‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 385 sur 741 · BOURDALOUE · texte numérisé non relu

BOURDALOUE

sacrements et de la conlrilion parfaite avec l'amour de Dieu avant l'absolution, principes qui rendaient la pénitence si difficile, trouvèrent en Bourdaloue, comme toutes les erreurs analogues, un adversaire, mais un adversaire modéré. Sagement éloigné des complaisances trop faciles et des sévérités outrées, il posa cette règle en principe, que, c lorsqu'il s'agit de la réprobation d'une àme ou de sa justification, on ne doit être ni trop commode, ni trop sévère, mais sage selon les règles de la foi. »

La grande inquiétude de Bourdaloue était, en elTet, de voir les libertins se prévaloir de ce que des docteurs impitoyables leur imposaient des obligations exagérées, et s'en autoriser à demeurer dans leur impénitence. « Tout ou rien, dit-on, mais bien entendu qu'on s'en tiendra toujours au ri

à la sainte table, Bourda- )nimunion fréquente quand ndéfiniment retardée sous

requise. Il ili-i im ii'- iniii'

De même pour l'admis loue ne prit le parti ni de même, ni de la communi prétexte de la pureté de

les dispositions nécessaires et absoluni' n : n — l les dispositions de bienséance ou de mu i : . •■■ ^ i! recommande les secondes, il ne veut ct-ijeiulaiil point qu'on les propose en un degré de perfection inaccessible. Surtout il défend que, pour éviter les communions indignes, on en vienne à ne communier jamais. S'appuyant sur la doctrine du concile de Trente, il soutient que l'étal de grâce suffit, selon la dernière rigueur du précepte, pour communier.

Il a réfuté les erreurs jansénistes, outre les allusions semées fà et là, dans quelques-uns de ses principaux sermons, tels que la Sévérité de la pénitence, la Sévérité évaiigélique, la Communion, la Grâce, l'Avetiglement spirituel, VÉtat du péché et l'étal de la grâce, la Sévérité chrétienne, la Médisance, le Désir et le dégoût de la conimimion, et encore dans les Pensées.

3. En face des quiétistes. — Les illusions du quiétisme devaient également échouer contre ce ferme esprit. Aussi bien dans la deuxième partie du sermon sur la Prière (5" après Pâques), que dans sa lettre à 'SI"" de Maintenon sur le Moyen court ili- M' nin.iii, il combat l'état habituel de pur amour, lilat im-~iI. la iinUendue

nécessité de l'oraison extraordiiian . | i la [i.rfection,

l'indifférence à la pratique des \(■I'lll^ ri an salut éternel; au contraire il maintient que la prière est un devoir essentiel et que nous devons demander à Dieu les grâces du salut. « L'oraison que l'Écriture nous recommande en mille endroits, écrit-il dans cette lettre, est de méditer la loi de Dieu, de nous excitera la ferveur dans son service, de nous inspirer une crainte respectueuse de ses jugements, de nous occuper du souvenir de ses miséricordes, de l'adorer, de l'invoquer, de le remercier, de repasser devant lui les années de notre vie dans l'amertume de nos âmes, d'e.vaminer en sa présence nos obligations et nos devoirs. » On voit combien le christianisme positif et précis de Bourdaloue était éloigné du chimérique idéal de Fénelon et de tout faux mysticisme.

4. En face des gallicans. — Les doctrines gallicanes au contraire trouvèrent en lui, à la différence de l'évêque de Cambrai, moins de répulsion peut-être qu'on ne l'a écrit longtemps. Sur la question de l'infaillibilité pontificale, il préféra garder le silence par prudence, et il ne donna pas, à l'époque du moins des controverses les plus vives, un sermon qu'il avait composé sur cette matière quelque peu compromettante. Mais il insiste sur l'infaillibilité de l'Église et proclame sa souveraineté spirituelle sur toutes les puissances de la terre. Si quelques phrases ont pu être interprétées dans le sens de l'indépendance des rois au temporel, s'il écrit que c dans les troubles de l'État, le bon parti est toujours celui du roi et de son conseil », il déclare que « dans les troubles de l'Église, en matière de créance et de doctrine, le bon parti est toujours celui du vicaire de

.Tésus-Cbrist, du siège apostolique et du corps des .évêques ».

5. En face des libertins. — D'ailleurs plutôt que de se lancer à fond dans ces querelles entre catholiques, il préférait s'en prendre aux libertins qui menaçaient de faire verser dans l'athéisme certains esprits portés au scepticisme. C'est contre eux qu'il a écrit ses excellentes pensées sur V. Accord de la raison et de la foi. Dans son System'-, rni-rn ■ t fr,i venant toutes les deux de Dieu, il ne pni! . , Il "'lailiotion entre elles. A la raison de vérilin I .Il I - I i.^ de la religion et d'en démontrer les |jri/ii\r -. m, II- ,i la foi de percer les mystères de la révélation. (In a reproché à Bourdaloue d'avoir trop réduit le rôle assigné à la raison et de n'avoir pas, avec saint Augustin, saint Thomas, Bossuet, chargé la raison de faire voir que pour être supérieurs à elle-même les mystères ne lui sont pourtant pas opposés. Mais, avec Fénelon, il regarde la religion naturelle comme la base et le commencement de la religion surnaturelle et demande que le chrétien commence par observer tous les devoirs de la vie civile, tels que la probité.

Il est amené ainsi à distinguer la vraie et la fausse piété, et tout en rappelant à l'occasion, à propos de Molière et de Tartufe, qu'il est dangereux de ridiculiser celle-ci, parce que c'est s'exposer à discréditer celle-là, il blâme cette dévotion scrupuleuse dans les moindres détails, qui par contre néglige les devoirs essentiels. L'ensemble de sa direction tend plutôt à mettre en garde contre toute pratique curieuse et singulière, contre toute méthode nouvelle et non expérimentée : « Gardez, écrit-il, toutes vos pratiques de dévotion; mais, avant que d'être dévot, je veux que vous soyez chrétien...; le renversebus le plus monstrueux; c'est la dévotion

ment est

sans le c

sonnaMc

ibelle

damné dotiec

nnirr-, , n,i Irovcrses. —Cette position si raila 1, ailla ilans le conflit où il fut amené à -saut, -m la dévotion à Marie, à propos du \r . Anrlissemenls salutaires de la bien- '1,1,' ,, s, -a ih'vots indiscrets (Monita salulailiur,-< ludtscretos), par M. Widenfeldt, congatiir par décret de l'Index du 25 janvier 1678. Sa thèse fut la suivante : S'il y a des dévots indiscrets de Marie, il y a aussi des « censeurs indiscrets » de cette dévotion, et les risques ne sont pas moindres devant Dieu à condamner avec témérité un culte légitime et saint, qu'à pratiquer un culte outré et superstitieux.

Enfin Bourdaloue ne resta pas étranger à la controverse sur la question des rites chinois et il fit paraître, en collaboration avec le'P. Daniel, une Histoire apologétique de la conduite des jésuites à la Chine.

2" Morale. — Le mérite principal de Bourdaloue consiste dans son talent de moraliste. Nul orateur sacré ne l'a surpassé comme puissance d'analyse du cœur humain; nul n'a possédé une connaissance plus complète des infirmités et des plaies de la conscience. Attaquant de front les vices des individus et ceux des corps sociaux, dépeignant les caractères particuliers et les mœurs publiques en d'immortels portraits, dénonçant les scandales des courtisans, de la magistrature, du clergé, des financiers, du roi même, il sut faire agréer ses censures par sa franchise proverbiale et sa liberté apostolique. Mais c'était peu pour lui de démasquer les passions et de llétrir les habitudes coupables. Son art de moraliste s'élève plus haut. A côté du mal, il excelle à montrer le remède. S'il dépeint les causes des entraînements, il enseigne les moyens de leur résister; s'il décrit la tentation, il indique la manière de la vaincre. Il parle pour peindre les mœurs; mais il ne les peint que pour les réformer.

III. MÉTHODE OR.\TOiRE. — Sa méthode oratoire, qui a fait de lui le premier sermonnaire du xvii» siècle, consiste avant tout dans la puissance de sa logique.

Page 1