plus favorables... Nous avons dit en cuiili<l. lu. m ^. 11. rai des jésuites que le délai de la cause ne venait point des pauvretés débitées par le cardinal Passionei, mais des tristes circonstances du temps. » Voir Études )-eligieuses, 15 avril 1896, t. Lxvii, p. 668 sq. Sous le pape Léon XII, on put croire à l'existence de conjonctures plus favorables, et un nouvel examende la cause fut entrepris en 1828; mais la mort du pape et celle du général des jésuites créèrent un nouvel obsl.icle.
D'ailleurs, pour conclure par une remarque du docteur llefele, « Bellarmin, sans être.'canonisé, reste pour tout catholique vénérable au plus haut degré, et ceux qui ont voulu le salir n'ont fait que se clouer euxmêmes au pilori. » Kirclienlexikon, 2' édit., Fribourgen-Brisgau, 1883, l. Il, col. 292. « U sincérité de .s;i dévotion, sa charité et le désintéressement de son zèle, lit-on dans la Grande encyclopédie, n'ont jamais été contestés que dans des libelles émanés de basses officines protestantes, tels que la Fidcle et véritable histoire de la mort désespérée de Robert Uellarmiu, jésuite. » Il s'agit là d'un immonde pamphlet que les protestimls eux-mêmes ont stigmatisé, comme o plein de grossiers
BELLARMIN
mensonges et de calomnies, dont l'effet ne put être que d'augmenter la vénération des catholiques d'alors pour le cardinal ». Ersch et Gruber, Allgenieine Encyclopâdie der Wissenscliaften und Kiinste, art. Bellai-mino, 8" partie, Leipzig, 1822, p. 43i. Cf. Janssens, L'Allemagne et la Réforme, trad. E. Paris, Paris, 1899, t. v, p. 571 sq. Quelque chose d'analogue s'est produit, quand, poussés par leurs rancunes de vieux-catholiques, DoUinger et Reusch ont cherché dans une nouvelle publication de l'autobiographie de Bellarmin une occasion de notes malveillantes contre l'Église romaine et la Compagnie de Jésus et, contre le cardinal, d'attaques renouvelées d'Azzolini et de Passionei. Le vénérable serviteur de Dieu n'a rien perdu, mais il a plutôt grandi dans l'estime et l'amour des catholiques, comme on peut le voir par la conclusion de quatre articles parus en 1890 dans les Historisch-politische Blûtter de Munich, t. cvi, sous ce titre : Cardinal Bellarmin in allkatholischer Beleuchtung.
Le premier document à consulter, pour l'iiistoire de Bellarmin, est son autobiograpliie, souvent citée au cours de cette notice, Elle a été imprimée à paît à Louvain, en 1753, sous ce titre ; Vita ven. Roberti cardinalis Bt'Uarmhïi qitani ipseinrt scripsit rogatu familiaris stii P. Eudiemon Johannis Cretensis. Elle se retrouve, texte latin et ti-aduction allemande, dans Sammlung der neuesten Schrifien, welche die Jesuiten in Portugal betreffcn, Francfurt et Leipzig. 1762. t. iv; de même dans l'ouvrage polriiiii|iir ,). ri Hin-i r ..t l\..iisch, Die Setbstbiographiedes Cu,"'' ' /. ' - - ii-im, 1887. A l'autobiographie s'ajouh M i^ - ;./ .,; ■. ,..,,,, . ,s. clioix très incomplet de lettres, d. m l.i |..ii.|h ,i;i. h . i Mh. .m p. Jacq. FuUgatti, in-12, Rome, Ifâii, eic. En delinrs des lettres relatives à la jeunesse de Bellarmin qui ont été signalées, G. Buschbell a publié trois autres lettres du cardinal dans Rômische Quartalschrift, 1901, p. 191 sq., 327 sq.
Biographies principales : I ,T l'nliLiiii, S ,i , r,;-< j / ,n,, finale Betlarmino deîlu '■ - -! r. :; ■ 1624, etc.; trad. franc, p.ir 1. I I: i. .; i i - i i,-~,l'n,^ 1625; trad. lat., avec aiMi;, ; ■ i - I ; - i, ■,
in-4', LirL-, tra-, 1i;m1 ,!i, .... . ,|.. I . , . , i, I', ,,,.
Bellnri,nn ii,-1l' k ■ c ]-',' .: |. !;.• , ~ i /. ;,
Rome, Ib/M, etc. — 3 .N. l-rizon, ^. J., Lu l'n; du rarrtiiial Bellarmin, in-4-, Nancy, 1709, etc. — 4" J.-B. Couderc, S. J., Le vénérable cardinal Bellarmin, 2 in-8% Paris, 1893. A signaler encore Vlmago virtutrnn Roberti card. Beltnnnini Politiani, par un neveu du ^-nrilinnl. Mni-.-r! r.-rvin, in-**", Si-^niiP. 1*^"2- rtr Les auU'es biogi.i[ ' ■ . ■ ' , '
des adaptations •!• - i I n' ]■, ,. ,
Voir A. Carajviii. /.' ...,;.. /, ,-/ ., ^ ,..,,,,., ,.,, .,.
Jésics, in-4°, Paais, 1m>4. u. iùl2 -t|.. 27bh. 4o42, uu\iagM Juni !rt seconde partie de la Bibliiithégue de la Compagnie de Jésus contiendra une édition augmentée et améliorée. On y trouvera également l'indication des actes relatifs à la cause de béatification, et celle des écrits, favorables ou défavorables, publiés à cette
IL Écrits. — Cinq groupes généraux :1» les Controverses et traités complémentaires ; 2" les œuvres de polémique spéciale ; 3" les œuvres d'exégèse et de littérature sacrée ; 4" les œuvres d'instruction pastorale et morale ; 5" les œuvres inédites.
/. LES COSmOVEHSES El' mAlTlis COMPLÉMEyrAlRES.
— C'est le groupe le plus important, puisqu'il comprend l'œuvre capitale de Bellarmin avec quelques ouvrages qui s'y rattachent d'une façon plus étroite.
1» Disputationes de controversiis chrislianse fidei adversus Inijus temporis heereticos. — Cours de controverse professé au Collège romain de 1576 à 1588. Il fut d'abord imprimé à Ingolstadt en trois in-folio, dont le premier parut en 1586, après l'écrit sur la translation de l'enqnre romain, Aiitob., §28, le second en 1588, et le troisième en 1593. Bellarmin revit son œuvre et en fit faire à Venise, en 1596, une nouvelle édition en quatre volumes, qui devrait servir de modèle pour toutes celles qui suivraient. Dans Vadmonitio, il dit avoir remarqué dans la première édition aliqiia errata
non levis momenti ; mais rien n'autorise à soutenir que les jésuites d'Ingolstadt s'y seraient permis des changements désapprouvés par Bellarmin. Voir Liévin de Meyer, op. cit., 1. II, c. XX, t. I, p. Ii9 sq. Le contenu général de l'ouvrage répond au but que se proposait l'auteur, de réunir en un seul corps les travaux de détail faits auparavant sur les points discutés en matière de religion. Le tome I" traite des règles de la foi ; il renferme trois controverses générales : 1", de la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, 1. IV ; 2', du Christ chef de toute l'Église, 1. V ; 3=, du souverain pontife, son vicaire ici-bas, 1. V. A cette troisième controverse se rattachent les graves questions du pouvoir du pape au .spirituel et au temporel. Le tome lia pour objet l'Église; il se divise en quatre controverses générales : l", de l'Eglise réunie en concile ou dispersée par toute la terre, 1. IV; 2», des membres de l'Église militante, clercs, moines et laïques, 1. III ; 3«, de l'Église souffrante en purgatoire, 1. II; i', de l'Église triomphante aux cieux, 1. III. .\ la seconde controverse appartiennent ces questions importantes : immunité des clercs, vœux religieux, origine et nature du pouvoir civil. Le tome m est consacré tout entier aux sacrements, répartis en cinq controverses : i", des sacrements en général, 1. II ; 2« du baptême et de la confirmation, 1. II ; 3«, de l'eucharistie, 1. VI ; 4«, de la pénitence, 1. IV ; 5% de l'c^itrème-onction, de l'ordre et du mariage, 1. III. A la quatrième controverse se rattachent les deux livres, publiés à part, des indulgences et du jubilé. Le tome iv s'occupe de la grâce en trois controverses générales ; 1", de la grâce du premier homme, 1. I ; 2«, de la perte de la grâce et de l'état de péché, 1. VI ; 3= du recouvrement de la grâce, matière importante qui se subdivise en trois contrnvprse^ -pi claies : de la grâce et du libre arbitre, 1. VI; il' I - Mi-iili. iiion, 1. V; des bonnes œuvres, 1. III. Les I :.■,,! r.,f ersrs mit eu de très nombreuses éditions, dont II- -iii\.iiii'- vont particulièrement appréciées: Paris, liiiis. ,,|,i,.,M des Triadelphes; Prague, 1721; Rome, I- -J I li - ir.iductions françaises partielles se trouvent I II I ,liliiil;ii|ue nationale de Paris.
■1' bc e.ie.iiptione clericortim liber J, in-12, Paris, 1599. — Opuscule destiné à préciser et à compléter ce que l'auteur des Controverses avait dit précédemment de l'exemption des clercs. Dans le c. i, Bellarmin se deiii.iiiilc si les clercs sont exempts du joug de la puissance - I iilure. Oui, répond-il, ils le sont, et de droit divin, I m- l-'s causes ecclé.siastiques. Mais s'il s'agit des lois limIls qui ne sont point en opposition avec les sacrés canons et leurs devoirs d'état, les clercs doivent observer ces lois ; ils le doivent pour le bien commun et le bon ordre de la société, obligatione non coactiva, sed soiuni directiva. Aussi, en cas de violation, leurs juges naturels ne sont point les juges séculiers. Leurs biens jouissent de l'immunité ecclésiastique. Ces privilèges ont pour origine le droit humain et, dans une certaine mesure, le droit divin. Dans le c. ii, l'auteur va plus loin et pose cette question : L'exemption des clercs estelle de droit naturel? Non, si l'on considère le droit naturel proprement dit, celui qui est fondé sur les premiers principes et leurs conséquences prochaines ; oui, si l'on considère le droit des gens, dont l'objet sont ces conséquences éloignées qui ont besoin d'être déterminées et sanctionnées par les lois positives. Le c. m résout les objections. Bellarmin dut défendre ces principes dans ses trois grandes luttes politico-religieuses. Voir surtout le traité contre Barclay, c. xxxiv sq. Dans les éditions postérieures des Controverses, l'opuscule De e.remptione clericoritm se trouve incorporé au tome ii, De membris Ecclesix, I. I, c. xxviil-xxx.
3° De indulgentiis et jubUxo libri duo, in-8", Cologne, 1599. — Traité complet sur les indulgences. Il devait faire suite, dans les Controverses, au sacrement de la pénitence, mais le manque de loisirs força Bellarmin à en.
BELLARMIX
ajourner la publication; elle eut lieu très à propos, au moment où Clément VIII se préparait à proclamer le grand jubilé de l'an 1600. Dans le 1. I, l'auteur résout avec clarté et 'méthode les questions dogmatiques relatives aux indulgences : leur nature, leur légitimité fondée sur le trésor spirituel de l'Église et le pouvoir qu'elle a de le dispenser, leurs variétés, leurs fruits et leur utilité, enfin les conditions nécessaires pour leur promulgation et pour leur application aux fidèles, vivants ou trépassés. Le 1. Il est une réponse aux attaques des novateurs, Luther, Calvin, Hesshus et Kemnitz. C'est à tort que, dans la Selbslbiograpliie, p. 133 sq., Dôllinger et Reusch ont prétendu voir une sorte d'opposition entre la doctrine contenue dans cet ouvrage et les réflexions d'ordre pratique que Bellarmin expose au P. Carminata dans une lettre privée du ô septembre 1608. Voir Couderc, op. cit., t. i, p. 244 sq.
4° Recognitio libronini omnium Roberti Bellarmiini... ab ipso... édita. Acres.iit correctoriuni crrornm, qui typograpliofum negligentia in libros ejusdem cardinalis edilionis veiiclse irrepserunt, in-fol., Rome, 1607; in-g», Ingolstadt, 1608. — Comme le titre l'indique, la partie principale de ce volume est une revue des ouvrages que Rellarmin avait publiés avant 1607: « J'ai expliqué des passages obscurs, dit-il lui-même au début, j'en ai complété d'autres troplaconiques,aiIleurs j'aifait des corrections, mettant ainsi la dernière main à l'ensemble de mes œuvres. » Presque toutes les remarques se rapportent aux Controverses, quelques-unes à l'opuscule De translalione iniperii. Sauf ce qui concerne le traité De gratta et libero arbitrio, les changements ou additions sont, en général, peu considérables, mais il en est qu'il est nécessaire de connaître, pour avoir sur plusieurs points importants la pensée exacte et définitive du cardinal. Ainsi, dans le traité De sunimo pontifice, 1. IV, c. VIII, il révoque en doute la chute du pape saint Marcellin qu'il avait admise auparavant; 1. V, c. iv, il précise la nature du royaume du Christ; De eucliaristia, 1. III, c. XIII, il explique en quel sens, d'après lui, la transsubstantiation peut se dire conversio adducliva: De justificatione, 1. I, c. xvii; 1. III, c. ix, il justifie ce qu'il avait dit de la foi comme catisa fornialis inchoata jiistificationis, et de l'incertitude où nous sommes par rapport à notre sanctification. D'autres exemples se rencontreront au cours de cette étude. A la fin du volume il y a un correclorium ou longue liste d'eiTata se rapportant à l'édition des Controverses faite à Venise en 1596, édition qui, par la négligence de l'imprimeur, s'était trouvée plus défectueuse encore que celle d'Ingolstadt.
//. ŒLvnEs DE l'Or.ÉsriQVB SPÉCULE. — 1» De iranslalinnp \rt\perii rnmani a Grsecis ad Francos, adversus Vntilnni), Fhir.iuni Jllyricum, libri très, in-8», An- ■•'I !• ■' î"'~'' — Undesprincipauxchampionsdupur
l'iii I II \l iilhias Flack Frankowit/., avait publié à
M'I II l'i'ii lin \i\re De translationc iniperii romani ail Ijuiniaiiux , il y niait que l'empire romain eût été transféré des Grecs aux Germains par l'autorité pontificale ; si le fait avait eu lieu, ajoutait-il, ce transfert n'aurait été qu'un abus de pouvoir de la part des papes. Comme ce livre faisait beaucoup de mal dans les cours allemandes, liellarmin en entreprit la réfutation en 158i, mais il semble que la publication ait été différée jusqu'iii l.'W). Ii.,llinger, Die Selbslbiograpliie, p. 88. l>-iii- I'' 1 I. I aulour établit d'abord que l'empire roiciniri .1 .1.- I . . Iliiiicnt transféré des Grecs aux Francs par l'autorité du .souverain pontife, Charlemagne n'étant parvenu à la dignité impériale par aucun autre titre; puis il soutient, c. xii, qu'en déplaçant ainsi l'autorité impériale, le pape n'a fait qu'user de son droit et de son devoir de déposer les rois et les princes chrétiens, quand la cause du Christ el de l'il^çlise le demande. Dans ■Je 1. II, liellarmin montre que ce pouvoir s'est appliqué
une seconde fois en 962, quand le p.-rpe Jean XII fit passer l'autorité impériale de la famille de Charlemagne et de la nation franque à la famille des Othons et à la nation saxonne. Le 1. III tend à prouver que l'institution des sept électeurs de l'empire est le fait du pape Grégoire V, en 996 ; thèse historique généralement abandonnée maintenant. Sur la question de droit, l'ouvrage De Iranslatione imperii n'est qu'une application de la doctrine de l'auteur des Controverses sur le pouvoir indirect du pape dans les choses temporelles.
2» Judicium... de libro, quemlutherani vacant, Concordix, in-8«, Ingolstadt, 1585. — Les luthériens avaient publié Le livre de la Concorde d'abord en allemand, en 1580, puis en latin, en 1584. Bellarmin y signale de très graves erreurs contre le symbole des apôtres et de nombreuses faussetés ; il relève six erreurs sur la personne du Christ et soixante-sept mensonges. Dans une nouvelle édition, en 1599, il ajouta une Brevis apologia; il y raconte, au début, quelle occasion l'avait amené à publier son Jugement de la Concorde.
3" Responsio ad prscipua capita apologiœ, c/uxfalso catholica inscribitur, pro successione Henrici Navarreni
regnum, auctore Fi
Romulo,
in-S», Rome, 1586. — Cet ouvrage ne iigure pas dans les éditions des œuvres complètes du cardinal. Pendant longtemps on a hésité à lui en attribuer la paternité ; mais le doute n'est plus possible. Bibliothique de la Compagnie de Jésus, édit. C. Sommervogel, t. i, col. 1180. C'est la réponse à une apologie en faveur des droits de Henri de Navarre au trône de France, publiée à Paris en 1585 et qui parait avoir eu pour auteur Pierre de Belloy. Bellarmin, désigné par ses prénoms de François Romulus, s'arrête à ce seul argument: Le chef suprême de l'Église, Sixte V, a déclaré Henri de Navarre hérétique notoire et relaps ; il l'a, comme tel, privé du droit de succession et l'a déclaré incapable de porter la couronne des rois chrétiens. Le développement contient quatre parties. L'auteur de l'apologie se dit faussement catholique; son langage témoigne d'un hérétique, sinon d'un athée. Le secte des huguenots, à laquelle Henri de \avarre appartient, est une secte hérétique, que l'Église catholique a depuis longtemps condamnée. Le siège apostolique a le droit de déposer les princes hérétiques, et de les priver du droit de régner sur les peuples catholiques. Ce serait donc faire acte d'imprudence et manquer de zèle pour la foi orthodoxe, que de ne pas faire tous ses efl'orts pour écarter du trône un prince hérétique, jugé et condamné par l'Église. Les idées émises sur le pouvoir du pape dans l'écrit De translalione imperii, c. xii, se retrouvent et sont même développées dans la troisième partie du présent ouvrage.
4» De controversia Lovanii nuper exorta inler facultatem theologicam el professorem quemdam S. J. — Tel est le titre exact du petit traité que Bellarmin composa en 1587, pour défendre Lessius contre la censure portée par la faculté de théologie de Louvain. On le trouve imprimé dans Liévin de Meyer, op. cit., I. i, p. 780 sq.. sous ce titre: Scriptum R. P. Roberti Bellarmini in defensionem doctrinœ P. Lessii. Après avoir remarqué que les controverses relatives à la providence, à la grâce suffisante et efficace, à la prédestination et à la persévérance, viennent tontes d'une même source, la divergence de vues sur la manière dont Dieu concourt avec le libre arbitre, Bellarmin soutient que le système des prédéterminations physiques ne peut pas se recommander de la tradition catholique, la plupart des scolastiques et des Pères enseignant expressément que la volonté n'est pas prédrtemiinée i\ans les actes libres; il justifie ensuite dans le détail les assertions de Lessius. Dans cet écrit, comme dans l'échange de lettres qui eut lieu à la même occasion, le professeur du Collège romain ne fait de réserves que sur deux points : l'clcclion à la gloire ex prmcienlia meritorum, el la troisième
BELLARMIN
proposition de Lessius sur l'Écriture sainte : Liber aliquis (qxMlU forte est seciindus Machabseorum) humana indnstria sine assistentia Spiritits Sancii scriptus, si Spiritus Sanctus postea testetur ibi niliil esse falsiim, ef/iciturScriptura sacra. Schneemann.op. cit., p. 138 sq., 481. On peut lire dans ce même auteur l'appréciation plus sévère que porta Bellarmin sur les vingt propositions de Jacques .lanson, déférées à Rome, et son jugement sur toute la controverse : Censura ad se^itenlias Lovanio missas, p. 366; Sententia Bellarmini de controversia Lovaniensi, p. 367 sq.
5» Responsio ad libruni anonymum,cujus tituhisest: Aoiso piacevole data alla bella Italia. — Cet opuscule, divisé en vingt-quatre chapitres, parut d'abord comme appendice au traité De sutiimo ponlifice, dans l'édition des Controverses faite à Venise en 1599; il se retrouve aussi parmi les Opuscida dans les œuvres complètes de Bellarmin. L'iris bienveillant donné à la belle Italie par un jeune gentilhomme français n'était qu'un pamphlet, où Nicolas Perrot se déchaînait sans mesure contre Sixte-Quint et la papauté ; il prétendait montrer l'Antéchrist dans le souverain pontife, opposait à la cour romaine des textes empruntés à Dante, Pétrarque et Boccace, enfin, pour terminer dignement, lançait contre le pape cinquante et un poèmes satiriques. Après avoir relevé finement le procédé peu noble de ce gentilhomme anonyme qui traitait en riant des sujets les plus sacrés, le cardinal renverse avec vigueur les arguments que le jeune pamphlétaire avait prétendu emprunter à la tradition catholique pour décrier la papauté ; aux textes invoqués des grands poètes italiens, il oppose les passages nombreux et si beaux, où ils ont fait entendre des accents tout autres; enfin il réduit à néant les accusations satiriques portées contre Sixte- Quint et les papes.
6° Refutatio libelli de cidtu imaginum, qui falso synodus Parisiensis inscribitur. — Opuscule très court, qui parut dans l'édition vénitienne des Controverses, comme appendice au traité De cultu imaginum; il était dirigé contre une publication anonyme, faite à Francfort en 1596: Synodus parisiensis de imaginibus, anno 8^4. Ex vetustissimo cndice descripta. Bellarmin soumet à une sévère critique les données du manuscrit invoqué et la doctrine, peu favorable au culte des images, qu'on y attribue au synode parisien de 824; il conclut à un faux synode et à un manuscrit sans autorité ; conclusion qui, aujourd'hui, n'est plus adoptée. Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. v, p. 236 sq.
7" Risposta del cardinal Bellarmino ad un libretto mtitolalo : Risposta di un dottore di teologia ad una lettera scrittagli... sopi-a il brève di censure délia Santita di Paolo V..., in-4», Rome, 1606. — 8» Risposta... ad un libretto intitolato : Trattato e risolutione sopra la validità délie scomuniclie di Giov. Gersone, in-4», Rome, 1606. — 9» Risposta... al Trattato dei sette teologi di Venezia sopra l'interdetto... ed aile opposizioni di F. Paolo Servita contra la prima scrittura delV istesso cardinale, in-i", Rome, 1606. — 10» Risposta... alla difesa délie otto proposizioni di Giovanni Marsiglio Napolitano, in-4'', Rome, 1606. — Tous ces écrits se rapportent à la controverse vénitienne ; l'objet en est suffisamment connu par ce qui a été dit de cette controverse dans la notice historique. Ils se retrouvent traduits en latin et groupés autrement dans les éditions complètes des œuvres de Bellarmin, par exemple dans l'édition de Cologne, 1617. t. vu. p. 1027 sq.
11» Responsio Mattliai 7' . '/ /•, r~i,iiicri, et theologi papiensis, ad librum in^< I nh<i nodo triplex cuneus, in-8», Cologne, h ' i ii réponse à l'apologie de .lacques V"; n-jinii-- (li i i solide où, sans
négliger les points secondaires, en particulier les accusations portées par le roi d'Angleterre contre ses sujets catholiques, le champion du saint-siège insiste avant
tout et à bon droit sur la question capitale, le serment d'allégeance. Pour Jacques I", le principal moyen de défense consistait à soutenir qu'il s'agissait uniquement de l'hommage civil, dû par des sujets à leur prince légitime. Afin de montrer que la portée du serment dépasse l'ordre purement politique, Bellarmin en invoque d'abord le titre, qui témoigne manifestement d'une préoccupation religieuse : ad detegendos et reprimendos papistas. Argument d'autant plus fort que, d'après un historien anglican, le serment avait été rédigé avec l'intention expresse de mettre une distinction entre les catholiques qui niaient et ceux qui admettaient dans le pape le pouvoir de déposer les rois. S. Gardiner, Historij of England from Ihe accession of James 1, in-S", Londres, 1887, t. I, p. 288. Le cardinal examine ensuite le contenu même du serment; trois pouvoirs y sont niés qui, suivant la doctrine énoncée dans plusieurs conciles généraux, appartiennent au pape : pouvoir de déposer les rois quand le bien spirituel de l'Église le demande, pouvoir de les excommunier en cas d'hérésie, pouvoir de délier les chrétiens des vœux et des serments quand la gloire de Dieu et le salut des âmes l'exigent. Comparant enfin la formule de Jacques I" avec le serment de suprématie imposé par Henri VIII, il n'y reconnaît qu'une différence d'expression, ce qui est dans l'un d'une façon nette et explicite se trouvant dans l'autre d'une façon implicite, en termes obscurs, équivoques et captieux. Appréciation qui n'étonnera guère, si l'on remarque qu'un historien prolestant a dit du serment d'allégeance, qu'il était en fait une reconnaissance de la suprématie royale. L. Ranke, Englische Gescinchte, in-8°, Berlin, 1859, t. i, p. 542.
12» Apologia Roberti S. R. E. cardinalis Bellarmini, pro responsione sua ad librum .Jacobi, Magnse Britanniœ régis, cujus titulus est : Triplici nodo triplex cuneus: in qua apologia refellitiir prœfatio monitoria régis ejusdem, in-4», Rome, 1609. — Comme l'écrit de Jacques I" qui la provoqua, cette apologie était adressée à l'empereur et à tous les rois et princes catholiques. Cf. Epist. famil., Lxviii. Avec un calme et une majesté d'allure qui contrastent singulièrement avec le Ion prétentieux et la marche lourde de son adversaire, l'habile controversisie relève d'abord la dignité, méconnue par le roi d'Angleterre, du souverain pontificat et de la pourpre cardinalice; puis il discute sa prétendue justification du serment d'allégeance et défend contre ses attaques le pouvoir indirect du pape sur les choses temporelles et l'exemption des clercs. Comme pour se disculper d'être apostat et même hérétique, Jacques I" avait fait une longue profession de foi, remarquable à titre de document historique, où il adhérait aux symboles des apôtres, de Nicée et de saint Athanase, puis aux dogmes tenus d'un consentement unanime par les Pères des quatre premiers siècles, mais s'opposait vivement aux doctrines de l'Église romaine touchant les Écritures, le culte des saints, des morts, des reliques et de la croix, le purgatoire, la transsubstantiation, la primauté et l'infaillibilité pontificale, etc., le cardinal le suit sur ce terrain ; on trouve par le fait même dans cet écrit une apologie substantielle et instructive des doctrines catholiques, que le chef de l'Église anglicane avait attaquées. Les trois derniers chapitres sont consacrés à la réfutation de trois listes de prétendus mensonges, histoires fausses ou dogmes nouveaux.
13» Tractatus de potestate summi pontiflcis in rébus temporalibtis, adversus Gulielmuni Barclay, in-8», Rome, 1610. — Le titre de cet ouvrage en indique l'objet. Aux quarante et un chapitres du livre inachevé de Barclay, Bellarmin en oppose quarante-deux, où il soutient, en lui donnant de nouveaux développements, la doctrine du pouvoir indirect du pape, répond aux objections faites par l'adversaire et défend les arguments dont il s'était servi lui-même dans son traité De romano pun-
BELLARMIN
li/ice, 1. V, c. VI sq. Dans les prolégomènes, il apporte les témoignages de nombreux auteurs de nationalités diverses, et des conciles généraux de Latran en 1215 et de Lyon en 1245.
li« Roberti S. R. E. card. Bellarmini Examen ad libnim faiso inscriptum : Apologia cardinalis Bellarmini pro jure principuni , etc., auctorc Rogero Widdringtono, catliolico anglo, in-8°, Rome, 1612. — Cet ouvrage n'est connu que par son titre et par les indications données par le P. Zaccaria, qui se proposait de le publier dans une nouvelle édition des œuvres de Bellarmin. Couderc, op. cit., t. ii, p. 140. Le cardinal en parle lui-même dans son autobiographie, § 50, et dans une lettre du 12 septembre 1612 à Tarchiprêtre d'Angleterre Birkhead. Epist. famil., xcvi. Le cardinal Passionei et beaucoup d'autres, avant ou après, ont prétendu identifier ce livre avec la réfutation de Roger Widdrington, publiée en 1613 à Cologne, par Adolphe Schulcken, et insérée par Rocaberti dans sa BMiotheca maxima ponli/icUi, Rome, 1698, t. ii. L'identification n'est pas prouvée; on peut même lui opposer, outre les détails qui précédent, la façon dont Schulcken parle du cardinal et de ses travaux, c. i, m, x, xiv, puis une lettre de ce dernier, du 3 août 1613, où il semble bien parler de l'œuvre de Schulcken, et dans des termes qui supposent que celui-ci est réellement l'auteur de V Apologia. Epist. famil., cil. Mais il faut reconnaître que cet ouvrage de Schulcken est plein des doctrines de Bellarmin et qu'il est divisé en quinze chapitres, comme VExamen dont a parlé le P. Zaccaria. Le théologien de Cologne aurait-il connu et utilisé cet Examen ? Le problème ne pourrait être tranché que par une confrontation des deux livres.
m. ŒLVRES n'EXliGRSE ET DE UÏTÈR.imiE SA-
I iiÉE. — 1» In onines Psalnios dilucida exposilio, in-4«, Rome, 1611. — Commentaire remarquable, oi'i le cœur n'eut pas moins de part que l'esprit. Epist. famil., xcvill. De là un parfum de piété et d'onction qui s'allie heureusement avec une intelligence du texte sérieuse et approfondie. Richard Simon a donné de cette œuvre une appréciation judicieuse: « La méthode que le cardinal Bellarmin a suivie dans son commentaire des Psaumes est bonne et digne de lui. Il examine le texte hébreu qui est l'original, puis les deux anciennes versions que l'Église a autorisées. Il n'est pas cependant assez critique, et il ne parait avoir su que médiocrement la langue hébraïque; de sorte qu'il se trompe quelquefois. Comme il a écrit après Génébrard, il a pris de lui la plupart de ce qui regarde la grammaire et la critique, en y changeant seulement quelque chose. Il y a aussi des endroits qu'il aurait pu expliquer plus à la lettre et selon le sens historique; mais il y a bien de l'apparence qu'il ne l'a pas voulu faire, afin que son commentaire fût plus utile aux chrétiens. » Histoire critique du Vieux Testament, 1. III, c. xii, in-4», Rotterdam, 1685. Les exégétes protestants ont aussi rendu hommage à la valeur de cet ouvrage. Voir le P. Cornely, Inlrodiiclio gcneralis, Paris, 1885, p. 681, 683. On compte plus de trente éditions et diverses traductions, en particulier une traduction française par l'abbé E. Darras, 3 in-8', Paris, 1856.
2» De editione latina vulgata, quo sensu a concilio Tridenlino defmitum sit, ul ea pro aulhcntica habealur. — Iiissirlatiun publiée en 1749, à Wurzbourg, par le P. Widenliofcr, d'après un manuscrit autographe de Brllariiiin, trouvé chez les jésuites deMalines. L'authenticité' en a été défendue dans les Mémoires de Trévoux, septembre et octobre 175:1, a. 94, 100, 105. L'auteur se demande en quel sens le concile de Trente a déclaré authentique la version latine de la Bible, dont l'Ëglisc se sert depuis saint Jérôme. Réponse : « 'Tous ceux que j'ai pu lire jusqu'à présent paraissent s'accorder sur deux point.s touchant la Vulgate, savoir : que cette ver-
sion doit être regardée comme exempte de toute erreur, en ce qui concerne la foi catholique et les bonnes mœurs, et qu'elle seule doit être conserv'ée dans l'usage public des églises et des écoles, quoique d'ailleurs il puisse s'y trouver des fautes. » Onze témoignages sont cités, depuis Driedo jusqu'à Génébrard; puis la thèse est confirmée par cinq raisons, tirées soit du décret luimême, soit de la comparaison de la Vulgate avec les textes originaux, soit de l'expérience qui nous force à reconnaître des fautes en maint endroit de cette version. Comparer, dans les Controverses, le traité De verbo Dei, 1. II, c. X sq. On ne peut guère douter que cette dissertation n'ait été composée par Bellarmin à l'époque de son enseignement à Louvain. L'élude qu'il fit alors de la sainte Écriture est attestée par un exemplaire de la Bible, annoté de sa main, qu'on conserve encore aujourd'hui à la bibliothèque de l'université de cette ville. Couderc, op. cit., t. ii, p. 141, note 2. En outre, une lettre adressée, le l" avril 1575, au cardinal Sirlet, porte précisément sur le même objet que la dissertation, avec cette différence que Bellarmin y expose deux manières d'entendre l'authenticité de la Vulgate qu'il voyait reçues, l'une absolue et l'autre modérée. Voir, pour cette lettre. Ma' BatifTol, La Vaticane de Paul III à Paul V, Paris, 1890, p. 29 sq.; J. Thomas, Mélanges d'histoire et de littérature religieuse, in-12, Paris, 1899, p. 312 sq. On trouve une traduction française de la dissertation de Bellarmin dans la Bible de Vence, généralement au t. i, parmi les préliminaires.
3» Institutiones linguœ hebraicie ex optimo quoque auctore colleclœ, et ad quantam maximam fieri potuit brevilatem, perspicuitatem atque ordineni revocatx, in-8°, Rome, 1578. — Bellarmin composa cette grammaire hébraïque à Louvain pour son propre usage, et s'en servit ensuite dans l'intérêt de ses élèves; c'est son premier ouvrage imprimé. Autob., § 23, 28. Dans quelques éditions, on ajouta un exercice sur le Ps. xxxi, et un lexique. Cette grammaire, de valeur secondaire, est depuis longtemps vieillie.
4" De scriptoribus ecclesia^ticis liber umis, in-4'>, Rome, 1613. — Catalogue des écrivains ecclésiastiques ju.squ'en 1500, avec une courte chronologie depuis la création du monde jusqu'en 1612. Dans une préface qui se lit dans les anciennes éditions, Bellarmin explique comment, professeur de théologie à Louvain, il fut amené à composer cet ouvrage en parcourant les auteurs anciens pour se servir de leur doctrine et aussi pour distinguer leurs écrits authentiques des apocryphes. Il le retoucha et l'augmenta quarante ans plus tard, avant de le publier. Livre assurément imparfait, mais remarquable pour l'époque et témoignant tout à la fois d'un travail considérable et d'un grand esprit d'initiative. Aussi valut-il à son auteur l'estime des érudits, même protestjints, comme le proclame entre autres J. Fabricius. Historia bibliolhecx fabiHcianse, part. V, Wolfenbuttel, 1722, p. 448. Il a eu plus de vingt éditions, dont la principale est celle du P.Jacques Sirmond, Paris, iCrll. Le P. Labbe, André du Saussay et Casimir Oudin ont travaillé successivement à le rendre plus correct et plus complet.