II. Hemmer
9. BONIFACE IX, successeur du pape de Kome Urbain VI durant le grand scliisme, élu le 2 novembre 1389, couronné le 9 novembre suivant, mort le 1" octobre i'iOi. Pierre Tomacelli était d'une ancienne famille napolilaine. Entré dans le clergé, il avait fait carrière à Rome où Urbain \'I le créa cardinal-diacre, puis cardinal-prêtre. Un conclave très court l'éleva sur le siège de Rome après la mort d'Urbain VI. Le nouveau pape était peu instruit, mais de mœurs très pures, bon et affable. U ralfermit l'obédience romaine que les manières cassantes d'Urbain VI avaient mise à deux doigts de la ruine : il rendit la pourpre aux cardinaux que ce pape en avait privés, il lit la paix avec Marguerite de Durazzo dont le fils, Ladislas, couronné roi de Naples à Gaéle, devint l'allié du saint-siège contre la dynastie des prétendants angevins; il travailla enfin à reconquérir sur les partisans de Clément VII, notamment sur les routiers bretons et gascons à sa solde, des parties considérables des États de l'Église. Le jubilé de 1390, décrété précédemment par Urbain VI qui le voulait célébrer tous les 33 ans en souvenir des années de Notre-Seigneur, put se tenir avec un certain succès. La situation personnelle du pape demeura précaire, puisque des troubles à Rome l'obligèrent de s'enfuir et de résidera Pérouse ou Assise, mais l'adhésion à son obédience des villes importantes dans la Haute-Italie comme Bologne, Ferrare, Florence, lui permit de ne rien craindre des entreprises militaires des clémentins et même d'essayer de détacher Jean Galéas de Milan de l'obédience rivale.
Clément VII et Boniface IX s'étaient mutuellement excommuniés ainsi que leurs partisans peu de temps après l'élection de Boniface, et continuaient à se dispu-
DICT. DE THÉOL. C.\THOL
1er les adhésions sans parvenir à modifier les grands traits des deux obédiences. L'empereur et le roi d'Angleterre du côté urbaniste balançaient riiiiporlance des rois de France et deCaslille dans lepaih <l. un niiii l.is deux papes finirent par entrer en r;i|i|"ii l'hin i\r Mondovi, prieur de la chartreuse il.\ h, 1 iiii 11 <\f Clément VII, jouissait d'une grande cuii.-ub i,,tiuii d.iiis les deux obédiences. Il se rendit à Rome avec une mission de Clément VII et Boniface le renvoya en France chargé d'une lettre pour le roi de France Charles VI. Il parvint à Avignon avec son compagnon au mois de juillet 1392 et fut gracieusement accueilli, à ce qu'il semble, par le pape; mais les deux religieux ne purent venir à Paris, peut-être à cause de la maladie du roi, qu'au mois de décembre. Boniface profita de ces ouvertures pour écrire sans grand succès de nouvelles lettres en vue défaire proclamer sa légitimilé. La luorl de Clément VII (16 septembre 129H, l.irnlii -nun' ,. ,\vit:iinn de l'élection de Benoit XIII ,.,,,, Im,-! I', m, ,1. Inni!
le 28 septembre, n'amena ancnii ili.m^i ni ih-ImmI
dans la situation. Boniface éUul .suUiciIl' par .si .1 ,ullurenls comme le pape d'Avignon par les siens de travailler à la paix, même en abdiquant s'il le fallait; il repoussa l'invitation de la diète de Francrorl de 1307 à recourir à la voie de cession. Il avait <Ir un nm 1 npinissi' toutes les voies imaginables d'union nu il^lnn- ,i<- la soumission de son adversaire au cours iln- mv- 1 iiimis entaméesdirectement par Benoit XIIUl ijui uiiLuniniil a deux reprises des ambassadeurs d'Avignon à Uome. La soustraction d'obédience prononcée par la France à l'égard de Benoit en 1398 lui donnait quelque espoir de triompher et le succès relatif du jubilé de l'MK), qui lui permit de rentrer dans Rome et d'y rétablir son autorité, le nombre même des Français accourus malgré la défense du roi, autorisaient la confiance. Il n'avait point participé à la déposition de Wenceslas en Allemagne, ni au choix de Robert de Bavière comme roi des Romains; sans obtenir de chaudes assurances de ce prince, il avait fini par le reconnaître (1403), lorsque le sort de Wenceslas fut sans espoir. Mais Benoit échappé d'Avignon se vit rendre l'obéissance française en 1403 et il envoya quatre députés à Rome, avec un sauf-conduit de Boniface, pour l'entretenir de l'union. Le pape les reçut poliment mais, sans donner aucune raison que celle de son droit, refusa d'entrer dans aucune voie de cession, de compromis ou autre pour ramener l'unité. La conférence avec lesambassadeurs prit fin le 29 septembre par un échange de reproches pénibles. La maladie de la pierre dont soutirait le pape détermina le soir même des douleurs violentes, puis une fièvre qui le mena au tombeau. Il mourut le l'i- octobre 1404. Le 7 octobre 1391, il avait canonisé sainte Brigitte de Suède, morte à Rome le 23 juillet 1373. Les chroniqueurs lui ont fait une réputation d'avare et de simoniaque qui semble peu méritée. La lutte douloureuse du schisme amenait les papes des deux obédiences à multiplier les moyens d'obtenir de l'argent; c'est ainsi que Boniface en 1399 établit la contribution des annales dune façon permanente ; en Angleterre, où se répandaient les idées de VViclef, la levée des taxes apostoliques provoqua contre Rome des réclamations très aigres. Boniface favorisa des membres de sa famille, mais il avait des raisons de sécurité personnelle pour donner le gouvernement de certaines places à des hommes de confiance. Son renom souU'rit d'un défaut de capacité dans l'administration et des exagérations commises par les prédicateurs d'indulgences à l'occasion du jubilé de 1390. Personnellement, il mourut pauvre et son défaut d'abnégation, tout semblable d'ailleurs chez son compétiteur d'Avignon, est peut-être ce que l'histoire serait le plus en droit de lui reprocher. Il eut pour successeur Innocent VII.
Constitutions de Boniface IX dans BuUarium magnum, t. I, p. 293; dans Muratori, Rerum italicarum scriptores, Vita Bo-
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I. Vie. — Saint Boniface s'appela d'abord Wlnfrid. Il naquit en Angleterre, dans le Devonshire, peut-être à Crediton (non Kirton), entre les années 670 et 695, probablement vers 680. Encore enfant, il entra à l'alibayc d'Exeter, d'où il passa, quand il eut grandi, à celle ilr Nursling (diocèse de Winchester); il y fut ordonnr prêtre à l'âge de trente ans. Après un essai infructueux d'évangélisation de la Frise (716), il regagna l'Angleterre.
II en repartit en 718, allant à Rome, où le pape Grégoire II applaudit à son projet de porter l'Évangile aux Germains, et l'institua missionnaire des peuples idolâtres, à la double condition d'administrer les sacrements d'après la liturgie romaine et de recourir au saint-siège dans les cas obscurs. Comme pour indiquer, par un symbole expressif, que ce rôle faisait de Winfrid un homme nouveau, Grégoire II changea son nom en celui de Boniface sous lequel il fut désigné dans l.i suite. Nous n'avons pas à raconter la conversion de l;i (li iiniiiiie par delà la frontière du Rhin et du liinnli. m i montrer comment il organisa de façon duiMl.lr l.i jruiio chrétienté née de son dévouement et de .-e» laliguus. Disons seulement qu'il fut nommé, par Grégoire II, évêque sans siège fixe (722), par Grégoire III, archevêque également sans siège fixe (732), et qu'il fut élevé, par le pape Za-
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l'té la plus féconde. » Kurth, ISahU Boniface, Paris, 1902, p. i; cf. p. 85, 94. Il périt près do Dokkum, dans la Frise (juin 7.5.5), « martyr de l'Évangile et de la civilisation. » rr.\.i-i Piinliil. A'ss,,; s m- l'Iiisl.oire universelle,
I'-I''i'i "^ !■ ^aint Boniface : 1» qua-
rante Il Ml ^ 111 ,,,:„., |, i, ,,; |,., lettres de ses corrcspondanN el qui suiil livs iinijoi-tanles ; 2" quinze sermons, " où saint Iloiiifiiee seuible avoir résumé, dans les proporlions duii cahier manuel, les thèmes principaux de sa prédicalion. " Scliwalm, dans La science sociale, l'aiis, ISill, I. xn, p. 263-264. L'authenticité de ces sermons, niic par H. ll.ihn, dans Forschungen ziir deutsc/irii Crschir/iic. Cniiini^ue, ISSi, I. .xxiv, p. 582-
625, :< rir ,.|;,l.|„. |,,,|. .\ . N M I 11 1 1. IL. T. iImIis .\V»e.s' Afclliv
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m DofTRiNcs — Samt Boniface eut a enseigner la doctrine c tl oh |ue i combittre les superstitions re niis=ante i I \ci contre 1 inconduite des barbares et contre les exe ipic et parfois aussi les ensei.,nements de trop nonibieux pictres ou e^eques II proclame que le Saint Lspnt procède du Père et du Fils Sci ni i ' L t L\\\i\ col 8m II invite ses auditeurs a com munier pe» toiipoia et i se rappeler qu on ne re< oit qu'une fois le baptême et la confirmation. Senn., v, col. 854; Serm., xv, col. 870. Une de ses lettres, la x.x«, col. 712-720, « est une compilation tout originale de dillérenti- \i-i.iii, :iiii,i ieuiis, » et, à ce titre, offre « uniiil.nl -[• ri.il |i..iir I lii-ioire littéraire ». A. Ebert, lliiluiii- .j.'iirrnlr il, l,i 1 1 1 1 ,' laliire du vwtjen ôf/e en Ucciileiil. liad. Awueiic el Cuiidamin, Paris, 1883, t. i, p. 690, (jS9. Elle est également intéressante pour le théologien, car elle traite du purgatoire. Cf. un autre fragment de lettre, contenant le récit d'une vision analogue, mais qui ne semble pas de Boniface. £pîs«., xcvii, col. 795-796. Le saint ne compte dans le carême que quarante-deux jours, y compris les six dimanches, ce qui fait trente-six jours de jeûne, et il voit là comme la dime des jours qui composent l'année, Senn., xii, col. 865; Serni., xiil, col. 867; il n'ajoute donc pas au carême, ainsi que nous le faisons aujourd'hui, les quatre jours qui commencent au mercredi des cendres. Le signe de la croix est fortement recommandé par saint Boniface. Senn., xii, col. 866. Les superstitions sont stigmatisées dans le vi» de ses sermons, col. 855. Il (it rédiger, au concile de Leptines (ou des Eslinnes), en 743, le fameux Jndiiiilns superslitionwn et paganiariini, col. 810-818. « C'est, dans ses trente articles, un Mil Si/llabxts des erreurs religieuses des fidèles du Mil siècle, ou du moins de celles qui paraissaient à I I -li^e les plus dangereuses ou les plus condamnables. .) G. Kurth, Saint Boniface, p. 96. Cf. Bévue catholique, Louvain, 1868, 6« série, t. i, p. 164-177.
Deux prêtres, l'un scot, du nom de Clément, l'autre franc, nommé Aldebert, prêchaient l'erreur. Clément traînait à sa suite une concubine et ne se croyait pas pour autant exclu des fonctions ecclésiastiques, sous prétexte qu'il était permis, dans l'Ancien Testament, de prendre pour épouse la femme d'un frère mort sans riinniU: il r,.|„,,is^;,ii |a ilnri riiie des Pères et les canons .1. 1 I ^li~.'. il |iiV!-nilaii i|iii'. dans sa descente aux cn- !rr>, Jr~iis-( :hri-i ili liMj h.iih^ les àmes sans exception. .\ldeberla\,iil r.iiiiiM. m;-- |iai- iliir ipir l'ange du Seigneur
luiavail a]i|iiiili'. il.'^ .xlii imli- .1 mie, des reliques
si admiralilr- .|ii iljr- lui |iri Il u-ni d'obtenir tout
ce qu'il diinanciail à liini, i! axail ^laliiil des multitudes et réussi à se faire ordonner évèque par des évêques ignorants. Il professait un christianisme à lui; il ne voulait pas qu'on érigeât des églises en l'honneur des saillis el ili'.s mailMs, mais, dressant des croix en plein ail. au|.ii - ilr- l'Miiiaiiies, consacrant des oratoires en aiii i.inpii' 11(1111. il \ rassemblait des foules qui priaient ili' la sorte : - Les uuiiles de saint Aldebert nous aide-
roiil. " 11 ilisti'i ongles en giiisi fesser leurs f.n il n'est pas lu-' en paix. » Cl damna les di u par le concil' .
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