X. Le liAiiil.Ll
II. BENOIT XII, constitution Benedictus Deus, émise par lui le 29 janvier 1336. — L'ixplication de Ce document important comprendra six points: I. Texte de la définition. II. Occasion de la définition; sermons du pape Jean XXII. III. Développement de la controverse; Jean XXII et l'université de Paris. IV. Enquête et rétractation de Jean XXII. V. La définition, sa portée et les attaques dont elle a été l'objet. VI. Justification sommaire an dogme défini.
I. Texte de la définition. — Denzinger, Enchiridion, document Lxvii.
Hac in perpetuum valitura Par la présente constitution
constitutione auctoritate apo- qui doit rester à jamais en vi- :quodsecun- gueur, et de notre autorité apostolique, nous déflnissons ce qui uonem animre sanctorum suit : D'après la disposition géomnium, qui de hoc mundo nérale de Dieu, les âmes de tous ante Domini nostri Jesu Christi les saints qui ont quitté ce monde
passionem decesserunt, nec non sanctorum apostolorum, martyrum, confessorum, virginum et aliorum fldelium defunctorum post sacrum ab eis Christi baptisma susceptum, in quibus nihil purgahile fuit, quando decesserunt, nec erit, quando décèdent etiam in futurum, vel si tune fuerit aut erit aliquid purgabile in eisdem, cum post mortem suam fuerint purgatœ :
ac quod animje puerorum eodem Christi baptismale renalorum et baptizandorum, cum fuerint baptizati. ante usuni liberi arbitrii decedentium,
purgationem prœfatam in illis, qui pui'gatione hujusmodi indigebant, etiam ante resumptionem suorum corporum et judicium générale post ascensionem Salvatoris nostri Jesu Christi in cfelum fuerunt, sunt et erunt in cœlo, cœlorum regno et paradiso cœlesti cum Cbristo, sanctorum angelorum consortio aggregatœ, ac post Domini nostri Jesu Christi passionem et mortem videnmt et vident divinam essentiam visione intuitiva et etiam faciali, nulla mediante creatura in ratione objecti visi se habente, sed divina essentia immédiate se nude. clare et aperte eis ostendente, quodque sic videntes eadem divina essenliaperfruuntiu", necnon quod ex tali visione et fruitione eorum animse, qui jam decesserunt. sunt vere beatas et haïrent vitam et requiem astemam, et etiam iUorum, qui postea décèdent, eamdem divinam videbunt essentiam, ipsaque perfruentur ante judicium générale : ac quod Visio hujusmodi divinae. essentiœ ejusque fruilio actus fidei et spei in eis évacuant, prout fides et spes proprise theologicse sunt virtutes; quodque postquam inchoata fuerit vel erit talis intuitiva ac facialis Visio et fruitio in eisdem, eadem Visio et fruitio sine aliqua intercisione seu evacuatione prœdictïe visionis et fi'uitionis continuata extitit et continuahitur usque ad finale judicium et ex tune usque in sempiternum.
DifOnimus insuper, quod secundum Dei ordinationem communem animae decedentium in actuali peccato mortali mox post mortem suam ad interna descendunt, ubi pœnis infernalibus cruciantur , et quod nihilominus in die judicii omnes homines ante tribimal Christi cum suis corporibus comparebunt, reddituri de factis propriis rationem, ut référât unusquisque propria corporis prout gessit sive bonum sive malum.
avant la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et de même celles des saints apôtres, martyrs, confesseurs, vierges et autres fidèles morts après avoUreçu le saint baptême du Christ, qui n'ont rien eu à expier à leur mort, ou qui à l'avenir n'auront rien à expier à leur mort ; celles aussi qui ont eu ou auront à se purifier, lorsque après leur mort elles auront achevé de le faire ; de même encore les âmes des enfants régénérés par le même baptême du Christ ou encore à baptiser, quand ils l'auront été, s'ils viennent à mourir avant l'âge de discrétion ;toutes,aussitôt après leur mort et l'expiation susdite pour celles qui avaient besoin de cette expiation, même avant la résurrection de leur corps et le jugement général, et cela depuis l'ascension de Jésus- Christ notre Sauveur, sont et seront au ciel, au royaume des cieux et au céleste paradis avec le Christ, admises dans la société des anges : et depuis la mort et la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, elles ont vu, voient et verront la divine essence d'une vision intuitive et même faciale, sans aucune créature dont la vue s'interpose, mais immédiatement, grâce à la divine essence qui se manifeste ellemême à nu, clairement et ouvertement. En outre, par le fait même de cette vision, les âmes de ceux qui sont déjà morts, jouissent de la divine essence, et par le fait même de cette vision et de cette jouissance elles sont vraiment bienheui'euses et possèdent la vie et le repos éternel ; de même en serat-il des âmes de ceux qui, moiu"ant dans la suite, verront la divine essence et en jouiront avant le jugement général. De plus, cette vision et cette jouissance de la divine essence font cesser dans ces âmes les actes de foi et d'espérance, en tant que foi et espérance s'entendent des vertus théologiques au seus propre. En outre, depuis le moment où elles ont commencé ou auront commencé dans ces âmes, cette même vision intuitive et faciale et cette même jouissance ont duré etdm'eront, sans interruption et sans fin, jusqu'au jugement dernier et dès lors à jamais.
Nous déflnissons encore ce qui suit : d'après la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent coupables de péché mortel actuel, descendent aussitôt après leur mort en enfer,pour y subir les peines infernales ; et néanmoins au jom- du jugement tous les bonunes compai-aiu-ont avec leurs corps devant le tribunal du Christ, poiu" rendre compte de leurs actes personnels, afin que chacun soit récompensé en son corps suivant qu'il aura fait le bien ou le mal.
II. Occasion de la définition; sermons de Jean XXII. - Dans le préambule de sa constitution, Bonoît XII
BENOIT XII
rappelait que sous le pontificat de son prédécesseur, il s'était élevé une discussion parmi les théologiens au sujet de la vision dont jouissent après la mort les âmes des justes complètement pures ou purifiées : voient-elles la divine essence avant la résurrection des corps et le jugement général? Tel fut, en effet, le point premier et principal du débat; il se compliqua ensuite de questions connexes. Dans ses notes sur la vie de Jean XXII. op. cit., p. 787, Baluze rattache l'origine de cette controverse à un récit qui eut cours en Provence vers l'an i325: on racontait qu'une dame avait été tourmentée pendant plusieurs mois par l'âme de son mari défunt, puis, soulagée par les prières faites en sa faveur, l'âme avait enfin annoncé qu'elle montait au ciel pour y jouir du repos éternel avec les anges et les saints. Quoi qu'il en soit de la connexion entre ce fait et l'origine de la controverse, ce fut bien vers cette époque que Jean XXII porta son attention sur le problème de la vision béatifique. Dans le cours de son pontilical, il avait eu plus d'une fois l'occasion de se prononcer sur l'état des âmes après la mort. En 1318, il avait présenté au roi d'Arménie la profession de foi que l'empereur Michel Paléologue avait souscrite en 1274 au 11' concile cecuméniquc de Lyon; profession de foi où il est dit que les âmes des justes parfaitement pures ou purifiées sont immédiatement remues au ciel, nio.c in rgelum >vcipi,el que les âmes souillées de péché mortel ou même du seul péché originel, descendent en enfer, pour y être punies toutefois de peines diverses, mox in infemum tiescendere, pomis tamen disparihiis ftunietuias. Raynaldi, op. cit., an. 1318, n. 10, t. v, p. 82. En 1326, Jean XXII avait réprouvé une opinion des nestoriens et des jacobites, suivant laquelle les âmes des saints ne seraient pas dans le paradis avant le jugement général, mais resteraient jusqu'à cette époque on ne sait où, dans un état de repos exempt de souffrance. Ibid., an. 1326, n. 28, t. v, p. 331. Le pape était même allé plus loin dans les bulles de canonisation de saint Thomas de Hereford en 1320, de saint Thomas d'Aquin en 1323, et surtout de saint Louis de Toulouse en 1317; il avait montré ce jeune saint entrant au ciel dans son innocence, pour contempler son Dieu dans la joie et à découvert, cul Deuni suuni conteniplandtnn in gaudio, facie revelata, § 18. Magnum bullariuni romanum, in-fol.. Luxembourg, 1727, t. i, p. 192.
Mais en 1331, dans un .sermon prêché à Notre-Damedes-Dons, le jour de la Toussaint, sur ce texte : Mementole opentni patnim x^extroruni, etc., Jean XXII développa cette idée notablement différente : avant la venue du Christ, les âmes des justes reposaient dans le sein d'Abraham; depuis sa mort et son ascension, elles sont au ciel, où elles reposent et reposeront jusqu'au jugement dernier sous l'autel dont parle saint Jean dans l'Apocalypse, vi, 9. L'orateur interprétait ensuite cet autel de l'humanité de .lésus-Christ et concluait : « Ainsi donc, avant le jour du jugement les saints sont sous l'autel, c'est-à-dire sous la protection et la consolation de l'humanité du Christ, mais après le jour du jugement, Jésus-Christ les fera monter sur l'autel, en les élevant à la vision de la divinité même. » Xe convientil pas, du reste, que l'âme n'entre en possession de la joie parfaite, la joie de son Seigneur, qu'au moment où, réunie à son corps, elle sera elle-même parfaite en sa nature'.' .Sci-nio in die umnium sanctoruni facttis per doniinitm Johaniiem papani XXII, A. D. i33i, dans un manuscrit du xiv siècle conservé à la bibllotlicque de l'université de Cambridge, ms. li, m, 10, fol. 3 sq. Extraits du même sermon dans Nicolas le Mineur, Chronicon de iis omnibus quœ circa quœstionem temitore Joannii XXII ortam de paupcrlate C/tristi et apostolorum ejus gesta et facta sunt. Diblioth. nation, de Paris, fonds latin, ms. ôlôi, fol. 255 sq.