‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 255 sur 741 · BERENGER PIERRE — BERENGER DE TOURS · texte numérisé non relu

BERENGER PIERRE — BERENGER DE TOURS

.. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, (le tout ton esprit et de toutes tes forces.- »

Toutes ces critiques ne vont qu'à prouver une chose : c'est que tout le monde se trompe, et que celui qui s'est trompé n'a pas le droit de juger trop sévèrement les autres. « Si Abélard avait fait une faute en parlant, il devait sentir de la part de son juge les douces mains de la miséricorde plutôt que les tenailles brûlantes de la colère. »

Bérenger se promettait de justifier la doctrine d'Abélard dans une seconde partie qui n'a pas paru.

Sa lettre aux chartreux contient, avec un éloge de leur institut, un violent réquisitoire contre leur conduite, mais en somme (et c'est à cela que se réduisent ses accusations), tout leur crime est de violer la règle du silence, et de prêter une oreille trop complaisante aux commérages du dehors.

Dans le prologue de son Traité de l'incai-nation, Bérenger attaque les moines en général par ce trait satirique ; Apud religiosos pateUa psalmus est, el pinguis refectiu Alléluia; « chez les religieux, le psaume est un petit plat, et l'Alleluia un menu succulent. » Au moine de Jhirseille il reproche d'enseigner que le Dieu souverain ûsl distinct du créateur de l'univers.

Kn somme, l'oeuvre littéraire et théologique de Bérenger csl plutôt polémique et satirique que didactique et posili\i'. Elle lui suscita des ennemis. Par crainte de l'orage (|u'il avait déchaîné contre lui, il prit le parti de s'expa- Irier. .Vprès avoir erré çà et là, sans savoir où se fixer, il liait par se terrer dans les Cévennes. Ce fut de là qu'il écrivit à révê((ue de Mende, Guillaume {H09-1150), une lettre qui contient une rétractation assez équivoque de ses précédentes satires. Il rend hommage à la sainteté de l'abbé de Clairvaux : « A mon avis, dit-il, il est le Martin de notre époque. » Cependant il n'est pas encore canonisé; c'est un homme sujet comme les autres aux faiblesses de la nature; « il brille comme le feu; mais ce n'est pas encore le soleil, il n'est pas encore fixé au firmament; c'est tout au plus une lune... Quant à sa doctrine, si je l'ai mal interprétée, qu'on me réfute. » Legant eruditi Apologeticum gueni edidi; et si domniini abbatem juste non avgui, licenler n\e redarguanl. Néanmoins un peu plus loin il déclare qu'il ne faut pas prendre au sérieux, mais pour une simple plaisanterie, tout ce qu'il a écrit au désavantage de l'homme de Dieu, n va plus loin; comme on lui reprochait de ne pas avoir tenu sa promesse en justifiant la doctrine d'Abélard, il répond qu'il est devenu plus sage avec le temps et qu'il est tout à fait de l'avis de l'abbé de Clairvaux. « Je n'ai pas voulu me faire l'avocat des chefs intentés contre Abélard, car si la doctrine en est bonne, elle est aussi mal sonnante. » Venant ensnilr :iu\ iimc lives lancées contre les chartreux, il coiim> ni i|iiirr^ Imms anachorètes amassaient de grandes riclp'^^^'^ ~|hi ilii.'llrs. « Mais voyant, dit-il, qu'ils les milin- m i\ m- un -.npercé, par la liberté qu'ils se ddnn i ni .1 i i i I bouche à tout propos, j'ai voulu fern h i I :i. n i.i — , . n leur imposant silence, afin de cons.ix- i l,i puii lann. de la religion. Quant au moine de Marseille, il mérilail une réprimande, comme l'atteste la lettre qu'il m'a écrite. Le trait contre les religieux qui aiment les menus succulents n'est qu'une boutade qui, lancée contre tout le monde, n'atteint personne. » Bérenger finit par demander pardon à ceux qu'il a blessés, voulant bien s'avouer coupable, mais par manière de parler : Velùam rogo innocens, et simagis placet, veniani posttdo

Cette rétractation est manifestement insuffisante, sur-

loiil en ce ijni reçarde les attaques dirigées contre l'abbé

'I' < I II lin Xdiis avons montré, Revtie des questions

l'M il 1891, p. 223,queBernard n'a jamais

•- i i - I lï-ies licencieuses qu'on lui attribue.

ii'iii ;ni |iliis poiit-il être question de juvenilia suv un

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... S,.h-l.iii

sujet profane. Les railleries que Bérenger adresse a l'abbé de Clairvaux au sujet de l'oraison funèbre di Gérard, interrompant le commentaire sur le Cantique des cantiques, sont également déplacées. Il lui reproclic en particulier, d'avoir fait deux emprunts à l'oraison funèbre de Satire par saint Ambroise et en conclut queson chagrin est un chagrin de rhétorique. Mabillon remarque judicieusement que, des deux passages alléguc-s en preuve, un seul se trouve dans saint Ambroisi Senn., xxvi, in Canlica, P. L., t. cxxxxiii, col. 9ô:'. note. Du reste, il n'y aurait pas de honte à imiter saint Ambroise. Peut-on dire qu'un chagrin ne peut être sincère quand il entre des réminiscences dans les termes qu'on emploie pour l'exprimer'? Le reproche d'hérésie serait plus grave, s'il ne tombait aussi absolument à faux. Quand Bernard dit que l'àme « tire son origim» du ciel », il entend par là, comme le prouve toul b contexte, qu'étant, de sa nature, spirituelle, comme li anges, elle doit tendre au ciel qui est sa vraie patrie-. A'ani si propter lorpus, quod de terra habet, tabeniacuiis Cedar se assituilat.t^urnoii propler aniinani, guss de cxlo est, cœla xqiie similem se esse glorietur, prxsertini cum vila lestclur originem, testetur naturœ dignilalem et palriae. Secwi., xxvii, ;'// Cantica, n. (5, P. L., t. CLXXXiii, col. 915; cf. ibid., noie de Mabillon. Faut-il faire une chicane à saint Bernard d'avoir dit que la nn-snL. .1 aimer Dieu, c'est del'aimer sans mesiiii- /'. <if'"i,',,do Deo, c. I, P. L., t. CLXxxii, observer que cette c parole d'or », onle à Sévère de Milève, corres- \-\m. Kpisl.. cix, P. L., t. xxxill.

I I m \anx imitedans cette citation . 'I. niltcKS, 1. VII, c. XI. Bref, il n'y a pas lieu île premlre au sérieux aucun des reproches que Bérenger adresse à l'abbé de Clairvaux, il lui-même se rendait justice quand il écrivait ; nonserm legatur. Ce qu'il disait de la personne de l'homme do Dieu, il faut l'appliquer également à la doctrine : -Si quod inpersonani liominis Dei dixi,joco legatur, non serio. Epist. adMinialrnscm l'insnipum.

Les ouvrages de Bri.i,^-,r -i- li-rhi, /-. ; ,. i. ,l\•^^lM, col.t857,etdans Cousin r < i ' . ; . - '-, i-n: i~:n i, p. 771 sq. Oddoul a ir.--! i . ,

de Mende à la suite ir.t».' ■-/./;■/ - j i M M in. Paris, 1853, p. 265 sq.

A consulter Fabricius, édil. Mansi, 1. 1, p. 198; Noël Ale.xandiv, Hisl. eccl,, saec. .\l, xn, diss. VII, a. 9; dom Ceillier, Histoi' lies ailleurs sacrés et ecclésiastiques, t. xiv, p. 327; Ba>h. Dictionnaire historique et criliqiw, au mot Bérenger; histoire littéraire de la France, édit. Palmé, t. xir, p. 2;i'i : Kirchenlexihun, t. n, col, 390.

E. Vacand.\bd.

2. BÉRENGER DE TOURS. -I. Vie. II. Doctrines III. La conlrii\- 1 -•■ l-n-ii-arienne.

I. ViR. — Iv I. ii. I i]ai|iiil à Tours, ou dans ses en\irnns. vers l'm Iciiii 11 alla, jeune encore, recueillir les 1. I -il- il' I ni; - 1 ' ( :Imi lies. Son intelligence ouverte, -i-n ai.li m il. ■ -. il '• • lassèrent au premier rang des ili~ii|ilr- il- I , 11. M. IIS il semble que, dès lors, il in^|iii i 1 !inli-s. Guillaume de Malmesbury i-a-

ccm: '- Anglorum, 1. III, .N 285, P. /...

t. i I ■ : i|iu' Fulbert, surson lit de mort, aper-

ce\.ui; 1..1 im^i 1 il.m.s la foule de ses visiteurs, ordonna ilile faire sorlir, el assura qu'il avait vu, prés de lui, un démon qui invitait, d'une main caressante, beaucoup dr gens à le suivre. Sans doute ce récit est loin de s'imposer, et l'on peut admettre que le portrait de Bérenger étudiant tracé par Guitmond, De corporis et sanguinia Christi veritale in eucharistia, 1. I, P. L., t. cxLix. col. 1428, est poussé au noir. Mais nous savons, par un condisciple de Bérenger, Adelman de Liège, De etichuristix sacramento ad Berengarium epistola, P. /. . t. cxi.iii, col. 1289, que Fulbert exhortait avec lannrs ses élèves à ne pas dévier de la ligne droile de l'orllio-

HÉRENCKIi DE TOURS

doxie; et, s'il est pcul-élrc excessif de supposer, avec M. Clerval, Les écoles de Cliarires au moyen âge, Chartres, 1895, p. 105, qu'il y a une allusion à Bérenger dans le passage d'une lettre de Fulbert, la xlvif, P. L., t. cxi.i, coir225, où l'évêque de Chartres dit d'un de ses disciples, Adelman, que liiporum insidias sagacilet- cavet, en revanche il est certain que la question eucharistique préoccupait Fulbert. Dans une lettre, dont l'autlienticitiS niée par M. l'Iister, De Fulberti Canwtensis vila et opei-ibus, Nancy, 1886, a été établie par M. Clerval, op. cit., p. 42, Fulbert repousse des doctrines où se trouve, au moins en germe, toute l'erreur de Bérenger : à rencontre de certains esprits qui jugent trop charnellement des choses de la foi et, en particulier, des sacrements, Fulbert déclare qu'il ne faut pas, en ces matières, s'arrêter à ce qui tombe sous le regard, que l'eucharistie ne doit pas être appréciée selon les apparences et d'après le seul regard corporel, qu'en elle nous n'avons pas inanis mysterii siimbolum, sed... coi-piis Christi veruni quod...,subvisibili creatiirm fofma, iiivisibililer cii'lus secvela... operalur, que la matière de l'eucharistie natures et generis sui mefiticm Iranscendens, in Christi substanliam commutelur. P.L., I. cxu, col. 199, 201-203. Les idées que Bérenger défendit dans la suite étaient donc dans l'air pendant son séjour à Chartres, et il n'est pas impossible qu'il les ait déjà adoptées.

Apres l:i iiiorl (li> l'ulbert (1029), lîérenger quitbi Charhr- Il iir i,ii,i:i pas à devenir écolàtre de Tours et arrliil! 1 I I \ii -is. S'il demeura, quelque temps et à |ilii-i 111 n|ii -. à Angers, en sa qualité d'archidiacr.-, d. I.A„j.,u historique, Angers, 1901, I. ii, p. :MS. il résida liabituelleiucnt à Tours. Sa roputatioii i;r:iihlil vile et attira à son l'cole de Sainl-Miirtin de lnilluiN élèves, parmi les<|n('ls on cite Hildebert de Laviinllii. Cf. pourtant Buurassé, P. t., t. CLXXI. col. 21-'22. Teulêtre faut-il lui joindre Eusèbe Brunon, le futur évéque d'Angers; cf. .Maljillon, Annales ordinis S. Benedicti, Lucqucs, 1739, t. iv, p. 146 ;C. Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, Paris. 1874, t. I, p. 318, .528, — ainsi que le fondateur de la Chartreuse, saint Bruno, cf.. contre cette hypothèse, Mabillon, Acta sanct. ordinis S. Benedicti, s:ec. VI, part. 1, Paris, 1701, p. iv-v; part. II, p. un, et, pour elle, les boUandistes, Acta sanctorum, Paris, 1866, octobris, t. ni, p. 504-508, et Delarc, Saint Grégoire Vil, Paris, 1889, t. ni, p. '352. liaudri de liourgueil ne vint pas à l'école de Saint-iMartin de Tours, et n'eut dcinr pas n.'Ti-M^>,r pour ii.iiilr.', mais il put le conniiiii- .1 \n. I- i:f. II. p,,-^.|i,i, 1 /; /, ;. „hl„: ,lr

Quani ■ I Miii .- . :: ' .■ <■■'-!. . n i 1, ,l,.,',-

pie. (:i \--f: lli^i' ,■ .l< /a' '. . ., ./ ' y;-., Km'cux. 1901, 1. I, p. 119.

Au dire de Ouitmond, P. L., t. cxux, col. 1428, Bérenger fut jaloux do Lanfranc qui l'avait vaincu dans une discussion .1. .li.il. iii.|iic, . I .1. 1'. r.il. .lu liée qui

éclipsait ccllr it ^nni Mu lin ,i. I -, |M.iir attirer

l'attention i-l Lî"ii|"i .hin^iu ■'.■ -.i -Imm- .I.' nombreux audilrin-. il - mil > n l/l. ,1. Iimii,, r ihi nouveau, et de là ses spéculations hétérodo.'ios. Deux faits contribuèrent à lui donner de la hardiesse : l'élévalion de son ami Eusèbe Brunon au siège épiscopal d'Angers (1047), et la protection de Geoll'roy Martel, comte d'Anjou. C'est vers cette date de 1047 que Bérenger commen^'a d'émettre publiquement .ses théories nnlieucharistiques.

Un de ses anciens condisciples de Chartres, Hugues, évéque de Langres, eut avec lui, à Tours, une longue conférence d'où il emporta la certitude que Bérenger avait, sur l'eucharistie, d'autres sentiments que ceux de l'Église universelle ; Hugues s'en expliqua dans une lettre écrite en 1048 ou dans les premiers mois de 1049. Pour

I cette lettre et les écrits divers que nous allons mentionner, voir la bibliographie à la fin de cet article. Adelj man, écolàtre de Liège, et ancien condisciple dv Béren- ] ger lui aussi, avait eu v,iii. il.> -ini . >M-'. ,1. . .lirlrines de récolàtredeToursetiiii - ni i ni 1 i, ml i n i.iisei-gnements par Paulin, pi 1111. :. I 1 M ' 1 : i n^ i- .ivait répondu à Paulin en si- r.,nM,inl .1- liiii-inii dr .lean Scot Erigène, et, comme Paulin lui avait couiuiuniqiuses doutes sur l'autorité de Scot, Bérenger avait accentué ses opinions dans une seconde lettre à Paulin. Pendant ce temps, Adelman, ne recevant pas de ses nouvelles, écrivit (vers le commencement de 1050) une lettre, qu'il compléta plus tard, et dans laquelle il adjura Bérenger de respecter « la paix catholique ». P. L., t. cxuil, col. 1289.

1 La condamnation portée au concile de Reims (1050) ' contre « les nouveaux hérétiques qui venaient de surgir iliiis I. > C.iiiilis 1), et que nous connaissons par le moine Au . liiir. Ili<inria dedicationis ecclesiœ sancti Reniigii /; r,,/,,,^ ^. /' /,., t. cxLn, col. 1-437, vise-t-elle Bérenger .1 -i-.; [iiii lisaiis? Ce n'est pas improbable, si ce n'est I tout à fait sûr. Vers la même époque, ayant appris que . ; Bérenger battait en brèche la doctrine traditionnelle sur 1 l'eucharistie, et qu'il appuyait son enseignement sur l'autorité d'un livre attribué à Scot Erigène, Lanfranc taxa d'hérésie la doctrine de Scot Erigène sur le sacrement de l'autel, et soutint l'orthodoxie de Paschase Radbert que Jean Scot Erigène et Bérenger n'admettaient pas. Bérenger averti se hâta d'écrire à Lanfranc : comme celui-ci, dans l'intervalle, était allé assister au concile de Rome, la lettre lui fut portée à Rome, et fut lue au i-nnnile (1050), lequel condamna Bérenger et lui signifia ili i iiiiiparaîlre devant le concile qui devait se tenir à \i iiril. au mois de septembre de la même année. Bérriii,'. T résolut, à ce qu'il affirme, d'aller à Verceil, mais non sans avoir obtenu la permission d'entreprendre ce voyage du roi Henri 1"', abbé nominal de Saint-Martin de Tours. H se rendit donc auprès du roi, tout en faisant un détour à Préaux (diocèse de Lisieux), où il essaya en vain de rallier à sa cause son ami l'abbc Ansfroid, — et à Chartres où s'engagea une discussion qui tourna contre lui. Peut-être aussi faut-il placer à cette date une tentative de Bérenger pour se concilier Guillaume de Normandie, le futur conquérant de l'Angleterre, et la conférence de Brionne (près ■ du Bec), convoquée par Guillaume, et dans laquelle, raconte Durand de Troarn, Liber de corpore et sanguine Christi, c. xxxni, P. L., t. cxLix, col. 1422, l'.érengerfut réduit au silence et contraint de donner son

'■■illi-li.|iin, lniiMiiil .In lr....rii. il .M \\:«. I .■<• voyage

.!-■ l;r.'l:.i;ii,. ,11 1(1.",:;, i,i.,[-. .nhim.' il ,.j,iii!.' .|iii- 1.1 conférniu:.- il..' liiiunii.j lut anlnneuri' .lU cuuiiln ..I.j Vorceil, il est probable que cette date de 1053 est une erreur des manuscrits. Quoi qu'il en soit, Henri I"' ne laissa point partir B.'ivnger pour A'erroil : il l'emprisonna. Des

histuri.ni-. Il' i.Mlli iir.nl. P''l-' i:..;-'!'"^ VII

ind

France de tenir Bérenger à l'abri dus périls qui l'attendaient à Verceil ; mais la manière dont Bérenger s'en exprime. De sacra cœna, Berlin, 1834, p. 16, démontre qu'il n'en fut rien. Cf. Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, Paris, 1871, t. vi, p. 327; P. -P. Brucker, L'Alsace et V Eglise au temps du pape Léon IX, Paris, 1889, t. Il, p. l'55-158, 397-399. Du reste, la captivité fut courte; Bérenger s'en tira à prix d'or et alla se réfugier auprès du comte d'Anjou.

Cependant l'absence de Bérenger n'empêcha point le concile de Verceil (1050) d'examiner et de condamner sa doctrine. L'année suivante, en dépit d'une lettre de Théoduin, évéque de Liège, qui l'invitait i punir Béren-

BÉRENGEli DE TOURS

gpr et Eusèbe Brunon, au lieu de leur accorder de se faire entendre par un concile, Henri I"' convoqua un synode national à Paris, pour juger Eusèbe et son archidiacre ; les deux inculpés s'abstinrent d'y venir, et furent condamnés. La réconciliation du comte d'Anjou avec le pape Léon IX enleva à Bérenger de son assurance. Hildebrand, le futur Grégoire VU, étant venu à Tours et ayant présidé un concile, Bérenger signa une formule de foi tucbaristique. Peu après (1055 ou 1063), le synode de Rouen dressa une formule de foi, qui était la contradiction explicite de la thèse bérengarienne. En 1059, au concile de Rome, Bérenger accepta une nouvelle profession de foi eucharistique. Dès qu'il se sentit libre, il attaqua le concile, dans le premier livri\ imjnMrri'hui perdu, du De sacra coma (nous en rivoii~ l,.iili lo:.; ,1,'s fragments dans le De corpore et sanfiiii,<r /)..,,,/,./ .nlversus Berengarium Tvronensem.qui- l.,iiili,iih m (liji;i

entre 1063 et lOTO): Une assemblée, qui -■ i. i MhJi

à Angers, dans la chapelle de la couil. — lliia l ndr. mère de Geoffroy Martel, et qui eut à s:i i. ii l u . ii- .^ luc de Besançon, fut défavorribl(' à Tîér.'uuoi . Sm , , - , iihrfailes, Eusèbe Brunon ^r iI/>I;h'Ii;i i]r lui. •■< Ir lui -i^iiifia, dans une lettre fuii iii'llr .1 .i|irr- W. Ili mkni^. il.in^ Zeitsriu-ift. fin- Kii-che,i<j,'^rl:, ./,!.■. (,o[Im. Is:ij. i/ \mi, p. 175, celte lettre ne serait que ilr liiTli ihiidnil (|iii i li .ilfroy le Barl)U, qui avait succéd. il i,i(^ilMi\ Mulrl liii'iO .

poursuivait le novateur de son h^-iilili • I i rmi IlhI .L

remplir ses fonctions d'archidi.ieic. Ili iLii^n iniplui.i la protection du pape : Alexandre II intervint en sa faveur par des lettres pleines de bienveillance et qui ne contiennent aucune réserve sur son orlhodoxir. Bérenger

pourtant n'était pas traÈj-rniiji.>: ^m r.i|i|iorl <1 i.iih'i]!-

porain, Bernold de ('..iii-Lui, i . /). Il.ru, ;/,',,, A.,,, v,,,,chse damnatione nuili'/'lni . ,-. \ii. /'. /,.. i, .\i\iii. col. 1456, Alexandre II dul l\nurlii de ivnoucLi diliuitivement à son erreur et de ne plus scandaliser la sainte Église; mais Bérenger notifia au pontife romain son intention de demeurer inébranlable. Vers la même date, il répondit au traité de T,.iiirr,iiir pu l.' De sacra coma adversus LanfranciDu l:l

Les condamnations contre I i n.^ i nuuvellent

aux conciles de Poitiers (InTi -i; InT.'i ■ i de Sainl- Maixenl i 1117.") ou K)76): ;iii pin, un, il i,iiiii.|ii:i éh,-

llilaire. Cl. la cbroniqur dr S.iinlMiis.n! il, m- .\l:.rchegay et Mabille, C/ironiqur- '. - / - . '',!//,./». Paris,' 1869, p. .i06, et en i.ip; i ; i ■ ' !■ ihr dr Lanfranc, P. L., t. cl, col. .'li ; m, < m 1",s il r-i à Rome, au concile de Saint-.Jr.iii II ' i m i m m in,' par Grégoire VII ; il y si^n.- une ImiiumI. J. i\<\ laquelle, après coup, ne semlilr pi- ,i--. / , \|ilh m, , |, année suivante, s'ouvre encore un reiiril, ,iii l„iti,iii: Bérenger est contraint de signer une formule plus précise, destinée à supprimer toutes les échappatoires. Le pape Grégoire VII, toujours doux envers Bérenger — ce qui lui vaudra d'être accusé, par le pseudo-synode de Brixen (1080), d'avoir pactisé avec l'hérésiarque, et par des historiens modernes, par exemple W. llartens, Gregor VU, sein Leben und Wirken, 2« édit., Leipzig. 189i, t. i, p. 269, d'avoir montré une condescendance excessive à l'égard de Bérenger et de ses doclrines — croit à la sincérité de son repentir, et défend de l'inquiéter dans sa personne ou dans ses biens et de l'appeler hérétique. A peine de retour en France, infidèle à ses serments, Bérenger écrit contre la formule qu'il a souscrite en dernier lieu à Rome. Le concile de Bordeaux (1080) obtient de lui une dernière rétractation. A partir de ce moment, le bruit fait autour de ses doctrines s'apaise. Bérenger mourut dans l'ile de Saint-Cosme, près de Tours, où il passa ses dernières années, probablement en 1088, le 6 janvier. Larroque, Histoire de l'eucharistie, Amsterdam, 1669, p. 439; Oudin, Commentarius de scriptoribus Ecclesix antirjuis, Leipzig, 1722, t. ii.

col. 635, etc., ont soutenu que Bérenger n'abandonna point les idées qu'il avait patronnées si longtemps et à travers tant d'obstacles ; ils se basent principalement sur Bernold de Constance, Chronicon, P. L., t. cxLviii, col. 1383, d'après lequel Bérenger ad voniitum siinni canino more non expavit redire, nam et, in romana sinodo canonic.c convictus, heresim suant... anathemalizavit, nec lamen postea dimisit. Mais il ne semble pas que cette affirmation puisse tenir contre les textes qui la contredisent. Les épltaphes fort louangeuses de Bérenger, dues à Baudri de Bourgueil et à Ilildebert de Lavardin, seraient inexplicables dans l'hypothèse de son impénitence finale, la dernière surtout, dans laquelle Ilildebert ne souhaite pas un sort meilleur que celui de son maître,

Xec fiât melior sors inea sorte sua.

P. L., t. CLXXi, col. 1397. Clarius écrit, dans la chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, cf. d'Achcry, Spicilegium, Paris, 1657, t. ii, p. 749 : Anno iOSè, Heri'nfiariwi, Turonensis niagister et admirabilis plii-

Insnpliu'^. aunitor panpeniiu, effloniit... Post hsec fdelis ,•( ri'rr cul/ioliciis rilam jinirH. La chronique de Sailli M.irlin lie Tours place la mort de Bérenger en liiss I ri|«|"II. ''ualement fidelis et vere calliolicus. t'A. I;., , ,': ' c/t's historiens des Gaules et de la

/, J I I lis 1877, t. xit, p. 465. Le nom de

l;..|eii,< I li.iii 11 diiis le nécrologe de l'église cathédrale d Angers, ce qui n'aurait certainement pas eu lieu si Bérenger n'avait pas fini dans la communion catholique; il se lisait également au martyrologe de Saint- Martin de Tours. Cf. Hauréau, Histoire de la philosophie scolastiqtie, Paris. 1S72. t. i. p. 243. Sa conversion fut considérée comme si authentique et parfaite qu'avec le temps on en vint à le tenir pour un saint. Cf. Guillaume de Malmesbury, Gcsta regiim Angloruni, 1. III, § 284, P. L., t. CLXXix, col. 1257; Mathieu Paris, Histnria major, édit. Wats, Londres, 1684, p. 10. Guillaume de Malmesbury, ibid., S 28.ï, col. l2."iS. prête ce mot à Bérenger mourant et qui ^/iiii^-ail ,111 souvenir des disciples qu'il avait entraiuis dans llhaVsji. : Hndic, in die apjiaritioiiis s>i,t, appntrrhii miln Dmiiiiius métis Jésus i:iirisliis, pi-<,pli:r iinnilrni ni,ii . ul spero, ad gloriam, r,'l, pri'pifi- iili,:s. ni iiiiiru. ad pomani. L'anonyme de

Mell>. /'e srriptnrihns r,;'l,'fi,:islicis, C. LXXXVIII, P. L..

1. oi.xiii, Cul. 'JT'J, dit qu'on lui attribuait ce distique ; Constat in altari carnem de pane creari; Ipsa euro Dcus est ; qui negat hoc reua est.

Voir encore .lean d'Ypres, C/icoHico»! sancli Bcitini, c. xxxvii, dans Martène et Durand, Thésaurus noms anecdotorum, Paris, 1717, t. m, col. 578.

II. Doctrines. — i'. qiestio.ss oivEnsE^. — Le nom de Bérenger est resté attaché à l'histoire du dogme eucharistique. Sur d'autres points encore il a émis ou on lui a attribué des opinions contraires à l'enseignemenl de l'Église, mais moins retentissantes.

Dans la dispute de Chartres (1050), le prévôt Guillaume lui reprocha d'avoir dit que la crosse de l'évèque n'était pas le signe de la juridiction spirituelle. Au moment où la question des investitures, déjà posée, allait ouvrir la grande lutte du sacerdoce et de l'empire, on voit l'iruportance de cette déclaration. Nous avons une lellie do Bérenger, adressée à l'un des témoins du débat, Ascelin, son ancien cuiiili-.ei|ile de Cbartres; il affirme qu'il y protesta et qu'il edulinne i imitester contre cette théorie sur la crosse elUseupaU. /'. /,., t. CL, col. 66.

Vis-à-vis du sainl-sicLie, Bérenger nianqua au double devoir du respect et de l'obéissance. Cité devant le concile de Verceil, il prétendait n'être pas obligé de s'y rendre, « parce que, selon le droit ecclésiastique, nul ne doit être forcé à comparaître devant un tribunal hors de sa province. » De sacra cœna, p. 41, Le pape, à l'entendre, est un sacrilège, et le concile de Verceil une

BERENGER DE TUURS

assemblée de niais. De sacra ciyna, p. :ifj,4i. Les injures à la Luther sont prodiguées : Saint Léon IX est non ponlificem sed pompiliceni et pulpificem,le saint-siège est le siège de Satan, l'Eglise romaine est vanitatis cunciliiini et Ecclesiani 7nalignantium , eUe est entachée d'hérésie, et la vérilahle Église subsiste en Bérenger et en ceux qui le suivent. Cf. Bernold de Constance, De Beringerii hxresiarcliie damiiatione mulliplici, c. vi, P. L., t. cxLViii, col. \hTjlà; Durand de Troarn, Liber de corpore et sanguine Clirisli, c. x.v.viii, P. L., t. cxLix, col. 142-2; Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, c. xvi, P. L., t. CL, col. 126, ti'2.

Bérenger écrit, dans une lettre qui est des environs de 1048, que l'évéque de Poitiers, en excommuniant un diacre parce que celui-ci s'est marié, lui semble avoir agi contre les canons. Le texte publié par Martène et Durand, Thésaurus norus anecdotorum , Paris, 1717, 1. 1, col. 19.>l!)6. ajoute : « à moins peut-être que l'obstination du diacre n'ait forcé l'évéque à agir ainsi ; » mais ce membre de phrase est absent du manuscrit édité par Sudendorf, Berengarius Turonensis, Hambourg, I.SjO, p. '200, et semble une addition postérieure qui ne serait pas de Bérenger. Cf. .-^udendorf, ibid., p. 92.

Théoduin de Liège, P. L., t. uxLvi, col. 1439, de qui dépend Guitmond, De corpons cl sanguinls Christi verilale in eucharislia, 1. I, P. L., t. c.xi.ix, col. 1429, dit ipic Bérenger et Eusébe Brunon, « renouvelant les antiques hérésies, rejetaient les mariages légitimes et, autant qu'ils le pouvaient, le baptême des enfants. » Si Bérenger enseigna ces erreurs, ce fut seulement aux origines de sa campagne; cela ressort du passage de Guitmond que nous avons indic|ué. Une lettre du cardinal Uumberl à Eusèbe Brunon, publiée par Brucker, L'Alsace et l'Église au temps du pape saint Léon IX, t. II, p. 39.'î-.39.'j, prouve que l'évéque d'Angers parut suspect dans la question du divorce; peut-être laccusation de Théoduin de Liège a-t-elle sa source dans ce fait. Peut-être encore Théoduin, iniluencé par le souvenir des nouveaux manichéens d'Orléans ( 10221 et d'.\rras (1025), cf. Mansi, Conritioruiu amplis, collectio, Florence, 17fti, t. XIX, col. 'Sî'A, 42:5, a-t-il conclu trop vite que Bérenger renouvela leurs hérésies sur le liaptôme et le mariage, en même temps que leurs négations antieucharistiques. Nous savons, du reste, que l'allicliv des hérétiques d'Orléans avait eu si 1 |i t n i n dans l'école de Fulbert de Chartres. Cf. 1 ii / - s de

Chartres au moijen âge, p. 132. \ 1 i lnijer.

Beitrâge zur Sektengeschiehle rfe^ M iUcuiUc, . Munich, 1890, t. I, p. 71-72.

L'abbé Wolphelme de Brauweiler, P. L., t. Ci.iv, col. 412, et Guitmond, De C(n-poris et sanguinis Christi verilale in eucharislia, 1. III, P. L., t. cxi,ix, col. 1480, attribuent à Bérenger cette assertion que le Christ ressuscité n'entra pas auprès de ses apôtres januis clansis. Le même Guitmond, I. I, col. 1429, parle, mais sans les spécifier, des impiétés assez nombreuses que Bérenger proféra.

//. i.'Eii:uAnisriE. — Il est certain que Bérenger nia la transsubstantiation. Xi.i-l-I! '.ilriip ni la présence réelle? A peu près tous I - n 1 1 n 1 p.mdent affirmativement, à la suite ib in I 1 m 1 Sam. Iheol., m», q. i.xxv, préambule cl' \' 41 -ii .nri a. 1, qui, se demandant uti-uni in hoc sacramcntu (l'eucharistiei si» corpus Christi secunduni verilateni, an soluni secttnduni figurant vel sicut in signa, dit que Bérenger fut le premier à tn-' i^n 1 ,,, << ,./ sanguineni Christi non esse in hat ■' -i-yi sicnt in signe. La

plupart dos hislc.i h <■ 1 i ih|ii<>s ont fait la même

réponse, par eMiiii^ \ .. I \l. s.mdre, liisl. eccles., Venise, 1778, t. vn, p. 213. D'autres, i"t non des moindres, par exemple Mabillon (avec des réserves, cf. p. xxix), Acta sanct. ordinis S. Henedicti, sa'c. vi, pari. II, p. xxil-

XXXI, Martène etDurand, Tliesaurusnovus anecdotorum, Paris, 1717, t. iv. col. 101-102, Mansi, dans ses notes sur Xoêl Alexandre, loc. cit., p. 213-214, ont pensé que Bérenger ne combattit que la transsubstantiation. L'un des plus doctes théologiens sorbonistes, Witasse, Traclatus de augusiissimo eucharistise sacramento, Paris, 1720. t. i, p. 431-439, croit que Bérenger varia sur la question de la présence réelle. La publication, en 1834. du [Je sacra cœna de Bérenger a aidé à mieux connaître la pensée de l'hérésiarque. Or si, aux yeux de Franzelin. Traclatus de ss. eucliaristise sacramento et sacrificio, 2« édit., Rome, 1873, p. 196, n. 2, cet écrit prouve que Bérenger rejeta la présence réelle, Gore, Dissertations on subjects connected with the Incarnation, Londres, 1895, p. 256, voit, dans le De sacra coma, l'aflirmation de la présence réelle, sauf à préciser le sens où elle est admise. Dans un récent travail sur l'hérésie de Bérenger, dom Renaudin conclut. L'université catholique, nouv. série, Lyon, 1902, t. XL, p. 442, que « Bérenger a enseigné, le plus souvent, la présence figurative de Notre-Seigneur dans le sacrement de l'autel; c'est donc à juste titre qu'on l'a nommé le précurseur des sacramentaires ».

Parmi ces divergences d"opinions, il importe de recourir aux textes originaux. Us sont nombreux, et se composent des écrits de Bérenger, des actes des conciles réunis contre lui, des lettres de ses partisans et de ses adversaires, des traités consacrés à la réfutation de ses doctrines. Nous nous bornerons à citer les contemporains de l'écolàtre de Tours et, parmi eux, ceux-là seulement qui l'ont entendu ou lu, car il est difficile que la transmission des idées subisse sans dommage l'épreuve de la double distance des lieux et du temps. En outre, nous suivrons l'ordre chronologique, qui permet de fixer, s'il y a lieu, les variations doctrinales. Avant de passer en revue les textes principaux, deux points se présentent, qui sont en connexion étroite avec l'erreur antieucharistique do Bérenger : l'un est celui de sa philosophie, l'autre celui des autorités dont il se réclame.

1» La philosophie de Bérenger. — S'il n'a pas une philosophie originale ou même tant soit peu complète, Bérenger a du goût pour la philosophie. 11 est féru de dialectique; il parle le langage d'Arislote et de Porphyre, et c'est en leur nom qu'il proteste contre les décrets des conciles. Hugues de Langres lui dit, /'. L., t. cxi.ll, col. 1328, (jue, dès qu'il s'agit des mystères, k sa philosophie n'a qu'à s'en tenir à ce qui est écrit. » Guitmond expose. De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharislia, 1. I, P. L., t. CXLIX, col. 14335 1434, que, pour ac<iuérir le renom d'une science singulière, il affecta de donner aux mots des « sens nouveaux » et que, dans son enseignement sur l'eucharistie, il s'atliicha « au témoignage des sens » et à ces « petites raisons > dont toutes les hérésies se prévalent. A Lanfranc, qui lui reprochait. De corpore et sanguine Domini, c. vu, /'. L., t. CL, col. 416, l'abandon des autorités sacrées en maie recours à la dialectique, mais qui, lait lie le suivre sur ce terrain, Béren- . .: Ii-I. III' : '( Nul ne contestera, à iji'l II iii aveugle, que, dans la re- II' I I ii^uii est incomparablement le 1'!' - L' l'iopre d'un grand cœur est de toujours à la dialectique; y recourir, c'est recourir à la raison, et qui ne le fait pas renonce à ce qui l'honore le plus, car ce qui est en lui l'image de Dieu c'est sa raison. » De sacra co!na, p. 1(X); cf. p. 33, 102, sur Veminenlia rationii, et la lettre à Adelman, dans Martène et Durand. Thesauru.i novus anecdotorum. t. iv, col. 113.

.\insi Bérenger passe au creuset de la raison les données de la foi. Quant à la raison, il la soumet aux sens el réduit toute connaissance à l'expérience sensible. Les

tière de f< d'ailleurs, ger répoiu moins di cherche ili meilleur d

:renger de tours

sens, affirme-t-il, perçoivent à la fois l'accident et la substance, l'un et l'autre inséparables et ne se diflëreneiant que par une distinction logique. L'œil, en apercevant la couleur, saisit le coloré; ce qui est présent est visible. Il n'existe que ce que l'on voit et touche, et l'on ne touche et voit que la substance connaturello à l'accident. « Appliqué;! la théologie, dit 11^ Clrn.l. I.fs éiules de Chartres au moyen âge, p. 120, <,■ ].iinri|H .ilmuiit fatalement à la négation de la lr:iu- -nl-l Miiulion... Appliqué à la philosophie et à la naluiv dc.> choses, ce même principe aboutit logiquement au nominalisme. Toute réalité, selon lui, est individuelle, aucune n'est universelle; car le sens, juge suprême de toute existence, ne perçoit que le particulier. L'universel donc, objet de l'idée, n'existe pas, n'a pas de réalité : ce n'est qu'un concept, ou, si l'on veut, un nom : ce qui est la formule même du nominalisme. » Cf. Cousin, Fragments philosophiques. Philosophie (lu inoijen âge, 5» édit., Paris, 18(î.">, p. 120. Quoi qu'il en soit de l'origine chartraine du nominalisme admise par M. Ckrval, p. 120-12'i-, Cb. de Rémusat a défini cm. i. m -iii 1 i iln.irine de Bé-

renger sur l'eucharistie : i i n Ii-uie spécial ou

restreint à une seule qui~ii i l' '. Paris, 1845,

t. I, p. 858. Cf Rousselot. Kin.h ., /inlns^.phie ilans

le moyen âge, Paris, 18iii, I. i, p. 11^. M.niii. Dirhin,naire de pliilosopliie et de iJii'oloqii- m ../r/v/i./.i. s, l'.iii^ 1850. t. 1, col. :»!; llauréau, ïlislour ./,• /„ /.Inln.,.pliie scolastique, t. I, p. 233.

La philosophie de Rérenger n'ébranle pas seulement la transsubstantiation, mais encore la présence réelle, du moins si l'on en tire les conclusions. Comme le remarque Bach, Die Dogmemir^rlm lii,' ./.s Mittelalters, Vienne, 187i, t. i, p. 368-;iti;i. I un ,,ii!i|ilil.ilité et l'unicité du corps céleste du Clui-l -...iil l,~ |ii .laisses incontestables sur lesquelles Béreuger bàtil ses raisonnements. » Pour lui, toute substance corporelle est essentiellement soumise aux lois de l'espace; le corps céleste du Christ ne fait pas exception. Il est donc impossible qu'il soit ailleurs qu'au ciel. De plus, si le corps historique et maintenant céleste du Christ est dans l'hostie, il n'y est que partiellement (c'est l'opinion que Bérenger prête gratuitement à ses nrlvcrsairc? : voir «on De sacra cœna, p. 200, et sa leltiv ;. A.l- Iim;iii. . ..I, III , r;ir il y est localisé ; mais le ChrisI .'^i in.liv i-illi . II. -il est tout entier dans une hostir, il n.' -.iiii,iit l'ti.' pii'sent sur un million d'autres autels et au ciel. Nous verrons tout à l'heure l'application que Bérenger a faite de ces principes.

2" Les autorités de Bérenger. — Bérenger a le dédain de l'argument du nombre. Au temps des rebaptisants, durant les controverses ariennes, dit-il, la majorité était dans l'erreur. Que sert de lui opposer la multitude des autorités qui lui sont contraires? Ses partisans sont plus nombreux, prétend-il, que ceux qui entendent sans anthropomorphisme le mot de l'Écriture : « L'homme est fait à l'image de Dieu, x

Toutefois, si les autorités qu'on lui oppose ne l'émeuvent pas, Bérenger se sert de l'argument d'autorité. Un passage du De sacra cœna, p. II. cf. la lettre à Lanfranc, P. L., t. cl, col. 63, noM^ iiiilii|ii.. s. m ii.iinl de vue : « Quant à Jean Scot, je t'.<\ iih.i-in. un .iil. mlu

racontera quelques personnes pouii|ii..i - ut .i\:iil

été lacéré (au synode de Verceil) ; tu disai? qu un a\ail agi ainsi parce qu'il avait déclaré que le sacrement de l'autel est la figure, le signe, le gage du corpi et du sang du Seigneur. Si, ainsi que tu l'as raconté toi-même à Brionne, c'est là le motif qui a fait condamner .Jean Scot par le pape Léon, il aurait dû, en même temps, condamner saint Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme, qui parlent de la même manière et professent cette croyance. » Dans le colloque de Chartres, pour se débarrasser d'une objection tirée d'un texte de Jean Scot, il déclara qu'il n'avait pas lu le livre de Scot jusqu'au bout, et que, s'il

y avait quelque expression moins correcte, il s'empressait de la désavouer. Cf. la lettre de Bérenger à Ascelin et celle d'Ascelin à Bérenger, P. L., t. cl, col. 66, 67. Sauf en cette circonstance, il s'appuya toujours éncrgiquement sur Jean Scot, et, parmi les Pères, sur Jérôme. Ambroise et Augustin.

Or, il est incontestable que ces Pères, et d'autres encore, appellent parfois l'eucharistie « la figure, le signe, le gage du corps de Jésus-Christ », et que ce' langage est susceptible d'une interprétation orthodoxe. On peut distinguer, dans l'eucharistie, le corps du Christ et les espèces sacramentelles : le corps du Christ est réellement présent; quant aux espèces, elles sont la figure, le signe du corps présent sous elles, mais invisible, et cette manière de s'exprimer apparaît d'autant plus légitime que c'est i.. un privilège réservé au siècle futur de posséder Jésus-Christ en sa vérité manifeste, sans qu'il » soit « couvert d'aucune figure ». Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, 1. IV, n. 32. dans Œuvres complètes, cdii. Lâchai, Paris, 1863. 1. \r.,|i Iii."^ rr L.mfranc, tiôe)' de (■..,/'..,..; >..'../(((■)((■

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Sur la doctrine eucharistique de Jean Scot Érigène l'entente n'existe pas entre les savants. Ravaisson a publié, dans le Catalogue général des manuscrits des bibliûthégues publiques des départements, Paris, 1849, t. I, p. 503-.")68, un fragment inédit des commentaires de Scot sur saint Jean, où il a cru voir, ibid., p. 48-49, la preuve que la présence réelle était niée par Jean Scot; l'éditeur de Jean Scot, H. J. l-'loss, a démontré, P. L., t. cxxii, p. xxiy. que les passages allégués par Ravaisson sont concili.illi - Ci . !.. .Ligme catholique. Plus importante est la .|n.-iiiiii aimante : Jean Scot a-t-il composé un traité sci I . n. hn i~ii.., celui-là même dont Bérenger faisait K'- uiniii .ii- -i.nnes et qui fut condamné avec Bérenger par pln-i. m- . .uiciles, el si ce traité fut écrit par Jean Sc..i. I. p.--. .I.iis-nous? Dans une lettre insérée par ilAcli, I \ .11 I. I.. .lu I. ii de son Spicilège, Pierre lie Mina -..iiiiiii .pi. .1 .11 Scot écrivit ce livre, et que ce livi. Il . -I aiiii.. .pi.. |. /)<■ ( orpore el sanguine Domini pu I. Ile ...11.. I.. iioiii (le lialraijine de Corbie, P. L., t. cxxi, col. I2.V170. -Mabillon n'accepta point cette hypothèse, étant d'avis que Jean Scot et Ratramne publièrent deux ouvrages distincts. Acta sancl. ordinis S. Benedicii, sa'C. IV, part. II, Pai-is, 1680, p. xliv-xlviii. Cf. Jacques Boileau, dans P. L., t. cxxi, col. 108-110, 171-179. La manière de voir de Pierre de Marca fut adoptée, entre auties, par le génovéfain Paris, dans La perpétuité de hi fini lie l'Église catholique touchant l'eucharistie, ■1 . ihl . l'aris, 1723, t. i, append., p. 8-18, et par Cos- -aii, ilaiis Labbe et CosSjirt, Sacrosancta concilia. Pari., 1771, t. IX, col. 1053. Si elle ne s'est pas imposée universellement dans la suite, cf., par exemple, Bach, Die Dogmengeschichte des Mittelalters, t. I, p. 192-193, elle semble pourtant avoir prévalu, sauf qu'on regarde Ratramne comme l'auteur du livre et qu'on pense que Bérenger le premier l'attribua faussement à Jean Scot : voir, par 'exemple, H. J. Floss, dans P. L., t. cxxii, p. xx- XXII ; Gore, op. cit., p. 240, note 2; Harnack, Le/i)'6»c/( der Dogmengeschichte, 3' édit., Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. III, p. 348, note 2; W. MôUer, Lehrbuch der Kirchengeschichte, Fribourg-en-Brisgau, 1891, t. ii, p. 361,

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