‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 241 sur 741 · V. I.\ nillMin.N. SA PORTÉE ET LES ATTAQUES DONT · texte numérisé non relu

V. I.\ nillMin.N. SA PORTÉE ET LES ATTAQUES DONT

ixLK A III loniii. — Le successeur de Jean XXII avait élu Irt-s inliiuement mêlé à la controverse dont nous avons vu l'origine et le développement. Juge dans l'affaire de Thomas Walleis, consulté par le pape au sujet de l'ouvrage incriminé de Guillaume Durand, il avait condamné leurs erreurs ou relevé leurs conceptions moins heureuses, mais en partageant leur doctrine sur la vision béatifique immédiate. Aussi l'une de ses premières préoccupations comme souvpnin pnntife fut déterminer la controverse. Dés Ir j iVviirr i:'.:i5, cinq semaines après son exaltation, il .illirnu ]Miiiliquement dans un sermon que les âmes s.iinii- imj. m rlni-ement l'essence divine. Deux jours plu- ni l ' m consistoire où il convoqua ceux qui .i' n i: : i ' I npinion contraire, et leur fit exposer lini i I 17 mars, il publia le projet de bulle, où suu pinl. cl^îliu- avait, avant de mourir, affirmé sa crojance à la vision béatifique des âmes entrées au ciel. Enfin, il désigna, pour examiner avec lui cette question, une vingtaine de théologiens, parmi lesquels ou di^lin.^;ii:iit Pimn de la Palu avec un autre dominicain, il (h iinl lùulns a\nc cinq religieux de son ordre. Iieuillr. n/i, r:i.. p. 'lil. i.'ia. Pour s'occuper plus librement du ctlLu yrando allaiiu, il se retira, le 4 juillet, à son château du Pont-de- Sorgues, près d'Avignon.

Là, Benoit XII fit reviser avec le plus grand soin le traité De statu animarum ante générale judicium qu'il avait composé au temps de son cardinalat, ouvrage considérable et divisé en six livres, dont Raynaldi donne de longs extraits, an. 1335, n. 9 sq. ; an. 1336, n. 4 sq., t. VI, p. 2T sq., 53 sq. Après une préface où se trouvent de précieux renseignements sur l'objet et la marche de la controver.se, l'auteur partait des points unanimement admis, à savoir l'entrée immédiate des âmes justes dans le royaume des cieux et le paradis, la possession du repos éternel et la vision de Jésus-Christ dans sa gloire, pour démontrer aux adversaires qu'ils devaient logiquement conclure à la jouissance par ces âmes de la vision béatifique, et à l'exclusion en elles de la foi et de l'espérance proprement dites. Les preuves étaient tirées de

la sainte Ecriture : Luc, xxili, 43; Joa., xvii, 2i; Heb., ix, 17 sq.; X, 19; sq. ; I Cor., xiii, 8 sq.; II Cor,, v, 6 sq.; Phil., I, 23; des saints Pères et des docteurs, Ambroise, Augustin, Grégoire, Bède, Bernard, Thomas d'Aquin, Bonaventure et quelques autres ; des offices dont l'Église fait usage aux fêtes des bienheureux. Le II" livre .ivait pour objet d'établir que les âmes des hommes morts en état de péché mortel commis par eux sont dès maintenant dans l'enfer, et qu'elles y sont tourmentées par le feu de l'enfer non moins qu'un certain nombre de démons. Dans le III» livre, Jacques Fournier établissait qu'après le jugement général la béatitude des âmes croîtra, comme leur connaissance, et que pareillement il y aura pour les méchants accroissement de supplice. Dans le livre suivant, il répondait aux difficultés proposées par les adversaires, et renversait une à une les autorités dont ils se servaient. Dans le V«. il combattait les raisons de ceux qui prétendaient qu'actuellement il n'y a pas de démons en enfer. Dans le dernier livre, enfin, il réfutait l'opinion soutenant le délai des peines de l'enfer, et complétait ce qu'il avait déjj dit sur ce sujet dans le II' livre. Plus tard, quand il se décida à publier cet ouvrage, Benoit XII déclara que, sauf les points définis dans la constitution Benedicttis Deus, on devait y voir non des oracles pontificaux, mais l'œuvre d'un théologien.

Le pape resta près de quatre mois au château du Pont-de-Sorgues. Cette longue étude et ce rigoureux examen l'avaient confirmé dans sa résolution de trancher le débat. Le 29 janvier 1336, il procéda à la définition, in sollemni missarunt celebritate satis aeremonialitei; dit la seconde des vies de Benoit XII, éditées par Baluze, op. cit., p. 217. La portée de cette définition est maintenant facile à déterminer. La controverse avait roulé sur deux questions principales : l'état précis des âmes justes, et celui des âmes pécheresses séparées du corps. Mais, comme l'indique Benoît XII dans la préface de son grand traité et dans le préambule même de sa constitution, à ces questions principales s'en étaient rattachées d'autres, soit logiquement, soit incidemment. On peut ainsi, dans la controverse relative aux âmes justes, distinguer cinq points : l» Depuis la mort et l'ascension du S.himui'. Ii < à m es pures ou complètement purifiées vimiil-iili s ! . ^^ence divine clairement et face à face, avaiil li' jni^enii'iil dernier et la résurrection des corps'.' 2" Cette vision et la jouissance qui l'accompagne constituent-elles, pour les âmes des justes, la vraie béatitude, la vie et le repos éternels? 3" La foi et l'espérance, en tant que vertus théologales, subsistentelles en ces âmes .' i° La vision que possèdent maintenant les bienheureux au ciel, cessera-t-elle après le jugement dernier, pour faire place à une autre vision d'un ordre supérieur '? 5» Cette vision, sans cesser, deviendral'illii au moins plus parfaite? De ces questions, quatre uni l'Ii'i résolues par la constitution Benedictus Deus, la pruiiiiére et la seconde dans le sens affirmatif, la troisième et la quatrième dans le sens négatif. Mais la cinquième n'a pas été tranchée; elle reste sujet de libre discussion parmi les théologiens catholiques. Le plus grand nomlar n'ailnu'l pas d'accroissement, sous le rapporl il- liniiii^ili'. dans la béatitude essentielle ou la vision 1" aliliipii'. Snarez, De ttltimo fine lioniinis, di.sp. Xlll. -iil. II. II. 4. Les autres sont d'un avis contraire, et Benoit XII soutenait personnellement ce second sentiment. Moins nombreuses étaient les questions engagées dans la controverse relative à l'état, des damnés ; elles se réduisaient aux trois suivantes : 1° Avant le jugement dernier, les âmes pécheresses vontelles en enfer, non dans un sens quelconque, mais pour y subir dès maintenant les peines infernales, et notamment la peine du feu? 2» Les damnés soufirirontils davantage en leurs âmes après la résurrection des corps? 3" Où sont les démons? Y en a-t-il déjà en enfer,

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ou habitenl-ils tous jusqu'au jugement dernier les régions aériennes? De ces questions la première seule a été définie par Benoit XII, sans toutefois que le châtiment subi par les âmes damnées soil exprimé autrement que par le terme générique de peines infernales, ad infei-na descendunt ubi pœnis infeitialibus cruciantiir. Knfin, comme par une sorte de réplique à l'une des principales objections faites contre la récompense ou la punition immédiate des âmes, la constitution Benediclus Deus maintenait, dans une dernière phrase, la comparution finale de tous les hommes ressuscites devant le tribunal du Christ, « pour rendre compte de leurs actes personnels, afin que chacun soit récompensé en son corps suivant qu'il aura fait le bien ou le mal. » La définition du 29 janvier 1336 ne rencontra pas de résistance dans l'Église latine. « Le dogme fut reçu si complètement, constate M. Lea, op. cit., t. m, p. 717, qu'il figura dans les formulaires de l'Inquisition, au nombre des points sur lesquels on interrogeait les gens soupçonnés d'hérésie. » Voir, entre autres, Eymeric, Directorium inquisilnrum, part. Il, q. viii, Rome, 1685, p. 267. Il n'en fut pas de même pour l'Église orientale. Hans le Libellus ad Armenos, dont il sera question à l'article suivant, figurent deux accusations relatives à ce point de doctrine. On signale des erreurs introduites, vers la même époque, par Xicéphore Calliste dans les livres liturgiques de l'Église grecque, celle-ci, par exemple, dans le Synaœarium, Venise, 1870, p. 18 : " Il faut savoir que les âmes des justes habitent maintenant dans des endroits déterminés, et de même celles des pécheurs, mais séparément : les premières, dans la joie de l'espérance ; les autres, dans la tristesse que cause l'attente des tourments. Car les saints n'ont pas encore reçu les biens promis, suivant la parole de l'Apûlre : Dco pro nobis nieliiis alii/tiid proviilruif. ni ii,,ii smi' iiobis constinitiiareiiliii-. lleb., XI, tO. Nill.-. A W.//daiium manuale utriinque Ei-rlr\,^i . J r ,iii , ii,,pruck, 1897, t. ii, p. 23. Même doclriin; .Lui, laichcvéque Siméon de Thessalonique, mort en 1426 ; Uiulog. (idveysus onines lixreses, c. xxui ; Responsiones ad 7ioniiulla quœsUaepiscnpi, q. IV, P. G., t. CLV, col. 116 sq., 8ii sq. Par là s'explique que la question ait été traitée au concile de Florence, dans les discussions qui eurent lieu entre les évéques et les théologiens des deux Églises. Labbe-Coleti, Sacrosancla concilia, Venise, 1732, t. .wiii, p. 26 sq. L'accord se fit cependant, et le décret d'union du 6 juillet 1439 reproduit la définition de lienoit XII, en ajouUint au sujet des âmes bienheureuses « qu'elles voient clairement le Dieu un et trine, tel qu'il est, mais d'une manière plus ou moins parfaite selon la diversité de leurs mérites ». Denzinger, Enchilidiuii, n. 588. Après la nouvelle rupture, Marc d'Éphèse revint aux vues de Nicéphore Calliste, comme le prouve la profession de foi que réfute Grégoire Mamma, Apoloijiaconlra Ephesii cottfessionem,P. G.,t.CLX,col. 186. C'est aussi ce que paraissent affirmer ou supposer la seconde confession de Gennade et la confession dite orthodoxe; mais la confession de Dosithée, au synode de .lérusalem de 1672, attribue aux âmes qui sont au ciel la claire vision de la Trinité. Kimmel, Monumcnta lidei Ecclesiw oricntalis, in-8°, léna, 1850, p. 20, 129 sq., 435. Au début du xi.\« siècle, un théologien russe, plus tard évéque, l'archimandrite Sylvestre, dislingue nettement entre la béatitude réservée à toute la personne humaine, et celle cjui est due à l'âme séparée, ut (|iii comprend la vision intuitive. Conipendimn Iheohgiœ classiciini... doclyinœ orlhodo-rœ consonunt, c. Lvii, 2« édit., Moscou, 1805, p. 576 sq. Par là, il est facile de juger à quelle tradition s'est rattaché le patriarche de Constanlinoplc, ou quelle équivoque il s'est permise, quand, le 12 octobre 1895, il a compté parmi les innovations latine» o la doctrine de Venlii-i-c récompense des justes avant la commune résurrection el le dernier

jugement ». Lettre encyclique patriarcale el synodale, trad. franc., Constanlinoplc, 1895, p. 10.

En dehors de l'Église grecque, le dogme défini par Benoît XII a été attaqué par les chefs du protestantisme, Luther, et surtout Calvin qui montre les âmes fidèles « recueillies en repos, où elles attendent avec joye la fruilion de la gloire promise », tandis que les réprouvés « sont enchaînez comme mal-faicteurs,jusques à ce qu'ils soyent traînez à la punition qui leur est apprestée ». Institution de la religion chrétienne, 1. III, c. xx^', n. 6, Genève. 1562, p. 625. A la suite de leurs chefs, beaucoup de luthériens el de calvinistes ont partagé plus ou moins, et sous des formes très diverses, les mêmes idées. Voir L. Atzberger, Geschiclite der christlichen Eschatologie innerhalh der vornicnnischen Zeit, in-8'>, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 79, note 2. Qu'il suffise, pour exemple, de citer l'ouvrage du docteur anglican Thomas Burnet : Tractatus de statu mortuorum et resurgentium, in-8'', Londres, 1726. Au c. m, cet auteur ne prétend pas seulement que la doctrine de la vision béatifique immédiate n'est conforme ni aux saintes Écritures ni à la foi des premiers chrétiens; il rejette aussi le dogme de l'entrée des âmes au ciel ou de leur descente en enfer avant le jour du jugement; toutes vont ;;; "ASï;-/, lieu d'attente analogue aux limbes, où la conscience de leur bon ou de leur mauvais étal fait goûter aux âmes un avant-goùt soit de leur béatitude, soit de leur damnation future.

Ainsi comprise, la controverse dépasse de beaucoup l'objet propre et spécifique de la constitution Bencdictus Deus. Elle a pourtant amené un résultat dont il faut tenir compte ici, celui d'élargir le champ de bataille. Outre les textes scripluraires et les autorités patrisliques assez restreintes que Jean XXII et ses partisans invoquaient, on a dès lors opposé au dogme catholique deux catégories de témoignages. D'abord, ceux des Pères anténicéens qui diffèrent jusqu'après la résurrection soit le jugement des âmes, soit leur entrée au ciel, soit leur récompense. S. Justin, Dialog. cum Tryphone, 5, 80, P. G., t. VI, col. 488, 666; cf. Pseudo-Justin, Quaistiones et responsiones ad orthodoxes, LX, Lxxv, Lxxvi, ibid., col. 1302, 1316 sq.; S. Irénée, Cont. heer., I. V, c. XXXI, n. 2, P. G., t. vu, col. 1209 sq. ; Tertullien, Adversus Marcioner», 1. IV, c. xxxiv; De anima, c. Lv; De resurreciione carnis, c. xi.iii, P. L., t. ii, col. t44, 742 sq., 856; S. Hippolyte, De causa universi, P. G.,' t. X, col. 796 .sq. ; Origène, Homil., vu, in Levit., n. 2 : nonduni enim receperunt lœtitiam suam, ne apostoli guident, P. G., t. xii, col. 480; S. Victorin de Pettau, Scholia in Apocahjpsint, vi, 9, P. L., t. v, col. 329 sq.; Lactance, Divin, institut., I. VII, c. xxi, P. L., t. VI, col. 802 sq.; S. Aphraate, Demonstrationes, VI, n. 14, 18; Vlll, n. 20 sq., théorie du sommeil des âmes, Patrol. stjriaca de R. Graffin, Paris, 1894, t. I, col. 294, 307 sq., 398, 402 sq.

Viennent ensuite les textes des grands docteurs de riîglise qui paraissent incompatibles avec l'hypothèse de la vision béatifique accordée dès maintenant à toutes les âmes justes. Chez les latins, en dehors des saints Augustin et Bernard, déjà cités : S. Ililairc. Tract, in Ps. cxx, n. 16 : in sinu intérim Abraha; collocati, etc.; in Ps. ixx.xviii, n. 22 : humante isia lex necessitatis est, ut consepultis corporibus ad inferos animée descendant, P. L., l. ix, col. 660, 804; S. Ambroise, De Ijono mortis, c. x, n. 46. 47 : dum exsprclatur plenitudo lemporis, cxspcctant animm remuTU'rationem débitant; c. XI, n. -48 : incipiuni inlelligere requiem suam et futuram sui gloriam prwridere, P. L., t. xiv, col. 560 sq.; cf. De Gain et Abel, I. II. c. Il, n. 9, ibid., col. 344. — Chez les grecs, en plus de saini Jean Damascène : S. Cyrille de Jérusalem. Cal., xviii. n. \. P. G., t. xxxiii, col. 1022; S. Jean Chrysoslome. Homil., XXVIII, ('/» episl. ad lleb., n. 1 : exspectantes {Abraham

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et Pauhis) quando tu fueris consummatus, ut tune possint accipere mercedem ; Hnmil., xxxix, in epist. 1 ad Corintli., n. 2: nharpu- rnrnp unn accipiet {anima) bona illa iiirllahth.i. v,, (/ (/<</;/,■ punietur, P. G., 1. LUI, col. 371 : I. iM.col :i:;(l: s, (A È-ille d'Alexandrie, Adversus anllirnii,i,,i,',-iJiiiir-i, c. \vi : neque operis alicujus retribxitioiieni aliqiii consecuti sunl, P. G., t. Lxxvi, col. 1105. Mêmes idées, autant ou même plus accentuées, chez un certain nombre d'auteurs du v au xii« siècle : Théodoret, In epist. ad Heb., xi, 39-40; Hœref. fabul.compciidiiim, 1. V, c. xx, P. G., t. Lxxxii, col. 770; t. i.xxxiii, col. 518; Pseudo-Athanase, Qusestiones ad Aiitiorhiim ducem. xx, xxi, P. G., t. xxviii, col. 610; André et Aréthas de Ccsarée en Cappadoce, Comment, in Apocalypsim, c. xvii. P. G., t. cvi, col. 272, 596; Œcumenius, Comment, in epist. ad Heb., c. xvi, P. C, t. cxix, col. 422 sq.;Théoph) lacté, £narra(. in evangel. Lucee, xxill, 43; Exposit. in epist. ad Heb., xi, 40, P. G., t. cxxiii, col. 1104 sq.; t. cxxv, col. 366; Eutliymius. Comment, in Lucam, c. Lxxxi, P. G., t. i:xxix, col. 1092.

VI. Justification du dogme défini par Benoit XII. — Par son objet total, la constitution Benedictus Deus touche à de graves questions eschatologiques, dont le plein développement ressort à d'autres articles de ce dictionnaire. Voir Ciel, Enfer, .Jugement, Limres, Purgatoire. Son objet propre et spécifique se restreint à Cille .Ir.iil.lr ;,riliiii:ilinii : les âmes justes jouissent au cil] .!.■ I.i -j-mn iiiliiilive; les âmes pécheresses sont (il |,i ~,.i,iiii., ~ .iii\ p.'ines infernales. Par là, Benoit \il ;i pi.ci^/' ri {\\r le sens de cette formule plus générale, contenue depuis longtemps dans la croyance explicite de l'Église relativement aux âmes séparées de leurs corps : mox in cselum ascendunt, mox ad infema descendunt ; il a tranché ce problème : ces âmes, que vont-elles faire au ciel, et que vont-elles faire en enfer? Cette définition se justifie par l'Ecriture et par la tradition; non toutefois que celle-ci soit indépendante de celle-là, car elle la suppose et sert plutôt à en déterminer le sens exact.

1» Preuves scripturaires. — Au temps de Jean XXII, on se préoccupait peu de distinguer entre l'assertion générale qui a pour objet l'existence de la vision béatiflque et l'alternative du ciel ou de l'enfer, pour les âmes séparées, et l'assertion spéciale qui porte sur la jouissance de la vision béatifique ou l'endurance des peines infernales avant la résurrection des corps et le jugement dernier. Pourtant la distinction est nécessaire. L'existence de la vision béatifique et la promesse qui nous en a été faite sont explicitement contenues dans la sainte Écriture : Matth., xviii, 20; Apoc, xxii, 4 sq.; I Cor., XIII, 12 sq. : videmus nunc per spccidiim et in senigmate, tune autem facie ad fan, ■m : I .lu:i., m, 2 sq. : scimus quoniam cum apparu, ,ii. .sumlr^ n erimus, quoniam videbimus eum siculi . >/. M.u- ■buis ces passages et autres du même genre, rcpûijue reste indéterminée : tune, ctim apparuerit. D'autres textes n'énoncent, directement et par eux seuls, que la fixation du sort des âmes aussitôt après la mort, et la rétribution faite alors d'après les mérites ou les démérites, par exemple, Eccli., xi, 27 sq. Dans le Nouveau Testament, rien n'est changé pour les impies : le mauvais riche mourant et enseveli de suite en enfer où il brûle, Luc, XVI, 22, 2i, reste l'image du sort réservé aux âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel. Il en va tout autrement pour les justes; leurs âmes ne descendent plus, comme autrefois, dans les limbes, car depuis la mort et l'ascension du Sauveur, le ciel est ouvert aux âmes pures ; en y entrant le premier, Jésus nous a frayé le chemin. Heb., ix, 17 sq.; x, 19 sq. Doctrine fondamentale à laquelle se rattache immédiatement le dogme primitif de la descente de Notre-Seigneur aux enfers, et de son rôle libérateur à l'égard des âmes saintes qui s'y

trouvaient détenues depuis le commencement du monde : Eccli., XXIV, 45; Zach., ix, 11 ; Eph., iv, 8 : ascendens in altum captivam duxit captivitateni. Aussi saint Paul désirait-il mourir, pour être avec le Christ. Phil., i, 23.

Mais, une fois au ciel, les âmes saintes y jouissentelles de la vision béatifique? Beaucoup, et parmi eux. Benoit XII, ont invoqué les paroles dites par Jésus- Christ au bon larron : Hodie meciim eris in paradiso. Luc, xxiii, 43. Il ne peut s'agir du paradis terrestre,, mais il s'agit du paradis spirituel : Aujourd'hui même vous jouirez avec moi de la béatitude, de cette joie souveraine qui est l'apanage de mon royaume. S. Augustin, Tract., CXI, inJoa., n. 2 : latronis anima a pristinis facinoribus absoluta, et illius munere jam beata, P. L.^ t. XXXV, col. 1860; J. Knabenbauer, Coniniewt. in ewanj. secundum Lucam, Paris, 1896, p. 619 sq. Interprétation sérieuse, mais qui n'a pas pour elle l'unanimité des Pères et des commentateurs. Saint Paul, dans sa seconde épitre aux Corinthiens, donne l'argument péremptoire. Après avoir dit, au début du c. v, que, si cette demeure terrestre où nous habitons se dissout. Dieu nous donnera une autre demeure qui ne sera point faite de maia d'homme, une demeure éternelle dans les cieux, l'Apôtre s'abandonne à des sentiments d'ardent désir et de ferme espérance, ji. 6 sq. : Audentes igitur semper, scientes quoniam dum sumus in corpore, peregrinamur a Domino (per fidem enim ambulamus, et non per speciem] : audemus autem et bonam voluntatem habennis magis peregrinari a corpore, et présentes esse ad Dominum. Voici donc ce que Paul sait : tant qu'il demeui'e en son corps mortel, il est comme un exilé, loin du Seigneur. Et la raison, donnée incidemment, il est vrai, mais donnée clairement, c'est qu'icibas nous marchons à la lumière de la foi; nous n'atteignons pas le Seigneur par la vue, qui suppose la présence de l'objet. Pour l'atteindre de la sorte, il faut cesser ce pèlerinage terrestre : finialur via, et veniamus ad patriam; non potest videri temjMve fidei, videbitur tempore speciei. Nunc enim per fidem ambulamus, tune per speciem. S. Augustin, Serm., xxviii, c. v, P. L., t. xxxvni, col. 180. Et voilà pourquoi Paul préférerait quitter son corps ; pourquoi, comparant ailleurs ces deux alternatives : d'une part, demeurer en cette vie pour le bien' des fidèles; d'autre part, mourir et être avec le Christ, dissolvi et esse cuni Christo, il proclame ce second terme de beaucoup le meilleur, mtdto magis melius. Phil., i, 23. Son espérance avait réellement pour objet, non pas seulement l'entrée au ciel, mais la possession, la vision de Jésus-Christ, son Seigneur.\oir S. Thomas, Sum. theol., I» II», q. iv, a. 5; Petau, De Deo, 1. VIII, c xiii, n. 6 : ilhistris hic locus, et ad qusestionem nostram imprimis accommodatus ; Benoit Jusliniani, In omnes B. Pauli apost. epistolas explanatio, in-fol., Lyon, 1612-1613, t. Il, p. 240 sq.

Par là se trouve complétée la doctrine de saint Paul sur la vision intuitive, qu'il avait décrite, I Cor., xiii, 12 : videmus nunc per specidam et in senigmate, tune autem facie ad faciem, etc. Entre la vie présente et celle où la vision faciale a lieu, l'opposition est marquée par ces termes : nunc et tune. Toute la question était de savoir quand cesse la vie de maintenant, et quand commence la vie d'alors : aussitôt après la mort, ou seulement au jour du jugement dernier? Dans sa seconde épitre, l'Apôtre tranche l'équivoque. Le nunc oppose la vie présente comme temps du pèlerinage terrestre au tune de la vie future et immortelle, dont le commencement clôt ce pèlerinage : Ergo rum videriimis eum sicuti est, jam transiet peregrinatio nostra. S. Augustin, loc. cit., col. 181. Alors, par le fait même de la vision, cessent la foi et l'espérance théologales. I Cor., XIII, 10, 17; Rom., viii, 24. Et cette vision mettant l'âme dans la jouissance immédiate de ce qui faisait auparavant l'objet de sa foi et de son espérance, est

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vraiment pour elle le rassasiement, l'entrée dans la joie du Seigneur, les noces royales et le grand festin, le paradis céleste promis au vainqueur. Ps. xvl, 15; Matth., XXV, 10, 21 ; Luc, xiv, 16; Apoc, ii, 7.

Mais comment concilier ces conclusions avec les textes de la sainte Écriture où la vie éternelle, le royaume du ciel, la couronne de gloire, la réalisation des promesses, la vision même de Dieu apparaissent en connexion avec le jugement dernier? — Première réponse : 11 faudrait d'ahord prouver que, dans les témoignages allégués ou en conséquence de ces témoignages, la relation de coexistence entre le jugement dernier et tous CCS autres objets doit s'entendre dans un sens exclusif? Sans doute, il n'y a pas là de distinction entre jugement et jugement, entre récompense et récompense, mais une distinction de ce genre n'est nullement nécessaire; le jugement particulier et le jugement général ne sont, moralement parlant, qu'un seul jugement total, dont le second est au premier comme une promulgation et une consommation. Mais ce second jugement, parce que public et universel, est pour ainsi dire le jugement ofliciel et définitif; alors cessera, non seulement pour tel ou tel homme, mais pour tout le genre humain, cette vie d'épreuve, ce stade du mérite et du démérite, où les bons restent confondus avec les mauvais ; alors se fera l'entière et suprême séparation, suivie pour tous sans exception de la vie ou de la mort éternelle. Les paraboles de la zizanie, des poissons jetés pêle-mêle dans le filet, et autres semblables, ne peuvent pas avoir d'autre sens pour quiconque admet que le sort des âmes est fixé, aussitôt après la mort, entre ces deux termes définitifs : le ciel ou l'enfer. — Deuxième réponse : La récompense ou la couronne qui nous a été promise n'est pas quelque chose de simple et d'indivisible; elle renferme deux parts ; celle de l'àme et celle du corps. A cç titre, il est vrai de dire que notre récompense se rapporte au jugement dernier; en ce jour seulement le salaire sera complètement soldé. Bien plus, parce que nous nous composons, comme personnes humaines, d'un corps et d'une âme, alors seulement nous serons couronnés ou châtiés; alors seulement nous entendrons ces paroles : Venite benedicti; ou ces autres : RecedUe a me maledicli ; alors seulement nous entrerons dans la joie de Notre-Seigneur; ou notis irons à la mort éternelle, à l'enfer où il y aura des pleurs et des grincements de dents. C'est Jà, et c'est là uniquement ce que signifient la grande scène finale du jugement et les textes similaires. Aussi voyons-nous par le manuscrit de Cambridge, fol. 95'", que les défenseurs de la vision béatifique répondirent d'abord à .lean XXII : que prouvent tous ces textes, si ce n'est que l'homme tout entier ne verra pas Dieu avant le jour du jugement"? Primuni est, quod dicunt eum non pmbasse per aucloritales suas, nisi quod totus homo non videhil deilateni anle dieni judicii.

Les textes spéciaux, que les partisans du délai de la vision objectaient, se résolvent par les mêmes principes. Quand saint Paul dit des saints de l'ancienne loi <|u'ils sont morts sans avoir reçu la récompense promise, Deo pro nobis nielius aliquid providente, tU non sine nobis consuniniaientui; Heb., xi, 40, la réponse commune et la meilleure consiste à mettre l'accent sur le met consummarentur ; la béatitude complète ou consommée qui comprend, outre la vision béatifique propre à l'âme, la gloire du corps et ses conséquences, n'aura lieu, en effet, pour tous qu'après la résurrection générale, et en même temps. ICor.,xv,23; I Thess., iv,14 8q. Aux arguments tirés de la vision de l'Apocalypse, vi, 9sq. et des passages semblables, Uenolt XII ne' craignit pas de répondre dans son grand traité, I. IV, c. x : Levia mnl, runi verba, proplietica quideni, synibolica sint, e.r quihus nihil polesl eliri. En effet, de ce que saint .lean nous montre les âmes des martyrs au ciel, placées

sous un autel, et invitées à patienter encore jusqu'à ce que le nombre des élus soit au complet, il ne s'ensuit pas que l'objet de leurs désirs soit la vision béatifique; il s'agit seulement de la manifestation de la justice divine et de la consommation du royaume de Dieu qui se fera au jour du gi'and jugement. Dans les mots : et daix sunt illis singulœ slolse albaa, beaucoup de commentateurs voient même le symbole de la gloire essen ■ tielle dont les âmes des bienheureux jouissent maintenant au ciel, en attendant la résurrection de leurs corps. Voir, par exemple, S. Grégoire, Dialogi, 1. IV, c. XXV, P. L., t. Lxxvii, col. 357; Bossuet, L'Apocabipse, c. VI, explication des versets 9, 10, 11. in-S», Paris, 1689, p. 112 sq.

2» Preuves de tradition. — Ici, comme pour la sainte Écriture, la distinction est à faire entre la doctrine générale qui place au ciel les âmes saintes, et la doctrine plus précise qui leur allribue la vision béatifique. On ne trouve pas dès le début la même clarté ni la même richesse de documents sur ce double objet ; comme dans beaucoup d'autres dogmes, il y a eu passage et progrès du général au particulier, de l'implicite à l'explicite. Aussi distinguerons-nous trois périodes : la période anténicéenne; la période postnicéenne jusqu'au schisme grec; la période postérieure au schisme.

1. Période anténicéenne. — Dans son ouvrage déjà cité sur l'histoire de l'eschatologie chrétienne avant le concile de Nicée, le D^ Atzberger fait et développe l'observation suivante, p. 8i sq. : Dans son ensemble, l'eschatologie chrétienne se présente à nous sous la forme d'une prophétie mystérieuse; elle ne peut donc nous être connue qu'à la manière dune prophétie, et c'est de cette manière seulement que, surtout dans l'époque qui suivit l'âge apostolique, on l'a conçue et l'on s'en est servi. De quelque côté que l'on regardât l'avenir, on voyait, par delà le salut des individus, le salut de l'humanité. Sous cet angle la distinction chronologique s'efl'ace; on ne saisit plus ni les distances ni les espaces qui séparent les phases diverses de l'économie divine, mais l'esprit s'arrête uniquement sur le lien logique et abstrait des états individuels, sur leur valeur idéale et sur leur signification dans la marche de la créature vers son but final. Pour qui conçoit les choses de cette façon il importe peu, évidemment, de savoir si le bonheur des justes a un rapport plus ou moins étroit avec la première et la seconde venue du Christ; celui-là ne s'arrêtera point davantjige à décrire l'étal des âmes entre ces deux venues. Remarque utile, et dont l'auteur se sert ensuite pour résoudre plusieurs questions, pour expliquer, par exemple, comment les Pères postapostoliques ont pu, sans contradiction, faire dépendre la béatitude tantôt de la première et tantôt de la seconde venue du Christ. Cette solution, toutefois, ne peut être universelle; à elle seule, l'existence du millénarisme nous avertit que, dans cette première période, on ne peut pas chercher un consentement unanime des Pères, même sur la question générale de l'entrée immédiate au ciel. Nulle nécessité de faire des prodiges d'interprétation pour plier à cette doctrine des textes comme ceux de Justin, d'Irénée, d'IIippolyte, de Tertullien, de Victorin, de Laclance ou d'.^phraate. En reculant la béatitude jusqu'après la résurrection des corps, ces écrivains étaient dans la logique de leur erreur, que ce soit l'erreur millénariste ou celle du sommeil des âmes ou de leur réclusion dans l'Hadès. Voir Diss., \\\, de Ircnœi doctrina, a. 10, P. G., t. vu, col. 379 sq.; Prœfatio in Aphraaten, c. m, n. 15, Pair, syr., t. i, p. l.vi sq.

A l'opposé se présente une conceplion tout autre, de filiation vraiment évangéliquc . i ip ^ i. lh|n ,1 ,1,. plus réellement indépendante en .11 , I .1 r^ purement subjectives que les pi-, i.u i i i n^ clirélicnncs purent avoir sur l'apparauii (.ijcIiiuil de l'An-

BENOIT XII

téchrist et la seconde venue du Christ; car ces idées subjectives ne sont nullement incompatibles avec ce qui fait le fond de cette conception commune, la croyance à l'entrée immédiate des unies pures dans le royaume du Christ. Dans sa I" épitre aux Corinthiens, c. v, saint Clément nous montre les apôtres Pierre et Paul passés, le premier au lieu de la gloire qui lui était dû, v.i -bv •jçei),ô(Asvov TOTcov Tr.î ôoEt,;, le second au lieu saint, £•; TÔv âyiov TOTtov. Funk, Patres apostolici, 2'-' édit., Tubingue, 1901, t. i, p. 105 sq. Même langage dans saint Polycarpe, au sujet de saint Ignace d'Antioche et autres martyrs; il nous les fait aussi contempler dans le lieu qui leur était dû, mais en ajoutant : auprès du Seigneur, •reapi Tû K-jpt'q), dont ils ont partagé la passion. Ad Phi]., IX, 2, ibid:, p. 306. Et de fait, on le voit par son épitre aux Romains, v, 3, Ignace vole à la mort pour posséder .lésus-Christ, Tva 'Ir,o-oO XpioroO kui-jyut. Ibid., p. 258. A son tour, saint Polycarpe nous est représenté dans son Martyrivm, xvii, 1, comme couronné de la couronne de l'immortalité fl sûrement en possession de la récompense, :^::.-... .'!»■)' .'. :: .'.. t>,; içôapTta; UTSçavov xai ppagï^o , : . .£vov. iftid., p. 33i. Désir

et esp'.'u lui. I- l'i [V !i;!»-i's martyrs, comme l'at-'

testent leur; jlI-j; : .;uui--:aice de la vie éternelle avec le roi éternel; obtention des promesses faites par le Christ; entrée dans le royaume céleste et la société des anges; acquisition de la couronne immarcescible et de la joie suprême, tout cela est style courant dans ce qu'on a justement appelé la théologie des martyrs. Hurter, Sanctorum Patrum opuscida selecta, Insprucl<, 1871, t. XIII, p. 39 sq. ; Atzberger, op. cit., p. 163 sq., 619 sq. (théologie des catacombes). Cette croyance à la vie bienheureuse des martyrs avec le Christ était si fortement ancrée dans l'esprit des chrétiens, que même les partisans du délai de la béatitude ont fait exception pour les martyrs, par exemple S. Irénée, Cont. hssr., 1. 111, c. XVI, n. 4:1. IV, c. xxxiii, n. 9, P. G., t. vu, col. 924, 1078; Tertullien, De resurreclione camis, c. XLiii : nemo enim peregrinatus a corpore, statim immoralur peiies Dominum, nisi ex prxrogativa martyrii. P. L., t. II, col. 856.

Rien n'autorise cet exclusivisme. D'après saint Clément, ceux qui par la grâce de Dieu ont été consommés dans la charité, obtiennent la demeure des justes, ïyrrjcn -/tôpov £J(Tôg(ov. 1 Cor., L, 3, loc. cit., p. 164. Dans la tour du Pasteur d'Hermas apparaissent couronnés ceux qui ont lutté contre le démon et qui l'ont vaincu ; c'està-dire, non seul^nent les martyrs, mais les saints et les justes, ceux qui ont gardé la pureté du cœur et observé les divins commandements. Simil., viii, 3, 6; IX, 27, 3, op. cit., p. 563, 625. Pour Athénagore, ceux qui meurent purs de tout péché passent à la vie qui fait l'objet de notre attente. Légat., n. 12, P. G., t. vi, col. 913. Saint Grégoire le Thaumaturge nous montre le second Adam descendant aux limbes pour délivrer les âmes qui s'y trouvaient retenues; désormais l'accès du ciel est libre. Sermo i» omîtes sanctos, donné pour authentique par Mingarelli, P. G., t. x, col. 1202 sq. Ailleurs, il montre saint Etienne passant de la mort à la vie du monde supérieur et couronné de l'éclat trois fois saint de la yloire divine. Sermo panegyricus in Stephanum, n. 2, pulilié par le cardinal Pitra, Analecta sacra, t. IV, p. 11)3. Saint Méthode de Tyr affirme nettement, en s'appuyant sur les paroles de Notre-Seigneur, Luc, XVI, 19, qu'à la lin de cette vie passagère nos âmes auront auprès de Dieu la demeure qui leur est propre avant la résurrection. De resurreclione, P. G., t. xviil, col. 311. Sur quelques autres passages du même Père, voir Atzberger, oj). cit., p. 762 sq. Ainsi se trouve affirmée et maintenue, ,dans la période anténicéenne, l'entrée immédiate au ciel des âmes saintes; doctrine qui a pour pendant celle de la descente des âmes pécheresses en enfer. Origène donne, en elTet, comme un point

indiscutable de la doctrine ecclésiastique que. quand l'âme quitte ce monde, elle est traitée selon ses mérites : ou elle reçoit l'héritage de la vie éternelle et de la béatitude, ou elle est livrée au feu éternel et aux supplices qui l'accompagnent. De princip., 1. I, préambule, n. 5, P. G., t. XI, col. 118.

Mais quelle est au juste la situation des âmes au ciel'? Les Pères anténicéens ne répondent pas tous à cette question; chez plusieurs cependant, les saints nous apparaissent comme jouissant déjà de Dieu et béatifiés dans leurs âmes. Quand saint Ignace d'Antioche vole à la mort pour être avec le Christ, ce n'est pas à l'humanité du Sauveur qu'il borne ses aspirations ; c'est Dieu qu'il désire, vbv toO 0eo-j ôlXovta, Dieu que la dent des fauves lui permettra d'atteindre, 6i' tov ïaxn 0eo-j àitiTuysiv ; c'est la pure lumière qu'il veut contempler^ apsTÉ "liE y.aeapôv çû; "/.agEÏv. Ad Rom., iv, 1 ; vi, 2, loc. cit., p. 256, 260. Clément d'Alexandrie ne parle pas seulement de la vraie vie et de la gloire que les martyrs reçoivent après leur mort, ni du repos éternel et de la félicité dont jouissent après leur départ de cette vie ceux qui ont été consommés dans la charité, Strom., 1. IV, c. VII, xviii; 1. V, c. XIV, P. G., t. vin, col. 1255^ 1322; t. IX, col. 182; il ne nous montre pas seulement la mort du juste comme un retour dans sa vraie demeure, TT,; EÎç oîxov àvaxoiiigri;, ibid., 1. V, c. XI, P. G., t. ix. col. 488; il voit encore dans la vision intuitive le terme où parviennent ceux qui ont le cœur pur, quand ils auront acquis la dernière perfection ou se seront pleinement purifiés, ibid., 1. V, c. i; 1. VII, c. x, P. G., t. ix. col. 18, 480 sq. ; il associe avec notre départ de ce monde l'accomplissement de la promesse contenue dans les paroles : Quod oculus non vidit, quod auris non audivit, etc. Pœdag., 1. I, c. vu, P. G., t. ix, col. 294. Origène lui-même, malgré sa théorie de la béatitude progressive et la façon personnelle dont il explique la purification des àrnes, n'en affirme pas moins qu'une fois pleinement purifiée, l'âme vit au ciel dans la société de Jésus-Christ, fils de Dieu. De princip., 1. II, c. xi, n. 6, P. G., t. XI, col. 2i6. Ailleurs, il suppose expressément la vision de Dieu dans les âmes des saints. De oratione, n. 11, P. G., t. xi, col. 449. S'il dit également, comme on l'objecte, que personne, sans en excepter les apôtres, n'est encore en possession de sa joie, le conteste prouve à l'évidence qu'il ne s'agit pas simplement de la joie de l'âme bienheureuse, mais de la joie complète et consommée, plena lœtitia, perfecta Isetitia, qui n'aura lieu qu'après l'entrée au ciel de tous les élus. Homih, Yii, in Lev., n. 2, P. G., t. xii, col. 480 sq. Saint Cyprien surtout nous dépeint en divers endroits tous les vrais disciples du Christ vivant et régnant avec leur chef, couronnés déjà et glorifiés. De mortalitate, c. xxvi : Epist. ad Fortiinatum, c. xii, P. L., t. iv, col. 601 sq.. 674; passant de la mort même à l'immortalité, au paradis, au royaume des cieux, pour y jouir d'un bonheur éternel en la présence de Dieu, Liber ad Demetrianum , c. xx, xxv, ibid., col. 559, 563 sq.; enfin, ne fermant les yeux aux choses de ce monde que pour les rouvrir au.ssitôt, et voir Dieu et le Christ. Epist. ad Fortunaium, c. xiii, ihid., col. 676.

2. Période postnicéenne, jusqu'au schisme grec. — Depuis la moitié du iv» siècle jusqu'à la fin du i\', les témoignages favorables au dogme défini par Benoit XII se multiplient, mais il importe toujours de distinguer entre ce que ce dogme a de spécifique et la doctrine plus générale du passage immédiat, soit des âmes pures au ciel, soit des âmes pécheresses à l'enfer. Sous ce rapport, il est même nécessaire de partager les témoignages en trois groupes, ceux qui ne dépassent pas la doctrine générale concernant l'état des âmes après la mort; ceux, plus spéciaux, qui, sans exprimer la possession immédiate de la béatitude céleste, la contiennent cependant implicitement ; ceux enfin qui sont explicites.

a) Témoignages généraux. — Le nombre en est considérable, comme on peut le voir par un ouvrage remarquable que Muratori composa contre le livre de l'anglican Burnel, sous ce titre : De payadiso regnique cselestis gloria non exspectata corporuni reswi-ectione justis a Deo conlata, in-4°, Vérone, 1738. Qu'il suffise de signaler deux points de doctrine, d'une importance et d'une portée plus grandes. Souvent les Pères témoignent de leur croyance en parlant de la descente de .lésus-Christ aux enfers, et de son ascension au ciel en compagnie des âmes qu'il avait délivrées ; après saint Paul, ils voient là une preuve que le ciel n'est plus fermé comme autrefois. « Dieu a ouvert les portes du ciel, et par Notre-Seigneur il a rendu la voie libre, pour que nous puissions y monter. » S. Athanase, Epist. heurlast., v, n. 3, P. G., t. x.\vi, col. 1380. d Ceux que le diable tenait captifs sous une servitude de mort, le Christ à son tour les captiva, mais pour les rendre à la vie et les placer à notre tête dans les cieux. » S. .lérôme. In epist. ad Eph., iv, 8, P. L., t. xxx, col. SXî. (( Avant Jésus-Christ la mort conduisait aux enfers, et; TÔv â8r,v, maintenant elle nous envoie vers le Christ, :rt>'> ;"<>•/ Xç,t(n'm -xpxr,i^-it. » S. Jean Chrysostome, Honiil. de sanctis martyribus Bernire et Prosdoce, n. 3, P. G., t. L, col. 633. Cf. Pseudo-Athanase, Qussstionesad Aniiocluim, q. xix, P. G., t. x.\vill, col. 610; S. Grégoire de Nazianze, Orat., xxxix, n. 20, P. G., t. xxxvr. col. 102; Rufin, Comment, in syntbol. apost., n. 31, P. t., t. XXI, col. 367; S. Pierre Chrysologue, Sei-ni., Lxvi, P. L., t. i.ii, col. 388 sq. ; Oennade, De eccles. dogmat., c. Lxxvill, P. L., t. LViii, col. 998; Primasius d'Adrumette. Comn\enl. in epist. ad Heb., IX. 8. P. L., t. i.xviii, col. 740; S. Grégoire, Moral., 1. IV, c. xxix; 1. XII, c. IX, XI.III, P. L., t. xcvi, col. 6(H!, 992, 1038; S. Julien de Tolède, Prognoslicon, 1. II, c. XII, P. L., t. xcvi, col. 480; S. Jean Damasccne, De fide ortliodoxa, 1. III, c. xxix, P. G., t. xciv, col. 1102. Nouvelle preuve, et plus complète, dans la doctrine des Pères sur les deux termes de la destinée des âmes aussitôt après la mort : l'entrée au ciel ou la descente en enfer. Émise ou supposée très fréquemment, cette doctrine est particulièrement frappante dans les passages où les deux termes sont mis en opposition et pleinement aflirmés. Exemples : S. Ililaire, Tracl. in Ps. Il, n. 48, P. L., t. IX, col. 290 ; S. Kphrem, Necrosima, LV, ux. Opéra syriaœ, Rome, 1743, t. m, p. 320, 325; S. Augustin, Serm., CCLXXX, c. v, P. L., t. xxxviii, col. 1283; S. Jean Chrysostome, Homil., lu, inMatlli., n. 3, P. G., t. LViii, col. 522; Cassien, Collât. ,\, c. xiv, P. L., t. XLix, col. 500 sq. ; Gcnnade, toc. ci(.;S. Gré- Ivoire, Dialog., 1. IV, c. xxv, xxviii, P. L., t. lxxvii, col. 357, 305; S. Dorothée, Exposiliones et doclrinx diversm, xil, n. 2, 3, P. G., t. Lxxxviii, col. 1751 ; S. Isidore de Séville, Sententise, 1. III, c. LXii, n. 5 sq., P. L., t. LXXXII, col. 737 sq.; S. Julien de Tolède, loc. cit., c. XIII. On peut juger de la certitude ^itlribuée à celle doctrine dans l'Église laline au VIII' siècle, par le traité anonyme Utrum animœ de liunianis eorporihiis exeuntea niox ileducantur ad gloriai» vel ad po;nnm, an expectent diem judicii sine gliiria et puma, P. L., t. xcvi, col. 1379 sq.; l'auteur établit par l'Écriture et les Pèn's l'enln'e îles âmes au ciel ou en enfer avant le iii m ni 1. uinr, et traite l'assertion opposée de mirl ./ i i i /.ci* hœre- »eo« rfof/Hia. Au début iiiérii. i 1 1. uin signale

aussi, dans une lettre au pjliiu.li JAiuilie Paulin, certains doutes clandestins, inquibusdam clancula rfwbitalio, relativement à l'entrée des Ames saintes dans le royaume céleste avant le jour du jugement; c'est là une atteinte portée à la croyance universelle, une erreur perlide qu'il engage Paulin à n'-primer sans retard. Epist., cxm. /'. /,.. 1. c, col. 342.

6) Témoirjiiaiiis iinpliritrs en faveur de la rision

béalifique immédiate. — Si le pape Jean XXII, tout en reconnaissant que les âmes saintes sont au ciel, hésitait à leur attribuer dès maintenant la vision béatifique, c'est que, d'après la foi catholique, cette vision forme l'élément principal et essentiel de la béatitude suprême, de la vie éternelle, du royaume préparé pour les élus de toute éternité, de la couronne de gloire et des biens inénarrables qui leur ont été promis; croyant la possession de tous ces avantages réservée au jour du jugement, le pontife devait nécessairement différer la vision béalilique. Mais l'argument se retourne contre son auteur; car nombreux sont les témoignagnes des Pères grecs ou latins qui, du iv« au IX« siècle, nous présentent les saints non seulement reçus au ciel et vivant avec le Christ, mais couronnés déjà, récompensés, jouissant des biens ineffables que Dieu a réservés aux élus, glorifiés enfin et béatifiés dans leurs âmes. Deux sortes d'écrits, les éloges funèbres ou panégyriques des saints et leurs biographies, fournissent surtout les éléments de cette preuve.

Eusèbe se représente l'âme de Constantin souverainement heureuse auprès de Dieu, entourée comme d'un vêtement de lumière éblouissante, en possession de la couronne iramarcescible, de la vie immortelle et de la bienheureuse éternité. Vita Constantini, 1. 1, c. ii, P. G., t. XX, col. 912 sq. Saint Ambroisc voit saint Pierre au ciel parmi les chœurs des anges, In Luc., 1. X, n. 92, P. L., t. XV, col. 1827; il nous y fait voir les empereurs Valentinien et Théodose, couronnés l'un et l'auti-e. jouissant de la vie et de la félicité éternelles, de l'héritage prorais, de la vraie gloire, du royaume et de la béatitude suprême, de la récompense divine. De obitii Valenliniani, n. 70, 77; De obitu Tlieodosii, n. 28, 31. 32, P. L., t. XVI, col. 1379, 1381, 1394 sq. Saint Basile célèbre les martyrs transférés à la vie bienheureuse, ornés de la couronne de justice. Homil., xviii, xix, P. G., t. XXXI, col. 505, 525. Saint Éphrem, dans ses Necrosima ou canons funèbres, épuise en quehiuo sorte tous les termes, pour exprimer la félicité dis àines saintes au ciel ; reçues dans ce bienheureux royaume, elles sont enchâssées comme autant de perles précieuses dans le diadème du Christ roi; elles viv.'nt dans la plénitude d'une joie sans fin; elles habit, iil cette sublime demeure où tous les biens rasseuiMis concourent à rendre heureux ; pour récompense de loin s travaux, elles ont obtenu la couronne de gloirr. |. royaume éternel, la béatitude du céleste paradis: a.iVgées aux chœurs des anges, elles jouissent avec eux d.la joie qui ne change point. Can., vu, ix, x, xi.ix. i.iii, LXXXiii, Opéra sxjriace, t. m, p. 234, 237, 240. 303. 31 1, 357. Saint Jérôme, pour consoler Marcella de la mori de sa fille Léa, la lui montre reçue parmi les chœurs des anges, plongée dans l'éternelle félicité et disant : Tout ce dont nous avions entendu parler, nous l'avons vu dans la diURiire Je notre Dieu. Epist., xxili, n. 3. P. /. . 1 wii. r 1 litl. Aussi, quelle indignation dans le

ruiii 1 ; Il I il parle de cette sorte de réclusion

où \i II m I j I 11 les âmes jusqu'au jour du jugemeiii: (. ,,(,n I uj,lanlium,n.Q,P. L., t. xxiii.col.344. Mème.doctrine dans saint Augustin : les saints, reçus en triomphe par les anges, entrent en possession des divines promesses; ils sont bienheureux, beati sunt; ils jouissent dès maintenant dans leurs âmes de la vie éternelle, du suprême repos, ut habcat intérim secundum spiriluni vilam œlernam in rrquie. Serm., CCLXXX, n. 4; cccxxviii, n. 6; Tract., .V.VVI, in Joa., n. 16, P. L., t. x.x.tviii. col. 1283, 1453; t. xxxv, col. 1614.

Les témoignages de ce genre vont se multipliant dans les temps qui suivent. Muratori, op. cit., c. xxil, xxili. La béatitude promise, les récompenses et les joies éternelles, la gloire céleste, la couronne et le prix du vainqueur, la participation au festin des anges, telles sont les prérogalivcs des âmes bienheureuses qui forment

BENOIT XII

désormais comme une sorte de lieu commun dans les discours des orateurs ou sous la plume des hagiographes. Voir, par exemple : S. Cyrille d'Alexandrie, Expositio in Joannis evangeliuni, 1. XI, c. ix, |xii, P. G., t. Lxxiv, col. 531, 567; S. Pierre Chrysologue, Serm., XXII, Lxvi, cxix, cxxix, CLXxiv, P. L., t. LU, col. 263, 388, 526, 555, 565; S. Isidore de Péluse, £pUt., I. II, epist. CLi ; 1. V, epist. cccxcvi, P. G., t. Lxxviii, col. 604, 1564; la Vita S. Ililarii Arelal., c. xxiii ; sine dubio setemoruiu conipnx pf/lcilur qnnrlinnin). P. L., t. L, col. 1243 sq.; Pnin.-.iii*. C^ùmml. ni ,>pist. ad Ileb.,xj.'S9 : mine vein .;,<., v,..,,/ ,,, ,.,,,,,!./. in beatitudine regni cselestis, inel^iihin hvhlin l'iu-fi-uentes, P. L., t. Lxviii, col. 774. Lhghse latine consacre en quelque sorte cette doctrine par l'oraison liturgique de saint Grégoire : Deus, gui aniiuœ fainuU tui Gregorii ^teniœ hcaliliKliiiis prœmia contiilisti. Dans l'Église .grecqiii'. ]•' Mi'ii,jl,„iium, édité au X' siècle sur l'ordre de reiii|i' r, m l;,i.it.> Porphyrogénète, n'est qu'un écho fidèle Jr~ ,1^. ~ <{i)i Miil précédé, dans toutes ces phrases finalf- -ti 1. I 1 ,\ - ■',.- -uni-, m riel est si glorieusemi'iii ' 'Il 11 ' \'i ' uiiili. /. i/iim optatiimgue fineiii " . . lonani adeptus.

Au IS j;iiiM(i ,W' /' M,,,, 'j'-''ii, vitam recipiens

œteimani. Au 28 février : Ad Deitm, gueni amaverat, lœta 7nigi-avil, xlei~>ioi~um bonorum fruitionem recipiens. Au 6 juillet : Ad Deiim, gtiem oplaverat, migra- Ht, pwatuni sibi rrij, ,,'-.,-, ,;- , .yi;, ,,s An 10 juillet : Consiimmatisimt,aciii:: ■. ; -' -ii'i ,i,ne mundi constitutionem a CI,, ,;:i,,,,m. Au

17 août : Victoria relata, i ,.'1, ,,■,:, i',-r,ji,,-,,i,'s ,oronam, cxlorum regnum siiid cnscculi. ]'. G., t. cxvii, col. 28, 266,332, 526, 534, 590. Cf. pseudo-Denys, Keecciesiosfica hierarchia, c. vu, 1, 2, P. G., t. m, col. 554 sq. Toutes ces autorités forment, contre Jean XXII, un argument arf hominem péremptoire et, dans leur ensemble, une forte .preuve, sous forme implicite, de la croyance que ce pape hésitait à admettre. Petau, De Deo, 1. VII, c. xiii, 11.7.

c) Témoignages explicites. — J'entends par là les textes qui attribuent aux âmes vivant au ciel la vue de

Dieu, soit en te On en renconi les grands doc sant dans son manières dont Ambroise sign:

quia jiisti lia faciem Dei

lllud

^rmes équivalents.

~ ! .lins presque tous iii ' I il.' l'Orient. Analy- "~, . . XI, les diverses 11-. .ipi.'S cette vie, saint i.nl 1,1 \ ue de Dieu : Ergo II,',,, lialieiit, «( videant tiod tlluinuiat onines ho-

. P. L., t. XIV, col. 562. Tout l'ensemble du passage prouve qu'il s'agit bien des âmes justes avant la résurrection. Voir VAdmonitio, ibid., col. 53ô sq. Du reste, les applications de cette doctrine ne manquent pas dans les œuvres du docteur milanais : l'âme de Valentinien vit à la clarté du jour éternel, illuminée qu'elle est par le soleil de justice, nunc lumen a sole justitix mutuata, clanim dieniducis; Théodose est plongé dans de mystérieuses contemplations et comme perdu en Dieu, in intelligibili secrct,y totus intentas atque adhœrens Deo; A- li..!in-, .1. \, nu . :i.i\..ii de la céleste Jérusalem, en Clin! i:'' ! i :i :: n-if, les richesses merveilleuse- I , I I I , ,i ! |: .M- soleil, brille perpétuellemenl, / ... , - ■- >. ' J" 'j" ii"tm : « Tous ces biens lui étaient connus depuis longtemps, mais il les voit mainnant face à face, et il s'écrie : Ce dont on nous avait parlé, nous le voyons dans la demeure du Dieu des vertus, Ps. XLVii, 9. » De obitu Valentiniani, n. 64; De obitu Tlwodosii, n. 29; Epist., xv, n. 4, P. L., t. xvi, col. 1378, 1394, 956. Parmi les biens ineffables du paradis que saint Éphrem décrit si souvent et si pompeusement, que désire-t-il avant tout pour lui-même et pour ceux dont il fait l'éloge funèbre? La vue béatifiante de Jésus-Christ, fils du roi des cieux; la jouissance de

cette illumination et de cette clarté céjeste qui est l'apanage de l'éternelle félicité : Illic ohsecro, Fili régis, tua me beari aspectu jubeto... Tuum, Domine, famulum œtema felicitate donatum, cselesti etiam claritate illustra. Necrnsima, can. ix, xxxv. Opéra syriace, t. m, p. 237, 292. Que d'autres passages pourraient être invoqués dans les œuvres du grand docteur syrien I Cf. Carmina Nisibena, édit. Bickell, in-8°, Leipzig, 1866, prolegom., p. 24 sq.

Non moins explicites sont les docteurs grecs de la même époque. Dans les éloges funèbres de son frère Césaire, de sa sœur Gorgonie, des saints Cyprien et Basile, Grégoire de Xazianze célèbre en termes magnifiques cette pure et pleine illumination de la souveraine Trinité, qui tout entière et sans voile se livre aux âmes bienheureuses, et les inonde de toute la splendeur de la divinité. Oral.,\i\, n. 17, 21; vni, n. 23; xxiv, n. 19; XLiii, n. 82, P. G., t. xxxv, col. 776, 782, 816, 1192 sq. ; t. xxxvi,col.605. Saint Grégoire de Nysse console l'empereur Théodose de la perte de sa fille Pulchérie, en lui rappelant combien pin- lienr.use et plus glorieuse elle estau ciel : o .'-^i- \. n\ -. muiI fermés pour vous, mais ils se sont ouveii- .. 1. Inmnie éternelle... Oh! qu'ils sont beaux ces umin .[ni c.'nleniplent Dieu! » Orat. in fimere Pulcher'iœ, P. G., t. xlvi, col. 870. Cf. Vita atque encomiiini S. Ephrxm, ibid., col. 848 sq. Saint Jean Chrysostome commente ainsi le mori luo-nni de saint Paul : « Pourquoi? parce qu'alors je connaîtrai mieux Jésus-Christ, et que je serai avec lui... Les justes, ici ou là-bas, sont avec le Roi; mais là-bas, combien plus intimement et de plus près ! non plus à l'aide d'images, non plus par la foi, mais face à face, comme dit l'Apôtre. » Honiil., m, in episl. ad PliiL, a. 3, P. G., t. LXii, col. 202 sq. Il suffit de rapprocher plusieurs passages du grand orateur, pour comprendre qu'il s'agit de la vision intuitive, connaissance toute claire et toute parfaite, dont l'objet est Dieu lui-même. Bomil., xxxiv, in epist. I ad Cor., n. 2 : visionem dicens clarissimam et perfectissimam cognitionem ; Honiil. ,x, in epist. II ad Cor., n. 2 ; prassentiam ad Deum; Homil., xxxii, in epist. ad Boni., n. 3 : quod Deum videat, P. G., t. LSi, col. 288, 469; t. LX, col. 679. Aussi, ce qui l'emporte incomparablement sur tout le reste au ciel, c'est la présence du divin Roi : « Ici-bas personne ne l'a vu. Mais ceux qui sont là-haut, le voient perpétuellement, dans la mesure de leurs forces ; ils le voient non pas seulement présent, mais rehaussant tous ceux qui l'entourent de l'éclat de sa propre gloire. » Homil. in B.PIiilogonium, n. 1; cf. Ad Theodoruni lapsuni, 1. I, n. Il, P. G., t. XLViii, col. 749 sq.; cf. col. 292.

Saint Jérôme ne conçoit pas autrement le bonheur des âmes parties pour le ciel : « En compagnie de Jésus- Christ, dit-il de Bonose, il voit la gloire de Dieu, videt gloriam Dei. » Et de Léa : « Elle suit le Christ, en répétant : Tout ce dont nous avons entendu parler, nous l'avons vu dans la demeure de notre Dieu. » Epist., m, n. 4; xxiii, n. 3, P. L., t. xxii, col. 334, 426. Cf. Comment, in epist. 11 ad Cor., v, 6 sq., P. L., t. xxx, col. 784. Pour saint Augustin, on le .sait déjà, la patrie céleste est au terme du pèlerinage terrestre : finiatur via, et vcniamus ad patriam ; le temps de la vision succède alors au temps de la foi : non potest videri tempore fidei, videbilur teni]>ore speciei. Nunc enini per fidem ambulamus, tune per specieni. Dans cette vraie patrie, il nous montre tous les justes et les saints, qui jouissent du Verbe de Dieu sans avoir besoin de lecture ni de lettres, car ils voient tout en Dieu : Ibi onines justi et sancti, qui fruuntur Verbo Dei sine lectione, sine litteris; quod enim nobis per paginas scriptum est, per faciem Dei illi cernunt. In Ps. cxi.\, n. 6, P. L., t. xxxvii, col. 1602. On trouvera de plus amples développements dans l'article Augusti.n, 1. 1, col. 2446. Saint Grégoire le Grand ne se contente pas d'affirmer, comme

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un point de doctrine indiscutable, !a présence au ciel des ùmes saintes et la béatitude dont elles y jouissent; il leur attribue la claire vision de Dieu, sur laquelle il fonde leur science suréminente: Quia enim illic omiies commuiii claritate Deum conspiciunt, quid est quod ibi nesciant,ubi scientem oninia sdunt'? Dialogi, 1. IV, c. xxxiii; Moral.,]. \l],c.xxi,P.L.,t. lxxvii,co1. 376; t. I.XXV, col. 999. Saint I{<>de présente la vision intuitive de l'essence divine comme impossible à obtenir en celte vie, duni adhuc coiistitiiti i)i corpore, pererjrinaniur a Domino, mais en même temps comme l'objet de notre espérance pour la vie future, comme le terme qui répond au Cupio dissolvi et peut se réaliser avant le temps de la résurrection. £'xposi«. in l"^epist. .loa., m, 5; Bomil., xi, in vigilia Pmlecostes, P. L., t. xcill, col. 109; t. xciv, col. 192 sq. .\ remarquer, parmi les (Fuvres apocrypbes du même docteur, le Liber aliquot ilitœstiomim, q. xii, P. L., t. xciii, col. 465.

A ces docteurs, particulièrement recommandables par leur autorité ou le caractère officiel dont l'Église les a revêtus, s'ajoutept, pour les continuer en quelque sorte ou pour confirn^er la permanence de la même doctrine, beaucoup d'autres écrivains ecclésiastiques qu'il serait trop long de rapporter ici; quelques exemples .suffiront. .\u V siècle, un évèque de Const;tntine, Honorât, adresse à un chrétien exilé pour sa foi une lettre d'encouragement; parmi les considérations qu'il lui propose, on lit celle-ci : Mors aperit tibi régna cselorum... Chrislum mox tua anima videbit. Epist. consolatoria, P. L., t. L, col. 568. Julien Pomére, parlant de la vie future qu'il fait commencer avec la mort, l'appelle la vie contemplative par excellence, parce qu'on y voit Dieu, infutura vita, qux ob hoc appellatur contemplativa, videndus est Deus. De vita contemplativa, I. I, c. i, n. 1 sq.; c. VI. n. 2, P. L., t. Lix, col. 419, 42i. Au vil= siècle, .saint Julien de Tolède nous offre, dans son Prognosticon, tout un chapitre intitulé : Quod post deposilionem corporia hujus statim videatur a sanctis spiritibus Deus, 1. Il, c. XXX, P. L., t. xcvi, col. 495. Au siècle suivant, Candide, moine de Fulda, traite sous forme épistolaire ce problème singulier : Num Christus corporis iicidis Deum videre potuerit; à cette occasion, il met entre le Christ et les autres hommes cette différence, que l'àme du Sauveur a joui de la vision intuitive, dès le premier instant de son exi^lm. , . \.,,„Vi~ qn. Iisautres n'en jouissent qu'à la fin. /•./ n 7 /■ / ... t. cvi,

col. 106. llaymon, évèque ■lll.il; i li ulmire les saints qui vivent avec leur eii;ii m .1 ii.ir,. ni dans la vision de sa volonté la règle de luurs propres désirs : vident voluntalem iUius,et ideo ab ipso accipiunt,quod eum velte facere novertmt, et de ipso bibunt quod ab ipsositiunt. Expositio in Apoc, vi, 10, P. L., t. cxvil,

L'Orient ne reste pas en arrière. Au vi" siècle appartient un panégjrique des martyrs, lu en partie au II« concile œcuménique de Nicée; Constantin, diacre de ConsUintinople, y célèbre longuement tous ces saints qui, mêlés aux cho'urs des anges, jouissent maintenant au ciel de la récompense promise, de la couronne de justice, de la gloire, de la vie éternelle, et dont l'un des plus glorieux privilèges est de faire participer leurs frères à cette splendeur qu'ils puisent à la source même de la vérité, h. toC Tf,; •i'if-.r,i TtriYr,; à««y]ri<T|iaTo;- Laudalio... marlijrum, n. 36, 40 sq., P. G., t. Lxxxviii, col. 519, 526 sq. Dans l'éloge funèbre d'ICutychius, le prêtre Eustratc nous montre ce saint patriarche de Constantinople soupirant après son départ de ce monde et r<''pétant les paroles du l'salmiste : Quando veniam et appareho an'.e facieni luam 9 A son tour, il demande d'être reçu à sa mort dans les demeures éternelles des justes, pour y connaître clairement et d'une manière plus parfaite qu'ici-bas les mystères de la sainte, consubstantieile et coétcrnelle Trinité, o'i; îv /ai h a-ltxit

OICT.

IlE TIIKOI.. CATHOI,.

6cSà?ai »iî».î; xaôapôv te xal TsXî'.ÔTspov -3. îtepi rr,; «yta; xï'i o[ioo-jiT:oy r.oî: o-jvaïSio-j Tf.àôo;. Encomium S. Eutychii, c. X, n. 91, 102, P. G., t. Lxx.xvr, col. 2378, 2390. Idées qui se retrouvent dans un écrit polémique du même auteur contre la fausse doctrine du sommeil des âmes, .\ÔYo; àvaTpejiTixb; ~foi Toùç XlfOVTa; (if, évêpvîïv tÔi; -mv àvOpwituiv iîi-j-/à; jiETà rf)-/ ôsâCeu?'"' iauTùv ffcoiiâruv. Voir Léon Allatius,' De utriusque Ecclesise oecidentalis atque orientalis perpétua in dogmate de ptirgatorio consensione, Rome, 1655, p. 319-580. Au vu° siècle, André de Crète nous fait voir au ciel les saints Tite et Nicolas, le premier transporté de joie dans son âme en face de la divine Trinité, Qiw if, Tpiiôi rapsxopsOwv vi îr.i£j(jiaTt, le second immédiatement présent à Dieu, parfaite et adorable Trinité, zTtOapû; wpoosSpe-jiûv ©ew, ty; teXei'i xa't 7Tpo(r/.-jvr,T/- Tptàôt, vu par Dieu et le voyant autant qu'il est possible, ©sôv ôcrov è^ixtov ôpwv xal opùiiEvo;. Orat., XVI, xviii, P. G., t. xcvii, col. 1170, 1202, 1206. L'auteur de la Vie de Barlaam et de Joasaph, longtemps attribuée à saint Jean Damascène, décrit ainsi la mort de Joasaph ; « Il s'en va en paix vers le Dieu de paix, le Seigneur qui avait été l'objet continuel de ses désirs, et parait en présence du Seigneur sans intermédiaire et sans voile, xa't ™ irpoutiîra) K'jpiovi à[iÉ(TM4 xal zaOapM; È|jLçav:ÎETai ; il reçoit la couronne de gloire qui lui avait été préparée, il obtient ce don ineffable de voir le Christ, d'être avec le Christ et de se réjouir perpétuellement à l'aspect de sa beauté. » Vita Barlaam et Joasaph, c. XL, P. G., t. xcvi, col. 1238. A la mort de saint Théodore le Studite en 812, Naucratius console ses lils en leur parlant de son pouvoir d'intercession, d'autant plus grand désormais qu'étant avec Dieu face à face, vOv ôè -r.poaw- Kov Ttp'o; irpouMTCov, il s'emploie à son service d'une façon plus relevée et plus pure. Encyclica de obitu S. Theodori Studitx, P. G., t. .\cix, col. 1833. Contemporain de Photius, Nicétas David, évèque en Paphlagonie, exprime à plusieurs reprises la même doctrine dans ses discours sur les apôtres, les martyrs ou les confesseurs; l'âme de sainte Thècle lui apparaît aux cieux « comme déifiée, et jouissant de l'unique beauté désirable et aimable, non plus par la foi seule, mais par la vision, non plus comme dans un miroir et d'une manière obscure, mais face à face ». Orat., xvi, P. G., t. cv, col. 332. L'historien de saint Joseph l'Hymnographe, le diacre Jean, parle dans les mêmes termes de son héros, n. 36, P. G., ibid., col. 976.

Tout cet ensemble de témoignages donne le droit de conclure, pour les siècles poslnicéens jusqu'au .temps de Photius, à l'existence, en Orient comme en Occident, d'une croyance ferme non seulement à l'entrée immédiate au ciel des âmes saintes, mais à la possession actuelle par ces mêmes âmes de la vision intuitive de Dieu, élément principal de la béatitude dont elles jouissent. Mais ne peut-on pas infirmer la valeur de la preuve par des autorités contraires'?

d) Témoignages opposés. — On connaît par l'exposé historique de la controverse quelles ont été, pour la période qui nous occupe, les autorités invoquées contre la doctriiie définie par Benoit XII. Ce sont, en réalité, les plus importantes; non pas celles qui viennent d'auteurs secondaires, comme Cassiodore, .\ndré de Césarée et le Pseudo-Athanase, mais celles qui sont prises de docteurs attitrés, comme les saints Hilaire, Cyrille de Jérusalem, Ambroise, Augustin, Chrysostome, Cyrille d'Alexandrie et Jean Damascène. Une discussion détaillée de tous ces témoignages n'est pas possible; elle relève, pour les cas principaux, de l'article spécial qui concerne chaque docteur. Parfois l'examen attentif du texte et du contexte fait disparaître toute difficulté en montrant (|ue tel ou tel témoignage est complètement en dehors de la question. Ainsi, quand saint Hilaire parle de cette loi qui pèse sur tous les hommes, ut consepiiltis corporibus ad inferos animœ descendant , In

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Ps. cxxxriii, n. 22, il commente ces paroles du roi David : Si descendero in infeniiim, odes. L'assertion s'entend du temps où le ciel était encore fermé aux Ames, suivant la juste remarque du cardinal Bellarmin, De beatitudine, 1. I, c. v. Quand saint Ambroise dit de l'âme séparée du corps : Adliuc tamen futuri jtidicii ambiguo suspenditur. De Cain et Abel,\. II, c. ii, n. 9, il ne songe pas à attribuer à l'âme l'ignorance de sa propre destinée jusqu'au jugement dernier, interprétation contredite par la doctrine générale de ce Père dans ce même livre, par exemple c. ix, n.31; c. x, n. 36, P.L., t. XIV, col. 356, 358. Il s'agit donc, soit de l'incertitude où se trouvent les âmes au sortir du corps, mais avant le jugement particulier, comme le pense Muratori, op. cit., p. 117, soit de l'incertitude où elles restent par rapport à l'époque du jugement général, comme le suppose l'éditeur de saint Ambroise, dans une note du livre De bono mortis, P. L., t. xiv, col. 561.

D'autres fois, l'intelligence du texte demande qu'on se mette au vrai point de vue de l'auteur. Quand saint Jean Chrysostome dit, dans sa xxtx= homélie sur la I" épitre aux Corinthiens, que sans la chair, l'âme ne recevra pas les biens célestes, pas plus qu'elle ne sera punie, il ne prétend nullement poser une assertion de fait, comme si les âmes justes qui meurent maintenant n'avaient rien à attendre avant la résurrection des corps; la proposition, hypolhélrque, tend à faire comprendre, sous une forme oratoire, cette pensée de l'Apôtre : Si inhacvita tantuni in Cliristo sperantes siimiis, misembiliores suniiis omnibus hominibus. L'argumentation revient à ceci : Si les corps ne ressuscitent pas, les âmes n'ont rien à attendre là-haut, le fondement sur lequel repose l'espérance des biens célestes croulant du même coup; car les promesses faites ne regardent pas moins le corps que l'âme, utaccipiat unmquisqiie quse per corpus gessit. II Cor., v, 10. Si donc le corps ne reçoit pas sa part en ressuscitant, l'âme n'a plus de titre à la sienne; bornons nos espérances à cette vie terrestre. Ce raisonnement mène à cette unique con-

clusion : l'âme et le corps doiv récompense

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se retrouver dans la peine et le mérite, "niil.,x, in epist.ll Tu, Telle est l'idée I ; -1. H.Trct. fahul.

compendiinn, 1. \, c. xx, el lU- -un' ! 'm p. i inir.

Defide orthodoxa, 1. IV, c. x\mi i^ ' I-

rétribution qu'ils attribuent \> 1 in

âu-a, ne doit pas se prendre dans ni! ^m- iI-mIu. , ,,.

s'il devait y avoir coexistence de tout point, mais dans un sens relatif et moral : ensemble ils ont mérité, ensemble ils seront récompensés; quoi qu'il en soit du temps où commencera pour chacun d'eux la jouissance des biens promis.

A la considération précédente se rattache une distinction de grande importance. Autre est la béatitude considérée dans son élément principal ou la vision intuitive, autre est cette même béatitude considérée dans tout ce qui peut concourir à son épanouissement total et à sa perfection définitive; ou, pour employer les termes classiques, autre est la béatitude essentielle, autre la béatitude consommée. Cette dernière comprenant pour l'homme la glorification non seulement de l'âme, mais du corps, il est manifeste qu'elle ne peut pas exister avant la résurrection et le jugement dernier, puisque alors seulement l'homme sera récompensé dans toute sa personne et publiquement couronné. Par conséquent, on ne peut pas invoquer, comme autant d'arguments décisifs contre la doctrine de la vision béatifique immédiate, les textes où les Pères se contentent de dire que les saints attendent ou n'ont pas encore reçu la récompense qui leur est due (S. Ambroise, S. Jean Chrysostome, Théodoret), que Dieu n'a pas encore fait la rétribution des bonnes et des mauvaises actions, ou

qu'il ne l'a pas faite pleinement et parfaitement (les deux Cyrille), que la béatitude parfaite n'est pas donnée aux âmes aussitôt après la mort (Cassiodore), et que leurs joies sont encore différées (S. Bède). Il faudrait montrer que, dans la pensée de ces Pères, il s'agit non pas seulement de la béatitude consommée, mais de la béatitude essentielle elle-même; ce qui exclurait toute jouissance de la vision intuitive avant le jugement dernier. L'opposition n'est qu'apparente chez saint Ililaire et saint Augustin, quand ils semblent remettre à ce grand jour l'entrée des hommes dans le royaume de Dieu ou la vie éternelle. Saint Hilaire distingue le royaume de Dieu, où les hommes n'entreront qu'après la résurrection, du royaume du Christ ou repos éternel, dont les âmes bienheureuses sont déjà en possession. Voir la préface générale de ses œuvres, vi, P. t., t. ix, col. 95 sq. Saint Augustin a suivi sur ce point le docteur gaulois; pour lui, le royaume de Dieu n'existera vraiment pour les hommes qu'au moment où, glorifiés dans toute leur nature, ils seront devenus semblables aux anges et. comme eux, posséderont sans restriction la vie éternelle. Serm., xviii, c. iv, n. 4 : Regnum cs^lonim, regnum sempiternum, societateni ciim angelis, ffteitimn intani, i(bi nullus oritur, neque moritur, hoc^ercipite, P. L., t. XXXVIII, col. 130; Tract., LXVIII, in Joa., n. 2 : Hoc regnum Dei, regnumque csslorum adhuc sedificatur, adhuc fabricatw, adhuc paratur, adhuc congregatur. P. L., t. XXXV, col. 1815. Mais rien de tout cela n'exclut pour les âmes bienheureuses la jouissance préalable de Dieu. Le grand docteur africain semble, il est vrai, aller plus loin dans la première série des textes que Jean XXII invoquait, ceux où la vision intuitive est mise constamment en rapport avec la sentence finale : Venite, benedicli. Une seconde distinction préparera la solution de cette difficulté.

Autre chose est de dire que les âmes saintes jouissent au ciel de la vision intuitive, autre chose est d'affirmer que cette vision est dès maintenant parfaite en son genre ou dans ses effets béatiflques et que, par suite, elle ne recevra pas d'accroissement substantiel après la résurrection et le jugement final. Ce second point soulève un problème que Benoit XII, à dessein, s'est abstenu de trancher. Jlais il faut en tenir compte quand il s'agit de saint Augustin; car ce docteur inclinait à penser que les âmes des bienheureux n'auront la vision intuitive dans toute sa plénitude qu'après la résurrection. A la différence des purs esprits que rien n'empêche de se porter vers Dieu, les âmes séparées seraient comme appesanties et retardées dans leur élan par l'attrait naturel qui les reporte vers leurs corps et leur fait désirer le jour de la réfurrection. Les textes ont été cités, et la question discutée à l'article Augustin, t. I, col. 2447. Cf. Bellarmin, op. cit., c. v, § Nota secundo. C'est dans celte doctrine et dans la signification restreinte donnée par l'évêque d'IIippone aux termes regnum Dei, vita leterna, qu'il faut chercher la véritable interprétation de celte série de textes où il rattache la visien intuitive à la résurrection des corps où à la sentence du jugement dernier. Dans ces passages, une antithèse est habituellement posée, non pas entre l'étal d'un seul et même homme avant ou après la résurrection, mais entre les deux groupes qui se partageront l'humanité entière au jour du grand jugement. Tous verront alors Jésus-Christ, mais ils ne le verront pas de la même manière. Il y aura une vision commune à tous, et une vision exclusivement réservée aux élus. La première sera celle du Christ homme, mais apparaissant dans toute sa majesté de roi et de juge; la seconde sera celle du Christ Dieu : Tune plane vid»bilur illa forma Dei, quie non potuil videri ab iniquis, quorum visioni formasei-vi exhibenda eral. Tract. ,\W, in Joa., n. 18, P. L., t. xxxv, col. 1555. De là ces paroles de VEnarratio in Ps. XLVI, n. 5, citées par

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Jean XXII à titre d'objection : Illa visio facie adfaciem l.inERATls in resurreclione sei-valut: Dans cette phrase, l'accent porte sur le mot Hberalis; cette vision béatifiante sera le privilège des élus. Cependant saint Augustin semble bien, dans quelques textes, réserver au jour du jugement cette vision facie ad facieni. Ce qu'il entend alors, ce n'est pas la vision intuitive dans un degré quelconque, mais la jouissance de cette vision dans toute sa plénitude et avec tous les effets béatifiques qui peuvent en découler; c'est ce degré suprême de béatitude où l'homme glorilié dans toute sa nature, dans son corps comme dans son âme, sera devenu semblable aux anges et pourra, comme eux, s'unir à la vérité et à l'amour infinis de toute l'intensité de ses puissances intellectuelles et affectives; c'est pour l'homme entier la vie éternelle dans toute sa splendeur et l'entrée absolue dans la joie de son Seigneur. Une phrase du Serni., xxvi, n. 5, marque bien ces deux étapes de notre béatitude : Ergo cuni viderimns eum sicuti est, jam transiel peregrinaiio nostra; pO'^tea vero, gaudebinnis gaiidio angelomni. P. L., t. xxxviri, col. 181. Ainsi, la vision intuitiveà la fin de notre pèlerinage terrestre, première étape; deuxième, qui viendra plus lard, la participation au plein bonheur des anges. Alors nous verrons Dieu face à face, et comme eux; Cum vero xqualcs angelis Dei fucriniiis (Luc, xx, 36), lune {fVEMAiiMOhiM Eilpsi videbinius facie ad faciem. Enchiridion, c. i.xiii, P. L., t. XL, col. 261.

La solution complète de tous les témoignages objectés par .lean XXII appelle une troisième considération ou distinction. Autre est la question de savoir si les âmes saintes entrent aussitôt après la mort en possession de la vision béatifique; autre celle de savoir, ou du moins de déterminer exactement en quel lieu elles sont reçues. Car on peut prendre le ciel dans une acception métaphorique, pour signifier l'état de béatitude des âmes saintes, et on peut le prendre dans une acception littérale, pour désigner un lieu proprement dit et nettement déterminé. La première acception n'emporte pas l'autre; ainsi les saints anges, envoyés en mission sur la terre, n'en continuent pas moins de jouir de la vision béatifique, et l'âme sainte du Sauveur a joui de la même vision pendant sa vie terrestre. Que les âmes des saints soient au ciel, 'entendu de l'état de béatitude surnaturelle, c'est une vérité immédiatement contenue dans le dogme défini par Benoit XII; mais que le ciel des âmes séparées doive être considéré comme un lieu proprement dit, et qu'est ce lieu, c'est une question plus philosophique que Ihéologique et qui reste en dehors du dogme. Aussi est-il assez indifférent, sous le rapport doctrinal, que les Pères se servent, en parlant des Ames séparées, du mot ciel, ou de ces autres : repos éternel, »ein d'Abraham, paradis, etc.; car, depuis la mort et l'ascension du Sauveur, ces termes ne s'opposent pas en eux-mêmes et, .sauf de très rares exceptions, ils ne s'opposent pas non plus chez les Pères. Voir S. .lulien de Tolède, Prngnosticon, 1. II, c. m : Quid signi/icel sinus Abraliw, in ijuo bealorum anim.!c rccipiunlur. P. L., l. xcvi, col. 476; Muratori, op. cit., c. xii, xiv, XVI. Pour ce qui est de saint Augustin en particulier, les témoignages invoqués .se rapportent à la question du lieu des âmes, et non pas précisément à celle de leur étiit béaiifique; par exemple. De Genesi ad litterani, I. XII, c. XXXII sq. ; Quœsliomim Evangeliorum, 1. II, c. xxxviii, P. f,., l. xxxiv,col. MiOsq. ; t.x.xxv,col. I3ÔOsq. Dans ces passages cl autres semblables, le grand docteur cherche et souvent hésite, parce qu'il ne trouve rien de précis dans la .sainte écriture sur ce lieu des âmes. Peu importe qu'il parle tantôt de demeures cachées, tantôt du sein d'Abraham, tantôt du paradis ou du ciel, sous celle réserve toutefois : si tamcn non aliguid unum est ilivrrsis nominibus appellatum, ubi suul anima; beatorum. Ih'ticn.a'l l,ll..\.\\\.c.\\\i\ n (v". /' L

t. xxxrv, col. 483. Peu importe qu'il n'identifie point ces termes avec celui de royaume de Dieu, où les anges se trouvent et jouissent de la vie éternelle dans toute sa plénitude; car il ne s'ensuit pas qu'il refuse aux âmes séparées toute vision et toute jouissance de Dieu. « Quelque part que soit le paradis, tout bienheureux s'y trouve, et il s'y trouve en compagnie de celui qui est partout. » Epist., CLXXxvii, c. m, n. 7, P. L., t. xxxiii, col. 835. Aussi nous montre-t-il son ami Nébridius dans le sein d'Abraham, quidquid illud est qtwd illo significatur sinu, et là se désaltérant à la source même de la divinité, buvant à longs traits la vérité, dans un bonheur sans fin : spirituale os ad fontem tuum (ponil), et bibit, quantum potest, sapientiam pro avidilale sua, sine fine felix, Confess., I. IX, c. m, n. 6, P. L., t. .\xxii, col. 765; passage qui suggère au cardinal Bellarmin, op. cit., c. V, cette réflexion : Ecce hic asserit visionem et fruitionem , et tamen ambigit de loco. Les mêmes remarques valent pour saint Ambroise, De hono mortis, c. x, n. 46, quand il parle des animarum proniptuaria; expression empruntée, comme l'ensemble du passage, au IV« livre d'Esdras, vir, 32.

Au demeurant, il est très peu de témoignages patrisliques. du iv^ siècle au i\ i|iii ^li^ ni un opposition claire et formelle avec h- 1 i, ! ini par Benoit XII. Pourtant il y a des voix Ji-. > i J i! , im-mc en dehors des nestoriens et autres pnli- m .In -..mmeil des Ames. A la fin du v» siècle, Enée de Gaza concède ipie, sans le corps, l'àme ne peut ressentir aucune douleur. Theophrastus, P. G., t. i.xxxv. col. 975. Vers la même époque, André, évèqui' ilr r.'-n ', . n f'jppadoce, reproduit au ix« siècle par A: lu i -is successeurs, semble borner la joie il' | i i Vespéi-ance des biens éternels, jointe à nn jiu-iM. n pos dans le sein d'Abraham. Comment, in Apoc, c. xvii, P. G., t. cvi, col. 272, 596. Au vf siècle, Cassiodore émet en Occident des idées analogues dans son livre De anima, c. xii, P. L., t. i,xx, col. 1301. L'auteur des Qusestiones ad Antiochum ducem place les âmes des justes dans le paradis, et celles des pécheurs dans l'enfer, mais en différant leur entrée dans le royaume et dans la géhenne; elles restent dans l'attente soit des biens soit des supplices éternels, joyeuses ou tristes suivant le sort qui leur est réservé. Q. xix, xx, xxi, xxxiii, P. G., t. x.xviii, col. 610, 618. Idées dont l'écho se retrouvera chez les Grecs dans la période postérieure au schisme.

Accordons enfin que, dans les passages objectés par Jean XXII ou les adversaires de la constitution Benediclus Deus, les Pères n'ont pas toujours suffisamment distingué les diverses faces du problème, ni parlé avec toute la netteté et la fermeté désirables. La question ne se posait pas pour eux, comme elle s'est posée plus tard, en ces termes précis : Les âmes entrées au ciel voientelles Dieu, oui ou non, avant la résurrection générale? Plusieurs ont simplement exposé les données eschato- Icgiques de l'Évangile; aussi leur pensée, comme celle des Pères plus anciens, ne s'arrête guère aux individus, mais se fixe sur l'humanité arrivée au terme de son économie terrestre. Sous cet aspect, tout converge au jour du grand jugement : la reddition des comptes, la sentence, le couronnement et la distribution des récompenses, l'entrée dans le royaume, la glorification suprême. Pour le plus grand nombre de ces Pères, la doctrine se complète ailleurs, lorsqu'ils attribuent en termes formels ou équivalents la béatitude et la vision intuitive aux âmes parvenues au ciel. Pour quelques autres, par exemple saini Cyrille de Jérus<ilem, Théodorel et saint Jean Damascène dans ses écrits certains, la doctrine ne se complète pas; on reste en face de textes généraux, dont la portée indécise ne permet guère de formuler un jugement certain.

3. Période postérieure au schisme grec. —Jusqu'ici, point de divergence sensible entre l'Occident et l'Orient;

lENOIT XII

après la séparation des deux Églises, la siluation change, non pas immédiatement ni complètenuTil. iiiai< .'i la longue et en partie. Il importe donc il • l'hlu i '• pu ! la marche de la croyance chez les Latins m . u , i ~ i .i r,. a) En Occident. — Nulle hésitation .|i -^i hmi- -m re que non- a\,iii- ,ipp,l,'. la question général.- du passage imii]. -Il I. ili ■ :i - [lures au ciel, et de la descente des ânir- |. ,1,1 -, Il inler. C'est un point acquis, dont rafliriii iii,jii -,. luli.juve surtout, nette et catégorique, quand les auteurs de celte époque parlent des trois réceptacles des âmes au sortir de cette vie : le ciel pour les pnrfecti ou valde boni, l'enfer pour les impii ou raid, ,,,,,/;.], |i;ii i:.,;i . |.,aii ],,- /'.■r,iniid; ou mediornlc, '„.„,, \-,, , - ", :, h,,, ,,, ,, N, ,,•„,.. MX, P.L.,

t. cxiiv ,,,' -■:: ^ , - \,,- ^,,, . !/../,/„/., V, p. L.,

t. ciMiu cl, :::; -,i ll-n,,!/, .IWoUu-,. Elucularium, 1. III, c. I sq., P. L., t. CLXXii, col. 1157 sq. ; Hugues de Saint-Victor, De sacramentis christianx fidei, part. XVI, c. III, IV, P. L.,\. clxxvi, col. 584. 586; S. Bernard, Serm., XLii, de diversis. n. 5. P. L., t. CLXXxni, col. 663; Ermangaud, Cnntcn hnn'hms. c. xvii, P. L., t. cciv. col. 1268; Pitriv Loinliard, IV Setit., dist. XLV; Albert le Grand, h, IV S,'„i., dist.XLV.XLVI; S. Bonaventure,7n IF Sent., dist. XLV, a. 1, q. Il; S. Thomas d'Aquin, Sum. Iheol., supplem., q. LXix, a. 2; Contra gentes, I. IV, c. xci, Quod animie, statim post separationeni a corpore, pœnam vel prsemium consequuntw. Dans le premier endroit. l'Ange de l'École conclut que l'assertion contraire doit être tenue pour hérétique. Clément IV ne lit donc que confirmer et sanctionner la cim\ m m-i ,n', , m m-, rant cette doctrine dans la foi III ,i , ,;ii!ii i ,. en 1-267, à l'empereur Michel I' -i ,u;-ci

souscrivit et présenta, en 1274. au pape i.ivi,oii\ .V, dans le II« concile oecuménique de Ljon. Denzinger. EncJnridion, n. 387.

L'état de la question ne change réellement pas, si nous passons à l'affirmation plus précise de l'obtention de la vision béatifique ou de l'endurance des peines infernales avant la résurrection des corps. Les mêmes auteurs, et d'autres encore, fournissent des témoignages précis. Saint Pierre Chrjsologue nous dépeint saint Vital dans la société des anges et des bienheureux : cum his omnibus stola indutiis rilorix incffahiU exsidtationetripiidiat,et inconspcii • , ,,; /;, i'< mcloduni Allelviajucmtdissinia siiavil' /,;., x\ll,

P. L., t. CXLIV, col. 586. Dan^ 1 ,h , ,|, jà citée,

saint Anselme représente ràin- .n-t pli, , . par son ange devant le trône de la gloire di\ine, et l'.'mie pécheresse poussée par les démons aux supplices infernaux; ailleurs, il dit des âmes pures ; corporibus sohtiœjam asshtmit conspechii glorise Conditoris. Homil., i, in Eccli., XXIV, U, P. L., t. CLViii, col. 594. Honoré d'Autun fait entrer l'âme sainte au paradis, xtbi ipsa divinitas, gualis est, fade ad faciem contuetur, toc. cit. Hugues de Saint- A'ictor, dans l'endroit objecté par ,Iean XXII, parle, il est vrai, de la vision béatifique et du jugement dernier comme saint Augustin; mais, pour se convaincre que cette manière de parler n'exclut nullement la préexistence de la vision béatifique dans les âmes séparées, on n'a qu'à lire ce qu'il dit auparavant, part. XVI ; Omnes ergo qui in Domino moriunliir beati sunt, quia post nientuni virtutis, pefveniunt ad prœmium beatitudinis, c. i; de perfecle bonis dubium non est qttin egredientes statim ad gaudia transeanl, c. iv; qui jam in gaudio Domini sui et in abscondito faciei ejus, veri luminis illustratione Ixtantur, c. XI, P. L., t. CLXxvi, col. 580, 587, 596.

Saint Bernard est des plus affirmatifs en maint endroit. Serm., Lxxxvii, de diversis, n. 4 : corpore exuli, et in cxlum translati, jam bibere diciinlur eadeni qux prius comederant, quia jam per speciem conlemplan tur sine \abore. qua' /.,;».• ,„■,■ p.lem crediderant, dum in

corpore jmsili peregrinarenlur a Domino, P. L., t. CLXXXiii, col. 705; Liber de diligendo Deo, c. xi, n. 30 : Quid autem jam solutas corporibus {animas) ? Immersas ex loto credimus immenso illo pelago œterniluminis, et himinosx seternitatis, P. L., t. CLXXXil, col. 993; Serm., ii, in natali S. Victoris, n. 4 : ver& nunc revelata facie specidatur gloriam Dei, P. L., t. ci.xxxiii, col. 375; Episl., cr.CLXXiv, in transitu beati Malachiœ, n. 2 : nec jam in fide ambulas, sed in specie régnas, P. L., t. CLXXxii, col. 579. Autres textes du même genre dans Muratori, op. cit., c. xix, p. 201 sq. Donc, quoi qu'il en soit du passage obscur et difficile qui a tant impressionné Jean XXII, la doctrine générale du docteur cistercien est indubitable, et elle se retrouve équivalemment dans ses fameux sermons pour la Toussaint. Il y célèbre en termes magnifiques la félicité dont jouissent au ciel les âmes saintes, Serm.,\i, n. 6; Dieu leur a donné la première robe, le bonheur el le repos éternel, stola enim prima ipsa est, quam diximus, félicitas et requies aninmrum. Serm., m, n. 1, P. L., t. CLXXXiii, col. 467, 469. Mais leur joie nest pas complète, parce qu'elles n'ont pas encore reçu la seconde robe, c'est-à-dire l'immortalité et la gloire du corps, condition préalable de la béatitude consommée et de l'entrée dans le royaume de Dieu. Quand elles auront reçu ce complément, elles cesseront d'être sous l'autel, so'js l'humanité du Christ, dans un état de glorification imparfaite et cachée ; elles paraîtront au grand jour dans un état de glorification totale et extérieure qui est propre aux élus du royaume divin. Sei-ni., ii, n. 8; Serm., m, n. 1, ibid., col. 468. En tout ceci, saint Bernard s'inspire manifestement de saint Augustin ; les explications données au sujet du maître aideront à comprendre le disciple, elles aideront surtout à obtenir l'intelligence de cette phrase du Serm., iv, n. 2, la plus délicate de toutes : Quonam igitur modo super altare dixerim exaltandos eos, qui nunc sub altare quiescunt? Visione tttique et contemplatione, non prxlatione. La preuve qui suit immédiatement, est tirée de saint Augustin : Oslendet enim nobis Filius, ut pollicitus est, semetipsum ( Joa., xiv, 24), non in forma servie sed in forma Dei. Et tout le passage ss termine par cette assertion : Transiens.quijipe ministrabit 7iobis, novas utique, et usque ad tempus illud penitus inexpertas delicias manifestx sues contemplationis. Cette filiation augustinienne des idées ne donne-t-elle pas le droit d'entendre par cette vision et cette contemplation que Bernard réserve aux saints ressuscites, non pas la substance même, mais la plénitude de la vision intuitive, considérée non seulement dans ses efl'efs béatifiques. mais en elle-même, dans sa propre perfection ? Car le docteur cistercien soutient avec son illustre guide que l'âme séparée du corps ne peut pas parvenir à la plénitude de la vision béatifique. Serm., m, n. 2; Serm., Lxxxviii, de diversis, n. 4; Liber de diligendo Deo, c. XI, n. 30, 32, P. L., t. clxxxiii, col. 470, 705; t. clxxxu, col. 993 sq. Aussi Benoît XII répondait-il dans son grand traité, 1. II. c. xi : Bernardus vero, licet affirmet animas post jiidirhii,i d'iriiuv essentise visione potituras, non tamoi Hr.j.ti .,..,/, ,'iiam ante eadem perfruantnr. \oiv il, m- Mi^nr. I.i note 69,P.Z..,t. clxxxiii, col. 465; BellaniiiM. fj>. ciL. c. v.

Les témoignages continuent à la fin du xii" siècle et au commencement du xiii». Pierre Lombard, il' Sent., dist. XLV, sanctis gui Deo assistunt petitiones nostrœ innotescunt ix Verbo Dei; Hugues deBouen, Dialogi, I. V, interrog., xxii, xxiii, P. L., t. cxcii, col. 1214 sq. ; Hugo Eterianus, Liber de anima corpore exuta, c. xi, XV, P. L., t. ccii, col. 192, 201 ; Philippe de Harveng, Comment, in Cantica, 1. II, c. xxv, P. L., t. cciil, col. 243; Maître Bandin, Sent., I. III, dist. XXV, sancli non dicunturmodo credere vel spcrarc futuram resurrectionem, quia eam perfcctissime /.v VEnno Dei in-

BENOIT XII

■ielligunt, P.L., t. cxcii, col. 1083; Pierre de Poitiers, Sent., 1. V, c. XXI, dit des âmes pleinement purifiées : Slatim ahsque viora Dei visione fnmntur. P. L., •t. ccxi, col. 1273. La croyance à la vision béatifique des âmes entrées au ciel était devenue si générale et si ferme, que dans une censure portée, le 13 janvier 1241, par l'évêque de Paris Guillaume, le chancelier de l'université et les maîtres de la faculté de théologie, on lit dans la réfutation du premier article : Firniiter credinius et asserimiis, quod Deus in sua essenlia vet substantia videbitur ab angelis et omnibus sanclis et viDETVR ab aniniabus glorificatis. Denifle, Chartula- Hwn, t. I, p. 170. C'était l'époque des grands docteurs scolastiques du xiir siècle, Alexandre de Halés, Alhert le Grand, saint Bonaventure et saint Thomas; cette décision n'est qu'un écho de leur enseignement. Le docteur angélique se demande, iSum. tkeoL, I» II«, q. iv, a. 5 : Utritm ad beatilttdineni hominis requiralur corpus; la réponse est négative en ce qui concerne la béatitude essentielle : Manifeslum est quod animx san- <:toi'um separatœ a corporibiis ambulant per speciem, Dei essentiam vidantes, in (juo est vera beatiiudo. Même doctrine dans Contra gentes, 1. IV, c. xci : Statini igitur cum anima sancla a corpore separatur, Deum per speciem videt; quod est ultima beatitudo; et dans Opusc, II, ou Declaratio quorunidam articulorum contra tirsecos, etc., c. ix : Non ergo sanctaruni animarum differtur gloria, quse in Dei visione consislil, usque ad diem judicii, quo corpora résument.

Il fallait citer ces textes, pour permettre au lecteur d'apprécier cette stupéfiante affirmation de M. Lea, op. cit., t. III, p. 711 : « Thomas d'Aquin discute cette question avec une abondance qui en montre à la fois l'importance et la difficulté; mais son audace se borne à établir que les bienheureux, après la résurrection, verront Dieu face à face. » Et, quand on lit ces autres lignes à la page suivante : « La dernière étape fut franchie peu après, semble-t-il, par le célèbre théologien dominicain, maître Dietrich de Fribourg, lequel écrivit un traité pour prouver que les bienheureux sont immédiatement admis à la vision béatifique, » on se demande dans quelles sources l'auteur a étudié la question ; depuis des siècles l'étape n'était plus à franchir. Le traité de maître Dietrich ou Théodoric n'avait pas pour objet de prouver l'existence de la vision béatifique, mais d'en discuter le mode : De principio ex parte nostri, quo immédiate beati uniuntur Deo in illa gloriosa et beati/ica visione. \V. Preger, Vorarbeiten iu einer Geschichlc der deutschen Mystik ini i3 und iU ]ahrhundert, dans Zeitschrift fur die liislorisclie Théologie, Gotha, 1869, p. 41 sq. La croyance à la vision béatifique inimi'diate, sans être dans les professions de foi comme la doctrine de l'entrée au ciel ou de la descente en enfer, n'en était pas moins alors croyance commune dans l'Église latine ; par là s'expliquent l'étonnement et l'émoi que causèrent les doutes soulevés par Jean XXII et SCS partisans.

h) En Orient. — Les difficultés survenues au temps de Pholius entre les deux grandes branches de la chrétienté ne portèrent pas sur la nature de la béatitude dont jouissent les âmes séparées, moins encore sur la question plus générale de l'entrée des âmes saintes au ciel ou de la descente des âmes pécheresses en enfer. Pourtant, même sur ce dernier point, il y eut des ombres en Orient. Vers le milieu du x« siècle, l'évoque syrien Moïse Bar Keplia place les âmes des justes dans le paradis terrestre, en attendant le jour de la résurrection et du jugement. De paradisn, part. 1, c. vu, x, xviii, /'. 0., t. CXI, col. 4'Jl, 494, ."jOO. Cette opinion eut des partisans, car elle est réfutée, au commencement du siècle suivant, par Philippe le Solitaire dans sa Didptra, ou règle de la vérité chrétienne, 1. IV, c. xvii, P. U., t. cxxvii, col. 860 sq. L'n écrit polémique, com-

posé à Constantinople dans le couvent des dominicains, en 1252, attribue aux Grecs cette erreur, entre plusieurs autres : Les âmes des justes n'entrent pas dans le paradis, et les âmes des réprouvés ne vont pas en enfer avant le jour du jugement. Tractatus contra errores Grxcorum, P. G., t. CXL, col. 511. Vers la même époque, saint Thomas d'Aquin signale la même erreur. Contra gentes, 1. IV, c. xci, mais en l'attribuant seulement à quelques Grecs, error guvninidam Grsecorum. Et c'est justice; car il est impossible de voir là une erreur générale. La doctrine contraire était vraiment la doctrine commune en Orient comme en Occident; les citations qui ont été faites du Menologium suffiraient à établir ce point, en dehors de tout autre témoignage. L'empereur Michel Paléologue n'eut point de difficulté au sujet de la clause : Mox in cœlum recipi, tnox in infenutm descendere. Ce point de doctrine se retrouve dans des documents officiels de l'Église grecque qui sont de date plus récente, comme la Confessio ll\ S. Gennadii, n. 12, et la Confessio orlhodoxa, part. I, q. Lxvii, Lxviii. ilonumenta fidei orientalis, p. 20, 137 sq.

Mais, quand il s'agit de déterminer la nature de la béatitude dont les âmes jouissent maintenant au ciel, ou celle des peines qu'elles souffrent maintenant en enfer, il n'y a plus dans l'Église grecque la même fermeté ni la même unanimité. Des conceptions analogues à celle de Jean XXII apparaissent dans un certain nombre d'auteurs. Telle parait être, en réalité, l'opinion visée dans le Tractatus contra errores Grsecorum, car ce dont on accuse proprement les Grecs, c'est d'affirmé' « que les âmes des défunts ne jouissent pas des joies du paradis et ne sont soumises ni aux supplices de l'enfer ni au feu du purgatoire » avant le jour du jugement universel et le prononcé de la sentence finale. P. G., t. CXL, col. 487, à rapprocher de col. 470 sq. Les défenseurs de cette opinion s'appuyaient, dit-on dans cet écrit, sur l'autorité d'André de Césarée et sur la doctrine de saint Paul, Heb., xi, 39, ibid., col. 511. Une autre circonstance put contribuer au développement de cette erreur : en expliquant ce passage de saint Paul ou les paroles dites par Notre-Seigneur au bon larron, Luc, XXIII, 43, les commentateurs grecs du x' et du XI" siècle s'étaient servis de termes ambigus. Ainsi, le non acceperunt reprcmissionem de l'apôtre est commenté en ces termes par Œcuménius : « Ils n'ont pas encore reçu les biens prorais aux justes, tûv i-Krifts.!- |j.év(ov àyaOùv; ils attendent la récompense, xâOr.vTai àYépa<rTOt. » P. G., t. cxix, col. 442 sq. Théophylacte dit : « Pour qu'ils ne nous parussent pas supérieurs, s'ils étaient couronnés les premiers. Dieu a réglé que les couronnes seraient distribuées en même temps, êva îtîffi ■/.Xiç.h't ôlpiTE -lïri aKçivwv. » P. G., t. CXXV, Col. 366. Euthymius distingue entre le paradis, que Jésus-Christ accorde au bon larron comme arrhes du royaume, et le royaume lui-même, qu'il fait consister dans la jouissance des biens ineflables que l'œil n'a point vus; « car nul juste n'a encore reçu la promesse, tt,v iT:af(i>.ioiv, suivant la doctrine du grand Paul. » Comment, in Lucani, c. I.xxxi, P. G., t. cxxix, col. 1092.

Ces textes, les deux premiers surtout, peuvent assurément s'entendre, non de la vision béatifique, mais de la récompense parfaite ou de la béatitude consommée ; car Œcuménius explique ainsi les mots:iVe sine tiobi^ consunimarentur : « C'est-à-dire pour qu'ils ne parvinssent pas avant nous au terme des biens, zo itépac tmv àYa'Jwv, »et Théophylacte observe avec saint Jean Chrysostome que l'apôtre n'a pas dit : ut non corotiarentur, mais bien : ut non consummarentur ; ce qui suggère encore l'idée de terme, de perfectionnement, -o S'eiéXeiov t'jte à7toXr,'{/ovtat. Voir la dissertation de Bernard de Bubeis sur Théophylacte, c. cxxi, n. 83, P. G., t. cxxil, col. 99 sq. Malgré tout, l'ambiguité des termes pouvait devenir le principe ou l'occasion d'une interprétation

BENOIT XII

possession du in-iT.iMes et la

M', m. ■■.■s; c'est

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I '■ I ■ , suuvenez-

défavorable à la jouissance immédiate de la vision béatilique. Et telle est, en effet, rinterprétation qui se maintint parmi les Grecs; on la retrouve, attaquée, dans un écrit Ju dominicain Manuel Calécas, patriarche de Constantinople au milieu du xiv siècle. Contra Gisscoruni errores, 1. IV, ^ De dormientibits, P. G., t. cui, col. 225 sq. Mais ni alors, ni plus tard à l'époque du concile de Florence, cette opinion ne peut s'appeler l'opinion commune de l'Église orientale. Muratori le démontre par un grand nombre de témoignages, dont beaucoup sont aussi formels que possible, op. cit., c. .\xv.

' Une preuve domine toutes les autres par sa netteté et sa portée, celle que les défenseurs du dogme défini par Benoît XII et inséré dans le décret d'union au concile de Florence, tirent des livres liturgiques de l'Église orientale. Preuve richement développée dans la Defensio quinque capiliini qux in sancla et œcumenica Florentina synodu continentur, P. G., t. eux, col. 1286 sq. Peu importe que cette apologie soit de l'évéque Joseph de Méthone (Joannes Plusiadenus), ibid., col. 1107, ou du patriarche de Constantinople Grégoire Marama, comme semblerait l'indiquer un passage de son Ajiologia contra Ephesii Confessionem, P. G., t. CLX, col. 187 sq. Dans la longue série de textes que présente cette apologie remarquable, ce n'est pas seulement la présence des âmes justes au ciel, ni royaume et de la couronne, ni I - i^ i félicité suprême qui sont con-l in aussi la jouissance de la yisiuu i des termes de ce genre : « 0 I;:iMi n. vous de nous, vous qui êtes avec la Trinité consubstantielle. -afc!7vwç Tf, TptiSt •:/, iuLOQuo-iw... Et maintenant, Antoine, le miroir est brisé'; vous voyez la sainte Trinité clairement, immédiatement, y.aOapcô;. iixÉTiuç... Maintenant, ô grand Paul, vous voyez le Christ non plus d'une manière obscure et comme dans un miroir; mais vous le voyez face à face, et il vous dévoile dans toute sa plénitude la gloire de la divinité, TE'Aciav aoi tt,v 8ô5av ànoza- ).-JiiTwv -îj; ôetiffEuç. » Et ainsi dans beaucoup d'autres textes.

Un ; • r- -i] même auteur servira tout à la fois

dt 1 - qui précèdent et de réponse à la

va- I liée contre l'Église latine dans la

Le/ 1. I' 'iriarcale et synodale de 1895. c II

y ;i un point qui en fait hésiter beaucoup et qui leur fait croire à un désaccord entre les docteurs : ils les entendent dire tantôt que les saints sont récompensés complètement, TeXsiu;, tantôt qu'ils ne le sont qu'incomplètement, û-j teXe'w;. Voici l'explication : ils disent que les saints sont récompensés complètement ou incomplètement, suivant qu'ils parlent des âmes seules ou de tout l'homme. Comment, en effet, tout l'homme pourrait-il être récompensé avant la commune résurrection? Ainsi donc, à ne regarder que les âmes, les saints sont parfaitement récompensés; mais à regarder le composé humain, ils ne le sont qu'imparfaitement. Le corps, élément matériel, n'a pas sa récompense, tant qu'il n'est pas ressuscité; l'âme, immortelle, a sa pleine récompense. Mais parce que l'homme se compose d'un corps et d'une âme, ayant pris part ensemble au comlat, nous disons que l'homme u'a pas reçu sa pleine récompense; ce n'est qu'en prenant la partie pour le tout et en jugeant ties choses d'après la partie la plus noble, que nous attribuons aux saints la parfaite récompense. » P. G., t. eux, col. 1298 sq. Cf. Pitzipios, VÉglise orientale, in-8>', Home, 1855, part. I, c, ix ; M. Malatakis, Réponse (I la lettre patriarcale et synodale de l'Église de Constantinople sur les divergences qui divisent les deu,c Églises, c. viii, Constantinople, 1896, p. 68 sq.

3» Conclusion. — Le dogme défini par Benoit XII n'a donc pas seulement de solides racines dans la sainte Ecriture ; 11 en a encore, et de profondes, dans la tra-

dition orthodoxe de l'Occident et de l'Orient. A lui seul, indépendamment de la sanction du suprême magistère, l'argument de tradition suffirait-il pour trancher le problème'? On peut se le demander, pour deux raisons. D'abord, les voix discordantes ou les témoignages am^ bigus ont presque toujours, avant la définition, empêché l'existence ou la certitude d'un consentement même moralement universel. Surtout, la conviction des docteurs, comme la croyance du peuple chrétien, s'appuie en dernière analyse sur les textes de la sainte Écriture, dont l'ensemble constitue une preuve décisive : le Srientes quoniam dum sumiis in corpore, peregrînamura Domino; le Desiderium habens dissolvi et esse cum Christo, le Mori hta'um, le Videmiis nunc per spéculum et in œnigmate, tuncautem facie ad faciem. Mais la tradition réagissait en quelque sorte sur la valeur probante de ces testes, en les interprétant pratiquement. Du moment qu'il admettait l'entrée immédiate des âmes saintes au ciel, Jean XXII ne pouvait échapper à la force combinée du double argument, qu'en recourant à la distinction entre la possession ou la vue du Christ homme, et celle du Christ Dieu. Mais cette distinction était sans fondement solide dans l'Écriture et dans la tradition, pour ne rien dire de plus. En elle-même, elle était illogique; car les saints Livres, et après eux les Pères dans leurs écrits et l'Église dans sa liturgie, célébraient les saints reçus dans les tabernacles éternels, vivant heureux avec le Christ et en présence du Seigneur, vêtus de robes blanches et debout devant le trône de Dieu. Quelle inconséquence, que de leur accorder dans le Christ la vue de l'homme et de leur différer celle du Dieu, quand Jésus lui-même avait promis de faire venir les saints là où il serait, et de leur montrer la gloire dont son Père l'avait revêtu avant la création du munir, L.i.. \'\, 3: xvii, 24 ! Quelle inconséquence, que (h 1 I m ciel ce qui a fait ici-bas l'objet

princu ! ! -[urance, quand le ciel est propre-

ment 1.1 (Il iiii III ' ilr Dieu, l'endroit où il manifeste sa gloire ! Benoit XII avait raison de partir de ce fait acquis déjà à la foi, que les âmes saintes sont au ciel avec le Christ, pour conclure à la vision immédiate de Dieu : Quod animx sanctorum, ex eo quod sunt cum Christo in ctelo, habeiit Dei visionem. Tract., I, c. xxi. La preuve, sans valeur dans l'ordre spéculatif, est, au contraire, efficace dans l'ordre concret et historique.

Les raisons et les convenances théologiques étaient avec la croyance traditionnelle. Car la passion et la mort du Christ, en même temps qu'elles nous ont ouvert le ciel, nous ont permis de mériter ici-bas la vision béatifique; et cette vision est un acte spirituel, qui ne requiert en aucune façon le concours d'un organe corporel. Si donc l'âme pure ou purifiée entre au ciel, pourquoi la vision béatifique lui serait-elle différée? Dieu lui-même n'a-t-il pas fait aux hommes cette recommandation : Vous ne retiendrez pas jusqu'au lendemain le salair<î du mercenaire, Lev., xix, 13? Peu importe ici l'axiome métaphysique ; Actiones sunt suppositorum ; cet axiome prouve simplement que Vhomme a mérité, comme principe d'action. Mais quand il s'agit de déterminer le sujet immédiat de la récompense, il faut considérer ce que l'homme a mérité et pour qui; car il mérite et pour son âme et pour son corps, les biens spirituels pour son Ame, les biens sensibles pour son corps. L'iinie parvenue au ciel, au terme de l'épreuve, peut rect\ùir la part qui lui revient; mais quandl'homme ressuscitera, dite part deviendra également la sienne, puisque c'est l'homme qui alors jouira dans son âme, comme il jouira dans son corps. La possession immédiate de la vision béatifique n'enlève nullement sa raison d'être au jugement dernier; il conserve, pour parler avec l'un des théologiens qui écrivirent sur la question à l'époque de la controverse, quatre effets propres : séparation générale des bons et des méchants;

P.ENOIT XII

manifestation solennelle de la justice divine; pleine consommation de la gloire pour les élus; pleine consommation du châtiment pour les réprouvés. Raynaldi, an. 1331, n. 43, t. v, p. 523.

Les arguments de .Jean XXII et de ses partisans contenaient la plupart du temps des équivoques ou des suppositions arbitraires: sauf une propension exagérée à voir partout dans ses adversaires des propositions hérétiques ou sentant l'hérésie, Occam les a parfaitement réfutés dans la seconde partie de son Dialngus. La controverse suscitée par Jean XXII n'en eut pas moins son côté profitable; outre qu'une vérité importante fut définitivement lixée, il fallut donner aux preuves phis de précision et résoudre bon nombre d'objections. La croyance catholique sortit du débat plus nette, et en même temps mieux justifiée.

I. Sur la controverse av te.mps de Jea.n XXII. — !• Documents primitifs, signalés au cours de ce travail : les seimons de Jean XXII conservés à ta bibliothèque de l'université de Cambridge ; les extraits des autres sermons que rapportent Nicolas le Mineur, Occam, Michel de Cczena, Baluze et l'archevêque de Trêves Baudoin, Biblioth. Vatican., cod. 4009, fol. 180 sq.; la précieuse collection de pièces et de renseignements réunis sous le titre de Documenta qiue litem de visione beatiflca illustrant,

dans le Chartulariiim universitatis Parisiensis,

2' Chroniques contemporaines ou rapprochées des événements : J. Villani, oji. cit.; le continuateur de Guillaume de Nangis, op. cit. ; Henri de Rebdorf, Henri de Diessenholen et Henri de Herford, op. cit.; Gualv. de la Flamma, Opuacuium de rébus gestis ab Azone, Lucliino et Johanne Vicecomitibus, dans Muratori, llerum italicarum scriptores, t. XII, col. lOOO, avec note de l'éditeur; Les grandes chroniques de France, publiées par M. Paulin Paris, Paris, 1837, t. v, p. 347, 351 sq., 496 sq. ; Paul Lange, Chronicun Citizense, dans Pistorius, Rerum germanicarutn scriptores, 3' édit. par Struvius, in-fol., Ratisbonne, 1726, t. I, p. 1207, 1210; Gobelin Persona, Cosmodrium, telas vi, c. i.x.\l. in-fol., Francfort, 1599, p. 246.

3* Études postérieures : les histoires ecclésiastiques de Raynaldi, de Bzovius et de H. de Spondc, aux années 1331, 1333 et 1334; Wadding, Annales minorum, an. 1331, n. 5, 1333, n. 10, in-fol., Lyon. 1636, t. m; J. Palazzi, Gesta pontiftcmn ronianorum, Venise, 1688, t. m, p. 240 sq. ; Noël Alexandre, Hisl. eccL, sœe. xill, xiv, diss. XI, a. 2, in-fol., Lucques, 1734, p. 513 sq. ; Berthier, Histoire de l'Église gallicane, Paris, 1745, 1. XXXVIII, t. XIII, p. 190 sq. ; J.-B. Christophe, op. cit., t. il, p. 26 sq., 53; V. Verlaque, Jean XXII. Sa vie et ses œuvres d'après des ducuments inédits,c.\l, in-8%Paris,1883,p.l58sq.; c. VII, p. 214 sq. Dans un esprit gallican qui exagère les choses, J. de I.junoy, Epist., 1. I, episl. i, v; I. III, epist. i, v, vu; 1. rv, epist. VI, Opéra omnia, Cologne, 1731, t. v a, p. 10 sq., 43 sq., 263, 268, 361, 366, 382 sq., 393, 536. L'objection tirée contre l'infaillibilité papale de la conduite de Jean XXII, et les réponses faites à cette objection ne rentrent pas dans l'objet du présent article.

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