‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 227 sur 741 · IV. ŒUVnBS d'/.V.<!771(;C770.Y PA.^rOnAI.E BT .MORALE · texte numérisé non relu

IV. ŒUVnBS d'/.V.<!771(;C770.Y PA.^rOnAI.E BT .MORALE

1" Dottrina cristiana brève, Rome, 1597 ; puis, Dichiarazione piu copiosa délia dottrina crislia)ui, 1598. — Bellarmin composa ce petit et ce grand catéchisme à la prière du cardinal ïarugi, archevêque de Sienne, et sur l'ordre de Clément VlII. Autub., S36; Epist. famil., xxxvii. Il y rapporte toute la religion chrétienne aux trois vertus théologales; à la foi se rattache le symbole des apôtres; à l'espérance, l'oraison dominicale et la salutation angélique^ à'ia charité, les commandements de Dieu et de l'Eglise, les sacrements qui l'eni;endrent et la nourrissent, puis les vertus et, par opposition, les vices et les péchés. Le tout couronné par un

BELLARMIN

chapitre sur les fins dernières. Le développement est clair, simple, pieux et précis, sous forme de questions et de réponses ; dans le petit catéchisme, le maître interroge et le disciple répond ; dans le grand, l'ordre est renversé. Clément VIII fit examiner l'œuvTe de Bellarmin par la Congrégation de la Réforme et, le 15 juillet 1598, publia un bref très élogieux où il imposait ce catéchisme aux diocèses des États pontificaux et exprimait le souhait qu'il fût universellement adopté. L'ouvrage commença dès lors à se répandre d'une façon extraordinaire. Par un bref du 22 février 1633, Urbain VIII en recommanda l'usage dans les missions d'Orient; des traductions s'en firent en toute sorte de langues. Benoit XIV adressa, le 7 février 1742, à tous les évêques de la chrétienté une constitution spéciale où il formulait le même souhait que Clément Vlll. La prohibition de ce catéchisme à A'ienno. .>ti I77à, et l'opposition que lui firent dans la h.uii. II. h- l. I'. Martin Natali, des Écoles pies, et 1. >. |ii i ui -n -t.- Scipion Bicci, n'eurent pour effet qur il. !.■ iv, ,.i,iin:MuIer davantage l'estiinr a. - r.n„,l,.|,l,.. att

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II. - attachés .'i Home. Dans le projet .1 - .1 . rsel qui fut proposé au concile Il II, I ..il.-chisme de Bellarmin était dési-

our î.jiMi' d.j iiiodfle. Acta et décréta SS. Conci- II receiitiorum, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t. vu, 163 sq. Enfin, dans l'approbation donnée par Léon XIII, le 3 décembre 1901, à une nouvelle édition de ce même catéchisme, on lit ces paroles : Quoniam de eo libro agitur, quem sœcidorunt tisus et plitririiorum episcoporuni doctorumque Ecclesiœ judicium comprobavit... Analecta ecclesiastica, Rome, décembre 1902, p. 483.

2" Dichiarazione del simbolo, in-16, Rome(?), 1604. — Explication, article par article, du symbole des apôtres.

à Capoue, dans l'intérêt de ses KUe fut traduite en français dès il in au t. vu des œuvres complètes

que r.i'll préln

leotî,

du CM

8» Admonilio cul episcopum Theanensem, nepotem suum, qux necessana sint episcopo qui vere salutem suam aiteiTiam in tuto ponere velit, in-8", Paris, 1612. — Instruction courte et solide, adressée par le cardinal à son neveu, .\ngelo délia Ciaia, promu à l'évèché de Téano, sur les devoirs des évêques, ou plutôt sur ce qui leur est nécessaire pour mettre leur salut en sûreté. Neuf questions y sont traitées, dont les principales concernent la résidence et la prédication de la parole divine, la perfection exigée par l'épiscopat, les ordinations, la pluralité des bénéfices et l'emploi des revenus ecclésias- ■ tiques, les rapports avec les princes et avec les parents. Le cardinal Passionei fit lui-même réimprimer cet opuscule; une édition parue à Rome, en 1805, contient en appendice un traité jusqu'alors inédit de Bellarmin sur la manière de prêcher. De ratione formandse concionis.

4" Conciones habitée Lovanii, in-4», Cologne, 1615; Cambrai, 1617. — Ces deux éditions des sermons latins, prêches à Louvain par Bellarmin, sont à distinguer. La première, faite sur des notes prises par un auditeur, se trouva très défectueuse, et le cardinal s'en plaignit. Epist. famil., xciv, cwiu. ha seconde, exécutée sur une copie qui avait été transcrite de son propre manuscrit par des religieux prémontrés, ibid., CLXXXV, reçut l'approbation de l'auteur. On y compte quatre-vingt-sept sermons, dont quarante-cinq sur les dimanches et fêtes, cinq sur les fins dernières et autant sur le Af issus est, douze sur la vraie foi et la véritable Église, huit sur les tribulations et douze sur le psaume Qui habitat in adjutorio. Discours méthodiques et vigoureux, mais dont on a pu dire qu'ils sont plus instructifs qu'éloquents: ce sont plutôt, selon le mot de Dupin,des leçons de théologie. Au début de sa carrière oratoire, Bellarmin avait donné beaucoup aux ornements du style

mais mstruit par lexpenence, il avait renoncé à ce genre pour être plus apostolique. Autob., § 16. Les sermons de Louvain ont été traduits en français par l'abbé E. Berton, 4 in-8» ou in-18, Paris, 1856.

5» De ascensions mentis in Deum per scalas rerum creatarum, in-12, Rome, 1615. — 6» De xtenia felicitate sanctorum libri quinque, in-8", Rome et Anvers, 1616. — 7" De gemitn colunibx, sive de bono lacrynia^ rum libri Ires, in-12, Rome; in-8», Anvers, 1617. — 8» De septeni verbis a Christo in cruce prolatis libri II, in-12, Anvers, 1618. — 9" De arte bene moriendi libri duo, in-12, Rome ; in-8», Anvers, 1620. — Petits traités ascétiques dont le titre même indique l'objet. Bellarmin les composa pendant ses retraites annuelles d'un mois au noviciat de Saint-André. Dupin les déclare « pleins d'une morale très pure et d'une piété solide ». Saint François de Sales, parlant du premier, dans la préface du Traité de l'amour de Dieu, le dit merveilleux. Aussi ces cinq opuscules ont-ils été souvent réédités et traduits en diverses langues. Le troisième. De gemitu columbœ, donna lieu, après la mort de son auteur, à des plaintes, du reste exagérées, de la part de religieux qui se crurent dénigrés par les gémissements de la colombe sur le relâchement dans quelques ordres. Couderc, op. cit., t. ii, p. 295 sq.

10° De officio principes christiani libri très, in-8', Rome et Anvers, 1619. — Dans ce traité, composé sur la demande des jésuites polonais et dédié au prince Ladislas, fils du roi Sigismond III, Bellarmin développe les obligations d'un roi chrétien envers Dieu, envers ses inférieurs, envers ses égaux et envers lui-même ; puis il propose comme modèles huit princes ou chefs de l'Ancien Testament et dix du Nouveau, dont il décrit la vie et les vertus dans une série de courtes biographies.

11" De cognitione Dei... opus ineditum, m-^o Ae 60p., Louvain, 1861. — Considérations ascétiques, divisées en treize chapitres, sur Dieu, son essence et ses attributs, sagesse, science, providence, miséricorde et justice. Presque tout se retrouve dans l'ouvrage qui suit :

12" Exhortaliones domesticse... e.c codice autographo bibliothecœ rossianse S. J., in-12, Bruxelles, 1899. — Exhortations spirituelles en latin ou en italien, publiées par le P. Van Ortroy, boUandiste, d'après un autographe conservé à Vienne, en Autriche. Elles furent adressées par Bellarmin aux religieux de la Compagnie de Jésus soit au Collège romain, soit à Naples et dans quelques autres maisons. A la fin du volume, on trouve trois panégvriques de saint Ignace de Loyola, prêches par le cardinal au Gesù de Rome en 1599, 1605 et 1606.

13» Traclatus de obedientia qux cœca nominatur; Summa responsionis ad censuram Juliani Vincentii in epistolayn sancla; mémorise P. Ignatii. — Deux écrits de circonstance, composés par Bellarmin, en 1588, comme réponse à des attaques portées par un religieux brouillon contre la lettre de saint Ignace sur l'obéissance. Ils ont été publiés par le P. I.-B. Couderc dans un petit volume intitulé : La lettre de saint Ignace sur l'obéissance commentée par Bellarmin, in-16, Limoges, 1898. Dans le Traité de l'obéissance dite aveugle, l'apologiste explique ce que le fondateur de la Compagnie de Jésus entendait par obéissance aveugle, et montre que cette sorte d'obéissance est autorisée par les saintes Écritures, les témoignages des Pères et des marques de l'approbation divine ; il répond enfin à quelques objections.

V. ŒTV«£S IXÉDITES. — Il Suffit de signaler un grand nombre de lettres, les sermons prêches à Capoue, Couderc, op. cit., t. II, p. 143, et un opuscule De militia ecclesiastica, dont parle DoUinger, Die Selbstbiographie, p. 187. Trois manuscrits méritent une mention spéciale.

1» Commentarii in ISummatn S. Thomss. — C'est le cours de théologie enseigné à Louvain, du 10 octobre 1570 au 17 avril 1576 ; quatre volumes petit in-4°, con-

BELLARMIN

serves aux archives secrètes du Vatican. Dans le premier, la I». q. i-cxix, 618 p. ; dans le second, la I» II»>, q. i.vcxiv, 760 p. ; dans le troisième, la II» II*, q. i-l,xiii, a. 1-2, 780 p.; dans le quatrième, la suite de la II» II*, ij. I.XIII, a. 3-cxLvii, 1668 p. Bellarmin nous a fait connaître lui-même le temps qu'il passa sur chaque partie de la Somme. Autob., g 22. Dans ces commentaires, il s'attache constamment à l'ordre des questions et des articles de saint Thomas, mais d'après une méthode qui rappelle, dans l'ensemble, le genre du P. Grégoire de Valentia. Après avoir proposé le sujet, le professeur en entreprend par lui-même l'exposition, la preuve et la discussion. Dans la suite des articles, il passe légèrement sur ceux qui sont faciles ou purement métaphysiques, mais quand une question importante se présente, il la discute ex professa, soit en la divisant en propositions ou conclusions, soit en posant des ilubia qu'il résout. Divers manusc^its,dénommés/ln»^o(a<iones^nSl(«m^a»?i ou, Rliaijsodise in D. Thomam, ne sont vraisemblablement que des copies ou des extraits des Commenlarii répandus par les élèves de Bellarmin ; on voit, par exemple, par le Diarium secundum du collège anglais de Douai, qu'en 1.^77 les professeurs de théologie y dictaient dans leurs cours les Commenlationes P. Roberli ilah, docte, breviler et perspicue elaboratas, ac non ila pridem Lovanii prœlectas. T. F. Knox, Records of the Knglish Catholics under Ihe pénal Laws, Londres, 1878, I. I, p. 117, 128. Ce qu'il y a d'important dans les leçons de Louvain se retrouve, en grande partie, dans les Controverses.

2" Senlentix D. Michaelis Baii doctoris lovaniensis a dttobus pontificibus damnalre et a Roberlo Bellarminu refutalœ. — A la Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 4320, fol. lii sq. Ce manuscrit comprend quinze chapitres, où les propositions de Baius sont groupées par ordre de matière, et réfutées à l'aide de passages extraits des Commenlarii in Summum. J'ai utilisé ce travail dans l'article Bails, col. 64 sq.

3» De novis controversiis inler paires <iuosdam ex ordine prœdicatorum et P. Molinam, 1597('7). — Manuscrit dont deux copies existent à Rome, aux bibliothèques Corsini, Mise, cod. 1323, et Yittorio Kmmanuele, mss. Gesuilici, n. 1493 (3622). C'est, à n'en point douter, VOpusculum dilitcidiaii dont Bellarmin parle dans son autobiographie et qu'il composa, à la demande de Clément VIII, sur la censure portée, en 1596, par des frères prêcheurs contre neuf propositions extraites du livre de Molina et une autre relative à la confession par lettres. Liévin de Meyer, op. cit., t. i, p. 197 sq. Cet écrit contient un jugement motivé sur les propositions incriminées, en même temps qu'une exposition vraiment claire des points essentiels du débat : grâce efficace, science des futurs contingents, concours de Dieu avec le libre arbitre, prédestination, providence et grâce du premier homme, .le reviendrai sur cet opu.scule, en parlant de la doctrine de Bellarmin.

(:ditlons complètes des œuvres de Bellarmin : 7 In-fol., Cologne, 1617-1620; Pari», 1619 ; Venise, 1721-1728; 8 in-4', Naples, 1856- 1S62, 1872 ; 12 in-4', Paiis, 1870-1874. Pour les éditions, réimpressions et traductions des différents ouvrages, ou les livres publiés pour ou contre les Controverses et autres écrits du cardinal, voir la très riche bibliographie contenue dans la ntblio- Ittéque de ta Compagnie de Jésus, édit. C. Sommervogel, S. J., BruxeUes et Paris. 1890 sq., t. i, col. 1151-1254, avec les Addenda, p. X-XI, t. VIII, col. 1797-1807.

a. Nicéron, .Vrmoires pour iervir ù Vliistoire des Iwmmcs iltuttres, Paris, 1715, t. XXXI, p. 2 sq. ; Etties du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, in-4', UU-cchl, 1745, t. XVII, p. \n sq., analyse détaillée des Controverses ; Dôllinger ot neuscb, £<ic Selbstbiographie, beaucoup de notes utiles; Hurler, Nomenclator literariu», 2- édit., Inspruck, 1892, t. i, p. 228-220.

III. Cabactéhistioue, doctiiine, influence de Bell.MtuiN, — Il ne s'agira ici ni des œuvres cxégétiques ou

DICT. le TIIKOL. CATIIOt..

ascétiques, ni des œuvres oratoires ou pastorales, bien que toutes aient contribué pour leur part à la renommée de leur auteur; l'étude vise le théologien dans sa physionomie propre.

/. r.mAcriimsTiQVE et traits GÉsÉn.iV.x. — On doit les chercher dans le rôle apologétique du cardinal, dans son œuvre et sa méthode.

1° Rote apologétique. — Prosper Lambertini, parlant comme promoteur de la foi dans la cause du vénérable serviteur de Dieu, lui a rendu ce témoignage, qu'il a mérité le nom de marteau des hérétiques, en confondant l'erreur par ses écrits. C'est bien là ce qui parait au premier plan dans l'auteur des Controverses. Mais son rôle apologétique n'est pas tout entier dans la lutte contre l'hérésie ; Bellarmin a été encore, dans les luttes politico-religieuses auxquelles nous l'avons vu mêlé, le grand champion du siège romain et des droits inhérents à la primauté du vicaire de Jésus-Christ. Sur ce double terrain il eut un rôle de premier ordre ; amis et ennemis en conviennent. « Il est sur, a écrit Bayle, qu'il n'y a point de jésuite qui ait fait plus d'honneur que lui à son ordre, et qu'il n'y a point d'auteur qui ait soutenu mieux que lui la cause de l'Église romaine en général, et celle du pape en particulier. Les protestants l'ont bien reconnu. » Dictionnaire historique et critique, 2» édit., Paris, 1820, t. m, p. 264. Ranke l'a proclamé 0 le plus grand controversiste de l'Église Catholique, auquel on rend la justice de dire que nul ne mena une vie plus apostolique ■). Histoire de la papauté, t. ii, p. 108. Il y a là pour Bellarmin un titre d'autant plus réel à la reconnaissance des catholiques, qu'il comprit de bonne heure sa mission et s'y donna sans réserve. 11 fut aidé, assurément, par ses qualités naturelles, cette riche mémoire, cette facilité à tout saisir et à tout s'approprier, cette netteté de pensée et cette clarté méthodique dans l'exposition qui se manifestèrent dès son enfance ou pendant ses études. Les circonstances l'aidèrent aussi; son enseignement et ses prédications à Louvain, dans un milieu où l'influence protestante cherchait à pénétrer, furent pour lui comme une première orientation. Mais il sut mettre à profit les dons reçus et les circonstances providentielles ; ses études de patristique l'armèrent d'une érudition remarquable pour l'époque; la lecture des auteurs protestants le prépara encore plus directement à son rôle futur. Et quand il monta dans sa chaire de controverse au Collège romain, il fut à sa place et dans sa vocation. Enfin une idée apostolique le guida dans la publication de ses Dispiilaliones ; il comprit qu'il fallait multiplier les livres pour la défense de la vraie foi: llla prima ralio me movit, dit-il dans l'avis au lecteur, quod non solum non obesse,scdetiam prodesse censeam ecclesiasticse caussee, si pluriini hoc tempore scribant. La publication venait, du reste, à son heure.

2» L'œuvre et la méthode. — Beaucoup de doctes travaux avaient paru sur les points controversés en matière de religion, mais des travaux de détail, isolés et éparpillés dans un grand nombre d'ouvrages; Bellarmin jugea qu'il serait grandement utile de les réunir en un seul corps. On a vu comment il réalisa ce plan. L'idée apologétique se retrouve dans l'application, comme elle fut au début; partout, à côté des données traditionnelles, l'adaptation aux besoins du temps. Ainsi paraissent, dans le traité De verbo Dei, la canonicité des Livres saints, l'authenticité de la Vulgate, l'interprétation des divines Écritures qui ne pourrait être laissée à l'examen privé, mais relève de l'Eglise, de son magistère vivant, l'existence enfin et la nécessité de la tradition. De même, dans les autres traités; rien n'échappe au controversiste de ce que l'hétérodoxie d'alors avait avancé contre la personne du Christ, ses attributs et son rôle de médiateur, ou contre l'Église catholique, son chef, ses membres, ses usages, son culte, ses sacrements, sa doctrine sur II. - 19

îELLARiMIN

la grâce, la juslification, le mérite et les bonnes œuvres. Véritable Somme en son genre où, suivant l'expression de Montagne dans la préface de VApparatits ad origines ecctesiaslicas, n. 56, in-fol., Oxford, 1635, « seul et le premier, Bellarmin exploita, avec autant de bonheur que de talent et d'habileté, cette énorme masse et ce vaste chaos de controverses, pour y faire succéder l'ordre à la confusion. »

Le stjle des Disputaliones est net. précis et, quoique scolastique, n'est pas dépourvu .rrli'^.mrr . , ;,>, i,.. ,,,,» meJeja/fs, disait Campanella, /'.///"' : '■'

ratione studendi sijnlagnia. c. i\. ' -i I ii-.

15i2, p. 84. La méthode est simplr, nui- p;.! un. un m appropriée au dessein de l'auteur. Il rapporte d'abord, sur chaque question, les erreurs des hérétiques et les sentiments des théologiens catholiques, puis explique en peu de mots la doctrine de l'Église ou le sentiment qu'il adopte. Suit l'argumentation, serrée, vigoureuse, appuyée sur la sainte Écriture, les définitions conciliaires ou pontificales, les témoignages patristiques, la pratique de l'Église et le consentement des théologiens; la spéculation n'a qu'une part secondaire. Bellarmin restait en celn fidèle à ce principe qu'on lui prête : La théologie (-1 a\,(iil luiil théologie et non pas métaphysique. La i|ii. -ihii -i II iiiiine par une réponse concise aux difliciilir-, iii( ,1 l'tfi.lu à l'auteur des Controverses ce téuioij^n;!;..' .jn il reproduit exactement les objections comme les sentiments de ses adversaires. 11 n'épargne pas l'erreur; il relève vivement chez les hérétiques les mendacia, les fallacin', tout ce qui faussait la vraie notion du dogme catholique; mais il garde à l'égard des personnes un ton digne et respectueux, pratiquant ce qu'il avait prêché à Louvain, dans un sermon De moribtis hayreticorum : « Haïssons fortement l'infection, l'hérésie, les vices des hommes, mais non pas les hommes, no7i quidem homines, sed pestem, sed hseresim, sed vitia illorum. »

//. prii.\(ipArx poiSTS de oocrBiXE. — Tels sont, en premier lieu, ceux qui furent plus directement en cause dans les grandes luttes politico-ecclésiastiques ou le cardinal fut mêlé activement : la primauté du pontife romain, son pouvoir indirect sur le temporel et l'origine du pouvoir civil. A ces points doit s'ajouter, pour la part qu'il prit à la controverse De auxiliis, la doctrine de Bellarmin sur la grâce et la prédestination. Les références particulières, avec indication de tome et de page, se rapporteront, sauf exception, à l'édition de Cologne de 1617.

1» Primauté du poiilifr roinfnn. — Il y a une connexion étroite, chez r.iiilnii il. - i.nilroverses, entre la primauté papale et l'l]i:li~i . ,i--. iiiM.'e d'hommes unis ensemble, par la profesMuu d une inùrae foi chrétienne et la participation aux mêmes sacrements, sous l'autorité de pasteurs légitimes, principalement du pontife romain, unique vicaire de Jésus-Christ ici-bas. » De conduis et Ecclesia, 1. III, c. ii. L'Église ainsi définie n'est pas seulement une société visible, c'est une société hiérarchique, avec subordination organique des fidèles à leurs pasteurs immédiats, et de tous au chef suprême, l'évêque de Rome. Là se trouve le caractère propre du régime ecclésiastique. De romano ponlif., 1. I. Après avoir passé en revue et apprécié les différentes formes de gouvernement, Bellarmin établit que l'Église n'est ni une démocratie, ni une aristocratie, mais une monarchie, tempérée surtout par un élément aristocratique; car Jésus-Christ a fait de son Église un royaume et un bercail ayant à sa tèU- s, nul l'i. m- clicf unique et pasleur suprême, mais li> m iu- - n n -ont pas moins, de droit divin, vrais pasi. m- . i liim..-.. non pas simples vicaires, dans leurs éi^lises particulières. Recognilio, de siimmo pontifice, 1. V, c. m. Saint Pierre, ayant fixe son siège à Rome, a transmis sa primauté aux pontifes romains, ses successeurs.

La première fonction du pape est d'instruire; à ce titre il est juge souverain dans les questions qui concernent la foi et les mœurs. De là son infaillibilité quand, pasteur suprême, il enseigne toute l'Église en matière de foi ou détermine un principe en matière de mœurs. C'est là une doctrine tout à fait certaine et qu'il faut tenir, certissima et asserenda. De romano pontif., l.IV, c. II. A l'endroit correspondant de la Recognilio, Bellarmin remplace même le mot opinio, dont il s'était servi dans les Controverses, par celui de sententia, ce dernier terme n'impliquant pas la nuance d'incertitude qui s'attache au premier. Les conciles généraux sont subordonnés au pape; son approbation est nécessaire, pour que leurs décrets en matière de foi puissent être considérés comme infaillibles. De conciliis, 1. Il, c. ii sq. Mais le privilège de l'inerrance ne s'étend pas aux jugements qui portent sur de simples questions de fait, où tout repose sur des informations et des témoignages d'ordre purement humain. De romano pontif., 1. IV, c. ir. Restriction dont les jansénistes ont abusé et que, pour cela même, les adversaires de Bellarmin ont attaquée comme dangereuse; mais le cardinal Calvachini s'est contenté de répondre que, la doctrine étant vraie, l'abus ne saurait être imputé qu'à la mauvaise interprétation des hérétiques. Relalio, n. 278. Autre chose sont les faits purement personnels dont parle l'auteur des Controverses, autre chose les faits dogmatiques dont il s'agissait dans la querelle janséniste. A plus forte raison, le privilège de l'inerrance ne s'applique pas au pape parlant et écrivant comme particulier ou docteur privé; pourrait-il alors non seulement se tromper, mais tomber dans l'hérésie formelle? question secondaire, où la négative parait probable et se peut tenir pieusement. De romano pontif., I. IV, c. VI. Le déraisonnable serait de confondre l'impeccabilité avec l'infaillibilité. Le pape est homme et, comme tel, peut pécher, avaient objecté les théologiens de Venise dans leur 12« proposition : rien de plus vrai, répliqua le cardinal controversiste, t. vii, col. 1108. Dans l'exercice même de son suprême magistère, le pape n'a pas à compter sur des révélations spéciales, il ne doit pas se fier exclusivement à son propre jugement, mais il doit recourir aux moyens ordinaires pour parvenir à la connaissance de la vérité. De conciliis, 1. I, c. XI. Telle est, dans son ensemble, la doctrine de Bellarmin sur l'infaillibilité pontificale; doctrine qu'un théologien protestant, le D'' Hauck, trouve singulièrement modérée. Realencyclopâdie fïir protestantische Théologie und Kirche, 3« édit., Leipzig, 1897, t. Il, p. 551 . La seconde fonction du pape est de régir le troupeau de Jésus-Christ; il possède à cette fin la plénitude de la juridiction ecclésiastique. Comparé sous ce rapport aux autres évéques, il les dépasse non seulement par l'étendue et l'efficacité, mais encore par l'origine de son pouvoir; seul en effet il tient immédiatement de Jésus-Christ sa juridiction, tout autre évêque reçoit la sienne par son entremise. Bellarmin voit là une conséquence du régime monarchique de l'Église. De romano pontif., I. IV, c. XXII sq. Comparé à l'ensemble de l'épiscopat, même réuni en concile, le pape garde la supériorité; les évéques sont, à la vérité, de vrais juges de la foi, mais leur jugement reste toujours subordonné à celui du docteur suprême. De conciliis, I. II. c. xv sq. ; dans la controverse vénitienne, Responsio ad libellum Jo. Gersonis, et Responsio ad tractalum septem theologorum, prop.9, t. VII, coL 1073 sq., 1096 sq. Le vicaire du Christ n'est jnsticinlile d'aucune juridiction humaine. De romano ponlif., 1. II, c. xxvi. l'n seul cas parait faire exception, celui où un pape lomljerait formellement dans l'hérésie; alors il pourrait être déposé par un concile. Mais l'exception n'est qu'apparente; la vérité est que par le fait même de l'hérésie, il cesserait d'être membre de l'Église, et le concile le déclarerait plutôt déchu du

BELLAUMIN

pontificat qu'il ne le déposerait lui-même. Ibid., c. xxx : De /loleslale siimmi ponlificis in temporalibus, c. xxil, t. VII, col. 939.

En vertu de sa juridiction souveraine, le pape a sur tous les chrétiens un véritable pouvoir dans l'ordre spirituel, comme les princes sur leurs sujets, dans l'ordre temporel. Il peut faire des lois qui obligent en conscience, condamner et punir les transgresseurs de ces lois. De roniano pontif., 1. IV, c. xv sq. Son pouvoir coactif s'étend aux peines corporelles, même ;'i la peine de mort, en droit du moins. Respoiisia ad anonijnii epistolam, prop. 1 ; Responsio ad opposltiones f. Paiili, consid. 11», t. VII, col. 1039, 1157 sq. Dellarmin traite, au cours des Controverses, des principales applications du pouvoir pontifical : jugement des causes majeures, en particulier des appels; convocation et présidence des conciles ; élection ou confirmation des évèques ; canonisation des saints ; approbation des ordres religieux ; dispensation des indulgences, etc. Mais quelle que soit l'étendue de ce pouvoir, on fausse la doctrine du cardinal quand on lui fait dire, dans la Grande encyclopédie, que le pape « est un monarque absolu, auquel une obéissance inconditionnelle est due ». C'est abuser d'une preuve ab absurdo, dont se sert l'auteur des Controverses, De romano ponlif., I. IV, c. v, et dont il a compris lui-même l'équivoque, puisqu'il s'est expliqué dans le passage correspondant de la Hecognitio : il affirme qu'en cas de doute la présomption est pour le supérieur qui parle ou commande, mais « si un pape enjoignait ce qui est vice manifeste ou proscrivait ce qui est vertu manifeste, on devrait dire avec saint Pierre, Acl., v, 29 : Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes ». Cf. Responsio ad tract, septeni theologorum, prop. 12, t. VII, col. 1101.

Une autre conséquence de la primauté pontificale qu'il suffit de signaler, est le privilège de l'exemption, qui est de droit divin pour le vicaire du Christ. De polestate summi pontificis in teniiioralibtcs, c. xxxiv, t. vu, col. 972. Si, au début de l'Kglise, les souverains pontifes comme les apôtres nous apparaissent soumis aux pouvoirs civils, on ne peut en conclure au droit, mais seulement au fait. Recognitio, de stimmo pontif., 1. Il, c. xxix. Le pouvoir temporel du pape ne relève pas des mêmes principes; il se rattache, dans son origine, à la piété des princes et repose sur une nécessité d'ordre moral. De roniano ponlif., 1. V, c. IX. Bellarmin s'est expliqué d'une faron défavorable à la donation de Constantin dans une lettre au cardinal Baronius, du 9 avril 1607; elle a été publiée par Lœmmer, op. cil., p. 364 sq.

2» Pouvoir indirect du pape sur le temporel. — Il importe de déterminer exactement ce que Bellarmin entend par ce pouvoir, quel objet il lui attribue et sur quels fondements il l'appuie. D'après la définition donnée dans Recognitio, de summo pontificc, 1. V, c. vi, il faut entendre le pouvoir que le souverain pontife possède sur les choses temporelles in ordine ad spirilualia, en vue des choses spirituelles, qui seules tombent proprement et pour elles-mêmes sous sa juridiction. Les moLs direct et indirect ne s'appliquent pas précisément au mode dont le pouvoir s'acquiert; ils en visent l'objet considéré dans son rapport avec le pouvoir lui-même, lequel, itteignani propremi-nl et premièrement les choses spirituelles, ne s'élcnd aux choses temporelles que secondairement et par voie de conséquence. De polestate tiimmi ponti/icis in temporalibus, c. v, xil, t. Vil, col. 867, 901. La comparaison, empruntée par le cardinal à saint Grégoire de Niizianze, éclaire bien sa pensée. Le pouvoir spirituel est au pouvoir temporel ce que, dans l'homme, l'esprit est à la chair. Semblables à deux sociétés qui ont leurs fins propres et leurs fonctions spéciales, l'esprit ot la chair peuvent se trouver dans un double état, do séparation ou d'union mutuelle.

Qu'on les suppose unis, il y aura nécessairement connexion et subordination entre les deux éléments. L'esprit n'empêchera pas la chair d'exercer ses fonctions naturelles et de tendre à sa fin particulière; mais, élément plus noble, il présidera et, s'il est nécessaire, réfrénera et châtiera la chair, lui imposera même de grands sacrifices, dans la mesure où sa propre fin l'exigera. L'application aux deux pouvoirs, le spirituel et le temporel, se comprend aisément. De romano pontif., 1. V, c. VI.

L'auteur des Controverses détermine au même endroit l'objet du pouvoir indirect. D'une façon régulière et comme en vertu d'une juridiction ordinaire, le souverain pontife ne peut pas déposer les rois, même pour un juste motif, comme il dépose les évêques; il ne peut pas faire des lois civiles, ni confirmer ou annuler celles qui ont été portées par l'autorité compétente; il ne peut pas juger des choses temporelles. Mais il peut faire tous ces actes par voie d'intervention spéciale, quand le salut des âmes l'exige et dans la mesure même où il l'exige. L'exercice de ce redoutable pouvoir a, du reste, ses régies et ses limites. S'agit-il, par exemple, de transférer l'autorité civile, « il n'est pas loisible au souverain pontife d'en disposer à sa guise, il doit la faire passer à celui que le droit de succession ou d'élection appelle au trône; personne n'ayant droit, la raison guidera son choix. 1) De poteslate summi ponlificis, c. xii, t. vu, col. 901. Le pape n'en viendra que lentement et comme malgré lui aux dernières extrémités à l'égard des princes : « L'usage des souverains pontifes est d'employer d'abord la correction paternelle, ensuite de les priver de la participation aux sacrements par les censures ecclésiastiques, et enfin do délier leurs sujets du serment de fidélité et de les dépouiller eux-mêmes de toute dignité et de toute autorité royale, si le cas l'exige. L'exécution appartientà d'autres. » Ibid., c. vu, col. 876. Inutile de se forger des craintes chimériques sur les dangers que pourrait courir la vie des rois : « On n'a jamais entendu dire, en elTet, que, depuis le commencement de l'Kglise jusqu'à nos jours, aucun souverain pontife ait fait mettre à mort, ou approuvé que d'autres missent à mort un prince quelconque, fùt-il hérétique, fùt-il paien, fùt-il persécuteur. » Epist. ad Blackvellum, t. VII, col. 662.

Bellarmin soutient sa thèse non comme une opinion nouvelle ou simplement probable, mais comme une doctrine ancienne et certaine. De romano pontif., I. V, c. i; De poteslale summi ponlificis, c. m. Il l'appuie sur des raisonnements théologiques et sur des faits d'ordre historique et juridique. Les faits nous sont déjà connus : actes pontificaux atteignant le temporel, comme la translation de l'empire romain des Grecs aux Francs, et de ceux-ci aux Germains, puis divers cas où des rois ont été déposés par des papes, ceux surtout où la déposition s'est faite dans des conciles généraux, comme celle d'f)thon IV sous Innocent III au concile de Latran en 1215 et celle de Frédéric II sous Innocent IV au concile de Lyon en 12i5. En principe, le pouvoir indirect du pape sur le temporel est, pour le cardinal, une simple conséquence de deux vérités dogmatiques : d'une part, la plénitude de juridiction conférée par Jésus-Christ au souverain pontife pour mener les âmes au salut éternel; d'autre pari, la subordination de la fin temporelle du pouvoir civil à la fin spirituelle de l'Église. Les deux sociétés sont, à la vérité, distinctes et parfaites, chacune dans sa sphère; mais il ne s'ensuit pas, comme le prétendait Barclay, qu'elles soient totalement indépendantes, car si les tins sont subordonnées, il en doit être de même des pouvoirs. Si donc le pouvoir civil devient un obstacle au salut des âmes, il appartient au pouvoir spirituel d'apporter le remède. De là vient que, dans la décrélale Novit, Innocent III revendique le droit et le devoir de s'opposer aux crimes et aux scandales dos

BELLARMIN

princes, comme à ceux de tout chrétien, et que, dans la bulle Vnam sanclam, Boniface VIII dit des deux pouvoirs, symbolisés par les deux glaives, le spirituel et le temporel : « Il faut que le glaive soit subordonné au glaive, et que l'autorité temporelle soit subordonnée à la puissance spirituelle... Si donc la puis.sance temporelle s'égare, elle sera jugée par la puissance spirituelle. » Tel est l'argument fondamental, où reviennent toutes les raisons particulières qui sont développées principalement dans la controverse De romano jponlifice, 1. V, c. VII, et le traité contre Barclay, c. m sq., secondairement dans les autres écrits polémiques : De translatione imperii, c. xii : Respinisio ad prœci2iua capita apologiœ, qux fahocathora'ahi!<cnbitur,'Paris, i55S,p.l3sq. ^Apologiaprii rcspuns^iono sua ad libruni Jacohi,c. m, xvil. La vigueur et le succès avec lesquels Bellarmin a défendu le pouvoir indirect ont fait attacher son nom à cette doctrine, bien qu'en réalité il n'en soit nullement l'inventeur. Dans la suite, et quoi qu'il en soit des diverses manières dont on explique maintenant encore ce pouvoir indirect, la doctrine elle-même a été généralement admise en dehors de l'école régaliste et gallicane. L'attaque a consisté surtout à opposer à l'interprétation des faits que suppose la doctrine de Bellarmin, une autre interprétation toute différente : de droit divin, le pouvoir pontitical est purement directif, il se borne à exhorter les princes et à les renseigner sur leurs devoirs; mais, au moyen âge, les papes acquirent un pouvoir efl'ectif, fondé uniquement sur le droit public du

temps, et par fuitt Fénelon, De x- .

tio, dans Œm Gosselin, Pv c. III, in-8», l'.ui-, aurait répondu qi

l'origine humaine et arbitraire.

j'^ n/ifcis auctoritale disserta- .. Paris, 1848, t. ii, p. 46; "( moyen âge, part. 11, .'. A cite théorie, le cardinal ne conserve pas aux faits leur

vraie signification, que saint Grégoire VII, Innocent III, Innocent IV et les autres papes ont prétendu exercer un droit divin, dont ils trouvaient le titre dans leur office de vicaire de .lésus-Clirist. et que pour cela même ils faisaient appel, dans l'exercice de ce pouvoir, au Qitodcuntque Ugavcris et au Pasce OL'es. De potestate sumnii pontif., c. III, t. VII, col. 853. Toutefois l'explication donnée par Bellarmin n'a pas été aussi généralement admise que la doctrine même du pouvoir indirect; un certain nombre d'auteurs ont trouvé et trouvent encore qu'en réalité, cette explication suppose dans le pape un pouvoir vraiment temporel, et par suite ne différencie pas assez l'opinion du savant cardinal de celle du pouvoir direct. J. Moulart, L'Église et l'État, 1. II, 2« édit., in-8», Louvain, 1879, t. ii, p. 175 sq. De là ce qu'on appelle parfois le système du pouvoir directif, mais dans un sens équivoque ; car ces auteurs ne reconnaissent pas seulement au pape le droit d'éclairer ou de diriger la conscience des princes et des peuples chrétiens; ils lui attribuent encore le droit de déclarer nulles et de nul efl'et les prescriptions de l'autorité civile qui sont contraires à la loi morale, et même celui de déclarer en quels cas les princes sont déchus, pour cause de religion, de leurs droits au trùne, et leurs sujets dispensés du devoir de leur obéir. On donne pour le représentant le plus autorisé de celte explication le franciscain J.-A. Blanchi, Traité de la puissance ecclésiastique dans ses rapports avec les souverainetés temporelles, 1. 1, § 8, n.l; § 13, n. 4, trad. par M. l'abbé A.-C. Peltier, Paris, 1857, t. i, p. 90, 134. Mais Blanchi a-t-il mis entre son explication et celle de Bellarmin l'opposition qu'on prétend y voir; et n'est-ce pas mal comprendre la pensée du cardinal, que de faire du pouvoir indirect qu'il accorde au pape un pouvoir vraiment temporel? Blanchi lui-même donnera la réponse, 1. YI, §ll,n. 8;§12, n. 2, t. II, p. 771, 791.

3» Origine du pouvoir civil. — Bellarmin traite de la société civile à propos des membres de l'Église, 1. III,

De laicis. 11 défend d'abord contre les anabaptistes le pouvoir et la magistrature politique, puis établit qu'unprince, même chrétien, peut porter des lois et que la loi civile n'oblige pas moins en conscience que la loi divine, c. XI. .\ussi cria-t-il justement à la calomnie, lorsque, dans son Triplici nodn, .Jacques I" lui prêta cette assertion : On doit obéissance au pape par devoir de conscience, mais on ne doit obéissance au roi qu'en considération de l'ordre public. Le royal polémiste avait confondu deux questions fort distinctes : l'exemption des clercs et l'obéissance due aux princes légitimes par leurs sujets. Resj). ad apolog., t. vu, col. 701 sq. Mais ce qui porta le plus d'ombrage à Jacques I" et auxthéologiens régalistes, ce fut la page relative à l'origine du pouvoir civil, c. vi. Le -point n'avait été touché qu'incidemment ; après avoir prouvé que la puissance politique est bonne et légitime, parce que, suivant l'enseignement des Écritures, elle vient de Dieu, l'auteur des Controverses avait ajouté quelques remarques pour préciser cette dernière assertion. Pris en général, abstraction faite des formes particulières, monarchie, aristocratie ou démocratie, le pouvoir civil est de droit naturel et vient de Dieu immédiatement; mais personne n'ayant à ce pouvoir de titre déterminé et suffisant, il a pour sujet immédiat la multitude. Celle-ci, ne pouvant l'exercer par elle-même, doit nécessairement le transmettre à un ou plusieurs hommes. Les formes particulières de gouvernement ne sont donc pas de droit naturel, mais elles se réfèrent au droit des gens, puisqu'il dépend de la multitude de se donner un roi ou des consuls ou d'autres magistrats, et qu'elle peut, s'il y a motif suffisant, transformer une monarchie en aristocratie ou démocratie, et réciproquement, comme il est arrivé à Rome. De là deux différences notables entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique : le premier réside immédiatement dans la multitude, et considéré dans ses foruies particulières n'est pas de droit divin ; l'autre a pour sujet immédiat un seul homme et est simplement de droit divin. Pensée sur laquelle le cardinal revient souvent, en concluant de là que les hommes peuvent modifier la forme de leurs gouvernements, mais qu'ils ne le peuvent pas en ce qui concerne la monarchie ecclésiastique. Dispiit. de exemptione clericorum, c. i. Quand il revisa ses œuvres, l'auteur des Controverses compléta sa doctrine, en indiquant comme chefs d'arguments l'autorité d'un grand nombre de théologiens, l'expérience qui montre dans un même pays, à Rome par exemple, la succession de divers régimes, enfin des témoignages et des exemples empruntés à la sainte Écriture, où le consentement du peuple intervient dans la transmission de l'autorité civile. Recognitio, de laicis, c. vi.

Bellarmin eut l'occasion de défendre ces doctrines dans toutes ses polémiques politico-ecclésiastiques : contre Pierre de Belloy, Responsio ad preecipua capita apologiœ, Paris, 1588, p. 54 sq.; contre les théologiens de Venise, Responsio ad anonymi epistolam, prop. 1, et ad dcfensioneni octo proposiliontim Jo. Marsilii, t. VII, col. 1030, 1176 sq.; contre Jacques I", Responsio ad apologiani ; Apologia pro responsione sua, c. xill, t. VII, col. 700 sq., 801 sq. ; contre Barclay, De potestate sutnmi ponlif., c. m, t. vu, col. 860. La lecture de ces passages est nécessaire, si l'on veut connaître exactement toute la pensée du cardinal. Il n'exclut pas, dans la possession ou la transmission du pouvoir civil, mais reconnaît formellement l'existence et la légitimité de droits particuliers et permanents, élection, hérédité, donation ou conquête. Il réprouve ces assertions que Jacques \" lui avait prêtées : Tout roi est élu par son peuple; les princes peuvent, pour divers motifs, être déposés par leurs sujets. Il défie Jean Marsilii de montrer dans ses œuvres un seul passage où il ait affirmé que, dans le cas d'une royauté absolue, la peuple puisse

iELLARMIN

-déposer le roi ou restreindre son autorité. Il distingue enfin entre ses propres affirmations et les citations qu'il a empruntées à des auteurs universellement respectés. Ce qu'il soutient proprement, c'est que tous les titres invoqués sont de droit humain et n'empêchent aucunement que, du moins à l'origine, le pouvoir civil ne se soit trouvé dans la multitude et n'ait passé, de son consentement, à des sujets déterminés; ce qui ne peut se dire de la monarchie ecclésiastique.

Ainsi comprise, la théorie de Bellarrain ou plutôt la théorie commune des scolastiques sur l'origine du pouvoir civil, est une opinion discutable et discutée, dont l'examen ne rentre pas dans le cadre de cette étude. Deux remarques seulement seront utiles : les objections faites contre le caractère trop particulier et trop exclusif de cette explication supposent, en général, une interprétation incomplète et par là même inexacte de la pensée du cardinal; surtout, il serait aussi déraisonnable qu'injuste de confondre son opinion avec la théorie révolutionnaire de J.-J. Rousseau et autres apôtres du pacte social et de la souveraineté absolue de la multitude. V'oir les auteurs cités dans la bibliographie.

4" Grâce et prédestinalion. — Dans le dernier volume des Controverses, Bellarmin ne réfute pas seulement les erreurs des protestants sur ces graves matières ; il y traite aussi des problèmes discutés entre théologiens catholiques. De singulières affirmations se répètent à ce propos. « Dans les questions relatives à la grâce, en un temps où le molinisme florissait déjà, lit-on dans la Grande encyclopédie, il s'abstint des doctrines qui prévalaient dans son ordre, et il resta un thomiste intransigeant, à tel point que les jansénistes ont cru parfois pouvoir invoquer son autorité et le citer comme augustinien. « Cf. Gery, c'est-à-dire Ouesnel, dans un passage de son Apologie liisloriijiie des Cennures de Louvain et de Douaxj, que reproduit le Dictionnaire historique et critique d,t Pierre Bayle, Paris, 1820, t. III, p. 273 sq. De leur côté, Dôllinger et Reusch se sont fait l'écho d'une accusation, utilisée déjà par le cardinal Passionei, Voto, p. 42 sq. : par complaisance pour ses supérieurs et par esprit de corps, le cardinal jésuite aurait transigé avec ses propres conviclioris, soit en laissant faire ou en faisant lui-même des modifications dans son enseignement primitif, soit en défendant dans la Concorde de Molina des propositions qu'il regardait personnellement comme fausses et erronées.

Pour démêler les confusions étonnantes ou les suppositions gratuites que contiennent ces attaques, il suffit de rappeler quels furent, dans l'accord du libre arbitre et de la grâce, les points considérés comme fondamentaux par les théologiens jésuites et soutenus en leur nom dans les congrégations De auxiliis. Schneemann, op. cit., p. 246, 256. Tous rejetaient les prédéterminations physiques et la grâce dite efficace par elle-même et de sa nature; tous, pour expliquer l'efficacité de la grâce, faisaient appel à la science moyenne, guidant Dieu dans le choix des grâces et l'exécution de ses desseins. Or, sur ces deux points, liellarmin eut dès le début de sa carrière théologique et conserva jusqu'à la fin de sa vie une conviction arrêtée. Dans ses leçons de Louvain, il enseigne que la grâce efficace n'est pas une détermination invincible de la volonté, mais un appel fait par Dieu dans des circonstances où il sait qu'il sera écouté, vocationeni qua Deus ita vocat sicut novit lioniineni secutu)-um. Môme doctrine dans l'écrit qu'il composa en faveur de Lessius, son ancien élève, dans le jugement motivé qu'il porta sur la censure de Louvain en I.t87, et dans les Controi:erses, qu'il s'agisse de ri'-dilion d'Ingolstadt qu'on prétend modifiée par Grégoire de Valcntia, ou de l'édition de Venise, ab ipso auclore aucta et rccognita. Aussi fut-il facile, plus tard,

aux jésuites de Rome de dresser une sorte de concordance entre la doctrine de Molina et celle de Bellarmin relativement à la science de Dieu et à la grâce efficace. Liévin de Meyer, op. cit., 1. II, c. xix, xx, 1. 1, p. 143 sq. Pour l'époque du grand débat, il suffit d'invoquer l'opuscule De novis controversiis, dont l'auteur se déclare pleinement d'accord avec Molina en ce qui concerne le rejet des prédéterminations physiques et la science des futurs contingents; puis toute la conduite du cardinal et son vote définitif dans la congréi;ation De auxiliis. Dans la Hecognilio de 1607, il n'est pas moins explicite. De gratia et libero arbitrio, 1. I, c. xii ; 1. IV, c. XI, XIV. On connaît enfin la protestation solennelle que le serviteur de Dieu fit sur son lit de mort.

Mais il y avait dans le livre de la Concorde des assertions de détail sur des questions difficiles, où les théologiens jésuites n'étaient pas tous de l'avis de Molina, Bellarmin en particulier. Lui-même, dans l'appendice de son autobiographie, dit à propos de cet ouvrage : c Avant qu'aucune dispute se fût élevée, N. avertit le Père Général qu'il y avait dans Molina des propositions malsonnantes, et il" lui en remit la liste par écrit. Le Père Général les envoya en Espagne; aussi, dans une nouvelle édition, le P. Molina s'efforça d'adoucir ces propositions, et déclara qu'il les énonçait par manière, non d'affirmation, mais de discussion. » De quelle nature étaient les assertions incriminées? L'opuscule inédit De twvis controversiis permet de le déterminer, et de faire en même temps le partage entre l«s opinions de Molina que Bellarmin n'admettait pas, mais qu'il déclarait libres, et les assertions qu'il trouvait niale sonantes. Dans la première catégorie se rangent les vues exposées dans le livre de la Concorde sur la nature du concours divin, la prédestination et les prédéfinitions. Molina conçoit le concours comme une coopération de Dieu et du libre arbitre à un même effet, les deux étant causes partielles, chacun dans son ordre; Bellarmin pense qu'il est plus exact de le concevoir comme une motion du libre arbitre, suivant l'explication qu'il en donne dans son traité De gratia et libero arbitrio, 1. IV, c. -wi. Dans le problème de la prédestination, le docteur espagnol nous montre l'élection divine se portant, sous la lumière de la science de simple intelligence et de la science moyenne, sur tel ordre de choses pris dans son ensemble et tombant simultanément sur la gloire et la série de grâces qu'elle suppose ; Bellarmin suppose d'abord le choix des élus à la gloire, puis la préparation des grâces efficaces comme moyen ordonné à la fin dt\jà voulue, mais il confesse que, du moment où .Molina maintient la gratuité de l'elTet total de la prédestinalion, la divergence de vues est plus apparente que sérieuse : non est magna controversia, si res ipsa inspiciatur, tamelsi videtitr maxinia, si sola verba considerentur. De même pour le problème conne.\e des prédéfinitions : l'auteur (le la Concorde ne pense pas que tous les efl'ets des causes secondes aient été voulus par Dieu directement et pour eux-mêmes, per se intentos; Bellarmin préfère l'autre opinion, mais en voyant là, comme dans les deux cas précédents, un point libre.

Par contre, il fait des réserves formelles sur les propositions suivantes, sans approuver toutefois les censures, excessives à son avis, que les adversaires de Molina en avaient données.

Fleri potcst ut eisdcm auxi- Il peut se faire que, les mêmes

liis Dei datis duobus bomlni- secours divins étant donnés, bus qui tentabantm- eadem de deux hommes soumis à la tcntiiUone, unus ex sola libor- même tentation, l'un résiste en Uile sua rcsistol, aller non vertu do sa seule liberté, et résistai. l'aub-c ne résiste pas.

Potcst ncri, ut aliquis cum pluribus cl majoribus auxiliis dnmnelur, et aller cum pau- plus nombreux et plus grands, cioribus et minoribus salvctur, et qu'un autre so sauve avec quia lUe pro innata liburtatc des secours muindres et moins

BELLARMIN

titi voluit auxiliis, alter non nombreux, parce que, usant de

voluit. sa liberté native, l'un a voulu

profiter des secours, et l'autre

ne l'a pas voulu.

Divisio auxilii in efficax et La division de la grâce en

inefficax ab effectu et arbitrii efficace et inefficace dépend

libertate pendet; cum iUe as- de l'effet et du libre arbitre;

sentitur fit efficax, cum rejici- quand on y consent elle devient

tur fit inefficax. efficace, et quand on la rejette

elle devient inefficace.

Bellarmin estime que, prises à la lettre, les deux premières propositions sont fausses ; car celui qui résiste à la tentation ne le fait pas en vertu de sa seule liberté, mais en vertu de la congruité du secours qu'il a reçu; pareillement, si quelqu'un se sauve, ce n'est pas à sa seule liberté, mais à la congruité des grâces reçues qu'il faut l'attribuer. Cependant les deux assertions sont susceptibles d'une interprétation raisonnable et fondée sur saint Augustin, De civitate Dei, 1. Xll, c. vi, P. L., t. XLI, col. 354. Mais la 3<^ proposition surtout déplaît à Bellarmin; il n'y reconnaît pas la vraie notion de la grâce efficace, considérée en elle-même ou dans sa vertu propre et distincte du consentement de la volonté. La grâce efficace doit être telle in actu jmmo et par conséquent renfermer un élément d'ordre sinon physique, du moins moral, qui en fasse un bienfait plus grand, un don divin plus appréciable que la grâce purement suffisante. Cet élément d'ordre moral, Bellarmin le ramène à la congruité du secours ou appel divin, gratia congrues vocatlonis sive excitalionis. Recognitio, 1. I, c. XII ; 1. VI, c. XV. Ainsi, ses exigences et ses conceptions personnelles se réduisaient à ce qu'on appelle communément le congniisme, appliqué directement à l'explication de l'efficacité de la grâce in actu primo, mais supposant en outri', dans la pensép du cardinal, l'élection à la gloire conmir !nL'i:|ni'iMtril .iTilirieure au

choix des grâces et la [H'-.i. liiiiimn \~>v \\r ,!,■ tous nos

actes bons. Voir sur criir (|ii.>iiuii ilrlioair l'article CONGRUISME. Le célèbre décret, porté par le i'. Aquaviva le 24 décembre 1613, eut Bellarmin pour principal instigateur; dans son ensemble, cet acte répondait pleinement à ses vues, qui étaient aussi celles de Suarez. Denzinger, Enchiridion, n. 964.

Il serait inutile de nous arrêter au prétendu augustinisme de l'auteur des Controverses. Si l'on entend le mot dans son acception baianiste et janséniste, la conduite de Bellarmin pendant son professorat de théologie à Louvain, son apologie en faveur de Lessius, la réfutation manuscrite des propositions de Baius condamnées par saint Pie V, la doctrine même des Controverses donnent aux assertions intéressées de Quesnel un démenti éclatant. La note d'augustinisme pourrait uniquement s'appliquer à cette disposition d'esprit, très réelle et très rélléchie, qui portait l'auteur des Controverses à s'attacher étroitement à saint Augustin et à suivre dans les questions discutées ce qu'il jiii;eait être la pensée de ce grand docteur. Cominr ixiiniili' iinil suffise de citer ici son opinion sur la doiil. m (|n i jinii)vent les enfants morts sans baptême. /.'.' iiini.-:sit,,,e gratise et statu peccati, 1. VI, c. vi. Upinion qui a fourni l'occasion d'une violente attaque contre le cardinal, dans la Conteniporary Revieiv, Londres, 1874, t. x.xii, p. 525, 992, puis d'une réplique à cette attaque dans une brochure, publiée au même endroit et la même année par W. Humphrey, sous ce titre : M'Fitzjamesand cardinal Bellarmin, in-8» de 32 pages.

///. /.Vi'LL'C.Vfi- MT AUTORllÉ DE BELLARMIN. —

L'influence exercée par l'auteur des Controverses est un fait notoire, qu'il s'agisse des catholiques ou des protestants. Dès qu'il parut, le cardinal Baronius salua avec enthousiasme « ce très noble ouvrage, nobilissimum plane opus, qui serait dans l'Église comme cette forteresse bâtie par David, où l'on voyait suspendus

mille boucliers et toute l'armure des vaillants». Afinaies, an. 53, n. 32, édit. Pagi, Lucques, 1738, t. i, p. 396. Le présage s'est réalisé; fréquente, dans la suite, est cette comparaison des Disputatioties de controversiis christianx fidei à un arsenal où les défenseurs de l'Église catholique sont allés chercher ou cherchent encore leurs meilleures armes; car, suivant le mot de Montagne, loc. cit., les controversistes tirent presque tout de lui, ut ab Homero poetse. De ce point de vue, on a justement rapproché les deux grands cardinaux de Clément VIII, qui vécurent en amis et rivalisèrent de vaillance pour la défense du siège apostolique : « Dans la lutte engagée alors entre le catholicisme et le protestantisme, et à laquelle les jésuites prirent une part si active et si décisive, lit-on dans la Grande encyclopédie, Bellarmin partage avec Baronius l'honneur d'avoir fourni aux défenseurs de l'Église romaine leurs armes les plus puissantes. Ce que Baronius fit pour l'histoire, par ses Annales ecclesiastici (1588), Bellarmin l'avait fait, dès 1581 (?), avec une valeur plus grande, pour la controverse théologique, par la publication de ses Disimtaliones. » La lettre adressée à Bellarmin par le cardinal du Perron, au mois de février 1605, montre assez quelle estime il faisait de cette œuvre capitale; il yrappelait l'ordre qu'il avait donné à son secrétaire, Chastillon, d'en commencer la traduction française. Couderc, op. cit., t. I, p. 1 18 sq. Cette estime du grand cardinal français pour l'œuvre de Bellarmin ne saurait être infirmée par la critique de portée restreinte que lui attribue le collectionneur des Perroniana et qu'on retrouve dans Bayle, op. cit., p. 276. Pour ce qui est des protestanis, un fait singulier témoigne de l'émotion produite dans Itnir caiiip par l'apparition des Controverses : pendant plus d'un dirai siècle, cet ouvrage fut le point de mire de leurs principaux théologiens, à tel point qu'il n'en est peut-être pas un qui n'ait alors publié un écrit ou brisé quelques lances contre Bellarmin. En 1600, David Parée fonde à Heidelberg un Collegium antibellarmitiianum ; vers le même temps, la reine Elisabeth faisait donner, dans le même dessein, des leçons à Cambridge et à Oxford. On peut voir dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, loc. cit., le titre de près de deux cents ouvrages, soit pour, soit surtout contre les Controverses.

L'iniluence du cardinal ne fut pas moins grande dans la lutte entre théologiens gallicans et théologiens pontificaux. On l'a nommé i le docteur éminent du catholicisme ultramontain ». .\ppellation équivoque en ce qui est du terme de catholicisme idtramontain, mais il est vrai que, dans la lutte qui se rattache à cet ordre d'idées, le nom de Bellarmin tient un rang d'honneur. Bossuet le prouve, dans sa Defensio declarationis cleri gallicani, par r. = r-.pr. ^ïinns et antres ilii même genre qui

COUrelll , ;.l;ii,ir : HrlUn ninnis, qUO UHO Vet

ma;ii,u. ■,,,.,,,,,,, .,ih^.i ,i,iiiiir: Bellarminus, cui s».. ■....,-■ ,/,v,„,,„/ nlii. pail, II. I. V, c. XIV, XXX. Jean de Launoy le prouve aussi, mais dans un tout autre esprit que Bossuet, en traitant l'auteur des Controverses comme l'adversaire de prédilection. Anti- Bellarminus Joannis Launoii, sive Defensio libertatum Ecclesisc gallicame, in-4», Deventer, 1720. Dollinger et Reusch constatent, non sans une certaine amertume, que des doctrines soutenues par le cardinal jésuite et traitées par les théologiens gallicans d'opinions ultramontaines, les plus importantes sont devenues au concile du Vatican des dogmes officiels : telles, l'infaillibilité du pape et le caractère irréformable de ses jugements ex cathedra, sa plénitude de juridiction ordinaire et immédiate sur toute l'Église, sa supériorité par rapport au corps entier de l'épiscopat. La doctrine du pouvoir indirect sur le temporel n'est pas dans les mêmes conditions; mais, quand on admet la primauté du pontife romain dans son intégrité, et la surbordination né-

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cessaire de la fin temporelle du pouvoir civil à la fin spirituelle de TÉglise, si nettement affirmée par Pie IX et Léon XIII, il est difficile de ne pas arriver logiquement au même point que Rellarmin; difficile aussi d'éviter la conclusion qui se dégage naturellement de la réprobation, faite par l'ie IX dans le Syllabus, de cette assertion : « L'Kglise n'a pas de pouvoir coactif, ni de pouvoir temporel quelconque, direct ou indirect. » Denzinger, Encliiridion, n. 1572.

Est-ce à dire que l'œuvre soit parfaite, et, partant ne soit pas susceptible de sérieuses améliorations? Non certes; l'ensemble des connaissances qui ont concouru à la production des Controverses, l'exégèse, la patristique, l'histoire, la linguistique, la critique, ont progressé, et beaucoup. En outre, lorientation générale des traités fondamenl;iux. Écriture, Tradition et Église, bonne contre le protestantisme ortliodoxe que l'auteur des Disputat'wncs a\:dt (levant lui, advcrsus hujiis lemporis hœreticos, n ist pas aussi directement appropriée au protestantisme libéral, si répandu de nos jours. L'adaptation est nécessaire, et elle est possible. D'ailleurs, parmi les attaques formulées du côté protestant, plusieurs se rattachent à des divergences de principe, où la question préalable serait à poser : par exemple, les attaques contre l'exégèse doctrinale de Bellarmin ou

preuves |

d'autorité. D'autres

reproché des contradictions plus apparentes que réelles; qu'on lise la réponse à Jacques I"', initiateur dans ce genre d'attaques. Responsio ad librum inscriptttm : Triplici nodo triplex cuneus, t. vu, col. 671 sq. Quoi qu'il en soit des critiques de détail, l'autorité du cardinal Bellarmin reste incontestable, comme son infiuence. On peut répéter l'éloge inscrit, à l'occasion de sa mort, dans le registre des consistoires, et que rapporte Antoine Sanders, Elogia cardinalium , sanctilate, doctrina et armis illustrium, Louvain, 1626, p. 67 : « Ce fut un homme très remarquable, théologien éminent, intrépide défenseur de la foi catholique, marteau des hérétiques, et en même temps pieux, prudent, humble et très charitable. »

Hefele, art. Bellarmin, dans Kircbenlcxikon, 2- édit., Fribourg.eii-Brisgau, ISJ'S, t. u, col. 285 sq. ; Scheeben, art. ISellarmin, dans Staalslexikon, édHé par A. Brudcr, in-8', Fribourg-en-Brisgau, 1889, t. i, col. 921 sq. ; J. HergenioUier, Katholische Kirche und chrisUiclier Slaat in ihrer ijescliiclillichen Entwickelung, in-8', Fribourg-en-Brisgau, 1872, p.'ill si]., «iO sq. ; M. Liberalore, S. J., Le droit public de l'Église, trad. par A. Onclair, c. iv, a. 1, in-8', Paris, 18S8; abbé Quittiiet, De civilis potestatis origine tlworia catholica, in-8', Lille, 1893, passim: J. Costa-Rosselti, S. J., PhilosopMa moratis,2- édit., Inspruck, 1886, part. IV, c. I, passim ; Jos. Herce, S. J., Super mente Yen, card. Bellarmini de systemate scientise médite, in-V. Assise. 1"91.

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