II. Écrits. 111. Doctrines
I. ViK. — Bernardin degli Albizeschi naquit à Massa- Carara, dans le territoire de .Sienne, le 8 septembre 1380. II entra chez les Tranciscains de Sienne en 1i02, et, bientôt après, il se retira au couvent de Colombaio, proche de celle ville, l'un des très rares que l'on conimenrait à désigner sous le nom de couvents de la stricte Observance. 11 mourut à Aquila, le 20 mai liii.
Nous n'avons pas à parler ici de ses vertus et de son rôle dans le développement de l'Observance, pas plus que de ses prédications et de l'enthousiasme qu'elles excitèrent. Un seul épisode de sa vie mérite d'être signalé.
La dévotion au nom de .Jésus n'était pas ignorée. Cf. Acta sanctorum, Bruxelles, 1861, octobris t. x, p. 319- 320; C. Stcngel, Sacrosancti nominis Jesu cultus et
miracula, Augsbourg, 1613, p. 6-20, 133-157. Elle ne s'était pourtant guère répandue. Saint Bernardin la propagea et la rendit populaire. Le nom de Jésus, sous sa forme abrégée V H S, cf. F. Vernet, dans L'université catholique, nouv. série, Lyon, 1890, t. iv, p. 565, note 2, fut inscrit sur une multitude de monuments, à l'instigation de Bernardin; en substituant ce signe « à tous les symboles guelfes ou gibelins dont les murs étaient couverts, il croyait sceller la pacification des coeurs ». P. Thureau-Dangin, S. Bernardin de Sienne.Paris, 1896, p. 79. Lui-même fit peindre ce trigramme sur des tabletles : à la fin de ses sermons, il le présentait à la vénération de l'assistance. Les démonstrations extérieures, l'emploi du trigramme sacré, la dévotion spéciale au nom de.Iésusque prônait Bernardin, inspirèrent des [inquiétudes et des attaques. Dans un traité De institulis, discipulis ac doclrina fratris Bernardini ordinis minomm, conservé à l'Ambrosienne de Milan, un auguslin, frère André Biglia {Bilii), tout en louant la vie exemplaire du frère mineur, critiqua ses prédications,. les cérémonies qui les accompagnaient, et, plus encore,, le zèle déréglé de ses disciples; quant à la dévotion au nom de Jésus, elle lui paraissait tourner à l'idolâtrie ou,, du moins, à la superstition, le peuple vénérant les lettres du nom de Jésus plutôt que Jésus qu'elles signifient. Cf. Muratori, Reruni italicarum scriptores. Milan,. 1731, t. XIX, p. 4. Le trop célèbre Pogge écrivait à son' ami l'humaniste François Barbaro, qui avait commencé une de ses ëpitres par les mots .lésiis-Chrisl, et non. point par le mot Jésus, comme il en avait l'habitude ; Jani tandem gaudeo te factum esse christianum, relictailla jesuitate quam adscribebas principiis litterarum tuaru)}!, et il tonnait contre « l'impudence de ces hommes qui, attachés au seul nom de Jésus, fomentaient une hérésie nouvelle ». Cf. Poggii Bracciolini Historim de varielale fortunée, accedunt ejusdem Poggii epi~ stolx i.vil, Paris, 1723, epist. xiv, p. 176-177. Lo principal assaut fut donné par le dominicain Manfred de- Verceil et par ses disciples. Manfred annonçait la venue prochaine de l'Antéchrist et la fin du monde ; Bernardin combattit cette croyance, Manfred attaqua la dévotion au nom de Jésus. Les adversaires de Bernardin le dénoncèrent au 'pape Martin V, et celui-ci lui donnaordre de comparaître devant la cour pontificale pour rendre compte de son cn^, ipnpni.nl (li27). Pendant qu'on instruisait l'allaii . .ii. .Mi i,-i,ii, André de Cascia,. adressa au pape un loii m. i,, m .^n\ se trouve actuellement à l'Angélique d.- iLui.-. I. .mieiir adopte les vues, de Manfred de Verceil, et voit l'Aiiléchrist dans Bernardin tout simplement. Contre le culte du nom de Jésus il développe quatorze raisons : « Ce culte détruit la foi enla sainte Trinité, il rabaisse la dignité de l'humanité du Christ, il annule le culte de la croix, » etc. Cf. 1.,'université catholique, nouv. série, Lyon, 1890, t. iv, p. 575, 576. Martin V, loin de condamner Bernardin, le combla de louanges, et l'invita à prêcher, comme par le passé, le nom de Jésus. Il y eut reprise d'hostilités dès li- Ji'l.ut du pontificat d'Eugène IV (1431); à l'instar de son prédécesseur, Eugène IV imposa silence aux ennemis de Bernardin.
II. ÉCRITS. — Saint Bernardin usait, dans ses prédications, de la langue italienne ; nous possédons le texte de 45 sermons qu'il prononça à Sienne, en 1427, et qui furent recueillis par une sorte do sténographie. Tout ce qu'il a rédigé lui-même est en latin. Ses oMivres se composent principalement de sermons, qu'il écrivit, tant pour fixer sa doctrine malignement dénaturée, que pour se préparer des matériaux en vue de ses prédiciitions futures et pour aider les prédicateurs; ce sont moins des sermons que des traités de théologie, surtout de théologie morale. Elles ont été publiées par le P. de la Haye en 5 in-fol. Les sermons remplissent les trois premiers et la plus grande partie du quatrième; ee dernier