troi>>ièiiic dimanche de l'Avent, Jean .\XII reprit
le même thème et le développa dans un sermon sur ce texte : Gaudete in Domino seniper; sermon qu'il fit transcrire et distribuer à qui voulut l'avoir. On le trouve intégralement reproduit dans le manuscrit de Cambridge : Sermo seciindus ejusdein domini Johannis papse in tei-tia dominica de adventtt de eadem materia, fol. 3 ^. Rien de plus net que l'idée mère de ce discours. Suivant la doctrine de saint .Augustin, Serm., ii, in Ps. xc, n. 13, P. L., t. XXXVII, col. 1170, la vision béatifique est toute notre récompense, tota merces nostra visio est; à ce titre elle est due à l'ouvrier, c'est-à-dire qu'elle n'est due, dans le cas présent, ni à l'âme seule, ni au corps seul, mais à l'homme tout entier, à la personne qui a travaillé et mérité, actiones enim sunt suppositorum ; et comme cette personne ne sera reconstituée qu'après la résurrection des corps, alors seulement commencera cette bienheureuse vision. Telle est, du reste, la doctrine qui se dégage des paraboles évangéliques, comme des enseignements du Sauveur et des apôtres : ce n'est qu'à la fin du jour, image du temps présent, que les ouvriers de la vigne reçoivent leur salaire; ce n'est qu'à la fin du monde que le bon grain et l'ivraie sont définitivement séparés; ce n'est qu'après le jugement dernier que le Christ invite les bénis de son Père à posséder le royaume, et que l'Écriture nous les montre entrant dans la vie éternelle, .Matth., xxv, 34. 46; c'est en ce jour de l'apparition glorieuse du Christ, ciim appanient, que nous deviendrons semblables à lui en le voyant tel qu'il est, I Joa., m, 2; c'est en ce même jour que saint Paul compte recevoir de Dieu la couronne de justice, quam reddel milii Dominus in illa die, II Tira., iv, 8; aussi le grand apôtre montre-t-il les saints de l'Ancien Testament attendant jusqu'à la fin du monde la récompense que tous les hommes recevront ensemble. Heb., XI, 39 sq.
.\près l'Écriture, Jean XXII invoquait des Pères, surtout saint Bernard et saint Augustin. Quand il entendait de l'humanité du Christ l'autel de l'Apocalypse, quand il distinguait entre la vision de cette même humanité possédée déjà par les saints au ciel et la vision de la divinité, différée pour eux jusqu'au temps de la résurrection, l'abbé de Clairvaux était son guide. Serm., IV, in festo omnium sanctorum, n. 2, P. L., t. clxxxiii, col. 472. Dans saint Augustin, le pape relevait avec prédilection une dizaine de passages, où ce docteur semble réserver la vision intuitive au temps de la résurrection et rejeter après le jugement général la vie éternelle, entendue avec saint Jean, xvii, 3, de la connaissance de Dieu le Père et de son Fils : par exemple, Enarrat. in Ps. xi.lll, n. 5 : illa visio facie ad faciem liberalis in resurrectione servatur, P. L., t. xxxvi, col. 48p; De Trinitate, 1. 1,"c. xill, n. 28, 31 : et ipsafiel, cum tradet regnum Dec et Palri...Etsicut ibunt illi in ambustionem sstemam, sic iusti in vitam snternam. Quid est autem vita œlei-na, nisi ut cognoscant te, etc. P. L., t. XLII, col. 843, 844. .\ux textes de ce genre s'en ajoutaient d'autres, où l'évêque d'Hippone parait n'attribuer aux âmes saintes avant la résurrection qu'un bonheur imparfait, un état de repos et de félicité dont elles jouissent dans des demeures mystérieuses, abditis rcceptaculis, appelées indifféremment par ce Père sein d'Abraham, paradis ou ciel, mais qu'il n'identifie point avec le royaume de Dieu, où sont les anges, ni avec la vie éternelle et la pleine béatitude que possèdent déjà ces purs esprits et que nous posséderons plus tard : par exemple, Encliii-idion, c. Liv, LV, LXlli, P. L., t. XL, col. 258, 261; De Genesi ad Htleram, 1. XII, c. xxxil, xxxiv, XXXV, P. L., t. xxxiv, col. \S0, 482 sq.; De civilate Dci, I. XII, c. IX, P. L., t. xi.i, col. 357; Enarrat. in Ps. .Y.Y.V17, n. 10: post vitani istani parcam nondum eris ubi erunt tancti, quibus dicitur : Venite, bencdicti, etc., P. L., t. xxxvi, col. 36! ; in Ps. .v.ï.vvvf, n. 28 : iniptoftne (ssccuU) accepluri sumus salulem sempitcr-
IIBENOIT XII
nam, ut contemplantes gloriain Dei, et ejus faciem intucntes, euni laudenncs in œternuin, ibid., col. 412; Serni., CCLXXX, c. v, où la vie que possèdent maintenant les martyrs, est appelée parva parlicula promissionis, imo solathini dilatiotiis, P. L., t. xxxviii, col. 1283; Rétractât., 1. I, c. xiv, n. ^-.desanctis hominibus jam itefiiiiclis, ulnuti ipsi saltem dicendi jani in illa possessivité tbralitinliiiis} consislere, mérita (jiiieritur. P. L.A. XXXII. col. liiifj.
A ses deux priucipak'.s autorités, Jean XXII en ajoutait quelques autres : S. Fulgence, cité faussement sous le nom d'Augustin, De fide ad Petruni, c. XLiii, P. L., t. XL, col. 777; Cassiodore, In Ps. ci, 17 : videhiiuf in majestate sua, guando hsedos segregat ab agnis; In Ps. xxn', 12 : adhuc prsemia illa suspensa sunt, quse nec oculus vidit,etc.,P. L., t. Lxx, col. 713,180; S. .Jean Damascéne, De /ide ortltodnxa, 1. IV, c. x.xvii : ambo (l'àme et le corps) simul atit prsemiis aut pœnis afficientur... Judicium post resurreclionem , ac merces operum, P. G., t. xciv, col. 1219, 1227; S. Bède, Explanatio Apocalypsis, vi, 11, P. L., t. xciii, col. 148; Hugues de Saint-Victor, De sacramentis christianie fidei, part. XVIII, c. xiv, xvi, P. L., t. CLXXVi, col. 612, 614. Tous ces textes, très inégaux du reste sous le rapport de la clarté et de la valeur probante, tendaient à confirmer cette assertion fondamentale : Avant la résurrection des corps, les âmes séparées ne possèdent ni la vie éternelle, ni la béatitude proprement dite, ni par conséquent la vision béatifique.
De cette doctrine découlait une conséquence que Jean XXII insinua dans son second sermon, et qu'il développa peu après, le 5 janvier 1332, veille de l'Epiphanie, en préchant sur ce texte : Toile puerum et tnatrem ejus. Ce troisième discours n'est connu que par les extraits qu'en ont donnés Nicolas le Mineur, op. cit., fol. 205I', et Occam. Coiiipendium erroruni Johunnis papa; XXII, c. VU, imprimé à la suite du Dialogus magistri Gi'illeriiii lie Ocliant docloris famosissiini, L\OB, liil4. \.iiri, il ,i|Mr< ces auteurs, comment le pape expriiii.i |j I ■ii-i i|iiriice dont il s'agit : « Dieu, ai-je dit, nust 1,1- |ilii. iiuiupt à damner qu'à rétribuer ou à récoiiipLiisci , il ac damnera pas les méchants tant qu'il n'aura-pas récompensé les bons. Mais nous avons vu qu'avant le jour du jugement, les bienheureux n'iront pas à la vie éternelle; de même donc, avant le jour du jugement, les méchants n'iront pas au supplice éternel, à l'enfer où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » L'orateur appliquait ensuite cette doctrine aux démons, mais d'une façon encore plus absolue, grâce à ce raisonnement : «Ils ne pourraient pas nous tenter, s'ils étaient placés dans l'enfer. Il ne faut donc pas dire qu'ils sont en enfer, mais bien dans cet air ténébreux, d'où il leur est loisible de nous tenter. » Tels sont les principaux sermons de Jean XXII sur l'état des âmes après la mort. Dans la suite il ne revint qu'en passant sur ce sujet dans ses prédications. Ainsi, en 1332, parlant, le jour de la Purification sur ce texte : Statim veniet ad templum sanctuni stium, il énonça cette idée : Le Christ régnera jusqu'au jour du jugement, puis il cessera de régner comme homme, ce qui est imparfait cessant à ce moment, ijuia tune cessabil quod ex parte est; alors les élus verront face à face le Dieu un ettrine. Enlin, le 5 mai 1334, en la fête de l'Ascension, le pape émit de nouveau les mêmes idées en développant ce thème : Ascendit iter pandens ante eos. Nicolas le Mineur, op. cit., fol. 302, 304.
Il est facile de voir par ce qui précède en quoi consistait e.xactement l'opinion de Jean XXII, mal présentée souvent par des auteurs qui ne l'ont pas jugée pièces en main, ou défigurée par d'autres qui voulaient y trouver une arme contre l'infaillibilité pontificale. Il ne s'agissait nullement de mettre en question l'immortalité de l'àme, comme l'a prétendu Calvin, ni de révoquer en
doute que lésâmes humaines, une fois séparées de leurs corps, sont immédiatement jugées et reçoivent un commencement de récompense au ciel ou de châtiment en enfer. Aussi Jean XXII n'a jamais fait appel, en faveur de son opinion, à ces anciens Pères, comme saint Justin, saint Irénée, TertuUien, Lactance et autres, qui, sous l'inlluence des idées millénaristes, diflëraient le jugement des âmes ou leur entrée au ciel jusqu'à la fin du monde. Dans son second sermon, il a répété par deux fois et avec insistance, que les âmes parfaitement pures ou purifiées vont immédiatement au ciel : Ego id concedo, et hoc idem concedit B. Bernardus, quod ad palriam evolant prolinus, hoc est ad cxlum ; mais, ajoutait-il, il ne s'ensuit pas qu'elles voient la divinité face à face, leur vue s'arrête à l'humanité du Christ, sed non sequitur propter hoc quod vident divinilatem visione faciali, sed hunianitatem Christi tantum, loc. cit., fol. 5''. Qu'on apprécie dès lors la valeur historique de cetteafQrmation,avancéeparM.Lea dans son Histmre de l'Inquisition aumoyen dge,trad. par S. Reinach, Paris, 1902, t. III, p. 713: » En octobre 1326, Jean XXII reconnut une hérésie, qu'il convenait d'extirper parmi les Grecs, dans le fait de croire que les saints n'entreront pas au paradis avant le jour du jugement; mais, peu après, il changea d'opinion : son orgueilleuse confiance en son savoir théologique et en son érudition ne lui laissa pas de repos tant qu'il n'eût pas contraint la chrétienté à changer d'avis en même temps que lui. » Jean XXII ne changea nullement d'avis sur ce point, pas plus qu'il ne se mit en contradiction avec la profession de foi, qu'il avait imposée au roi d'Arménie ; car ce qu'il avait affirmé dans ces documents dogmatiques, c'était, pour les âmes justes, non la vision intuitive de Dieu, mais l'entrée immédiate au ciel, mox in caelum recipi, cl pour les :'niics pécheresses, la descente immédiate (11 ' iilri. ,,. '. III infernum descendere. Seul, ce dernier luniii p. .m ,.,11 faire quelque difficulté, à cause du senjiun inuiiuiice le 5 janvier 1332. Mais, pour comprendre exactement la pensée du pontife, il importe de se rappeler le parallélisme qu'il établit dans ce discours entre les bons et les méchants, sous le rapport de la récompense et du châtiment. Les deux termes de ce parallélisme sont la vie étemelle et le supplice éternel; la vie éternelle étant pour les bons la vision béatifique, le supplice éternel étant pour les méchants la peine du feu, suivant ces paroles ; Ite, maledicti, in ignem œternum. Par conséquent, ce que Jean XXII différait jusqu'au jour du jugement pour les pécheurs, ce n'était pas la descente immédiate dans l'enfer, ni tout châtiment, mais seulement ce qu'il regardait comme constituant proprement le supplice éternel. Aussi, dans la préface de son traité De statu animarum, Benoit XII fait-il dire aux partisans de cette opinion : « Bien que ces âmes soient dans un état de souffrance, elles ne seront cependant placées dans le feu de l'enfer, qu'après avoir repris leur corps au jour de la résurrection générale, alors qu'elles entendront cette sentence de la bouche du Christ leur juge: Discedite a me, maledicti, in ignem aeternum. » Raynaldi, op. cit., ann. 1335, n. 13, t. VI, p. 28. Cf. Villani, 1. X, c. ccxxvii, dans Muratori, op. cit., t. xiii, p. 739.
Ajoutons, et le point est important, que Jean XXII s'est posé dans ses sermons, non pas en pape qui parle ex cathedra, mais en docteur privé qui émet son opinion, hanc opinionem, et qui, tout en cherchant à la prouver, la reconnaît discutable. Dans son second discours, on lit ces paroles, loc. cit., fol. 10 : Dico cum Augustino, quod si decipior hic, qui melius sapit corrigat me. Michi aliud non videtur nisi ostenderelur delerminatio ecclesie contraria vel aitctoritates sacre scripture quse hoc clarius dicercnt quain dicant supradicta. Aussi, en face des franciscains schismatiques qui avaient intérêt à grossir les choses, le théologien
BENOIT XII
eiiam, Domine, •le, l'Église prie . — Suivent les riomini : l" J'ai s ne voient pas
allemand t'irich ohservait-il judicieusement que, si le pape eût voulu définir la question, ou donner son sentiment pour une vérité dogmatique, il n'aurait point tissu ses discours de citations, de syllogismes et de subtilités scolastiques. Raynaldi, op. cit., an. 1331, n. 45, t. v, p. 524. Rien de plus propre à confirmer cette vérité et tout à la fois à préciser la position prise par Jean XXII, qu'une page du manuscrit de Cambridge, fol. 95'', où le débat est brièvement résumé. Voici les assertions qu'on reprochait au pape d'avoir énoncées, Ista sunt yuse opponunlur domino : I» .\vant le jour du jugement, les âmes des saints voient seulement l'humanité du Ciirist, et c'est en elle seule que se trouve leur repo.s:. 2» Avant le jour du jugement, les âmes saintes ne voient Dieu que d'une façon abstractive, comme dans un miroir, visio speciilaris. 3° L'objet propre de cette vision n'est pas la divinité même, mais son image. 4" .\vant le jour du jugement, l'àme n'est ni récompensée ni punie, car ce n'est pas elle, mais la personne qui a mérité. 5» La bi'atitude céleste ne peut pas recevoir d'accroissement après le jugement dernier, comme si d'abord moins parfaite dans l'àme séparée, elle ilcvenait plus parfaite dans le composé humain. 6» Dans cette prière de la mosso : Memi'n famulorum fanitilann,' ,• < iu,i,-n, pour la délivrance d n , i
répliques de Jean XXII / .
dit et prouvé que 1. - - j.i
l'essence divine face à face, visione faciali. et j'ai prouvé par les Pères qu'elles reposent sous l'humanité il» Christ. 2^ J'ai prouvé par de nombreux témoignages, empruntés à l'Kcriture et aux Pères, que toute vision dans les âmes saintes est abstractive. speculareni. 3" J'ai dit et prouvé que dans cette sorte de connaissance on ne voit pas la divinité de cette vision que l'.Apotre appelle faciale. 4» J'ai dit qu'avant le jour du jugement l'àme ne reçoit pas la récompense qui constitue la vie éternelle, 7u>n pt-semialui- prsemio illo quod est alterna viln ; qu'en tout le reste elle ne soit pas récompensée, je ne l'ai point dit, j'ai même affirmé nettement et prouvé le contraire. 5" Il est vrai que la béatitude qui consiste dans la vision intuitive ne peut pas être plus parfaite dans l'àme après la résurrection du corps, puisque auparavant l'àme ne jouit pas de cette béatitude, mais seulement de celle qui vient df la connaissance abstractive, capable .i-ni 'iHi ni d'iiii^iip nl.iion et do diminution. 6" La |m i i . )i .(m ih.n - ml.Ii. bien supposer ce que j'ai .1'.. Il- , [.i, jih . d ipr -,i teneur, les âmes appartienncTii i I I Ji-r- milil.nir jusqu'au jour du jugement.