‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 240 sur 741 · III. Df:VELOPPE.MENT DE LA CONTROVERSE; JeAN XXII · texte numérisé non relu

III. Df:VELOPPE.MENT DE LA CONTROVERSE; JeAN XXII

KT L'iNivERSiTÉ DE PARIS. - Ces sermons d'Avignon ne passèrent pas inaperçus; beaucoup s'en émurent et s'en scandalisèrent, rjuod multos .icandalizaverat, dit le continuateur de la Chronique de Guillaume de Nangis, à l'année 1333. Dom d'Achery, Hpicileriium, in-fol., Paris, 172;^ t. III, p. 96. Le pape n'ignorait pas l'effet produit, on le voit par cette phrase de son discours du 2 février I3:J2 : n II en est qui murmurent de ce que nous tenons cette opinion, je le sais bien; mais je ne puis pas faire autrement, et ego dico i/uod non posbum aliter facere. » Nicolas le Mineur, op. cit., fol, 304. Il avait dit auparavant, dans son troisième sermon : « On prétond, il est vrai, que cette opinion est nouvelle et qu'il faut l'abandonner. Aussi voulons-nous montrer que cette opinion n'est pas nouvelle, i. Ihid., fol. 255. C'est dans le même do.ssein (|u'll composa, en i:i33, un petit traité, libeltum, commençant ainsi : Qveritiir iilnim anime Kiinclonim ah omnilms peccatis purgate videant diviiiiiiii cêienliam. Il parle plusieurs fois de ce travail dans sa correspondance cl demande, soit à l'archevêque lie Rouen, Pierre Roger, plus tird Clément VI, soit au fi.inciscain Oautier de Dijon, confesseur de la reine, de

faire connaître. et d'expliquer ses raisons et ses autorités au roi et à la reine de France. Denille, Chartulariiint, n. 974, 976, 978, 979. Si l'on en croit Villani, op. cit., 1. X, c. ccxxviii, ceux qui lui apportaient des nouveaux textes en faveur de son opinion, recevaient en récompense quelque bénéfice, li faceva gratta d'alcuno betieficio. Les camps se tranchèrent, et si le pape rallia à sa cause le général des franciscains, Gérard Eudes, avec un certain nombre de ses religieux, il eut contre lui tout l'ordre des frères prêcheurs. Diverses circonstances donnèrent bientôt à la controverse un grand retentissement.

Le dimanche 3 janvier de l'an 1333, en l'octave de la Saint-Jean, un dominicain anglais, Thomas Walleis, prêcha devant le clergé dans l'église de son ordre à Avignon. Après une attaque voilée contre les franciscains au sujet de leurs théories sur la pauvreté religieuse, il affirma fortement la doctrine de la vision béatifique immédiate et réfuta huit arguments apportés en faveur de l'opinion contraire, en y joignant la preuve que Jean XXII prétendait tirer du Mémento des morts^ .\ la fin de son discours, faisant allusion à ceux qui se ralliaient à l'opinion du pape pour le.s avantages temporels qu'ils en espéraient, il exprima ce souhait oratoire : « Que l'excommunication et la malédiction d(' Dieu descendent sur la tête de celui qui, mû par un tel motif, nie la vérité qu'il croit! » Manuscrit de Cambridge, fol. 52''. Imprécation qui, dans la pensée de l'orateur, ne se rapportait nullement au pape, mais constituait une sorte de riposte contre le franciscain qui avait prêché auparavant. Voir, en les confrontant, ces deux ùiiviauc- : (JinTil' .1 IMi.n.l. S,riplores ordinis prœilirniorin., . in-lol., l'ui-. 171:' I. i, p. 599 sq. ; Denilli', (.7mi, /u/, >,■.-.,,- . |i ll.'i ..| -i\ jours après, sur l'ordre lie I iiiqulxiii'ui' il \\ i.-nnii, I iiiillaume de Monte Rotondo, franciscain, ïlioiuas Walleis fut arrêté et jeté en prison, où il subit, au début, un rude traitement. Cette arrestation fit grand bruit, car on l'attribua de tous Cotés à l'attaque du prédicateur dominicain contre l'opinion du pape. Le roi do Franco, Philippe de Valois, en écrivit à Jean XXII; mais celui-ci répondit, le 28 février, que Thomas Walleis n'était pas inculpé pour avoir attribué la vision béatifique aux âmes des saints, mais pour avoir avancé dans son discours plusieurs propositions erronées ou suspectes d'hérésie. En même temps, le pape écrivait à la reine de France, Jeanne de Bourgogne, pour la mettre en garde contre les rapports malveillants. Denifle, loc. cit., pour ces deux lettres latives au même objet. Les actes DUtre le prédicateur dominicain i.iuuscrit de Cambridge, fol. 53''; un de Jean XXII. Thomas Walleis icé ou défendu ces propositions :

jugement se font en un seul et même instant, in codent inst-anti teniporis; les corps ressuscites doivent leur gloire au rejaillissement de la béatitude de l'àme; la vision de Dieu et la béatitude correspondante sont la fin naturelle de l'àme; sans la vision intuitive les âmes des saints seraient dans un repos violent; à proprement parler, ce n'est pas saint Pierre, mais son àme qui sera au ciel; l'àme de sainte Lucie voit Dieu aussi clairement et aussi parfaitement que l'àme du Christ. L'inculpé composa dans sa prison une sorte de lettre ou petit traité De instantibtis et momenlis, où il essayait d'expliquer plusieurs de ces assertions; mais cette apologie devint l'occasion de nouveaux griefs. Parmi les juges, le cardinal Jacques Fournier tenait le premier rang; le procès fut long, et Thomas Walleis n'était pas encore sorti de pri.son en 1338, alors (|U0 Kenoit XII avait solennellement réprouvé l'opinion (lu délai do la vision béatifique. Denifie, op. cit., p. 416, 418. 424. D'où il suit (|ue ïhoma.s Walleis ne fut pas poursuivi pour le seul fait d'avoir prêché contre l'opi-

et plusieurs autroi du priic.'^ iri-litii se trnia.hl ,l,ni- I ilsjllsIilirnlI.HIin, est accuse ilavoir la résurrection et

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nion de Jean XXII, et que sur ce point, comme sur plusieurs autres, il est nécessaire de contrôler les gloses des chroniqueurs, même de ceux qui furent contemporains des événements.

A l'emprisonnement de Thomas Walleis s'ajouta bientôt une autre cause de surexcitation. Dans le louable dessein de faire élucider la question qu'il avait soulevée, Jean XXII provoquait de toute part les recherches des évêques et des maîtres en théologie. De là diverses études ou conimenlaria sous forme de lettres ou de petits traités, dont quelques-uns seront indiqués à la fin de cet article. Parmi ces auteurs se signala le célèbre Guillaume Durand de Saint-Pourçain, évêque de Meaux; dans un Tmctalus de statu animanim sanctarum postquaiu resoUilse sunt a corpore, il invoqua contre l'opinion nouvelle de bons arguments : le dogme de la descente du Christ aux limbes, d'où il délivra les âmes des anciens Pères; les paroles du Christ au bon larron, Luc, XXIII, 43; l'exemple du mauvais riphe, Luc, xvi, 22; la doctrine de saint Paul, Phil., i, 23; II Cor., v, 1 sq.; celle de saint Jean, Apoc, vi, 11, et datsa sunt illis singtilse slolse albfe; laulorité de quelques Pères, comme saint Grégoire, Dialog., 1. IV, c xxv, xxviii; les prières liturgiques et le sentiment commun de l'Église ; diverses raisons théologiques. Raynaldi, an. 1333, n. 49 sq., t. V, p. 570 sq. L'opuscule était viv.mt et remarquable à plus d'un titre; mais le Doctor resolutissimus avait présenté quelques-uns de ses arguments sous une forme contestable ou les avait accompagnés d'assertions incidentes qui rencontrèrent une vive opposition, même parmi les défenseurs de la vision béatifique immédiate. Ainsi, d'après lui, les saints de l'Ancien Testament détenus aux limbes n'y soulTraient pas d'autre peine que la privation de la vision béatifique; Jésus-Christ n'a pu délivrer leurs âmes qu'en leur accordant la claire vision de l'essence divine ; dans l'hypothèse où l'àme de saint Paul n'aurait pas au ciel la claire vision de Dieu, il ne lui serait pas plus avantageux d'être avec le Christ que de vivre ici-bas; l'àme séparée, étant esprit, ne peut recevoir de joie des choses corporelles; les anges ne souhaitent pas contempler l'humanité du Christ; aussitôt après la mort. Dieu récompense ou punit l'àme dans toute la mesure du possible, etc. Ces affirmations et quelques autres furent réunies en onze articles, auxquels le cardinal Jacques Fournier opposa ses Quœstioiies undeciin. irlntiilion modérée dont Raynaldi a donné des extrait-. /////. n .".'.i si|., t. v, p. 575 sq. Il y était établi, entre .uilirs ilhi-. -, que les esprits angéliques et les âmes sépairo \ oient les choses corporelles par l'entendement, et qu'elles peuvent en recevoir de la joie; qu'elles sont perfectionnées, éclairées, remplies de grâce par l'humanité de Jésus-Christ; qu'elles la voient intuitivement et non par la foi; que cette vue est un bien inestimable, mais qu'il est vrai néanmoins que saint Paul, en formant le désir de voir Jésus-Christ, portait directement sa pensée vers la divinité. De son côté, Jean XXII fit soumettre les onze articles à une commission de seize membres, cardinaux, évêques ou docteurs, présents à la cour pontificale; au mois de septembre 1333, tous les articles furent censurés. Denifie, op. cit., p. 418 sq. L'affaire n'eut pas de conséquences pratiques pour l'évéque de Meaux, grâce surtout à l'attitude que les circonstances firent prendre au roi de France et à l'université de Paris.

Sur ces entrefaites, Jean XXII envoya comme nonces en Angleterre deux religieux, le dominicain Arnaud de Saint-Michel, son pénitencier, et le général des franciscains, Gérard Eudes. Denille, op. c!(.,p. 425 sq. Rallié aux idées du pape, ce dernier s'avisa de profiter d'un séjour forcé à Paris pour faire de la propagande ; il exposa devant un immense auditoire l'opinion favorable au délai de la vision béatifique. Grand fut l'émoi ; magnum murmur inler scholaves auditmn est, dit le

continuateur de Guillaume de Nangis, loc. cit. L'irritation fut d'autant plus vive qu'on soupçonnait le pape d'avoir dissimulé, sous le couvert d'une mission diplomatique, le dessein d'accréditer à Paris la nouvelle doctrine. Philippe VI se montra fort impressionné par toute cetteaffaire ; Eudes ayant sollicité une audience pour se disculper, il ne voulut l'entendre qu'en présence de dix maîtres en théologie, dont quatre franciscains. Tous se prononcèrent vivement contre l'opinion du délai, et le roi reprit sévèrement Gérard, le menaçant même, s'il ne se rétractait, de le faire brûler comme hérétique et fauteur d'hérésie. Villani, op. cit., 1. X, c. ccxxviil. Plus tard, des auteurs gallicans, comme Pierre d'Ailly, Jean de Launoy et beaucoup d'autres, ont prêté au roi Philippe à l'égard du pape une violence de langage qur ne se trouve pas dans les documents primitifs.

Cependant, Jean XXII avait appris ce qui s'était passé à Paris; il se hâta d'envoyer au roi, le 18 novembre de la même année 1333, une lettre pleine de modération et de dignité. Tout en louant son zèle pour l'intégrité de la foi, il l'exhortait à ne pas user de menaces ni de châtiments contre ceux qui soutiendraient le délai de la vision intuitive, mais à laisser les théologiens discuter librement sur cette matière, jusqu'à ce qu'il plût au .siège apostolique de trancher le débat, Une phraseest particulièrement à noter, celle où le pape justifiait sa propre conduite : « Comme plusieurs fois dans ses écrits, saint Augustin a parlé de celte question en hésitant, et qu'il semble y avoir eu variété d'opinions sur ce point, non seulement chez ce Père, mais chez beaucoup d'autres docteurs, nous avons cru, dans l'intérêt même de la vérité, devoir traiter ce sujet dans nos sermons, sans rien dire de notre fond, mais en alléguant des textes de l'Écriture et des Pères, surtout de ceux dont l'Église a sanctionné les écrits. Reaucoup de cardinaux et d'autres personnages ont prêché, devant nous et ailleurs, le pour et le contre sur cette question; plusieurs fois même, on l'a discutée à notre cour en présence de prélats et de théologiens, tout cela pour mieux parvenir à la pleine connaissance de la vérité. » Denifie, op. cit., p. 426.

Mais le roi avait déjà convoqué une assemblée solennelle ; elle se tint au château de Vincennes, le 19 décembre ou quatrième dimanche de r.\vent, en présence des princes, évêques, abbés et principaux magistrats qui se trouvaient à Paris. On avait fait appel aux plus célèbres docteurs de la faculté de théologie; ils étaient vingt, sans compter Pierre de la Palu, patriarche de Jérusalem, Pierre Roger, archevêque de Rouen, et le chancelier, Guillaume Rernard. Trois franciscains étaient au nombre des docteurs, et parmi eux le célèbre Nicolas de Lyre. Deux questions furent posées : 1° Les âmes saintes qui sont au ciel voient-elles l'essence divine face à face avant la résurrection des corps et le jugement général ? 2" La vision qu'elles ont maintenant de l'essence divine cessera-t-elle au jour du jugement dernier, pour faire place à une autre'? Les docteurs furent unanimes pour résoudre la première question d'une façon affirmative, et la seconde d'une façon négative. Quelques-uns opinèrent seulement que la vision dont jouissent maintenant les âmes saintes deviendrait plus parfaite au jour du jugement dernier. Le générât des franciscains, qui était présent, souscrivit à la décision. Dans une autre réunion, tenue aux Mathurins, le 26 décembre, on rédigea un acte authentique du jugement; il fut signé, le 2 janvier, par les mêmes docteurs et par six autres qui n'avaient pas assisté à la premièreassemblée. Dans une lettre destinée au pape, on lisait cette phrase : « Quant à cette question, où Votre Sainteté a montré tant de savoir et de subtilité, en rassemblant pour l'une des parties des autorités plus nombreuses et plus fortes qu'aucun docteur ne nous parait en avoir apporté jusqu'ici, le tout cependant, nous

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a-l-on dit. sous forme d'exposition, sans déterminer ni même affirmer ou soutenir fermement quoi que ce soit, nous supplions vivement Votre Bràtilude, en toute humilité et respect, de daigner la trancher, en confirmant par une définition la vérité du sentiment dans lequel a toujours été entretenue la piété du peuple chrétien que vous gouvernez. nDenille, op. cit., p. 't29 sq. En transmettant ces actes à la cour pontificale, le roi de France joignait ses propres instances aux désirs de ses théologiens.

IV. Enqiète et rétractation de .Iean XXII. — Le pape n'avait pas attendu la déclaration de l'université de Paris pour s'engager dans la voie qu'on lui conseillait ; car les franciscains schismatiques, qui s'étaient réfugiés à la cour de Louis de Bavière, continuaient à tirer parti des sermons d'Avignon, pour accuser publiquement d'hérésie leur grand adversaire et en appeler à un concile œcuménique. Voir Occam, Opus nonaginta clienim, c. ccxxiv, et Michel de Cezena, Littcrse deprecatoriœ ad regern Rornanorum et principes Alemanniœ, c. XII," deux ouvrages insérés par le protestant Goldast dans sa Monarchia S. Romani imperii, in-fol., Francfort, 161 i, t. II, p. 1233, 1360. Le 28 décembre 1333, Jean XXII réunit en consistoire les cardinaux et autres prélat.s, les docteurs en théologie et les auditeurs du palais apostoliiiue ; après avoir déclaré son intention d'e.vaminer à fond la controverse relative à l'état des âmes séparées, il fil commencer la lecture des autorités qu'il avait recueillies pour ou contre la vision béatifique immédiate. Cette lecture dura cinq jours, a festo innocentum usque ad epyplianiam, dit Henri de Diessenhoven, op. cit., p. 18. Le procès-verbal de ces consistoires, rapporté dans le Chartulariunt universitatis parisiensis, p. 434. n'entre pas dans le détail des arguments présentés par .Iean XXII et ses partisans; mais nous sommes renseignés sur ce point par Occam ; dans la seconde partie de son Dialog^is, réimprimé par Goldast, loc. cit., p. 740 sq., il reproduit pour les réfuter, les arguments de Jean XXII d'abord, puis ceux de ses partisans, rationes Johannilarxim. Dans ces derniers, rien d'important qui ne nous soit déjà connu; remarquons seulement qu'ils tiraient cette conséquence légitime de leur opinion : le temps de la foi durera pour tons Ips saints jusqu'au jour du jugement, et qu'ils séil'I. u 1 ,1-- liriiM. . i 1,1 Imik opposées en y dénonçant de pini , 1 1, - '. 'imdsesecxndtim loctttionem

i/i" ' " / 1 1- il iii:ition du pape se ramène à

(Ml. |.ni. - , i . |. ,1. i.iii,. I,;i claire vision de

divinu étant incoujpalible avec l'espérance ne peut par là même se trouver dans les .îmes séparées, en qui reste l'espérance. Job, xix, 25; Apoc, vi, 10 sq. Cette claire vision devrait être pour les âmes le terme suprême de la glorification ; elle ne peut pas l'être, puisque, au jour du jugement, IJieu exaltera les saints. I Pet., v, 6. Qui voit Dieu clairement, voit tout; ce qui n'est pas vrai des Ames saintes, comme le montre saint Augustin, De cura pro morluis gerenda, c. xv, P. L., t. XL, col. 605. Knfin, et surtout, c'est à la personne humaine que la claire vision a été promise comme récompense; c'est au jour du jugement général que se rapporte la réalisation de cette promesse; sinon, à quoi bon ce jugement?

En présentant ces raisons, Jean X.VII ne voulait aucunement préjuger la question ; voici, en ell'et, la déclaration solennelle qu'il fit ensuite et qui fut insérée dans le procès-verbal : » De peur qu'on ne puisse mal interpréter nos sentiments, et prétendre que nous avons pensé ou pensons quelque chose de contraire à la sainte Écriture ou à la foi orthodoxe, nous disons et nous protestons expressément que, dans la controverse relative à la vision des âmes, tout ce que nous avons dit, allégué ou proposé dans nos sermons et nos conférences, nous l'avons dit, allégué et proposé en entendant ne rien déterminer, décider ou croire qui fût en aucune façon

opposé à la sainte Ecriture ou contraire à la foi orthodoxe, mais seulement tenir et croire ce qui peut et pouvait être conforme à la sainte Écriture et à la foi catholique. Que si par hasard il se trouvait dans ces sermons ou conférences des idées qui fussent ou parussent tant soit peu en opposition avec la sainte Écriture et la foi orthodoxe, nous disons et affirmons qu'il n'était pas dans notre intention d'agir ainsi, et nous révoquons le tout expressément, renonçant à tenir ces points et à les défendre pour l'avenir comme pour le présent. » Le pape ajouta même que son plus vif désir était de voir nettement établir la doctrine de la vision immédiate, nec crediinus quod aliquis hodie tantuni daret quantum nos vellemu^ dédisse, quod pars affirmativa, ut premillitur, per Scripturant sacrant vel sanctorum dicta illa sacre Scripture non obviantia probaretur. Il conclut enfin, en enjoignant sous peine d'excommunication aux prélats et aux théologiens de s'occuper sérieusement de la question et de lui faire connaître ensuite leur sentiment. En outre, le 10 mars suivant, il adressa au roi de France une lettre d'explication où, en particulier, il protestait en conscience contre l'arrière-pensée qu'on lui avait prêtés au sujet de la mission diplomatique de Gérard Eudes. Deux jours après, il écrivait à l'archevêque de Rouen pour lui donner avis de l'injonction qu'il avait faite aux cardinaux, évêques et docteurs, d'étudier la question de la vision béatilique et de lui communiquer leur jugement. Denifle, op. cit., p. 437 sq.

Les esprits se calmèrent en France; mais il n'en fut pas de même en .\llemagne. Les fraticelles y continuaient leur campagne contre le pontife qui les avait condamnés; ils envenimaient toutes ses démarches, et jusqu'à sa dernière protestation qu'ils traitaient de palinodie feinte et frivole, revocalio ficta et frivola. Occam déclarait magistralement que le pape devait faire une rétractation pure et simple, sans déguisement, en ces termes ou d'autres équivalents : J'abjure l'hérésie que j'ai approuvée et enseignée, en affirmant que les âmes des saints n'ont pas au ciel la claire vision de Dieu. Dialogus, part. II, tr. I, c. x, Lyon, 1494, fol. 171. .\igri par l'échec de ses tentatives de réconciliation avec le saint-siège, Louis de Bavière appuyait ces agissements schismatiques; on décida qu'un concile se réunirait sous le patronage de l'empereur, pour déposer Jacques de Cahors. L'un des franciscains révoltés, Bonagratia de Bergame, rédigea les convocations en insistant sur l'hérésie papale. Nicolas le Mineur, op. cit., fol. 303" ; Raynaldi, an. 133i, n. 31 sq., t. vi, p. 14. Mais Jean XXII mourut sur ces entrefaites, le 4 décembre. La veille, sentant sa fin approcher, il avait mandé tous les cardinaux et leur avait fait donner lecture d'un acte officiel qu'il se proposait de publier sous forme de bulle. Ce passage en faisait le fond : « Voici comment nous déclarons le sentiment que nous avons actuellement et que nous avons eu sur cette matière, en union avec la sainte Église catholique. Nous confessons et croyons que les âmes séparées des corps et pleinement purifiées sont au ciel, dans le royaume des cieux, au paradis, et avec Jésus-Christ en la compagnie des anges, et que, suivant la loi commune, elles voient Dieu et l'essence divine face à face et clairement, autant que le comporte l'état et la condition de l'âme séparée. Si d'une façon quelconque nous avons dit autre chose ou nous sommes exprimé autrement sur celte matière, nous l'avons fait en restant attaché à la foi catholique, in habitu fidei catholicœ, et en parlant par manière d'exposition et de discussion; c'est là ce que nous affirmons, I tc'ist en ce sens que touldoil se prendre. " Puis, le p.ipi iii.iiiiuii -. iiiinettail au jugement de l'Église et de -■ n i nr - r,- qu'il avait dit et écrit sur ce point ou l-ni !!• Mille, op. cit., p. 441.

L ,iulliLiilii.ili: di- col acte solennel est indiscutable ;

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Benoît XII l'a officiellement sanctionné en publiant la bulle que la mort de son prédécesseur avait seule empêchée. Du reste, amis et ennemis Ao lonn ^XI1 conviennent du fait. Raynaldi, ann. li ii n :'iS i vi. p. 16. Mais on glosa sur les intention';, il I' - ii ^nliis ne se firent pas faute de mettre en doun l:i -iiK-.i)i.'', ou de nier la valeur de cette rétractation. 11 fallait bien Cfu'ils pussent dire : morhius est pertinax hxreliciis. Michel de Cezena, Appellatio a constitulione Quia vir rcprohus, dans Baluze, Miscellanea, édit. Mansi, t. m, p. 350 sq. Mais quelle justice attendre de ces fanatiquos! Jean XXII avait réellement incliné pendant plusieurs années vers l'opinion défavorable à la vision béatilique immédiate, sans toutefois lui donner jamais une adhésion ferme. Plus tard, les discussions qu'il souleva, la lecture des nombreux travaux que firent, sur son ordre, les évèques et les tliéolosiens. les attaques même de

ii'former qu'on a

sa prriiinri' Miipn'--hin i , <■-! .-i loii. ( prononc h- m.ii ,1 lni.-n . ].iii-..|iii'. m i.hiin.Mil i\r la controverse, le point en lili^- n:i\:iil pi^ .inniv iii- sanctionné par l'Église, ni pu- mir lir imuIimh I..i nielle, ni par une croyance de fail -uni-iiMUii ni . Im. .1 universelle. A tort aussi, qu'on -j pu h' ;i.ln,in XXll Imn d"S actes qui lui sont étrangers, par exemple, une pression exercée sur l'université de Paris pour faire écarter des grades théologiques quiconque ne jurerait pas de défendre et de tenir à jamais l'opinion du délai de la vision. Assertion fausse, dont Adrien VI, encore simple théologien, s'est fait malencontreusement l'éclio. Quiestûmes in IV SeiHeiitiariim, in-fol., Paris, 1516, De sacramento conf'iriiinhniiix. Inl. i'i.

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