X. Lk B.\C1ielet
III. BENOIT XII. Libellus de erroribus ad Armenos transmissus, Ravnaldi, Annales, an. 1341, n. 48 sq., Lucques, 1750, t. vi. p. 261-279; extraits dans Denzinger, EnchirkUon, 9* édit., Wur/bourg, 1900, document CLV. Trois points seront touchés dans cette étude : I. Historique. II. Analyse du Libellus. III. Réponse faite par les Arméniens.
I. Historique du Libellus. — Au cours de son pontificat, Benoit XII fit preuve d'une sollicitude toute spéciale pour les chrétiens d'Arménie, cruellement éprouvés et menacés. Après la dévastation du pays par les Sarrasins, il écrivit en 1336 une lettre d'encouragement à la reine Constance et essaya de provoquer une croisade parmi les peuples riverains de la Méditerranée; l'année suivante, il écrivit au roi Léon V pour le relever d'un serinent injuste que le sultan de Babylone lui avait imposé, le serment de cesser toute relation avec le pontife romain. Raynaldi, ann. 1336, n. 40 sq.; ann. 1337,
Mais son attention se portait
même temps sur l'état religieux de cette église. On a raconté, à l'article AuMiiNiE, t. i, col. 1904, 1931, les tendances diverses qui s'y maintenaient, la fondation des frères unis ou unileùrs par le vartapet .lean de Kerni et la vigoureuse campagne qu'ils menèrent non seulement contre la fraction schismatique de leurs coreligionnaires, mais contre des pratiques et des doctrines de l'Église arménienne. Dans une lettre à ses religieux, .lean de Kerni énumérait dix-neuf chefs
d'erreurs. Galano, Conciliatio ecclesi romanaexipsis armenoi-^im paU-um et doctonmi lestimoniis. Pars prima historialis, c. xxx, in-fol., Rome. 1690, p. 515 sq. L'un de ses disciples, Narsés Balientz, évoque d'Ourmia, dépassa de beaucoup son maître dans ses attaques, qu'il porta et soutint personnellement ;i Rome. Vivement impressioné, Benoit XII fit une enquête juridique; on interrogea sous la foi du serment des Arméniens et des Latins qui avaient vécu en Arménie, on examina soigneusement quelques livres d'un usage commun en ce pays. De là, toute une liste d'erreurs qui ne comprenait pas moins de cent dix-sept articles, souvent longs et complexes.
Ouand deux ambassadeurs se présentèrent, en 1341, à là cour d'Avignon, pour solliciter des secours au nom de Léon V, le pape leur remit le Libellus de erroribus; il y joignit une lettre où il déclarait au roi qu'il ne pouvait on consciencerépondre » son appel, tant que ces erreurs régneraient dans son royaume. Les ambassadeurs relurent également pour le catholicos ou patriarche d'Arménie, Mékitar Knertzi (1341-1355), un exemplaire du Libellus et une lettre où le pape demandait la réunion d'un concile national, pour condamner et extirper les fausses doctrines. lienolt XII écrivit enfin a quatre archevêques de l.i Grande et de la Petite-Arménie, en lesexcilantà s'employer aclivemenlau même dessein. Raynaldi, an. 1341, n. 15 sq., t. vi, p. 259 sq. Le roi fut très alfecté des accusations portées contre son tglise ; il chargea un religieux indigène, le franciscain Daniel.
liENOIT XII
vicaire de son ordre en Arménie, de composer un mémoire apologétique, qui fut envoyé à la cour d'Avignon. Raynalili, ibid., n. 70. t. vi, p. 279. De son côté, le catliolicos s'occupa de réunir un concile, selon les désirs du pape. L'assemblée se tint en 1342, à Sis en Cilicie ou Petite-Arménie, sous le roi Constantin qui, dans l'intervalle, avait succédé à Léon V. Étaient présents six archevêques, vingt-trois évêques, cinq docteurs ou vartapets, dix abbés et d'autres clercs, dont l'état nominatif est donné dans les Historiens arméniens des croisades, t. i, p. lxxi sq. Un luémoire fut rédigé, où tous les articles, sauf le cent quinzième, ont leur réponse. Longtemps inconnu, ce document a été publié pnr Mnriéne. Vrlrn,,,, scriptoruDi... coUectio amjih !'ii ITJi -.(| . I. VII, col. 310-413, puis
inséi'i' I' I >l I 'II- ilciix ouvrages : Sanctorum
concil:,'. .'- ,,■:.,,/„, .leLabbe-Coleti, SitpjjfeJHe»-
tui)i, l.iir(|ih .. i:i',i. I. m, col. 446-536, et Sao-oruni con- 'l'.i ri <ii>ipl.issima collectio, Venise, 1782,
Cilin, t. XX
11. An.\I.\M, hl LlDEUAS AD AflJIEXOS TRAXfMlSSUa. — Dans ce loni; réquisitoire, beaucoup d'articles se répètent ou se compénètrent ; beaucoup aussi n'ont aucune portée dùcli-in:ile, relatifs qu'ils sont soit à des opinions |iMi lu iilhi ' .. -,iii :i ilrs fciits ou à des usages susceptilil'- (I iMiri |ii/i,iii.iii .In.rse. On peut même dire que, d.in^ C' 11' iiih-Ikhi. I iiilerét dogmatique s'attache moins au r» ijuisiloiie lui-iiièaie qu'à la réponse officielle des évéques arméniens au concile de Sis. Il suffira d'indiquer brièvement, en les ramenant à quelques groupes généraux, les accusations contenues dans le Lihcllus.
[0 Trinité et atlrilnils divins. — Jadis les Arméniens ont enseigné que le Saint-Esprit procédait du Fils Cûiniiie (In l'èie : mais ensnile nn de leurs synodes (Ma-
ten.i
ii/-e//»,s deux propos ii- -mil ,,-\rx.r^ ,|iii. pn.es :,
la lettre, compromettaii'iil l.i x.'iMriic rln mr. ;i. 1 I:;. I I 1,
thélisme out été soutenus il;in- !.■ m. Mur -xn'.ile il ^r soutiennent encore en Arménie, a. 3, -l'K Jl. J.''. Jii, i^^- 30, 34, 35, 37, 73. A cette erreur se r.dl.ielM ni. Ju' ctement et incidemment, diverses asserli'iii- ivl.iines aux propriétés ou affections de la nature luimaine en Jésus-Christ, a. 104, 111, 112. On a, de plus, avancé cette proposition singulière, que le Christ, avant de s'asseoir à la droite de sou Père, aurait d'abord pr "' un jour avec cli'ienn ili'^ nen
3» Ame llin,i,n,,r ri ,n,,j,
S des anges, a. 33.
s .\rméniens ont
ou
le preexistentia- , t. I. col. 1020), e ,1 libeller sans Ile ~orle d'idées
■ndu déchaînement de
1 frrlir i-rnjiir-l. — Ce dogmc fondamental est méconnu en lui-même ou dans ses conséquences, soit en général, a. 4, 13, 18, 19, 61, 62, soit en particulier pour ce qui concerne les enfants nés de parents chrétiens, a. 6, 57.
5» Grâce et justification. — La gr.âce une fois perdue, on ne peut pas la recouvrer au même degré, a. 41. La passion de Jésus-Christ, sans autre don divin, suffit pour la rémission des pi'eliés. .t. 12.
6" Église. — Les .\iiii iii.ii- |ii\!ciMl.nl ]Ni--:r'(ler
seuls la véritable Égli-- M k i -'Hi' il- imi'Ur.' les
péchés; ils rejettent l'l-.;.li-e l.itnie e.iiii h L;reei|ue,
sous prétexte qu'elles mêlent de l'eau au vin dans le sacrifice de la messe, enseignent qu'il y a deux natures en Jésus-Christ et célèbrent la Noël le 25 décembre,
a. '32, 34, 36, 38. Par contre, il y a en Arménie trois catholici ou patriarches indépendants, qui professent une doctrine différente et laissent se propager impunément tonte sui-le ,1 erreurs, a. 37, 109, 110.
7" Priirrrir ,l„ j.niiife romain. — La plénitude de la juridieli.Mi c<.elr^M>ii(|ue n'est pas le privilège exclusif de l'evéque de Uume ; il n'a obtenu la primauté que par une décision du concile de Nicée, et il l'a perdue depuis celui de Chalcédoine, a. 84, 85, 96. On relève, en outre, dans le catholicos de la Petite-Arménie ou ses sujets des tendances et des procédés schismatiques, a. 78, 79, 87, 115-117.
8° Sacrements en général. — Les Arméniens ne croient ni à la vertu sanctifientricp des sacrements, a. 42; ni à leur validiti', f|ii;inil ils sont conférés en
dehors de leur Église oi mr ilr liur oatholicat, a. 38,
39;; ils font dépendre c. ii. ..ili.lii,. de lu foi ou de la sainteté du mini-in . ,i ii- ii'i
'è« Baptême ri — On rebaptise en Arménie ceux qui !■ I autre Église, a. 36, 56,
60, 77, sous la 1'.uis.vl pui.-.u.i.-iuu qu'il n'y a pas ailleurs de vrai baptême, a. 38, 5(i-5S, 73, 76, 78. Pour administrer ce sacrement, les Arméniens se servent de formules qui diffèrent; quelques-uns baptisent avec du lait ou du vin, a. 59, 67. Ils ne reconnaissent qu'aux évêques et aux prêtres le pouvoir de baptiser, a. 63. Us n'ont point le sacrement de confirmation, ou les évêques n'en font aucun cas et donnent à tout prêtre le pouvoir de le conférer, a. 63-65.
10" Pénitence et extrême-onction. — Les Arméniens n'admettent pas qu'un des leurs puisse être absous par des Latins ou des Grecs ; on nie même parmi eux que le prêtre remette vraiment les péchés; les formules dont ils font usage sont déprécatives ou incertaines, a. 40, 82. Ils restreignent le pouvoir d'absoudre conféré par Jésus-Christ à son Église, violent le secret sacramentel ou soustraient certains péchés à la loi de la confession, a. 48, 50-52, 53. Les abus en matière ,l'e\e.iniiiiiinication et de censures sont chose courante • Il .\nii' ni' . a. 54, 55. La confession secrète et spécili'pi' \ ''^1 lare, a. 82. On confond le pouvoir d'ordre et i\r |iiiiiluii(in, a. 84. L'extrême-onction est inconnue, et le viatique administré trop tard, a. 65, 83.
11" Eucharistie. — Xvec leur faux synode de Manazkert, les Arméniens refusent de mêler un peu d'eau avec le vin à la sainte messe, considérant cette pratique, commune aux Latins et aux Grecs, comme diabolique dans son origine et subversive non seulement du sacrifice eucharistique, mais de la foi elle-même, a. 32, 34, 71, 73. Ils soutiennent que la consécration ne se fait point par les paroles du Christ ; Hoc est corpus nieuin, etc., mais par la prière qui suit (c'est-à-dire l'épiclèse) ; d'ailleurs, rien de fixe ni d'uniforme dans leur manière de célébrer la messe, a. 66. Ils ne croient pas à la transsubstantiation, ou interprètent d'une façon; superstitieuse les effets du sacrement, a. 67, 70. Ils attaquent l'élévation de l'hostie et, d'une façon générale, la célé^ bration de la messe selon le rit romain, a. 75, 78.
12» Ordre. — Les Arméniens n'ont d'ordres sacrés que ceux d'acolvte, de diacre et de prêtre, a. 92. Les ordinations se f.'iil 'l'uie inini.i'' insuffisante : pas de porrection des iji^iiniin nN. m 'I "iM lien dans la consécration sacerdotale, ni <l' pi- liu ,i--i~lants au sacre des évêques, a. 65, 9i, («1. hm- li INtile Arménie, un simple prêtre peut ord"nie i !. - 'li.ieies, mais on n'y reconnaît pour évêques 'in. ' ' ii\ -m la tète desquels le catholicos a imposé la ui.un et le l.i-.i» de saint Grégoire l'Uluminateur, a. 95, 98. Ou permet aux diacres de se marier et, ce nonobstant, d'exercer les fonctions de leur ordre et d'être promus au sacerdoce, a. 93. Les élections patriarcales sont irrégulièr's, soit dans la Grande-.\rménie où l'empereur païen des Tarlares donne l'institution au catholicos, soit dans la Petite où le roi choisit parmi
BENOIT XII
les êvèques qui lui sont proposés celui qui offre le plus ■d'argent, a. 88. La simonie n'intervient pas moins dans l'élection et la consécration des autres clercs, évêques ou prêtres, a. 89, 97, 99.
13° Mariage. — Les Arméniens tiennent pour coupables les rapports conjugaux ; si Adam et Eve n'avaient pas péché, l'humanité se serait propagée d'une autre manière, a. 19. Ils refusent d'absoudre et traitent en païen celui qui s'est marié trois ou quatre fois, a. 49. Les mariages se font sans formules déterminées, parfois même sans le consentement des parties, a. lOO. Les lois canoniques et divines sont violées ; ainsi, malgré l'empêchement de consanguinité et d'affinité qui, en Arménie, s'étend jusqu'au septième degré, des mariages se contractent entro gens unis au troisième degré et audessous, sans que les évêques les inquiètent; le divorce suivi d'une nouvelle union est souvent permis; beaucoup d'Arméniens ont plusieurs femmes, soit au même endroit, soit ailleurs, a. 101-103.
•14» Eschatologie. — Avant le jugement général, les âmes humaines n'entrent pas au ciel ni ne vont en enfer; elles restent sur cette terre ou dans l'air, comme les démons, a. 7, 15, 23, 31. Après le jugement, les âmes saintes verront, non point l'essence divine, mais la gloire qui en émane, comme la lumière émane du soleil, sans être le soleil lui-même, videbiint clarilalem Dei, qiœ ab ejus esscnlia émanât, sicut lux solis entanat a sole et lamen non est sol ; les enfants non baptisés et les hommes d'une sainteté imparfaite iront dans le paradis terrestre ; les hommes médiocrement mauvais, c'est-à-dire les personnes mariées ou menant dans le siècle une vie commune, demeureront sur cette terre ; les hommes pleinement mauvais, c'est-à-dire les infidèles et les chrétiens pécheurs, seront, d'après les uns, jetés dans l'océan devenu tout de feu, ou, d'après les autres, ils seront tourmentés par leurs propres péchés, a. 8-12. 2i, 10.5. .\ ces erreurs s'ajoutent la négation du purgatoire, a. 17, puis diverses conceptions singulières qui se rattachent à la descente de .lésus-Christ aux enfers, comme sa prédication aux damnés, leur déli\rance et la destruction de la géhenne, a. 14, 18, 22, 2i. L'n catholicos a dit enfin qu'à la résurrection des corps il n'y aurait plus de distinction sexuelle; des laïques de distinction ont nié la résurrection elle-même, a. 106, 108.
15» Fêtes, pratiques et observances religieuses. — Les Arméniens fêtent la résurrection du Christ le samedi saint, usage qu'ils prétendent fonder sur une révélation divine, a. 27. Ils fêtent la Nativité de Notre-Seigneur le jour de rKpiphanie, et font de ce point un objet d'attaques passionnées contre les Latins, a. 32, 3't. Dans la Orande-Arménie, on ne voit pas de crucifix ni d'images saintes, a. 74. Bon nombre de pratiques superstitieuses régnent dans le pays : sacrifices d'animaux, a. 45; distinction entre mets purs et mets impurs, a. 46; exagération et interprétation pharis.n.|ih iln jcùiii- l'cclésiaslique, a. 47, 78, 79; fixation il. i.iiiiii~ imiis pour la
célébration de la messe ou 1;. hiiumii, :,, 80, 81;
substitution d'un peu de terre ;i I ' n. h iri.<tir. (juand on ne peut recevoir celle-ci en danger de murt, a. 107.
III. Réi'onsk des Arméniens. — Ce document, beaucoup plus étendu encore que le Libellus, mérite d'être considéré sous un double aspect, l'un polémique, l'autre dogmatique. Les références se rapportent au Supplenientiini ad concilia Venelo-Labbeana, par Mansi.
1» Aspect polémique. — Dans son ensemble, cette réponse est surtout une apologie de l'Ëglisc arménienne. Les Pères du concile de Sis rejettent la plupart des accusations ou comme fausses, ou comme fondées sur des faits réel», mais mal compris et mal présentés. A propos dos articles 75 et 78, col. 514 sq., ils se plaignent vivemeni de .Nersès llaliont/. et dépeignent la conduite de cet évoque d'imc manière propre à infirmer l'impar-
tialité de son témoignage. Discuter la valeur objective^ des accusations et des récriminations serait une tâche difficile et dépassant le but du présent travail. Une remarque s'impose toutefois, remarque dont il faut tenir compte pour apprécier le Libellus ad Arnienos plus équitablement que ne l'ont fait certains des auteurs cités à la fin de cet article, en particulier J. de Serpos. 11 y a dans ce document autre chose que des accusations calomnieuses, dues à l'ignorance ou à la malveillance. Les ambassadeurs du roi d'.\rménie confessèrent devant Clément VI que beaucoup d'erreurs s'étaient propagées dans leur pays. Raynaldi. an. 1341, n. 70, t. vi, p. 279. La réponse qu'ils apportaient suffit, du reste, à produire la même impression sur l'esprit du lecteur attentif.
Si les Pères du concile de Sis prennent la défense de l'Église arménienne en général, on ne peut pas voir dans leur mémoire une apologie de tous les Arméniens, ni même de l'Église arménienne entière, car ils savent, et ils nous en avertissent, que l'autorité du catholicos légitime n'est pas universellement reconnue, et qu'un parti schismatique maintient de vraies erreurs et des préjugés anciens; aussi défendent-ils surtout l'orthodoxie des évêques de la Petite-.\rménie, suivant la juste remarque de Mansi, note dans Raynaldi, an. 1341, n. 48, t. VI, p. 261 sq. De là des passages fréquents où se glissent, à l'endroit de la Grande-Arménie, des formules restrictives ou dubitatives, par exemple, à propos des articles 3, 34, 37, 38, 46, 49, 89, 94, 102,108,op.ei«., col. 450, 482, 485, 487, 491, 493, 523, 527, 530, 532. Souvent encore, en présence des propositions incriminées, les apologistes distinguent plutôt <iu'ils ne nient. Autre chose est ce qu'on croit ou pratique maintenant chez eux, et ce qu'on y a cru ou pratiqué avant l'union avec Rome : hoc tune faciebant, quando ignorabant veritateni, a. 3; opinio isla comnimiiter inieniebatur inter A>T)ienos, tamen ex tune qund unili fuimus cum Ecclesia romana..., a. 111, col. 450, 533. Autres sont les vues et les pratiques approuvées par l'Église arménienne, autres sont des imaginations et des pratiques bizarres, fruits de l'ignorance ou de la simplicité : hsec sunt veroa derisona et puerorum, a. 16; possibile est quod aliqui de simplicibus faciunt sic, a. 70, col. 461, 511. Surtout, autre est la doctrine officielle d'ime Eglise, autres sont les opinions particulières de certains docteurs : aliqui de magistris habentes opinioneni Grsecoruni dicebant, a. 7; quanivis invenialur in dictis aliquorum sicut scriptum est in articulo, tamen nos..., a. 112, col. 453, 533. Des exemples plus frappants se trouvent dans la réponse asx articles 110 et 1 16 ; plusieurs livres invoqués dans le Libellus, comme ceux du catholicos Jean Otznetzi et de l'abbé Paul de Taron, y sont désavoués, et Varlan de la Montagne-Noire est traité d'homme sans autorité et de brouillon, vir ignotus et amator rixse, col. 533, 535.
Quiconque voudra mesurer la portée de ces aveux, n'aura qu'à parcourir l'ouvrage déjà cité de Galano, pars altéra controvcrsialis, Rome, 1658, 1661. Les trois traités dont se conipo.sent les deux tomes de celle seconde partie portent sur toutes les grandes questions dogmatiques qui apparaissent dans le Libellus : la procession du Saint-Esprit et la dualité des natures dans le Christ, l'état des âmes avant ou après cette vie, la primauté du pontife romain et les sacrements de la loi nouvelle. Or, la partie imporlanle des erreurs relevées par lienoit XII s'y rencontre dans les citations faites d'auteurs que Galano appelle les faux docteurs des Arméniens, pscudoniagisiri; tels .lean Otznetzi, Paul de Taron. Varlan de la Montagne-Noire, Jean Vanagan, Mekhilar de Schirvaz. Simon de Joulfa, Etienne de Siounik. Jean d'Orodn, dépassé plus lard par son disciple, Grégoire de Datev, l'ardent cl anlicalholiquc auteur du Lirre des Questions.
Dès lors, pour pouvoir dénoncer dans le Libellus ad
iii:xuiï xii
Annetios un écrit diffamatoire de l'Église arménienne, il faudrait supposer que Benoit XII prétendait y consigner autant d'erreurs tli- I'Fl!' nu 'nii^nne elle-même.
Mais cette supposition n formelle avec
le préambule du LibcH i - sont attribuées
aux Arméniens ou « ./'" ' ■ nlre eux : inven-
tum est diclos Anneims n-I nliijni.s r.r eis tenere, crederc et docere articulas infrascriptos. L'expression Dicunt Anneni, par où débutent la plupart des propositions n'a donc pas, dans la pensée du pape, un sens universel et absolu, mais un sens partitif et indéterminé. On avait dénoncé, sous la foi du serment, toutes ces erreurs coinrne avant cuurs en Arménie;
Benoit XII de.n.Unlr ,,MX r^r.n,r-. ,]r |r, nu,~rnVC I.OU.'
lis 1(JS
donner un ténmi .m ■■ n i . m- iil • J.' \. n conserver la pur !■ .1" li l'-i .Im- N-m dénonciateurs ul juuI pj- luujuui.-, r bornes de la vérité, de la prudeuce ou de la cliarité, ils portent eux-mêmes une double responsabilité, celle qui viendrait de pareils procédés et celle qu'ajouterait le toil qu'ils pouvaient faire ainsi à la grande cause de l'nnilé reli^ifuse.
2' Aspri i dogmatique de la réponse. — Le pape avait invili' les évêques arméniens à proscrire les erreurs contenues dans les cent dix-sept articles; ils le font et sont amenés par là même à émettre sur les problèmes en jeu des professions de foi explicites. Sous ce rapport, la réponse du concile de Sis est, dans ses grandes lignes, précieuse et intéressante pour l'histoire du dogme catholique.
1. Procession du Saint-Esjrrit, a. 1, col. 446 sq. — On lit rarement, il est vrai, dans les anciens monuments de l'Église arménienne, que le Saint-Esprit procr.le du lils ; cependant ce dogme s'y rencontre parfois pNiuiiii.'. mniun' dans une oraison pour la renter'-l mi I > n dii ;i .II. personne divine : «Vous qui pr... i : i ' ! :, :
Fàre eldaFïls, in te prucedeiis n, . /
et Film. » Ce dogme n'a pas .'t.' n j. l- .1 m- l. -um.I. de Manazkert; il a été accepté, à des époques ditléreutes, dans des conciles de la Grande et de la Petite-Arménie. Notre Église n'est donc pas opposée à ce dogme, bien qu'il y ait eu des contradicteurs. Cf. Galano, op. cit., part. II, t. I, p. 393sq.; F. Nève, L'Arménie chrétienne et sa littérature, in-8» , Louvain, 1886, p. 78 sq. ; L. Petit, art. Arménie, t. i, col. 1949.
%. Dualité des natures dans le Christ, a. 3, 35. — Le synode de Manazkert, tenu sous le catholicos Jean Otznetzi, en 719, a vraiment rejeté le concile de Chalcédoine, mais par une erreur de fait, les membres de l'ancien synode arménien étant dans la fausse persuasion que ce concile favorisait le nestorianisme. Depuis lors, deux synodes tenus à Sis en 1307 et à Adana en 1316, l'un et l'autre beaucoup plus considérables que celui de Manazkert, ont pleinement accepté la doctrine des deux natures et le concile de Chalcédoine. Pour apprécier l'ancienne attitude, il faut tenir compte de l'équivoque que présente le mot nature en langue arménienne; ce qu'on a rejeté, ce sont deux natures divisées, mais non pas deux natures unies dans l'unique personne du Verbe, a. 20, 25, 52, col. 466, 474, 495. Voir dans la réponse à l'article 21, col. 469 sq., une longue profession de foi, d'après les saints Athanase et Grégoire de Nazianze. Cf. Galano, op. cit., t. I, p. 18 sq.; Nève, op. cit., p. 77; L. Petit, loc. cit., col. 1931, 1950 sq.
3. Ame humaine, a. 5, 43, col. 452, 489. — L'Église ai-ménienne a toujours réprouvé le traducianisme, et admis la création de l'àme humaine au moment même où elle est unie au corps qu'elle doit animer. Le libre arbitre est, de sa nature, exempt de nécessité, et nulle cause extérieure ne peut lui faire .complètement violence. Cf. Galano, op. cit., t. ii, p. 1 sq. ; T. Lamy, art. Ame chez les Arméniens, t. i, col. 1019 sq.