‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 32 sur 741 · Pelagii sententia est · texte numérisé non relu

Pelagii sententia est

opus bonum, citi-a gratiam adoptionis factum, non est regni cœlestis meritorium. Ibid., c. IV, tit.; Baiana, p. 87.

17. Senliunt cum Pelagio, qui dicunt esse necessarium ad rnlioncm meriti, ut homo

Les bonnes œuvres faites par les enfimls d'adoption ne tirent pas leur mérite de ce qu'elles sont faites par l'esprit d'adoption qui habile dans le cœm- des enfants de Dieu, mais seulement de ce qu'elles sont conformes à la loi, et que par elles on obéit ù la loi.

Le mérite ne consiste pas en ce que celui qui agit bien, est en état de grâce et possède le Saint-Esprit, mais seulement en ce qu'il obéit à la loi de Dieu.

C'est un sentiment de Pelage que la bonne œuvre faite sans la grâce d'adoption n'est point méritoire du royaume des

Coux-14 pensent comme Pelage qui prétendent que pour mériter, il faut que l'homme soit élevé par la grâce d'adoi)tion Ji un état divin.

5AIUS

Ces propositions forment la partie négative ou exclusive de la doctrine baianiste sur le fondement du mérite; elles rejettent le sentiment de ceux qui exigeaient de la part du sujet une dignité ou excellence supérieure, résultant de l'adoption divine ou de Tinhabitation du Saint- Esprit, en d'autres termes la grâce sanctifiante. Il y a cette différence entre les quatre propositions, que les deux dernières sont modales, tandis que les deux premières sont absolues. Mais comme la doctrine est la même dans toutes, il faut nécessairement conclure que les propositions 12' et I7> sont condamnées à un double litre: d'abord pour l'erreur doctrinale qu'elles soutiennent, puis pour cette téméraire et offensante assimilation du sentiment contraire avec les vues de Pelage. Baius essaya de se justifier dans son apologie, en disant qu'il n'avait rien voulu trancher, mais qu'il avait simplement exposé ce qui pouvait être matière de controverse libre et inoffensive pour la foi. Excuse insuffisante; car en réalité, il avait opposé catégoriquement son opinion à la doctrine commune des théologiens, et surtout, comme théologien catholique, il n'avait pas le droit de proclamer libre une question où 1 Église s'était prononcée contre les protestants. Le concile de Trente n'avait-il pas nettement affirmé que, pour produire des actes vraiment méritoires, l'homme devait être Juste, agréable à Dieu, uni à Jésus-Christ comme un membre vivant? Sess. \'I, c. XVI et can. 32. Denziger, Enchiridion, n. 692, 724. Seule la grâce sanctifiante nous justifie et nous rend enfants de Dieu, qualité nécessaire pour avoir droit à l'héritage paternel: Si filii, et hxredes.liom.. viii. 17. Là, comme ailleurs. Baius s'est trompé étrangement dans l'interprétation d'un passage de saint Augustin, De nalura et gralia, o. Il, P. L., t. XLiv, col. 248 sq. Ce docteur, parlant contre les pélagiens, dit que si rhomme pouvait de lui-même observer l;i l^i .t ;i.ruiii|ili[ l,i luslice, il devrait se tenir pour ;i--iim il- l.i i- \:\i-r qui est la

vie éternelle, car LUiii -.m, ut iiiju-1. -il n ,n cordait pas aux justes la récompense de la justice. Proposition conditionnelle très vraie, remarque le cardinal Bellarmin; et très vraie surtout dans l'hypothèse de Pelage ; mais s'ensuit-il qu'en fait, dans notre ordre de providence, la grâce d'adoption n'est pas nécessaire au mérite? Évidemment non; car le même Père enseigne par ailleurs que pour bien vivre, il faut devenir enfant de Dieu: (juiim itaque non v'vmii hp,ip-ffii; hominum, nisieffecti liHiDei. Contra du 'I • j ■"jianoi'um, 1. I, c. II, P. L., t. XLiv, col. ' - I I M Refutalio Bail, fol. ItiOsq.; De justilicaL. I \. r \ii-xiii; Vasquez, op. cit., disp. CCXVI, c. i. Cf. ■.4c(« et décréta concilii Vaticani, op. cit., t. vu, col. 564.

stantiam tantum, altero, quantum ad certum quemdam modum, videlicet, secundum quem valeant operantem perducere ad regnum aeteraum (lioc est ad modum meritorium), commentitia est et explodenda.

Baiana, p. 1-14.

62. nia quoque distinctio, qua opus dicitur bifariam bonùm, vel quia ex objecto et omnibus circumstantiis rectum est et bonum (quod moraliter bonum appellare consueverunt), vel quia est meritorium regni seterni, eo quod sit a vivo Christi membro per spiritum chai'itatis, rejicienda est.

Baiana, p. 115.

14. Opei-a bona justorum non accipiunt in die judicii exU-emi mercedem ampliorem, quam justo Dei judicio mereantur accipere. De meritis operum, 1. U, c. IX.

19. Opéra justitise et temperantiœ, quœ Christus fecit, ex dignitate personae operantis non traxeiunt majorera valorem. Ibid., c. vu; Baiana, p. 144.

18. Opéra catechumenorum, ut fides et pœnitentia, ante remissionem peccatorum facta, sunt vitœ œtei-nae mérita : quam vitam ipsi non consequentur, nisi prius prœcedentium delictorum impedimenta tollantur.

tbid., c. VI ; Baiana, p. 19, 90 sq.

61. nia doctorum distinctio, divinœ legis mandata bifariam impleri, altero modo, quantum • d praiceptorum operum sub-

Les bonnes œuvres des justes ne recevront pas au jour du jugement dernier une plus grande récompense qu'elles n'en méritent d'elles-mêmes suivant le juste jugement de Dieu.

Les œuvres de justice et de tempérance, que Jésus-Christ a faites, ne tiraient pas une plus grande valeur de la dignité de la pei-sonne qui agissait.

Les bonnes œuvres des catéchumènes qui précèdent la rémission de leurs péchés, comme la foi et la pénitence, méritent la vie éternelle ; mais pour qu'ils l'obtiennent, il faut auparavant lever les obstacles formés par leurs péchés passés.

La distinction que font les docteurs d'une double manière d'accomplir la loi divine, l'une s. bornant à la substance du

précepte, l'autre ajoutant un certain mode, ou caractère méritoire, qui rend les œuvres dignes de conduire le sujet <cu royaume des cieux, est une distinction chimérique qr ,U faut rejeter.

Il faut aussi rejeter la i^«i.

tinction d'après laquelle une action se dit bonne de deux façons, ou parce qu'elle est bonne moralement, c'est-à-dii:e eu égard à l'objet et à toutes les circonstances, ou parce qu'elle est méritoire du royaume éternel, comme faite dans l'esprit de charité par un membre vivant de Jésus-Christ.

Ce sont là des applications faites par Baius, ou des conséquences tirées de ses principes sur le fondement du mérite. La proposition 14« porte sur un point spécial et secondaire : Dieu récompense-t-il les bonnes œuvres au delà de leur mérite ? Question à laquelle on ne saurait sans témérité donner catégoriquement une réponse négative. Baius prétend n'avoir fait qu'user d» droit de légitime discussion dans un problême libre. Quelques théologiens, Vasquez par exemple, doutent même que la proposition 14« ait été proscrite pour la simple négation qu'elle renferme ; mais ils ajoutent qu'il faut tenir compte de sa liaison avec d'autres, comme la ISi^et surtout lali", où Baius établit, comme règle du juste jugement de Dieu, le rapport entre les bonnes œuvres, considérées comme acte d'obéissance à la loi, et la vie éternelle, comme récompense. On comprend alors cette raison apportée par le doc'eur lovaniste contre le sentiment qu'il rejette: la vie éternelle ne peut pas être grâce pour les anges ou pour l'homme innocent. Principe faux dans le sens exclusif que lui donne l'auteur. Bellarmin, De justificatione, 1. V, c. XIX ; Vasquez, op. cit., disp. CCXV, c. iv; Kurth, Theologia sophistica, Bamberg, 1746, p. 151.

La proposition IQ" porte aussi sur un point spécial, les actions méritoires de Jésus-Christ. Baius convient qu'elle est fausse, mais il ne la reconnaît pas pour sienne, et proteste qu'il a toujours enseigné que les œuvres de l'Homme-Dieu tiraient de la dignité de sa personne une valeur infinie. Son texte, cependant, explique suffisamment l'accusation portée contre lui. A. propos de son opinion sur le fondement du mérite, indépendant de la dignité de celui qui agit, il se pose celte objection : mais l'humble obéissance du Christ ne fut-elle pas d'autant plus méritoire, que celui qui obéissait et s'humiliait ainsi était plus grand ? H répond : « La dignité de la personne n'augmente le mérite, qui est une propriété de la bonne œuvre, que dans la proportion où elle augmente la raison de vertu et de bonne inniv. rMinni,' la chose a lieu dans l'obéissance et riiuiinlii. . , -\fiis dans les actes des autres vertus, justic. hinii. imuc- et autres, l'excellence delà personne n'ajoute pas plus au mérite qu'elle n'ajoute à la raison de vertu. » Qui ne comprendrait, en lisant ces lignes, que les œuvres de justice et de tempérance ne tiraient pas en Jésus-Christ une plus grande valeur de l'excellence de sa personne ? De là cette proposition 19», justement proscrite par saint Pie V; car la dignité de la personne divine rejaillissait sur toutes les actions du Christ, pour leur communiquer un mérite supérieur, infini en son genre. Corps de doctrine, c. xili, Baiana, p. 178.

Si le fondement du mérite consiste uniquement dans l'accomplissement de la loi, pourquoi les bonnes œuvres des catéchumènes qui précèdent la rémission de leurs péchés, comme la foi et la pénitence, ne seraient-elles pas méritoires de la vie éternelle? Baius accepta, en

RAIUS

effet, cette conséquence dans la proposition 18' : ces bonnes œuvres des catéchumènes seraient comme ces opéra tfiortificala dont parlent les théologiens, mérites acquis dont la récompense est comme tenue en suspens par suite d'un empêchement. Cette doctrine suppose plusieurs erreurs que nous rencontrerons bientôt, en traitant de la charité et de la justice. Il suffit de remarquer ici que, s"appuyant sur l'opinion erronée que Balus avait du fondement du mérite, la proposition 18' est elle-même, de ce chef, erronée. Là encore, ce docteur s'est égaré par une interprétation étroite de saint Augustin. Si les bonnes œuvres faites par les catéchumènes n'étaient pas méritoires de la vie éternelle, il y aurait des œuvres moralement bonnes et pourtant stériles ; or, c'est là une conséquence opposée à la doctrine augustinienne. Sans entrer maintenant dans cette question délicate des œuvres moralement bonnes et en même te.Tips stériles, il suffit de remarquer que la condamnation de la proposition présente n'entraîne pas de soi la conséquence sur laquelle Baius s'appuie pour l'attaquer. De ce que les bonnes œuvres faites sans la grâce sanctifiante n'ont pas un mérite de roiuligtio, il ne s'ensuit pas qu'elles soient privées d'un mérite de congruo, ayant pour objet des grâces ultérieures et la justification. De telles œuvres ne peuvent pas s'appeler stériles.

Bien plus, celte affirmation générale, que toute bonne œuvre est proprement méritoire de la vie éternelle, a reçu deux coups dans la condamnation des propositions 61« et 62". Baius remarque, dans son apologie, qu'il n'a point parlé dans ses écrits de la double distinction qui s'y trouve attaquée. Le fait est matériellement exact; ce docteur n'en défend pas moins ces deux propositions, conséquences rigoureuses de la doctrine qu'il développe dans le II« livre De merilis operuni, en particulier dans les chapitres l et vi. L'n théologien catholique n'a donc pas le droit de rejeter comme chimériques ou de proclamer insoutenables la double distinction rappelée dans les propositions Cl» et 62-. Corps de doctrine, loc. cit.; S. Thomas, Sum. IhcoL, I» II*, q. cix, a. 4; Aclael décréta roncilii Vaticaiti, op. cit., col. 552.

41. Is libertatis modus qui est a necessitate sub libertatis nomine non reperilur in Scripturis, sed solum nomen libertatis a peccato.' De libero arbilrio,

Page 1